Mise au tombeau

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Mise au tombeau
Mise au tombeau de l'√©glise du couvent de Moissac (fin du XVe si√®cle)

La Mise au tombeau est le dernier √©pisode de la Passion du Christ, devenu un sujet de l'iconographie chr√©tienne. Les repr√©sentations de cet √©v√©nement se fondent sur les r√©cits de la mort du Christ dans les √©vangiles de Jean (19, 38-42), Luc (23, 50-55), Marc (15, 43.49) et Mathieu (27, 55-61), ainsi que les √©vangiles apocryphes. La Mise au tombeau est particuli√®rement populaire dans les Myst√®res de la Passion du Christ et la sculpture religieuse europ√©enne des XVe et XVIe si√®cles. On trouve √©galement de nombreux exemples de ce th√®me artistique dans l'art de la Contre-r√©forme ; elle est pr√©sente dans l'art populaire avec les repr√©sentations du Chemin de croix.

C'est également un des éléments de certaines Passions mises en musique[1].

Sommaire

Histoire

Art paléochrétien

Jonas avalé par la baleine.
Chapiteau du XIIe siècle de la nef de l'abbatiale de Mozac

Les premi√®res repr√©sentations de la Mise au tombeau se font sur le mode symbolique √† travers les illustrations de l'histoire de Jonas aval√© par la baleine (Mise au tombeau), puis sortant de la bouche du L√©viathan (R√©surrection). C'est une iconographie populaire de l'art pal√©ochr√©tien. ¬ę Car Jonas est rest√© dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits ; de m√™me le Fils de l'homme restera au cŇďur de la terre trois jours et trois nuits. ¬Ľ (Matthieu 12, 38‚Äď42 ; voir aussi Matthieu 16, 1‚Äď4, Luc 11, 29‚Äď32).

Moyen √āge et Renaissance

Selon Duchet-Suchaux et Pastoureau, il ne reste aucun exemple de repr√©sentation litt√©rale de la mise au tombeau avant le Xe si√®cle. Une formule iconographique se met en place √† partir du XIIIe si√®cle[2], bas√©e sur les passages pertinents des √©vangiles, montrant Joseph d'Arimathie et Nicod√®me d√©posant le Christ pos√© ou envelopp√© dans son suaire au s√©pulcre et trois saintes femmes ayant particip√© √† l'embaumement du corps[3]. La Biblia pauperum illustr√©e offre √† partir du XIVe si√®cle une repr√©sentation de la Mise au tombeau inspir√©e par la typologie biblique qui met en vis-√†-vis le saint S√©pulcre, Joseph jet√© par ses fr√®res dans le puits et Jonas aval√© par la baleine. La mise au tombeau du Christ reprend la formule st√©r√©otyp√©e : Joseph d'Arimathie √† la t√™te et Nicod√®me soutenant les pieds du Christ sous les regards de trois saintes femmes en pri√®res[4]. La Vierge Marie et Saint Jean, pr√©sents dans la Crucifixion et la D√©ploration du Christ sont √©galement pr√©sents dans la sc√®ne.

La sc√®ne inspire les auteurs de ¬ę Myst√®res ¬Ľ qui l'enrichissent de nouveaux personnages, saintes femmes, soldats, acolytes divers. Dans la liturgie de la Semaine Sainte, la mise au tombeau est la derni√®re sc√®ne qui cl√īt le Chemin de croix. Vers 1420 apparaissent des repr√©sentations en ronde-bosse de la sc√®ne qui connaissent une immense popularit√© au XVe si√®cle[5] en Belgique, en Allemagne, en Suisse et en France. L'influence du th√©√Ętre sacr√© se fait parfois sentir avec l'apparition de personnages non mentionn√©s dans les sources bibliques, comme ce ¬ę sarrazain ¬Ľ dans la Chapelle du s√©pulcre de Tonnerre ou des anges dans la Mise au tombeau de Bayon[5]. La taille des personnages varie, certaines Mises au tombeau √©tant r√©alis√©es en grandeur r√©elle. L'iconographie des Mises au tombeau sculpt√©es du XVe si√®cle t√©moigne rarement de l'influence de la typologie biblique. Une exception est la Mise au tombeau de la chapelle du ch√Ęteau de Biron, qui pr√©sente sous forme de deux bas-reliefs le Sacrifice d'Isaac et Jonas d√©livr√©[6]. Le XVIe si√®cle offre des Ňďuvres vigoureuses comme celle de Juan de Juni (Jean de Joigny), mais si l'on trouve des exemples de s√©pulcres jusqu'au XVIIIe si√®cle, par exemple celle de la coll√©giale Saint-Barnard de Romans dans la Dr√īme, leur formule devient peu √† peu st√©r√©otyp√©e et cesse de se renouveler.

En peinture la formule est moins st√©r√©otyp√©e, et les m√™mes motifs apparaissent dans la Descente de croix, la D√©ploration et la Mise au tombeau. Rogier van der Weyden, dans sa Mise au tombeau (1449-1450) conserv√©e au mus√©e des Offices (Florence), ne garde que six personnages : Nicod√®me et Joseph, La Vierge et Jean de part et d'autre du Christ, Marie de Magdala √† genoux sur le sol devant lui.

La peinture de la Renaissance offre de nombreux exemples de Mises au tombeau, notamment celle de Rapha√ęl (1507, Galerie Borghese, Rome), du P√©rugin (1523-1525, mus√©e du Louvre), du Titien (1525, mus√©e du Louvre) ou la Mise au tombeau de Michel Ange (National Gallery, Londres).

Contre-Réforme et époque moderne

L'art baroque et classique de la Contre-R√©forme t√©moigne du nouvel √©lan donn√© par les autorit√©s religieuses √† la reconqu√™te catholique par l'art. La Mise au tombeau du Caravage (1602-3, mus√©e du Vatican) a, comme toute son Ňďuvre, une grande influence sur ses imitateurs. Pierre Paul Rubens en fera une copie lors d'un s√©jour en Italie, avant de donner sa propre interpr√©tation poignante de la sc√®ne (1612 Paul Getty museum) ; elle inspire aussi Dirck van Baburen (vers 1617, San Pietro in Montorio, Rome). Influenc√©s par l'art du clair obscur de Caravage, Jos√© de Ribera (mus√©e du Louvre) et Simon Vouet (Fitzwilliam Museum, Cambridge) donnent √©galement leur version du th√®me. La dissolution de la compagnie des j√©suites en France en 1764 voit dispara√ģtre d'importants m√©c√®nes de l'art religieux et les programmes iconographiques religieux de la Contre-r√©forme ne font plus recette. Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770) signe encore en Espagne une Mise au tombeau (1769 ou 1770), acquise en 2007 par le Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne.

La Mise au tombeau reste cependant un des √©l√©ments des tr√®s populaires Chemins de croix qui ornent les √©glises et racontent la Passion √† la fa√ßon d'une bande dessin√©e muette. Il s'agit de petits formats, peints, grav√©s ou de bas-reliefs dont la popularit√© atteint des sommets au XIXe si√®cle. Selon Yves-Marie Hilaire, qui a √©tudi√© la r√©gion d'Arras √† cette √©poque, ¬ęDix √† quinze chemins de croix seraient √©tablis dans le dioc√®se chaque ann√©e au cours des ann√©es soixante ¬Ľ [1860][7].

Au XXe siècle Paul Delvaux recourt à l'iconographie du XVe siècle pour une Mise au tombeau (1951) qui s'inspire également des Danses macabres puisque tous ses acteurs sont réduits à l'état de squelettes[8]

Iconographie

Mise au tombeau de l'église Saint-Matthieu de Salers (Cantal), milieu du XVe siècle

Dans le r√©cit de la Crucifixion, la sc√®ne intervient apr√®s que la mort du Christ a √©t√© constat√©e, et que Pilate a autoris√© Joseph d'Arimathie √† descendre le corps du Christ de la croix pour le d√©poser dans un s√©pulcre o√Ļ il doit √™tre enseveli avant le sabbat. Les artistes ont diversement d√©coup√© le r√©cit de telle sorte que l'on peut distinguer des repr√©sentations de la Descente de croix, de la D√©position, de la D√©ploration (parfois r√©duite √† deux personnages, la Vierge et le Christ, dans les Pi√©tas, celle d'Enguerrand Quarton, La Pi√©ta d'Avignon (1455), Mus√©e du Louvre, Paris en comportant quatre) et de la Mise au tombeau. Les passages de l'√©vangile, notamment de Jean[9] qui ont fourni le r√©cit et les personnages ont √©t√© d√©coup√©s en diff√©rents moments selon les artistes, ce qui explique pourquoi on trouve un nombre variable d'acteurs dans les Mise au tombeau et pourquoi il est possible d'h√©siter sur le titre √† donner √† certains tableaux, certaines Mise au tombeau √©tant en fait tr√®s proches d'une D√©ploration. Une Ňďuvre tardive comme celle de Wassilij Grigorjewitsch Perow (1833-1882), conserv√©e √† Moscou, contient √† la fois des √©l√©ments qui √©voquent une D√©position (l'√©chelle au pied de la croix), une D√©ploration (les femmes en pleurs) et une pr√©paration √† la Mise au tombeau (Joseph soulevant le linceul). En fonction du moment choisi la sc√®ne se passe en plein air ou dans le s√©pulcre, ce dernier √©tant parfois √©voqu√© par un sarcophage. La figure du Christ mort, allong√© sur son linceul, appara√ģt √©galement seule, dans les Christ au tombeau.

Wassilij Perow, déploration et préparation à la mise au tombeau

Le XVe si√®cle voit se d√©velopper des repr√©sentations assez st√©r√©otyp√©es, o√Ļ le corps du Christ est allong√© sur son linceul que tiennent Nicod√®me (aux pieds) et Joseph d'Arimathie (√† la t√™te du Christ)[10]. La Vierge, saint Jean et une ou plusieurs saintes femmes, parfois des soldats, assistent √† la sc√®ne ou y participent[11]. Ces nombreuses Mise au tombeau sculpt√©es conserv√©es dans les √©glises sont souvent d√©sign√©es par le nom de ¬ę Saint-S√©pulcre ¬Ľ ou simplement le ¬ę S√©pulcre ¬Ľ[12].

Jusqu'au XVe si√®cle, les Mises au tombeau d'Europe du nord, comme les mises en sc√®ne des Myst√®res, habillent les personnages de v√™tements contemporains. M√™me les centurions romains sont en armure m√©di√©vale. En Italie d'abord apparaissent des v√™tements √† l'antique, par exemple dans une Mise au tombeau d‚ÄôAndrea Mantegna qui date d'environ 1470-1475, au burin et √† la pointe s√®che, conserv√©e √† la National Gallery of Art de Washington. Ce sera bient√īt le cas dans toute l'Europe, comme en t√©moigne la Mise au tombeau de Jean de Joigny qui combine la mise en sc√®ne traditionnelle des s√©pulcres avec les draperies et les lignes sinueuses de l'art mani√©riste.

√Ä partir de la Renaissance, les repr√©sentations peintes ou grav√©es de cette sc√®ne s'√©mancipent de la mise en sc√®ne hi√©ratique des S√©pulcres m√©di√©vaux mais les personnages restent facilement identifiables gr√Ęce √† leurs attributs : Jean, jeune homme imberbe[13], v√™tu de rouge, dont le r√īle reste le m√™me que celui de la Descente de croix o√Ļ il soutient la Vierge qui d√©faille ; Marie v√™tue de draperies bleues ou noires, la t√™te couverte ; Madeleine avec le vase de parfums qui devient son attribut depuis le repas chez Simon o√Ļ elle a lav√© les pieds du Christ, et ses cheveux d√©couverts[14], parfois √©pars ; Joseph d'Arimathie, homme m√Ľr voire √Ęg√©, barbu, richement v√™tu, tient la t√™te du Christ tandis que Nicod√®me, homme m√Ľr et √©galement barbu, soutient ses pieds.

Galerie : Mise au tombeau et √©pisodes connexes

Ňíuvres marquantes

Mise au tombeau, Bartolomeo Schedoni, 1613

Arts graphiques

Peinture

Gravure

  • Biblia Pauperum (Bible des pauvres).
  • Albrecht D√ľrer : la s√©rie de gravures dites de La Grande Passion (1511) comporte une Mise au tombeau ;
  • Gravure √† la pointe s√®che de Rembrandt, 1654, Saint-Louis Art Museum ;

Sculpture

Voir aussi

Bibliographie

Liens internes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Voir Heinrich Sch√ľtz (1585-1672), Passion selon Saint Matthieu, SWV 479, 16 Mise au tombeau
  2. ‚ÜĎ Duchet-Suchaux et Pastoureau, 1990
  3. ‚ÜĎ Jacques Baudoin, La sculpture flamboyante en Auvergne, Bourbonnais, Forez, CREER, 1998, 388 p. (ISBN 2909797384) , p. 76
  4. ‚ÜĎ Biblia Pauperum
  5. ‚ÜĎ a et b On en d√©nombre plus de 450 selon Elsa Karsallah, L'Artiste et le clerc, Presses Paris Sorbonne, 2006, 283-302 p. (ISBN 2840504383) 
  6. ‚ÜĎ Fabienne Joubert, L'artiste et le clerc: commandes artistiques des grands eccl√©siastiques √† la fin du Moyen √āge (XIVe-XVIe si√®cles), Presses Paris Sorbonne, 2006, 415 pages p. (ISBN 2840504383) , p; 286-7
  7. ‚ÜĎ Yves Marie Hilaire, , Presses Universitaires du Septentrion, 1977, 1017 p. (ISBN 2859390731) , p. 414
  8. ‚ÜĎ Paul Delvaux, ¬ę Mise au tombeau ¬Ľ
  9. ‚ÜĎ Jean, 19, 25 : ¬ę Pr√®s de la croix de J√©sus se tenait sa m√®re et la sŇďur de sa m√®re, Marie femme de Cl√©ophas et Marie de Magdala ¬Ľ
  10. ‚ÜĎ Voir les Mise au tombeau de la Cath√©drale d'Auch, de Reims, l'√©glise de M√ľnstermaifeld, de Moissac, de Poitiers etc.
  11. ‚ÜĎ Duchet-Suchaux et Pastoureau, p. 232-3
  12. ‚ÜĎ Voir par exemple le Saint S√©pulcre de Chaource L'√Čglise Saint-Jean-Baptiste de Chaource
  13. ‚ÜĎ Duchet-Suchaux et Pastoureau, p. 178
  14. ‚ÜĎ Duchet-Suchaux et Pastoureau, p. 222

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