Michelle de Bonneuil

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Michelle de Bonneuil
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Michelle de Bonneuil
Michelle de Bonneuil.jpg

Naissance 7 mars 1748
Île Bourbon
DĂ©cĂšs 30 dĂ©cembre 1829 (Ă  81 ans)
Paris
NationalitĂ© Drapeau de France France

Michelle Sentuary, par son mariage Madame Guesnon de Bonneuil, nĂ©e le 7 mars 1748 Ă  Sainte-Suzanne, sur l’üle Bourbon, et morte Ă  Paris le 30 dĂ©cembre 1829, fut un agent d’influence et de renseignements pendant la RĂ©volution et l’Empire.

Inspiratrice, entre autres, d'AndrĂ© ChĂ©nier, elle fut une femme « cĂ©lĂšbre pour sa beautĂ© et les agrĂ©ments de son esprit Â» selon la formule de Charles de Lacretelle, lui-mĂȘme un ami de ChĂ©nier[1]. Elle caractĂ©rise assez bien ces milliers de femmes discriminĂ©es par les historiographies anciennes et contemporaines, et qui, juste retour des choses, devraient bĂ©nĂ©ficier de notices dĂ©taillĂ©es dans les dictionnaires biographiques[2].

Sommaire

Les origines créoles

NĂ©e le 7 mars 1748 Ă  Sainte-Suzanne, sur l’üle Bourbon, Michelle Sentuary Ă©tait la fille cadette de Jean Sentuary et de Marie-Catherine Caillou[3]. Elle fut Ă©levĂ©e Ă  Sainte-Suzanne oĂč son pĂšre avait une plantation, et Ă  Bordeaux oĂč elle se maria en 1768 avec Jean-Cyrille Guesnon de Bonneuil qui avait une charge anoblissante dans la maison de la comtesse d’Artois.

Elle vint Ă  Paris oĂč, par sa beautĂ© et son charme personnel - sa conversation et ses talents pour le chant et la peinture[4] -, elle se rendit cĂ©lĂšbre dans les milieux artistiques et intellectuels. Élisabeth VigĂ©e Le Brun, qui devint son amie, qui la disait la « plus jolie femme de Paris Â», le peintre Alexandre Roslin qui la peignit en « habits d’africaine Â», la pastelliste Rosalie Filleul[5], le sculpteur Jean-Baptiste Lemoyne[6], d’autres encore, ont laissĂ© d’elle de trĂšs beaux portraits[7].

Amie des poĂštes, elle appartint au Cercle anacrĂ©ontique dit de « la Caserne Â», Ă  Marly, institution fort libre inspirĂ©e de la maçonnerie, animĂ©e par le chevalier Évariste de Parny, auteur de poĂ©sies Ă©rotiques, le chevalier Antoine Bertin qui cĂ©lĂ©bra sa sƓur Marie-Catherine sous le nom d’Eucharis[8], et le chevalier Michel de CubiĂšres, tous les trois poĂštes Ă  la mode. Pour financer de nouvelles charges vĂ©nales de son mari dans la maison des princes, Michelle de Bonneuil compta, avec Marie-Catherine et leur autre sƓur Augustine-Françoise, la jolie Mme Thilorier[9] - future Mme Jean-Jacques Duval d'EprĂ©mesnil[10] - parmi les « berceuses Â» du riche financier Nicolas Beaujon, rĂ©sidant quelque temps Ă  l’hĂŽtel d’Évreux. C’est sans doute Ă  cette Ă©poque d’extrĂȘme dissipation qu’elle connut le banquier suisse Jean-FrĂ©dĂ©ric Perregaux qu’elle revit Ă  intervalles rĂ©guliers jusque sous l’Empire[11] À sa mort, Nicolas Beaujon lui lĂ©gua les 100 000 livres qu’il lui avait avancĂ©es de son vivant. Selon le peintre John Trumbull en voyage Ă  Paris, elle Ă©voluait dans les hautes sphĂšres de la sociĂ©tĂ© française, se faisait appeler « comtesse de Bonneuil Â» - il Ă©crit « de Bonouil Â» - et elle Ă©tait une des femmes les plus splendides qu’il ait jamais rencontrĂ©[12].

Amie d’Anne de Caumont-Laforce, comtesse de Balbi, qu’elle cĂŽtoyait au Palais du Luxembourg oĂč son mari, plus ĂągĂ© qu’elle, Ă©tait devenu premier valet de chambre du comte de Provence, Mme de Bonneuil eut des relations diverses avec l’amiral John Paul Jones qui fut un amant Ă©phĂ©mĂšre, le comte de Vaudreuil qui resta un vieil ami, le baron de Bruny de La Tour d’Aygues qui lui dĂ©dia la gravure d’un satyre jouant de la flĂ»te, l’érudit marquis de CubiĂšres, propriĂ©taire de l’Ermitage de la rue de Maurepas Ă  Versailles[13], qui lui donna un fils[14], le comte Charles de Sartines, fils du ministre, qui, pour la promenade de Longchamp, lui offrit un carrosse Ă  ses armes – le blason est formĂ© d’un Ɠil ouvert surmontĂ© d’une couronne comtale, posĂ© sur une corne d’abondance, encadrĂ© de renards dont l’un, issant, paraĂźt ĂȘtre « Ă©ventrĂ© Â»[15] -, le comte de Caylus qui prĂ©tendit l’endoctriner Ă  l’illuminisme. Elle raconta plus tard Ă  l’abbĂ© Augustin Barruel qu’elle avait Ă©tĂ© « une de ces jeunes dames dont les sophistes cherchaient Ă  faire des adeptes, des apĂŽtres femelles Â». Dans des dĂ©jeuners hebdomadaires, l’abbĂ© Raynal cherchait surtout Ă  leur insinuer l’athĂ©isme. Il leur disait « Non, il n’y a pas de Dieu et il faut le dire, il faut que vous le disiez, le rĂ©pĂ©tiez ailleurs, dans des conversations, dans les cercles, il faut que cette vĂ©ritĂ© soit connue et devienne commune Â»[16]. Esprit libre et aventureux, Mme de Bonneuil, fut Ă©galement initiĂ©e aux mystĂšres de Cagliostro et aux rites de la maçonnerie Ă©gyptienne dont son beau-frĂšre, Jean-Jacques Duval d'EprĂ©mesnil, Ă©tait l’un des maĂźtres. Les deux maris de sa sƓur – Jacques Thilorier et Jean-Jacques Duval d'EprĂ©mesnil –, avaient appartenu l’un et l’autre Ă  la loge des Neuf SƓurs, et il est trĂšs possible que Mme de Bonneuil ait Ă©tĂ© elle-mĂȘme initiĂ©e dans une des loges d’obĂ©dience fĂ©minine, avant de tourner le dos aux idĂ©es nouvelles et aux principe de la philosophie dont elle pensait sincĂšrement, aprĂšs la Terreur, qu’ils avaient amenĂ© le « rĂšgne des Jacobins Â». Dans ses dĂ©pĂȘches Ă©crites en Espagne, elle fait souvent allusion aux Jacobins qu'elle tenait pour responsables des horreurs de la Terreur, car non seulement elle faillit ĂȘtre exĂ©cutĂ©e mais perdit sa sƓur, son beau-frĂšre et beaucoup de ses amis. L’un de ces derniers, le plus cĂ©lĂšbre, est le poĂšte AndrĂ© ChĂ©nier qui la cĂ©lĂ©bra magnifiquement dans ses ÉlĂ©gies sous le nom de Camille (anagramme de « MicaĂ«lle Â» ou Michelle) ou « d.z.n Â» (de « Sentuary d’Azan Â»).

La RĂ©volution

Michelle de Bonneuil.

La RĂ©volution venue, Mme de Bonneuil partagea les idĂ©es ultra-conservatrices de Jacques Antoine Marie de CazalĂšs, son dernier amant en date[17], et de Jean-Jacques Duval d'EprĂ©mesnil, dĂ©putĂ©s de la noblesse, qui siĂ©geaient, avec l’abbĂ© Jean-Siffrein Maury, Ă  la droite extrĂȘme de l’hĂ©micycle, Ă  l’AssemblĂ©e constituante. DĂšs 1791, elle s’impliqua dans les projets contre-rĂ©volutionnaires, dont certains aussi mal conçus qu’exĂ©cutĂ©s de fuite de la famille royale, celui entre autres, Ă©laborĂ© Ă  l’hĂŽtel d’Esclignac et qui se finit par l’arrestation des conjurĂ©s le 18 avril 1791. Elle Ă©tait liĂ©e d’amitiĂ© avec les plus cĂ©lĂšbres contre-rĂ©volutionnaires dont Louis-Alexandre de Launay comte d’Antraigues qu’elle prĂ©tendait entraĂźner au Scioto, aux États-Unis, avec « un seul de ses cheveux Â»[18], ou surtout le baron Jean de Batz, membre du comitĂ© de liquidation Ă  l’AssemblĂ©e, qui devint une sorte d’épouvantail commode pour les comitĂ©s de l’an II qui voulaient donner un visage au prĂ©tendu « grand complot de l’étranger Â» dont on prĂ©tendait qu’il actionnait tous les ressorts[19].

Lorsque Jacques Antoine Marie de CazalĂšs, dont elle attendait une fille, voulut Ă©migrer et Ă©chapper Ă  la proscription, Mme de Bonneuil l’aida Ă  passer les frontiĂšres en l’accompagnant en juillet 1792 jusqu’à Lausanne. D’aprĂšs le registre de sa section, elle se serait ensuite rendue Ă  Coblence puis Londres. D’aprĂšs les membres du comitĂ© de surveillance de la section de l’Homme armĂ©e dont dĂ©pendait son domicile en 1793, on lui connaissait des liaisons avec CazalĂšs, l’abbĂ© Maury, d’EprĂ©mesnil, son beau-frĂšre, (Le Peletier) de Mortfontaine, ancien prĂ©vĂŽt des marchands, le comte de Vaudreuil, M. et Mme Lebrun-Pintras (Lebrun-Pindare), et autres, ainsi qu’avec le marquis d’YĂšres (sic), grand conspirateur, Ă©migrĂ©, qu’elle alla « rejoindre Ă  Coblence et de lĂ  en Angleterre, ainsi que CazalĂšs et Boutin, ancien TrĂ©sorier de la Marine.

Lorsqu’elle revint en aout, elle Ă©prouva des difficultĂ©s Ă  faire lever les scellĂ©s apposĂ©s sur sa petite maison de la rue Grange-BatelĂšre, qu’elle abandonna pour retourner dans l’appartement familial du Marais[20]. À la veille des massacres de septembre 1792, elle avait sollicitĂ©, trĂšs inquiĂšte, l’aide de Jean Claude Hippolyte MĂ©hĂ©e de La Touche[21], alors membre de la Commune, qui lui fit obtenir des passeports permettant Ă  son mari en grand danger en tant qu’ancien serviteur du comte de Provence et dĂ©positaire d’archives lui appartenant, de sortir de Paris, de se rĂ©fugier chez une niĂšce Ă  Saint-Leu et d’échapper aux massacres de septembre[22].

Jusqu’à son arrestation le 11 septembre 1793, Mme de Bonneuil s’était mĂȘlĂ©e aux malheureuses tentatives des royalistes pour sauver Louis XVI, puis Marie-Antoinette, de l’échafaud. Une de ses filles a donnĂ© quelques dĂ©tails sur les manƓuvres des royalistes pour communiquer depuis un appartement de la rue de la Corderie avec les prisonniĂšres du Temple. Mme de Bonneuil, comme d’autres femmes royalistes (Mmes de Beaufort, de Pompignan, de Bonneval d’Abzac, de Damas, de Langeron, de Saint Maurice, de Laubespin et de Janson) avait essayĂ© de circonvenir des conventionnels, tel Charles-Nicolas Osselin alors membre du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale qu’elle avait attirĂ© chez elle. On la dĂ©nonça en juillet 1793 pour avoir donner Ă  danser Ă  l’annonce d’un revers des armĂ©es rĂ©publicaines, et ce jour lĂ , Osselin, Mme d’EprĂ©mesnil sa sƓur et Michel de Laumur, ancien gouverneur de PondichĂ©ry guillotinĂ© avec les ExagĂ©rĂ©s se trouvaient chez elle.

Elle fut arrĂȘtĂ©e dans les premiers jours de septembre 1793. BĂ©nĂ©ficiant de protections mystĂ©rieuses, elle avait obtenu, quelques jours aprĂšs son arrestation, de revenir passer un long moment chez elle, seule – le gendarme la laissant faire –, et en avait profitĂ© pour faire disparaitre des piĂšces extrĂȘmement compromettantes, qui Ă©taient toujours sous scellĂ©s, notamment des registres provenant de la maison du comte de Provence que son mari, premier valet de Chambre du prince, avait conservĂ©s[23]. Cette opĂ©ration terminĂ©e, elle avait rĂ©intĂ©grĂ© sa prison Sainte-PĂ©lagie oĂč elle correspondit un temps avec le poĂšte Jean-Antoine Roucher, qui lui dĂ©dia des Stances sur les fleurs.

Ayant elle-mĂȘme miraculeusement rĂ©chappĂ© Ă  la guillotine, contrairement Ă  sa sƓur et son beau-frĂšre d’EprĂ©mesnil, qui furent dĂ©capitĂ©s, elle fut libĂ©rĂ©e de prison aprĂšs une incarcĂ©ration d’un an (octobre 1794) au couvent devenu prison Sainte-PĂ©lagie puis au couvent des Anglaises de la rue de l'Oursine oĂč elle avait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e en pluviĂŽse an II.

Quelques mois aprĂšs sa libĂ©ration, sa fille cadette, Laure de Bonneuil Ă©pousait Ă  Saint-Leu-Taverny un ancien constituant devenu homme d’affaires, Michel Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly, qu’elle accompagna en 1796 Ă  Milan, oĂč le couple rencontra NapolĂ©on Bonaparte dont il partagea la fortune et l’infortune[24]. À la veille du coup d’État de vendĂ©miaire an V, Mme de Bonneuil – qui Ă©crivit plus tard dans un long rapport au futur Louis XVIII ĂȘtre entrĂ©e, sous une fausse identitĂ©, dans la clandestinitĂ© depuis le dĂ©but de la RĂ©volution, et y avoir consacrĂ© toute son Ă©nergie et risquĂ© sa vie –, semble avoir rejoint un rĂ©seau chouan, accomplissant quelques voyages entre Paris et OrlĂ©ans[25] oĂč on distribuait facilement des faux papiers (entre autres des certificats de rĂ©sidence pour les Ă©migrĂ©s rentrĂ©s clandestinement). En prĂ©vision d’un voyage Ă  l’étranger, elle se fit Ă©tablir par l’administration du Loiret, en tant que nĂ©gociante – seule façon de contourner la loi sur l’émigration – un passeport au nom de « Jeanne Riflon Â». C’était celui d’une jeune femme de condition modeste, nullement formĂ©e Ă  l’exercice de la diplomatie secrĂšte sur de nombreuses annĂ©es, qu’elle pourrait avoir connue ou employĂ©e Ă  son service et dont elle emprunta plusieurs fois l’identitĂ©, du moins sur le papier, y compris aprĂšs le mariage en 1799 de cette Mlle Riflon avec Jacques ThĂ©odore Ancellin[26]. Lorsqu’elle ne voulait pas apparaĂźtre, Mme de Bonneuil eut donc apparemment recours Ă  quelques subterfuges d’identitĂ©, prenant ainsi une fois celle d’une autre de ses femmes de chambre, AngĂ©lique, pour ses billets Ă  John Paul Jones en mai et juin 1780, ou d’une servante (Henriette Le Baille, dame Pillot) de sa sƓur lorsqu’elle dĂ©clara la naissance d’AmĂ©dĂ©e-Louis Despans, son fils adultĂ©rin. Sur ce passeport Ă©tabli Ă  un nom autre que le sien, avec un Ăąge diffĂ©rent[27], un visa fut apposĂ© Ă  la date du 16 prairial an IV.

Missions en Espagne

GuidĂ©e par Jacques Antoine Marie de CazalĂšs basĂ© Ă  Londres, devenu un des chefs de l’émigration royaliste, Mme de Bonneuil, qui Ă©tait ruinĂ©e par les Ă©vĂšnements, avec Ă  sa charge son mari malade[28], s’improvisa agent d’influence et de renseignements. Elle accomplit, comme nĂ©gociante en dentelles, une premiĂšre mission secrĂšte en Espagne oĂč elle arriva en compagnie de Johan Valckenaer, ambassadeur de la RĂ©publique batave, Ă  la fin de juillet 1796[29]. De nombreux rapports rĂ©digĂ©s de sa main et autres dĂ©pĂȘches conservĂ©s aux archives du quai d’Orsay sur la situation politique de l’Espagne rĂ©vĂšlent non seulement la qualitĂ© de son style, mais son haut niveau de connaissance des affaires internationales. Ils dĂ©notent une Ă©ducation aristocratique, une personnalitĂ© forte, une Ă©lĂ©gance dans le ton et une intelligence brillante. Il s’avĂšre aussi que tout ce qu’elle a racontĂ© Ă  PĂ©rignon, puis au Directoire est faux, Ă  commencer par les raisons vĂ©ritables de sa prĂ©sence Ă  Madrid[30]. Il semble que sa mission principale fĂ»t celle dont Ă©tait prĂ©cisĂ©ment chargĂ© CazalĂšs, consistant Ă  recueillir, auprĂšs de l’ambassadeur PĂ©rignon, des informations sur l’état des nĂ©gociations entre l’Espagne et le Directoire, et Ă  faire valoir, auprĂšs de Godoy, l’intĂ©rĂȘt d’un rapprochement de l’Espagne avec l’Angleterre, malgrĂ© le dossier sensible du Mexique espagnol. Par ailleurs – et c’est une chose dont l’intĂ©ressĂ© ne se vanta pas par la suite – elle rĂ©ussit Ă  circonvenir l’ambassadeur rĂ©publicain Catherine-Dominique de PĂ©rignon qui Ă©tait nĂ©, comme CazalĂšs, Ă  Grenade, et dont il Ă©tait par consĂ©quent un « pays Â». En janvier, un dĂźner avait Ă©tĂ© donnĂ© « en l’honneur de CazalĂšs Â» par le prince Masserano, et PĂ©rignon, sous le charme de Mme de Bonneuil, s’y Ă©tait laissĂ© entrainer. Cette affaire fit grand bruit et contraria fortement la lĂ©gation française – Mangourit et LabĂšne avaient senti que leur ambassadeur Ă©tait le jouet d’une intrigue – qui rĂ©prouva ce faux-pas de l’ambassadeur Ă  un moment oĂč l’on prĂ©voyait de nĂ©gocier des articles secrets portant sur la cession Ă©ventuelle de la Floride et de la Louisiane Ă  la France contre la garantie, par le Directoire, des possessions espagnoles en Toscane.

Depuis son arrivĂ©e en Espagne, Mme de Bonneuil intriguait donc simultanĂ©ment auprĂšs de Catherine-Dominique de PĂ©rignon qu’elle avait sĂ©duit et Ă  qui elle cherchait Ă  soutirer des informations sur ses nĂ©gociations en cours avec Godoy, du duc de Croy d’HavrĂ©, reprĂ©sentant des intĂ©rĂȘts des Bourbons en Espagne dont elle se fit le plus sĂ»r alliĂ© et dont elle dĂ©plorait la faiblesse des moyens, et Manuel Godoy, prince de la Paix, principal ministre du roi d’Espagne avec lequel elle eut de nombreux entretiens qu’elle a soigneusement notĂ©s dans un rapport conservĂ© aux archives du quai d’Orsay[31].

ChargĂ©e de dĂ©pĂȘches et probablement de fonds destinĂ©s aux royalistes de l’intĂ©rieur qui, s’appuyant sur les « instituts philanthropiques Â» (clubs royalistes), prĂ©paraient le renversement du Directoire, elle annonça, fin janvier 1797, Ă  PĂ©rignon qu’elle comptait se rendre en France, gagnant en effet Irun, et embarquant fin janvier 1797 pour Le Havre et Paris car, Ă©crivait-elle, « il est extrĂȘmement essentiel que je conserve des droits de citoyenne en France Â» (allusion Ă  son inscription sur le grand livre de la rente viagĂšre consolidĂ©e qui l’obligeait Ă  venir signer Ă  Ă©chĂ©ances fixes)[32]. Elle semble alors s’ĂȘtre rendue Ă  une fĂȘte donnĂ©e « Ă  l’époque de la prise de Mantoue Â» (15 fĂ©vrier 1797), et parle d’un malintentionnĂ© ayant accrochĂ© au dos de la robe de ThĂ©rĂ©sa Tallien un papier sur lequel Ă©tait inscrit « propriĂ©tĂ© nationale Â», ce qui avait causĂ© un scandale. Ayant rĂ©glĂ© les affaires pour lesquelles elle avait fait ce voyage, elle se rendit ensuite Ă  Londres oĂč l’épouse du peintre Danloux note, le 10 mars, qu’elle arrive « de Paris Â», amenant avec elle sa fille, Nina, nĂ©e de ses amours avec CazalĂšs[33] : « Elle a cinquante ans, Ă©crit-elle, et n’en parait pas plus de trente. Elle est encore trĂšs jolie. Sa fille ĂągĂ©e de quatre ans et demi sera elle aussi trĂšs jolie[34] Â». Mme de Bonneuil laissa sa fille Ă  Londres et retourna fin mars en Espagne oĂč chacun, Ă  l’exception de PĂ©rignon qui lui tourna le dos avec mĂ©pris[35], manifesta sa satisfaction de revoir celle qu’on appelait « l’inconnue Â». On voit, admettait Bernard de Mangourit, qu’« elle a plutĂŽt la tournure d’une femme du grand monde que d’une LaĂŻs, s’exprime bien, annonce de l’esprit et de l’usage Â»[36], bien diffĂ©rente de la classe Ă  laquelle certains auraient voulu pouvoir l’assimiler[37]. Nullement indiffĂ©rente Ă  Manuel Godoy, le ministre ami de Talleyrand, elle fut reçue Ă  l’Escurial et prĂ©sentĂ©e au roi et Ă  la reine d’Espagne (juillet 1797).

Le duc de Croy d’HavrĂ© la chargea bientĂŽt de lettres particuliĂšres pour le PrĂ©tendant, futur Louis XVIII qui rĂ©sidait encore en Allemagne, et elle se mit en route, voyageant peut-ĂȘtre avec CazalĂšs par le Portugal, et gagna Londres oĂč le peintre Danloux l’aperçut Ă  la fin du mois d’aoĂ»t 1797. Elle se remit en route vers Calais, Hambourg et enfin Blankenberg oĂč elle stationna Ă  proximitĂ© de la rĂ©sidence du PrĂ©tendant et de sa cour. Éconduite par le comte de BĂ©siade d’Avaray, favori du prince qui, se rappelant ses frasques et de sa sulfureuse rĂ©putation d’autrefois, la considĂ©rait lui-mĂȘme comme une « coureuse d’aventures Â», elle retourna avec dĂ©pit Ă  Hambourg d’oĂč elle embarqua aussitĂŽt pour Paris au dĂ©but de dĂ©cembre 1797[38].

Pendant l’hiver qu’elle passa Ă  Paris, elle rencontra Charles-Maurice de Talleyrand, nouveau ministre des Relations extĂ©rieures, qu’elle avait autrefois connu dans les milieux libertins, notamment chez le comte de Vaudreuil et qui Ă©tait alors invitĂ© Ă  Saint-Leu-Taverny chez sa niĂšce Mme Hutot de Latour. Selon l’adage « il faut faire marcher les femmes Â», le ministre la reçut Ă  l’hĂŽtel Gallifet, rue du Bac, dĂ©cidant d’employer cette « beautĂ© diplomatique Â», accessoirement sa partenaire au whist[39]. Elle retourna Ă  Londres, et le 18 novembre 1798, le comte de Thauvenay Ă©crivait Ă  ce sujet au comte de Saint-Priest :

« Il est singulier que madame de Bonneuil ait Ă©tĂ© si rĂ©servĂ©e sur les dĂ©tails de la situation de la France et qu’elle les porte Ă  M. de CazalĂšs. Elle les devrait, ce me semble, au Roy
 Â»[40].

Elle passa plusieurs mois chez Jacques Antoine Marie de CazalĂšs y faisant les honneurs de sa maison High Street Mary-le-Bone prĂšs de Hyde Park. Ils recevaient tout ce que l’émigration comptait de considĂ©rable, raconte le comte de Montlosier, notamment le comte d’Artois et le duc de Bourbon. Le peintre amĂ©ricain John Trumbull, qui la connaissait fort bien pour l’avoir dĂ©jĂ  rencontrĂ©e en 1786 chez Élisabeth VigĂ©e Le Brun et revue Ă  Paris sans un sou Ă  sa sortie de prison en 1795, la croisa Ă  nouveau Ă  Londres en 1799, rapportant qu’elle y vivait trĂšs Ă  l’aise, peu avant d’ĂȘtre envoyĂ©e, dit-il, en mission Ă  Saint-PĂ©tersbourg[41]

Au printemps 1800, elle Ă©tait Ă  Hambourg, alors la plaque tournante de l’espionnage international, cherchant Ă  se faire recevoir par le comte de Movravieff, ambassadeur du tsar Paul Ier, afin qu’il lui dĂ©livre un visa pour entrer en Russie. Elle disposait de fonds importants que seuls une organisation puissante ou un État pouvaient lui fournir. Sa couverture Ă©tait toujours celle du nĂ©goce de dentelles fines, elle disposait de faux passeports Ă  des noms diffĂ©rents (« Mme de Nieulant Â», « Mme Riflon Â» mais passait en sociĂ©tĂ© pour « comtesse de Bonneuil Â»), et c’est Jean-FrĂ©dĂ©ric Perregaux, le cĂ©lĂšbre banquier international, qui approvisionnait ses comptes. Ce banquier, un des personnages les plus importants de cette Ă©poque, un des auteurs du 18 brumaire, co-fondateur de la Banque de France, Ă©tait le beau-pĂšre du gĂ©nĂ©ral Auguste FrĂ©dĂ©ric Louis Viesse de Marmont, futur duc de Raguse, lui-mĂȘme ami intime des Michel Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly, il Ă©tait l’oncle par alliance de Pierre-Marie Desmarets, directeur de la police secrĂšte du Consulat[42], et enfin le conseiller chargĂ© de la logistique financiĂšre des agents de Charles-Maurice de Talleyrand Ă  l’étranger.

Mission en Russie

En juin, Mme de Bonneuil, qui avait obtenu un visa pour entrer en Russie, se fit remettre des lettres de crĂ©ance par Charles-Maurice de Talleyrand qui, sans doute Ă  cet effet, avait envoyĂ© Mme Grant Ă  Hambourg. EmbarquĂ©e Ă  Husum, elle parvint quelques jours plus tard Ă  Saint-PĂ©tersbourg oĂč sa mission Ă©tait de favoriser les prĂ©liminaires de paix entre la France et la Russie. TrĂšs vite, elle trouva un appui de poids en la personne du comte FĂ©dor Rostoptchine, pĂšre de la future comtesse de SĂ©gur, qui prĂ©para avec elle un rapport circonstanciĂ© dĂ©montrant l’intĂ©rĂȘt, pour les deux pays, d’un rapprochement franco-russe. Le tsar Paul Ier fut convaincu et elle fut reçue Ă  la cour et Ă  Gatchina oĂč la vit l’écrivain anglais Robertson. Elle eut Ă  combattre l’influence anti-française du comte Nikita Panine, du duc de Serra-Capriola, des Zouboff et de la coterie anglophile. Le tsar eut, par elle, connaissance de dĂ©pĂȘches du comte d’Avaray au duc d’HavrĂ©, reprĂ©sentant les intĂ©rĂȘts du PrĂ©tendant, futur Louis XVIII Ă  Madrid puis Hambourg, dans lesquelles il Ă©tait critiquĂ©. Il en fallait moins pour que le comte de Caraman, reprĂ©sentant des Bourbons Ă  Saint-PĂ©tersbourg, puis le PrĂ©tendant lui-mĂȘme, fussent expulsĂ©s du territoire russe (le futur Louis XVIII avait en effet, depuis quelques mois, quittĂ© Blankenberg pour Mittau) en Courlande, c’était d’ailleurs un prĂ©alable Ă  une nĂ©gociation avec la RĂ©publique -[43]. La saisie des papiers du comte de Caraman entraĂźnĂšrent en chaĂźne la disgrĂące du comte Pahlen, chef de la police secrĂšte, celle de Nikita Panine que remplaça FĂ©dor Rostopchine, et enfin l’expulsion de l’ambassadeur danois Rosencranz, beau-frĂšre de Serra-Capriola, jugĂ© anglophile. Les prĂ©liminaires de paix devant aboutir au traitĂ© de LunĂ©ville furent engagĂ©s[44], mais, face au danger d’un projet de descente franco-russe aux Indes que caressait le tsar et Ă  une occupation du Bengale par les Français, le parti anglophile de la cour fit assassiner Paul Ier. À la cĂ©rĂ©monie du 12 mars 1801 qui suivit son enterrement en grande pompe et l’intronisation d’Alexandre Ier alors entourĂ© des Zouboff et d’Ouvaroff, Mme de Bonneuil qui se trouvait place de la Parade, Ă©crivit Ă  Jean-FrĂ©dĂ©ric Perregaux qui recevait et transmettait son courrier Ă  Talleyrand : « Je l’ai vu partir en procession du palais d’hiver pour se rendre Ă  la cathĂ©drale oĂč l’attendait l’archevĂȘque Plutow. Devant lui, marchaient les assassins de son grand-pĂšre, Ă  cĂŽtĂ© de lui, ceux de son pĂšre, et derriĂšre lui, les siens Â»[45]. Mais ce courrier fut saisi par le comte Pahlen et elle fut expulsĂ©e de Russie. Elle atteignit Koenigsberg puis Berlin oĂč elle conta quelques-uns des aspects de son sĂ©jour Ă  la cour de Paul Ier de Russie au gĂ©nĂ©ral de Pierre Riel de Beurnonville qui lui donna un visa pour rentrer en France[46] À Paris, elle rencontra Charles-Maurice de Talleyrand qu’elle semble avoir suivi, cet Ă©tĂ©-lĂ , Ă  Bourbon l’Archambault oĂč le ministre allait prendre les eaux[47]. C’est plus tard chez Talleyrand et Catherine NoĂ«l Worlee, Mme Grant, sa maĂźtresse, donc probablement fin 1801 ou dĂ©but 1802, que Lewis Goldsmith la croisa un jour sans s’expliquer ce qu’elle faisait Ă  un diner d’ambassadeurs rĂ©unissant le comte bavarois Cetto, le Prussien Girolamo Lucchesini, le marquis napolitain de Gallo, Arcadi-Ivanowitch comte Markoff, Philippe Cobentzel, Quentin Crawfurd, le comte de Bougainville, Louis-Philippe de SĂ©gur et autres diplomates europĂ©ens[48]. À la fin de 1801, elle frĂ©quentait la sociĂ©tĂ© aristocratique des anciens royalistes qui, malgrĂ© les apparences, ne s’était majoritairement pas ralliĂ©e au bonapartisme. Elle renoua avec ses amis d’autrefois, favorisa la radiation de ceux d’entre eux qui dĂ©siraient revenir d’émigration[49] et ne pouvait manquer d’ĂȘtre informĂ©e de l’existence d’un comitĂ© royaliste qui correspondait secrĂštement avec les Bourbons. Le projet couramment Ă©voquĂ© Ă©tait celui d’un remplacement de Bonaparte par le gĂ©nĂ©ral Moreau. Or Mme de Champcenetz[50], ancienne co-dĂ©tenue de Mme de Bonneuil sous la Terreur, se chargeait alors des correspondances entre le comitĂ© Moreau et le comte de Vaudreuil, confident du comte d’Artois alors en Angleterre. Par ailleurs, Mme de Bonneuil frĂ©quentait la famille Moreau et notamment la belle-mĂšre du gĂ©nĂ©ral, Mme Hulot d’Osery, sa compatriote de l’üle Bourbon, propriĂ©taire du chĂąteau des Grimod Ă  Orsay[51], ou encore et surtout Hyacinthe Bouvet de Lozier, adjudant gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e royale, tĂȘte pensante et coordonnateur du complot Ă  Paris, qui avait, lui aussi, des attaches avec l’üle Bourbon[52].

Son rîle dans l’affaire Jean-Charles Pichegru

Au printemps 1802, profitant de la trĂȘve d'Amiens et de l’ouverture des frontiĂšres avec l’Angleterre – la fermeture ne l’avait pas gĂȘnĂ©e en 1797 pour entrer et sortir de ce pays[53] –, Mme de Bonneuil partit pour Londres oĂč Otto, nouvel ambassadeur, visa son passeport en juillet 1802[54]. En septembre elle atteignait Édimbourg oĂč le comte d’Artois, qu’on approchait difficilement, la reçut en audience privĂ©e, peut-ĂȘtre en prĂ©sence de son confident le comte de Vaudreuil. Puis le prince lui donna des lettres de recommandation et, par l’intermĂ©diaire du baron de ViomĂ©nil, elle rencontra un peu plus tard le gĂ©nĂ©ral Pichegru encore stationnĂ© Ă  Londres[55]. AuprĂšs du gĂ©nĂ©ral qui mĂ©ditait un « coup Â» contre NapolĂ©on Bonaparte promu consul Ă  vie, elle se posa comme franche et dĂ©cidĂ©e royaliste, malheureuse que l’usurpateur Bonaparte n’ait pas jouĂ© le rĂŽle que l’on attendait de lui, celui d’un George Monck. L’annonce du Consulat Ă  vie laissait au contraire augurer une occupation du pouvoir napolĂ©onien dans la durĂ©e. Le projet d’assassinat, avec un financement par l’Angleterre, Ă©tait dĂ©cidĂ©, et Mme de Bonneuil assura le gĂ©nĂ©ral Pichegru d’un soutien entier des royalistes de Paris. Puis, ayant donnĂ© des assurances diverses, elle reprit sa route vers la France en compagnie d’un Anglais fort connu, sir Walter Spencer, apparemment fort impliquĂ© dans les « conspirations anglaises[56]. Une indiscrĂ©tion – en fait son passeport Ă©tabli au nom de « Jeanne Riflon Â» indiquant qu’elle avait
 « 29 ans Â» ! excita la mĂ©fiance d’un fonctionnaire de l'ambassade de France qui, rectifiant en marge : « Elle a plus de cinquante ans Â», la fit dĂ©signer comme Ă©tant Mme de Bonneuil (qui avait bien cinquante-cinq ans mais en paraissait vingt de moins, comme en ont tĂ©moignĂ© le peintre Danloux, Melle Avrillon et d'autres contemporains frappĂ©s par sa conservation exceptionnelle)[57].

Un journal local se fit peu aprĂšs l’écho du passage Ă  Rotterdam puis Amsterdam de l’amie de Jacques Antoine Marie de CazalĂšs et belle-mĂšre d’un conseiller d’état, en compagnie d’un Anglais qu’on disait membre du Parlement d'Angleterre. Michel Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly fut Ă©videmment obligĂ© d’apporter un dĂ©menti formel sur l’identitĂ© de cette voyageuse et la prĂ©sence de sa belle-mĂšre aux Pays-Bas en compagnie d’un Anglais suspect – tandis qu’on parlait dĂ©jĂ  d’une reprise de la guerre –, et, pour faire bonne mesure, l’ambassadeur Charles-Louis Huguet de SĂ©monville dĂ©clara publiquement qu’il ferait arrĂȘter la « fausse Mme de Bonneuil Â», tout en lui accordant cependant, Ă  La Haye, le visa nĂ©cessaire pour rentrer discrĂštement en France (30 janvier 1803). Mme de Bonneuil aurait sĂ©journĂ© peu de temps Ă  Paris ( Â»trois jours Â» selon son domestique qui Ă©tait du voyage) car, si l’on en croit les curieux rapports rĂ©digĂ©s sur cette partie assez obscure de sa vie, elle serait retournĂ©e en mars aux Pays Bas, oĂč elle - Ă  moins qu’il ne s’agĂźt d’une doublure - se prĂ©senta cette fois sous le nom de « Mme de Bellegarde Â»[58], Ă  BrĂ©da prĂ©cisĂ©ment oĂč un envoyĂ© de la police du Grand Juge RĂ©gnier Ă©tait censĂ© la rencontrer. La chose pourrait paraĂźtre Ă©trange si l’on ne savait que l’envoyĂ© de la police n’était autre que le gendarme d’élite de Meckenheim d’Artaize, ancien chef d’escadron au Colonel gĂ©nĂ©ral cavalerie – avec son ami Jean-Baptiste de Paty de Bellegarde lui-mĂȘme cornette blanc dans le mĂȘme rĂ©giment – qui, selon Lewis Goldsmith, Ă©tait un agent secret de Charles Maurice de Talleyrand (la police secrĂšte du Grand Juge RĂ©gnier, pour la partie diplomatique, ne se superposait pas exactement Ă  celle de Talleyrand et leurs agents comme leurs directives, inconnus les uns aux autres, se court-circuitaient parfois)[59]. L’envoyĂ© Meckenheim d’Artaize, que l’on chargeait des missions dĂ©licates ou pĂ©rilleuse, joua une espĂšce de comĂ©die consistant Ă  couvrir l’incognito de Mme de Bellegarde, Ă  transmettre des rapports laissant supposer qu’il s’était correctement acquittĂ© de sa mission[60] – qui, pour sa sĂ©curitĂ© et l’avenir politique de Regnaud, ne devait pas ĂȘtre reconnue par l’administration du Grand Juge RĂ©gnier –, tout en recueillant et accrĂ©ditant en haut lieu les informations qu’elle avait recueillis auprĂšs de Jean-Charles Pichegru et de ses amis sur les projets criminels en prĂ©paration[61].

Fin mai 1803, Michelle de Bonneuil Ă©tait du moins Ă  Paris chez sa fille, y rencontrait Mmes de Vaudreuil[62] et Armand de Polignac dont les maris Ă©taient partie prenante dans les projets de Pichegru, et elle poussait l’obligeance jusqu’à recommander aux conspirateurs d’aller loger dans sa maison de la rue CarĂȘme-Prenant, vide depuis la mort dans les lieux, le 24 mars 1803, de M. Guesnon de Bonneuil qu’avaient assistĂ© les citoyens Sauzade et Taillardat qui furent compris dans le procĂšs de 1804[63].

C’est ainsi que, lorsqu’il vint Ă  Paris, en septembre 1803, Georges Cadoudal, suivi et filĂ© depuis son arrivĂ©e en France par Saint-Leu-Taverny, logea un temps dans l’appartement inoccupĂ© de Michelle de Bonneuil[64]. Cette derniĂšre, qui ne voulait pas risquer des indiscrĂ©tions laissant supposer qu’elle avait trahi la cause des royalistes, aurait passĂ© quelques jours dans la ville d’eau de Pyrmont oĂč elle fut reçue par le prince de Waldeck, le prince de Brunswick et l’Électrice palatine de BaviĂšre. Toujours officiellement – ou soi-disant – recherchĂ©e par l’officier de Meckenheim d'Artaize sous le nom « Mme de Bellegarde Â», elle quitta Pyrmont fin juillet 1803, cachĂ©e dans le carrosse de la comtesse de Provence qui, revenant d’Italie, passait justement dans la ville d’eau, accompagnĂ©e de son Ă©cuyer, le duc d’HavrĂ©. On dit Ă  Meckenheim d'Artaize qu’elle s’était rendue Ă  Gotha, Ă  Ludde et de lĂ  Altona (Ă  la sortie de Hambourg mais en territoire danois), logeant dans une maison que lui avait prĂȘtĂ©e le duc d’HavrĂ©. Elle raconta en septembre et octobre 1803, dans des courriers cette fois signĂ©s « Mme Smith Â», ses malheurs prĂ©tendus Ă  l’ambassadeur anglais George Rumbold, lui demandant un visa pour se rĂ©fugier en Angleterre. Rumbold s’en remit Ă  lord Castlereagh qui, n’ajoutant pas foi aux demandes de la fausse Mme Smith, pria Rumbold de rejeter ses demandes. Dans une position ambiguĂ«, indĂ©sirable en Angleterre et renonçant apparemment Ă  retourner en France par prudence, la mystĂ©rieuse « Mme de Bellegarde Â» se retira, semble-t-il – car personne ne peut alors la localiser avec certitude –, « dans une campagne Â» Ă  Wandsbeck[65]. La question est de savoir si, dans un premier temps, Mme de Bonneuil et elle seule, qui rencontra effectivement le comte d’Artois Ă  Édimbourg, n’avait pas cherchĂ© Ă  aider, du point de vue logistique, les conspirateurs anglais et Ă©migrĂ©s – elle avait des liens d’amitiĂ© anciens avec, notamment, le comte de Vaudreuil et sa famille, avec Charles Riffardeau de RiviĂšre[66]Ă©galement avec Charles Bouvet de Lozier[67] – et si, ayant Ă©tĂ© dĂ©masquĂ©e Ă  Rotterdam en dĂ©cembre 1802, elle n’avait pas Ă©tĂ© obligĂ©e de se « retourner Â» sous peine d’exil[68], en rĂ©vĂ©lant Ă  Meckenheim d’Artaize, Talleyrand et Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly son gendre tout ce qu’elle avait appris du comte d’Artois et de Pichegru. Peut-ĂȘtre mĂȘme fut-elle contrainte de seconder la police secrĂšte, tout au moins Jean-Baptiste Desmarets[69], qui contribua Ă  mettre en place la souriciĂšre au terme de laquelle Pichegru, Cadoudal, le marquis de RiviĂšre[70] et Armand de Polignac, tous familiers des comtes de Vaudreuil et d’Artois, avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s.

L’Empire et la Restauration

Entre le dĂ©but de l’Empire et 1809, Michelle de Bonneuil Ă©tait Ă  Paris puis elle voyagea Ă  Berlin - peut-ĂȘtre dans la suite de Talleyrand qui fit un grand voyage en Allemagne et en Prusse -, puis on la retrouve Ă  Cassel oĂč, d’aprĂšs Pigault-Lebrun dans une lettre Ă  RĂ©al, avec Mme de Rietz, comtesse de Lichtenau, ancienne maĂźtresse de FrĂ©dĂ©ric Guillaume II, roi de Prusse, dite la « princesse ananas Â»[71], elle joua un rĂŽle de surveillance et d’influence, pour le compte de la police secrĂšte[72], Ă  la cour de JĂ©rĂŽme Bonaparte, roi de Westphalie, et de Catherine de Wurtemberg.

En 1814, Jacques BarthĂ©lĂ©my Salgues est le premier Ă  avoir rĂ©vĂ©lĂ© publiquement en France le rĂŽle secret jouĂ© par Mme de Bonneuil et cette nouvelle alimenta les conversations de la nouvelle cour : Buonaparte n’avait point nĂ©gligĂ© un autre genre de sĂ©duction. Il avait mis dans ses intĂ©rĂȘts et envoyĂ© en mission des femmes d’une beautĂ© et d’un esprit propres Ă  corrompre le cƓur mĂȘme des rois. Nouvelle Judith, Mme de B
, belle-mĂšre d’un des conseillers d’État de NapolĂ©on, se rendit de Paris Ă  Hambourg et de Hambourg, parvint jusqu’à Sa majestĂ© ImpĂ©riale oĂč elle acheva, dit-on, la conversion de ce prince commencĂ©e par une actrice française[73] (
) Ce changement si prompt et si public inquiĂ©ta toute l’Europe et l’inquiĂ©tude devint bien plus grande encore quand on vit le mĂȘme esprit se rĂ©pandre tout Ă  coup dans le Nord de l’Europe[74]. Naturellement, le prince de Talleyrand couvrait Mme de Bonneuil de son ombre tutĂ©laire, et d’ailleurs, le nouveau roi ne songea jamais Ă  lui faire reproche de ses actes. Au contraire, en 1815, elle fut l’une des premiĂšres personnes de l’ancienne cour Ă  ĂȘtre pensionnĂ©e par Louis XVIII. Elle obtint en 1817 que sa fille la comtesse Laure Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly ne soit pas jugĂ©e pour complot contre l’autoritĂ© royale et sorte de la Conciergerie oĂč elle avait Ă©tĂ© envoyĂ©e pour activisme pro-bonapartiste[75]. Sous Charles X, Mme de Bonneuil vĂ©cut principalement chez ses filles Mmes Buffault[76], Arnault[77], Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly et Cardon[78], tant Ă  l’abbaye du Val (prĂšs MĂ©riel) qu’au manoir d’Antiville en Normandie et dans le quartier de la Nouvelle AthĂšnes Ă  Paris oĂč habitaient la plupart de ses enfants et petits enfants. La comtesse Laure Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly, qui avait perdu son mari, l’ancien conseiller d’État et ministre de NapolĂ©on[79]Il n’avait pas renoncĂ© Ă  ses convictions bonapartistes et sans doute s’opposa-t-elle souvent Ă  sa mĂšre qui, comme Élisabeth VigĂ©e Le Brun[80] et d’autres vieilles amies, Ă©tait restĂ©e fidĂšle aux Bourbons.

AprĂšs cette existence Ă  la fois trĂ©pidante et romanesque, qui n’est pas sans zones d’ombre, Mme de Bonneuil mourut paisiblement rue Blanche, Ă  Paris, le 30 dĂ©cembre 1829, et elle fut enterrĂ©e sans bruit au cimetiĂšre de Montmartre. Comme les grands agents secrets, elle s’est fait oublier et n’a surtout pas Ă©crit de mĂ©moires ou de souvenirs comme c’était alors la mode. Sa fille Laure Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly a, en outre, dĂ©truit tous ses papiers[81]. Dans une biographie rĂ©cente d’Augustin Barruel[82], Mme de Bonneuil, qui avait souffert de la RĂ©volution puis consacrĂ© son existence Ă  s’opposer sourdement Ă  ceux qu’elle tenait pour responsables des malheurs de sa famille, est citĂ©e comme ayant Ă©tĂ© une des sources de l’auteur de l’Histoire du jacobinisme.

Les identités multiples de Mme de Bonneuil

Dans le numĂ©ro de juillet-aoĂ»t 1991 du pĂ©riodique L’IntermĂ©diaire des Chercheurs et des curieux, M. Georges Renard, un lecteur qui s’était intĂ©ressĂ© Ă  Madame de Bonneuil nĂ©e Michelle Sentuary, a exposĂ© les raisons pour lesquelles il ne croyait pas que l’on puisse identifier celle-ci avec Jeanne Riflon car il s’agit, selon lui, de deux personnes diffĂ©rentes. La thĂšse d’Olivier Blanc est que Jeanne Riflon est une identitĂ© empruntĂ©e par Mme de Bonneuil lorsqu’elle ne voulait pas que son nom apparaisse directement, chose possible Ă  une Ă©poque oĂč l’état civil n’était pas fixĂ©. Il avance des preuves matĂ©rielles convaincantes comme – d’aprĂšs les MĂ©moires secrets de fĂ©vrier 1787 –, le blason peint sur le carrosse de « Jeanne Riflon Â» qui passe pour avoir eu une liaison avec Charles de Sartines, appartenait vĂ©ritablement Ă  Michelle Sentuary ainsi qu’il apparaĂźt apposĂ© sur la cire dans un document de police de 1793. Ces armoiries surmontĂ©es d’une couronne comtale Ă©taient donc celles de Michelle Sentuary qui, en sociĂ©tĂ©, passait pour comtesse de Bonneuil (voir le journal du peintre amĂ©ricain John Trumbull pour 1786).

À cela s’ajoute le fait que, de 1787 Ă  1803 au moins, il y a une relation constante entre les deux identitĂ©s, mĂȘme si elles ne se superposent pas toujours, loin s’en faut, car l’on a affaire Ă  deux personnes distinctes. Quels Ă©taient les rapports exacts entre l’une et l’autre ? On l’ignore. Mais il est difficile d’imaginer qu’elles ne se connaissaient pas. L’hypothĂšse la plus plausible est qu’il y ait eu, entre l’une et l’autre, une entente. En 1792 et 1793, il a Ă©tĂ© souvent rapportĂ© que des voyageurs circulaient avec des passeports appartenant Ă  d’autres personnes. Germaine de StaĂ«l, par exemple, a fait sortir de France un certain nombre de proscrits français avec des passeports appartenant Ă  des citoyens suisses qu’elle envoyait en personne, Ă  cet effet, en France et qui, en quelque sorte, se « dĂ©doublaient Â». Le baron Jean de Batz, fort liĂ© avec Madame de Bonneuil-Sentuary, est lui aussi sorti de France sous le nom de « Vallier, nĂ©gociant de Soleure Â», qui existait vĂ©ritablement.

Il est difficile d’admettre que sur une longue pĂ©riode Mlle Jeanne Riflon, issue d’un milieu modeste (fille d’un Ă©corcheur des abattoirs de Bourges), qui Ă©pousa M. Jacques-ThĂ©odor Ancellin (Ville d’Avray, juillet 1799), ait eu les moyens d’usurper impunĂ©ment l’identitĂ© de Mme de Bonneuil-Sentuary, femme libre aux relations Ă©tendues et aux amis puissants, et Ă  faire constamment illusion auprĂšs de dizaines de personnes appartenant aux Ă©lites politiques de l’Europe en guerre. La personnalitĂ© forte de Mme de Bonneuil-Sentuary, ses relations avĂ©rĂ©es avec Jacques Antoine Marie de CazalĂšs et avec Charles Maurice de Talleyrand eux-mĂȘmes rodĂ©s aux pratiques du secret et de l’espionnage, constitue Ă  ce jour la meilleure solution Ă  cette Ă©nigme historique.

Elle est présentée par Balzac dans Illusions perdues sous le nom de Camille qu'André Chénier lui donnait dans ses piÚces poétiques[83].

Notes

  1. ↑ Charles-Dominique de Lacretelle, Histoire du Consulat et de l’Empire, 1846, I, p.312).
  2. ↑ La SociĂ©tĂ© internationale d’étude des femmes de l’Ancien RĂ©gime (SIEFAR) s’emploie depuis quelques annĂ©es Ă  revoir dans un sens critique les notices existantes concernant les femmes de l’Ancien RĂ©gime et Ă  exhumer le souvenir de celles, oubliĂ©es, dont les actes ou les Ă©crits valent bien ceux de leurs compatriotes masculins.
  3. ↑ Cette derniĂšre Ă©tait niĂšce du modĂšle de « Virginie Â» du roman Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, qui, revenant de France, pĂ©rit noyĂ©e au large de l’üle de France.
  4. ↑ ÉlĂšve d’Élisabeth VigĂ©e Le Brun et de Hubert Robert qui lui donna des cours de peinture Ă  la prison de Sainte-PĂ©lagie, elle exposa des natures mortes aux fleurs au Salon national de peinture de 1795.
  5. ↑ Ancienne collection de la comtesse de Termont, descendante du modùle.
  6. ↑ Portrait dit « la princesse (sic) de Polignac Â» au musĂ©e Jacquemart-AndrĂ©.
  7. ↑ Olivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modĂšles Ă  l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier, 2006.
  8. ↑ Elle Ă©pousa le nĂ©gociant bordelais Jean-Louis Testart, et mourut prĂ©maturĂ©ment en 1783.
  9. ↑ Augustine-Françoise Sentuary, nĂ©e en 1749 Ă  l’üle Bourbon, peut-ĂȘtre un modĂšle de l’« ElĂ©onore Â» de Parny, femme de l’avocat au Parlement et MaĂźtre des requĂȘtes de ce nom qui Ă©tait membre de la Loge des Neuf SƓurs et mourut en 1784, et belle-sƓur de l’avocat de Cagliostro. Elle Ă©tait « jolie Ă  peindre Â» selon le comte d’Espinchal.
  10. ↑ Elle Ă©pousa Jean-Jacques Duval d’EprĂ©mesnil en 1786 aprĂšs une liaison de plusieurs annĂ©es – dont plaisantait SĂ©bastien-Roch Nicolas de Chamfort – qui la connaissait, d’oĂč une fille nĂ©e en 1786, future marquise de Nogaret de Calvisson, et deux fils tuĂ©s sur le front russe en 1812. Voir Olivier Blanc, Les Libertines, Plaisir et libertĂ© au temps des LumiĂšres, Paris, Perrin, 1997 (biographie et rĂ©fĂ©rences p. 89 Ă  104).
  11. ↑ Mme de Bonneuil qui ne voulait pas ĂȘtre solidaire des dettes de son mari avait – avant sa sĂ©paration de biens officielle en 1787 – ouvert un compte privĂ© dont Perregaux Ă©tait apparemment chargĂ©.
  12. ↑ John Trumbull, Autobiography, Reminiscences and letters of John Trumbull from 1756 to 1841, p. 118-120.
  13. ↑ Autrefois crĂ©Ă© en lisiĂšre du parc du chĂąteau pour Mme de Pompadour, le marquis de CubiĂšres en avait fait un extraordinaire jardin paysager y acclimatant des espĂšces vĂ©gĂ©tales rares.
  14. ↑ AmĂ©dĂ©e-Louis Despans qui porta le nom de « CubiĂšres Â» en 1803, joua Ă  l’Ermitage de Versailles, cĂ©lĂšbre pour ses jardins, le rĂŽle de l’Amour Ă  une fĂȘte donnĂ©e en 1789 par le marquis de CubiĂšres et Michelle de Bonneuil en l’honneur de Marie-Antoinette. AmĂ©dĂ©e Despans-CubiĂšres, adoptĂ© en 1803 par son pĂšre naturel, futur gĂ©nĂ©ral de l’Empire et ministre de la Justice sous Louis-Philippe Ier, fut impliquĂ© dans un grave scandale politico-financier au terme duquel il fut jugĂ© et condamnĂ© par la chambre des Pairs en 1847. Victor Hugo, dans Choses vues, le croit fils de CazalĂšs. C’est sa sƓur Evelina, future Mme Cardon, nĂ©e le 11 avril 1793, qui Ă©tait fille de CazalĂšs).
  15. ↑ Ces armes parlantes, dĂ©couvertes chez elle et reproduites Ă  l’identique au cours d’une perquisition en sa prĂ©sence (rue Neuve-Sainte-Catherine), reproduites dans les illustrations de la biographie d’O. Blanc, L’Éminence grise de NapolĂ©on, Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly, Paris, 2003, identifient Michelle de Bonneuil nĂ©e Sentuary avec le pseudonyme « Jeanne Riflon Â» – nom sous lequel a Ă©tĂ© passĂ© en juillet 1786 un contrat viager avec Charles de Sartines –, sont dĂ©crites dans les MĂ©moires secrets du mois de fĂ©vrier 1787, comme ornant un carrosse offert par le mĂȘme Sartine (AN, F74608/II). Il devient alors difficile de ne pas faire un rapprochement entre Mme de Bonneuil et « Jeanne Riflon Â» qui, en de nombreuses circonstances,pendant au moins dix-sept ans, vont comme se superposer, se croiser sans cesse, Ă©changer les rĂŽles, mĂȘme si elles ont Ă©tĂ© deux personnes diffĂ©rentes.
  16. ↑ CitĂ© par Michel Riquet, Augustin de Barruel, un jĂ©suite face aux jacobins francs-maçons, 1741-1820, Beauchesne, 1989, p. 87.
  17. ↑ Il est le pĂšre d’Evelina, leur fille, nĂ©e en avril 1793, adoptĂ©e par la suite par M. Guesnon de Bonneuil et lĂ©gitimĂ©e par lui.
  18. ↑ Son beau-frĂšre d’EprĂ©mesnil Ă©tait l’un des plus actifs promoteurs de la sociĂ©tĂ© dite compagnie du Scioto qui s’avĂ©ra ĂȘtre une catastrophe pour ceux qui crurent Ă  son avenir.
  19. ↑ Plus tard, en 1808, Jean de Batz – Ă  qui Élie Lacoste puis G. Lenotre ont prĂȘtĂ© un rĂŽle dĂ©mesurĂ© –, Ă©pousa Augustine-Françoise, dite « DĂ©sirĂ©e Â», Thilorier, fille de Jacques Thilorier et Françoise-Augustine d’EprĂ©mesnil, nĂ©e Sentuary, longtemps sa maĂźtresse, qui le protĂ©gea lors des Ă©vĂ©nements de vendĂ©miaire an IV.
  20. ↑ Son mari malade Ă©tait parti Ă  la campagne et elle-mĂȘme Ă©tait enceinte de la fille de CazalĂšs : elle fit ses couches en avril rue Neuve-Sainte-Catherine.
  21. ↑ Ancien agent secret en Russie et futur agent double de NapolĂ©on Bonaparte pendant les conspirations anglaises.
  22. ↑ .M. de Bonneuil vĂ©cut dorĂ©navant Ă  Saint-Leu-Taverny oĂč sa niĂšce Mme Hutot de Latour lui donna des soins. Voir MĂ©hĂ©e de Latouche, MĂ©moire sur procĂšs, Paris, 1814 (avec lettre de remerciement de Mme de Bonneuil).
  23. ↑ M. de Bonneuil avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© quelques jours au lendemain de la fuite du comte de Provence et de son favori, le comte d’Avaray, Ă  l’étranger. L’animositĂ© de d’Avaray Ă  l’égard de Mme de Bonneuil peut avoir un rapport avec cette affaire d’archives.
  24. ↑ Françoise-Augustine-ElĂ©onore dite « Laure Â» Guesnon de Bonneuil, nĂ©e en 1776 et morte sous le Second Empire, cĂ©lĂšbre modĂšle du peintre François GĂ©rard. Voir Olivier Blanc, Michel Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly, L’Éminence grise de NapolĂ©on, Paris, 2003.
  25. ↑ C’est Ă  OrlĂ©ans que, plus tard,, en 1802, Cadoudal Ă©tablit Charles d'Hozier, l’un des principaux acteurs du complot contre Bonaparte.
  26. ↑ Cette personne avait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© Ă  l’origine une domestique, car une famille de ce nom « Riflon Â», dans le Cher, prĂšs de Bourges, comptait avant 1789 des « servantes Â» (voir le moteur geneanet). De condition modeste, de dix-sept ans plus jeune que Mme de Bonneuil, elle devait Ă©pouser en juillet 1799, Ă  Ville-d'Avray, le citoyen Jacques ThĂ©odor Ancellin, issu d’une famille modeste de Boulleurs (un Ancellin nĂ© Ă  Boulleurs est « berger Â» au dĂ©but du XIXe siĂšcle). On peut se demander si cette jeune femme, qui devait quand mĂȘme connaĂźtre intimement Mme de Bonneuil, ne lui aurait pas servi dans certains cas - peut-ĂȘtre en 1803 -, de « doublure Â». C’est toujours le mĂȘme passeport Ă  ce nom de « Jeanne Riflon Â», avec le mĂȘme Ăąge de 29 ans ! - qu’elle utilisa encore Ă  la fin du Consulat oĂč il n’est jamais question de « Mme Ancellin Â» comme cela aurait dĂ» ĂȘtre le cas autrement.
  27. ↑ À cinquante ans, Ă©crivait le peintre Danloux, Mme de Bonneuil en paraissait trente Ă  peine. Tous ses contemporains, que ce soit Charles Briffault, la duchesse d’AbrantĂšs, Mlle Avrillon, Villemarest, Boucher de Perthes, etc. ont Ă©tĂ© frappĂ©s par son apparente jeunesse Ă  un Ăąge trĂšs avancĂ© : c’était, disent ils tous, « phĂ©nomĂ©nal Â».
  28. ↑ Il souffrait d’une maladie Ă©volutive, paralysante, depuis 1789.
  29. ↑ Elle se prĂ©sentait comme nĂ©gociante en objets de luxe et raconta ĂȘtre arrivĂ©e Ă  Madrid « par hasard Â», aprĂšs s’ĂȘtre arrĂȘtĂ©e Ă  Bordeaux et Bayonne oĂč un nĂ©gociant fort connu par son crĂ©dit l’avait, dit-elle au Directoire, engagĂ©e Ă  se rendre en Espagne.
  30. ↑ Ces documents et l’affirmation de l’inconnue qui disait « ne pas porter son vrai nom Â», ne permettent pas de conserver l’hypothĂšse ancienne d’Ernest Daudet selon laquelle elle Ă©tait « Melle Jeanne Riflon Â», ĂągĂ©e de vingt-neuf ans, « fille d’un vidangeur Ă©quarrisseur Â» des abattoirs de Bourges.
  31. ↑ Le fonds Bourbon dont la libre consultation a Ă©tĂ© trĂšs tardive (aprĂšs la seconde guerre mondiale), est restĂ© inconnu Ă  de nombreux historiens qui n’ont jamais eu connaissance des affaires diplomatiques de la France qu’à travers les correspondances politiques officielles. L’étude comparĂ©e de ces deux sources rĂ©vĂšle la difficultĂ© qu’il y a Ă  interprĂ©ter les faits concernant l’espionnage et Ă  les restituer. La consultation des sources politiques Ă©trangĂšres devient parfois indispensable.
  32. ↑ AE, Fonds Bourbon, rapports et lettres de Mme de Bonneuil oĂč elle dit se retirer sur la frontiĂšre. Pour des raisons de confort, de grande rapiditĂ© et de sĂ©curitĂ© par rapport aux transports terrestres, les transports maritimes et fluviaux avaient la prĂ©fĂ©rence des voyageurs et Ă©taient trĂšs dĂ©veloppĂ©s avant l’apparition du chemin de fer. Le temps nĂ©cessaire pour relier La Corogne Ă  Plymouth Ă©tait de cinquante heures. MĂȘme chose pour la liaison Bayonne-Le Havre, et un peu moins pour relier Londres Ă  Hambourg.
  33. ↑ Simplicie Evelina ne sera agrĂ©gĂ©e Ă  la famille Guesnon de Bonneuil qu’en aoĂ»t 1803 (Registres paroissiaux de Saint-Leu Taverny).
  34. ↑ Danloux, Journal, publiĂ© par le comte Portalis.
  35. ↑ Il s’était fait tancer par le Directoire qui recevait des rapports incendiaires des conseillers Mangourit, LabĂšne et Champigny-Aubin sur les intrigues de « la Riflon Â» avec l’ambassadeur.
  36. ↑ dĂ©pĂȘche du 15 thermidor an V, Arch. du min. des Affaires Ă©trangĂšres, Cor. pol. Espagne, vol. 644-648.
  37. ↑ L’historien Ernest Daudet, suivi en cela par le duc de Castries, a apparemment pris un certain plaisir Ă  dĂ©former sa personnalitĂ© et Ă  en faire une hĂ©roĂŻne de fantasme dans son Histoire de l’émigration puis dans un roman intitulĂ© L’Espionne, Paris, 1905.
  38. ↑ Le comte d’Avaray n’était pas plus tendre lorsqu’il s’exprimait au sujet de Mme de Balbi et de Mme de Gourbillon qui avant 1789, avaient eu une sorte d’importance au palais du Luxembourg, rĂ©sidence parisienne du comte et de la comtesse de Provence.
  39. ↑ Georges Touchard-Lafosse, Histoire politique et vie intime de Ch.-M. de Talleyrand, p. 162.
  40. ↑ Archives des affaires Ă©trangĂšres, Fonds Bourbon, vol. 607, 254, f°180.
  41. ↑ John Trumbull, Autobiography, 'op. cit., p. 119-120.
  42. ↑ Sa femme, nĂ©e Melle Lhardy Ă©tait de NeufchĂątel, niĂšce de Jean-FrĂ©dĂ©ric Perregaux.
  43. ↑ D’aprĂšs Ernest Daudet, qui, dans ses Ă©tudes sur l’émigration, mĂ©connaĂźt le contexte particulier et les attaches de Mme de Bonneuil, qu’il n’identifie pas, avec la maison du comte de Provence, et est en outre aveuglĂ© par une envahissante misogynie « Belle Ă©poque Â» Ă  laquelle le duc de Castries et d’autres firent Ă©cho plus tard et qui les a conduits Ă  de nombreuses erreurs d’apprĂ©ciation ou d’interprĂ©tation : ainsi Mme Jenny Chevalier, cantatrice fĂ©tiche du tsar, et Mme Marguerite de Gourbillon, lectrice et maĂźtresse de la comtesse de Provence, deux françaises Ă©migrĂ©es en Russie, Ă©taient, selon eux, elles aussi dans « l’intrigue Â», ce qui n’est pas prouvĂ© par les documents. D’emblĂ©e, ces femmes sont renvoyĂ©es par eux Ă  l’univers des intrigantes et des catins.
  44. ↑ SignĂ© en octobre 1801.
  45. ↑ Bignon, Histoire de France, 1829, I, p. 445 ; dans sa version, Bignon cite FouchĂ© comme destinataire de cette lettre, mais Peltier, qui s’appuie sur des tĂ©moignages plus proches de l’évĂ©nement parle bien de Talleyrand comme employeur de Mme de Bonneuil.
  46. ↑ Tous les ambassadeurs de l’époque avaient pour rĂšgle de protĂ©ger l’incognito des agents secrets de leurs gouvernements. Pour ce qui la concerne, Michelle de Bonneuil, malgrĂ© ses prĂ©cautions et les protections exceptionnelles dont elle bĂ©nĂ©ficiait pour entrer et sortir de France, ne pouvait faire autrement que de se prĂ©senter sous son vrai nom (Mme de Bonneuil) dans les milieux de l’émigration oĂč elle Ă©tait connue : une anecdote rapportĂ©e dans le Moniteur du 9 messidor (repris du Journal du Commerce) et du 22 thermidor an IX, peu avant le contrĂŽle de la presse, attesta ainsi sa prĂ©sence en Russie Ă  la veille de la mort de Paul Ier, ce qui ne put ĂȘtre dĂ©menti publiquement.
  47. ↑ Maxime de Villemarest, Monsieur de Talleyrand, II, p. 48 : il tenait les informations de M. de Borne de Saint-Étienne, son oncle, qui, avec Michelle de Bonneuil, Ă©tait dans la suite de Charles-Maurice de Talleyrand.
  48. ↑ Goldsmtith ignorait encore tout de ses connaissances et de son expĂ©rience en matiĂšre diplomatique. Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly avec lequel il avait maintenu de bonnes relations encore Ă  la fin de l’Empire, avait obtenu de lui une entiĂšre discrĂ©tion sur les voyages Ă  l’étranger de sa belle-mĂšre. Lewis Goldsmith, Antigallican monitor, 15 novembre 1812.
  49. ↑ Ainsi Cazalùs qui rentra avec Montlosier.
  50. ↑ Albertine-Elisabeth van Nyvenheim, baronne de Nieukerque, d’une noble famille hollandaise, protestante convertie, divorcĂ©e de M. Pater, fort riche de plantations au Surinam, fort belle, avait Ă©tĂ© pressentie pour remplacer Madame du Barry dans le cƓur de Louis XV et Ă©pousa M. de Champcenetz.
  51. ↑ NĂ©e Perrine-Jeanne Lory des Landes, Ă  la tĂȘte d’une grande fortune mise Ă  disposition des conspirateurs : elle recevait par exemple Louis Fauche-Borel lors de ses passages Ă  Paris.
  52. ↑ Il fut arrĂȘtĂ© en 1804, ainsi que sa maĂźtresse, Mme Costard de Saint-LĂ©ger, nĂ©e Turgot.
  53. ↑ Voir le Journal de Henri-Pierre Danloux, publiĂ© par le comte Portalis, qui signale son passage Ă  Londres Ă  deux reprises.
  54. ↑ Passeport dĂ©livrĂ© Ă  la prĂ©fecture de police par le ci-devant chevalier de Piis. Elle Ă©tait accompagnĂ©e de son secrĂ©taire, Paul Vallon – dont la sƓur Annette fut aimĂ©e du poĂšte Wordsworth, le ChĂ©nier anglais –, et de sa niĂšce que l’on peut identifier avec sa filleule ClĂ©mentine d’EprĂ©mesnil, orpheline depuis l’exĂ©cution de sa mĂšre en 1794.
  55. ↑ Le comte d’Artois a racontĂ© cette singuliĂšre visite de Mme de Bonneuil dans une lettre au baron de ViomĂ©nil – futur marĂ©chal – et une autre lettre au duc de Bourbon : voir O. Blanc, L’Éminence grise de NapolĂ©on, Paris, 2003, p.140-141.
  56. ↑ M. E. Daudet l’avait identifiĂ© avec John Spencer-Smith, le diplomate frĂšre de l’amiral Sydney Smith, mais il pourrait s’agir, plus certainement, de Walter Spencer-Stanhope l’ami de Edmund Burke, trĂšs engagĂ© dans la politique menĂ©e par William Pitt.
  57. ↑ Alexander Augustus Smets, Catalogue raisonnĂ© of curious manuscripts early printed and others, 1860, p. 16-17.
  58. ↑ Ce nom semble avoir Ă©tĂ© empruntĂ© Ă  son compatriote bordelais Jean-Baptiste de Paty de Bellegarde, cornette blanc au Colonel gĂ©nĂ©ral en 1789, sorte de bourreau des cƓurs qu’elle avait frĂ©quentĂ© autrefois Ă  Versailles avec les frĂšres Trudaine et AndrĂ© ChĂ©nier. Elle l’avait revu en Russie oĂč, poussĂ© par Talleyrand, il s’était mis au service de Constantin, frĂšre de Paul 1er. Convaincu d’espionnage en Russie oĂč il Ă©tait retournĂ© en 1807, il finit dĂ©portĂ© en SibĂ©rie.
  59. ↑ Meckenheim d'Artaize devait rendre compte officiellement de ses missions auprĂšs de « Mme de Bellegarde Â» au gĂ©nĂ©ral Moncey, inspecteur gĂ©nĂ©ral de la gendarmerie, qui « n’était pas employĂ© pour ce qui demandait du secret Â», et qui s’en tint, comme le reste de l’administration, Ă  l’apparence des choses. Talleyrand avait, quant Ă  lui, une autre lecture d’une situation qu’il contrĂŽlait sans doute.
  60. ↑ Sans cesse allusif, il dit avoir rencontrĂ© cette dame Ă  Versailles sous l’Ancien RĂ©gime, frĂ©quentant Jean-Baptiste de Paty de Bellegarde, et alors connue pour ses talents d’intrigante. Mais Ă  aucun moment, il ne l’identifie formellement sur le papier, laissant planer un doute sur l’identitĂ© de cette voyageuse qu’il ne dĂ©signe jamais comme la belle-mĂšre de Regnaud ou l’amie de Talleyrand. Il annonce l’avoir suivie Ă  la trace mais ne l’arrĂȘte jamais comme il en avait reçu l’ordre.
  61. ↑ D’aprĂšs les rapports plus allusifs qu’explicites de Meckenheim d'Artaize qui sont des copies d’originaux, contradictoires souvent, il semble que son interlocutrice qui parle de son mari malade, ait cherchĂ© Ă  nĂ©gocier les informations qu’elle avait recueillies contre la promesse que son fils naturel – donc le jeune AmĂ©dĂ©e Despans ?, qui en effet n’avait pas encore d’état civil –, pourrait ĂȘtre reconnu par son pĂšre, ce qui fut le cas, et qu’il pourrait ensuite accĂ©der Ă  la carriĂšre d’officier, ce qui arriva Ă©galement la mĂȘme annĂ©e: le jeune homme entrait au PrytanĂ©e militaire de Saint-Cyr sous le nom d'AmĂ©dĂ©e-Louis Despans-CubiĂšres, fils adoptif du marquis de CubiĂšres qui n’en fit cependant pas son hĂ©ritier. Il fut dĂ©finitivement agrĂ©gĂ© Ă  sa famille maternelle par son mariage en 1813 avec AglĂ© Buffaut, fille de sa demi-sƓur maternelle. La fille de CazalĂšs, Evelina dite Nina, mariĂ©e la mĂȘme annĂ©e 1813, avait Ă©tĂ© lĂ©gitimĂ©e en 1803, peu aprĂšs la mort de M. Guesnon de Bonneuil, et baptisĂ©e Ă  Saint-Leu-Taverny sous le nom de « Guesnon de Bonneuil Â».
  62. ↑ Voir les MĂ©moires de Victorine de Chastenay.
  63. ↑ Mort le 24 mars 1803, rue CarĂȘme Prenant, n° 22, maison sous louĂ©e par les Bonneuil au sieur Taillardat (tĂ©moin dĂ©clarĂ© avec son ami Sauzade au dĂ©cĂšs de M. de Bonneuil, en l’absence de sa femme, et citĂ©s l’un et l’autre, quelques mois plus tard, dans l’instruction du procĂšs Cadoudal-Pichegru). Cette maison au vaste jardin appartenait Ă  Kornmann, cĂ©lĂšbre pour son procĂšs en sĂ©paration contre sa femme oĂč tout Paris, y compris Mme de Bonneuil et Beaumarchais avaient pris position (voir MĂ©moires d’un sexagĂ©naire).
  64. ↑ Lorsque, pendant l’étĂ© 1803, il stationna Ă  Saint-Leu-Taverny avant d’entrer en Ă  Paris, Georges Cadoudal semble avoir Ă©tĂ© hĂ©bergĂ© dans la propriĂ©tĂ© familiale des Chaumette, celle du clan Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly, tenue par la cousine de Mme de Bonneuil, Mme Hutot de Latour (qui Ă©tait aussi la belle-sƓur de Marie-Michelle Buffault, fille ainĂ©e de Mme de Bonneuil). C’est dans cette mĂȘme maison que Germaine de StaĂ«l s’était rĂ©fugiĂ©e lorsque Bonaparte avait ordonnĂ© Ă  FouchĂ© de l’arrĂȘter en 1803. Comment Regnaud pouvait-il ignorer la prĂ©sence de Cadoudal dans le village de Saint-Leu, d’autant qu’il s’y trouvait lui mĂȘme pendant l’étĂ© 1803 ? (Registres paroissiaux).
  65. ↑ . Elle « affecte de se tenir cachĂ©e Â», indiquent les derniers rapports concernant cette dame, dont tout le monde a apparemment entendu parler, si l’on s’en tient aux rapports de l’administration policiĂšre et diplomatique française, mais que personne ne semble avoir vue rĂ©ellement. C’est, dit-on alors, un « vĂ©ritable ProtĂ©e Â». Elle se volatilise en effet, du moins sous ce pseudonyme, dans le courant de l’annĂ©e 1803, sans que l’on sache si cette « Mme de Bellegarde Â» Ă©tait Michelle de Bonneuil ou une doublure chargĂ©e de concentrer sur elle l’attention de la police du Grand Juge.
  66. ↑ Ils frĂ©quentaient autrefois la sociĂ©tĂ© de Mme VighĂ©e-Lebrun. Dans ses MĂ©moires, RiviĂšre Ă©voque aussi Ă  demi-mot l’intervention de Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly en sa faveur aprĂšs qu’il eut Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort.
  67. ↑ Originaire comme elle de l’üle Bourbon oĂč son pĂšre avait Ă©tĂ© gouverneur.
  68. ↑ Plusieurs conspiratrices comme elle avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es et exilĂ©es peu aprĂšs la rupture de la paix d'Amiens, ainsi la comtesse de Damas et la marquise de Champcenetz rescapĂ©es comme elle de l’échafaud rĂ©volutionnaire.
  69. ↑ C’est l’oncle par alliance de Pierre-Marie Desmarets, le baron Jean-FrĂ©dĂ©ric Perregaux, qui, en tout temps, a Ă©tĂ© le correspondant de Michelle de Bonneuil et le relais financier de ses missions Ă  l’étranger.
  70. ↑ CondamnĂ© Ă  mort, il fut graciĂ© grĂące Ă  Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly et Mme Maximilien Titon, nĂ©e Camille du Bouzet, petite-fille de Mme de Bonneuil.
  71. ↑ NĂ©e Wilhelmine Encke en 1753, morte en 1820. On l’a comparĂ©e avec la comtesse du Barry.
  72. ↑ DirigĂ©e par son neveu par alliance, Claude Armel Legras de Bercagny, qui avait Ă©pousĂ© l’aĂźnĂ©e de ses niĂšces, Marie-Antoinette Thilorier, fille de Jacques Thilorier et François-Augustine Sentuary.
  73. ↑ Il s’agit de la cĂ©lĂšbre cantatrice europĂ©enne Madame Jenny Chevalier qui, chassĂ©e de Russie Ă  la mort de Paul Ier, vĂ©cut plusieurs annĂ©es Ă  Koenigsberg puis Ă  Berlin dans l’intimitĂ© du baron Bignon, le diplomate et mĂ©morialiste de NapolĂ©on.
  74. ↑ Jacques-BarthĂ©lĂ©my Salgues, MĂ©moires pour servir Ă  l’Histoire de France sous le gouvernement de NapolĂ©on Buonaparte et pendant l’absence de la maison de Bourbon, Paris, 1814, p.595.
  75. ↑ La comtesse Regnaud fut expulsĂ©e et se rĂ©fugia Ă  Bruxelles oĂč la police secrĂšte chercha Ă  l’impliquer dans une tentative d’assassinat contre Arthur Wellesley, lord Wellington Voir O. Blanc, L’Éminence grise de l’Empereur, Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly, Paris, 2003.
  76. ↑ Marie-MichĂšle avait Ă©pousĂ© le vicomte du Bouzet d’oĂč une fille, Bathilde du Bouzet, Mme Max Titon, puis, en messidor an II, Philippe Buffault, fils de Jean-Baptiste Buffault, l’homme d’affaires de la comtesse du Barry, d’oĂč AglaĂ© (la gĂ©nĂ©rale Despans-CubiĂšres, femme de lettres) et Blanche (Mme Sampayo).
  77. ↑ Jeanne-Catherine dite « Sophie Â», Ă©pouse de l’auteur dramatique et acadĂ©micien Antoine-Vincent Arnault.
  78. ↑ Augustine-Simplicie-Evelina, fille naturelle de Jacques Antoine Marie de CazalĂšs, qui Ă©pousa le manufacturier Jean Édouard Cardon.
  79. ↑ Le comte Regnaud, apprenant les malheurs de sa femme, Ă©tait revenu des États-Unis oĂč il s’était exilĂ© depuis 1815. ils furent autorisĂ©s Ă  revenir en 1821, et le comte Regnaud mourut en arrivant Ă  Paris
  80. ↑ Dans les mĂ©moires parus sous son nom et rĂ©digĂ©s Ă  partir de notes qu’elle a bien voulu donner, Mme Le Brun n’a pas voulu Ă©voquer la prĂ©sence de Mme de Bonneuil Ă  la cour de Russie. Sur ce sujet comme d’autres assez nombreux qui concernent son entourage, elle est restĂ©e extrĂȘmement discrĂšte.
  81. ↑ On connait son Ă©criture grĂące au post-scriptum d’une lettre Ă©crite par Mme de Brack Ă  son fils le futur gĂ©nĂ©ral Antoine FortunĂ© de Brack, alors en Russie avec AmĂ©dĂ©e Despans-CubiĂšres, le fils naturel de Mme de Bonneuil (papiers Bro de ComĂšres) .
  82. ↑ CitĂ©e par Michel Riquet, Augustin de Barruel 1741-1820), Beauchesne, 1979, p. 87 et 112.
  83. ↑ Illusions perdues, La PlĂ©iade, 1976, t. V, p. 148 et 208

Annexes

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Liens externes

Bibliographie

  • Alain d'Anglade, « Trois SƓurs crĂ©oles : Mesdemoiselles de Sentuary Â», in : Revue historique de Bordeaux et du dĂ©partement de la Gironde,n° 4 octobre-dĂ©cembre 1957, p. 295-321 et n° 1er janvier-mars 1962, p. 5-23.
  • Olivier Blanc, Madame de Bonneuil, femme galante et agent secret (1748-1829), prĂ©f. de Jacques Godechot, Paris, Robert Laffont, 1987.
  • Olivier Blanc, Les Espions de la RĂ©volution et de l’Empire, Paris, Perrin, 1995.
  • Olivier Blanc, Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly, Ă©minence grise de NapolĂ©on, Paris, 2003.

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