Miles Davis

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Miles Davis
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Miles Davis
Miles Davis Strasbourg profil bis.jpg
Miles Davis par Jean Fortunet, Strasbourg, 1987

Nom Miles Dewey Davis III
Naissance 26 mai 1926
Pays d‚Äôorigine Drapeau des √Čtats-Unis √Čtats-Unis - Illinois
D√©c√®s 28 septembre 1991 (√Ęge 65 ans)
Californie, √Čtats-Unis
Activité principale Trompettiste
Compositeur
Genre musical Jazz :
Bebop
Cool jazz
Hard bop
Jazz modal
Jazz fusion
Instruments Trompette
Ann√©es d'activit√© 1944 √† 1975 et 1980 √† 1991
Labels Prestige Records, Columbia Records, Warner Bros.
Site officiel Site officiel

Entourage Charlie Parker, John Coltrane, Philly Joe Jones, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Tony Williams, Ron Carter, Mtume, Al Foster[1], Gil Evans, Quincy Jones, Marcus Miller.

Miles Dewey Davis III (25 mai[2] 1926, Alton, Illinois - 28 septembre 1991, Santa Monica, Californie) est un compositeur et trompettiste de jazz am√©ricain.

Sommaire

Une figure centrale du jazz

Miles Davis commence √† jouer de la trompette √† l'√Ęge de 12 ans. Il fut √† la pointe de beaucoup d'√©volutions dans le jazz et s'est particuli√®rement distingu√© par sa capacit√© √† d√©couvrir et √† s'entourer de nouveaux talents. Son jeu se caract√©rise par une grande sensibilit√© musicale et par la fragilit√© qu'il arrive √† donner au son. Il marque l'histoire du jazz et de la musique du XXe si√®cle. Beaucoup de grands noms du jazz des ann√©es 1940 √† 1980 travaillent avec lui.

Les diff√©rentes formations de Miles Davis sont comme des laboratoires au sein desquels se sont r√©v√©l√©s les talents de nouvelles g√©n√©rations et les nouveaux horizons de la musique moderne ; notamment Sonny Rollins, Julian ¬ę Cannonball ¬Ľ Adderley, Bill Evans et John Coltrane durant les ann√©es 1950. De 1960 aux ann√©es 1980 ses sidemen se nomment Herbie Hancock, Wayne Shorter, Chick Corea, John McLaughlin, Keith Jarrett, Tony Williams, Joe Zawinul, Dave Liebman et Kenny Garrett ; c'est avec eux qu'il s'oriente vers la ¬ę fusion ¬Ľ du rock et du jazz, dont il reste l'un des pionniers. La d√©couverte de la musique de Jimi Hendrix est d√©terminante dans cette √©volution mais surtout le choc du festival de Newport, en 1969, o√Ļ l'on assiste √† l'origine exclusivement √† des concerts de jazz, mais qui, cette ann√©e-l√†, programme du rock. Nombre de musiciens qui passent par ses formations de 1963 √† 1969 forment ensuite les groupes embl√©matiques du jazz-rock fusion, notamment Weather Report, anim√© par Wayne Shorter et Joe Zawinul, Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin, Return to Forever de Chick Corea, ainsi que les diff√©rents groupes de Herbie Hancock.

Miles Davis est un des rares jazzmen et l'un des premiers musiciens noirs √† s'√™tre fait conna√ģtre et accepter par l'Am√©rique moyenne, remportant m√™me le troph√©e de l'homme le mieux habill√© de l'ann√©e du mensuel GQ pendant les ann√©es 1960. Comme Louis Armstrong, Miles Davis est ce ph√©nom√®ne curieux, une superstar du jazz. √Ä la diff√©rence de son glorieux a√ģn√© qui avait recherch√© l'int√©gration √† la culture grand public domin√©e par la population blanche, le parcours musical de Miles Davis s'accompagne d'une prise de position politique en faveur de la cause noire et de sa lutte contre le racisme, men√©e avec la col√®re permanente d'un homme au caract√®re r√©put√© ombrageux. En 1985, il participe √† l'album Sun City contre l'Apartheid √† l'initiative de Steven van Zandt.

En France, c'est l'enregistrement de la musique du film Ascenseur pour l'échafaud (1957) de Louis Malle qui le rend célèbre. Son dernier album, Doo-bop, paru en 1992 après sa mort, laisse éclater des influences rap.

Biographie

1926-1944 : l'apprentissage

Statue de l'artiste à Kielce, en Pologne

Le 26 mai 1926, Cleota Henry donne naissance √† Miles Dewey Davis III, √† Alton (Illinois), sur les bords du Mississippi. L'enfant grandit dans un milieu familial relativement ais√© (son p√®re Miles Dewey Davis II est chirurgien-dentiste) et m√©lomane : sa m√®re joue du piano et du violon, et sa grand-m√®re maternelle √©tait professeur d'orgue dans l'Arkansas[3]; sa sŇďur ain√©e, Dorothy, et son fr√®re cadet, Vernon, √©tudient √©galement la musique[4].

L'ann√©e suivante, la famille d√©m√©nage et s'installe √† East Saint Louis, Illinois, o√Ļ son p√®re a ouvert un cabinet dentaire. Lorsque le jeune Miles fr√©quente l‚Äô√©cole primaire, sa famille habite un quartier √† pr√©dominance blanche, o√Ļ il fait pour la premi√®re fois la douloureuse exp√©rience du racisme[5]. Le gar√ßon se passionne pour le sport ‚ÄĒ baseball, football am√©ricain, basket-ball, natation et surtout boxe ‚ÄĒ mais aussi pour la musique : il suit avec passion l'√©mission radiophonique de jazz Harlem Rhythms[3]. √Ä l'√Ęge de neuf ou dix ans, un ami de son p√®re, le docteur John Eubanks, lui offre une trompette, dont il commence rapidement √† jouer[3].

En 1939, coll√©gien √† la Crispus Attucks Junior High, il prend des cours de trompette avec Elwood Buchanan, un autre ami de son p√®re, professeur √† la Lincoln High o√Ļ Miles √©tudie bient√īt. C‚Äôest ce ma√ģtre qui fait d√©couvrir les particularit√©s de la trompette jazz au jeune Miles, et qui l‚Äôaide √† d√©velopper les fondements de son style, en l‚Äôencourageant, d‚Äôune part, √† jouer sans vibrato, et en l‚Äôinitiant, d‚Äôautre part, au jeu de trompettistes comme Bobby Hackett et Harold Baker, caract√©ris√© par la sobri√©t√©, la douceur et le lyrisme[6]. Il suit √©galement des le√ßons avec Joseph Gustat, la premi√®re trompette et le chef de pupitre de l'orchestre symphonique de Saint-Louis[3], et il joue dans l'orchestre de son √©cole, dont il est le plus jeune √©l√©ment.

Apr√®s sa rencontre avec le trompettiste Clark Terry, figure du jazz local, qui exerce sur lui une profonde influence, Miles devient professionnel vers 1942, en s'inscrivant √† la F√©d√©ration am√©ricaine des musiciens[7]. Fr√©quentant assid√Ľment les clubs de la ville, malgr√© son jeune √Ęge qui lui en interdit en principe l'acc√®s, il commence √† jouer en public d√®s que possible, acqu√©rant une petite r√©putation r√©gionale, tout en continuant √† fr√©quenter le lyc√©e.

En 1942, √† l'√Ęge de 16 ans, il fait la connaissance d'Irene Birth, sa premi√®re v√©ritable petite amie, dont il aura trois enfants. Irene le d√©fie d'appeler Eddie Randle pour se faire engager dans son orchestre de rhythm'n'blues, les Blue Devils. √Ä la suite d'une audition, il est engag√© comme trompettiste, mais se voit √©galement confier de nombreuses corv√©es, comme l'organisation des r√©p√©titions, acqu√©rant ainsi une solide connaissance du m√©tier[3]. Comme Miles le confirmera plus tard dans des entrevues, c‚Äôest √©galement au cours de cette p√©riode qu‚Äôil d√©veloppe un go√Ľt prononc√© pour la th√©orie musicale[8], go√Ľt qui allait concourir √† rendre possible les nombreuses √©volutions stylistiques qui caract√©risent sa carri√®re. En plus de morceaux essentiellement blues[9], les Blue Devils jouent, entre East Saint Louis et Saint-Louis (Missouri), du Duke Ellington, Lionel Hampton ou Benny Goodman, donnant √† Miles l'occasion de hanter les jam-sessions aux c√īt√©s de son nouvel ami Clark Terry, ¬ę faisant le bŇďuf ¬Ľ avec des musiciens c√©l√®bres comme Roy Eldridge, Kenny Dorham, Benny Carter et surtout Lester Young[3], idole des saxophonistes et l'un des mod√®les de Miles.

En 1944, alors que, jeune dipl√īm√© de Lincoln High et tr√®s demand√© par les orchestres de la r√©gion, Miles h√©site sur la carri√®re √† suivre, na√ģt sa premi√®re fille, Cheryl. √Ä la m√™me √©poque, ses parents divorcent et ses relations avec sa m√®re, depuis longtemps conflictuelles, se d√©gradent encore[10].

1944-1948 : les ann√©es Bebop

En juin 1944, à 18 ans, après être revenu déçu de son bref engagement au sein d'un groupe de la Nouvelle-Orléans, les Six Brown Cats d'Adam Lambert, pour lesquels il a quitté les Blue Devils (les autres orchestres de la région ne pouvant pas s'offrir les quatre-vingts dollars par semaine qu'il exigeait[3]), Miles Davis hésite entre rejoindre la Faculté de chirurgie dentaire, ou suivre Clark Terry dans l'orchestre de l'U.S. Navy[3].

C'est √† cette √©poque que le Big Band de Billy Eckstine vient jouer dans un club de St Louis. Ce groupe pas comme les autres cherche √† adapter au format big band la r√©volution Bebop qui secoue le milieu du Jazz depuis le d√©but des ann√©es 1940. Il r√©unit les deux cr√©ateurs et plus c√©l√®bres musiciens du genre, le trompettiste Dizzy Gillespie et le saxophoniste Charlie Parker. Au d√©but du concert, coup de chance : Gillespie vient trouver Davis dans la salle pour lui demander de les rejoindre sur sc√®ne pour remplacer un trompettiste d√©faillant[11]. √Čmerveill√© par cette rencontre musicale, Miles prend une d√©cision essentielle : il rejoindra le groupe √† New York.

Gr√Ęce √† l'aide financi√®re de son p√®re (qui l‚Äôa toujours √©norm√©ment encourag√© et soutenu, √† la fois moralement et mat√©riellement), il s'inscrit √† la rentr√©e 1944 √† la c√©l√®bre √©cole de musique Juilliard de New York, dont l'enseignement l'ennuie assez rapidement. Mais son v√©ritable but est ailleurs : il commence √† fr√©quenter assid√Ľment le Minton's dans la 118e rue, berceau l√©gendaire du Bebop, √† la recherche de Parker et Gillespie. C'est √† cette √©poque qu'il rencontre les trompettistes Freddie Webster et Fats Navarro, qui deviennent ses amis et complices musicaux. Ayant finalement mis la main sur Gillespie et Parker (qui, fauch√© comme toujours, s'installera quelque temps chez Miles[11]), il s'initie aux subtilit√©s du Bebop, style musical particuli√®rement complexe et ardu. De plus, Parker, alias Bird, le pr√©sente aux autres l√©gendes du style, dont le pianiste Thelonious Monk.

Parall√®lement √† ses √©tudes √† la Julliard School, o√Ļ il apprend le piano et s'initie aux compositeurs contemporains comme Prokofiev, Miles devient un habitu√© des jam-sessions de la nuit new-yorkaise. Il accompagne notamment la grande chanteuse Billie Holiday au sein de l'orchestre du saxophoniste Coleman Hawkins[11]. √Ä propos de cette √©poque, il confiera plus tard : ¬ę Je pouvais en apprendre plus en une nuit au Minton's qu'en deux ans d'√©tudes √† la Julliard School. ¬Ľ[11]

Les choses commencent √† bouger pour le jeune trompettiste : il obtient son premier engagement officiel d√©but 1945, aux c√īt√©s du saxophoniste t√©nor Eddie ¬ę Lockjaw ¬Ľ Davis. Le 24 avril, il r√©alise son premier enregistrement en studio, gravant quatre premiers morceaux avec un quintet accompagnant le chanteur Rubberlegs (¬ę jambes de caoutchouc ¬Ľ) Williams sous la direction du saxophoniste Herbie Fields. Ces morceaux de blues fantaisistes, centr√©s sur le chant, ne lui donnent gu√®re l'occasion de montrer son talent, mais c'est un d√©but[11].

En octobre, il int√®gre enfin le quintet de Charlie Parker, en tant que rempla√ßant de Dizzy Gillespie, qui a quitt√© le groupe. Le 26 novembre, le groupe enregistre, Gillespie √©tant de retour... au piano. Le 28 mars 1946, Miles enregistre √† nouveau, avec un Parker au sommet de son succ√®s, les classiques Moose The Mooche, Yardbird Suite, Ornithology et A Night In Tunisia. La sonorit√© douce et le calme de son jeu, s'opposant √† la v√©h√©mence de Charlie Parker, s'√©loignent √©galement beaucoup du style Gillespie, qu'il a d'abord tent√© d'imiter avant de renoncer[11]. Cette diff√©rence lui attire quelques critiques n√©gatives, mais Davis impose rapidement son style propre. Le magazine Esquire le proclame ¬ę Nouvelle Star de la Trompette Jazz ¬Ľ. Le 8 mai, Miles compose et enregistre sa premi√®re composition personnelle, Donna Lee, qui attire l'attention du c√©l√®bre arrangeur Gil Evans. Il restera trois ans dans le groupe de Parker, apprenant beaucoup et gravant plusieurs morceaux l√©gendaires, mais faisant √©galement connaissance avec les mauvaises habitudes du saxophoniste et de son entourage, au premier rang desquels la drogue, principalement l'h√©ro√Įne, qui fait des ravages chez les ¬ę boppers ¬Ľ. Miles parvient dans un premier temps √† ne pas tomber dans la toxicomanie, mais supporte de plus en plus mal le comportement erratique qu'elle induit chez ses coll√®gues[11].

A l'automne 1946, Charlie Parker, √† bout de forces, est hospitalis√© pour sept mois √† Camarillo. Sans groupe, Miles Davis joue notamment avec Charles Mingus, avant de rejoindre √† nouveau l'orchestre de Billy Eckstine pour une tourn√©e. Au printemps 1947, le groupe est dissout, et Miles est sans travail ; apr√®s des ann√©es de r√©sistance il plonge dans la coca√Įne et l'h√©ro√Įne[12]. Pendant quelques semaines, il joue au sein du big band de Dizzy Gillespie, puis rejoint un Charlie Parker remis sur pied.

Célébré par les lecteurs de magazines Jazz prestigieux dans leurs référendums annuels, participant à des enregistrements légendaires avec les musiciens les plus réputés du Bebop, Davis est pourtant en 1948 un homme frustré, impatient de créer une musique qui lui soit propre.

1948-1949 : la naissance du Cool Jazz

√Ä l'√©t√© 1948, Miles Davis, en collaboration avec l'arrangeur Gil Evans, qu'il a rencontr√© plusieurs ann√©es auparavant, d√©cide de mettre son projet √† ex√©cution en se d√©tachant des principes du Bebop pour participer √† une nouvelle forme de Jazz. Install√© √† New York, il fonde un nouveau groupe, interm√©diaire entre le big band et les petites formations Bebop. Ce sera un nonet (neuf musiciens), donc chaque section devra, dans l'esprit de ses cr√©ateurs, imiter l'un des registres de la voix humaine[13] : la section rythmique comprend contrebasse, batterie et piano, tenu par l'ancien batteur de Charlie Parker, Max Roach. Au niveau des instruments √† vent, on trouve en plus de la trompette de Davis et du saxophone de Gerry Mulligan un trombone, un cor d'harmonie, un saxophone baryton et un tuba.

Le 18 septembre 1948, le nonet se produit pour la premi√®re fois en public, assurant la premi√®re partie du spectacle de Count Basie au Royal Roost de New York sous le titre ¬ę Nonet de Miles Davis, arrangement de Gerry Mulligan, Gil Evans et John Lewis ¬Ľ. Une d√©nomination inhabituelle qui trahit la volont√© de cr√©er une musique reposant largement sur les arrangements. Jouant une musique dont l'orchestration riche, les arrangements soign√©s et la relative lenteur rompent radicalement avec l'urgence du Bebop, le groupe est notamment remarqu√© par le directeur artistique des disques Capitol Records, Pete Rugolo, qui se montre tr√®s int√©ress√©[13].

Apr√®s un contretemps d√Ľ √† la gr√®ve des enregistrements de 1948, au cours de laquelle Miles refuse de rejoindre le groupe de Duke Ellington, le nonet entre finalement en studio d√©but 1949 √† New York pour une s√©rie de trois s√©ances qui vont changer la face du Jazz. En quinze mois et avec de nombreux musiciens diff√©rents, le groupe enregistre une douzaine de morceaux, dont les titres Godchild, Move, Budo, Jeru, Boplicity et Israel. Six d'entre eux sortiront en 78 tours, le reste devant attendre les ann√©es 1950 et le c√©l√®bre album Birth of the Cool, sorti longtemps apr√®s les faits, pour voir le jour[13].

Le Cool Jazz est n√©, mais ce n'est pas une r√©volution imm√©diate : le nonet est rapidement dissout, et cette nouvelle musique mettra plusieurs ann√©es √† s'imposer parmi les musiciens et le public Jazz.

En 1949, Miles Davis effectue son premier voyage √† l'√©tranger, participant le 8 mai au Festival International de Jazz √† Paris, salle Pleyel. Co-dirigeant un groupe avec le pianiste Tadd Dameron, il rencontre l'√©lite intellectuelle et artistique parisienne de l'√©poque : Jean-Paul Sartre, Boris Vian, Pablo Picasso et surtout Juliette Gr√©co. Pour le trompettiste, c'est une v√©ritable r√©v√©lation. La France est en effet √† l'√©poque un pays beaucoup moins raciste que les √Čtats-Unis, surtout au sein du milieu qu'il fr√©quente √† Paris. Il a pour la premi√®re fois la sensation, comme il le dira dans son autobiographie ¬ę d'√™tre trait√© comme un √™tre humain ¬Ľ[13]. Tomb√© amoureux de Juliette Gr√©co, il h√©site √† l'√©pouser, ce qui serait tout simplement impensable dans son pays natal (√† l'√©poque, les unions ¬ę mixtes ¬Ľ entre Noirs et Blancs sont encore tout simplement ill√©gales dans de nombreux √Čtats am√©ricains). Ne voulant pas lui imposer une vie aux √Čtats-Unis en tant qu'√©pouse d'un Noir am√©ricain, et elle ne voulant pas abandonner sa carri√®re en France, il renonce et rentre √† New York √† la fin mai.

1949-1955 : drogues et Hard Bop

Mais, de retour aux √Čtats-Unis, la s√©paration d'avec Juliette Gr√©co et le milieu artistique parisien lui p√®sent[14], et il r√©agit en replongeant dans l'h√©ro√Įne. La drogue a des effets d√©vastateurs sur lui : laissant femme et enfants dans un appartement du Queens, il s'installe dans un h√ītel de la 48e rue √† New York, et va jusqu'√† financer ses injections quotidiennes d'h√©ro√Įne gr√Ęce √† des prostitu√©es[15]. Sa maison saisie par une soci√©t√© de cr√©dit, il tourne avec d'autres drogu√©s notoires, notamment au sein de l'orchestre reform√© de Billy Eckstine, et se retrouve en prison √† Los Angeles, suite √† une descente de police.

Les années suivantes, Davis continue à enregistrer avec de nombreux artistes très cotés, tels que Charlie Parker, les chanteuses Sarah Vaughan et Billie Holiday, Jackie McLean, Philly Joe Jones ou Sonny Rollins. Il fait également la connaissance d'un jeune saxophoniste, John Coltrane, avec qui il joue brièvement à l'Audubon Ballroom de Manhattan. Mais, malgré l'intervention énergique de son père, qui le ramène chez lui à East St Louis et va même jusqu'à le faire arrêter par la police, il ne parvient pas à décrocher de la drogue. C'est après la rencontre en 1953 avec la danseuse Frances Taylor, qui va devenir sa seconde épouse, qu'il réussira à se désintoxiquer[16].

Apr√®s une difficile lutte contre son addiction √† l'h√©ro√Įne, dans la ferme de son p√®re, il √©merge en f√©vrier 1954 et r√©unit un nouveau sextet qui compte notamment le batteur Kenny Clarke et le pianiste Horace Silver. Ensemble, ils posent les bases d'un nouveau style, qui deviendra apr√®s le Bebop et le Cool la ¬ę troisi√®me vague ¬Ľ du Jazz moderne : le Hard Bop. R√©action contre le Cool Jazz qu'il a lui-m√™me lanc√©, ce nouveau style plus √©nergique (sans atteindre les sommets du Bebop) est √©galement plus simple harmoniquement que le Bebop. Il est notamment influenc√© par le Rhythm and blues, mais aussi par une nouveaut√© technologique, le disque 33 tours, qui permet des morceaux beaucoup plus longs et d√©velopp√©s[16]. Plusieurs morceaux fondateurs du Hard Bop verront le jour sur l'album Walkin': en particulier Walkin' le titre √©ponyme, mais aussi Airegin (anagramme de Nig√©ria), Ol√©o et Doxy compos√©s par Rollins sur l'album Bags' Groove. La m√™me ann√©e sort sur ce nouveau format l'album Birth of the Cool, compilation des morceaux enregistr√©s par le nonet pionnier du Cool Jazz. Devenant dans l'esprit des auditeurs et des critiques un jalon dans l'histoire du Jazz Moderne, le disque donne un s√©rieux coup de pouce √† la carri√®re renaissante de Miles. √Ä No√ęl, il r√©alise avec Thelonious Monk, Kenny Clarke, Percy Heath et Horace Silver une s√©ance consid√©r√©e comme essentielle pour le d√©veloppement de son style propre.
1954 est l'ann√©e charni√®re de Miles Davis qui aura transform√© un bon trompettiste en un jazzman de g√©nie, pass√© ma√ģtre dans l'art du solo, aux r√©pertoires √©largis et ayant son champ des sonorit√©s d√©sormais d√©fini : un son r√©sonnant de la trompette ouverte et un timbre assourdi, introspectif de la sourdine[17].

Au Newport Jazz Festival de 1955, l'interpr√©tation de Miles Davis de 'Round Midnight, un th√®me de Thelonious Monk, est salu√©e par une standing ovation doubl√©e d'un immense succ√®s critique : la carri√®re du trompettiste, s√©rieusement mise en p√©ril par ses probl√®mes de drogue, est d√©finitivement relanc√©e.

1955-1957 : le premier grand quintet

Miles Davis par Tom Palumbo, New-York City, 1955

En 1955, quelques mois apr√®s la mort de Charlie Parker, Miles Davis fonde le groupe consid√©r√© depuis comme son ¬ę premier grand quintet ¬Ľ, avec John Coltrane au saxophone t√©nor, Red Garland au piano, Paul Chambers √† la contrebasse et Philly Joe Jones √† la batterie[18].

Avec ce groupe, Miles va explorer ses id√©es musicales du moment, bas√©es notamment sur l'approche du pianiste Ahmad Jamal, qu'il avait commenc√© √† exprimer au d√©but de l'ann√©e avec l'album The Miles Davis Quartet. Le quintet deviendra √©galement le premier symbole du talent de d√©couvreur de Davis : l'ensemble de ses membres sont ou deviendront des leaders appr√©ci√©s, le plus connu √©tant John Coltrane, dont la r√©putation deviendra l'√©gale de celle de Miles[18]. Il parvient, par une √©trange alchimie, √† une qualit√© de l'ensemble sup√©rieure √† la somme de ses individualit√©s[17].

¬ę Il y avait donc √† pr√©sent Trane au saxophone, Philly Joe √† la batterie, Red Garland au piano, Paul Chambers √† la basse, et moi √† la trompette. Et plus vite que je n'aurais pu l'imaginer, la musique que nous faisions ensemble est devenue incroyable. C'√©tait si bon que √ßa me donnait des frissons, comme au public. Merde, c'est tr√®s vite devenu effrayant, tellement que je me pin√ßais pour m'assurer que j'√©tais bien l√†. Peu apr√®s que Trane et moi nous nous √©tions mis √† jouer ensemble, le critique Whitney Balliett a √©crit que Coltrane avait ¬ę un ton sec non d√©gauchi qui met en valeur Davis, comme une monture grossi√®re pour une belle pierre ¬Ľ. Tr√®s rapidement, Trane est devenu bien plus que √ßa. Il s'est lui-m√™me transform√© en diamant. Je le savais, comme tous ceux qui l'entendaient. ¬Ľ

‚ÄĒ Miles Davis avec Quincy Troupe, L'autobiographie p. 209 (1989)

Engag√© sur Columbia Records, √† l'√©poque la plus importante maison de disques des √Čtats-Unis, Miles Davis b√©n√©ficie d'un effort de publicit√© hors du commun dans le Jazz, effort dont son ancien label Prestige Records profite pour enregistrer cinq albums: The New Miles Davis Quintet, Cookin', Relaxin', Steamin' et Workin'. Miles Davis devait satisfaire ses obligations contractuelles envers Prestige[18].

En 1957, le groupe sort l'album 'Round About Midnight, qui remporte un grand succ√®s et offre √† Davis une image et un confort mat√©riel nouveaux. V√™tu de costumes luxueux, le nez chauss√© de myst√©rieuses lunettes noires et conduisant des voitures de sport italiennes, le trompettiste devient une figure particuli√®re dans le monde du Jazz[18]. C'est √©galement √† cette √©poque que survient un incident √† l'origine d'une partie du mythe du musicien : alors qu'il se remet de l'ablation chirurgicale de nodules sur ses cordes vocales, Davis s'emporte contre un organisateur de concerts ind√©licat, endommageant d√©finitivement sa gorge convalescente. Cette voix ravag√©e restera le symbole d'un homme qui refuse de se laisser marcher sur les pieds, y compris par les puissants. Refusant la vie tr√®s difficile des musiciens de Jazz, il obtient pour son groupe et lui-m√™me une augmentation significative des cachets, ainsi qu'une norme de trois sets par soirs au lieu des quatre qui sont la norme depuis toujours[18].

Mais malgr√© le succ√®s, l'ambiance au sein du groupe est parfois tendue, notamment entre Miles Davis et John Coltrane, Davis supportant mal la toxicomanie du saxophoniste. En avril 1957, apr√®s en √™tre venu aux mains, le trompettiste renvoie Coltrane du groupe. Ce dernier est alors invit√© par Thelonius Monk √† rejoindre son orchestre. Se lib√©rant de son addiction gr√Ęce √† une cure personnelle, Coltrane passe plusieurs mois dans la formation de Monk avant de retrouver Miles Davis[19].

1957-1959 : vers le Jazz Modal

√Ä la fin des ann√©es 1950, Miles Davis continue son √©volution musicale, se nourrissant de plusieurs engagements parall√®les √† sa carri√®re de leader de groupe : une participation fin 1956 au projet de la Jazz and Classical Music Society de Gunther Schuller, visant √† r√©unir Jazz et Musique Classique en un ¬ę troisi√®me mouvement ¬Ľ (Third Stream) et la composition de la bande originale du film Ascenseur pour l'√©chafaud de Louis Malle en 1957. Le groupe, qui comprend Kenny Clarke et les musiciens fran√ßais Barney Wilen (saxophone tenor), Ren√© Urtreger (piano) et Pierre Michelot (contrebasse) improvise la musique devant un √©cran projetant des sc√®nes du film en boucle, √† partir d'indications tr√®s limit√©es de Miles. Ces morceaux tr√®s visuels, ne comptant que tr√®s peu d'accords, resteront un jalon essentiel dans la carri√®re de Davis, le symbole de son nouveau style[20].

En 1958, Miles Davis enregistre Milestones, son quintet devient alors sextet avec l'apparition de Cannonball Adderley au saxophone alto. Cet album introduit les premiers √©l√©ments de musique modale, en particulier dans le morceau √©ponyme. Quelques jours plus tard, il participe, sous la direction de Cannonball Adderley, au superbe album Somethin' Else : c'est une de ses rares s√©ances en tant que sideman. L'album comprend notamment une remarquable version d'Autumn Leaves. Parall√®lement, il poursuit sa collaboration avec Gil Evans et cr√©e des albums orchestraux qui conna√ģtront un important succ√®s critique et commercial : Miles Ahead (1957), Porgy and Bess (1958) et Sketches of Spain (1959-1960).

En 1959, Miles Davis signe son chef-d'Ňďuvre avec Kind of Blue, un album improvis√© autour de trames qu'il a compos√©es. On trouve des modifications de formations par rapport au sextette de Milestones. Le pianiste Bill Evans, plus apte √† suivre les orientations modales du leader, remplace Red Garland et Jimmy Cobb prend le fauteuil de batteur √† Philly Joe Jones. Le pianiste Wynton Kelly est invit√© sur le titre bluesy de l'album Freddie Freeloader, nouvelle preuve que rien n'a √©t√© laiss√© au hasard pour la r√©alisation de cet album. Ce dernier est consid√©r√© comme le chef-d'Ňďuvre du jazz modal et l'un des meilleurs ‚ÄĒ et des plus populaires ! ‚ÄĒ disques de jazz jamais enregistr√©s. Jimmy Cobb disait que ce disque ¬ę avait d√Ľ √™tre compos√© au paradis ¬Ľ.

1960-1968 : le second grand quintet

En mars 1960, Miles tourne en Europe avec Coltrane, Wynton Kelly au piano, le fid√®le Paul Chambers √† la contrebasse et Jimmy Cobb √† la batterie. Ils donnent notamment un concert m√©morable √† l'Olympia de Paris le 21 o√Ļ Coltrane est hu√© par une bonne partie du public irrit√© (!) par ses explorations audacieuses. C'est √† Baltimore, en avril, que Coltrane officie pour la derni√®re fois au sein du groupe de Miles Davis qu'il quitte d√©finitivement.

Miles retourne en Europe et √† l'Olympia en octobre, en compagnie du saxophoniste park√©rien Sonny Stitt. Le jeu de Miles se montre plus agressif et aussi plus proche d'un hard bop orthodoxe. Le m√©lodieux Hank Mobley tiendra le difficile r√īle de rempla√ßant de Trane √† partir de 1961 alors que Wynton Kelly est le pianiste du groupe. On peut l'entendre dans quelques titres de l'album Someday My Prince Will Come et dans les disques live Miles Davis In Person: Friday Night & Saturday Night at the Blackhawk.

C'est aussi √† cette √©poque qu'appara√ģt le free jazz, genre musical que Miles, qui pour une fois n'a pas lanc√© le mouvement, s'ing√©nie √† critiquer de mani√®re particuli√®rement caustique et bruyante, tout en s'entourant petit √† petit, de mani√®re nettement plus discr√®te, de (parfois tr√®s) jeunes gens fortement influenc√©s par ce courant musical. Si ce n'est pas le cas du saxophoniste George Coleman, il n'en va pas de m√™me pour sa nouvelle rythmique compos√©e par Herbie Hancock (piano), Ron Carter (contrebasse) et le tr√®s jeune, √† peine 18 ans √† l'√©poque, Tony Williams (batterie). Ces musiciens apparaissent pour la premi√®re fois aux c√īt√©s de Miles sur l'album Seven Steps to Heaven (1963).

Miles et son groupe partent de nouveau en tourn√©e en Europe en juillet 1963, puis se produisent au Lincoln Center de New York le 12 f√©vrier 1964. Un concert qui sera publi√© sous forme de deux disques Four & More et My Funny Valentine. En juillet, le saxophoniste Sam Rivers, tr√®s proche du free jazz, remplace George Coleman. Il va participer avec le groupe √† une tourn√©e au Japon. Apr√®s le d√©part de Coltrane , Miles cherche le saxophoniste qui saura redonner l'√©lan n√©cessaire au renouvellement de son Ňďuvre : se succ√®dent de fa√ßons √©ph√©m√®res Jimmy Heath, Hank Mobley, Rocky Boyd, Frank Strozier et Sonny Rollins[21].

C'est en septembre 1964 que le saxophoniste, compositeur et arrangeur Wayne Shorter, qui avait d√©j√† offici√© au sein des Jazz Messengers de Art Blakey, rejoint le groupe. Miles trouve enfin le saxophoniste qui va mener sa musique vers de nouveaux sommets. Il va plus tard d√©clarer, dans Miles : L'autobiographie : ¬ę Avoir Wayne me comblait parce que je savais qu'avec lui, on allait faire de la grande musique. C'est ce qui est arriv√©, tr√®s vite. ¬Ľ Shorter prend ainsi rapidement le r√īle principal dans l'√©laboration de la musique du quintet. Herbie Hancock a expliqu√© cette transformation : ¬ę Dans le quintet, √† partir du moment o√Ļ Wayne Shorter est arriv√©, on s'est consacr√© √† un travail de couleurs, aux accords substitu√©s, aux phras√©s et surtout √† l'utilisation de l'espace, c'est-√†-dire au placement des notes que l'on jouait par rapport √† ce que jouaient les autres musiciens du quintet. ¬Ľ

Miles √©prouve quelques difficult√©s pour s'adapter √† la vivacit√© de ces jeunes musiciens mais cette prise de risque n'est pas la premi√®re dans la carri√®re de Miles et montre sa capacit√© √† r√©inventer sans cesse son style. Il raconte son exp√©rience avec ce groupe :

¬ę Si j'√©tais l'inspiration, repr√©sentais la sagesse et assurais l'homog√©n√©it√© du groupe, Tony en √©tait le feu, l'√©tincelle cr√©atrice ; Wayne √©tait l'homme des id√©es, le concepteur intellectuel ; Ron et Herbie en √©taient les ancrages. Je n'√©tais que le leader qui avait rassembl√© tout le monde. Ils √©taient jeunes mais, m√™me si je leur apprenais certaines choses, ils m'en apprenaient d'autres, sur la new thing, sur le free (...) J' apprenais quelque chose chaque soir avec cette formation, d'abord parce que Tony Williams √©tait un batteur progressiste. Le seul membre d'un de mes orchestres qui m'ait dit un jour : ¬ę Bon Dieu, Miles, pourquoi ne travailles-tu pas [ton instrument] ? ¬Ľ Il faut dire qu'en essayant de tenir la drag√©e haute √† ce jeunot, je ratais des notes. Il m'a donc pouss√© √† retravailler mon instrument, puisque je m'√©tais dispens√© de cette discipline sans m√™me m'en rendre compte (...) Chaque nuit, Herbie, Tony et Ron rentraient dans leur chambre et discutaient jusqu'au petit matin de ce qu'ils venaient de jouer. Le lendemain, ils remontaient sur sc√®ne et jouaient diff√©remment. Et moi, soir apr√®s soir, il fallait que je m'adapte... ¬Ľ

‚ÄĒ Miles Davis avec Quincy Troupe, L'autobiographie (1989)

Peu apr√®s sa cr√©ation, le quintet part en tourn√©e en Europe. Il enregistre son premier disque studio ESP en janvier 1965. En d√©cembre, le passage au club de Chicago le ¬ę Plugged Nickel ¬Ľ est enregistr√©. Alors que les albums studios sont constitu√©s uniquement de compositions originales, le groupe reprend les standards du r√©pertoire de Miles Davis (All of You, My Funny Valentine...) en concert. Lors de ces concerts, on entend le groupe √† son meilleur. Shorter y montre toutes ses qualit√©s de soliste et la section rythmique brille par sa coh√©sion et son inventivit√© prodigieuses.

En octobre 1966, le groupe enregistre, ce que beaucoup consid√®rent comme son chef-d'Ňďuvre, l'album Miles Smiles. Suivent en 1967, les albums Sorcerer et Nefertiti et en 1968, Miles In The Sky et Filles de Kilimanjaro.

1968-1975 : la r√©volution √©lectrique

Miles Davis à Rio de Janeiro, mai 1974

Alors que le rock et le funk se d√©veloppent, Miles Davis va initier l'essor d'un jazz de style nouveau, fusionnant le son √©lectrique de la fin des ann√©es 1960 avec le jazz. Ce nouveau style, d√©j√† √©bauch√© sur les derniers albums du quintet, s'affirme de mani√®re fracassante avec les albums In a Silent Way (1969) et surtout Bitches Brew (1970). Miles s'entoure de jeunes musiciens qui seront bient√īt les chefs de file du jazz fusion tels le guitariste britannique John McLaughlin et le clavi√©riste d'origine autrichienne Joe Zawinul. L'apport de l'√©lectricit√© s'accompagne par une approche encore plus ouverte de l'improvisation. Donnant aux musiciens de simples esquisses de th√®mes, il leur offre une plus grande libert√© dans l'improvisation. Ces deux albums voient aussi le producteur Teo Macero prendre une place centrale dans le processus de cr√©ation. Les morceaux ne sont plus enregistr√©s d'un seul tenant, l'album devient le r√©sultat d'un collage d'extraits des prises de studio. Avec ces deux albums, Miles Davis provoque une vraie r√©volution dans le monde du jazz et rencontre un vrai succ√®s populaire. Bitches Brew se vend √† plus de 500 000 exemplaires.

√Ä la suite des s√©ances de Bitches Brew, Miles ajoute √† son groupe des sitars et des tablas. Les titres issus de ces s√©ances (Great Expectations, Orange Lady, Lonely Fire) ne seront publi√©s qu'en 1974 dans l'album Big Fun. √Ä partir de 1970, la musique de Miles est de plus en plus marqu√©e par le funk. Pour Miles Davis, le funk, port√© par James Brown et Sly & The Family Stone, est la nouvelle musique du peuple noir au contraire du Blues qu'il d√©clare ¬ę vendu aux Blancs ¬Ľ. Le virage √©lectrique est motiv√© √† la fois par des raisons artistiques et commerciales[22].

Pour l'enregistrement de A Tribute to Jack Johnson, Miles pense √† Buddy Miles, le batteur du Band Of Gypsys de Jimi Hendrix[14], mais ce dernier ne vient pas √† la s√©ance. Il est remplac√© par Billy Cobham, qui forme avec Michael Henderson la section rythmique du groupe dont le son est domin√© par la guitare de John McLaughlin. Malgr√© une promotion d√©sastreuse de Columbia, le disque (sorti le 24 f√©vrier 1971) est pourtant devenu un classique du jazz rock. John Scofield dira par la suite de cet album qu'il ¬ę avait sans aucun doute un feeling rock, m√™me si c'√©tait aussi du jazz du plus haut niveau. ¬Ľ

Le 29 ao√Ľt 1970, il participe √† l'historique Festival de l'√ģle de Wight. Le groupe, un des meilleurs de toute sa p√©riode √©lectrique, est constitu√© de Gary Bartz aux saxophones soprano et alto, Chick Corea et Keith Jarrett aux claviers, Dave Holland √† la basse, Jack DeJohnette √† la batterie et Airto Moreira aux percussions. Il joue en outre cette m√™me ann√©e de nombreuses fois au Fillmore East de New York et au Fillmore West de San Francisco.

Du 16 au 19 d√©cembre, Miles enregistre son groupe dans un club de Washington, le Cellar Door, avec Keith Jarrett, Jack DeJohnette, Airto Moreira, Gary Bartz et Michael Henderson. L'arriv√©e de ce dernier est d√©terminante. Ancien musicien de studio pour Motown et membre du groupe de Stevie Wonder, il n'est pas un jazzman de formation. Son style funky, bas√© sur des lignes de basse r√©p√©titives est d√©terminant dans l'√©volution de la musique de Miles, avec lequel il restera jusqu'en 1975. Ces enregistrements constitueront le cŇďur de l'album Live Evil, publi√© le 17 novembre 1971 (sur lequel est pr√©sent McLaughlin, qui avait rejoint le groupe √† la demande de Miles le dernier soir). En octobre-novembre 1971, il effectue une tourn√©e en Europe.

¬ę C'est avec On the Corner et Big Fun que j'ai vraiment essay√© d'int√©resser les jeunes Noirs √† ma musique. Ce sont eux qui ach√®tent les disques et viennent aux concerts, et je songeais √† me pr√©parer un public pour l'avenir. Beaucoup de jeunes Blancs √©taient d√©j√† venus dans mes concerts apr√®s Bitches Brew. Je pensais qu'il serait bien de rassembler tous ces jeunes dans l'√©coute de ma musique et de l'appr√©ciation du groove. ¬Ľ

‚ÄĒ Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles : L'autobiographie p. 345 (1989)

En 1972, para√ģt l'ambitieux On The Corner qui tente, selon la formule de Fr√©d√©ric Goaty (dans Jazz Magazine[r√©f. n√©cessaire]), ¬ę de faire groover ensemble Sly Stone et Stockhausen ¬Ľ ! On The Corner et Big Fun eurent du mal √† trouver leur public √† l'√©poque. Rejet√©s par la plupart des critiques de jazz, ils ne parviennent pas non plus √† s√©duire la jeunesse noire. Ils sont aujourd'hui consid√©r√©s comme d'authentiques chefs-d'Ňďuvre du jazz-funk. Durant cette p√©riode, Miles utilise la p√©dale wah-wah pour distordre le son de sa trompette. Son jeu est plus ax√© sur l'aspect rythmique. La p√©riode dite ¬ę √©lectrique ¬Ľ de Miles fait exploser les codes classiques du jazz, √† savoir ¬ę exposition du th√®me - soli - r√©exposition du th√®me ¬Ľ. Toutefois, il conserve une d√©marche jazz et ce √† deux niveaux : la recherche constante d'une nouvelle approche de la musique (d√©structuration - restructuration) et la part belle faite √† l'improvisation.

En 1973, son groupe se stabilise autour de la formation suivante : Dave Liebman au saxophone et √† la fl√Ľte, Reggie Lucas et Pete Cosey aux guitares, Michael Henderson √† la basse, Al Foster √† la batterie et James Mtume Foreman aux percussions. Reggie Lucas se charge des parties rythmiques alors que Pete Cosey[23], dont le jeu est tr√®s influenc√© par celui de Jimi Hendrix, joue la majorit√© des soli (il joue aussi des percussions). Le groupe se produit au Japon en juin, puis le 8 juillet 1973, il joue pour la premi√®re fois sur la sc√®ne du Montreux Jazz Festival. Miles Davis se rend ensuite en France, en Su√®de, en Allemagne et en Autriche. Les concerts des 20 juin (Tokyo), 8 juillet (Montreux), 27 octobre (Stockholm) et 3 novembre (Vienne) seront film√©s professionnellement : ils constituent les derniers t√©moignages vid√©o du groupe de Miles avant sa retraite.

Le 30 mars 1974, Miles joue sur la sc√®ne du Carnegie Hall de New York. Le surprenant guitariste hendrixien Dominique Gaumont et le saxophoniste Azar Lawrence sont invit√©s lors de ce concert : l'album s'appellera Dark Magus.

¬ę Ce qu'il fait, et souvent dans les grands concerts comme celui-l√†, c'est de changer la donne, en faisant quelque chose de totalement √©trange. Totalement inattendu. Voici ce que j'entends par l√† : nous sommes un groupe en tourn√©e depuis un an... Et puis, soudainement, en public, New York City, Carnegie Hall, l'animal pousse deux types qui ne se sont m√™me jamais vus. Vous vous dites : ¬ę Est-il fou ou bien... Il est fou, ou alors, extr√™mement subtil. ¬Ľ ¬Ľ

‚ÄĒ Dave Liebman, In Milestones: The Music and Times of Miles Davis de Jack Chambers

En 1974 paraissent les doubles albums studios Big Fun et Get Up With It regroupant différentes sessions du début des années 70.

Le 1er f√©vrier 1975, Miles Davis donne deux concerts √† T√īky√ī au Japon qui para√ģtront sous la forme de deux doubles albums : Agharta (concert de l'apr√®s-midi) et Pangaea (concert de la soir√©e). Sonny Fortune y remplace Dave Liebman. Ces disques sont la parfaite conclusion de cette p√©riode cr√©atrice tr√®s riche. En 1975, Miles Davis quitte la sc√®ne pour des motifs de sant√©.

1981-1991 : le come-back : Miles superstar

Miles Davis à Bad-Segeberg, Allemagne, 1984

Miles Davis refait surface en 1981 avec l'album The Man with the Horn. Au cours des ann√©es 1980, il enregistre des albums de jazz-rock fusion tr√®s funk avec des groupes qui, selon sa bonne habitude, sont form√©s de jeunes inconnus qui feront carri√®re (Marcus Miller, John Scofield, Darryl Jones, Mike Stern, Mino Cinelu, etc.). √Ä partir de ce moment, Miles Davis sera aussi un ¬ę initiateur ¬Ľ, un ¬ę passeur ¬Ľ qui permettra √† de nombreux amateurs de musique plus ¬ę rock ¬Ľ de d√©couvrir la beaut√© d'un silence, d'une respiration au sein d'une harmonie gorg√©e d'√©motions et d'√©nergie. Gr√Ęce √† lui, le jazz, terme qu'il trouvait de plus en plus restrictif, pouvait toucher un public plus large et continuer ainsi √† se renouveler.

Le double album Live We Want Miles, publié en 1982, présente le nouveau groupe de scène de Miles Davis. Le premier titre, Jean Pierre deviendra un véritable classique au fil des ans. Cet album reçoit un grand succès, couronné par un Grammy Award en 1983. L'album Star People, publié l'année suivante, est un album improvisé en studio et dédié au funk et au blues.

Miles Davis, assisté par Marcus Miller, bassiste polyinstrumentiste, et de Bill Evans enregistre ensuite des albums au son plus moderne à partir des synthétiseurs numériques alors en vogue, en utilisant le séquenceur et l'échantillonnage, comme Decoy (1984) ou You're Under Arrest l'année suivante, sur lequel il s'attaque au répertoire de Michael Jackson (Human Nature) et Cyndi Lauper (Time After Time).

En 1986, Miles Davis quitte Colombia Records pour la Warner et publie Tutu, un album qui rencontre un succ√®s public tr√®s important. Aucune composition du trompettiste ne figure pourtant sur le disque : n'ayant pas obtenu les droits de ses propres compositions avec ce nouveau contrat, Miles Davis refuse d'enregistrer son propre mat√©riel et a recours notamment aux services de Marcus Miller, dont le style impr√®gne Tutu, mais aussi l'album suivant, Amandla, publi√© en 1989.

√Ä la fin des ann√©es 1980, Davis collabore √©galement avec Prince, mais √† ce jour pratiquement aucun enregistrement studio n'a √©merg√© de ces sessions. Lors de visites guid√©es des studios Paisley Park au d√©but des ann√©es 2000, il √©tait indiqu√© aux visiteurs que le coffre-fort des studios renferme ¬ę les l√©gendaires sessions enregistr√©es avec Miles Davis ¬Ľ. Il existe toutefois un disque et une vid√©o non autoris√©s qui t√©moignent du concert que Prince organisa le 31 d√©cembre 1987 √† Paisley Park o√Ļ Miles fit une br√®ve apparition. On peut regretter qu'√† cette occasion Prince ne laissa pas plus de place √† Miles pour s'exprimer pleinement. Dans son dernier album, posthume, Doo-bop, sorti en 1992, Miles Davis collabore avec des musiciens de hip-hop qui apportent la section rythmique et des chanteurs de rap.

Le g√©nie de Miles Davis peut se r√©sumer en trois points : un son original dans un environnement tr√®s structur√©, une conception √©volutive de la musique dans des directions d√©termin√©es et une capacit√© √† s'entourer √† cette fin de musiciens dont il savait tirer le meilleur. Citons pour conclure la fin de l'√©ditorial de Fran√ßois-Ren√© Simon paru dans le hors s√©rie de Jazz Magazine d'octobre 1991 consacr√© √† Miles Davis : ¬ę ... ¬ę Jazzman de la fin qui approche ¬Ľ comme l'appelle Jacques R√©da, maintenant qu'elle est l√† pour lui cette fin, soudain une angoisse : qui pour faire reculer la fin du jazz, d√©sormais ? ¬Ľ

Le 28 septembre 1991, Miles Davis meurt √† l'√Ęge de 65 ans √† l'h√īpital St John de Santa Monica pr√®s de Los Angeles o√Ļ il √©tait entr√© pour un bilan m√©dical complet suite √† toutes sortes d'ennuis de sant√©. Dans un entrefilet du New Musical Express, on peut lire : ¬ę Miles Davis... est en train de mener un combat perdu contre le sida dans un h√īpital californien¬Ľ. L'information concernant la nature de son mal n'a cependant jamais √©t√© confirm√©e. Il est enterr√© au cimeti√®re de Woodlawn de New York.

Citations et anecdotes

  • ¬ę Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les plus belles ?[r√©f. n√©cessaire] ¬Ľ
  • ¬ę La v√©ritable musique est le silence, les notes ne font qu'encadrer ce silence.[r√©f. n√©cessaire] ¬Ľ
  • ¬ę Quand on sort du conservatoire, rien n'a commenc√© encore. Il n'y a pas de raccourci, je ne suis pas un accident. ¬Ľ[r√©f. n√©cessaire]
  • Un soir, il s'est fait tabasser par un policier qui ne voulait pas voir tra√ģner de Noirs devant la salle de concert ; il √©tait programm√© en t√™te d'affiche ce soir-l√† et le policier ne l'a pas cru.[r√©f. n√©cessaire]
  • Pannonica de Koenigswarter demanda √† trois cents musiciens de jazz quels √©taient leurs trois vŇďux. Miles Davis n'en formule qu'un, gla√ßant, et qui disait tout de la condition des noirs : ¬ę √ätre blanc ¬Ľ[24].
  • √Ä John Coltrane qui lui confiait avant un concert avoir du mal √† conclure ses chorus, Miles r√©pondait s√®chement : ¬ę Essaie donc de retirer le saxo de ta bouche. ¬Ľ[25]
  • Un photographe fran√ßais est invit√© √† prendre une s√©rie de clich√©s de Miles Davis √† New York. Conscient du privil√®ge qui lui est accord√©, il saute dans le premier avion. Arriv√© quelques heures plus tard, il attend pendant trois heures dans le hall de l'h√ītel puis est finalement invit√© √† monter rejoindre le jazzman pour la s√©ance. Miles lui dit : ¬ę Tu as 36 clich√©s et pas un de plus ¬Ľ. La s√©ance commence puis √† la 4e ou 5e photo, il demande √† Miles de se mettre de profil avec sa trompette √† l'horizontale. Miles Davis lui r√©pond : ¬ę Sors d'ici, je ne joue pas la trompette √† l'horizontale, je ne joue pas sur les champs de courses. ¬Ľ. Le photographe repartait pour Paris dans l'heure (une version totalement diff√©rente est racont√©e dans jazz news N¬į4 - ao√Ľt-sept. 2011 par le photographe en question).
  • Miles Davis avait l'habitude de jouer les yeux ferm√©s et en tournant le dos au public[r√©f. n√©cessaire]. C'√©tait, selon lui, pour mieux se concentrer en faisant abstraction de son environnement, mais de nombreux spectateurs lui faisaient le reproche de ce qu'ils consid√©raient comme de l'impolitesse. Il r√©pondait qu'un chef d'orchestre ne tourne jamais le dos √† ses musiciens.

Honneurs

  • National Endowment for the Arts - NEA Jazz Master : nomination et r√©compens√© en qualit√© de Jazz Master en 1984[26] (N.B. : la plus prestigieuse r√©compense de la nation am√©ricaine en mati√®re de jazz).
  • En 1994, le Festival international de Jazz de Montr√©al, lors de sa 15e √©dition, cr√©e le prix Miles Davis pour honorer annuellement un musicien de renomm√©e internationale ayant marqu√© l'√©volution du jazz.
  • Le Montreux Jazz Festival a cr√©√© le Miles Davis Hall en son Honneur.
  • En 2003, trois albums de Miles Davis seront class√©s par le magazine Rolling Stone parmi les 500 plus grands albums de tous les temps : Kind of Blue (12e), Bitches Brew (94e) et Sketches of Spain (356e)[27].
  • Une all√©e du jardin des ar√®nes de Nice-Cimiez a √©t√© baptis√©e All√©e Miles Davis (il y a jou√© de nombreuses fois).

Discographie

Article d√©taill√© : Discographie de Miles Davis.

Albums studios

Bandes originales de films

Enregistrements en public

¬ę Le caract√®re magn√©tique de son regard, son sens du costume, ses d√©placements sur sc√®ne. M√™me lorsqu'il tournait le dos au public, le geste de Miles Davis n'√©tait jamais anodin. Aussi ne peut-on limiter son Ňďuvre au studio. ¬Ľ[29]

Albums officiels

Bootlegs

Anthologies

  • 1948-1950 : The Complete Birth of the Cool ;
  • 1951 : Conception ;
  • 1951-1956 : Chronicle, The Complete Prestige Recordings ;
  • 1955-1956 : The Miles Davis Quintet, The Legendary Prestige Quintet Sessions, 4 cd, sorti en 2006, 10 titres in√©dits ;
  • 1955-1961 : The complete Columbia recordings, (avec John Coltrane), 6 cd, sorti en 2000 ;
  • 1955-1970 : Circle in the Round, 2 cd, sorti en 1979, in√©dits ;
  • 1960-1970 : Directions, 2 cd, sorti en 1981, in√©dits ;
  • 1963-1964 : Seven Steps : The Complete Columbia Recordings of Miles Davis 1963-1964, 7 CD, sorti en 2004 ;

Compilations

  • 1956 : My Funny Valentine (Prestige) ;
  • 1958 : Jazz Track ;
  • 1997 : Electric Miles (Sony 65449) ;
  • 2006 : Cool & Collected .

Participations

Hommages

Filmographie

Vidéographie

  • 1959 : The Sound of Miles Davis, TV Show, CBS (avec John Coltrane et Miles Davis) paru dans le DVD The Greatest Jazz Films Ever, Idem, 2003 et sous le nom The Cool Jazz Sound, Mvd Visual, 2005 ;
  • 1964 : Miles Davis Quintet : Milan 1964, Impro-Jazz, 2007.
  • 1969 : Miles Davis Quintet : Live in Copenhague & Rome 1969, JazzShots.
  • 1970 : Miles Davis Electric : A different Kind of Blue (Live at the Isle of Wight Festival). Documentaire de Murray Lerner (USA, 2004) Eagle Vision. 87 min. ;
  • 1985 : Live in Montr√©al, Jazz Door, 2006 ;
  • 1988 : Live in Munich, Geneon, 2002 ;
  • 1989 : Miles in Paris, Warner Bros, 2001.

Bibliographie

Miles Davis par Jean Fortunet, Strasbourg, 1987
  • Ian Carr, Miles Davis, William Morrow & Co, 1982, traduction fran√ßaise : √Čditions Parenth√®se, 1991 (ISBN 2-86364-057-7) ;
  • Eric Nisenson, Round about midnight: Un portrait de Miles Davis, Deno√ęl, 1982 ;
  • Jack Chambers, Milestones: The Music and Times of Miles Davis, Quill, 1989 ;
  • Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles : L'autobiographie, Presses de la Renaissance, 1989
    - R√©√©dition revue et corrig√©e - Infolio, 2007 (ISBN 978-2-88474-919-0) ;
  • Laurent Cugny, Electrique Miles Davis 1968-1975, Andr√© Dimanche, 1993 ;
  • Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume, 1994 ;
  • Franck Bergerot, Miles Davis, Introduction √† l'√©coute du jazz moderne, √Čditions Seuil, 1996 ;
  • Serge Loupien, Miles Davis, collection Librio n¬į 307, 1999 ;
  • Ashley Kahn, Kind of Blue. Le Making of du Chef d'Oeuvre de Miles Davis, √Čditions Le mot et le Reste, 2009 ;
  • No√ęl Balen, Miles Davis, l'ange noir, √Čditions mille et une nuits/Arte √Čditions, 2001 ;
  • Alain Gerber, Miles Davis et le Blues du blanc, Fayard, 2003 ;
  • Jean-Pierre Jackson, Miles Davis, Actes Sud, 2007 ;
  • Quincy Troupe, Miles Davis, Miles et moi, Le Castor Astral, 2009 .

Autres sources

  • Jazz Magazine : Articles Sp√©cial Miles Davis parus dans les n¬į 570 & 571.
  • St√©phane Carini : Les singularit√©s flottantes de Wayne Shorter - Edition Rouge profond.

Liens externes

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Notes et références

  1. ‚ÜĎ Quincy Troupe, Miles Davis, Miles et moi, 2009, Castor, p.109.
  2. ‚ÜĎ Selon certains auteurs Miles Davis est n√© le 26 mai (Miles Davis avec Quincy Troupe, L'autobiographie, 2007, p.12; No√ęl Balen, Miles Davis, l'ange noir, 2001, p.14); pour d'autres c'est le 25 mai (Serge Loupien, Miles Davis, 1999, p.7; Philippe Auclair et Thierry Jousse, Dictionnaire du Rock, 2001, p.448; Ian Carr, Miles Davis, 1991, p.7).
  3. ‚ÜĎ a, b, c, d, e, f, g et h Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. P14 √† 17. Voir aussi Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles. The Autobiography, Londres, Picador, 1990 (premi√®re √©dition, New York, Simon & Schuster, 1989), p. 1-40, et plus sp√©cialement, pour ce qui est des faits mentionn√©s dans le pr√©sent article √† propos de la p√©riode 1926-1944, p. 4-5, 8-9, 18, 20-21, 24, 28, 31, 33-34, et 38-39.
  4. ‚ÜĎ Jack Chambers, Milestones. The Music and Times of Miles Davis, New York, Da Capo Press, 1998 (originellement publi√© en deux volumes par Beech Tree Books, 1983 et 1985), p. 6 (vol. I).
  5. ‚ÜĎ Jack Chambers, Milestones. The Music and Times of Miles Davis, p. 7. East Saint Louis fut le si√®ge, le 2 juillet 1917, des √©meutes raciales contre les noirs les plus sanglantes de l‚Äôhistoire des √Čtats-Unis : ce jour-l√†, entre 40 et 300 afro-am√©ricains furent lynch√©s par la population blanche, en toute impunit√© et avec l‚Äôaval de la police et des autorit√©s (voir Yves Marrocchi, ¬ę East Saint Louis, ville ray√©e de la carte des √Čtats-Unis ¬Ľ, Rue89, 20 mai 2008).
  6. ‚ÜĎ Voir Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles. The Autobiography, p. 22 ; ¬ę Self-Portrait: Miles Davis. A brilliant trumpeter tells in his own words how his career started ¬Ľ, Downbeat, 6 mars 1958, r√©imprim√© dans Frank Alkyer et al. (√©ds.), The Miles Davis Reader. Interviews and Features from Downbeat Magazine, New York, Hal Leonard Books, 2007, p. 42-44, sp√©cialement p. 42 ; et John Szwed, So What: The Life of Miles Davis, New York, Simon & Schuster Paperbacks, 2004 (premi√®re √©dition, 2002), p. 20-21. Ce style, qui trouve l‚Äôune de ses sources chez Bix Beiderbecke, tranchait alors avec le style dominant, tout en force et en √©nergie, qui d√©coulait de Louis Armstrong, et que, quelques ann√©es plus tard, Dizzy Gillespie allait transposer dans le langage du bebop (voir Jack Chambers, Milestones. The Music and Times of Miles Davis, p. 9-10 (vol. I)).
  7. ‚ÜĎ Ian Carr, Miles Davis: The Definitive Biography, New York, Thunder‚Äôs Mouth Press, 2007 (premi√®re √©dition, 1999), p. 7.
  8. ‚ÜĎ Jack Chambers, Milestones. The Music and Times of Miles Davis, p. 14 (vol. I); voir aussi Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles. The Autobiography, p. 32-33.
  9. ‚ÜĎ Le fait que Miles Davis ait jou√© pendant au moins une ann√©e enti√®re avec les Blue Devils (Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles. The Autobiography, p. 33), dont le r√©pertoire √©tait largement ax√© sur le rhythm 'n' blues, style qui constitue le pr√©curseur direct du rock 'n' roll, pourrait expliquer dans une certaine mesure l‚Äôouverture dont il fit preuve envers le rock dans les ann√©es 1960. Dans une entrevue r√©alis√©e en 1969, Miles d√©clara : ¬ę Il n‚Äôest pas n√©cessaire d‚Äôavoir un talent particulier pour jouer du rock 'n' roll. C‚Äôest ce que nous jouions quand j‚Äôai commenc√© √† jouer avec les Blue Devils d‚ÄôEddie Randle √† Saint-Louis. C‚Äôest ce que nous jouions, constamment ¬Ľ (cit√© dans Jack Chambers, Milestones. The Music and Times of Miles Davis, p. 14 (vol. I)). Signalons que Chuck Berry, √† qui l‚Äôon attribue souvent la paternit√© du rock 'n' roll, a vu le jour comme Miles Davis en 1926, et est n√© et a grandi √† Saint-Louis, que seul un pont s√©pare d‚ÄôEast Saint Louis, o√Ļ a √©t√© √©lev√© Miles Davis. Les deux hommes sont donc issus du m√™me milieu musical.
  10. ‚ÜĎ Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles. The Autobiography, p. 4, 16, 21 et surtout 36-37.
  11. ‚ÜĎ a, b, c, d, e, f et g Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. P19, 22 √† 26
  12. ‚ÜĎ Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. P29
  13. ‚ÜĎ a, b, c et d Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. P38, 40, 43, 46
  14. ‚ÜĎ a et b Miles - l'autobiographie par Miles Davis avec Quincy Troupe
  15. ‚ÜĎ Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. P49
  16. ‚ÜĎ a et b Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. P52,53,54
  17. ‚ÜĎ a et b Ian Carr, Miles Davis, 1982, √©ditions Parenth√®se, 1991 (trad. fran√ßaise).
  18. ‚ÜĎ a, b, c, d et e Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. p59, 62, 63
  19. ‚ÜĎ Jazzman, N¬į 137 juillet 2007, p. 19.
  20. ‚ÜĎ Richard Williams, Miles Davis, L'Homme √† la chemise verte, √Čditions Plume. P73
  21. ‚ÜĎ Franck Bergerot, Miles Davis, Introduction √† l'√©coute du jazz moderne, Seuil, 1996, p.19
  22. ‚ÜĎ Dans son livre Electrique Miles Davis 1968-1975, on notera toutefois que l'auteur d√©fend la th√®se selon laquelle seuls les motifs artistiques sont le moteur de l'√©volution de Miles Davis
  23. ‚ÜĎ Il est aussi connu pour sa participation √† l'album le plus controvers√© de toute la carri√®re du bluesman Muddy Waters, l'album Electric Mud
  24. ‚ÜĎ Pannonica de Koenigswarter. Les musiciens de Jazz et leurs trois vŇďux. Ed. Buchet-Chastel. 2007
  25. ‚ÜĎ Art Farmer dans Melody Maker, 25 mars 1960, cit√© par Ian Carr, dans Miles Davis, paranth√®se, 1991.
  26. ‚ÜĎ Cf. (en) Miles Davis : 1984 NEA Jazz Master Consultation du 20 mai 2010.
  27. ‚ÜĎ (en)The RS 500 Greatest Albums of All Time
  28. ‚ÜĎ Voir note n¬į11 sur Walkin'
  29. ‚ÜĎ Frank Bergerot, Jazz magazine n¬į594 ao√Ľt 2008.



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