Milice Française

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Milice Française

Milice française

Milice française
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L'emblÚme de la Milice, un gamma stylisé.
PĂ©riode 1943 – 1944
Pays France
AllĂ©geance Flag of France.svg État français (Vichy)
Taille 10 000 Ă  35 000 personnes
Composée de Franc-Garde
Surnom Milice
Guerres Seconde Guerre mondiale
Batailles Bataille des GliĂšres
Bataille du Vercors
Bataille du Mont Gargan
Bataille du Mont Mouchet
Commandant historique Joseph Darnand

La Milice française, souvent appelĂ©e simplement Milice, fut une organisation politique et paramilitaire française crĂ©Ă©e le 30 janvier 1943 par le gouvernement de Vichy pour lutter contre le « terrorisme Â» (c'est-Ă -dire contre la RĂ©sistance). SupplĂ©tifs de la Gestapo et des autres forces allemandes, les miliciens participĂšrent aussi Ă  la traque des Juifs, des rĂ©fractaires au STO et de tous les dĂ©viants dĂ©noncĂ©s par le rĂ©gime. C'Ă©tait aussi la police politique et une force de maintien de l'ordre du rĂ©gime de Vichy.

Le chef officiel de la Milice était Pierre Laval, Chef du gouvernement, mais le véritable responsable de ses opérations était son secrétaire général, Joseph Darnand, fondateur du Service d'ordre légionnaire (SOL), précurseur de la Milice française.

Organisation de type fasciste, elle se voulait un mouvement rĂ©volutionnaire, Ă  la fois « anti Â» : antirĂ©publicain, antisĂ©mite, anticommuniste, anticapitaliste, et « pour Â» : pour le nationalisme, le socialisme et l'autoritarisme. Elle sembla avoir ambitionnĂ© de devenir l'Ă©quivalent d'un parti unique de l’État français. Sa montĂ©e en puissance marqua en tout cas, selon Robert Paxton et Stanley Hoffmann, la fascisation finale du RĂ©gime de Vichy.

Comme les nazis, les miliciens usaient couramment de la dĂ©lation, de la torture, des rafles, des exĂ©cutions sommaires et arbitraires, voire de massacres. Leur pratique systĂ©matique de la violence et leurs nombreuses exactions, tout comme leur collaborationisme jusqu'au-boutiste, contribuĂšrent Ă  les faire rester trĂšs minoritaires au sein d'une population qui les rejetait largement. La Milice n'eut jamais plus de 35 000 membres (29 000 adhĂ©rents en automne 1943 selon Francis Bout de l'An, sur lesquels, d'aprĂšs le chef du service des effectifs, l'enseigne de vaisseau Carus, seulement 10 000 Ă©taient actifs). MĂȘme aprĂšs son dĂ©veloppement en zone nord, la Milice ne dĂ©passera jamais 15 000 militants rĂ©els au total.

Sommaire

L'origine de la Milice

Membres de la Milice française en 1944.

Joseph Darnand, patriote et combattant courageux de la PremiĂšre Guerre mondiale de 1914-1918, puis activiste d'extrĂȘme droite, avait pris la tĂȘte de la LĂ©gion française des combattants dans les Alpes-Maritimes.

AprĂšs l’ouverture de celle-ci aux jeunes partisans du rĂ©gime qui n’avaient jamais combattu, il avait fondĂ© en aoĂ»t 1941, dans son dĂ©partement, le Service d'ordre lĂ©gionnaire. « RemarquĂ© par les ministres Darlan et Pucheu lorsqu’il est Ă  la tĂȘte de la LĂ©gion française des combattants de Nice, Darnand va bĂ©nĂ©ficier de leur soutien pour dĂ©velopper son organisation paramilitaire, le Service d’ordre lĂ©gionnaire (SOL). AncĂȘtre de la Milice, le SOL s’étend Ă  l’ensemble de la zone sud et rĂ©unit un effectif de 15 000 hommes issus pour la plupart de l’extrĂȘme droite[1]. Â» L'organisation est fondĂ©e sur 21 points qui donnent la matrice idĂ©ologique du mouvement : « contre le capitalisme international, pour le corporatisme français Â», « contre la condition prolĂ©tarienne, pour la justice sociale Â», « contre la lĂšpre juive, pour la puretĂ© française Â», « contre la franc-maçonnerie paĂŻenne, pour la civilisation chrĂ©tienne[1] Â».

La Milice française, police supplétive de la Gestapo

Pierre Laval, en accord avec le maréchal Pétain, décida de créer, par la loi du 30 janvier 1943, la Milice qui absorba l'ancien Service d'ordre légionnaire. Il en devint le chef nominal, avec Joseph Darnand comme secrétaire général qui en sera cependant le véritable chef opérationnel.

Fondation

Une affiche de recrutement de la Milice
Fausse carte de la brigade spéciale des Milices révolutionnaires françaises établie pour le résistant Serge Ravanel sous le pseudonyme de Charles Guillemot.

Ce fut la loi n° 63 du 30 janvier 1943 (publiĂ©e au Journal officiel de l'État français le 31 janvier 1943, n° 27, page 290) qui fonda la Milice française :

« Article 1er - La Milice française, qui groupe des Français rĂ©solus Ă  prendre une part active au redressement politique, social, Ă©conomique, intellectuel et moral de la France, est reconnue d'utilitĂ© publique. Ses statuts, annexĂ©s Ă  la prĂ©sente loi, sont approuvĂ©s.

Article 2 - Le chef du Gouvernement est le chef de la Milice française. La Milice française est administrée et dirigée par un secrétaire général nommé par le chef du Gouvernement. Le secrétaire général représente la Milice française à l'égard des tiers.

Article 3 - Les conditions d'application de la prĂ©sente loi seront fixĂ©es par arrĂȘtĂ© du chef du Gouvernement. Â»

Quant aux statuts de la Milice française, annexĂ©s Ă  la loi du 30 janvier 1943, ils prĂ©cisent :

« Article 1er - [...] La Milice française a la mission, par une action de vigilance et de propagande, de participer Ă  la vie publique du pays et de l'animer politiquement.

Article 2 - La Milice française est composĂ©e de volontaires moralement prĂȘts et physiquement aptes, non seulement Ă  soutenir l'État nouveau par leur action, mais aussi Ă  concourir au maintien de l'ordre intĂ©rieur.

Article 3 - Les membres de la Milice française doivent satisfaire aux conditions suivantes : 1° Être français de naissance.
2° Ne pas ĂȘtre juif.
3° N'adhérer à aucune société secrÚte.
4° Être volontaire.
5° Être agrĂ©Ă© par le chef dĂ©partemental. Â»

Selon Darnand, « la Milice française n'est pas une police rĂ©pressive. [...] la Milice groupera des personnes de tous les Ăąges, de tous les milieux et de toutes les professions, dĂ©sireuses de prendre une part effective au redressement du pays. Ouverte Ă  tous, la Milice fera retrouver aux Français cette communautĂ© nationale [...] hors de laquelle il ne peut y avoir de salut pour notre pays. Â» (Source : Archives nationales F 60 16 75)

Dans son discours du 28 fĂ©vrier 1943, Darnand assure encore que la Milice a d'abord une mission politique et Bassompierre commente : « Elle a pour mission de soutenir la politique gouvernementale [...] et de lutter contre le communisme. Â»

Pourtant, dans L'Action française du 3 mars 1943, Charles Maurras dĂ©clare : « Avec le concours de [cette] pure et solide police, nous pourrons chez nous frapper d'inhibition toute vellĂ©itĂ© rĂ©volutionnaire et toute tentative intĂ©rieure d'appuyer les hordes de l'Est, en mĂȘme temps que nous dĂ©fendrons nos biens, nos foyers, notre civilisation tout entiĂšre. Â»

La Milice choisit comme insigne le gamma, signe du BĂ©lier, symbole de renouveau et d'Ă©nergie (argent sur fond bleu dans un cercle rouge pour les miliciens ordinaires, blanc sur fond noir pour les francs-gardes, blanc sur fond rouge pour les avant-gardes).

Structures

Francis Bout de l'An dirigeait la propagande et l'information avec l'organe Combats. Noël de Tissot était chargé des relations entre le haut commandement et les services.

Si le secrétariat général fut installé à Vichy auprÚs du Gouvernement, la Milice reposait sur une organisation territoriale en zones, régions et départements.

A chaque Ă©chelon, on retrouvait un Ă©tat-major Ă  cinq services : 1er service (propagande) - 2e service (documentation) - 3e service (sĂ©curitĂ©) - 4e service (finances) - 5e service (effectifs). Au niveau central, le 1er service fut dirigĂ© par Bout de l'An, puis Bertheux, le 2e service (le plus important et le plus sinistre, puisqu'il employait la torture pour obtenir des renseignements) par Degans, puis Gombert - le 3e service par Gombert - le 4e service par Fontaine - le 5e service par Carus.

Le « Vichy milicien Â» de 1944

PĂ©tain et Laval ne dĂ©mentiront jamais leur soutien public Ă  la Milice et Ă  ses actes. En novembre 1943, Laval rappelle encore qu'il « marche main dans la main avec Darnand Â», car, selon lui, « la dĂ©mocratie, c'est l'antichambre du bolchevisme Â».

Le serment de la Milice mentionnait entre autres le combat contre la « lĂšpre juive Â». Le mouvement se voulait Ă  la fois antisĂ©mite, anticommuniste, anticapitaliste et rĂ©volutionnaire. Selon les historiens Henry Rousso ou Jean-Pierre AzĂ©ma, le projet de Darnand et de certains de ses hommes (les « intellectuels pro-fascistes du mouvement Â») Ă©tait de faire de la Milice un succĂ©danĂ© de parti unique et, Ă  terme, l'ossature d'un authentique rĂ©gime totalitaire. La montĂ©e en force de Darnand dans le rĂ©gime de Vichy, jusque lĂ  avant tout autoritaire et rĂ©actionnaire, marque une Ă©tape dĂ©cisive dans la fascisation finale du rĂ©gime ainsi que dans sa satellisation par les Allemands (Robert Paxton, Stanley Hoffmann).

En aoĂ»t 1943, Darnand fut nommĂ© SturmbannfĂŒhrer de la Waffen-SS (Waffen-SturmbannfĂŒhrer der SS, grade rĂ©servĂ© aux volontaires Ă©trangers non germaniques) et prĂȘta serment de fidĂ©litĂ© personnelle Ă  Hitler dans les locaux de l'ex-ambassade d'Allemagne Ă  Paris, rue de Lille. Les nazis furent cependant longtemps rĂ©ticents Ă  armer les miliciens, chose qu'ils firent aprĂšs la publication au JO en juillet 1943 d'un dĂ©cret autorisant les Français Ă  s'engager dans la Waffen-SS (crĂ©ant ainsi la Sturmbrigade SS Frankreich).

Le 30 dĂ©cembre 1943, Joseph Darnand fut nommĂ© secrĂ©taire d'État ; le 10 janvier 1944, il devint responsable du Maintien de l’Ordre ; secrĂ©taire d’État Ă  l’IntĂ©rieur le 13 juin 1944.

À tous les niveaux, les miliciens essayĂšrent de supplanter les autoritĂ©s officielles ou d'investir les rouages de l'État. C'est ainsi qu'un milicien fut mĂȘme nommĂ© prĂ©fet de l'HĂ©rault au dĂ©but de 1944.

Sociologie et motivations

En 1944, la Milice fut Ă©tendue au nord de la France et les hommes de mains des partis collaborationnistes y furent versĂ©s. Les effectifs de la Milice atteindront ainsi prĂšs de 30 000 hommes (jamais plus de 15 000 militants rĂ©els, selon ses responsables qui avaient pourtant tendance Ă  gonfler les effectifs pour obtenir des crĂ©dits). Elle disposait d’un bras armĂ© : la Franc-Garde et d'une Ă©cole de cadres, installĂ©e dans les anciens locaux de l'École des cadres d'Uriage. Elle Ă©tait alors considĂ©rĂ© comme un corps d'armĂ©e malgrĂ© la Convention d'Armistice de 1940. Elle avait mĂȘme un aumĂŽnier gĂ©nĂ©ral.

On pouvait distinguer trois catĂ©gories de miliciens :

« La grande majoritĂ© des miliciens sont des gens ordinaires qui exercent un mĂ©tier et ont femme et enfants. Leur activitĂ© militante les conduit simplement Ă  participer Ă  des groupes de rĂ©flexion, Ă  assister Ă  des rĂ©unions ou Ă  des confĂ©rences et, parfois, Ă  se mobiliser pour telle ou telle cause humanitaire ou civique. A cĂŽtĂ© de ces civils, il y a les militaires [formant la Franc-Garde]. [...] L'objectif essentiel de cette troupe permanente est d'assurer le maintien de l'ordre. Certains miliciens ordinaires peuvent ĂȘtre des francs-gardes bĂ©nĂ©voles, les bĂ©nĂ©s, susceptibles d'ĂȘtre mobilisĂ©s en cas de besoin [...]. Il existe enfin une structure milicienne destinĂ©e Ă  accueillir les jeunes : l'Avant-Garde. Â»[2] Sur 10 Ă  15 000 militants actifs, moins de 4 000 appartiendront Ă  la Franc-Garde, permanents et bĂ©nĂ©voles compris.

Selon Max Lagarrigue « se retrouvent beaucoup de jeunes marginaux, dĂ©sƓuvrĂ©s, chĂŽmeurs, paumĂ©s, pour beaucoup embarquĂ©s dans la Milice par l’appĂąt du gain et le dĂ©sir d’aventure, sans avoir de rĂ©elles motivations idĂ©ologiques. Â»[3]

En fait, selon Pierre Giolitto[4], la majoritĂ© des miliciens de base appartenaient Ă  la petite et moyenne bourgeoisie urbaine. Il cite une Ă©tude d'AndrĂ© Laurens qui montre qu'en AriĂšge, c'Ă©taient les employĂ©s les plus nombreux (12,9 %), suivis par les commerçants (12,2 %), les sans-profession (9,3 %), les ouvriers agricoles (7,6 %), les artisans et agriculteurs (7,6 %), les ouvriers d'usine (5,9 %), les professions libĂ©rales, cadres et patrons (4 %).

Henri Amouroux[5] cite une Ă©tude de Michel Chanal qui montre que, dans l'IsĂšre, c'Ă©taient les ouvriers d'usine qui venaient en tĂȘte (18,6 %), suivis par les employĂ©s (13,7 %). Une Ă©tude de Monique Luirard indique que, dans la Loire, sur l'ensemble des miliciens passĂ©s devant un tribunal en 1945, 69 % Ă©taient ouvriers, employĂ©s ou petits fonctionnaires ; 16,9 % sans profession ; 6 % artisans, commerçants ou agriculteurs ; 3,6 % avaient une profession libĂ©rale ; 3 % Ă©taient policiers ou militaires ; 1,8 % patrons...

D'aprĂšs un sondage socio-professionnel effectuĂ© auprĂšs des internĂ©s administratifs : 27,3 % Ă©taient employĂ©s ou petits fonctionnaires ; 23,4 % artisans ou commerçants ; 19,5 % ouvriers ; 9 % patrons ; 13 % cadres ou professions libĂ©rales ; 5,2 % sans profession (femmes) ; 2,6 % cultivateurs...

Ainsi, bien qu'il soit difficile de tirer des conclusions générales de ces études partielles, on peut néanmoins constater que la Milice était avant tout formée par des employés et des ouvriers.

Exactions et terreur

Inscription du monument pour le souvenir du docteur Medvedowski, assassiné par les miliciens à Beaumont-de-Pertuis.

La Milice finit par se substituer aux forces de police et coopéra avec la Gestapo, notamment en contribuant activement à l'arrestation des Juifs. Elle disposait d'un service de sécurité dirigé de Marcel Gombert, assisté de Paul Fréchoux, Henri Millou et JoannÚs Tomasi. Sa Franc-garde participa dÚs l'hiver 1943-1944 à la répression sanglante des maquis, à commencer par l'assaut du plateau des GliÚres fin mars 1944.

La loi du 20 janvier 1944 autorisa la Milice Ă  constituer des cours martiales sommaires : trois juges, tous miliciens, siĂ©geaient anonymement et prononçaient en quelques minutes des condamnations Ă  mort exĂ©cutables immĂ©diatement. Elles se chargeront notamment de condamner Ă  mort et de faire exĂ©cuter les rĂ©voltĂ©s de la prison centrale d'Eysses (avril 1944), Ă  qui la vie sauve avait Ă©tĂ© promise par les miliciens en Ă©change de leur reddition.

Furent aussi exĂ©cutĂ©s des hommes politiques hostiles Ă  la Collaboration. DĂšs dĂ©cembre 1943, le directeur de La DĂ©pĂȘche de Toulouse Maurice Sarraut est exĂ©cutĂ© par des miliciens[6] envoyĂ©s par les Allemands ainsi que l'ancien ministre du Front populaire Jean Zay ou l'ex-ministre de l'IntĂ©rieur Georges Mandel livrĂ© par les Allemands Ă  la Milice et exĂ©cutĂ© dans la forĂȘt de Fontainebleau en juillet 1944. De mĂȘme, le dĂ©putĂ© Victor Basch (81 ans), prĂ©sident de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et sa femme HĂ©lĂšne, dont les exĂ©cutions furent dirigĂ©es par Paul Touvier du 2e service de la Milice (dont le chef Ă©tait Jean Degans) venu sur place.

DĂ©stabilisĂ©s par leur impopularitĂ© auprĂšs de la nette majoritĂ© des Français, les miliciens redoublĂšrent d'extrĂ©misme. Les immeubles de la Milice, Ă  commencer par son QG. au Petit Casino de Vichy, devinrent des lieux de torture systĂ©matique. Les miliciens pratiquaient Ă©galement la dĂ©lation, contribuĂšrent Ă  l'organisation des rafles et se livrĂšrent parfois, mĂȘme seuls, Ă  d'authentiques massacres, ainsi Ă  Saint-Amand-Montrond (11 juin 1944) oĂč plus de 80 cadavres de civils seront retirĂ©s d'un puits aprĂšs leur passage.

À la suite de l’exĂ©cution par la RĂ©sistance le 28 juin 1944 du secrĂ©taire d'État Ă  l'Information Philippe Henriot, membre de la Milice, des miliciens sillonnĂšrent les rues de ChĂąteauroux en voiture en tirant sur les passants qui s'y trouvaient. De nombreuses autres exactions furent perpĂ©trĂ©es Ă  cette occasion, la plus cĂ©lĂšbre Ă©tant l'exĂ©cution de sept Juifs Ă  Rillieux-la-Pape par Paul Touvier. C'est Ă©galement Ă  la suite de la mort de Philippe Henriot que des miliciens s'emparĂšrent de Georges Mandel, alors incarcĂ©rĂ© Ă  la prison de la SantĂ©, pour l'assassiner en forĂȘt de Fontainebleau.

Manquant toujours d'hommes, Darnand ne disposa jamais de plus de 35 000 adhĂ©rents (moins de 15 000 vrais militants), dont beaucoup non armĂ©s ou inactifs. Tout comme la LVF, la Milice se montra dĂšs lors peu regardante sur son recrutement : des jeunes gens qui cherchaient Ă  Ă©chapper au STO, mais aussi un grand nombre d'aventuriers, de repris de justice, de criminels de droit commun (quoique la grande majoritĂ© des miliciens fussent des employĂ©s ou des ouvriers).

Ce personnel fit de la Milice une force militaire mĂ©diocre, qui n'acquit jamais la confiance des Allemands. D'autre part, le comportement des miliciens les dĂ©crĂ©dibilisa rapidement vis-Ă -vis de leurs propres concitoyens. En effet, leur fanatisme pro-nazi de certains se doubla d'une attitude franchement dĂ©lictueuse : lors de leurs opĂ©rations, ils commirent de nombreux vols, viols, cambriolages, rackets, extorsions de fonds, voies de faits sur la voie publique ou contre des fonctionnaires. Vers 1944, la Milice faisait l'objet d'une rĂ©probation quasi gĂ©nĂ©rale. L'historien J.F. Sweets montre dans une Ă©tude locale (Clermont-Ferrand Ă  l'Heure allemande, Perrin, 1996) comment les hommes de Darnand restaient ultra-minoritaires (200 dans une agglomĂ©ration de plus de 100 000 habitants) et profondĂ©ment mĂ©prisĂ©s et haĂŻs (un enfant de milicien Ă©tait aussitĂŽt mis en quarantaine par tous ses camarades d'Ă©cole).

L'horreur de la rĂ©pression allemande et milicienne en 1944, particuliĂšrement brutale, ouvrait la perspective d'une guerre civile et d'une surenchĂšre terroriste barbare, semblable Ă  la guerre inter-partisane qui survint en Yougoslavie Ă  la mĂȘme Ă©poque.

Redoutant les ultracollaborationnistes convaincus de la Milice, la Résistance abattit dÚs le 24 avril 1943, un premier milicien, le chef local marseillais Paul de Gassowski, aussitÎt promu martyr iconique par la Milice. Néanmoins, si des résistants français ponctuellement exécutÚrent des hommes de Darnand pendant les combats et si des cas tortures contre des miliciens capturés furent avérés, il n'y eut rien là de systématique de la part de la Résistance.

D'autre part, comme le montre l'historien Olivier Wieviorka, la violence fut une valeur systĂ©matiquement proclamĂ©e, exaltĂ©e et assumĂ©e par Darnand et les siens dans la logique des idĂ©ologies de type fasciste ou extrĂ©miste de tous bords (violence rĂ©volutionnaire). Au contraire, elle fut toujours regardĂ©e avec suspicion par la plupart des rĂ©sistants et ne constitua jamais, pour la partie d'entre eux ayant choisi la lutte armĂ©e, qu'un mal nĂ©cessaire et provisoire. C'est ainsi que le rĂ©sistant Pierre Dunoyer de Segonzac, qui reconnut un jour de 1944 Darnand parmi les voyageurs en civil de son train, rĂ©pugna Ă  le dĂ©noncer au maquis qui avait arrĂȘtĂ© le train quelques minutes, et lui sauva de fait la vie.

Le 6 aoĂ»t 1944, PĂ©tain finit par dĂ©savouer - dans une lettre qu'il ne rendit pas publique - les exactions des hommes de Darnand, trop tardivement pour que ce dernier en soit dupe. « Pendant quatre ans Â», rĂ©pondra-t-il caustiquement, « j'ai eu le droit Ă  tous vos encouragements parce que ce que nous faisions, c'Ă©tait pour la France. Et aujourd'hui que les AmĂ©ricains sont aux portes de Paris, vous commencez Ă  me dire que je vais ĂȘtre la tache de l'Histoire de France. On aurait pu s'y prendre plus tĂŽt ! Â»

La Franc-Garde, unité paramilitaire de lutte contre la Résistance

La Franc-Garde permanente, unitĂ© paramilitaire en uniforme, fut constituĂ©e en juin 1943 en vue, selon les propos de Darnand dans son discours-programme du 30 janvier 1943, d'ĂȘtre « instruite techniquement et prĂ©parĂ©e au combat de maniĂšre Ă  ĂȘtre toujours prĂȘte Ă  assurer le maintien de l'ordre Â». Elle devait ĂȘtre composĂ©e d'hommes jeunes et sportifs, volontaires et sĂ©lectionnĂ©s aprĂšs un an d'appartenance Ă  la Milice. Les francs-gardes, les seuls miliciens en uniforme, adoptĂšrent la tenue bleue des chasseurs alpins, modĂšle 1941 (pantalon « ski Â» sur guĂȘtres et brodequins, vareuse et ceinturon, chemise kaki, cravate noire, bĂ©ret inclinĂ© sur le cĂŽtĂ© gauche). Le symbole du gamma, blanc sur fond noir, fut portĂ© en insigne mĂ©tallique Ă  la boutonniĂšre droite et en insigne brodĂ© sur le bĂ©ret.

SoldĂ©e, encasernĂ©e, la Franc-Garde fut organisĂ©e militairement : main (un chef et quatre hommes), dizaine (correspondant au groupe de combat), trentaine (petite section - en principe au moins une dans chaque chef-lieu de dĂ©partement), centaine (petite compagnie - en principe au moins une dans chaque chef-lieu de rĂ©gion), cohorte (petit bataillon de trois centaines), centre (petit rĂ©giment de plusieurs cohortes). Il existait deux types de centaine : la normale se dĂ©plaçant Ă  pied ou Ă  bicyclette et la mobile disposant de motos, autos et camions.

Au dĂ©but, seuls les cadres furent Ă©quipĂ©s d'armes de poing. En effet, la Franc-Garde ne fut que lentement et progressivement armĂ©e : ce ne fut qu'en automne 1943, Ă  la suite de la recrudescence des attentats contre ses membres, qu'elle reçut quelques pistolets-mitrailleurs anglais rĂ©cupĂ©rĂ©s sur les parachutages alliĂ©s, qu'en janvier 1944 qu'elle fut autorisĂ©e Ă  puiser dans les stocks d'armes lĂ©gĂšres de l'armĂ©e d'armistice et qu'en mars 1944 qu'elle put former une section de mitrailleuses et une de mortiers pour participer Ă  l'attaque du maquis des GliĂšres. Finalement, chaque dizaine fut dotĂ©e de deux pistolets-mitrailleurs anglais Sten, d'un fusil-mitrailleur français MAC 24/29 et de fusils français MAS 36. Les deux premiĂšres trentaines furent formĂ©es Ă  titre expĂ©rimental dans les villes oĂč la dissidence Ă©tait la plus active : Lyon et Annecy.

Les dĂ©nominations de trentaine et centaine ne doivent pas faire illusion sur les effectifs rĂ©els. Par exemple, la trentaine d'Annecy, devenue centaine, ne comptait que 72 hommes en mai 1944... Selon le Service d'information du ComitĂ© français de la LibĂ©ration nationale, en fĂ©vrier 1944, la Franc-Garde rassemblait 1687 hommes, soit une cohorte Ă  Vichy, une centaine Ă  Lyon, Marseille et Toulouse, et une trentaine dans chacun des quarante-cinq dĂ©partements de la zone sud. En tout cas, mĂȘme avec la mobilisation des bĂ©nĂ©voles au printemps et en Ă©tĂ© 1944, l'effectif de la Franc-Garde ne dĂ©passa jamais 4 000 hommes.

En principe, toute intervention de la Franc-Garde devait ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ©e d'une rĂ©quisition Ă©crite ou verbale adressĂ©e par le prĂ©fet Ă  l'officier commandant l'unitĂ© requise.

La fin de la Milice

Lors la Libération, la Milice fut déclarée dissoute par le Gouvernement provisoire de la République française, par l'ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental (Article 10)[7].

Dans le courant du mois d'août - le 15 selon Jacques Delperrié de Bayac[8] -, Joseph Darnand ordonna le repli général des miliciens. Des membres de la Milice participÚrent cependant aprÚs cette date à certains combats sur le sol français, lors de la libération de Paris ou de la libération de Nice.

Environ 2500 miliciens et leurs familles prirent le chemin de l’Allemagne oĂč 1800 furent versĂ©s dans la 33e Division SS Charlemagne avec les survivants de la LVF, de la Sturmbrigade SS dite ensuite Frankreich et d'autres unitĂ©s auxiliaires. Mais Joseph Darnand dut en abandonner le commandement Ă  un officier gĂ©nĂ©ral allemand et partit en Italie du Nord avec 500 francs-gardes faire la chasse aux partisans.

Épuration

Les miliciens furent souvent les cibles privilĂ©giĂ©es de l'Épuration spontanĂ©e ou « Ă©puration sauvage Â» pratiquĂ©e par les FFI au cours des combats de la LibĂ©ration et immĂ©diatement aprĂšs le dĂ©part des Allemands. De nombreux miliciens furent alors exĂ©cutĂ©s sommairement, parfois en groupes (pour prendre un cas extrĂȘme, 77 sur 97 prisonniers en une seule journĂ©e au Grand-Bornand en Haute-Savoie fin aoĂ»t 1944, aprĂšs un jugement expĂ©ditif).

L'Épuration lĂ©gale organisĂ©e par le gouvernement provisoire condamna aussi nombre de miliciens Ă  la peine de mort, Ă  la prison ou aux travaux forcĂ©s.

Joseph Darnand, capturĂ© par les partisans italiens, fut remis aux autoritĂ©s françaises, puis condamnĂ© Ă  mort et exĂ©cutĂ© le 10 octobre 1945 Ă  l’issue d’un procĂšs.

En 1994, aprÚs des décennies de cavale, Paul Touvier devint le premier Français condamné spécifiquement pour crimes contre l'humanité.

Notes et références

  1. ↑ a  et b  Max Lagarrigue, 99 questions... La France sous l'occupation, CNDP, Montpellier, 2007, p. 120.
  2. ↑ Pierre Giolitto, Histoire de la Milice, Perrin, Tempus, Paris, 2002, p. 149.
  3. ↑ Max Lagarrigue, Ibidem, CNDP, Montpellier, 2007, p. 121.
  4. ↑ Pierre Giolitto, Histoire de la Milice, Perrin, Tempus, Paris, 2002, p. 157 et suiv.
  5. ↑ Henri Amouroux, La grande histoire des Français sous l'Occupation, tome 6, Robert Laffont, Paris, 1976-93, p. 337
  6. ↑ 2 dĂ©cembre 1944. L’assassinat de Maurice Sarraut. Lectures d’un crime politique, Montauban, revue Arkheia, 2003.
  7. ↑ « Ordonnance du 9 aoĂ»t 1944 relative au rĂ©tablissement de la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine sur le territoire continental – Version consolidĂ©e au 10 aoĂ»t 1944. Â», sur le site legifrance.gouv.fr, consultĂ© le 20 juin 2009
  8. ↑ Histoire de la Milice 1918-1945, Ă©d. Fayard, 1969

Sources et bibliographie

  • Henri Amouroux, La grande histoire des Français sous l'Occupation, tome 6, Robert Laffont, Paris, 1976-1993.
  • Jean-Pierre AzĂ©ma, « La Milice Â», in VingtiĂšme SiĂšcle, 2000.
  • Jean-Pierre AzĂ©ma, De Munich Ă  la LibĂ©ration, Points-Seuil, 1978, rĂ©Ă©d. 2002.
  • Jean-Paul Cointet, La lĂ©gion française des Combattants, Éditions Albin Michel, Paris, 1995 (ISBN 2-226-07867-3).
  • Brigitte et Gilles Delluc, Jean Filliol, du PĂ©rigord Ă  la Cagoule, de la Milice Ă  Oradour, Pilote 24 Ă©dition, PĂ©rigueux, 2005.
  • Pierre Giolitto, Histoire de la Milice, Éditions Librairie AcadĂ©mique Perrin, Paris, 2002 ;
  • Max Lagarrigue, 99 questions
 La France sous l’Occupation, Montpellier, CNDP, octobre 2007 (ISBN 978-2-86626-280-8).
  • Jacques DelperriĂ© de Bayac, Histoire de la Milice (1918-1945), Éditions Fayard, Paris 1995.
  • Henry Charbonneau, Les MĂ©moires de Porthos (2 tomes), Éditions du Trident, Paris 1979.

Voir aussi

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