Meule Ă  grains

ï»ż
Meule Ă  grains
Objet fondamental, hautement symbolique du lieu oĂč elle travaille, la meule usagĂ©e adossĂ©e le long d'un mur, signale la qualitĂ© de l'usine Ă  laquelle elle appartient

Une meule à grains est un objet technique, traditionnellement en pierre, qui permet le broyage, la trituration, le concassage, ou plus spécifiquement la mouture de diverses substances.

Selon les lieux et les Ă©poques, la meule de pierre fut utilisĂ©e pour la mouture « sĂšche Â» : dans la fabrication de la farine, du sucre ou des Ă©pices, mais aussi pour la prĂ©paration des kaolins, ciments, phosphates, chaux, Ă©maux, engrais et autres minerais. L'opĂ©ration de mouture peut Ă©galement ĂȘtre rĂ©alisĂ©e « humide Â», comme pour la semoule de blĂ© dur, le nixtamal ou le broyage des graines de moutarde. Lors de leur prĂ©paration, certaines matiĂšres premiĂšres permettent d’obtenir une pĂąte qui devient naturellement fluide, par exemple dans la trituration des olives ou le concassage du cacao.

Souvent qualifiĂ©e de « plus vieille des industries Â», l’utilisation de la meule de pierre est indissociable de l’histoire humaine. IntĂ©grĂ©e depuis la fin du PalĂ©olithique Ă  des processus alimentaires, son usage est restĂ© constant jusqu’à la fin du XIXe siĂšcle, oĂč elle fut progressivement remplacĂ©e par des outils mĂ©talliques d’un genre nouveau. Pourtant, elle est toujours visible dans des installations domestiques ou rurales, comme en Inde, oĂč 300 millions de femmes employaient quotidiennement des moulins Ă  bras pour la production de farine en 2002[1].

Sommaire

Aux origines d’une industrie

La prĂ©paration par broyage ou mouture de substances vĂ©gĂ©tales (racines, tubercules, amandes, feuilles
), animales (moelle, tendons...) ou minĂ©rales (ocre), en vue de leur consommation ou d’un usage technique, existe depuis plusieurs dizaines de millĂ©naires. À la diffĂ©rence du concassage qui consiste Ă  faire Ă©clater une enveloppe dure comme une coquille ou un os pour en rĂ©cupĂ©rer le contenu, il s'agit ici de rĂ©duire en poudre ou en pĂąte une matiĂšre de consistance nettement plus tendre.

Broyage, pilage, mouture : des gestes diffĂ©rents

Dans sa typologie des percussions, AndrĂ© Leroi-Gourhan dĂ©finit plusieurs familles de gestes, dont trois sont essentiels pour la prĂ©paration des matiĂšres premiĂšres :

  1. Les gestes de pilage qui s’opĂšrent en une percussion lancĂ©e verticale Ă  l’aide d’un objet lourd et allongĂ© Ă  la maniĂšre du pilon africain. Ce geste est Ă©galement mis en Ɠuvre avec le martinet dans la fabrication de la pĂąte Ă  papier ou le forgeage ;
  2. Les gestes de mouture, en percussion posĂ©e, qui s’exercent en un mouvement circulaire, dĂ©sordonnĂ©, ou d’avant en arriĂšre sur une dalle Ă  moudre ;
  3. Les gestes de broyages oĂč les mouvements sont Ă  peu prĂšs circulaires et de temps Ă  autre verticaux, combinant ainsi une percussion lancĂ©e et une percussion posĂ©e qui sont ici qualifiĂ©es de diffuses. C'est le cas du systĂšme mortier-pilon contemporain.


Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Évolution du matĂ©riel de broyage et de mouture au PalĂ©olithique

L’examen attentif des broyeurs du PalĂ©olithique (galet, molette, pilon-broyeur
) permet de dĂ©terminer la nature de l’action exercĂ©e sur la matiĂšre et le geste accompli ; la fonction de l’outil peut alors ĂȘtre prĂ©cisĂ©e, ainsi que l’activitĂ© Ă  laquelle il a participĂ©.

Meule et broyeur du NĂ©olithique

L’homme de NĂ©andertal utilisait dĂ©jĂ  des outils sommaires pour Ă©craser diffĂ©rentes substances, comme l’atteste la prĂ©sence de broyeurs rudimentaires Ă  la fin du MoustĂ©rien et de meules au ChĂątelperronien. À partir de l’Aurignacien (vers 38 000 ans), l’homme de Cro-Magnon utilise rĂ©guliĂšrement meules, broyeurs allongĂ©s et molettes circulaires. Ce matĂ©riel se diversifie Ă  partir du Gravettien (vers 29 000 ans), avec l’apparition de nouveaux types d’outils tels que meules-mortiers et pilon-broyeurs.

À la fin du PalĂ©olithique, les meules de Wadi Kubbaniya (Moyen-Orient, 19 000 avant le prĂ©sent) sont impliquĂ©es dans des processus alimentaires et associĂ©es Ă  des rĂ©sidus de tubĂ©reuses dont on sait qu’il faut absolument les moudre avant de les consommer, soit pour en extraire les toxines (Cyperus rotundus, un souchet), soit pour faire disparaĂźtre la texture fibreuse qui les rendrait indigestes (Scirpus maritimus)[2]. Les rhizomes de fougĂšres et la chair du fruit du palmier doum, Ă©galement retrouvĂ©s sur ce site, gagnent Ă  ĂȘtre moulus pour amĂ©liorer leurs qualitĂ©s nutritionnelles ; ils venaient ainsi complĂ©ter l’alimentation carnĂ©e des chasseurs-cueilleurs. La mouture de graines d’orge ou d’avoine Ă©tait pratiquĂ©e Ă  la fin du PalĂ©olithique supĂ©rieur (Franchthi) ou du KĂ©barien (Ohalo II, 19 000 avant le prĂ©sent)[3].

Avec l'amĂ©lioration de l'outillage, la matiĂšre est de plus en plus finement broyĂ©e, mais on ne peut parler de mouture que lorsqu'elle devient une vĂ©ritable poudre. Ainsi, les hommes du PalĂ©olithique supĂ©rieur europĂ©en dissociaient dĂ©jĂ  broyage et mouture comme en atteste l'apparition Ă  cette Ă©poque des premiĂšres dalles Ă  moudre utilisĂ©es avec des broyeurs ou des molettes. Si la mouture de cĂ©rĂ©ales sauvages n'est pas attestĂ©e pour les dĂ©buts du PalĂ©olithique supĂ©rieur, du moins en Europe, il n'est pas interdit de penser que la mouture d'autres matiĂšres vĂ©gĂ©tales (glands, noix, noisettes...), animales (graisse) se pratiquait dĂ©jĂ  pour les rĂ©duire en pĂąte avant cuisson. De mĂȘme, il est probable que les hommes utilisaient Ă  cette Ă©poque des meules Ă  des fins techniques, pour Ă©craser des substances minĂ©rales (colorants) et certaines fibres vĂ©gĂ©tales ou animales pour une utilisation technique.

Dalle à moudre avec rouleau servant de molette Culture Peiligang (5500 – 5000 av J.C), Xinzheng

Au MĂ©solithique, puis au NĂ©olithique, avec la domestication des plantes, un matĂ©riel de broyage, de pilage et de mouture entiĂšrement façonnĂ© et de beaucoup plus grandes dimensions fait son apparition. À partir du Natoufien, plusieurs types de meules peuvent se cĂŽtoyer, telles que des meules profondes « en forme d'auge Â» ou des meules plates, ce qui tĂ©moigne d'une spĂ©cialisation de leur fonction. Au Proche-Orient, le pilon-broyeur commence Ă  ĂȘtre façonnĂ© Ă  partir du KĂ©barien et du Natoufien. Il Ă©volua progressivement vers le pilon lancĂ© qui est un objet lourd, gĂ©nĂ©ralement en bois. Ce type de matĂ©riel subsiste encore de nos jours dans de nombreuses rĂ©gions, comme en Éthiopie pour la mouture du mil.

L’apparition des meules plates et allongĂ©es au Natoufien (Abu HureĂŻra sur l’Euphrate) daterait du IXe millĂ©naire av. J.-C.. Elles prĂ©sentent des surfaces actives plus importantes et marquent l’apparition d’un nouveau geste, celui de la mouture exercĂ©e d’avant en arriĂšre, Ă  deux mains et qui implique une nouvelle posture du corps, agenouillĂ© devant la meule. L’apparition des grandes meules asymĂ©triques et façonnĂ©es (Mureybet, Cheikh Hassan, vers 10 000 BP) aboutira aux meules « en forme de selle Â» connues encore aujourd’hui avec le metate[3].

Les meules « Ă  force de corps Â»

Jusqu'Ă  l'invention du moulin Ă  eau, les moulins ont fonctionnĂ© « Ă  force de corps Â», c'est-Ă -dire en utilisant la force motrice des animaux ou des hommes.

Le metate, meule dormante du Mexique

Metate mexicain

Dans un systÚme de mouture, on appelle meule dormante ou meule gisante la partie qui reste immobile pendant l'opération de mouture et qui se trouve généralement en position inférieure. Ce terme s'oppose à meule courante ou meule mobile qui, comme son nom l'indique, est animée d'un mouvement à la surface de la précédente.

Le metate est une meule dormante de pierre, d’usage domestique, qui sert Ă  moudre le maĂŻs. UtilisĂ©e depuis plusieurs milliers d’annĂ©es (environ 3000 av. J.-C) dans l’aire culturelle de la MĂ©soamĂ©rique, son nom provient du nahuatl « metatl[3] Â».

Les meules actuelles sont monolithiques, le plus souvent en basalte, apodes ou tripodes, rectangulaires et lĂ©gĂšrement concaves sur la surface de mouture. Ces meules sont associĂ©es Ă  une molette, saisie Ă  deux mains, appelĂ©e « mano Â», dont la dimension dĂ©passe gĂ©nĂ©ralement la largeur de la meule et qui est actionnĂ©e en un mouvement rectiligne alternatif. Sur les meules tripodes, l’un des pieds est lĂ©gĂšrement plus haut que les deux autres ce qui donne une inclinaison Ă  l’ensemble, l’utilisateur se plaçant devant la partie la plus haute.

La fabrication des meules est un travail essentiellement masculin. À l'Ă©poque prĂ©hispanique, les meuliers n'utilisaient que des outils en pierre : cette pratique persista dans certains villages jusqu'au milieu du XXe siĂšcle. L'utilisation d'outils en mĂ©tal, hĂ©ritĂ©s probablement des tailleurs de pierre de construction, permit d'utiliser les basaltes les plus durs donnant des meules d'une durĂ©e de vie supĂ©rieure Ă  trente ans. Si la fabrication de meules apodes Ă  partir de blocs de pierre naturellement polis dans le lit d'une riviĂšre Ă©tait autrefois Ă  la portĂ©e de nombreux paysans, l'Ă©laboration de metates tripodes requiert une spĂ©cialisation artisanale.

La mouture occupe une place prĂ©pondĂ©rante dans la cuisine rurale mexicaine. On peut moudre Ă  sec, mais trĂšs peu de recettes sont rĂ©alisĂ©es de cette façon : on rĂ©duit en poudre du cafĂ© torrĂ©fiĂ©, du maĂŻs ou des haricots grillĂ©s, du sel, des pains de sucre ainsi que du cacao. Mais la plupart des prĂ©parations nĂ©cessitent une mouture Ă  l’eau. On moud ainsi des fruits pour en faire des jus, des haricots ou des lĂ©gumes bouillis, les ingrĂ©dients de diverses sauces pimentĂ©es et surtout le maĂŻs pour confectionner des galettes (tortillas) qui constituent la base du repas. Ces derniĂšres sont confectionnĂ©es Ă  partir de nixtamal, c’est-Ă -dire de grains de maĂŻs sec cuits avec de la chaux, puis rincĂ©s Ă  l’eau, ce qui ramollit les grains et permet d’obtenir une pĂąte. Le maĂŻs ou le nixtamal peuvent ĂȘtre moulus pour des prĂ©parations autres que les galettes : tamales, pozole, atole, pinole, masa, avec des variations dans la finesse de la mouture selon l'utilisation.

Fabrication des tortillas au Salvador vers 1900

L’usage du metate est exclusivement fĂ©minin et, en pays mixtĂšque, le lieu oĂč se trouve la meule est un espace rĂ©servĂ© aux femmes. Un couple acquiert, ou se voit souvent offrir une meule au moment d’établir son foyer. Cette acquisition reprĂ©sente une dĂ©pense majeure dans la vie d’un paysan mixtĂšque comme en tĂ©moignaient dĂ©jĂ  des testaments de nobles et de riches paysans du XVIe siĂšcle – XVIIIe siĂšcle dans lesquels figuraient des metates[3].

La fabrication des tortillas quotidiennes se fait Ă  partir de pĂąte de maĂŻs suffisamment humidifiĂ©e, qui ne peut donc pas ĂȘtre conservĂ©e, Ă  la diffĂ©rence de la farine. Cette caractĂ©ristique technique explique sans doute le fait que les metates domestiques n’aient pas Ă©tĂ© remplacĂ©s il y a plusieurs siĂšcles par des moulins, comme en Europe. Lors des guerres du XIXe siĂšcle et de la RĂ©volution de 1910, les armĂ©es mexicaines Ă©taient accompagnĂ©es de femmes et de metates pour assurer l’intendance ; la conquĂȘte espagnole n’a pas eu pour effet de remplacer les tortillas par le pain, bien au contraire. À la fin du XIXe siĂšcle les propriĂ©taires des grandes plantations introduisirent les moulins Ă  moteur pour le maĂŻs, ce qui eut pour consĂ©quence de libĂ©rer la main d’Ɠuvre fĂ©minine pour les champs[4]. À partir de 1920, des moulins Ă©lectriques apparaissent dans les campagnes et sont la propriĂ©tĂ© de municipalitĂ©s, de coopĂ©ratives ou de privĂ©s. Pourtant les meules dormantes sont toujours utilisĂ©es et font encore partie du patrimoine rural du Mexique.


Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Le moulin Ă  trĂ©mie d’Olynthe

Article dĂ©taillĂ© : Industrie du grain en GrĂšce antique.
Moulin Ă  trĂ©mie d'Olynthe :
1. Pivot 2. Levier 3. Meule courante avec trémie
4. Meule gisante 5. Table

La ville d’Olynthe fut dĂ©truite en -348 par Philippe de MacĂ©doine ; le nom de « meule d’Olynthe, broyeur d’Olynthe, moulin d’Olynthe Â» est dĂ©sormais attachĂ© Ă  ce type de moulin, qui reprĂ©sente une vĂ©ritable mutation technique. C'est au Grec K. Kourouniotis que l'on doit en 1917 l'Ă©lucidation du fonctionnement de la meule Ă  trĂ©mie, qui joua un si grand rĂŽle dans la GrĂšce antique[5].

Dans le moulin olynthien, la meule infĂ©rieure (meule dormante (4)) est de type rectangulaire, posĂ©e sur une table (5) ; elle mesure entre 0,42 m et 0,65 m de longueur, 0,36 m Ă  0,54 m de largeur pour 0,08 Ă  0,25 m d’épaisseur. Le broyeur, qui constitue la meule supĂ©rieure (meule courante (3)), est le plus souvent de forme rectangulaire, parfois ovale, et prĂ©sente en son centre une trĂ©mie parallĂšle aux longs cĂŽtĂ©s et destinĂ©e Ă  recevoir le grain Ă  moudre. Ce broyeur est surmontĂ© d’un axe horizontal fixĂ© d’un cĂŽtĂ© sur la table Ă  un pivot (1), l’autre extrĂ©mitĂ© Ă©tant actionnĂ©e par un ouvrier dans un mouvement de va-et-vient horizontal de ce levier (2). Le moulin d’Olynthe prĂ©sente donc un dĂ©but de mĂ©canisation, les meuniers sont dĂ©sormais debout et le travail est facilitĂ©.

Ce type de moulin apparaĂźt certainement dĂšs le dĂ©but du Ve siĂšcle av. J.‑C. Son usage paraĂźt courant dans le monde grec au IVe siĂšcle av. J.‑C., de la MacĂ©doine au PĂ©loponnĂšse et fut adoptĂ© jusque dans les Ăźles d’Asie mineure, en Égypte et en Syrie actuelle, et se prolonge jusqu’au Ier siĂšcle av. J.‑C., parfois plus tard comme le suggĂšrent les fouilles de l’Agora d’AthĂšnes. L’importance de ce type pour le monde grec a Ă©tĂ© confirmĂ©e par la dĂ©couverte, en 1967, de 22 moulins Ă  trĂ©mie dans la cargaison d’un navire naufragĂ© au large de KyrĂ©nia, datĂ© de la fin du IVe siĂšcle av. J.‑C.. Un accroissement de la demande a sans doute entraĂźnĂ© une standardisation dans la fabrication et une spĂ©cialisation des centres de production. C’est ainsi que les meules plates d’Argolide, en andĂ©site et rhyolite, sont fabriquĂ©es Ă  partir de carriĂšres locales (Isthme de Corinthe, golfe Saronique) et les broyeurs proviennent de carriĂšres plus lointaines (Ăźles de Nysiros, MĂ©los)[5].

L’usage de ce type de moulin ne se limitait pas Ă  la mouture des cĂ©rĂ©ales comme le suggĂšrent les dĂ©couvertes de Thasos ou du Laurion : il Ă©tait alors utilisĂ© pour broyer le minerai, de maniĂšre Ă  le calibrer en vue de sa sĂ©lection ultĂ©rieure par lavage. Il est mĂȘme possible qu’il soit apparu dans les mines du Mont PangĂ©e. Le texte d’AgatharchidĂšs sur les mines d’or d’Égypte au Ier siĂšcle av. J.‑C., transmis par Photius et Diodore, Ă©voque un moulin avec un levier :

« Les femmes et les hommes plus ĂągĂ©s reçoivent alors ce minerai concassĂ© Ă  la dimension de petits pois, le jettent dans les meules, en files nombreuses, deux ou trois personnes se tenant debout Ă  chaque levier et le moulent Â». La version de Photius prĂ©cise « de part et d’autre Â» du levier[5].

La meule rotative

On parle aussi de "meule Ă  main", meule Ă  bras, "moulinet" ; et en latin "molendinum bracchis" ou "molendinum manuale".

Selon de Barry, la plus ancienne meule circulaire en pierre a Ă©tĂ© mise au jour dans les ruines de la ville d’Olynthe : il s’agit de la meule d’un moulin Ă  huile et non d’un moulin Ă  farine. Les historiens Marie-Claire Amouretti et Georges Comet[6] mettent en avant le fait que ces meules sont antĂ©rieures aux premiers exemples de moulins circulaires Ă  grains que nous connaissons. C’est donc probablement par la fabrication de l’huile que s’est introduite la premiĂšre machine Ă  Ă©craser par rotation. Puis suivront les cĂ©rĂ©ales et d’autres fruits et graines[7].

Il semble que le moulin rotatif soit apparu Ă  la fin du Ve siĂšcle av. J.‑C. et qu’il soit directement issu de tentatives de perfectionnement du moulin d’Olynthe[8]. AndrĂ© Leroi-Gourhan prĂ©cise que « la transformation du mouvement rectiligne alternatif en un mouvement circulaire-continu mĂšne Ă  une autre forme de moulin Â». Les auteurs ne s’accordent pas sur son origine gĂ©ographique, situĂ©e pour certains « vers Carthage et la rĂ©gion syro-Ă©gyptienne Â», « simultanĂ©ment en Espagne[9],[10] et en Angleterre Â» pour d’autres et alors mĂȘme qu’on en trouve en Chine au Ier siĂšcle av. J.‑C.[8]. Selon L.A. Moritz, le moulin Ă  grains rotatif n'apparaĂźtrait qu'au IIe siĂšcle av. J.‑C.. Il fonde sa dĂ©monstration sur les textes latins, en particulier ceux de Plaute et de Caton, et fixe l'introduction de ce type entre le moment de la mort de Plaute en -184 et celui de la composition du De agri cultura, vers -160 [5].

Selon la morphologie des meules de ces moulins rotatifs actionnés manuellement, il est possible de distinguer plusieurs types de moulins en Europe.

Le moulin celtique est formé de meules massives, à profil extérieur conique avec des surfaces actives des pierres quasi planes.

En Dacie, entre le Ier siĂšcle av. J.‑C. et le Ier siĂšcle, le moulin celtique Ă©volue vers un type intermĂ©diaire formĂ© de deux meules superposĂ©es et intĂ©grĂ©es, disposant d’un orifice d’alimentation trilobĂ©. La conicitĂ© accentuĂ©e des surfaces intĂ©rieures des meules assure un Ă©coulement accĂ©lĂ©rĂ© des graines par l’effet de la gravitĂ©, mais la qualitĂ© de la farine ainsi obtenue reste mĂ©diocre. D’autre part, l’effort pour actionner la meule courante est important. Le profil des meules les rend plus difficiles Ă  tailler, impose une standardisation des meules, et explique leur diffusion et leur maintien dans une rĂ©gion donnĂ©e[5]. Certains exemplaires prĂ©sentent des meules plus aplaties, Ă  conicitĂ© trĂšs rĂ©duite, qui diminue la masse de pierre. La vitesse de rotation devient plus Ă©levĂ©e, ce qui permet de bĂ©nĂ©ficier d’un effet gyroscopique supĂ©rieur, mais impose aussi l’installation d’un systĂšme de griffes fixĂ©es Ă  l’aide de plomb fondu, sur le cĂŽtĂ© supĂ©rieur de la meule mobile, pour maintenir celle-ci autour du pivot[3].

Avec la romanisation, on assiste Ă  la gĂ©nĂ©ralisation d’un moulin Ă  main perfectionnĂ© sous le rapport du volume, par l’augmentation du diamĂštre et la diminution de la hauteur et du poids. Le profil des meules s'aplatit et certains perfectionnements font leur apparition, comme le systĂšme de cale supĂ©rieure pour centrer la meule mobile sur le pivot[3]. On constate Ă©galement l’apparition d’un dispositif de rĂ©glage de la distance entre les meules (l’anille), qui permet de contrĂŽler la qualitĂ© du broyage (Ier siĂšcle av. J.‑C.), et des rayons creusĂ©s sur la meule peuvent accentuer l’abrasivitĂ© naturelle de la pierre[8]. Des Ă©volutions ultĂ©rieures, comme l’installation du levier double ou l’utilisation d’une manivelle fixĂ©e au centre de la meule (XIVe siĂšcle – XVe siĂšcle) feront que ce type de moulin Ă  bras sera utilisĂ© dans les campagnes jusqu’au XXe siĂšcle[3].

Du fait d’une usure plus rapide, ce type de meule impose une sĂ©lection des pierres plus sĂ©vĂšre parmi lesquelles le basalte a une place privilĂ©giĂ©e. L’essentiel des pierres utilisĂ©es Ă  l’époque romaine semble provenir de quelques carriĂšres. En France, les meuliĂšres du Cap d'Agde alimentent le Languedoc et la Provence ; plus au nord les carriĂšres du Massif central (Volvic) fournissent un vaste territoire allant de l’Aquitaine aux vallĂ©es helvĂ©tiques ; enfin, Ă  partir du val de SaĂŽne jusqu’aux confins germains, les meules viennent en majoritĂ© des carriĂšres de l’Eifel (Mayen)[8].

En Europe en gĂ©nĂ©ral, le moulin Ă  bras est restĂ© le mode de mouture principal jusqu’à la fin de l’AntiquitĂ©, puis durant tout le Moyen Âge ; il ne commença Ă  cĂ©der du terrain que devant les avancĂ©es des moulins Ă  eau, puis Ă  vent.

Le moulin pompéien ou moulin à sang

Avec un diamĂštre limitĂ© Ă  l'amplitude du mouvement d'un bras, soit 40 Ă  70 cm, le moulin Ă  main ne pouvait produire qu'une quantitĂ© rĂ©duite de farine et se trouvait donc rĂ©servĂ© Ă  un usage essentiellement domestique. En augmentant le diamĂštre et surtout la hauteur de la meta (meule dormante) et du catillus (meule tournante), les Romains purent s'affranchir de cette contrainte avec le moulin pompĂ©ien Ă©galement appelĂ© moulin Ă  sang en raison de l'effort nĂ©cessaire pour sa mise en Ɠuvre[12].

Dans ce moulin, la meule gisante est conique vers le haut et la meule courante a l’aspect d’un sablier dont la moitiĂ© infĂ©rieure recouvre le sommet conique de la meule dormante. La partie supĂ©rieure de la meule courante sert d'entonnoir et un lĂ©ger Ă©cartement est maintenu entre les deux meules. La meule courante pivote autour d’un axe de bois enfoncĂ© dans la meule dormante et c’est grĂące Ă  sa suspension sur cet axe que l’écartement des deux meules se trouve assurĂ©. Ce type de meule pouvait ĂȘtre mĂ» soit par deux ou quatre hommes, soit par des manĂšges d’animaux d'oĂč son nom de mola asinaria, littĂ©ralement « moulin Ă  Ăąne Â».

On trouve un exemple de ce type de meule dĂšs l’époque classique pour broyer le minerai dans les mines du Laurion[13], sans qu'elle dĂ©trĂŽne la meule Ă  mouvement alternatif, pourtant moins efficace[14]. MalgrĂ© ses qualitĂ©s, elle ne se diffusa rĂ©ellement que plus tard dans le monde romain[13]. On en a retrouvĂ© dans tout le bassin mĂ©diterranĂ©en, mais jamais en trĂšs grand nombre, Italie exceptĂ©e. Son coĂ»t trĂšs Ă©levĂ©, 1250 deniers au Bas-Empire contre 250 pour des meules Ă  main, rĂ©servait son utilisation aux minotiers et aux boulangers. Pour la Gaule, on en connaĂźt Ă  Lyon, Saint-RaphaĂ«l, Paris, Amiens, Clermont-Ferrand, qui ont tous Ă©tĂ© façonnĂ©s dans des basaltes tirĂ©s de l'Eifel, de Volvic ou du cap d'Agde[8].

Au cours du Bas-Empire, le moulin Ă  Ăąne recula pour disparaĂźtre probablement aprĂšs le Ve siĂšcle sous l'effet de l'expansion du moulin Ă  eau, puis Ă  vent, sauf en Sardaigne oĂč il se maintint jusqu'au XXe siĂšcle.

Le trapetum romain

À l’époque hellĂ©nistique apparaĂźt Ă©galement le broyeur Ă  olives que les Romains appelĂšrent trapetum. D’aprĂšs la lĂ©gende, il aurait Ă©tĂ© inventĂ© par AristĂ©e ; on en aurait, dans les fouilles d’Olynthe, des exemples qui dateraient du Ve siĂšcle av. J.‑C.[13].

Broyeur romain Ă  olives ou Trapetum

Le trapetum a Ă©tĂ© dĂ©crit prĂ©cisĂ©ment par Caton l'Ancien qui nous a transmis les noms techniques de toutes ses parties. Les fouilles de Stabies, de PompĂ©i, de la villa de Boscoreale et de l'Afrique romaine montrent que le systĂšme Ă©tait largement utilisĂ© dans la Rome antique et qu’il a disparu avec elle.

Olive Press in Pompeji.JPG

Le trapetum se compose de deux meules (3, orbes), plano-convexes, dressĂ©es verticalement, soutenues par un axe horizontal tournant autour d’un pivot vertical (1, columella). Ce pivot repose sur une courte colonne de pierre (milliarium) situĂ©e au centre d’un grand mortier hĂ©misphĂ©rique (4). La meule gisante est une cuve en pierre (4, mortarium) dont les parois Ă©pousent le profil externe des deux meules courantes. Les orbes peuvent se dĂ©placer circulairement dans le mortarium et sont mises en mouvement par l’action sur deux manches de bois (2, modioli). Des coins de bois (orbiculi) qu'on introduit entre le milliarium et la columella permettent de rĂ©gler l'Ă©lĂ©vation des orbes au-dessus du fond de la cuve. Dans ce systĂšme, les olives ne sont pas Ă©crasĂ©es sous la meule, mais entre la meule et les parois de la cuve[5]. Comme dans le modĂšle prĂ©cĂ©dent, on maintenait un Ă©cartement entre les deux meules. La rĂ©sistance qu'offrent les fruits oblige les demi-sphĂšres de pierre Ă  tourner lĂ©gĂšrement sur leur axe ; les deux mouvements se combinent et la pression ne s'exerce que modĂ©rĂ©ment, sans briser les noyaux, ce qui donnerait de mauvais goĂ»ts[15]. La pulpe ainsi obtenue pouvait ensuite ĂȘtre soumise Ă  l’action d’un pressoir pour recueillir l’huile.

Meules et moulins du Sud marocain

Meule Ă  olives - Volubilis
Premier plan : morceau d'anneau broyeur
Second plan : meule dormante tronconique striĂ©e
Moulin à bras utilisé pour la fabrication artisanale de l'huile d'argan

Lieu de brassages de civilisations d'Afrique, d'Orient et de Méditerranée, le Maroc a conservé des outils et des techniques appartenant à différentes époques.

Le site de Volubilis, situĂ© en MaurĂ©tanie Tingitane (nord-est du Maroc), prĂ©sente des moulins Ă  grains et des moulins Ă  olives d’époque romaine (Ier siĂšcle- IIIe siĂšcle). Ces moulins se composent d’une meule dormante de forme tronconique et d’un anneau broyeur convexe auquel est reliĂ©e la machinerie en bois qui semble avoir Ă©tĂ© actionnĂ©e sans le concours d’une force animale. Dans ce dispositif, l’anneau broyeur s’emboĂźte sur la meule gisante. La meule volubilitaine Ă  olives se diffĂ©rencie de la meule Ă  grains par la prĂ©sence de stries obliques sur la surface tronconique de la meule gisante et Ă  l’intĂ©rieur de l’anneau broyeur. Columelle affirme[16] que pour extraire l'huile, les meules (molae) sont plus utiles que le broyeur (trapetum) car elles peuvent ĂȘtre et ĂȘtre abaissĂ©es ou relevĂ©es selon Ă  la grosseur des fruits de façon Ă  Ă©viter de broyer le noyau[17].

Un second type de moulin Ă  olives se trouve sur le mĂȘme site et se compose d’une cuve monolithe sur laquelle tourne, autour d’un mĂąt vertical, un tambour cannelĂ© Ă  l’image d’une section de colonne. Ce type de moulin Ă  trituration est plus commun et se retrouve dans de nombreux sites, y compris d'Ă©poque rĂ©cente.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

L’arganier est une espĂšce sylvestre endĂ©mique du sud-ouest du Maroc. Le milieu technique du moulin Ă  argan couvre son aire de rĂ©partition. Il s’agit d’un moulin Ă  bras, en pierre, rĂ©servĂ© au broyage des noyaux torrĂ©fiĂ©s et des amandes.
Il se distingue du moulin Ă  grains par la forme tronconique et par la hauteur plus importante de sa meule mobile (agurf wuflla), ainsi que par la prĂ©sence d’une goulotte (abajjr ou tilst) et d’un bec verseur (ils) sur la meule gisante (agurf u wadday). Au centre de la meule gisante se loge un court pivot (tamnrut) en bois d’arganier autour duquel tourne la meule supĂ©rieure percĂ©e d’un Ɠillard (tit n tzrgt) dans lequel on introduit une ou deux poignĂ©es de noyaux. Le mouvement circulaire est interrompu pour dĂ©coller les noyaux aprĂšs avoir soulevĂ© la meule. L’ensemble peut ĂȘtre surĂ©levĂ© sur des pierres soudĂ©es entre elles dans une architecture type « four Ă  pain Â», ce qui permet Ă  des braises ou coques d’argane de rĂ©chauffer l’ensemble, facilitant ainsi le broyage en hiver[3].

Chronologie des systÚmes de mouture dans le monde méditerranéen

Chronologie systĂšmes mouture-fr.svg


Mortiers et pilons traversent les siĂšcles et sont prĂ©dominants pour l’orge en GrĂšce, pour l’amidonnier en Italie, pour le mil en Afrique. Ils deviennent lentement marginaux dans certaines rĂ©gions, sans disparaĂźtre pour autant. À l’époque classique, ils sont encore largement reprĂ©sentĂ©s en GrĂšce et restent attachĂ©s au dĂ©corticage des cĂ©rĂ©ales, mĂȘme si l’apparition du rĂ©glage de l’écartement des meules autorise dĂ©sormais leur mouture. L’avancĂ©e des blĂ©s nus, en particulier du blĂ© tendre, en Italie ou en Égypte les rend moins utiles, mais ils sont encore citĂ©s au Bas-Empire, dans l’Égypte romaine et dans la rĂšgle monastique de saint Isidore. Avec l’arrivĂ©e du maĂŻs, ils retrouveront un usage dans certaines rĂ©gions[5]

Une premiĂšre typologie des systĂšmes de mouture peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e selon la force motrice utilisĂ©e ; une approche complĂ©mentaire s’intĂ©ressera au contexte social dans lequel le mĂ©canisme est mis en Ɠuvre.

Selon l’édit de DioclĂ©tien, par rapport Ă  la meule manuelle, le moulin Ă  sang a un coĂ»t six fois plus important et le moulin Ă  eau huit fois : ce dernier va donc concurrencer essentiellement le moulin Ă  sang et mettra prĂšs de trois siĂšcles Ă  le supplanter. C’est Ă©galement le laps de temps qu’a mis le moulin Ă  sang pour faire disparaĂźtre le broyeur Ă  trĂ©mie et le broyeur Ă  trĂ©mie pour supplanter la meule plate.

Il semble que le moulin Ă  eau soit nĂ© en MĂ©diterranĂ©e orientale. Dans une inscription oĂč elle vante les avantages de son site pour conserver ses privilĂšges, la ville phrygienne d’Orcistus[18] prĂ©cise qu’elle possĂšde « grĂące Ă  la pente des eaux qui y ruissellent, une grande quantitĂ© de moulins Ă  eau Â». Au dĂ©but de l’ùre chrĂ©tienne, le moulin Ă  eau est encore une nouveautĂ© en MĂ©diterranĂ©e occidentale et Vitruve le classe avec les machines d’irrigation. Ce type de moulin s’avĂšre mal adaptĂ© Ă  la forme des meules de type pompĂ©ien. À l’époque de Caligula, les moulins Ă  sang sont encore dominants et ApulĂ©e en donne une description. Au cours des IIe siĂšcle et IIIe siĂšcle, le moulin Ă  eau se rĂ©pand lentement dans les provinces les plus diverses : Bretagne, Gaule, Afrique, province oĂč la meule rotative Ă©tait souvent plus rĂ©pandue que le moulin de type pompĂ©ien. Au cours du IVe siĂšcle, le moulin Ă  eau Ă©vince lentement le moulin Ă  sang Ă  Rome mĂȘme, pour devenir prĂ©dominant au VIe siĂšcle. Si on observe quelques rĂ©alisations spectaculaires pour les villes, comme la meunerie de Barbegal Ă  Arles, le moulin Ă  eau semble s'ĂȘtre rĂ©pandu plus lentement dans les villas rurales, comme l’indique Palladius[5].

Nous ne savons pas rĂ©ellement comment les Grecs transformaient leurs cĂ©rĂ©ales entre le Ier siĂšcle et le IVe siĂšcle. Le moulin Ă  sang y Ă©tait sans doute rĂ©pandu, comme l’atteste la lĂ©gende de l’ñne de Lucius, empruntĂ©e par Lucien de Samosate et ApulĂ©e. La coexistence de plusieurs types de mouture semble la rĂšgle dans le monde Ă©gĂ©en et la codification de l’édit de DioclĂ©tien au IIIe siĂšcle, qui tarifie trois types de moulin (Ă  main, Ă  sang, Ă  eau) peut encore se retrouver au VIIe siĂšcle dans le code rural byzantin, voir au XVIIe siĂšcle dans les rĂ©cits des voyageurs[5].

En MĂ©diterranĂ©e, les moulins Ă  eau, tributaires de l’approvisionnement en eau, ont surtout progressĂ© lorsqu’ils avaient un complĂ©ment permettant d’éviter les alĂ©as de la saison sĂšche. Dans ce contexte, les moulins Ă  vent ont sans doute favorisĂ© cette diffusion dĂšs le XIe siĂšcle dans des rĂ©gions comme la Provence ou les Ăźles grecques.

Les enquĂȘtes françaises sur les moulins Ă  blĂ©

EnquĂȘte du 13 frimaire an II

Grand rouet et lanterne d'un tournant

L’enquĂȘte du 13 frimaire an II (3 dĂ©cembre 1793) sur les moulins est la premiĂšre grande enquĂȘte Ă  impact national sur ce thĂšme. Émise par la Commission des subsistances et approvisionnements de la RĂ©publique, cette enquĂȘte fut adressĂ©e aux 560 districts et renseignĂ©e par 157 d’entre eux, situĂ©s dans 71 dĂ©partements diffĂ©rents[3].

La plupart des moulins de l’époque Ă©taient des installations rurales de petite taille qui n’avaient pas plus d’une ou deux paires de meules. Des installations rĂ©centes comme le moulin Ă  marĂ©e de Bordeaux, avec ses 24 paires de meules, Ă©taient tout Ă  fait exceptionnelles et devaient susciter en 1787 l’admiration d’Arthur Young. Pour l’équipement en meules des moulins Ă  vent, l’enquĂȘte nous fournit des renseignements pour les districts de Pons, de ChĂąteaubriant et de Nantes avec, Ă  chaque fois, une seule paire de meules par moulin.

S’agissant des moulins Ă  eau, 20 districts permettent de conclure quant au nombre de meules qui ne dĂ©passe que rarement deux, sauf dans deux zones , la Franche-ComtĂ© (Jura, Doubs, Haute-SaĂŽne, sud du Haut-Rhin) et le Sud-Ouest (Tarn, Landes et surtout Basses–PyrĂ©nĂ©es) oĂč se trouvent des moulins Ă  cinq ou six paires de meules. À cette Ă©poque, Ă  une roue de moulin Ă  eau correspondait le plus souvent un seul jeu de meules : on parle alors de « Tournant Â» pour dĂ©signer l'ensemble[19]. Lorsque la ressource en eau est limitĂ©e, le meunier a parfois recours Ă  la force animale comme au moulin d’Homonville (district de Toul) qui dispose de « deux tournants Ă  eau et un Ă  cheval Â» car il est « construit sur un Ă©tang qui n’a de l’eau que dans l’hyver Â». La productivitĂ© est alors de deux quintaux par tournant Ă  eau et un quintal pour le tournant mĂ» par quatre chevaux[3].

MeuliĂšre de la Pierre du Coucou – Bagnols-en-ForĂȘt

Des prĂ©cisions concernent les moulins Ă  deux ou trois meules sont parfois donnĂ©es dans l’enquĂȘte : « quoiqu’il y ait deux ou trois meules dans le moulin, elles ne peuvent pas travailler toutes Ă  la fois faute d’eau Â» ; les meules « ont besoin de se reposer et le meunier a soin de les faire travailler alternativement Â». L’installation de meules supplĂ©mentaires semble rĂ©pondre Ă  deux exigences : le risque d’échauffement qui gĂąte les farines et la nĂ©cessitĂ© de leur entretien rĂ©gulier. On parle alors du « repiquage Â» ou « rhabillage Â» des meules, de leur « ragrĂšs Â» pĂ©riodique ou encore de « battre Â» ou « rebattre Â» le moulin. « Les meuniers sont nĂ©cessitĂ©s de lever la pierre tous les huit jours pour la battre avec un marteau pointu, ce qui occasionne au moulin un jour de repos de huitaine en huitaine Â». La frĂ©quence de l’opĂ©ration semble peu varier d’un district Ă  l’autre[3].

Dans le moulin, on note parfois une spĂ©cialisation des meules en fonction des graines (« milloc[20] Â» , seigle, « grains mĂȘllĂ©s Â»â€Š) et on Ă©vitait de moudre les cĂ©rĂ©ales jugĂ©es nobles avec des meules de qualitĂ© mĂ©diocre. Ainsi le froment avait souvent droit Ă  des attentions particuliĂšres avec des « meules blanches Â» et une productivitĂ© infĂ©rieure du tournant, signe d’un travail plus soignĂ©. Dans le district de Pau, certaines meules sont spĂ©cialisĂ©es pour la mouture du maĂŻs.

Trois zones de production de meules sont mentionnĂ©es plusieurs fois dans l’enquĂȘte : l’Auvergne, la rĂ©gion de Marseille et la Brie. Les meules de Marseille sont souvent jugĂ©es de qualitĂ© infĂ©rieure (districts de SolliĂšs, Vidauban) par rapport Ă  celles « du Havre Â», c’est-Ă -dire qui avaient transitĂ© par le port du Havre et qui provenaient probablement de Brie. Ces derniĂšres sont celles que l’on signale le plus loin de leur lieu d’extraction et comme Ă©tant les plus qualitatives, « servant pour le pain blanc Â» quand les « meules de grez Â» Ă©taient utilisĂ©es pour le « pain bis Â». Ces meules pouvaient ĂȘtre « taillĂ©es sur mesures Â» ou « prĂȘtes Ă  la vente Â», ce qui imposait une certaine standardisation des formats correspondant Ă  un marchĂ© organisĂ©. Dans le mĂȘme temps, Ă  cĂŽtĂ© de l’utilisation de meules monolithes, il semble que certaines meules aient Ă©tĂ© constituĂ©es d’assemblages (« deux ou trois carreaux Â») qui pouvaient provenir de pierres extraites plus ou moins localement[3].

EnquĂȘte de 1808/1809 sur les pierres meuliĂšres de France

CarriĂšre de meules en grĂšs
Massif de la Serre

Le 31 dĂ©cembre 1808, le Bureau des Subsistances du MinistĂšre de l’intĂ©rieur adressa une enquĂȘte Ă  chaque PrĂ©fet de dĂ©partement au sujet des moulins Ă  farine car « le pain est devenu, pratiquement sans exception, la base de l’alimentation. La meunerie Ă©tant une opĂ©ration essentielle pour sa prĂ©paration, le gouvernement souhaite connaĂźtre le nombre de moulins en activitĂ© Â». L’enquĂȘte fut conduite par Charles Coquebert de Montbret, gĂ©ologue et Ă©diteur du Journal des Mines, fĂ©ru de statistiques[21].

S’agissant de la nature des pierres mises en Ɠuvre, les descriptions sont peu prĂ©cises et se limitent souvent Ă  la couleur, ce qui n’a pas permis Ă  Charles Coquebert de Montbret d’approfondir significativement son article publiĂ© quelques annĂ©es plus tĂŽt dans le journal des mines. Certaines rĂ©ponses font rĂ©fĂ©rence au granite comme Ă  Foix en AriĂšge oĂč, « en plus des pierres coĂ»teuses issues d’autres dĂ©partements, des pierres ordinaires proviennent de gisements de granit frĂ©quents dans le district Â». De mĂȘme, quelques meuniers des PyrĂ©nĂ©es-Orientales dĂ©clarent avoir achetĂ© des meules Ă  Bordeaux mais utilisent gĂ©nĂ©ralement des meules « faites de granite qui est abondant dans la rĂ©gion Â». Quelques rares rĂ©ponses sont nettement plus prĂ©cises, comme pour la commune de L'Hermenault en Charente-InfĂ©rieure oĂč la pierre est « une brĂšche, une agglomĂ©ration de silex et de quartz unis ensemble par un ciment de spath pesant d’un blanc terne souvent crystallisĂ© en crĂȘte de coq [
] pour moudre l’orge et le maĂŻs[3] Â».

L’enquĂȘte distingue Ă©galement la nature des graines moulues. La CorrĂšze liste plus de six cĂ©rĂ©ales dont certaines sont rĂ©servĂ©es aux animaux. La nature des pierres utilisĂ©es pour les meules semble varier selon le produit Ă  moudre. Ainsi le maire de Hautefage dĂ©clare que « les pierres utilisĂ©es pour le seigle proviennent du canton, celles pour le sarrasin de Rocamadour, les autres du Cantal Â». Tarascon-sur-AriĂšge utilise ses « pierres de Bordeaux Â» pour moudre le blĂ© et le seigle, et les pierres locales pour le maĂŻs et les graines de qualitĂ© infĂ©rieure. Le maire de Foix prĂ©cise que ses « pierres de Bordeaux Â» proviennent d’un dĂ©pĂŽt situĂ© Ă  Toulouse et approvisionnĂ© par bateaux sur la Garonne. Le maire de Bourg-d’Arlay dans le Jura dĂ©crit trois qualitĂ©s de meules : « les meuniers achĂštent leurs meules de carriĂšres de Brie, de Blanzy Ă  cĂŽtĂ© de ChĂąlon et de Moissey prĂšs de Dole. Les premiĂšres servent au blĂ©, les secondes pour le maĂŻs et celles de Moissey pour les grains de qualitĂ© infĂ©rieure Â». D’autre part, ce dernier donne une prĂ©cision intĂ©ressante selon laquelle « parfois une pierre de Brie est associĂ©e Ă  l’une des deux derniĂšres catĂ©gories Â» par souci d’économie. La rĂ©ponse de Marseille indique que les meules proviennent « de Marseille mais principalement de La FertĂ©-Mison (sic) Â», ce qui suggĂšre une production locale attestĂ©e par la commune de Vidauban, dont les pierres proviennent « du Havre et de Marseille, et dont les secondes sont de qualitĂ© infĂ©rieure aux premiĂšres[3] Â».

Ainsi, Ă  cette Ă©poque, on note une spĂ©cialisation des meules selon les usages qui sont parfois dĂ©terminĂ©s au terme d’essais. La prĂ©sence d’un commerce organisĂ© est attestĂ©e, souvent par voie maritime ou fluviale, compte tenu de la difficultĂ© d’acheminement, avec une distinction Ă©tablie dans la qualitĂ© des meules selon leur origine gĂ©ographique. Cette enquĂȘte Ă  vocation nationale permet de prĂ©ciser la distribution gĂ©ographique des meules issues des principaux centres de production français. Un commerce international des meilleures pierres est Ă©galement attestĂ© Ă  cette Ă©poque.

CritĂšres de choix des pierres meuliĂšres

Morceau de grĂšs d'environ 4 cm

Dans le langage courant, les « pierres meuliĂšres Â» correspondent Ă  tout type de roche qui a pu servir dans un moulin, alors qu’au sens du gĂ©ologue, la vraie « meuliĂšre Â» se dĂ©finit comme un accident siliceux dans un bassin sĂ©dimentaire.

À l’échelle de l’histoire, il semble que des essais de fabrication aient Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s avec la plupart des types de roches disponibles. Parmi les roches sĂ©dimentaires d’usage possible, on trouve des roches calcaires et des roches grĂ©seuses. Ces derniĂšres apparaissent trĂšs vite comme des pierres de choix, avec des porositĂ©s qui les rendent faciles Ă  tailler[22] et une extraction qui peut ĂȘtre facilitĂ©e par une disposition en lits entre des interlits argileux[23]. Il faudra attendre le XVe siĂšcle pour voir les prĂ©mices de l’exploitation des meuliĂšres sensu stricto, meuliĂšres qui vont se gĂ©nĂ©raliser au XVIIIe siĂšcle[24].

Les roches profondes d’origine magmatique, telles que le granite, sont trĂšs rĂ©pandues, mais elles furent finalement peu utilisĂ©es pour la fabrication des meules, probablement du fait de leur faible porositĂ© et de la prĂ©sence de mica noir qui s’altĂšre rapidement en donnant des oxydes de fer. Le basalte a largement Ă©tĂ© utilisĂ© en Allemagne (Eifel), mais il est peu rĂ©pandu en France, Ă  l’exception du volcan d’Évenos en Provence.

Les calcaires sont gĂ©nĂ©ralement poreux, avec des rĂ©sistances en compression moyennes Ă  faibles, de sorte que les calcaires « classiques Â» semblent avoir Ă©tĂ© vite abandonnĂ©s au profit de meilleures pierres. S’il possĂšde un grain trĂšs fin, le calcaire se polit trĂšs vite et il est nĂ©cessaire de le retailler frĂ©quemment pour que les pierres restent rugueuses. Certains calcaires grĂ©seux (calcaire de Saint-Julien-des-MoliĂšres) peuvent avoir une trĂšs bonne rĂ©sistance Ă  la compression (supĂ©rieure Ă  100 Mpa[25]).

Maison construite en meuliùre - Élancourt

Les roches grĂ©seuses (grĂšs et microconglomĂ©rats[26] jusqu’à 1 cm) constituent une famille de choix pour les pierres meuliĂšres. L’analyse des sites de production montre qu’il peut s’agir de grĂšs Ă  ciment calcaire, de grĂšs Ă  ciment siliceux ou encore de grĂšs un peu mĂ©tamorphisĂ©s[24].
Les roches grĂ©seuses Ă  ciment calcaire, comme les molasses alpines, sont trĂšs rĂ©pandues. Elles possĂšdent des porositĂ©s moyennes (6 Ă  12 %), une rĂ©sistance Ă  la compression Ă©galement moyenne (35 Mpa), une granulomĂ©trie souvent grossiĂšre et un pourcentage de silice variable.
Une trĂšs bonne roche meuliĂšre est en gĂ©nĂ©ral riche en silice : plus le pourcentage est Ă©levĂ© et plus la roche est rĂ©sistante, la silice Ă©tant le minĂ©ral courant le plus dur Ă  la surface de la Terre. C’est le cas des roches grĂ©seuses Ă  ciment siliceux dont le pourcentage de silice est Ă©levĂ© parce que les grains comme le ciment sont de nature siliceuse. Pourtant elles ne font pas forcĂ©ment de bonnes pierres meuliĂšres, Ă  l’instar du grĂšs des Vosges qui possĂšde un grain plutĂŽt fin et des traces de fer.
Les roches grĂ©seuses un peu mĂ©tarmophisĂ©es ont souvent une porositĂ© trĂšs faible (de l’ordre de 2 %) du fait de la compression dans un contexte de tectonique, ce qui donne des grĂšs un peu compacts. La rĂ©sistance Ă  la compression peut ĂȘtre trĂšs Ă©levĂ©e (supĂ©rieure Ă  100 Mpa), comme pour le grĂšs d’Arros, malgrĂ© un pourcentage de silice moyen.

Enfin, les meuliĂšres au sens du gĂ©ologue sont des pierres poreuses, ce qui joue un rĂŽle pour la taille, mais aussi sans doute pour le travail de la meule. On y trouve des pierres comme celles de la La FertĂ©-sous-Jouarre, qui possĂšdent une porositĂ© Ă©levĂ©e (20 %) avec une rĂ©sistance Ă  la compression de 80 Mpa et un grain moyen. Les pierres de CorfĂ©lix ont une rĂ©sistance Ă  la compression exceptionnelle de l’ordre d’un basalte massif (190 Mpa), 98 % de silice, un grain assez grossier et une porositĂ© moyenne Ă  forte[24].

En rĂ©sumĂ©, pour le mĂ©canicien des roches, une bonne pierre meuliĂšre possĂšde trois caractĂ©ristiques fondamentales :

  • Une insensibilitĂ© Ă  l’altĂ©ration, qu’il s’agisse d’une dissolution (gypse), de l’action de l’humiditĂ© (cas du calcaire) ou chimique sous l’action de l’eau, comme pour le mica des granites ou le grĂšs des Vosges (prĂ©sence de fer) ;
  • L’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© Ă  l’échelle millimĂ©trique et centimĂ©trique est une qualitĂ© pour avoir des aspĂ©ritĂ©s qui Ă©crasent et des canaux qui Ă©vacuent, Ă  la façon de poinçons durs qui seraient tenus par un ciment un peu moins dur, mais tenace, ce qui n’est gĂ©nĂ©ralement pas une caractĂ©ristique des roches calcaires ;
  • Une porositĂ© importante qui facilite l’exploitation en carriĂšre, car il est plus facile d'introduire des outils de taille dans une roche poreuse que dans une roche massive, mais aussi sans doute le travail de la meule.

Le tableau suivant prĂ©sente quelques exemples de donnĂ©es gĂ©ologiques et pĂ©trophysiques obtenues sur des sites ayant servi Ă  la production des meules Ă  grains[27] :

Lieu de production Type de roche SiO2 % CaO % Masse volumique (t/m3) PorositĂ© % Rc (compression) Mpa
Mont-Saint-Martin BrĂšche calcaire - 54,2 2,36 11,1 Ă  11,7 Moyenne Ă  faible
Saint-Julien-des-MoliÚres Calcaire marin à alvéolines, avec inclusions de quartz-feldspath 33,8 35,6 2,65 à 3,39 0,9 à 1,1 130 à 133
Les Écouges GrĂšs microconglomĂ©ratique du CrĂ©tacĂ© supĂ©rieur 40,6 28,1 2,35 11 37 Ă  44
Le BĂ©zu GrĂšs Ă  ciment siliceux 98,6 - 2,35 11,9 23 Ă  26
Pareil GrÚs à grain fin et ciment carbonaté du Crétacé supérieur 54,7 22,7 2,6 1,7 124
Tarterel MeuliĂšre 98,3 - 2,1 Ă  2,4 17,5 Ă  21,4 38 Ă  100
Bois de l'Homme Blanc MeuliĂšre 97,8 - 2,4 10,3 Ă  10,6 139 Ă  240

Meules d'assemblage

Paire de meules composée de carreaux assemblés

Dans une Ă©tude rĂ©alisĂ©e sur les meules en Flandre du Moyen Âge Ă  la RĂ©volution, Jean Bruggeman[28] indique que les meules mĂ©diĂ©vales sont toujours monolithiques, que les pierres noires, en basalte, l’ont encore Ă©tĂ© dans les siĂšcles suivants et que les pierres blanches le seront jusqu’au XVIIIe siĂšcle. Mais il arrivait que les « gisantes Â» soient constituĂ©es de plusieurs piĂšces de forme irrĂ©guliĂšre. Celles-ci Ă©taient liĂ©es au plĂątre, enserrĂ©es d’un carcan en fer ou en bois, et reposaient parfois sur un lit de briques cimentĂ©es.

En fait, l’invention des meules composĂ©es de morceaux, c’est-Ă -dire constituĂ©es d’un assemblage de plusieurs pierres ou carreaux, reste difficile Ă  dater prĂ©cisĂ©ment[29].

Au XVe siĂšcle, le commerce fluvial transitant par Paris Ă©tait sĂ©vĂšrement contrĂŽlĂ© par la Hanse des marchands de l’eau ; les « compagnies françaises Â» devaient indiquer aux greffiers le nom des associĂ©s, la ville de destination, la nature et la valeur de la cargaison. C’est ainsi que le 3 mai 1452, un marchand de Rouen nommĂ© Robert Le Cornu dĂ©clare conduire en Normandie un ou des bateaux chargĂ©s de 35 meules, 5 Ɠillards, 100 carreaux et 
 une pierre tombale[30].

Divers textes donnent des indices quant Ă  la fabrication de meules d’assemblage au XVIIe siĂšcle. Le 10 mars 1647, Jacques Vinault « a vendu 3 ronds[31] de pierre de moullage Â» Ă  Pierre Bailly. Le 26 mars 1652, un autre texte Ă©voque les difficultĂ©s d’un chantier de meules Ă  assembler, avec un « manque de bois pour faire cuire le plastre quy n’est en quantitĂ© suffisante pour plastrer et en mettre aux lieux oĂč il est nĂ©cessaire, joinct aussy qu’il n’y a de la pierre Ă  suffire pour faire lesd. meulle Â». Le 7 juillet 1680, Sr DelugrĂ© « a faict marchĂ© avec Claude Duvau et Jullien Boullmer, perriers en pierre de moulage [
] Ă  la charge de leur fournir 2 moules de pierres de moulage et plastre pour faire lesd. meulles [
] faicte et parfaites pour faire farine[32] Â».

D’aprĂšs DorothĂ©e Kleinmann, la « mouture Ă©conomique Â» et ses perfectionnements auraient vĂ©ritablement pris leur essor Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle. Elle permit de dĂ©velopper une activitĂ© d’extraction des pierres et de production de meules dans de nouvelles rĂ©gions comme Cinq-Mars-la-Pile et Domme, oĂč « les meules sont toujours formĂ©es par la rĂ©union de plusieurs morceaux ; on ne trouve pas de blocs assez considĂ©rables pour faire des masses d’une seule piĂšce[33] Â». Dans ces sites, il semble qu’au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, on n’exploitait pas encore la pierre meuliĂšre en carriĂšre, prĂ©fĂ©rant rĂ©cupĂ©rer les blocs Ă©pars dans les bois, les terres et les vignes, ce qui augmentait parfois considĂ©rablement leur valeur.

Atelier de production de meules à Épernon

AprĂšs acheminement des quartiers de pierre meuliĂšre jusqu’au chantier et leur « Ă©pluchage Â», le fabricant choisit les pierres nĂ©cessaires Ă  la fabrication de la meule. Il s’agit de classifier les diffĂ©rents morceaux suivant leur qualitĂ© en considĂ©rant la duretĂ©, le grain, la porositĂ© et la couleur des pierres. À ce stade, il faut Ă©galement tenir compte du systĂšme de mouture employĂ© dans le pays d’expĂ©dition et de la nature des blĂ©s que les rĂ©gions produisent[34]. Le choix fait, la fabrication commence par le centre ou « boitard Â», qui est le plus souvent d’une seule piĂšce. Celle-ci doit avoir une grande soliditĂ©, surtout pour la meule courante, car c’est Ă  ce niveau que l’on fixe l’anille sur laquelle la meule est suspendue. Autour du boitard viennent se ranger et se fixer, avec du plĂątre ou du ciment, les carreaux taillĂ©s au burin pour s’adapter suffisamment entre eux. Une meule ainsi constituĂ©e est formĂ©e gĂ©nĂ©ralement de deux Ă  six quartiers. « Lorsque le travail est fait et que les blocs correspondent entre eux, l’ouvrier les ajuste en les cimentant avec du ciment de Portland, parfois avec une pĂąte de blanc d’Espagne et d’huile qui durcit en vieillissant, et serre le tout Ă  l’aide de cercles de fer Â». De l’autre cĂŽtĂ© de la surface travaillante, le dos de la meule ou « contre-moulage Â» est entourĂ© d’une bande de tĂŽle servant de coffrage provisoire. Pour donner Ă  la meule le poids et l’épaisseur nĂ©cessaires, le rechargement est rĂ©alisĂ© avec de petites pierres noyĂ©es dans un bĂ©ton fin dans lequel on insĂšre des boĂźtes d’équilibrage en fonte, qui pourront contenir du plomb si nĂ©cessaire.

Rayonnage des meules

Principales maniĂšres de rayonner les meules

La surface triturante de la meule doit ĂȘtre dressĂ©e trĂšs soigneusement en rĂ©alisant l’« entrĂ©e Â» et les « rayonnages Â». Le profil est maintenu lĂ©gĂšrement concave pour mĂ©nager un vide entre les deux meules au centre (boitard), tout en portant Ă  sa pĂ©riphĂ©rie.

La difficultĂ© majeure Ă  surmonter consiste Ă  limiter l’échauffement liĂ© Ă  la pression des meules sur la mouture. Outre la dĂ©naturation de la farine (brunissement), cet Ă©chauffement, ainsi que les Ă©tincelles Ă©ventuellement issues du frottement des pierres, peuvent ĂȘtre Ă  l’origine d’une explosion du moulin dont l’atmosphĂšre est chargĂ© de fines particules de farine[35]. Il fallait donc imaginer un systĂšme complexe de rayons participant Ă  la ventilation de l’entre-meules et Ă  la fois, Ă  l’avancĂ©e progressive de la matiĂšre de l’Ɠillard vers la feuillure situĂ©e en pĂ©riphĂ©rie. Les meules Ă  blĂ© ont longtemps moulu cette cĂ©rĂ©ale en seul passage. Il a fallu rechercher le principe optimal d’extraction des farines et de curage des sons qui doivent ĂȘtre non brisĂ©s et exempts de farine.

Pour ce faire, les rayons sont creusĂ©s Ă  mĂȘme les surfaces travaillantes des meules. Ils furent l’objet de nombreux essais quant Ă  leur forme (courbe, oblique, tangente
) et leurs profondeurs.

La feuillure située en périphérie de la meule est constituée de fines stries appelées rhabillures

Pour la fabrication de la meule, le client devait prĂ©ciser le diamĂštre, la dimension de l’Ɠillard et le sens du rayonnage. Il arrivait qu’un meunier se trompe sur le sens du rayonnage comme en tĂ©moignent des extraits de correspondance « Vous nous dites que vos meules de dessus doivent ĂȘtre rayonnĂ©es pour tourner Ă  contre-sens. Nous comprenons donc que ces meules doivent ĂȘtre rayonnĂ©es pour tourner Ă  contre-sens des aiguilles d’une montre, c’est-Ă -dire dans le sens opposĂ© Ă  celui auquel le soleil semble tourner autour de la terre Â». MalgrĂ© toutes les prĂ©cautions prises Ă  la commande, il arrivait parfois, en cas de litige, qu’on soit obligĂ© de se dĂ©placer pour en modifier le sens « nous avons envoyĂ© un ouvrier Ă  cent lieues d’ici pour dĂ©rayonner, redresser et rayonner Ă  nouveau deux paires de meules ; le bĂ©nĂ©fice est mangĂ© deux fois[3] Â».

Entre les rayons, la meule est parcourue de fines stries, Ă©galement taillĂ©es dans la pierre, pour rendre celle-ci plus agressive et ainsi mieux broyer les grains. Ces stries sont appelĂ©es rhabillures. Elles sont situĂ©es en bordure de meule, sur une largeur d'environ 15 cm constituant ainsi la feuillure. RĂ©guliĂšrement, les rhabillures doivent ĂȘtre refaites avec un marteau spĂ©cial : on dit qu'il faut rhabiller ou rebattre la meule. Cette opĂ©ration doit ĂȘtre exĂ©cutĂ©e aprĂšs avoir moulu environ 50 tonnes de blĂ©[36]. Les techniques particuliĂšres de trempe de l’acier permirent Ă  certaines entreprises, comme Kupka en Allemagne, de produire des pics et marteaux particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©s des rhabilleurs de meules. Durant l'opĂ©ration, les coups lĂ©gers frappĂ©s dĂ©gagent un nuage de poussiĂšre siliceuse qui pouvait provoquer des affections pulmonaires chez les ouvriers spĂ©cialisĂ©s. D’autre part, la taille des pierres meuliĂšres provoquait des tatouages professionnels par incrustation sous le derme de certaines particules d’acier provenant des outils. Les affections oculaires Ă©taient Ă©galement frĂ©quentes[3].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Fonctionnement des meules d'un moulin

Disposition des meules dans un moulin
Ecouter le « tic-tac Â» d'un moulin

La paire de meules constitue le cƓur du moulin. Dans cet ensemble protĂ©gĂ© par l’archure (14), la meule dormante (8) est installĂ©e sur un support (12) qui est fixĂ© Ă  une poutre (13). Le petit fer (11) est animĂ© d’un mouvement de rotation provenant de la roue Ă  eau ou des ailes du moulin. Il se prolonge par la fourchette (10) au niveau de laquelle est fixĂ©e l’anille (9) appelĂ©e aussi fer Ă  moulin. Cette piĂšce mĂ©tallique, gĂ©nĂ©ralement en forme de X, est incrustĂ©e ou scellĂ©e dans la meule courante (7) et sa fonction principale est de transmettre le mouvement Ă  la meule tournante. D’un point de vue historique, l’apparition de cette piĂšce mĂ©canique est considĂ©rĂ©e comme une rĂ©volution technologique qui bouleversa les performances des meules et moulins[37]. Le rĂ©glage de l’écartement des deux meules se fait au niveau de la fourchette par le systĂšme dit des leviers de la trempure qui permet d’agir sur la meule tournante en la soulevant ou en la laissant descendre par l’anille. Ce rĂ©glage de l'Ă©cartement doit ĂȘtre rectifiĂ© lors de chaque sĂ©ance de mouture et peut varier trĂšs fortement en fonction de paramĂštres tels que la tempĂ©rature, l'humiditĂ© de l'air, l'humiditĂ© du grain, la variĂ©tĂ© de blĂ©.

Le grain Ă  moudre est versĂ© dans la trĂ©mie (1) et s’écoule dans l’auget ou esclop (2) dont l’inclinaison est rĂ©glĂ©e par une corde fixĂ©e Ă  un contrepoids appelĂ©e baille-blĂ© (3). L’auget est prolongĂ© par un manche (4) terminĂ© par le cabalet parfois sculptĂ© en tĂȘte de cheval. Ce manche est maintenu au contact du babillard (5), appelĂ© aussi frayon, cornilhet, fuseau ou encore quenouille selon les rĂ©gions et qui est mis en rotation avec la meule. Sa section n’étant pas ronde, l’auget reçoit de petites secousses horizontales associĂ©es au passage des arĂȘtes du babillard, ce qui favorise l’écoulement du grain dans l’Ɠillard (6). Le babillard fonctionne donc comme un vibreur : il s’agit d’un dispositif d’alimentation automatique. Le mouvement rĂ©pĂ©tĂ© de l’ensemble gĂ©nĂšre un bruit rĂ©gulier correspondant au « tic-tac Â» du moulin[36].

Meules dressées

L’utilisation de la meule en position horizontale est gĂ©nĂ©ralement associĂ©e Ă  une activitĂ© de mouture. Lorsque la meule est « dressĂ©e Â», c’est-Ă -dire utilisĂ©e sur son chant, elle assure plutĂŽt des opĂ©rations de broyage, de trituration ou de concassage. Dans cette configuration, la meule courante est fixĂ©e par son Ɠillard sur un mĂąt vertical situĂ© en position centrale sur la meule gisante, et qui sert de pivot. Selon la dimension de l’installation, et pour maintenir la verticalitĂ© du mĂąt, ce dernier peut ĂȘtre solidaire, dans sa partie haute, d'une poutre surplombant le moulin. La meule courante est mise en rotation soit « Ă  force d’homme Â», ou plus souvent, dans un manĂšge. Ainsi animĂ© d’un double mouvement, le broyeur tourne sur lui-mĂȘme tout en pivotant autour du mĂąt, comme dans le trapetum romain. Dans ce dispositif, la meule gisante est monolithique ou constituĂ©e d’une surface dallĂ©e, voire maçonnĂ©e. Selon le produit Ă  traiter, la meule gisante peut ĂȘtre lĂ©gĂšrement concave et disposer d’un rebord en pĂ©riphĂ©rie pour Ă©viter de disperser le broyat.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Annexes

Notes et références

  1. ↑ Jean-Pierre Henri AzĂ©ma, Actes du colloque de La FertĂ©-sous-Jouarre, p 424
  2. ↑ Fred Wendorf The Prehistory of Wadi Kubbaniya Vol. 1, 2 & 3, 1986-1989, Dallas, (avec R. Schild). SMU Press (Assembleur et Contributeur)
  3. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Meules Ă  grains. Actes du colloque international de La FertĂ©-sous-Jouarre
  4. ↑ On retrouve ici un exemple de l'influence d'un systĂšme technique sur un systĂšme social, Ă  l'instar du mode d'attelage dĂ©crit par le commandant Richard Lefebvre des NoĂ«ttes
  5. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h et i Marie-Claire Amouretti. Le pain et l'huile dans la Grùce antique.
  6. ↑ Le livre de l'olivier, Marie-Claire Amouretti et Georges Comet, Éditions EDISUD (Aix-en-Provence, France), ISBN 2-7449-0198-9
  7. ↑ [PDF] http://www.moulins-a-vent.net/Images/dossier-de-presse.pdf
  8. ↑ a, b, c, d et e Et l’Homme crĂ©a la meule
  9. ↑ Alonso Martinez, N. 1995. “Les premieres meules rotatives manuelles dans le nord-est de la peninsule Iberique.” In La Transmission des connaissances techniques, edited by M.-Cl. Amouretti and G. Comet, 15–23. Cahiers d’histoire des techniques 3. Aix en Provence: L’UniversitĂ© de Provence.
  10. ↑ Rafael Frankel: The Olynthus Mill, Its Origin, and Diffusion: Typology and Distribution, in American Journal of Archaeology, vol. 107, no. 1 (2003), pp. 17-19
  11. ↑ CHAUSSAT, Alain-Gilles. 2008. Les meules Ă  main rotatives: Collection du musĂ©e de Saint-Michel-de-Monjoie dans la Manche,UniversitĂ© de Caen Basse-Normandie, p.120.[1]
  12. ↑ Voir l'expression Suer sang et eau qui signifie faire un gros effort, se donner beaucoup de peine
  13. ↑ a, b et c Histoire des techniques - Bertrand Gille
  14. ↑ Roland Étienne, Christel MĂŒller, Francis Prost, ArchĂ©ologie historique de la GrĂšce antique, Ellipses, 2006, p. 180
  15. ↑ Techniques dans l'antiquitĂ© grĂ©co-romaine
  16. ↑ XII, 52, 6-7
  17. ↑ Jean-Pierre Brun. ArchĂ©ologie du vin et de l'huile. De la prĂ©histoire Ă  l'Ă©poque hellĂ©nistique
  18. ↑ La ville d’Orcistus est mentionnĂ©e dans la table de Peutinger et correspond au site turc de Alikel Yaila, Ă©galement appelĂ© Alekian.
  19. ↑ « On dit qu’un moulin a deux tournans, pour, qu’il a deux roues qui font tourner deux meules Â» Dictionnaire de l’acadĂ©mie française Ă©dition de 1798
  20. ↑ milhĂČc est le nom vernaculaire du maĂŻs notamment en gascon. Le terme dĂ©signe au dĂ©part les plantes Ă  inflorescences en panicules, il peut donc parfois dĂ©signer le sorgho
  21. ↑ Les sources statistiques de l'histoire de France - Des enquĂȘtes du XVIIe siĂšcle Ă  1870. p123 – Bertrand Gille
  22. ↑ Les calcaires ou grĂšs des pierres Ă  bĂątir ont des porositĂ©s de l’ordre de 20 %
  23. ↑ Dans ce cas, au moins un des deux plans de la meule est dĂ©grossi, ce qui facilite le travail de taille
  24. ↑ a, b et c Analyses pĂ©trographiques et mĂ©caniques d'un ensemble de roches meuliĂšres utilisĂ©es en France Ă  l'Ă©poque mĂ©diĂ©vale. Denis Fabre, Colloque international « Les meuliĂšres. Recherche, protection et valorisation d'un patrimoine industriel europĂ©en (AntiquitĂ©-XXIe s.) Â», Grenoble 2005.
  25. ↑ Le bĂ©ton ordinaire possĂšde une rĂ©sistance Ă  la compression d’environ 35 Mpa, un bĂ©ton haute performance utilisĂ© pour les grandes tours a une rĂ©sistance Ă  la compression de l’ordre de 80 Mpa
  26. ↑ Au sens strict, les grĂšs se dĂ©finissent comme des roches ayant des tailles de grains de 2 mm au maximum
  27. ↑ Source : Atlas des meuliĂšres de France et d'Europe
  28. ↑ Jean Bruggeman, l'Historien des Moulins
  29. ↑ Actes du colloque international de La FertĂ©-sous-Jouarre, p. 297
  30. ↑ Actes du colloque international de La FertĂ©-sous-Jouarre, p. 283
  31. ↑ Il faut entendre ce terme comme une unitĂ© de volume
  32. ↑ Actes du colloque international de La FertĂ©-sous-Jouarre, p. 298
  33. ↑ Ours Pierre Armand DufrĂ©noy, 1834
  34. ↑ Patrimoine meulier
  35. ↑ inrs.fr Voir Silos grains puis Explosion et lieu de travail
  36. ↑ a et b Moulin Dussart
  37. ↑ Histoire d’anille

Bibliographie

Liens et documents externes

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

Galerie photographique

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir
Bon article
Cet article est reconnu comme « bon article Â» depuis sa version du 18 aoĂ»t 2008 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complĂ©mentaire, consulter sa page de discussion et le vote l’ayant promu.

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Meule à grains de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Meule Ă  grain — Meule Ă  grains Objet fondamental, hautement symbolique du lieu oĂč elle travaille, la meule usagĂ©e adossĂ©e le long d un mur, signale la qualitĂ© de l usine Ă  laquelle elle appartient Une meule Ă  grains est un objet technique, traditionnellement en… 
   WikipĂ©dia en Français

  • Meule — Une meule dĂ©signe gĂ©nĂ©ralement un objet cylindrique, et notamment la meule du meunier (pour moudre le grain), la meule Ă  aiguiser, ou la meule de foin ou encore la meule de fromage. Ce mot peut aussi dĂ©signer un tas de bois recouvert de terre… 
   WikipĂ©dia en Français

  • meule — MEULE. s. f. Machine ronde & plate qui est ordinairement de pierre, & qui sert principalement Ă  broyer les grains. Meule de moulin. meule de dessus. meule de dessous. la machine qui fait tourner la meule. meule d une piece, de plusieurs pieces.… 
   Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française

  • meule — 1. meule [ mĂžl ] n. f. ‱ muele 1170; lat. mola 1 ♩ Cylindre plat et massif, servant Ă  broyer, Ă  moudre. ⇒ broyeur, concasseur. Meules de moulin en pierre. Meule courante ou traĂźnante, qui repose sur la premiĂšre. Tourner la meule. Broyage des… 
   EncyclopĂ©die Universelle

  • Meule (outil) — La meule (outil) (ou outil meule) en tant qu’outil est un disque constituĂ© de grains d’émeri, montĂ©e sur une machine outil appelĂ©e meuleuse ou disqueuse, sert Ă  usiner de la matiĂšre par abrasion. Action des grains abrasifs sur une piĂšce 
   WikipĂ©dia en Français

  • Metate — Meule Ă  grains Objet fondamental, hautement symbolique du lieu oĂč elle travaille, la meule usagĂ©e adossĂ©e le long d un mur, signale la qualitĂ© de l usine Ă  laquelle elle appartient Une meule Ă  grains est un objet technique, traditionnellement en… 
   WikipĂ©dia en Français

  • Moulin Ă  farine — Meule Ă  grains Objet fondamental, hautement symbolique du lieu oĂč elle travaille, la meule usagĂ©e adossĂ©e le long d un mur, signale la qualitĂ© de l usine Ă  laquelle elle appartient Une meule Ă  grains est un objet technique, traditionnellement en… 
   WikipĂ©dia en Français

  • Industrie du grain en GrĂšce antique — Les diffĂ©rents types de moulins intervenant dans l industrie meuniĂšre en GrĂšce antique sont Ă  la base de la transformation du grain en pain des Grecs. Les principaux lieux gĂ©ographiques citĂ©s dans cet article sont l Ăźle de DĂ©los, une des Ăźles des 
   WikipĂ©dia en Français

  • Industrie grain grece — Industrie du grain en GrĂšce antique Les diffĂ©rents types de moulins intervenant dans l industrie meuniĂšre en GrĂšce antique sont Ă  la base de la transformation du grain en pain des grecs. Les principaux lieux gĂ©ographiques citĂ©s dans cet article… 
   WikipĂ©dia en Français

  • Meunier (profession) — Moulin Pour les articles homonymes, voir Moulin (homonymie). Le moulin est une machine Ă  moudre les grains de cĂ©rĂ©ale en farine et, par analogie, une machine Ă  broyer, piler, pulvĂ©riser diverses substances et Ă  extraire certains produits (huile,… 
   WikipĂ©dia en Français


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.