Antiquite tardive

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Antiquite tardive

Antiquité tardive

Assemblée des Dieux.
Illustration du codex Vergilius romanus, folio 234, Ve ou VIe siĂšcle, BibliothĂšque apostolique vaticane

L’expression AntiquitĂ© tardive est utilisĂ©e pour dĂ©signer une pĂ©riode historique qui commence Ă  la fin du IIIe siĂšcle mais dont la date de fin est beaucoup plus floue. Elle n’est employĂ©e qu’en rĂ©fĂ©rence aux pays ayant appartenu au monde romain, c’est-Ă -dire aux rĂ©gions d’Europe occidentale et mĂ©ridionale, d’Asie et d’Afrique autour du bassin mĂ©diterranĂ©en mais se prolonge bien au-delĂ  de la fin de l’Empire romain d’Occident en 476.

L’AntiquitĂ© tardive se caractĂ©rise par un mĂ©lange de traditions antiques — ce que les historiens appellent la « romanitĂ© Â» —, d’apports chrĂ©tiens et d’influences « barbares Â». Les dĂ©bats thĂ©ologiques, les difficultĂ©s causĂ©es par les relations entre l’empereur et l’Église, le dĂ©veloppement des bĂątiments chrĂ©tiens caractĂ©risent la pĂ©riode. L’AntiquitĂ© tardive constitue une pĂ©riode cruciale pour la transmission de la culture, de la science, et plus gĂ©nĂ©ralement de toutes les connaissances accumulĂ©es par les diffĂ©rentes civilisations antiques. Elle intĂ©resse donc au plus au haut point les historiens qui ont d’abord vu en elle une pĂ©riode de dĂ©cadence pour la considĂ©rer dĂ©sormais comme une pĂ©riode charniĂšre entre AntiquitĂ© et Moyen Âge.

L’AntiquitĂ© tardive commence avec l’avĂšnement de DioclĂ©tien[1], lorsque l’Empire, tout en gardant son unitĂ©, est dirigĂ© par deux empereurs pour faire face aux menaces d’invasion. Au dĂ©but du Ve siĂšcle, les invasions germaniques entraĂźnent dans l’ancien Empire d’Occident la crĂ©ation d’éphĂ©mĂšres royaumes barbares, mais les anciennes structures Ă©conomiques et sociales subsistent. À l’est, la pars orientalis de l’Empire romain continue Ă  exister. Ce n’est qu’aprĂšs le rĂšgne d’HĂ©raclius qu’elle revĂȘt un caractĂšre nouveau qui la fait entrer de plain-pied dans la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale[2].

Sommaire

Un sujet d'études récent

Dans la division traditionnelle de l’histoire en pĂ©riodes, l’AntiquitĂ© s’achevait avec les invasions germaniques et la destitution du dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, en 476. Au Haut Empire considĂ©rĂ© comme l’apogĂ©e de la civilisation romaine, succĂ©dait Ă  partir du IVe siĂšcle le Bas-Empire, considĂ©rĂ© depuis le XVIIIe siĂšcle comme une pĂ©riode de dĂ©cadence[3]. Dans cette optique, les invasions germaniques aux IVe et Ve siĂšcle passaient pour un changement dĂ©cisif, balayant la sociĂ©tĂ© romaine et instaurant un nouveau systĂšme social.

Songe de Constantin et bataille du pont Milvius, illustration des Homélies de Grégoire de Nazianze, 879-882, BibliothÚque nationale de France (Ms grec 510)

Au milieu du XIXe siĂšcle, l’historien français Fustel de Coulanges est le premier Ă  voir une continuitĂ© entre le Ve siĂšcle et les siĂšcles suivants[4]. En 1901, dans un livre Ă©tudiant l’artisanat de l’Empire romain tardif[5], l’historien de l’art autrichien AloĂŻs Riegl rĂ©habilite la pĂ©riode en affirmant qu’elle n’est pas dĂ©cadente et possĂšde son unitĂ© propre. Au XXe siĂšcle, les historiens continuent de revisiter les siĂšcles marquant le passage de l’AntiquitĂ© classique au Moyen Âge. Dans un livre paru en 1937, le mĂ©diĂ©viste belge Henri Pirenne (1862-1935), dĂ©fend la thĂšse d’une continuitĂ© en MĂ©diterranĂ©e du IVe au VIIe siĂšcle[6]. Cette thĂšse est d’abord critiquĂ©e par la majoritĂ© des historiens de l’AntiquitĂ© romaine. Ceux-ci restent trĂšs attachĂ©s Ă  l’idĂ©e de dĂ©clin et de dĂ©cadence et voient encore dans le Haut Empire un Ăąge idĂ©al corrompu par l’absolutisme impĂ©rial du IVe siĂšcle, le christianisme et les invasions barbares. Le parcours d’Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou (1904-1977) illustre cependant l’évolution des historiens sur ce sujet : en 1937, il soutient l’idĂ©e d’une dĂ©cadence de la culture antique se moulant ainsi dans les schĂ©mas de son Ă©poque[7]. AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, dans une nouvelle Ă©dition de sa thĂšse, il remet en cause les notions de dĂ©cadence et mĂȘme de fin de la culture antique. Son livre posthume, DĂ©cadence romaine ou AntiquitĂ© tardive ?[8] fait le point sur les continuitĂ©s et les ruptures du monde romain. Aujourd’hui l’étude de l’AntiquitĂ© tardive exige le recoupement de diverses disciplines afin de mieux apprĂ©hender ses Ă©lĂ©ments constitutifs : la mise en place de grands codes juridiques comme le code ThĂ©odose et le code Justinien, la permanence de la culture antique et le dĂ©veloppement du christianisme comme religion d’État[9].

Si les historiens conviennent pour la plupart que l’AntiquitĂ© tardive commence avec la fin de la crise du IIIe siĂšcle et l’avĂšnement de DioclĂ©tien[10], diffĂ©rentes thĂšses s’affrontent sur la date de sa fin. Les historiens s’accordent Ă  dire que les invasions germaniques ne furent pas la rupture radicale que beaucoup avaient cru voir. Comme l’a montrĂ© l’historien Peter Brown, certains traits de la culture antique se perpĂ©tuent au-delĂ  du Ve siĂšcle. L’invasion lombarde de l’Italie en 568 est parfois retenue. Elle correspond Ă  la fin du rĂšgne de Justinien (565) qui a longtemps marquĂ© pour les spĂ©cialistes de l’histoire byzantine, le passage de l’Empire romain d’Orient Ă  l’Empire byzantin. Toutefois, selon les spĂ©cialistes contemporains, la tradition romaine se perpĂ©tue assez bien dans l’Empire d’Orient jusqu’au VIIe siĂšcle, Ă©poque Ă  laquelle il est amputĂ© d’une grande partie de son territoire sous les coups de boutoir des invasions arabes et slaves, se repliant alors sur son identitĂ© grecque. En outre, les situations locales varient grandement dans l’ancien Empire d’Occident : alors que les Ăźles Britanniques plongent dans les « Ă‚ges sombres Â» (« dark ages Â» en anglais) dĂšs le IVe siĂšcle, les bases de la civilisation antique subsistent dans la PĂ©ninsule IbĂ©rique, en France, en Italie et en Allemagne jusqu’au VIIe siĂšcle.

D’un monde uni Ă  une romanitĂ© Ă©clatĂ©e

Les empereurs du Bas Empire (284-395)

Les historiens font habituellement commencer le Bas Empire avec le rĂšgne de DioclĂ©tien (284-305). Son action s’inscrit certes dans la lignĂ©e des empereurs AurĂ©lien et Probus, ces empereurs Ă©nergiques du IIIe siĂšcle, mais il a posĂ© avec Constantin les bases d’une monarchie forte caractĂ©ristique de la pĂ©riode.

Dioclétien et la tétrarchie

Les TĂ©trarques, sculpture en porphyre du IVe siĂšcle, provenant du palais impĂ©rial de Constantinople. Aujourd'hui Ă  l'angle de la basilique Saint-Marc de Venise.

Quelques mois aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, DioclĂ©tien comprend qu’il ne peut diriger seul l’Empire et confie Ă  Maximien le soin de s’occuper de l’Occident en tant que CĂ©sar puis Auguste. En 293, il donne Ă  Maximien un adjoint qui porte le titre de CĂ©sar, Constance Chlore et s’en choisit lui-mĂȘme un, GalĂšre. C’est ainsi que les besoins de l’Empire donnent naissance Ă  la tĂ©trarchie, c’est-Ă -dire au pouvoir Ă  quatre oĂč DioclĂ©tien conserve la prĂ©Ă©minence[11]. La stabilitĂ© de cette Ă©quipe pendant vingt ans permet le redressement et la profonde rĂ©forme de l’Empire. Il n’y a pas de partage territorial de l’Empire romain, mais les quatre hommes se rĂ©partissent le commandement des troupes et les secteurs dans lesquels ils interviennent. Ils dĂ©laissent Rome comme capitale. Cette nouvelle organisation permet d’éliminer les usurpateurs qui semaient le trouble en Gaule, de repousser les Francs et les Alamans toujours en Gaule, les Maures en Afrique, les Iazyges et les Carpes sur le Danube, les Perses en Orient. La victoire sur les Sassanides renforce la prĂ©sence romaine en MĂ©sopotamie avec la constitution de cinq nouvelles provinces[12].

La politique intĂ©rieure de DioclĂ©tien est dans la lignĂ©e de celle des empereurs du IIIe siĂšcle. Comme AurĂ©lien, il renforce la divinisation de la fonction impĂ©riale. Comme ValĂ©rien, il veut favoriser le retour aux religions polythĂ©istes traditionnelles dont les dieux ont toujours protĂ©gĂ© l’Empire, mĂȘme s’il est personnellement un adepte du culte de Mithra[13]. À la fin de son rĂšgne, en 297, il dĂ©clenche une persĂ©cution contre les manichĂ©ens, puis en 303 la derniĂšre des persĂ©cutions contre les chrĂ©tiens[14].

En 305, les deux Augustes abdiquent le mĂȘme jour pour laisser la place Ă  leurs CĂ©sars, GalĂšre et Constance Chlore, qui deviennent Ă  leur tour Augustes. DioclĂ©tien choisit deux nouveaux CĂ©sars, Maximin II DaĂŻa et SĂ©vĂšre, Ă©cartant dĂ©libĂ©rĂ©ment de la succession les fils de Maximien et de Constance Chlore. Ce faisant, il renoue avec la pratique des Antonins consistant Ă  choisir les meilleurs comme hĂ©ritiers et, en allant Ă  contre-courant de la logique hĂ©rĂ©ditaire, il cause la ruine de son systĂšme[14]. DioclĂ©tien se retire dans son palais Ă  Split.

Les Constantiniens

TĂȘte colossale de Constantin Ier, marbre, 260 cm, IVe siĂšcle, Palais des Conservateurs, musĂ©es du Capitole

La seconde tĂ©trarchie se heurte aux ambitions de Maxence et de Constantin, fils respectifs de Maximien et de Constance Chlore. Une pĂ©riode d’instabilitĂ© s’ensuit avec jusqu’à sept augustes au mĂȘme moment. En 313, deux empereurs restent en lice, Constantin et Licinius. Ce dernier est vaincu une premiĂšre fois en 316. Un compromis est trouvĂ© entre les deux hommes semblant donner naissance Ă  une nouvelle tĂ©trarchie avec deux Augustes et trois CĂ©sars. Mais les CĂ©sars sont les fils de deux Augustes, ce qui remet Ă  l’honneur le principe d’hĂ©rĂ©ditĂ© que DioclĂ©tien voulait Ă©viter. Les deux Augustes s’opposent sur la question religieuse. Constantin est le premier empereur ouvertement favorable au christianisme alors que Licinius, sans renouer avec les persĂ©cutions, dĂ©fend la religion traditionnelle. Il est dĂ©finitivement Ă©liminĂ© en 324. Constantin reste alors le seul souverain. Cette mĂȘme annĂ©e, il choisit l’ancienne colonie grecque de Byzance, installĂ©e sur la rive europĂ©enne du dĂ©troit du Bosphore pour fonder une nouvelle capitale qui portera son nom, Constantinople. OrganisĂ©e sur le modĂšle de Rome, elle est inaugurĂ©e en 330.

Quand Constantin meurt en 337, il n’a pas rĂ©glĂ© sa succession. Ses trois fils se proclament Augustes aprĂšs avoir assassinĂ© leurs oncles qui auraient pu ĂȘtre des concurrents. Ils se partagent l’Empire mais finissent par se brouiller. Finalement l’Empire est rĂ©uni sous l’autoritĂ© du second fils de Constantin, Constance II (337-361) qui nomme deux cĂ©sars aux pouvoirs trĂšs rĂ©duits. Le long rĂšgne de cet empereur pĂ©rennise la politique de son pĂšre. Son cousin Julien, CĂ©sar en Gaule, est proclamĂ© empereur en 360. La mort de Constance II l’annĂ©e suivante Ă©vite une guerre civile. Julien, qui a renoncĂ© au christianisme par amour de la pensĂ©e grecque, d’oĂč son surnom d'apostat, tente de restaurer les anciennes religions. Sa mort aprĂšs 18 mois de rĂšgne, en 363 rend vaine cette tentative.

Les Valentiniens, les ThĂ©odosiens et la fin de l’unitĂ© territoriale

Solidus, or, v. 377, TrĂšves.
Avers : effigie de l’empereur Valens. Revers : Valens et Valentinien Ier en trĂŽne, tenant l'orbe ensemble.

Ses successeurs, Jovien (363-364), Valentinien Ier en Occident (364-375) et Valens en Orient (364-378), tous chrĂ©tiens, reviennent Ă  la neutralitĂ© religieuse. Valentinien Ier doit faire face aux troubles aux frontiĂšres de l’Empire : les Alamans dans les rĂ©gions rhĂ©nanes ; les Quades et les Sarmates sur le limes danubien[15]. La Perse reste une menace malgrĂ© les guerres menĂ©es par les empereurs Julien et Jovien. En outre, dĂšs le dĂ©but de son rĂšgne, l’empereur d’Orient Valens, frĂšre de Valentinien Ier doit gĂ©rer les difficultĂ©s engendrĂ©es par la prĂ©sence au-delĂ  du Danube des Goths convertis au christianisme arien[16]. À la mort de Valentinien Ier, le pouvoir Ă©choit Ă  ses deux jeunes enfants Gratien et Valentinien II. Trop jeunes pour rĂ©ellement gouverner, ils laissent le pouvoir aux mains de leur entourage, famille impĂ©riale et grands personnages de l’État. AprĂšs la mort de Valens lors de la bataille d’Andrinople en 378, Gratien, qui ne peut administrer l’Empire Ă  lui seul, se choisit un nouveau collĂšgue pour l’Orient, ThĂ©odose.

Gratien adopte une politique rĂ©solument hostile aux paĂŻens[17]. Il s’efforce, entre autres, de dĂ©gager de la vie publique toute influence polythĂ©iste. Il supprime ainsi toute aide publique aux cultes paĂŻens. Il doit faire face Ă  l’hostilitĂ© de la nobilitas de Rome attachĂ©e Ă  la religion traditionnelle. Il est assassinĂ© par Maxime en 383. Ce dernier est reconnu Auguste pour l’Occident mais est vaincu par ThĂ©odose aprĂšs avoir envahi l’Italie dĂ©volue Ă  Valentinien II, le jeune frĂšre de Gratien. Le jeune homme reste alors seul Auguste de l’Occident sous la protection du gĂ©nĂ©ral franc, Arbogast, magister militum mis en place par ThĂ©odose. Valentinien II est retrouvĂ© Ă©tranglĂ© en 392 et Arbogast proclame empereur le rhĂ©teur paĂŻen EugĂšne. En 394, ThĂ©odose vainc cet usurpateur Ă  la Bataille de la RiviĂšre Froide oĂč les deux armĂ©es perdent l’essentiel de leurs forces. Alors que le danger barbare est de plus en plus pressant, les dĂ©fenses de l’Empire sont affaiblies par ces guerres civiles.

Le partage de 395. En rouge la pars occidentalis dĂ©volue Ă  Honorius, en violet la pars orientalis qui revient Ă  l’aĂźnĂ© Arcadius. Le long des frontiĂšres de l’Empire, les traits noirs correspondent au limes

En 395, ThĂ©odose meurt, aprĂšs avoir partagĂ© l’Empire entre ses deux fils[18]. Arcadius, l’aĂźnĂ©, reçoit l’Orient et Honorius l’Occident. Ce partage est dans la continuitĂ© des rĂšgnes prĂ©cĂ©dents. Il se veut purement administratif. L’unitĂ© thĂ©orique de l’Empire est prĂ©servĂ©e. Mais l’Occident d’Honorius est bientĂŽt affaibli par la lutte contre les barbares et les usurpations. Il a perdu une grande partie de ses troupes. L’économie de l’Occident demeure fragile alors que celle de l’Orient est florissante. Mais l’éloignement dĂ©finitif des deux parties de l’Empire rĂ©sulte surtout de la mĂ©sentente entre les deux cours impĂ©riales, qui entĂ©rine les diffĂ©rences d’évolution Ă©conomique et dĂ©mographique. Ceci explique pourquoi la date de 395 est restĂ©e symbolique de la division de l’Empire romain. Pourtant, c’est plutĂŽt vers 408 qu’on peut dater la partitio dĂ©finitive de l’Empire. Cette annĂ©e-lĂ , Stilicon, tuteur des deux jeunes empereurs, dissuade Honorius de prendre la tĂȘte de la partie orientale de l’Empire Ă  la mort de son frĂšre Arcadius. C’est le fils de ce dernier, ThĂ©odose II qui rĂšgne sur l’Orient de 408 Ă  450[19].

Invasions ou migrations germaniques en Occident ?

Article dĂ©taillĂ© : Grandes invasions.

En 376, repoussĂ©s par les Huns, les Wisigoths demandent asile Ă  l’Empire. Deux cent mille d’entre eux sont Ă©tablis au sud du Danube, en MĂ©sie[20] en Ă©change de levĂ©e de recrues. ExploitĂ©s par les fonctionnaires romains, ils ne tardent pas Ă  se rĂ©volter et ravagent la Thrace. L’empereur Valens est tuĂ© lors de la bataille d’Andrinople en 378. Le nouvel empereur de la partie orientale de l’Empire, ThĂ©odose, rĂ©ussit Ă  conclure un nouveau fƓdus avec les Goths en 382[21]. Les Goths ont le droit de s’installer en Thrace. Ils conservent leurs propres lois et ne sont pas soumis aux impĂŽts romains. Ils sont donc quasi-indĂ©pendants mĂȘme s’ils s’engagent Ă  servir dans l’armĂ©e romaine comme fĂ©dĂ©rĂ©s, c’est-Ă -dire sous le commandement de leurs propres chefs[22].

AprĂšs la mort de ThĂ©odose (395), les Wisigoths dirigĂ©s par Alaric pillent la MacĂ©doine, la Thessalie, la GrĂšce. Arcadius nĂ©gocie Ă  prix d’or leur retrait vers l’ouest. Stilicon est empĂȘchĂ© de les combattre par le souverain d’Orient. En 402, alors que les Ostrogoths envahissent les provinces danubiennes, les Wisigoths pĂ©nĂštrent en Italie. En 410, ils saccagent Rome. Cet Ă©pisode est ressenti comme une catastrophe par les Romains. Les paĂŻens y voient la consĂ©quence de l’abandon des dieux traditionnels. Saint JĂ©rĂŽme y voit le chĂątiment des pĂȘchĂ©s des hommes[23]. Saint Augustin affirme, lui, qu’il n’y a aucun lien entre le christianisme et l’Empire[24]. L’établissement dĂ©finitif des Wisigoths en Aquitaine seconde et en Espagne met fin Ă  leurs raids.

ItinĂ©raires empruntĂ©s par les colonnes d’envahisseurs durant les Grandes invasions.
Chronologie associée.

Mais entre temps, le 31 dĂ©cembre 406, les Vandales, les Sarmates, les SuĂšves, les Alains et les Alamans franchissent le Rhin bientĂŽt suivis par les Burgondes. Ils ravagent la Gaule et menacent l’üle de Bretagne. Cette derniĂšre est dĂ©finitivement abandonnĂ©e par les troupes romaines qui partent dĂ©fendre la Gaule. Le puissant parti anti-barbare prĂ©sent Ă  la cour impĂ©riale obtient une Ă©puration de l’armĂ©e et de l’administration en Italie, la privant des dĂ©fenseurs efficaces et fidĂšles, dont Stilicon[25]. L’empereur, installĂ© Ă  Ravenne, est contraint d’accepter l’installation de nouveaux royaumes barbares en Gaule[26]. En 429, les Vandales envahissent l’Afrique dont ils font la conquĂȘte en 10 ans. Ils privent l’Italie d’un de ses greniers Ă  blĂ©, leur flotte contrĂŽlant la MĂ©diterranĂ©e occidentale. Ils sont en outre des ariens fanatiques et persĂ©cutent les Romains orthodoxes[27]. En 435, les Vandales obtiennent Ă  leur tour le statut de fĂ©dĂ©rĂ©s en Afrique orientale[28]. Le roi suĂšve HermĂ©ric crĂ©e un vĂ©ritable royaume autour de sa capitale Braga en obtenant un fƓdus en 437-438. Les provinces danubiennes restent fidĂšles Ă  l’Empire mais passent sous l’autoritĂ© de Constantinople. L’Empire romain d’Occident se rĂ©duit Ă  l’Italie, la Dalmatie, une partie de la Gaule et la Tarraconaise (actuelle Catalogne).

Aetius, gĂ©nĂ©ral de Valentinien III, continue Ă  lutter contre les Barbares. Il repousse les Francs vers le nord, les Wisigoths vers le sud de la Gaule et l’Espagne. Il bat les Burgondes grĂące Ă  ses contingents huns[29] et les transfĂšre en Sapaudia oĂč en 443, Valentinien III les autorise Ă  s’installer en tant que peuple fĂ©dĂ©rĂ©. En 451, grĂące Ă  une armĂ©e plus barbare que romaine, — elle comprend un fort contingent wisigoth, des Francs, des Alains —, il parvient Ă  repousser Attila Ă  la bataille des champs Catalauniques. Mais il est Ă©gorgĂ© en 454 par Valentinien III lui-mĂȘme, jaloux de ses succĂšs. L’empereur est Ă  son tour assassinĂ© par d’anciens officiers d’Aetius. L’Empire romain d’Occident connaĂźt alors une instabilitĂ© politique avec des empereurs impuissants, contestĂ©s par des usurpateurs. En 455, Rome est pillĂ©e pendant plus d’un mois par les Vandales de GensĂ©ric. Les Barbares s’étendent alors irrĂ©sistiblement en Gaule malgrĂ© la dĂ©fense d’Ægidius puis de son fils Syagrius[30]. En 476, Odoacre dĂ©pose le tout jeune empereur Romulus Augustule et envoie les insignes impĂ©riaux Ă  Constantinople.

Cette vision classique de la fin de l’Empire romain d’Occident est aujourd’hui battue en brĂšche par certains historiens. Ils avancent l’idĂ©e que ces « invasions Â» dans la rĂ©gion du Danube sont d’abord des migrations massives des Goths poussĂ©s par les Huns suivies d’une intĂ©gration bĂąclĂ©e. MĂȘme en Gaule et en Afrique, la transhumance des peuples germaniques n’est destructrice que dans un premier temps. Bertrand Lançon, s’inspirant de l’histoire des Boers en Afrique du Sud parle de « trek Â». Il souligne la volontĂ© d’intĂ©gration des Goths[31]. L’établissement des nations barbares se fait sur un principe romain en usage de puis le IVe siĂšcle, celui de deux nations distinctes, les Romains et un peuple germain, Ă©tablies sur le mĂȘme sol avec des lois diffĂ©rentes appliquĂ©es pour chaque peuple.

En 488, ThĂ©odoric, roi des Ostrogoths conquiert l’Italie, alors aux mains d’Odoacre Ă  la demande de l’empereur d’Orient ZĂ©non[32] qui se considĂšre comme le seul maĂźtre de l’Empire. AprĂšs la prise de Ravenne en 493, la puissance des Ostrogoths s’étend en Italie, Sicile et Dalmatie[33]. En sa qualitĂ© de reprĂ©sentant du pouvoir impĂ©rial, ThĂ©odoric tente d’étendre son pouvoir sur les autres royaumes barbares, ariens comme lui. Pour ThĂ©odoric, les Goths sont les protecteurs des Romains. L’administration romaine subsiste donc. La politique et la culture romaines ont une grande influence sur les Goths. L’empereur romain confĂšre mĂȘme Ă  ThĂ©odoric le titre de roi. Le royaume ostrogoth d’Italie est un excellent exemple de la collaboration entre Constantinople et les rois barbares.

En Occident, l’affaiblissement progressif des structures politiques et administratives romaines aboutit Ă  une ascension des structures chrĂ©tiennes, qu’elles soient Ă©piscopales ou monachistes. Au VIe siĂšcle, les Ă©vĂȘques occupent les pouvoirs administratifs, financiers et politiques qui revenaient auparavant aux magistrats laĂŻcs. Cette prĂ©servation de la citĂ© avec Ă  sa tĂȘte l’évĂȘque est Ă  l’origine de la citĂ© mĂ©diĂ©vale[34].

La romanité en Orient

Les conquĂȘtes de Justinien. En rouge, l’Empire romain d’Orient Ă  l’avĂšnement de Justinien. En orange les conquĂȘtes de Justinien

Au Ve siĂšcle, l’Orient connaĂźt une longue pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© Ă©conomique. Le trĂ©sor impĂ©rial regorge de numĂ©raires en or[35]. Sous le rĂšgne de ThĂ©odose II (408-450), la ville de Constantinople continue Ă  s’agrandir et reçoit une nouvelle enceinte, le mur de ThĂ©odose. Un code juridique est publiĂ©, le code ThĂ©odose, applicable dans toutes les parties de l'Empire. Cependant l’Empire est dĂ©stabilisĂ© par des conflits religieux violents, entre nicĂ©ens et ariens et Ă  partir de 430 entre nestoriens et monophysites. À partir de 440, les Huns menacent l’Empire d’Orient. Un tribut et l’octroi d’une dignitĂ© romaine Ă  Attila permettent d’éloigner le danger. Marcien, Ă©poux de PulchĂ©rie, la sƓur de ThĂ©odose II, rĂšgne de 450 Ă  457. LĂ©on Ier est le premier empereur d’Orient Ă  recevoir la couronne des mains du patriarche de Constantinople. Son petit-fils LĂ©on II ne rĂšgne que quelques mois. C’est donc son gendre ZĂ©non qui revĂȘt la pourpre impĂ©riale pendant quinze ans de 476 Ă  491. C’est sous son rĂšgne que le dernier empereur romain d’Occident Romulus Augustule est destituĂ© par Odoacre. Il reste donc le seul empereur du monde romain mais son autoritĂ© sur l’Occident n’est que thĂ©orique[36]. Sous le rĂšgne d’Anastase (491-518), la guerre contre les Perses reprend. Le sĂ©nat choisit ensuite un officier macĂ©donien, Justin (518-527) dont le neveu, Justinien gravit tous les Ă©chelons de la carriĂšre administrative.

Justinien,
mosaïque de la Basilique Saint-Vital de Ravenne (détail), avant 547

Justinien (527-565) consacre une grande partie de son rĂšgne Ă  reprendre aux Barbares les terres de la romanitĂ©. Il pense que toute terre qui a Ă©tĂ© romaine reste inaliĂ©nablement romaine[32]. L’Occident est le premier objectif de Justinien. Il conquiert l’Afrique sur les Vandales en quelques mois. Il profite de l’affaiblissement de l’Italie aprĂšs la mort de ThĂ©odoric pour intervenir dans la pĂ©ninsule en 535. La conquĂȘte est plus difficile que prĂ©vu et n’est dĂ©finitive qu’au terme d’une guerre dĂ©vastatrice entre 552 et 554. En 554, les Byzantins font la conquĂȘte d’une partie de l’Espagne wisigothique jusqu’à Cordoue. Les conquĂȘtes de Justinien sont fort coĂ»teuses. Elles l’amĂšnent aussi Ă  nĂ©gliger la menace perse qu’il Ă©carte momentanĂ©ment par le paiement d’un tribut et celle des Slaves qui apparaissent au nord de l’Empire d’Orient. Il sacrifie ainsi l’avenir de rĂ©gions vitales pour l’Empire d’Orient ou byzantin pour poursuivre le rĂȘve d’un empire universel. Il n’arrive pas non plus Ă  rĂ©concilier les tenants de l’orthodoxie romaine et les monophysites.

Cette reconquĂȘte Ă©puise Rome et l’Italie et n’est guĂšre durable. En 568, seules les rĂ©gions de Ravenne, de Rome et quelques points en Italie du Sud sont encore aux mains des Byzantins. Le reste de l’Italie est partagĂ© en principautĂ©s lombardes, l'Italie est morcelĂ©e pour plus de mille ans. Les derniers territoires romains en Occident sont organisĂ©s en exarchat de Ravenne et exarchat de Carthage.

Sous le rĂšgne d’HĂ©raclius (610-641) l’Empire d’Orient prend un caractĂšre grec inĂ©luctable. Le titre de Basileus remplace celui d’Auguste, les provinces deviennent des thĂšmes. C’est aussi l’époque des premiĂšres conquĂȘtes arabes. AprĂšs la Bataille du Yarmouk en 636, la Syrie, JĂ©rusalem, l’Égypte, la MĂ©sopotamie sont dĂ©finitivement perdues aprĂšs six siĂšcles de romanitĂ©. L'Afrique romaine passe sous la domination arabe aprĂšs la chute de Carthage en 698. Le monde byzantin et le monde arabo-musulman remplacent dĂ©finitivement le monde romain oriental.

Les instruments du pouvoir

Idéologie et pouvoir

Solidus de Constantin, Ticinum (actuelle Pavie), 313, Cabinet des médailles (Beistegui 233)
IdĂ©ologie solaire : Constantin, est au cĂŽtĂ© de Sol Invictus, dont il reprend le qualificatif INVICTUS ; son bouclier est dĂ©corĂ© du quadrige solaire

La crise du IIIe siĂšcle a transformĂ© le pouvoir impĂ©rial qui est devenu absolu. Le SĂ©nat n’a plus aucune influence. On est passĂ© de principat au dominat. Les empereurs de l’AntiquitĂ© tardive bĂ©nĂ©ficient aussi d’une construction idĂ©ologique qui a peu Ă  peu assimilĂ© les empereurs Ă  des divinitĂ©s vivantes et justifie ainsi leur pouvoir absolu. Pour Constantin comme pour DioclĂ©tien, l’autoritĂ© impĂ©riale est de nature divine[37]. DioclĂ©tien et GalĂšre, son fils adoptif, se prĂ©tendent descendants de Jupiter. Ils prennent le surnom de Jovien, son collĂšgue Maximien ainsi que son co-cĂ©sar Constance celui d'Herculien. Cette sacralisation du pouvoir impĂ©rial a aussi pour but d’enlever toute lĂ©gitimitĂ© aux usurpateurs Ă©ventuels puisque seul l’empereur est Ă©lu des dieux, et que seul son successeur est lĂ©gitime. Cette idĂ©ologie n’empĂȘche pas Constantin puis Maxence, fils des Augustes mais Ă©cartĂ©s de pouvoir, de contester la nouvelle tĂ©trarchie aprĂšs la mort de Constance en 306.

Constantin, quoique affiliĂ© Ă  la lignĂ©e herculienne des tĂ©trarques, s’en Ă©carte dĂšs qu’il se dĂ©barrasse de Maximien en 310, au profit de la thĂ©ologie solaire d’Apollon et de Sol Invictus. Celle-ci implique un pouvoir unique et suprĂȘme et a la faveur des armĂ©es occidentales, ce qui aide ses ambitions. Les monnaies de Constantin tĂ©moignent de cette idĂ©ologie solaire pendant quelques annĂ©es (voir l’image du solidus). En 312, Constantin intĂšgre le christianisme Ă  son idĂ©ologie, et les deux principes monothĂ©istes solaires et chrĂ©tiens vont cohabiter jusqu’en 324, lorsque Constantin devient le maĂźtre unique de l’Empire. Selon Paul Petit, la persistance des symboles solaires sur les monnaies de Constantin, et le vocabulaire neutre mais monothĂ©iste des panĂ©gyriques paĂŻens de 313 et 321, indĂ©pendamment d’une attitude impĂ©riale trĂšs favorable aux chrĂ©tiens, rĂ©pondaient au souci de mĂ©nager toutes les factions tant que la victoire sur Licinius n’était pas acquise. AprĂšs sa victoire de 324, Constantin Ă©change dans sa titulature le INVICTUS Ă  connotation solaire par VICTOR, tandis qu’une monnaie de cette date le reprĂ©sente avec l’emblĂšme du Christ transperçant un serpent[38].

Du fait de sa conversion[39], Constantin ne cherche pas Ă  affirmer une filiation divine. Il prĂ©tend plutĂŽt avoir Ă©tĂ© investi par le Dieu des chrĂ©tiens pour gouverner l’Empire. Des monnaies de 330 montrent une main sortant du ciel qui lui tend une couronne[38]. La conversion de Constantin pose aussi le problĂšme du cĂ©saropapisme. L’empereur agit comme un clerc dans sa maniĂšre d’exercer le pouvoir. À Constantinople, il construit son palais comme si c’était une Ă©glise ; il affirme avoir reçu une vision du Christ comme s’il Ă©tait un apĂŽtre, il porte d’ailleurs comme les empereurs Ă  sa suite le titre d'isopostole, Ă©gal aux apĂŽtres[40] ; il se prĂ©sente comme « l’évĂȘque de ceux du dehors Â» (c'est-Ă -dire ceux qui ne sont pas clercs)[38] lors du Concile de NicĂ©e mais il n'a pas cette qualitĂ© d'Ă©vĂȘque[41]. Constantin affirme qu’il est le reprĂ©sentant de Dieu sur la terre. En son intelligence se reflĂšte l’intelligence suprĂȘme[20]. Il s’entoure d’un faste incroyable pour exalter la grandeur de la fonction impĂ©riale. DĂ©sormais la romanitĂ© et la religion chrĂ©tienne sont liĂ©es. EusĂšbe de CĂ©sarĂ©e, reprenant les thĂšses de MĂ©liton de Sardes[42], Ă©labore la thĂ©ologie de l’empire chrĂ©tien dans plusieurs ouvrages, dont son panĂ©gyrique de 335[38]. Pour lui, l’unification politique a permis l’unification religieuse. L’empereur est dans ce cadre, le serviteur de Dieu et comme l’image de fils de Dieu, maĂźtre de l’univers[43]. L’empereur reçoit aussi la mission de guide vers le salut et la foi chrĂ©tienne. Son intervention grandissante dans les questions religieuses se trouve ainsi lĂ©gitimĂ©e de mĂȘme que le cĂ©saropapisme.

En Occident, le pouvoir spirituel s’engage vers une autonomie plus grande face au pouvoir politique. Ambroise pose les bases de la thĂ©orie mĂ©diĂ©vale de la sĂ©paration des deux pouvoirs[44] esquissant mĂȘme l’idĂ©e d’une subordination du pouvoir politique au pouvoir spirituel. Il contraint ainsi ThĂ©odose Ă  faire pĂ©nitence et Ă  marcher pieds nus dans la cendre pour expier le massacre de dix mille personnes aprĂšs la rĂ©volte de Thessalonique en 390[45]. En Orient, les empereurs naviguent entre cĂ©saropapisme et subordination au pouvoir spirituel. Ainsi, en 450, l’empereur Marcien est couronnĂ© empereur par l’évĂȘque de Constantinople Anatolius. Son successeur LĂ©on fait de mĂȘme. C’est donc l’évĂȘque qui au nom de Dieu fait le souverain. Une des consĂ©quences de cette idĂ©ologie est la soumission du roi aux dogmes de l’Église. Les empereurs ne renoncent cependant pas Ă  intervenir dans les affaires de l’Église. ZĂ©non publie en 482, l’édit de l'Henotikon, de nature doctrinale, qui vise Ă  apaiser les conflits religieux sur la nature du Christ. Cette volontĂ© du souverain de dire le dogme soulĂšve une opposition en Orient comme en Occident[46]. Justinien, au VIe siĂšcle, va jusqu’à enlever et sĂ©questrer pendant sept ans le pape Vigile pour l’obliger Ă  souscrire aux positions dĂ©fendues par le IIe concile de Constantinople condamnant le monophysisme. Constant II en 653 fait apprĂ©hender et juger le pape Martin Ier, et Justinien II tente la mĂȘme action contre Serge Ier en 692 pour imposer les canons du concile in Trullo. Mais cette fois, les milices romaines dĂ©fendirent le pape.

Le principe dynastique mis en place par Constantin a pour consĂ©quence un affaiblissement du pouvoir impĂ©rial. En effet, Ă  plusieurs reprises, des enfants sont arrivĂ©s au pouvoir Ă  la mort de leur pĂšre. C’est le cas de Gratien et de Valentinien II, d’Arcadius et d’Honorius, de ThĂ©odose II et de Valentinien III en 423. Les mĂšres de ces jeunes empereurs occupent alors un rĂŽle politique important ainsi que certains prĂ©fets du prĂ©toire.

L’armĂ©e

Porta Nigra, symbole de TrĂšves, ville impĂ©riale dans l’AntiquitĂ© tardive

Le nombre de soldats par lĂ©gion est passĂ© de 6 000 Ă  5 000 sous le Haut Empire Ă  probablement 2 000 au dĂ©but du rĂšgne de DioclĂ©tien[47]. Celui-ci augmente le nombre d'unitĂ©s. On suppose que l’armĂ©e romaine du IVe siĂšcle compte entre 250 000 et 300 000 hommes. Une nouveautĂ© de taille est le recrutement de soldats d’origine barbare pour garder le limes, les frontiĂšres de l’Empire. Ils complĂštent l’armĂ©e de manƓuvre.

Les lĂ©gions de manƓuvre sont de taille plus rĂ©duite — 1 000 lĂ©gionnaires — mais sont plus nombreuses que sous la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Elles passent de 39 Ă  60. Elles sont chargĂ©es d’intercepter les Barbares qui ont rĂ©ussi Ă  franchir une frontiĂšre de plus en plus fortifiĂ©e. La nĂ©cessitĂ© de la dĂ©fense de l’Empire justifie l’abandon de Rome comme rĂ©sidence impĂ©riale au profit de villes plus proches des frontiĂšres : TrĂšves, Milan, Sirmium, NicomĂ©die. Constantin achĂšve la transformation de l’armĂ©e et met en place le comitatus, l’armĂ©e de campagne. Son commandement est confiĂ© Ă  un magister peditum pour l’infanterie et un magister equitum pour la cavalerie[48]. En cas de besoin, des maĂźtres des milices peuvent ĂȘtre crĂ©Ă©s pour une rĂ©gion particuliĂšre comme en Illyrie. Dans les provinces et les diocĂšses exposĂ©s, les troupes peuvent ĂȘtre dirigĂ©es par un comes ou un dux. Cette armĂ©e est particuliĂšrement soignĂ©e par les empereurs.

Anastase ou Justinien triomphant, dĂ©tail de l’ivoire Barberini, Constantinople, dĂ©but du VIe siĂšcle, style thĂ©odosien tardif, musĂ©e du Louvre

Pour pallier les difficultĂ©s de recrutement, DioclĂ©tien impose de nouvelles rĂšgles. Les propriĂ©taires doivent dĂ©sormais fournir des recrues Ă  l’armĂ©e romaine. Au cours du IVe siĂšcle, ils obtiennent le droit de remplacer les recrues par une somme en or, l'aurum tironicum[49]. Ce systĂšme est supprimĂ© en 375, mais uniquement pour l’Orient. Un nombre significatif de citoyens cherche Ă  fuir l’enrĂŽlement dans l’armĂ©e en partant dans le dĂ©sert, en se coupant le pouce ou en devenant clerc. Les lourdes condamnations envers les dĂ©serteurs, l’hĂ©rĂ©ditĂ© du mĂ©tier de soldat n’évitent pas les difficultĂ©s de recrutement, ce qui pousse les empereurs Ă  faire appel aux barbares.

Outre les soldats de l’armĂ©e de manƓuvre, DioclĂ©tien et Constantin Ier recrutent des auxiliaires d’origine barbare pour veiller sur le limes, les limitanei. Ils ont peu Ă  voir avec l’esprit romain. La distinction entre comitatus et limitanei donne naissance Ă  l’armĂ©e romaine du Bas-Empire. Sous ThĂ©odose, la prĂ©sence barbare se renforce, y compris dans les postes du haut commandement, exercĂ© par des barbares romanisĂ©s tels que Arbogast, Stilicon, GaĂŻnas. Au dĂ©but du Ve siĂšcle, l’armĂ©e d’Occident comprend thĂ©oriquement 200 000 hommes aux frontiĂšres, presque tous d’origine barbare, et 50 000 hommes dans l’armĂ©e de manƓuvre. Les frontiĂšres sont alors dĂ©fendues par des soldats issus de peuples qui cherchent Ă  envahir l’Empire[50].

Au Ve siĂšcle, l'Empire romain d'Orient connaĂźt plusieurs rĂ©actions anti-germaniques qui aboutissent Ă  l'Ă©limination des chefs barbares (GaĂŻnas en 400, assassinat d’Aspar en 471) et Ă  exclure les Germains des cadres de l’armĂ©e. En mĂȘme temps en 466, les empereurs d’Orient leur substituent une source de recrutement autochtone, avec les montagnards isauriens, sujets de l’Empire, commandĂ©s par ZĂ©non, qui devient le gendre de l’empereur LĂ©on Ier et lui succĂšde[51]. Les derniers fĂ©dĂ©rĂ©s en Orient, dirigĂ©s par ThĂ©odoric, sont envoyĂ©s sur l’Italie en 489, ce qui libĂšre l’Orient de leur pression.

NĂ©anmoins, les Germains demeurent un Ă©lĂ©ment important de l’armĂ©e impĂ©riale, jusqu’au VIIe siĂšcle, mais ils sont recrutĂ©s individuellement comme mercenaires, et encadrĂ©s par des officiers impĂ©riaux[52]. L’abandon du systĂšme des fĂ©dĂ©rĂ©s et la reprise de contrĂŽle des forces armĂ©es permet la survie de l’Empire d’Orient.

Au dĂ©but du VIIe siĂšcle, la crise financiĂšre de l’Empire d’Orient et l’occupation des Balkans par les Slaves et de l’Asie Mineure par les Perses tarissent les capacitĂ©s de recrutement de mercenaires. HĂ©raclius rĂ©organise alors le recrutement par l'institution de paysans-soldats. Les territoires encore sous domination impĂ©riale sont progressivement organisĂ©s en circonscriptions militaires, commandĂ©es par un stratĂšge, et reçoivent l’appellation des thĂšmes, du nom grec de l’unitĂ© qui y stationne (thema). On y crĂ©e des biens militaires, qui sont attribuĂ©s Ă  titre hĂ©rĂ©ditaire et inaliĂ©nable Ă  des familles, contre un service militaire Ă©galement hĂ©rĂ©ditaire. Cette institution rappelle et gĂ©nĂ©ralise celle des anciens limitanei frontaliers, donne enfin les moyens d’une puissante armĂ©e indigĂšne et dispense de recruter des mercenaires Ă©trangers, coĂ»teux et peu sĂ»rs. Le soldat-paysan s’équipe et se dote d’un cheval lui-mĂȘme et ne perçoit qu’une solde minime, ce qui allĂšge encore les charges de l’armĂ©e. L’armĂ©e ne manque alors plus de soldats, la rĂ©sistance du rĂ©duit byzantin est assurĂ©e pour les siĂšcles Ă  venir[53].

L’administration

Flavius Felix, consul en 428, Rome, Ivoire d’élĂ©phant, Ancien trĂ©sor de l’Abbaye Saint-Junien de Limoges, Cabinet des mĂ©dailles de la BNF

Sous DioclĂ©tien, les distinctions entre provinces sĂ©natoriales et provinces impĂ©riales sont supprimĂ©es. En 297, l’empereur les divise en entitĂ©s plus petites, les faisant passer de 47 Ă  plus de 100. Ces nouvelles provinces sont regroupĂ©es en 12 diocĂšses dirigĂ©s par des vicaires Ă©questres qui obĂ©issent directement aux empereurs. Cette multiplication des circonscriptions administratives et des Ă©chelons administratifs est perçue comme Ă©tant plus efficace pour lutter contre les maux de l’Empire. En 312, on compte 108 provinces, 116 en 425[54]. Constantin opĂšre une rĂ©forme de la prĂ©fecture du prĂ©toire qui ne s’occupe plus de l’administration centrale. Il divise l’Empire en grandes circonscriptions dont les limites sont fluctuantes, les prĂ©fectures rĂ©gionales avec Ă  leur tĂȘte un prĂ©fet du prĂ©toire. Les prĂ©fets y ont de grandes prĂ©rogatives civiles et judiciaires[55]. Chaque niveau administratif — prĂ©fecture rĂ©gionale, diocĂšse, province — a sa capitale, ses bureaux, ses fonctionnaires. Le pouvoir impĂ©rial est ainsi plus prĂ©sent Ă  chaque Ă©chelon, mais la masse salariale des fonctionnaires est multipliĂ©e par quatre et les grands pouvoirs qu’ils possĂšdent sont des facteurs d’autonomie et de corruption[56].

Constantin transforme aussi l’organisation du pouvoir central qui Ă©tait demeurĂ©e sensiblement la mĂȘme depuis le Haut Empire. Le prĂ©fet du prĂ©toire est remplacĂ© par le questeur du Palais sacrĂ© qui rĂ©dige les Ă©dits. Celui-ci dirige le consistoire sacrĂ©, qui remplace le conseil de l’empereur. Le maĂźtre des offices dirige le personnel administratif, les fabriques d’armes et les scholĂŠ de la garde ; le maĂźtre des milices, l’infanterie et la cavalerie ; le comte des largesses sacrĂ©es, le fisc ; le comte de la fortune privĂ©e, la res privata, c’est-Ă -dire la caisse privĂ©e de l’empereur, les revenus personnels de ce dernier Ă©tant issus essentiellement du revenu de ses immenses domaines. La grande nouveautĂ© est cependant la grande augmentation des fonctionnaires travaillant dans les bureaux centraux. Une foule de notaires, d’agents secrets (les agentes in rebus), prĂšs de 1000 fonctionnaires au Ve siĂšcle[57], et d’employĂ©s divers font de l’Empire romain une vĂ©ritable bureaucratie[58]. Cette administration centrale plĂ©thorique contribue Ă  l’isolement de l’empereur du reste de la sociĂ©tĂ©. Toutes ces institutions demeurent Ă  peu prĂšs les mĂȘmes jusqu’au dĂ©but du VIIe siĂšcle. Pendant longtemps, les empereurs s’efforcent de maintenir la sĂ©paration des pouvoirs civils, confiĂ©s Ă  un gouverneur, et les pouvoirs militaires confiĂ©s Ă  un comes ou un dux, ce dernier s’occupant de plusieurs provinces. Mais Ă  l’époque de Justinien, les rĂ©formes portent en germe la rĂ©union des pouvoirs civils et militaires dans les thĂšmes ou les exarchats de la pĂ©riode byzantine. Justinien regroupe les provinces, seulement pendant quinze ans, il est vrai, entre les mains de proconsuls ou de proprĂ©teurs en leur donnant des pouvoirs militaires, civils et parfois fiscaux. Son objectif est d’enrayer la puissance grandissante de la noblesse.

La fiscalité

SĂ©missis en or Ă  l’effigie d’Anastase Ier, VIe siĂšcle

Les finances sont avant tout destinĂ©es Ă  soutenir l’armĂ©e. L’annone militaire a Ă©tĂ© progressivement mise en place Ă  partir de la dynastie des SĂ©vĂšres. Pour faire face aux dĂ©penses accrues, l’empereur ordonne en 298 que soient recensĂ©es toutes les ressources de l’Empire, hommes, bĂ©tails et autres richesses[59]. Ce recensement, qui a lieu tous les cinq ans[60], sert de base pour Ă©tablir l’assiette d’un nouvel impĂŽt, la capitation. En outre, ils doivent payer la jugatio sur les biens fonciers. Le paiement se fait soit en nature, soit en espĂšces selon une correspondance prĂ©Ă©tablie rĂ©gionalement par un barĂšme de prix. Cette fiscalitĂ© basĂ©e sur la propriĂ©tĂ© terrienne pĂšse essentiellement sur les habitants des campagnes. Elle est complĂ©tĂ©e d’une rĂ©forme agraire, par l’attribution forcĂ©e des terres abandonnĂ©es Ă  des particuliers, qui en deviennent les colons imposables.

Constantin accroĂźt les dĂ©penses de l’État par son administration nombreuse, ses multiples constructions, les dons Ă  ses protĂ©gĂ©s et Ă  l’Église, les dĂ©penses luxueuses de la cour. Il se procure l’or nĂ©cessaire en imposant ceux que la capitation Ă©pargne : le chrysargyre est levĂ© tous les cinq ans sur les commerçants et les artisans, les curiales sont assujettis Ă  offrir tous les cinq ans l’or coronaire (couronnes en or), les sĂ©nateurs doivent s’acquitter de l’or oblatice (aurum oblaticium, or offert Ă  chaque anniversaire impĂ©rial) et de la collatio glebalis tous les quatre ans[61].

Ces rĂ©formes alignent les finances publiques sur la circulation de l'or, et les restaurent pour tout le IVe siĂšcle malgrĂ© l’augmentation considĂ©rable des dĂ©penses, au prix d’une collusion entre le pouvoir et les classes supĂ©rieures, thĂ©saurisatrices d’or, et de la ruine des classes infĂ©rieures[62].

Sous le rĂšgne de ThĂ©odose, la fiscalitĂ© se durcit encore provoquant des rĂ©voltes (Antioche en 387). En thĂ©orie, les revenus de la res privata doivent subvenir Ă  la cour et Ă  la famille impĂ©riale, mais une part grandissante de cette caisse est dĂ©volue aux immenses besoins de l’État. Anastase dĂ©tache une partie des domaines de la res privata dont les revenus rejoignent ceux du fisc. Il abolit le chrysargyre qui frappait le commerce et l’industrie des villes, et confie la perception de l’impĂŽt des villes Ă  des fonctionnaires, soulageant les curiales ruinĂ©es.

Alors que la circulation monĂ©taire ralentit considĂ©rablement en Occident du fait des grandes invasions, elle augmente en Orient[63] : Anastase impose dĂ©finitivement aux campagnes le payement de l’annone (capitatio et jugatio) en espĂšces, et achĂšte les approvisionnements nĂ©cessaires Ă  l'État Ă  des prix imposĂ©s par le gouvernement. La sĂ©vĂ©ritĂ© fiscale provoqua des rĂ©voltes populaires, mais Ă  la mort d’Anastase, les caisses impĂ©riales renfermaient une rĂ©serve considĂ©rable de 320 000 livres d’or[64].

Le coĂ»t des conquĂȘtes de Justinien provoque un nouveau tour de vis fiscal jusqu’en 550. Le mĂ©contentement est grand. En effet, l’empereur prĂ©lĂšve dans des campagnes orientales affaiblies par les ravages de la peste des impĂŽts trĂšs lourds[27]. Les provinces nouvellement reconquises ont perdu l’habitude de payer de lourds impĂŽts sous l’administration barbare incapable de les prĂ©lever rĂ©guliĂšrement. Elles doivent se soumettre de nouveau Ă  cette obligation alors qu’elles sortent complĂštement ruinĂ©es des guerres de conquĂȘte. AprĂšs 550, du fait de l’augmentation de la population dans l’Empire de Justinien, les prĂ©lĂšvements fiscaux tendent Ă  diminuer[65].

Le christianisme dans le monde romain

Les questions posĂ©es par la christianisation de l’Empire romain

L’histoire de Jonas, mosaĂŻque du IVe siĂšcle, basilique patriarcale d’AquilĂ©e

La progression du christianisme dans l’Empire est sujette Ă  de nouveaux dĂ©bats. En effet, les sources Ă  la disposition des historiens rendent ardue la quantification du dĂ©veloppement du christianisme[66]. Pendant longtemps a prĂ©valu l’idĂ©e qu’au dĂ©but du IVe siĂšcle, les provinces d’Orient sont majoritairement acquises au christianisme. En Occident, les provinces mĂ©diterranĂ©ennes sont plus touchĂ©es par la nouvelle religion que les autres. Mais partout dans cette partie de l’Empire romain, les campagnes restent profondĂ©ment polythĂ©istes[67]. Dans cette optique, la conversion de Constantin en 312 n’aurait Ă©tĂ© qu’un couronnement, et non un tournant de l’histoire de l’Empire[68]. Aujourd’hui l’ampleur de la christianisation de l’Empire est remise en question[69]. Robin Lane Fox pense que le paganisme est toujours trĂšs bien implantĂ© au dĂ©but du IVe siĂšcle et que le christianisme est encore un phĂ©nomĂšne trĂšs minoritaire[70]. Selon lui les chrĂ©tiens ne reprĂ©sentent en 312, que 4 Ă  5 % de la population totale de l’Empire. Le dĂ©bat est d’autant plus dĂ©licat que, derriĂšre les chiffres, il y a un enjeu idĂ©ologique fort.

Certains points semblent nĂ©anmoins Ă©tablis. L’inĂ©galitĂ© de la christianisation selon les rĂ©gions et le retard de la Gaule en particulier sont admis par tous. À un moindre degrĂ©, la situation est la mĂȘme en Espagne et en Italie, mais avec en plus de fortes diffĂ©rences rĂ©gionales. On pense qu’à Rome, la ville la plus christianisĂ©e d’Italie, peut-ĂȘtre un peu moins de 10 % des habitants sont chrĂ©tiens en 312. L’étude des papyrus Ă©gyptiens permet le chiffre de 20 % de chrĂ©tiens en 312 en Égypte[71]. En Asie Mineure, une proportion d’1/3 de chrĂ©tiens est envisageable, 10 Ă  20 % en Afrique. En 312, les chrĂ©tiens ne sont donc qu’une minoritĂ© dans l’Empire[39].

La question du dĂ©veloppement du christianisme a longtemps Ă©tĂ© posĂ©e en termes d’affrontement avec la culture antique. Le Bas Empire est, dans cette perspective, vu comme une pĂ©riode de triomphe de la foi nouvelle face aux religions traditionnelles ou aux cultes Ă  mystĂšres. Aujourd’hui, l’examen des sources pousse Ă  modifier ce point de vue. Le christianisme s’est nourri de la culture antique et s’en est servi pour se dĂ©velopper : il n’a donc pas dĂ©truit la culture antique[72]. G. Stroumsa explique le passage du paganisme au christianisme dans l’Empire romain par un processus d’intĂ©riorisation du culte. Une partie significative des habitants de l'empire ne se reconnaĂźt plus dans les religions ritualistes et cherche une croyance qui soit plus personnelle. L’essor des religions du livre grĂące Ă  la gĂ©nĂ©ralisation du codex sert d’accĂ©lĂ©rateur Ă  un nouveau souci de soi prĂ©sent dans l’ascĂšse et la lecture, au passage de la religion civique aux religions communautaires et privĂ©es[73]. Cette thĂšse ne fait pas l’unanimitĂ© parmi les historiens[74].

Le christianisme, en devenant la religion de l’Empire romain au IVe siĂšcle, sert Ă  justifier un ordre politique autoritaire qui s’exerce au nom de Dieu. Il permet aussi, aux yeux des empereurs d’assurer la cohĂ©sion de l’Empire. Il devient un Ă©lĂ©ment essentiel de la civilisation de l’AntiquitĂ© tardive. La consĂ©quence en est l’exclusion de toutes les autres convictions religieuses. Les non-chrĂ©tiens sont dĂ©sormais dĂ©solidarisĂ©s de l’idĂ©al romain[75]. Pour l’Église d’Occident, romanitĂ© et christianisme sont tellement indissociables que les Ă©vĂȘques trouvent normal de dĂ©fendre l’Empire face aux barbares[76].

La grande persécution

Saint Érasme flagellĂ© en prĂ©sence de l’empereur DioclĂ©tien. Fresque byzantine, milieu du VIIIe siĂšcle, musĂ©e national de Rome

Au dĂ©but du IVe siĂšcle, avec la TĂ©trarchie, la lutte contre la religion des chrĂ©tiens, en expansion mais encore trĂšs minoritaire[39], donne lieu Ă  une derniĂšre persĂ©cution gĂ©nĂ©ralisĂ©e. En 303, DioclĂ©tien et ses collĂšgues lancent plusieurs Ă©dits contre les chrĂ©tiens donnant naissance Ă  la grande persĂ©cution, aprĂšs la quarantaine d’annĂ©es de tranquillitĂ© relative qui suivirent le rĂšgne de Gallien (260-268). Les gouverneurs et les magistrats municipaux doivent saisir et faire brĂ»ler le mobilier et les livres de culte. Au dĂ©but de l’annĂ©e 304, un Ă©dit ordonne Ă  tous les citoyens de faire un sacrifice gĂ©nĂ©ral pour l’Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcĂ©s dans les mines. La persĂ©cution est trĂšs inĂ©galement appliquĂ©e sur l’Empire, assez vite abandonnĂ©e en Occident aprĂšs 305, plus longue et sĂ©vĂšre en Orient[38]. En 311 juste avant sa mort, GalĂšre dĂ©crĂšte l’arrĂȘt de la persĂ©cution, demandant aux chrĂ©tiens de prier pour son salut et celui de l’Empire[77]. Cet appel est dans le droit fil de la tradition religieuse romaine, et admet l’utilitĂ© civique des chrĂ©tiens[78].

Une des consĂ©quences de la grande persĂ©cution pour le monde chrĂ©tien est le schisme donatiste Ă  partir de 307. Les donatistes refusent la validitĂ© des sacrements dĂ©livrĂ©s par les Ă©vĂȘques qui avaient failli lors des persĂ©cutions de DioclĂ©tien, position condamnĂ©e en 313 au concile de Rome. Le schisme se poursuit en Afrique romaine jusqu’à la fin du siĂšcle.

Cette derniĂšre persĂ©cution marque plus que les autres la tradition chrĂ©tienne orientale : l’hagiographie positionne lors de la persĂ©cution de DioclĂ©tien et ses successeurs le martyre de saints d’existence lĂ©gendaire[79]. Une autre trace de l’impact significatif sur la mĂ©moire chrĂ©tienne est le choix de l’ùre copte ou « Ăšre des Martyrs Â» qui dĂ©bute Ă  la date d’avĂšnement de DioclĂ©tien.

Les empereurs chrétiens

Saint Ambroise, mosaĂŻque du IVe siĂšcle, basilique de Saint-Ambroise de Milan

Constantin, au dĂ©part adepte de Sol invictus (le Soleil Invaincu), se convertit au christianisme lors de sa campagne contre Maxence en 312. Certains historiens pensent que Constantin a pu, entre 312 et le dĂ©but des annĂ©es 320, passer dans ses convictions personnelles par une phase intermĂ©diaire et essayer de concilier le christianisme et une divinitĂ© d'oĂč Ă©maneraient tous les dieux, La DivinitĂ©, identifiĂ©e Ă  partir du milieu du IIIe siĂšcle au Soleil. En effet, dans la pĂ©riode 312-325, des monnaies reprĂ©sentent le Soleil, compagnon de l'empereur, ou confond son image avec la sienne. Peu de monnaies montrent des symboles chrĂ©tiens (chrisme, labarum) Ă  la fin ce laps de temps[39]. On peut se demander pourquoi Constantin se convertit Ă  une religion encore minoritaire dans l’Empire : pour des raisons personnelles[80], ou pour des raisons idĂ©ologiques. En 313, l’édit de Milan proclame la libertĂ© de culte et prĂ©voit de rendre aux chrĂ©tiens les biens qui leur avaient Ă©tĂ© confisquĂ©s pendant la grande persĂ©cution de DioclĂ©tien. Cette conversion pose le problĂšme des relations entre l’Église et le pouvoir[81]. SollicitĂ© par les Ă©vĂȘques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les Ă©vĂȘques dĂ©cident entre eux. Il convoque[82] et prĂ©side le concile de NicĂ©e en 325 qui reconnaĂźt le Christ comme Dieu et homme Ă  l’unanimitĂ©, mĂȘme Arius acquiesçant Ă  cette doctrine[83]. Mais ce dernier continue sa prĂ©dication et est excommuniĂ©. Constantin le fait exiler, puis le rappelle quelques annĂ©es plus tard. Les ariens adoptent des positions trĂšs favorables au pouvoir impĂ©rial, lui reconnaissant le droit de trancher les questions religieuses d’autoritĂ©. Constantin finit par se rapprocher de cette forme de christianisme et se fait baptiser sur son lit de mort par un prĂȘtre arien[12]. Cette conversion Ă  l’arianisme est contestĂ©e par l’Église catholique et par certains historiens. Son fils, Constance II est un arien convaincu. Il n’hĂ©site pas Ă  persĂ©cuter les chrĂ©tiens nicĂ©ens plus que les paĂŻens. MalgrĂ© ses interventions dans de nombreux conciles, il Ă©choue Ă  faire adopter un credo qui satisfait les ariens et les chrĂ©tiens orthodoxes. À l'exception de Valens, ses successeurs, soucieux de paix civile, observent une stricte neutralitĂ© religieuse entre les ariens et les nicĂ©ens. La dĂ©faite d’Andrinople face aux Wisigoths ariens permet aux catholiques orthodoxes de passer Ă  l’offensive. Ambroise de Milan, voulant dĂ©fendre le credo de NicĂ©e contre les ariens qualifie l’hĂ©rĂ©sie de double trahison, envers l’Église et envers l’Empire[84].

Portrait de l’empereur ThĂ©odose Ier sur le missorium de ThĂ©odose, IVe siĂšcle, Real Academia de la Historia, Madrid

Gratien finit par s’orienter vers une condamnation de l’arianisme sous l’influence conjuguĂ©e de son collĂšgue ThĂ©odose[85] et d’Ambroise. L’empereur de la pars orientalis a, en 380, dans l’édit de Thessalonique, fait du Christianisme une religion d’État. Comme son collĂšgue, il promulgue des lois anti-hĂ©rĂ©tiques[86]. Il convoque un concile Ă  AquilĂ©e, en 381, dirigĂ© par Ambroise. Deux Ă©vĂȘques ariens sont excommuniĂ©s. À ce moment, l’Église catholique est devenue assez forte pour rĂ©sister Ă  la cour impĂ©riale. AprĂšs la mort de Gratien, le parti arien est de nouveau trĂšs influent Ă  la cour. À son instigation, est promulguĂ©e une loi, le 23 janvier 386, qui prĂ©voit la peine de mort pour toute personne qui s’opposerait Ă  la libertĂ© des consciences et des cultes[87]. Ambroise refuse de concĂ©der une basilique extra muros aux ariens fort du soutien du peuple et des hautes sphĂšres de Milan. La cour impĂ©riale est obligĂ©e de cĂ©der. GrĂące Ă  des hommes comme Ambroise, l’Église peut ainsi s’émanciper de la tutelle impĂ©riale, surtout en Occident et mĂȘme revendiquer la primautĂ© du pouvoir spirituel sur le temporel en rappelant Ă  l’empereur ses devoirs de chrĂ©tien. Cependant, les chrĂ©tiens ont aussi besoin de la force publique pour faire prĂ©valoir leur point de vue. Ainsi Porphyre de Gaza obtient de l’impĂ©ratrice Eudoxie, qu’elle fasse fermer par son Ă©poux Arcadius les temples polythĂ©istes de Gaza.

Les paĂŻens, les hĂ©rĂ©tiques et les Juifs deviennent des citoyens de seconde zone, grevĂ©s d’incapacitĂ©s juridiques et administratives[88]. Dans une loi, ThĂ©odose prĂ©cise : « Nous leur enlevons la facultĂ© mĂȘme de vivre selon le droit romain. Â»[89]. Cependant, le JudaĂŻsme est la seule religion non-chrĂ©tienne Ă  demeurer licite en 380[90]. Sur le vieux fond de judĂ©ophobie grĂ©co-romain[91] se greffe un antijudaĂŻsme proprement chrĂ©tien, accusant les Juifs d’ĂȘtre dĂ©icides et d’avoir rejetĂ© le message Ă©vangĂ©lique. Cela n’empĂȘche pas ThĂ©odose de vouloir imposer Ă  l’évĂȘque de Callinicum en MĂ©sopotamie de reconstruire Ă  ses frais, la synagogue que ses fidĂšles ont dĂ©truite, Ă  la grande indignation d’Ambroise de Milan[92]

Christianisation et romanité

AprĂšs la conversion de Constantin, le christianisme progresse rapidement dans l’Empire romain mais toujours de maniĂšre inĂ©gale suivant les provinces. Il s’agit aussi dans bien des cas d’une christianisation superficielle oĂč se mĂȘlent un grand nombre de pratiques paĂŻennes. L’évangĂ©lisation des campagnes d’Occident ne progresse que trĂšs lentement. En Gaule, l’action de missionnaires dĂ©terminĂ©s joue un rĂŽle non nĂ©gligeable dans l’adoption de la religion du Christ. Saint Martin reste la figure de proue de l’évangĂ©lisation de la Gaule. En Occident, le latin remplace le grec comme langue liturgique Ă  la mĂȘme Ă©poque, signe de la perte de l’usage du grec dans cette partie de l’Empire. L’Égypte n’est considĂ©rĂ©e comme chrĂ©tienne qu’à la fin du Ve siĂšcle.

L’organisation de l’Église

L’Église s’organise en suivant le modĂšle administratif de l’Empire. Le diocĂšse oĂč officie l’évĂȘque, correspond Ă  la citĂ©, sauf en Afrique et en Égypte[93]. Celui-ci est dĂ©signĂ© par les membres de la communautĂ© et les Ă©vĂȘques voisins. L’aristocratie christianisĂ©e occupe souvent les fonctions d’évĂȘque. Du fait de la dĂ©faillance des Ă©lites municipales, fuyant des responsabilitĂ©s trop lourdes et trop coĂ»teuses, ils deviennent les premiers personnages de la citĂ© aux Ve et VIe siĂšcles. En Orient, ils deviennent ainsi des partenaires du pouvoir impĂ©rial. Ils reprennent pour l’Église une part de l’évergĂ©tisme dĂ©curional pour l’aide aux pauvres et aux malades. En cas de besoin, ils s’érigent en dĂ©fenseur de leur citĂ© menacĂ©e face aux barbares. À Rome, ils prennent le pas sur les prĂ©fets urbains[94]. En Égypte, par contre, les Ă©vĂȘques sont le plus souvent choisis parmi les moines. Certains cumulent le rĂŽle d’évĂȘque et de supĂ©rieur du monastĂšre comme Abraham d’Hermonthis, vers l’an 600. De nombreux papes chrĂ©tiens coptes viennent du monastĂšre de saint Macaire situĂ© Ă  Wadi El-Natroun. Aujourd’hui, la hiĂ©rarchie de l’Église copte se recrute toujours parmi les moines[95].

À partir du IVe siĂšcle, un personnage nouveau se dĂ©tache de l’évĂȘque, le prĂȘtre. Il obtient peu Ă  peu le droit de baptiser, de prĂȘcher et d’enseigner. Alors que les citĂ©s d’Occident se vident de leur population Ă  cause des difficultĂ©s de ravitaillement et de l’insĂ©curitĂ©, une nouvelle cellule religieuse rurale se dĂ©veloppe au VIe siĂšcle, la paroisse dans laquelle il officie. La paroisse finit par forcer le maillage administratif de base du Moyen Âge[96].

Au-dessus des Ă©vĂȘques se trouve l’évĂȘque mĂ©tropolitain qui siĂšge dans le chef-lieu de la province et dont l’autoritĂ© s’entend Ă  l’ensemble de celle-ci. À partir du concile de Constantinople de 381, apparaissent des primats qui regroupent sous leur autoritĂ© plusieurs provinces ; en Occident, Rome et Carthage ; en Orient, Constantinople, Alexandrie et Antioche. Au cours du IVe siĂšcle, le siĂšge de Rome commence Ă  Ă©tablir sa primautĂ© sur l’ensemble de l’Empire. En 370, Valentinien Ier dĂ©clare irrĂ©vocable les dĂ©cisions du pape Ă  Rome. Le pape Damase (366-384) est le premier prĂ©lat Ă  qualifier son diocĂšse de siĂšge apostolique[97] car il a Ă©tĂ© crĂ©Ă© par l'apĂŽtre Pierre, considĂ©rĂ© comme le chef des apĂŽtres. L’autoritĂ© pontificale n’est vĂ©ritablement devenue souveraine qu’à partir de LĂ©on le Grand vers 450[39], ce qui n'empĂȘchera pas les empereurs d'Orient d'user de force pour imposer Ă  plusieurs papes leurs vues thĂ©ologiques. Mais cela ne doit pas faire oublier que durant l’AntiquitĂ© tardive, l’Église n’est pas un ensemble homogĂšne. Chaque citĂ© a ses rites, ses saints, sa langue liturgique, reflet de la diversitĂ© de l’Empire.

Feuillet d’un diptyque reprĂ©sentant le Christ entourĂ© de deux apĂŽtres. Ivoire. Gaule, Ve siĂšcle, musĂ©e du Louvre

Les empereurs donnent aux membres du clergĂ© de nombreux privilĂšges. Ils sont dispensĂ©s des prestations fiscales imposĂ©es aux citoyens. Les Ă©vĂȘques se voient reconnus des pouvoirs de juridiction civile. Les personnes poursuivies par le pouvoir bĂ©nĂ©ficient du droit d’asile, ce qui permet de les soustraire Ă  la justice impĂ©riale. Enfin les clercs Ă©chappent progressivement aux juridictions ordinaires et se trouvent ainsi placĂ©s au-dessus du droit commun. Constantin donne Ă  l’Église une personnalitĂ© juridique qui lui permet de recevoir des dons et des legs. Ceci lui permet d’accroĂźtre sa puissance matĂ©rielle. Au Ve siĂšcle, elle possĂšde d’immenses domaines dont certains dĂ©pendent des institutions charitables de l’Église. Le dĂ©veloppement de ses institutions lui permet d’occuper un vide laissĂ© par les systĂšmes de redistributions paĂŻens, en s’intĂ©ressant aux pauvres en tant que tels et non en tant que citoyens ou que clients[98]. En Orient comme en Occident, l’Église se retrouve cependant confrontĂ©e Ă  un paradoxe ; elle est riche, mais prĂŽne la pauvretĂ© comme idĂ©al.

Le monachisme

Durant l’AntiquitĂ© tardive, le monachisme, nĂ© au IIIe siĂšcle connaĂźt un premier essor. Les premiers moines apparaissent en Égypte, au sud d’Alexandrie. Le retrait radical du monde que prĂŽnent les premiers ermites, Antoine[99] et PacĂŽme, est une vĂ©ritable rupture politique et sociale avec l'idĂ©al grĂ©co-romain de la citĂ©. Ceci n’empĂȘche pas l’érĂ©mitisme puis le cĂ©nobitisme de se dĂ©velopper dans les dĂ©serts d’Orient. Pourtant il semble que le vrai fondateur du mode de vie cĂ©nobitique soit PacĂŽme. Au dĂ©but du IVe siĂšcle, il Ă©tablit une premiĂšre communautĂ© Ă  Tabennae, une Ăźle sur le Nil Ă  mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie. Il fonde huit autres monastĂšres dans la rĂ©gion au cours de sa vie, totalisant 3 000 moines.

Les clercs occidentaux qui se rendent en Orient propagent Ă  leur retour l’idĂ©al monachiste. Les premiers Ă©tablissements religieux apparaissent Ă  l’Ouest de l’Empire Ă  partir de la fin du IVe siĂšcle : l'abbaye Saint-Martin Ă  Marmoutier, Honorat Ă  LĂ©rins et de multiples fondations Ă  partir du VIe siĂšcle. À partir des premiĂšres expĂ©riences s'Ă©laborent de nombreuses rĂšgles monastiques. Parmi celles-ci, la rĂšgle de Saint BenoĂźt est destinĂ©e Ă  un grand avenir en Occident.

Avec le soutien de Justinien Ier, le monachisme prend une grande importance en Orient. Refuge moral, son pouvoir d'attraction est tel qu'il détourne de l'impÎt et des fonctions publiques une partie des forces de l'Empire, et devient un véritable contre-pouvoir qui se manifestera lors de la crise de l'iconoclasme. En Occident, le monachisme recevra une impulsion décisive sous la dynastie carolingienne. Dans toutes les contrées anciennement romaines, les monastÚres joueront un rÎle précieux de conservateurs de la culture antique.

Mentalités et pratiques religieuses

Croix copte gravĂ©e sur un mur du temple de Philae prĂšs d’Assouan (Égypte)

C’est pendant l’AntiquitĂ© tardive qu’est fixĂ©e l’organisation du calendrier chrĂ©tien. Constantin choisit de fĂȘter la naissance du Christ, NoĂ«l, le 25 dĂ©cembre, jour de la cĂ©lĂ©bration du dieu Sol Invictus, le Soleil Invaincu[100]. On peut y voir lĂ  une tentative de syncrĂ©tisme religieux. PĂąques reste une fĂȘte mobile Ă  l’instar de Pessah. Sa date de cĂ©lĂ©bration est diffĂ©rente d’une communautĂ© chrĂ©tienne Ă  l’autre. Pendant le jeĂ»ne de CarĂȘme qui la prĂ©cĂšde, les catĂ©chumĂšnes, des adultes, se prĂ©parent au baptĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© durant la nuit de PĂąques. Constantin interdit aussi un grand nombre d’activitĂ©s le dimanche, jour consacrĂ© au culte chrĂ©tien. Le calendrier chrĂ©tien[101] avec ses fĂȘtes chrĂ©tiennes, le dĂ©coupage du temps en semaine supplante dĂ©finitivement le calendrier romain Ă  la fin du Ve siĂšcle[102]. Par contre, pendant toute l’AntiquitĂ© tardive, le dĂ©compte des annĂ©es se fait Ă  partir d’un critĂšre antique : la fondation de Rome (753 av. J.-C.), les premiers Jeux olympiques (776 av. J.-C.) ou mĂȘme l’ùre de DioclĂ©tien. Au VIe siĂšcle, Denys le Petit Ă©labore un dĂ©compte chrĂ©tien Ă  partir de l’annĂ©e de naissance du Christ. Ce nouveau comput n’entre en action qu’au VIIIe siĂšcle.

Sur le plan des mentalitĂ©s, le christianisme introduit un grand changement dans la vision du monde divin. Les Romains avaient toujours acceptĂ© sans grande rĂ©sistance les divinitĂ©s non romaines. Le christianisme, religion monothĂ©iste, s’affirme comme Ă©tant la seule vraie foi qui professe le seul vrai Dieu. Les autres divinitĂ©s et religions sont ramenĂ©es au rang d’idoles ou d’erreurs. Cette position a comme corollaire la montĂ©e de l’intolĂ©rance religieuse chrĂ©tienne au IVe siĂšcle, qui serait due aux discours apocalyptiques de certaines communautĂ©s chrĂ©tiennes et Ă  leurs attentes eschatologiques, ainsi qu’au pouvoir politique impĂ©rial[103]. L’Église multiplie les adjectifs pour se dĂ©finir : katholicos, c’est-Ă -dire universelle, orthodoxos, c’est-Ă -dire professant la seule vraie foi[104]. De ce fait, l’Église chrĂ©tienne est amenĂ©e Ă  combattre non seulement les paĂŻens, mais aussi les chrĂ©tiens professant une foi contraire aux affirmations des conciles, qui sont considĂ©rĂ©s Ă  partir du Ve siĂšcle comme des hĂ©rĂ©tiques.

Les historiens se posent la question des changements moraux induits par le christianisme. La morale chrĂ©tienne de l’AntiquitĂ© tardive se concentre avant tout sur la sexualitĂ© et la charitĂ© et ne remet pas en cause la hiĂ©rarchie familiale en place, insistant au contraire sur le nĂ©cessaire respect de l’autoritĂ© du pater familias[105]. Le discours religieux est donc en gĂ©nĂ©ral conservateur. GrĂ©goire de Nysse est le seul auteur chrĂ©tien Ă  avoir condamnĂ© l’esclavage, mais non en raison du triste sort des esclaves. Il est en fait prĂ©occupĂ© par le salut des propriĂ©taires d’esclaves, coupables, selon lui, du pĂ©chĂ© d’orgueil. Augustin dĂ©nonce la torture en raison de son inefficacitĂ© et de son inhumanitĂ©.

Les disputes christologiques

Anastasis
représentation symbolique de la résurrection du Christ. Panneau d'un sarcophage romain, v. 350, Musées du Vatican

Les premiers siĂšcles du christianisme sont ceux pendant lesquels s’élabore la doctrine chrĂ©tienne. Cette Ă©laboration ne va pas sans divisions et conflits. Outre les conflits de primautĂ©, les querelles dogmatiques sont nombreuses. Le donatisme africain, l’arianisme, le priscillianisme, le pĂ©lagianisme, le nestorianisme, le monophysisme sont autant de doctrines condamnĂ©es comme des hĂ©rĂ©sies par les premiers conciles ƓcumĂ©niques. Contre l’arianisme, deux conciles sont rĂ©unis. En 325 Ă  l’issue du premier concile de NicĂ©e, le Symbole de NicĂ©e, que les latins appellent credo est rĂ©digĂ©[106]. C’est la premiĂšre expression solennelle de l’orthodoxie. Il dĂ©finit Dieu comme un ĂȘtre unique, en trois personnes Ă©ternelles, le PĂšre, le Fils et le Saint Esprit. C’est l’affirmation du dogme de la TrinitĂ©, rĂ©itĂ©rĂ©e lors du concile de Constantinople de 381. JĂ©sus-Christ est dĂ©fini comme : « fils unique de Dieu, engendrĂ© du PĂšre, lumiĂšre de lumiĂšre, vrai Dieu de vrai Dieu, engendrĂ©, non crĂ©Ă©, de la mĂȘme substance (homoousios) que le PĂšre[107] Â» Les ariens pensent, eux, que le PĂšre est antĂ©rieur au Fils et au Saint Esprit et qu’il est donc leur crĂ©ateur[108]. L’arianisme a de nombreux partisans en Orient comme en Occident. Les missionnaires ariens convertissent les Goths et les Vandales. Ceci pose des problĂšmes de cohabitation religieuse avec les peuples romanisĂ©s majoritairement nicĂ©ens. VoilĂ  pourquoi l’Église catholique a accordĂ© un tel poids Ă  la conversion et au baptĂȘme de Clovis, roi des Francs, Ă  la fin du Ve siĂšcle. C’est le premier roi barbare Ă  embrasser la foi catholique et Ă  bĂ©nĂ©ficier ainsi du soutien de l’Église romaine.

Au Ve siĂšcle les disputes thĂ©ologiques portent sur la nature du Christ, humaine et/ou divine. Le nestorianisme, dĂ©fendu par le patriarche de Constantinople Nestorius, privilĂ©gie la nature humaine du Christ. Il est condamnĂ© par le concile d’ÉphĂšse de 431 rĂ©uni Ă  l’instigation du patriarche d’Alexandrie Cyrille. À Antioche, on insiste sur le fait que JĂ©sus est certes Dieu parfait mais aussi homme parfait. Il est rappelĂ© que son incarnation, qui maintient la dualitĂ© des natures, est la condition du salut du genre humain et que c’est parce que le Verbe de Dieu (le Christ) s’est fait homme, que l’on peut dire que Marie est mĂšre de Dieu[109]. Les monophysites, suivant les idĂ©es du moine EutychĂšs, nient la nature humaine du Christ. EutychĂšs prĂȘche que dans l’union en JĂ©sus-Christ, la nature divine absorbe en quelque sorte la nature humaine[109]. Dioscore d’Alexandrie neveu et successeur de Cyrille le soutient. Les monophysites sont condamnĂ©s par le concile de ChalcĂ©doine de 451 rĂ©uni Ă  l’initiative du pape LĂ©on le Grand. Celui-ci reprend la thĂšse dĂ©fendue par le concile de NicĂ©e d’une double nature du Christ, Ă  la fois tout Ă  fait homme et tout Ă  fait Dieu. Dans le canon du concile, le Christ est reconnu « en deux natures sans confusion, sans mutation, sans division et sans sĂ©paration, la diffĂ©rence des natures n’étant nullement supprimĂ©e Ă  cause de l’union Â»[110]. Le pape retrouve la premiĂšre place dans le dĂ©bat religieux. Mais le monophysisme est trĂšs bien implantĂ© en Égypte, en Syrie et dans une partie de l’Asie Mineure. Il rĂ©siste pendant deux siĂšcles en se repliant sur les langues locales, le copte en Égypte et le Syriaque en Syrie. Justinien Ă©choue lui aussi Ă  mettre fin aux divisions religieuses de l’Orient malgrĂ© la rĂ©union du concile des « trois chapitres ». Le rĂŽle des hĂ©rĂ©sies, n’est pas Ă  minorer. Les querelles religieuses se poursuivent en Orient jusqu’au VIIe siĂšcle. Le monophysisme des Égyptiens suscite une prise de conscience nationale. La conquĂȘte musulmane est acceptĂ©e favorablement tant le pays dĂ©testait l’emprise impĂ©riale, qui superposait un patriarche et des Ă©vĂȘques byzantins Ă  la hiĂ©rarchie copte[111].

Paganisme, superstition et syncrétisme dans un Empire chrétien

Buste de SĂ©rapis. Marbre, copie romaine d’un original grec du IVe siĂšcle av. J.-C. qui se trouvait dans le SĂ©rapĂ©ion d’Alexandrie, musĂ©e Pio-Clementino

Pendant tout le IVe siĂšcle, les cultes polythĂ©istes traditionnels continuent Ă  ĂȘtre pratiquĂ©s, de mĂȘme que les cultes Ă  mystĂšre d’origine orientale comme ceux de Mithra, de CybĂšle, d’Isis et de SĂ©rapis malgrĂ© des restrictions progressives. Les textes chrĂ©tiens qui les dĂ©noncent violemment, les dĂ©dicaces, les ex-voto, les attestations de travaux dans les temples en sont autant de tĂ©moignages[39]. ChenoutĂ©, mort vers 466 et abbĂ© du monastĂšre Blanc en Haute-Égypte, rapporte dans ses Ɠuvres sa lutte contre les paĂŻens, qu’il appelle « les Grecs Â»[112]. L’historien paĂŻen Zosime nous apprend lui aussi que la nouvelle religion n’était pas encore rĂ©pandue dans tout l’Empire romain, le paganisme s’étant maintenu assez longtemps dans les villages aprĂšs son extinction dans les villes.

Constantin n’intervient guĂšre que pour interdire les rites qui relĂšvent de la superstitio, c'est-Ă -dire des rites religieux privĂ©s, comme les sacrifices nocturnes, les rites d’haruspice privĂ©s et autres pratiques identifiĂ©es Ă  la sorcellerie et la magie. Il manifeste en gĂ©nĂ©ral la plus grande tolĂ©rance vis-Ă -vis de toutes les formes de paganisme[39]. En 356, Constance II interdit tous les sacrifices, de nuit comme de jour, fait fermer des temples isolĂ©s et menace de la peine de mort tous ceux qui pratiquent la magie et la divination[113]. L’empereur Julien, acquis au paganisme, promulgue en 361 un Ă©dit de tolĂ©rance permettant de pratiquer le culte de son choix. Il exige que les chrĂ©tiens qui s’étaient emparĂ©s des trĂ©sors des cultes paĂŻens les restituent. Ses successeurs sont tous chrĂ©tiens. En 379, Gratien abandonne la charge de Grand Pontife. À partir de 382, Ă  l’instigation d’Ambroise, Ă©vĂȘque de Milan, l’autel de la Victoire, son symbole au SĂ©nat, est arrachĂ© de la Curie, tandis que les Vestales et tous les sacerdoces perdent leurs immunitĂ©s. Le 24 fĂ©vrier 391, une loi de ThĂ©odose interdit Ă  toute personne d’entrer dans un temple, d’adorer les statues des dieux et de cĂ©lĂ©brer des sacrifices, « sous peine de mort Â»[114]. En 392, ThĂ©odose interdit les Jeux olympiques liĂ©s Ă  Zeus et Ă  HĂ©ra, mais aussi Ă  cause de la nuditĂ© du corps des compĂ©titeurs, le culte du corps et la nuditĂ© Ă©tant dĂ©nigrĂ©s par le christianisme. Peu Ă  peu, les temples abandonnĂ©s tombent en ruines. En 435, un dĂ©cret renouvelant l’interdiction des sacrifices dans les temples paĂŻens ajoute : « si l’un de ceux-ci subsiste encore Â»[113]. Le renouvellement du dĂ©cret prouve que les sacrifices n’ont certainement pas disparu. Ramsay MacMullen pense que les paĂŻens restent malgrĂ© tout trĂšs nombreux[115]. En Égypte, en Anatolie, les paysans s’accrochent Ă  leurs anciennes croyances. Certaines communautĂ©s chrĂ©tiennes font parfois preuve de fanatisme destructeur vis Ă  vis du paganisme. Elles sont dĂ©savouĂ©es par les grands esprits de leur Ă©poque, comme saint Augustin[116]. L’exemple le plus frappant est celui de la philosophe nĂ©oplatonicienne Hypatie, mise en piĂšces dans une Ă©glise, puis brĂ»lĂ©e par une foule de fanatiques menĂ©e par le patriarche Cyrille, en 415, Ă  Alexandrie. Des temples sont dĂ©truits comme le SĂ©rapĂ©um d’Alexandrie dĂšs 391, le temple de Caelestis, la grande dĂ©esse carthaginoise hĂ©ritiĂšre de Tanit en 399. Pourtant l’État ne fait pas Ɠuvre de destruction systĂ©matique des temples paĂŻens et de leurs objets d’art. Au contraire, des dĂ©crets officiels tĂ©moignent de la volontĂ© de l’État de conserver ce patrimoine artistique[116]. Plusieurs Ă©dits du rĂšgne de Justinien enlĂšvent aux paĂŻens le droit d’exercer des fonctions civiles ou militaires[117] et d’enseigner, ce qui a comme consĂ©quence la fermeture de l’école philosophique d’AthĂšnes. Un Ă©dit de 529 aggrave encore leur situation en leur imposant la conversion au christianisme[118].

Par ailleurs, le christianisme lui-mĂȘme se trouve imprĂ©gnĂ© des anciens rites paĂŻens. Certaines fĂȘtes traditionnelles romaines sont toujours fĂȘtĂ©es Ă  la fin du Ve siĂšcle, comme la fĂȘte de Lupercales consacrĂ©e Ă  la fĂ©conditĂ© et aux amoureux. Pour l’éradiquer, le pape GĂ©lase Ier dĂ©cide en 495 de cĂ©lĂ©brer la fĂȘte de Saint Valentin, le 14 fĂ©vrier, un jour avant la fĂȘte des Lupercales pour cĂ©lĂ©brer les amoureux. Il s’agit donc bien d’une tentative de christianisation d’un rite paĂŻen. Les Africains continuent de cĂ©lĂ©brer des banquets aux jours anniversaires des morts directement sur les tombes. Au VIe siĂšcle, CĂ©saire d’Arles dĂ©nonce dans ses sermons Ă  ses fidĂšles les pratiques paĂŻennes qui subsistent dans le peuple. Le port d’amulettes, les cultes aux arbres et aux sources n’ont pas disparu de la Gaule mĂ©ridionale. Les plaintes des clercs sont nombreuses jusqu’à la fin de l’AntiquitĂ© tardive. En Orient, les attendus du concile in Trullo (Constantinople, 691-692) flĂ©trissent des coutumes qui subsistent : cĂ©lĂ©brations d’anciennes fĂȘtes paĂŻennes, chants en l’honneur de Dionysos lors des vendanges, bĂ»chers allumĂ©s Ă  la nouvelle lune, etc[119].

Pour les populations christianisĂ©es, l’inefficacitĂ© de la mĂ©decine antique favorisait les croyances dans les miracles produits par les saints[120]. Les pĂšlerinages se multiplient dans tout l’Empire romain. Au VIe siĂšcle, le tombeau de Martin de Tours draine des foules considĂ©rables[120]. Cette foi naĂŻve en une guĂ©rison miraculeuse correspond bien aux mentalitĂ©s des campagnes et favorise leur adhĂ©sion au christianisme. Les Ă©vĂȘques y voient un moyen d’assurer le rayonnement de leur diocĂšse. Les guĂ©risons miraculeuses sont utilisĂ©es comme un argument pour convaincre les foules simples de la vĂ©racitĂ© de la foi nicĂ©enne. Les miracles censĂ©s avoir Ă©tĂ© accomplis par les saints aprĂšs leur mort sont donc soigneusement rĂ©pertoriĂ©s et diffusĂ©s comme un instrument de propagande. Autour du culte des saints, toute une sĂ©rie de croyances proches des superstitions anciennes se dĂ©veloppe. Les gens cherchent Ă  se faire enterrer prĂšs des saints car ils pensent que leur saintetĂ© se diffuse Ă  travers la terre sous laquelle ils reposent[121]. Le culte des saints donne naissance aux pĂšlerinages porteurs de prospĂ©ritĂ© pour les villes d’accueil.

L’évolution de l’économie

Article dĂ©taillĂ© : Économie romaine.
Amphores au chĂąteau de Bodrum en Turquie.

L’économie romaine est une Ă©conomie essentiellement agricole. La trilogie mĂ©diterranĂ©enne domine la production : blĂ©, vigne (vin), olivier (huile). La Sicile, l’Afrique, l’Égypte, les Gaules et l’Espagne produisent les cĂ©rĂ©ales qui ravitaillent les grandes villes de l’Empire. L’élevage de chevaux, indispensable pour les jeux et pour l’armĂ©e est concentrĂ© en Espagne, en Afrique, en Syrie, en Thrace et en Asie. À cette Ă©poque, deux secteurs de l’économie peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s d’industriels. Il s’agit de l’exploitation miniĂšre et de la production de cĂ©ramique sigillĂ©e. Celle-ci est liĂ©e Ă  l’exportation de produits agricoles. C’est donc dans les grandes rĂ©gions de production qu’on trouve les principaux ateliers de cĂ©ramique. Une quarantaine de fabriques d’armes sont dissĂ©minĂ©es dans l’Empire. Elles font partie des industries de l’État, tout comme les fabriques d’armures, de vĂȘtements pour les soldats et les teintureries[122].

Les routes commerciales sont les mĂȘmes que depuis le dĂ©but de l’Empire romain. Seule la crĂ©ation de Constantinople crĂ©e un nouvel axe de transport. L’Empire romain interdit l’exportation de produits qui pourrait favoriser l’économie de puissances ennemies. L’exportation de mĂ©taux, armes et denrĂ©es alimentaires vers les Germains ou les Perses est interdite. Le commerce international est peu important : des esclaves, de l’encens du YĂ©men, des Ă©pices du monde indien, des parfums et soieries de Chine[123]. Il profite surtout aux villes situĂ©es aux limites de l’Empire : Antioche, Carthage en relation avec les caravaniers de l’Afrique. Le commerce intĂ©rieur redevient trĂšs actif aprĂšs la crise du IIIe siĂšcle.

Pendant longtemps les historiens ont prĂ©sentĂ© l’économie de l’AntiquitĂ© tardive comme en dĂ©clin. Pourtant, de grandes innovations techniques se diffusent au IVe siĂšcle comme la charrue Ă  roue, la moissonneuse gauloise[124] ou le moulin Ă  eau[125]. Les techniques artisanales ne connaissent pas de recul. Ce qui a donnĂ© cette impression de crise Ă©conomique, c’est l’augmentation de terres abandonnĂ©es, surtout en Occident mais aussi en Orient[126]. Des fouilles rĂ©centes et une relecture des textes anciens permettent de croire que le phĂ©nomĂšne des terres dĂ©sertĂ©es et des villages abandonnĂ©s est, en fin de compte, moindre qu’on ne le croyait. Selon Pierre Jaillette[127], la rĂ©gression, causĂ©e notamment par des invasions, des guerres civiles et des razzias de pilleurs, n’est pas aussi gĂ©nĂ©ralisĂ©e, ni aussi continue que le pensaient prĂ©cĂ©demment les historiens.

Antioche, mosaĂŻque du Ve siĂšcle, bouquetins (dĂ©tail), MusĂ©e du Louvre

Au IVe siĂšcle, les grandes mĂ©tropoles d’Orient comme d’Occident retrouvent leur dynamisme perdu pendant la crise du IIIe siĂšcle. Le grand commerce des produits de luxe est toujours trĂšs prospĂšre. Le trafic continental semble lui s’ĂȘtre quelque peu Ă©tiolĂ©[128]. TrĂšves sur le limes, devenue rĂ©sidence impĂ©riale, connaĂźt une prospĂ©ritĂ© sans prĂ©cĂ©dent. Cependant on peut constater que la politique monĂ©taire de Constantin creuse les inĂ©galitĂ©s entre les riches et les pauvres. Il maintient le cours des piĂšces en or, les solidus, que seuls les plus aisĂ©s peuvent thĂ©sauriser mais laisse se dĂ©valuer les monnaies de cuivres nĂ©cessaires aux Ă©changes quotidiens ce qui rĂ©duit le pouvoir d’achat des masses populaires[129]. La crĂ©ation d’un tiers de solidus ne permet pas de combler les Ă©carts[130].

En 395, alors que s’amorce le partage dĂ©finitif entre l’Orient et l’Occident, l’économie de l’Occident demeure fragile. Seuls quelques ateliers impĂ©riaux et quelques centres de production de cĂ©ramique conservent encore un rĂ©el dynamisme. Le commerce est tenu par des colonies de marchands juifs et syriens. Les campagnes dĂ©pendent pour leur survie de l’établissement des populations germaniques, ceci particuliĂšrement au nord de la Gaule et en Illyricum. L’économie de l’Orient, par contre, est florissante. C’est le centre Ă©conomique et commercial du monde romain. L’agriculture y est prospĂšre.

Les invasions barbares en Occident ne transforment guĂšre les structures Ă©conomiques. Elles ralentissent le grand commerce et l’économie urbaine mais touchent peu le monde rural. Par contre, la reconquĂȘte de Justinien bouleverse les structures Ă©conomiques et sociales des zones touchĂ©es par les campagnes militaires[32]. Les armĂ©es byzantines ravagent les rĂ©gions conquises. Les terres sont dĂ©vastĂ©es et ne produisent plus rien pendant plusieurs annĂ©es. En Orient, Ă  cĂŽtĂ© de la petite propriĂ©tĂ©, l’économie rurale est aux mains des grands domaines. Les grandes familles, notamment les familles sĂ©natoriales de Constantinople possĂšdent des terres dissĂ©minĂ©es dans tout l’Orient. L’État et l’empereur gĂšrent de vastes domaines qui viennent d’anciens biens de l’État, des biens des familles royales successives et confiscations. Enfin, les Ă©vĂȘchĂ©s et les Ă©tablissements chrĂ©tiens de charitĂ© ont reçu des donations considĂ©rables qui en ont fait des latifundiaires. Mais il existe une grande diffĂ©rence de revenus entre les Ă©vĂȘchĂ©s[131]. AprĂšs 500, l’économie des grands domaines est fragilisĂ©e par la rarĂ©faction de la main d’Ɠuvre, surtout la main d’Ɠuvre servile. Les grandes propriĂ©tĂ©s perdent donc de l’importance au profit de la petite propriĂ©tĂ©.

Les évolutions de la société et des villes

Les classes dominantes

Semis de roses et PhĂ©nix, mosaĂŻque de sol (dĂ©tail), maison de l’Atrium Ă  Antioche, Ve siĂšcle, musĂ©e du Louvre

À partir du IVe siĂšcle les diffĂ©rences dans le droit entre honestiores et humiliores augmentent. Les classes dominantes s’élargissent et se structurent. Au IVe siĂšcle les prĂ©fectures de la ville et du prĂ©toire s’ajoutent au consulat comme charges permettant d’entrer dans la nobilitas. Dans la premiĂšre partie du IVe siĂšcle, la nobilitas connaĂźt un brusque Ă©largissement. Constantin prend la dĂ©cision de supprimer l’ordre Ă©questre dont les membres entrent presque tous dans l’ordre sĂ©natorial. Le nombre de sĂ©nateurs passe de 600 Ă  2000 membres[132]. Le SĂ©nat crĂ©Ă© Ă  Constantinople compte lui aussi 2000 membres. L’ordre sĂ©natorial oriental est recrutĂ© parmi les notables des citĂ©s provinciales grecques. Il connaĂźt une croissance rapide sous le rĂšgne de Constance II[133]. La strate supĂ©rieure du SĂ©nat adopte alors le nom de clarissime pour se distinguer de la masse de la noblesse. Les clarissimes sont avant tout des grands propriĂ©taires terriens. Ils font souvent preuve d’une culture raffinĂ©e et participent Ă  la renaissance littĂ©raire de l’époque. Pendant longtemps historiens et archĂ©ologues ont cru, au vu de l’existence de grandes villas de maĂźtres richement dĂ©corĂ©es dans les campagnes, que la nobilitas avait effectuĂ© au IVe siĂšcle un retour Ă  la terre. Les recherches rĂ©centes font apparaĂźtre que la plupart des clarissimes vivent la plus grande partie de l’annĂ©e en ville et ne se rendent qu’à l'occasion dans leurs domaines. Vers 370, dans le vocabulaire juridique, la nobilitas se confond avec le statut sĂ©natorial[134]. L’importance de la bureaucratie est telle qu’au IVe siĂšcle, la carriĂšre administrative a remplacĂ© l’armĂ©e comme moyen de promotion sociale[12].

La nobilitas romaine se caractĂ©rise aussi par sa rĂ©sistance Ă  l’adoption du christianisme. AttachĂ©e au culte des ancĂȘtres, Ă  la culture grĂ©co-romaine, Ă  la philosophie, elle rĂ©pand une nombreuse littĂ©rature anti-chrĂ©tienne[135]. Cependant, au milieu du IVe siĂšcle, les grandes familles romaines se convertissent peu Ă  peu au christianisme.

Les invasions barbares n’empĂȘchent pas l’aristocratie sĂ©natoriale de garder sa richesse fonciĂšre et son influence jusqu’au VIIIe siĂšcle. Elle monopolise les charges de comte et d’évĂȘque[136]. En Gaule et en Espagne, elle se mĂȘle lentement Ă  l’aristocratie germanique aux VIe et VIIe siĂšcles donnant peu Ă  peu naissance Ă  la noblesse mĂ©diĂ©vale.

La dĂ©gradation du statut des citoyens de l’Empire

PĂątres et troupeaux, illustration du livre III des GĂ©orgiques de Virgile. PremiĂšre moitiĂ© Ve siĂšcle. 22 x 22,5 cm. BibliothĂšque apostolique vaticane

L’ordre dĂ©curional connaĂźt des changements sensibles. Le rĂŽle et le statut des curiales semblent s’ĂȘtre dĂ©gradĂ©s. L’effritement des revenus de l’ordre ne permet plus aux dĂ©curions de faire face Ă  leurs obligations. Les citĂ©s souffrent donc du dĂ©clin de l’évergĂ©tisme privĂ© et de celui de leurs ressources propres. Les dĂ©curions deviennent responsables sur leurs biens propres des lourds impĂŽts que l’empereur exige et qu’ils doivent collecter. Cette obligation les rend particuliĂšrement impopulaires. La crĂ©ation d’un corps de percepteur par Valentinien Ier ne suffit pas Ă  les soulager de cette tĂąche difficile[137]. De ce fait, les citoyens fuient les magistratures municipales. Pour recruter des nouveaux dĂ©curions, Constantin change le droit de citĂ© local. Les rĂ©sidents d’une citĂ© qui en ont les moyens doivent devenir dĂ©curions. De plus, la charge dĂ©curionale devient hĂ©rĂ©ditaire[138]. Ceci n’empĂȘche pas la situation financiĂšre des citĂ©s de continuer Ă  se dĂ©grader. Beaucoup de dĂ©curions cherchent Ă  fuir leurs lourdes charges hĂ©rĂ©ditaires, soit en devenant moine ou prĂȘtre, soit en se faisant recruter dans les administrations provinciales, diocĂ©saines ou prĂ©fectorales, soit en se retirant dans les domaines ruraux. Les menaces de confiscation de leurs biens n’y changent pas grand chose[139].

Les corporations connaissent la mĂȘme Ă©volution. Sous Constantin Ier, l’État intervient directement pour imposer la contrainte et l’hĂ©rĂ©ditĂ©[140]. Les naviculaires ont l’obligation de transporter l’annone militaire sous peine de grave sanction pĂ©nale. Une fois leur service pour l’État assurĂ©, ils ont le droit de se livrer au transport des marchandises pour leur propre compte. L’obligation pour un fils de reprendre le mĂ©tier de son pĂšre est aussi instaurĂ©e pour les ateliers impĂ©riaux. Les condamnĂ©s et les vagabonds sont aussi recrutĂ©s de force. Ce statut d’emploi forcĂ© rapproche les ouvriers de ces ateliers de la condition d’esclaves alors qu’ils sont en thĂ©orie des citoyens[141].

La petite propriĂ©tĂ© continue Ă  rĂ©gresser au IVe siĂšcle. En effet, les petits propriĂ©taires ont de plus en plus de mal Ă  satisfaire les exigences fiscales de l’Empire. Le statut de colon devient courant dans le monde rural. LĂ  aussi, les colons n’ont plus le droit de quitter leur terre et les fils sont obligĂ©s de reprendre l’exploitation paternelle. Comme pour les corporations, cet immobilisme social est liĂ© aux soucis d’avoir des rentrĂ©es fiscales sĂ»res. Peu Ă  peu, le paysan devient attachĂ© Ă  sa terre. Sous ThĂ©odose, quand le maĂźtre vend la terre, il vend le colon avec. La condition des agriculteurs est proche dĂ©jĂ  du servage mĂ©diĂ©val. Mais lĂ  encore, il existe des diffĂ©rences notables entre la partie orientale et la partie occidentale de l’Empire. L’Orient plus peuplĂ© subit moins le colonat. Une paysannerie de petits et moyens propriĂ©taires se maintient un peu partout et semble mĂȘme majoritaire en Syrie[142]. AprĂšs 500, l’attache de colons orientaux Ă  leur terre est moins rigoureuse. Leur condition se rapproche de celle du petit propriĂ©taire. Une nouvelle catĂ©gorie se dĂ©veloppe, celle des « emphytĂ©otes Â», concessionnaires de terres en Ă©change d’un loyer modique et parfois mĂȘme sans loyer. La consĂ©quence en est l’augmentation du nombre de petits propriĂ©taires en Orient pendant tout le VIe siĂšcle[143].

MosaĂŻque byzantine du Ve siĂšcle, Grand Palais de Constantinople

Le christianisme ne fait pas disparaĂźtre l’esclavage. Au IVe siĂšcle, Constantin cherche Ă  adoucir leur condition. L’Église favorise les affranchissements et milite pour un traitement digne des esclaves mais l’esclavage en tant qu’institution n’est pas remis en cause. CĂ©saire d’Arles n’a fait que limiter le chĂątiment d’un esclave Ă  39 coups par jour. Au dĂ©but du Ve siĂšcle, MĂ©lanie, une riche romaine, dĂ©cide d’affranchir tous les esclaves de ses domaines. Plusieurs milliers d’entre eux refusent cette largesse. En effet, la condition de petits paysans s’est Ă  cette Ă©poque tellement dĂ©tĂ©riorĂ©e qu’un esclave traitĂ© avec humanitĂ© n’a rien Ă  lui envier[144]. Il n’y a presque plus de diffĂ©rence entre un colon, en thĂ©orie libre juridiquement, et un esclave aux IVe et Ve siĂšcles.

Les pauvres face aux exactions de l’État

Pour faire rentrer les impĂŽts indispensables Ă  l’entretien de l’armĂ©e et de la bureaucratie, les agents de fisc et la police secrĂšte se montrent particuliĂšrement durs envers les plus humbles. Ceux-ci rĂ©clament donc la protection des puissants locaux, les patrons. Alors que sous le Haut Empire le patron avait pour rĂŽle de permettre des rapports harmonieux entre l’État et les citoyens, Ă  partir du IVe siĂšcle av. J.-C., il fait jouer son influence et son statut social pour soustraire ses clients aux exigences de la loi[145]. De ce fait, il dĂ©tourne Ă  son profit une part de l’autoritĂ© de l’État. On peut voir lĂ  aussi, en genĂšse, se constituer les rapports fĂ©odaux entre les seigneurs et les paysans. Les empereurs, qui voient dans la pratique du patronage une atteinte Ă  l’autoritĂ© de l’État et une perte de revenus, tentent de s’opposer Ă  cette pratique, en vain. Une constitution de 415 place les colons sous la responsabilitĂ© fiscale du maĂźtre, signe d’un glissement de pouvoir.

La rĂ©volte est une autre rĂ©ponse face aux exigences de l’Empire. La collecte des impĂŽts par les dĂ©curions aboutit parfois Ă  des soulĂšvements locaux en Syrie. La rĂ©volte des Bagaudes en Gaule, celle des Circoncellions en Afrique[146] sont autant d’exemples de la contestation des exigences impĂ©riales.

Les barbares dans le monde romain

Diptyque en ivoire représentant Stilicon, avec son épouse Séréna et son fils Euchérius, vers 395, cathédrale de Monza

Depuis le IIIe siĂšcle av. J.-C., l’Empire romain se nourrit des apports barbares. Le rĂŽle fondamental des peuples fĂ©dĂ©rĂ©s dans l’armĂ©e romaine a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©voquĂ©. Ils ont aussi peuplĂ© les rĂ©gions septentrionales de l’Empire menacĂ©es de dĂ©population. Les dĂ©crets de Valentinien Ier interdisant les mariages romano-barbares montrent qu’il existait dĂ©jĂ  un mĂ©tissage non nĂ©gligeable Ă  cette Ă©poque. Les cas d'officiers barbares vivant dans l’Empire et romanisĂ©s sont frĂ©quents au IVe siĂšcle.

Stilicon est un excellent exemple d'assimilation Ă  la sociĂ©tĂ© romaine. Il est Vandale par son pĂšre, sans doute commandant d’escadron de cavalerie sous Valens[147], et romain par sa mĂšre, une provinciale de Pannonie[148]. Il gravit tous les Ă©chelons de l’armĂ©e. Vers 384, il Ă©pouse Serena, fille d’Honorius, frĂšre de ThĂ©odose Ier, et adoptĂ©e par ce dernier lors de la mort de son pĂšre, preuve qu’il fait partie du palais impĂ©rial. AprĂšs la victoire de ThĂ©odose lors de la bataille de la RiviĂšre Froide en 394, Stilicon prend le titre de magister peditum. À la mort de ThĂ©odose, il devient le tuteur de deux fils du dĂ©funt mais il est d’abord celui d’Honorius qui n’a que 11 ans en 395. C’est la politique de coexistence avec les barbares et de volontĂ© de garder unies les deux parties de l’Empire qui semble avoir guidĂ© la dĂ©cision de l’empereur. Un barbare peut donc accĂ©der aux plus hautes fonctions sauf revĂȘtir la pourpre impĂ©riale. Gondebaud et Ricimer reflĂštent aussi cette volontĂ© des patrices d’origine barbare de servir l’Empire romain sans ambition impĂ©riale.

Les invasions barbares du Ve siĂšcle ne font pas disparaĂźtre d’un coup, les structures romaines de l’Occident. Les Barbares ne reprĂ©sentent en effet que 5% de la population de l’Occident[149]. L’interdiction des mariages mixtes montre la peur de perdre leur identitĂ©. De fait, mis Ă  part chez les Vandales, les Anglo-saxons et plus tard les Lombards, la propriĂ©tĂ© de la terre ne change que peu de mains. La conversion au catholicisme des barbares permet la fusion avec les romains. Cette fusion s’est faite en grande partie en faveur de la romanitĂ©. Les premiĂšres monarchies barbares sont trĂšs respectueuses des institutions romaines qu’elles admirent[150]. À Ravenne, Ă  TolĂšde, les cours gothiques parlent latin. La romanitĂ© survit donc Ă  l’Empire romain.

Les villes

La citĂ© reste le cƓur de la romanitĂ©. Les lieux traditionnels de la vie romaine, les thermes, les cirques et les amphithĂ©Ăątres sont frĂ©quentĂ©s jusqu’à la fin du VIe siĂšcle et mĂȘme au-delĂ  pour Constantinople. Mais bon nombre de monuments anciens se dĂ©gradent car les finances publiques sont insuffisantes pour pourvoir Ă  leur entretien, d’autant plus que la pĂ©riode de l’AntiquitĂ© tardive est riche en tremblements de terre. Quinze constitutions impĂ©riales de 321 Ă  395 sont consacrĂ©es en tout ou en partie au problĂšme de la restauration des Ă©difices anciens. Les villes de l’Empire connaissent des transformations. Elles construisent des remparts aux IIIe et IVe siĂšcles pour se protĂ©ger. La grande nouveautĂ© architecturale est la construction d’édifices chrĂ©tiens, une basilique, un baptistĂšre et la demeure de l’évĂȘque[151], dont une partie de matĂ©riau utilisĂ© provient d’anciens monuments abandonnĂ©s. Les nouvelles rĂ©sidences impĂ©riales : TrĂšves, Milan, Sirmium, NicomĂ©die bĂ©nĂ©ficient de la prĂ©sence des troupes et des empereurs.

Le rapt d’Hylas par les nymphes, panneau en opus sectile du IVe siĂšcle provenant de la basilique de Junius Bassus sur l’Esquilin

Cinq grandes villes dominent par le nombre de leurs habitants l’AntiquitĂ© tardive. Il s’agit de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Carthage. Ces trois derniĂšres ont une population estimĂ©e entre 100 000 et 150 000 habitants. À Rome, l’enceinte construite par AurĂ©lien est modifiĂ©e par Maxence puis Honorius pour en amĂ©liorer l’efficacitĂ©. Les aqueducs, les ponts et les routes sont entretenus. L’amphithĂ©Ăątre flavien, victime de la foudre en 320 et de trois tremblements de terre, est rĂ©guliĂšrement rĂ©parĂ©[152]. Les empereurs d’Occident n’ont cependant pas les finances nĂ©cessaires pour entretenir tous les monuments de l’ancienne capitale impĂ©riale. Les nombreux travaux sont insuffisants pour empĂȘcher les monuments anciens de se dĂ©grader. Majorien (457-461) interdit aux fonctionnaires urbains d’autoriser le prĂ©lĂšvement des pierres sur les Ă©difices publics, ce qui prouve que la pratique tendait Ă  se dĂ©velopper. Mais rien n’y fait. AprĂšs la fin de l’Empire romain d’Occident, les monuments anciens servent de carriĂšres aux habitants[153]. Le rĂŽle croissant du christianisme entraĂźne la construction de basiliques comme celle du Latran, de Saint-Pierre ou de Saint-Paul-hors-les-murs, de catacombes, de baptistĂšres et de palais Ă©piscopaux qui sont enrichis par la pose de marbres, de mosaĂŻques et d’émaux[154]. Jusqu’en 410, Rome compte environ 800 000 habitants. La population tourne autour de 300 Ă  400 000 habitants pendant tout le Ve siĂšcle. Ce haut niveau de population peut ĂȘtre maintenu grĂące au bon fonctionnement de l’annone. 40% de la nourriture des habitants de Rome est assurĂ© par l’État[155]. La perte de l’Afrique en 439 entraĂźne la fin du versement de l’annone Ă  Rome. La population dĂ©croĂźt alors lentement. Au VIe siĂšcle, la guerre gothique entre Justinien et les Ostrogoths la fait tomber Ă  80 000 habitants[156].

Localisation de Sainte-Sophie dans le centre de Constantinople

Constantinople, inaugurĂ©e par Constantin en 330 est bĂątie sur un site naturel dĂ©fensif qui la rend pratiquement imprenable alors que Rome est sans cesse sous la menace des Germains[65]. Elle est Ă©galement proche des frontiĂšres du Danube et de l’Euphrate, lĂ  oĂč les opĂ©rations militaires pour contenir les Goths et les Perses sont les plus importantes. Elle est enfin situĂ©e au cƓur des terres de vieille civilisation hellĂ©nique. Constantin la bĂątit sur le modĂšle de Rome avec sept collines, quatorze rĂ©gions urbaines, un Capitole, un forum, un SĂ©nat. Dans les premiers temps, il permet l’implantation de temples paĂŻens mais trĂšs vite la ville devient presque exclusivement chrĂ©tienne[157] et ne comporte que des Ă©difices religieux chrĂ©tiens. En quelques dĂ©cennies, la ville devient une des plus grandes mĂ©tropoles de l’Orient romain grĂące Ă  son rĂŽle politique et Ă  ses activitĂ©s Ă©conomiques et les exemptions fiscales accordĂ©es Ă  ses habitants[158]. DĂšs Constantin, la ville compte 100 000 habitants. Elle atteint 200 000 habitants Ă  la fin du IVe siĂšcle[159]. Constantinople, situĂ©e hors des zones de conflit, voit sa population augmenter. Le nombre de ses habitants est discutĂ© : 800 000 habitants au cours du Ve siĂšcle pour Bertrand Lançon[160], 4 Ă  500 000 pour A. Ducellier, M. Kaplan et B. Martin[161]. L’embellissement de la ville est le principal chantier des empereurs Ă  partir de Constantin. Celui-ci y fait construire le palais impĂ©rial, l’hippodrome, le nouveau nom donnĂ© aux cirques romains, l’église de la Sagesse SacrĂ©e (Sainte-Sophie)[162]. La ville s’agrandit ensuite vers l’Ouest. L’enceinte d’origine enserrant 700 hectares ne suffisant plus, ThĂ©odose II l’entoure de nouveaux remparts entre 412 et 414, qui portent la superficie de la ville Ă  1450 hectares[163]. Le Concile de ChalcĂ©doine de 451, dans son vingt-huitiĂšme canon, donne Ă  la ville de Constantinople le titre de « Nouvelle Rome Â»[164], ce qui fait de son Ă©vĂȘque, le patriarche de Constantinople, le second personnage de l’Église. Ceci contribue encore Ă  donner Ă  la ville son caractĂšre indĂ©pendant de capitale de l’Empire d’Orient.

La vie intellectuelle et artistique

L’éducation

Article dĂ©taillĂ© : Éducation dans l'AntiquitĂ©.

Au IVe siĂšcle, de nombreuses Ă©coles apparaissent, et ceci dans toutes les rĂ©gions. L’enseignement est basĂ© sur les savoirs antiques. Le dĂ©veloppement du christianisme ne remet pas en cause les bases de l’enseignement. Les Ă©lĂšves continuent Ă  apprendre Ă  lire et Ă  Ă©crire dans la mythologie grĂ©co-romaine. Les textes d’HomĂšre sont toujours appris par cƓur par des gĂ©nĂ©rations d’élĂšves[165]. Pendant son court rĂšgne, Julien interdit en 362 aux professeurs chrĂ©tiens les fonctions d’enseignement. Il se fonde sur le principe qu’on ne saurait honnĂȘtement expliquer des textes mythologiques auxquels on ne croit pas[166]. Cependant, les chrĂ©tiens pensent que l’enseignement traditionnel est indispensable Ă  la formation de l’esprit d’une religion basĂ©e sur l’écrit. Ils continuent donc Ă  le suivre mĂȘme s’il transmet des connaissances jugĂ©es paĂŻennes. Le parcours de Augustin est reprĂ©sentatif de celui du Romain lettrĂ©. Il quitte sa ville natale de Thagaste, pour Madaure afin de suivre l’enseignement d’un grammairien, puis il se rend Ă  Carthage en 370 pour recevoir l’enseignement d’un rhĂ©teur[167]. Les universitĂ©s de Carthage, Bordeaux, Milan et Antioche jouissent d’une bonne rĂ©putation. Les plus renommĂ©es sont celles de Rome et de Constantinople pour la philosophie et le droit, Alexandrie pour les mathĂ©matiques et la mĂ©decine, AthĂšnes pour la philosophie. Les citĂ©s se livrent Ă  une compĂ©tition fĂ©roce pour faire venir les enseignants les plus rĂ©putĂ©s[168].

Le monde des lettres

La fin du bilinguisme gréco-romain

Codex Alexandrinus, Ve siĂšcle, folio 65, Extrait de l’Évangile de Luc, British Library

Pendant l’AntiquitĂ© tardive, le bilinguisme grĂ©co-latin de Haut Empire est battu en brĂšche. Pourtant durant le IVe siĂšcle, le latin a fait une percĂ©e spectaculaire en Orient du fait de la place grandissante du droit et des techniques administratives. Le grec est quant Ă  lui parlĂ© par les classes cultivĂ©es de l’Occident. Mais Ă  partir de la fin du IVe siĂšcle, la connaissance du grec recule considĂ©rablement Ă  l’ouest. Au dĂ©but du Ve siĂšcle, Augustin, considĂ©rĂ© comme le plus grand intellectuel de l’Occident de son temps, n’en a pas l’usage. Pour aider Ă  la comprĂ©hension des textes grecs et Ă  leur traduction, de nombreux glossaires grĂ©co-latins sont copiĂ©s[169]. Dans ce contexte, JĂ©rĂŽme, le traducteur de la Bible du grec au latin au Ve siĂšcle, paraĂźt une exception. Les dĂ©bats christologiques qui traversent l’AntiquitĂ© tardive sont rendus encore plus complexes par la fin du bilinguisme. Les clercs nicĂ©ens doivent trouver la bonne traduction pour que les latins comprennent le sens du mot homoousios, un nĂ©ologisme pour l’époque signifiant littĂ©ralement et en un mot, de mĂȘme : homo, nature : ousios[170]. Les traducteurs trouvent l’équivalent latin, consubstantialis. Les problĂšmes de langue ne font qu’accentuer les querelles religieuses. Ainsi, lors du concile d’ÉphĂšse de 431, un malentendu basĂ© sur la diffĂ©rence entre les termes de « personne Â» et de « nature Â» en latin et en grec tourne Ă  l’affrontement violent[171].

En Orient, le latin se maintient comme langue administrative jusqu’à l'Ă©poque justinienne. Le code Justinien de 534 est d’ailleurs rĂ©digĂ© dans cette langue, symbole de la romanitĂ©. Mais Ă  partir de 535 et la publication des premiĂšres novelles, les lois nouvelles, voulues par Justinien, la langue officielle devient le grec. Les lois ne sont plus en latin que dans les rĂ©gions latinophones, la Dacie, la MĂ©sie, la Scythie et pour les cadres administratifs et militaires de l’Afrique[172]. Le partage de l’Empire induit donc un partage linguistique. DĂšs lors, les traductions se multiplient. Elles sont le fait de grands Ă©rudits bilingues : JĂ©rĂŽme qui traduit la Bible en latin Ă  la fin du IVe siĂšcle ; les Ă©crits des mĂ©decins grecs Hippocrate, Dioscoride, Galien, Oribase sont compilĂ©s et traduits aux Ve siĂšcle. L’AntiquitĂ© tardive voit ainsi les copies et les traductions foisonner pour faire face Ă  la demande des bibliothĂšques publiques, des Ă©vĂȘchĂ©s et des monastĂšres.

À l’intĂ©rieur de ce partage linguistique se dessine une diversitĂ© de langues vernaculaires plus importante qu’il n’y paraĂźt. En Orient, le grec touche principalement les villes cĂŽtiĂšres grĂące Ă  l’administration, le commerce et la religion chrĂ©tienne. Ailleurs, le grec, langue des percepteurs, de l’orthodoxie chalcĂ©donienne face Ă  la masse paysanne acquise au nestorianisme ou au monophysisme, est ignorĂ©. DĂšs la seconde moitiĂ© du IVe siĂšcle les actes officiels doivent ĂȘtre traduits en copte en Égypte. Une littĂ©rature copte se dĂ©veloppe : des rĂ©cits hagiographiques sur les saints les plus vĂ©nĂ©rĂ©s du pays, des textes monastiques comme rĂšgles communautaires
 Les textes des PĂšres de l’Église, rĂ©digĂ©s en grec Ă  l’origine sont eux aussi traduits en copte[171]. Le syriaque donne naissance Ă  une brillante littĂ©rature qui prouve que l’hellĂ©nisation de la Syrie n’est toujours que superficielle en huit siĂšcles d’occupation grecque ou grĂ©co-romaine[173].

Culture antique et culture chrétienne

La philosophie grecque est toujours trĂšs importante durant l’AntiquitĂ© tardive. Aristote et Platon exercent toujours une grande influence parmi les Ă©lites intellectuelles. Plotin (205-270) et Porphyre sont les plus illustres reprĂ©sentants du nĂ©oplatonisme. Pour Plotin, l’univers s’explique par « la chaĂźne de l’Être Â». Au sommet, il y a l'Un, le Bon, d’oĂč Ă©manent diffĂ©rents degrĂ©s d’ĂȘtres infĂ©rieurs, jusqu’à la matiĂšre. L’homme peut entrer en union avec l’Un dans des moments d’extase[174]. Les lettrĂ©s peuvent recevoir l’enseignement de l’AcadĂ©mie d’AthĂšnes jusqu’en 529, date de sa fermeture par Justinien. GrĂ©goire de Nazianze y cĂŽtoie le futur empereur Julien. Alexandrie reste une grande mĂ©tropole culturelle. De grands intellectuels comme Ammonius, Hypatie, une femme qui dirige l’école nĂ©o-platonicienne d’Alexandrie assurent le rayonnement de la citĂ© Ă©gyptienne. Au dĂ©but du VIe siĂšcle, BoĂšce, chrĂ©tien et hellĂ©niste d’éducation, est nommĂ© consul par l’Ostrogoth ThĂ©odoric en 510 et 522. Il essaie de crĂ©er un centre de culture intellectuelle Ă  la cour du roi barbare[175]. Le Moyen Âge, jusqu’au XIIIe siĂšcle, ne connaĂźt Aristote que par ses traductions latines. Le christianisme est influencĂ© par les mouvements culturels et religieux de son temps, comme la gnose ou le manichĂ©isme. Augustin interprĂšte le christianisme Ă  la lumiĂšre du nĂ©oplatonisme[176]. Il ne voit aucune contradiction entre le christianisme et la philosophie de Platon. Il rĂ©concilie le concept platonicien des « idĂ©es Ă©ternelles Â» avec le christianisme en considĂ©rant celles-ci comme partie intĂ©grante du Dieu Ă©ternel.

Livres et littérature

Saint Augustin
Portrait le plus ancien connu, VIe siĂšcle, fresque du palais du Latran Ă  Rome

Le codex, apparu au Ier siĂšcle dans l’Empire romain, se gĂ©nĂ©ralise et remplace le volumen, le rouleau Ă  l’emploi difficile[177]. Le livre est devenu un objet maniable, facile Ă  transporter, Ă  ranger, lisible par un seul individu. Mais il reste un objet cher, mĂȘme si le nombre de volumes en circulation augmente considĂ©rablement. L’usage du parchemin, plus solide mais plus coĂ»teux s’étend aux dĂ©pens du papyrus. Le passage du volumen au codex, parfois de taille trĂšs rĂ©duite, a comme consĂ©quence la perte d’une partie des textes antiques qui ne sont plus consultĂ©s[178]. La place de l’écrit dans la sociĂ©tĂ© devient de plus en plus importante. Dans le domaine du droit, les grands codes comme, celui de ThĂ©odose et de Justinien, les compilations des jurisconsultes aux IVe et Ve siĂšcles renforcent encore la lĂ©gitimitĂ© des lois. Le christianisme s’affirme comme une Religion du Livre, contrairement aux religions traditionnelles. Il va devenir la religion du « livre de poche Â»[179]. La lecture silencieuse suscite une forme d’intĂ©riorisation de la pensĂ©e et, de ce fait, crĂ©e une nouvelle spiritualitĂ©[180].

La littĂ©rature de l’époque est essentiellement chrĂ©tienne, du moins parmi les textes qui nous sont connus ou parvenus. La correspondance de quelques grands esprits du temps, trĂšs bien conservĂ©e, permet d’avoir une connaissance fine des mentalitĂ©s de l’AntiquitĂ© tardive. En langue grecque, Libanios a laissĂ© 1544 lettres et Jean Chrysostome, 236. En latin, il reste 900 lettres de Symmaque, 225 d’Augustin, 146 de Sidoine Apollinaire, 850 du pape GrĂ©goire le Grand[181]. La rhĂ©torique grecque est utilisĂ©e par les PĂšres de l’Église, que ce soit pour rĂ©diger des sermons, expliquer les textes saints ou tenter de convaincre les non-chrĂ©tiens. L’hagiographie se multiplie. Tout en racontant la vie des saints Ă  la maniĂšre de SuĂ©tone ou Plutarque, elle se concentre sur les vertus chrĂ©tiennes de saints pour en faire des exemples pour le lecteur. Au VIe et VIIe siĂšcles, le genre hagiographique multiplie les rĂ©cits de miracles, qui l’emportent sur l’exemple moral[182]. Il n’est donc pas Ă©tonnant que l’Ɠuvre majeure de l’AntiquitĂ© tardive soit une Ɠuvre religieuse. Il s’agit de la La CitĂ© de Dieu d’Augustin d’Hippone, achevĂ©e en 423. L’auteur rĂ©plique de maniĂšre magistrale aux dĂ©tracteurs du christianisme qui rendaient la religion responsable du sac de Rome de 410. Dans sa thĂ©orie des deux citĂ©s, il dĂ©veloppe l’idĂ©e que Rome est une citĂ© terrestre donc mortelle. La citĂ© des chrĂ©tiens est le royaume de Dieu qui les attend aprĂšs la mort. Ils ne doivent donc pas lier leur foi chrĂ©tienne Ă  l’existence de Rome mĂȘme s’ils doivent servir l’Empire loyalement. La citĂ© de Dieu jouera un rĂŽle essentiel en Occident du Moyen Âge au XVIIe siĂšcle[183].

Les arts

Articles dĂ©taillĂ©s : Premier art byzantin et Art palĂ©ochrĂ©tien.
Panneau du Christ et de l’abbĂ© MĂ©na. VIe ou VIIe siĂšcle, monastĂšre de Baouit, musĂ©e du Louvre
Peinture Ă  la cire et Ă  la dĂ©trempe sur bois de figuier. Les figures hiĂ©ratiques des deux personnages sont typiques de l’AntiquitĂ© tardive.

Depuis les travaux d’AloĂŻs Riegl et d’Heinrich Wölfflin, les arts romains tardifs, longtemps jugĂ©s dĂ©cadents, ont retrouvĂ© une dignitĂ© Ă©gale Ă  celle du Haut Empire. La premiĂšre caractĂ©ristique de la pĂ©riode est qu’il n’existe pas un art mais des styles diffĂ©rents selon les rĂ©gions et les siĂšcles. La seconde caractĂ©ristique est que, malgrĂ© l’influence grandissante du christianisme, il n’existe pas d’art palĂ©ochrĂ©tien spĂ©cifique. Les thĂšmes sont certes chrĂ©tiens mais les formes et les techniques sont celles de l’art antique en gĂ©nĂ©ral. L’art copte est par exemple, dans les dĂ©buts, celui des Ă©gyptiens indigĂšnes ou assimilĂ©s, tant paĂŻens que chrĂ©tiens. Il n’est communĂ©ment le fait des chrĂ©tiens qu’à partir du VIe siĂšcle[184].

Le dĂ©veloppement du codex entraĂźne celui de la calligraphie. La mosaĂŻque, qui ornait les riches demeures, devient un art pariĂ©tal dans les Ă©glises et les baptistĂšres Ă  partir du IVe siĂšcle. La basilique Sainte-Constance Ă  Rome mais surtout la Basilique Sant’Apollinare in Classe et le BaptistĂšre des Orthodoxes de Ravenne construits Ă  l’époque de Justinien en sont les exemples les plus accomplis. La sculpture est principalement reprĂ©sentĂ©e par le bas-relief. On les trouve surtout sur les sarcophages. Ceux des riches nobles recĂšlent une grande richesse artistique.

La sculpture, la peinture et l’art de la mosaĂŻque ont des caractĂ©ristiques communes. Ils doivent servir l’empereur et glorifier son pouvoir. AprĂšs le rĂšgne de Julien, les reprĂ©sentations quittent leur caractĂšre de portrait pour reprĂ©senter une figure impersonnelle de l’empereur avec perruque et diadĂšme[185]. DĂ©jĂ  les tĂ©trarques sculptĂ©s en porphyre et conservĂ©s Ă  Venise et au Vatican Ă©taient sculptĂ©s comme des sosies. La reprĂ©sentation symbolique de la fonction devient ainsi plus importante que la personne qui l’incarne. Les artistes prennent l’habitude de reprĂ©senter l’empereur avec tous les attributs de son pouvoir : diadĂšme, nimbe, sceptre. Une des premiĂšres reprĂ©sentations d’un empereur trĂŽnant en majestĂ© nous montre ThĂ©odose Ier assis et nimbĂ© entre ses fils. Cette reprĂ©sentation du dominus sert de modĂšle pour montrer le Christ en majestĂ© dans les mosaĂŻques[186]. L’iconographie chrĂ©tienne utilise toujours Ă  cette Ă©poque les thĂšmes classiques comme, OrphĂ©e et sa lyre, les paons, les colombes, les dauphins. Commencent Ă  s’y ajouter les reprĂ©sentations de scĂšnes bibliques. La croix ne devient un thĂšme dĂ©coratif qu’au VIe siĂšcle. Jusque lĂ , le chrisme, le poisson, le vase et le pain lui sont prĂ©fĂ©rĂ©s[187].

La basilique chrĂ©tienne est la forme architecturale la plus nouvelle. C’est une adaptation de la basilique romaine. Elle possĂšde une nef qui permet d’accueillir les fidĂšles, une abside pour le clergĂ© et parfois un transept devant l’abside[188]. Cependant chaque rĂ©gion de l’Empire romain tardif conserve ses spĂ©cificitĂ©s dans le domaine artistique. L’église copte du Deir el-Abiad, fondĂ©e en en 440 par ChenoutĂ©, qui est aprĂšs PacĂŽme, la plus grande autoritĂ© cĂ©nobitique en Égypte, se prĂ©sente comme une basilique Ă  trois nefs et Ă  abside trĂ©flĂ©e. Elle est prĂ©cĂ©dĂ©e d’un narthex et longĂ©e par un autre narthex. Dans la dĂ©coration, le style de cette pĂ©riode se caractĂ©rise par une facture proche du modelĂ© hellĂ©nistique[189]. La basilique San Lorenzo Maggiore de Milan, oĂč se trouve la chapelle de Sant’Aquilino, est un exemple de plan basilical centrĂ©[188].

L'enseignement de JĂ©sus aux apĂŽtres
Le Christ, détail
Le Christ, Les apÎtres, détail
Les apÎtres, détail
Les apÎtres, détail
À l'origine, la chapelle Ă©tait entiĂšrement couverte de mosaĂŻques
Vestiges de mosaĂŻques murales

La chapelle de Sant’Aquilino reprend le plan octogonal du baptistĂšre construit Ă  l’époque d’Ambroise de Milan. Sa forme originaire a Ă©tĂ© parfaitement conservĂ©e. Le chiffre huit, dans la symbolique des anciens PĂšres de l’Église, indique le jour du Seigneur, qui suit le septiĂšme, c’est-Ă -dire le samedi. Alors que le chiffre sept, lui, rappelle les jours de la crĂ©ation contĂ©s dans la GenĂšse et symbolise la loi donnĂ©e Ă  MoĂŻse dans la partie de la Bible que les chrĂ©tiens appellent Ancien Testament. Le huit se rĂ©fĂšre au Nouveau Testament qui, pour les chrĂ©tiens, complĂšte et dĂ©passe de la loi ancienne. Il fait rĂ©fĂ©rence Ă  la venue de JĂ©sus, Ă  sa rĂ©surrection le lendemain de shabbat, le huitiĂšme jour[190].

En GrĂšce, les architectes construisent parfois une coupole surmontant la basilique. Au VIe siĂšcle, les plus beaux Ă©difices de la pĂ©riode justinienne se caractĂ©risent entre autres par de splendides coupoles comme Ă  San Vitale de Ravenne et Hagia Sophia (Sainte Sophie) de Constantinople. L’extĂ©rieur est sans fioriture. L’intĂ©rieur est dĂ©corĂ© des mosaĂŻques somptueuses mettant en scĂšne la gloire de Justinien[188].

Les héritages de l'Antiquité tardive

L’AntiquitĂ© tardive est, pour le monde occidental et mĂ©diterranĂ©en, une pĂ©riode charniĂšre entre un monde antique progressivement christianisĂ© et une Ă©poque fĂ©odale dont les structures se mettent difficilement en place aprĂšs le choc des invasions germaniques (IVe et Ve siĂšcle).

En Occident, cette pĂ©riode se caractĂ©rise par l’émiettement du pouvoir politique et un affaiblissement de la notion de l’État, tandis que l’idĂ©e impĂ©riale et le mythe de la restauration de la puissance universelle de Rome se maintiennent jusqu’au VIe siĂšcle dans un Empire d’Orient qui n'est pas encore byzantin. Cette idĂ©e ImpĂ©riale s’incarnera plus tard en Occident, successivement dans l’Empire carolingien en 800 et le Saint Empire romain d’Otton Ier en 955. L’Empire byzantin a abandonnĂ© aprĂšs Justinien le projet de reconstruire l’Empire romain, mais il reste la Romania, hĂ©ritiĂšre de son modĂšle politique jusqu’à la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. Dans le domaine juridique, les codes ThĂ©odose et Justinien servent de base aux lĂ©gistes français pour lĂ©gitimer la construction de la monarchie capĂ©tienne. Le principe d’une religion officielle, la religion chrĂ©tienne, composante majeure de l’État[191], instaurĂ©e Ă  partir du IVe siĂšcle structure la vie publique et les consciences jusqu’au XXe siĂšcle en Europe. Le christianisme ne peut s'imposer dans les campagnes qu'au prix d'une lente acculturation et d'un certain syncrĂ©tisme religieux dont le meilleur exemple est le culte des saints et des reliques. Pendant l'AntiquitĂ© tardive apparaissent les fissures qui diviseront le monde chrĂ©tien en catholiques, orthodoxes et coptes. De l'antiquitĂ© tardive Ă  la fin du Moyen Âge, les principales manifestations de l'art magnifient la religion du Christ.

L’Empire byzantin est le gardien de la culture antique. Les manuscrits grecs et latins sont conservĂ©s et recopiĂ©s dans ses bibliothĂšques. Ses Ă©coles enseignent la culture antique dans une sociĂ©tĂ© pourtant profondĂ©ment christianisĂ©e. C’est par son intermĂ©diaire et celui des Arabo-musulmans que la culture antique est remise Ă  l’honneur en Occident au XVe siĂšcle, donnant naissance Ă  l’Humanisme et Ă  la Renaissance.

Notes et références

  1. ↑ Lançon (1997), p. 4.
  2. ↑ AprĂšs les invasions arabes et slaves, l’Empire se replie sur l’aire de civilisation hellĂ©nique. Georges Ostrogorsky, Histoire de l’État byzantin, Payot, 1977.
  3. ↑ L’idĂ©e d’une dĂ©cadence de la civilisation romaine est exposĂ©e dans deux ouvrages cĂ©lĂšbres, les ConsidĂ©rations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur dĂ©cadence de Montesquieu en 1734 et, en 1776, le Decline and fall of the roman Empire d’Edward Gibbon.
  4. ↑ Dans La CitĂ© antique, [lire en ligne] rompant ainsi avec la pĂ©riodisation traditionnelle.
  5. ↑ Die spĂ€trömische Kunstindustrie nach den Funden in Österreich.
  6. ↑ Dans son Ɠuvre monumentale Mahomet et Charlemagne [lire en ligne].
  7. ↑ Dans sa thĂšse Saint Augustin et la fin de la culture antique, Paris, De Boccard, 1937 (derniĂšre Ă©dition chez De Boccard, 2003).
  8. ↑ PubliĂ© au Seuil, collection Points Histoire.
  9. ↑ Lançon (1997), p. 18 et 21.
  10. ↑ Pierre Grimal Ă©crit ainsi : « L’Empire subsiste matĂ©riellement, mais Constantin crĂ©e une seconde capitale Constantinople (330), installĂ©e au centre de l’Orient oĂč s’est formĂ©e et rayonne la pensĂ©e chrĂ©tienne, nourrie de l’hellĂ©nisme et du judaĂŻsme. La civilisation romaine n’est pas morte, mais elle donne naissance Ă  autre chose qu’elle-mĂȘme, appelĂ© Ă  assurer sa survie Â»,La Civilisation romaine, Flammarion, Paris, 1981, rĂ©Ă©ditĂ© en 1998, (ISBN 2080811010), p 63.
  11. ↑ Michel Christol et Daniel Nony, Des Origines de Rome aux invasions barbares, Hachette, 1974, p. 206.
  12. ↑ a , b  et c  Paul Petit et Yann Le Bohec, « L’AntiquitĂ© tardive Â», EncyclopĂŠdia universalis, DVD 2007.
  13. ↑ Le site Memo prĂ©cise : « Seuls DioclĂ©tien et les tĂ©trarques, en 305, revendiqueront du dieu un appui qui sera sans lendemain. Â» Les religions Ă  mystĂšres. Le site Educnet prĂ©cise : « Vers 307 ou 308, DioclĂ©tien, GalĂšre et Licinius attribuent Ă  Mithra le nom de fautor imperii sui, c’est-Ă -dire protecteur de l’Empire Ă  Carnuntum en Pannonie Â». Ils espĂšrent ainsi s’assurer la fidĂ©litĂ© des lĂ©gions. Mithra Ă  Rome.
  14. ↑ a  et b  Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l’Empire romain, Seuil, 1974, p. 554-556.
  15. ↑ Ammien Marcellin, Res gestĂŠ, 28, 2 ; 28, 5 ; 29, 4 ; 29, 6 et 30, 3.
  16. ↑ Philostorge, Histoire ecclĂ©siastique, 2 ; Catherine Lheureux-Godbille, « Barbarie et hĂ©rĂ©sie dans l’Ɠuvre de saint Ambroise de Milan (374-397) Â», Le Moyen Âge, 2003/3-4.
  17. ↑ Le terme paganus pour dĂ©signer un paĂŻen pose problĂšme : « comment un terme qui Ă  l’origine dĂ©signe l’intĂ©gration (membre d’un pagus) en vient Ă  signifier l’exclusion du non-chrĂ©tien. Plusieurs thĂšses s’opposent. Dans le cas de paganus = civil, les chrĂ©tiens se seraient considĂ©rĂ©s comme des soldats du Christ, les paĂŻens seraient alors ceux qui sont exclus de cette armĂ©e. Dans le second cas, paganus = paysan, les chrĂ©tiens se seraient identifiĂ©s Ă  des citadins. Il est vrai que le christianisme s’est d’abord rĂ©pandu en ville. Paganus ferait son apparition dans la langue littĂ©raire Ă  la fin du IVe siĂšcle, le premier auteur Ă  l’utiliser Ă©tant Marius Victorinus. Â» B. RibĂ©mont, « Impies et paĂŻens entre AntiquitĂ© et Moyen Âge Â», Cahiers de recherches mĂ©diĂ©vales, Comptes rendus.
  18. ↑ Ce partage est considĂ©rĂ© traditionnellement comme la sĂ©paration dĂ©finitive de l’Empire en deux entitĂ©s mais en rĂ©alitĂ© la sĂ©paration est plus ancienne puisqu’en 364 l’empereur Valentinien se voit adjoindre, sous la pression de ses soldats, un collĂšgue, son propre frĂšre Valens. À partir de ce moment plus jamais l’Empire ne sera rĂ©uni si l’on excepte trois mois Ă  la fin du rĂšgne de ThĂ©odose, de fin septembre 394 Ă  janvier 395.
  19. ↑ Lançon (1997), p. 36.
  20. ↑ a  et b  Charles Diehl, Histoire de l’Empire Byzantin, P., Picard, 1920,1;2 dans [1].
  21. ↑ Hydace, Chronique, an. 382 ; É. Demougeot, De l’unitĂ© Ă  la division de l’Empire romain, 395-410. Essais sur le gouvernement impĂ©rial, Paris, 1951, p. 22-24.
  22. ↑ Christol et Nony, p. 248. La paix a Ă©tĂ© conclue en 389 ou 390.
  23. ↑ Saint JĂ©rĂŽme, Lettres, 60, 17.
  24. ↑ Saint Augustin, Sermons, 81, B.
  25. ↑ Christol et Nony, p. 251.
  26. ↑ Memo, le site de l’histoire, Hachette MutimĂ©dia dans
  27. ↑ a  et b  Ducellier, Kaplan et Martin, p. 19.
  28. ↑ Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 17.
  29. ↑ Aetius a Ă©tĂ© otage Ă  la cour des Huns pendant son enfance. Il y est devenu un ami du jeune Attila.
  30. ↑ Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 19.
  31. ↑ Lançon (1997), p. 110.
  32. ↑ a , b  et c  Ducellier, Kaplan et Martin, p. 18.
  33. ↑ « Le peuple Ostrogoth Â» sur De l’Aleph Ă  l’@
  34. ↑ Lançon (1997), p. 107.
  35. ↑ Lançon (1997), p. 39
  36. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 20.
  37. ↑ Christol et Nony, p. 212.
  38. ↑ a , b , c , d  et e  Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l’Empire romain, Seuil, 1974, p. 575-579 et 582.
  39. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  Yves ModĂ©ran, « La conversion de Constantin et la christianisation de l’empire romain Â», Association des professeurs d’histoire et de gĂ©ographie Caen.
  40. ↑ Pouvoir de la religion et politique religieuse dans les premiers siĂšcles du christianisme, l’exemple de deux empereurs : Constantin et Justinien, Anne FraĂŻsse dans [2]
  41. ↑ Gilbert Dagron, Empereur et prĂȘtre, Ă©tude sur le cĂ©saropapisme byzantin, Gallimard, 1996.
  42. ↑ Christianisme et stoïcisme, X-Passion, 2001 dans
  43. ↑ EusĂšbe de CĂ©sarĂ©e, La thĂ©ologie politique de l’empire chrĂ©tien, Cerf, 2001.
  44. ↑ Christol et Nony, p. 233.
  45. ↑ Christianisme et stoïcisme, X-Passion, 2001 dans
  46. ↑ Lançon (1997), p. 64.
  47. ↑ Lançon (1997), p. 40.
  48. ↑ Christol et Nony, p. 214.
  49. ↑ Lançon (1997), p. 41.
  50. ↑ Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 16.
  51. ↑ Ostrogorsky, op. cit., p 91.
  52. ↑ Ostrogorsky, op. cit., p. 82.
  53. ↑ Ostrogorsky, op. cit., p. 121 et 124-127. Toutefois, Paul Lemerle signale des critiques de cette vue, qui considĂšrent qu’il n’y a pas de preuve dĂ©cisive que le systĂšme des biens militaires se soit ainsi Ă©largi dĂšs le VIIe siĂšcle. Paul Lemerle, Histoire de Byzance, Que sais-je no 107, 4e Ă©dition, 1960, p 73.
  54. ↑ Lançon (1997), p. 32.
  55. ↑ Christol et Nony, p. 213.
  56. ↑ Lançon (1997), p. 33.
  57. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 22.
  58. ↑ Christol et Nony, p.  214.
  59. ↑ Roger Remondon, La crise de l’Empire romain, PUF, collection « Nouvelle Clio – l’histoire et ses problĂšmes Â», Paris, 1964 (2e Ă©dition 1970), p. 129-130.
  60. ↑ En 312, Constantin fait passer le cycle de recensement Ă  15 ans (pĂ©riode nommĂ©e l'indiction) ; Remondon, op. cit., p. 292.
  61. ↑ Petit, p. 589-590.
  62. ↑ Petit, p. 591.
  63. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 23.
  64. ↑ Georges Ostrogorsky, traduction française de J. Gouillard, Histoire de l’état byzantin, Payot, 1977, pp 94-95
  65. ↑ a  et b  Ducellier, Kaplan et Martin, p. 24.
  66. ↑ Pour le problĂšme des sources voir Yves ModĂ©ran, La conversion de Constantin et la christianisation de l’Empire romain, confĂ©rence pour la RĂ©gionale de l’APHG en juin 2001.
  67. ↑ Christol et Nony, p. 233. Aline Rousselle dit que « les chrĂ©tiens Ă©taient une puissante minoritĂ© prĂ©sente dans des lieux et positions clĂ©s (en 312). Â» in Nouvelle histoire de l’AntiquitĂ©, tome 9, Seuil, 1999.
  68. ↑ C’est entre autres le point de vue que le cardinal DaniĂ©lou dĂ©veloppe dans la Nouvelle histoire de l’Église parue au Seuil en 1963. Il Ă©crit : « Au dĂ©but du IVe siĂšcle, les forces vives de l’Empire Ă©taient en grande partie chrĂ©tiennes
 En dĂ©gageant l’Empire de ses liens avec le paganisme, Constantin ne sera pas un rĂ©volutionnaire. Il ne fera que reconnaĂźtre en droit une situation dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©e dans les faits Â».
  69. ↑ Entre autres par Alan Cameron et Robin Lane Fox aux États-Unis, et Pierre Chuvin et Claude Lepelley en France.
  70. ↑ Robin Lane Fox, PaĂŻens et chrĂ©tiens : La religion et la vie religieuse dans l’Empire romain de la mort de Commode au Concile de NicĂ©e, Presses Universitaires du Mirail, 1997.
  71. ↑ Roger S. Bagnall, Egypt in Late Antiquity, Princeton, Princeton University Press, 1993.
  72. ↑ Lançon (1997), p. 60.
  73. ↑ G. Stroumsa, La Fin du sacrifice. Les mutations religieuses de l’AntiquitĂ© tardive, Odile Jacob, 2005, p. 182.
  74. ↑ Lire le compte rendu de Bruno Delorme sur l’ouvrage de G. Stroumsa en pages 3 et 4 dans [3]
  75. ↑ A. Momigliano, The Disadvantages of monotheism for an universal state, Classical Philology, t. 81, 1986, p. 285-297.
  76. ↑ Balard, GenĂȘt, Rouche.
  77. ↑ Lactance, De la mort des persĂ©cuteurs, XXXIII, 1.
  78. ↑ Robert Turcan, Constantin en son temps, Edition Faton, 2006, (ISBN 2-87844-085-4), p. 138.
  79. ↑ Par exemple sainte Catherine, saint Georges ou encore la lĂ©gion thĂ©baine.
  80. ↑ C’est la thĂšse avancĂ©e par AndrĂ© Piganiol dans son livre, L’empereur Constantin publiĂ© aux Ă©ditions Rieder en 1932.
  81. ↑ Gilbert Dagron ,Empereur et prĂȘtre, Ă©tude sur le cĂ©saropapisme byzantin, Gallimard, 1996.
  82. ↑ EusĂšbe de CĂ©sarĂ©e, Vie de Constantin, III, 6-7.
  83. ↑ Christianisme et stoïcisme, X-Passion, 2001 dans
  84. ↑ Ambroise, Lettres, 10, 9-10.
  85. ↑ L’empereur d’Orient promulgue des lois qui interdisent les doctrines s’opposant Ă  la foi de NicĂ©e : Code ThĂ©odose, 16, 1, 2 et 16, 5, 4.
  86. ↑ Code ThĂ©odose, 16, 5, 5.
  87. ↑ Code ThĂ©odose, 16, 1, 4.
  88. ↑ Histoire du droit, 1re annĂ©e de DEUG, UniversitĂ© Paris X - Nanterre dans [4]
  89. ↑ Code ThĂ©odose,XVI, V, 7 et XVI, VII, 2
  90. ↑ Esther Benbassa, article antisĂ©mitisme, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007.
  91. ↑ Maurice Sartre, « Des rites abominables et des mƓurs effrĂ©nĂ©es Â», L’Histoire, no 269 (octobre 2002), p. 32-35.
  92. ↑ Giovani Miccoli, « Ils ont tuĂ© le Christ
 Â», L’Histoire no 269 (octobre 2002), p. 36.
  93. ↑ Christol et Nony, p. 236.
  94. ↑ Lançon (1997), p. 62.
  95. ↑ Anne Boud’hors dans [5].
  96. ↑ Les royaumes barbares : culture et religion, dans [6].
  97. ↑ Lançon (1997), p. 84.
  98. ↑ Peter Garnsey et Caroline Humfress, L’Évolution du monde de l’AntiquitĂ© tardive, chapitre 4, La DĂ©couverte, 2005.
  99. ↑ La lĂ©gende raconte qu’Antoine s’est retirĂ© dans le dĂ©sert Ă©gyptien comme ermite pendant la persĂ©cution de Maximien en 312. Sa renommĂ©e attire auprĂšs de lui un grand nombre de disciples imitant son ascĂ©tisme afin d’approcher la saintetĂ© de leur maĂźtre. Plus il se replie dans une rĂ©gion reculĂ©e et sauvage, et plus des disciples accourent. Ils construisent leurs huttes autour de celle de leur pĂšre spirituel rompant ainsi son isolement. C’est ainsi que serait nĂ©e la premiĂšre communautĂ© monastique, composĂ©e d’anachorĂštes vivant chacun dans leur propre maison.
  100. ↑ Lançon (1997), p. 67.
  101. ↑ On ignore Ă  partir de quand les chrĂ©tiens prennent l’habitude de fixer le calendrier de leurs fĂȘtes. Le chronographe de 354, communĂ©ment appelĂ© « calendrier de 354 Â», juxtapose la liste des saints Ă  cĂ©lĂ©brer, PĂąques, la NativitĂ©, la Natalice de Saint Pierre aux fĂȘtes romaines traditionnelles. Voir [7].
  102. ↑ Lançon (1997), p. 69.
  103. ↑ G. Stroumsa, op. cit., p. 167.
  104. ↑ Sans doute s’agit-il aussi d’un legs de la philosophie platonicienne et de la volontĂ© du penseur grec d’imposer en politique la VĂ©ritĂ© philosophique comme norme absolue, idĂ©e reprise par le christianisme et sa thĂ©ologie.
  105. ↑ Garnsey et Humfress, op. cit., chapitre 5.
  106. ↑ Aujourd’hui, ce credo, Ă  une nuance prĂšs, est toujours partagĂ© par les trois confessions chrĂ©tiennes.
  107. ↑ Symbole de NicĂ©e de 325. Le concile de Constantinople de 381 ajoute que le Christ a Ă©tĂ© « engendrĂ© du PĂšre avant tous les siĂšcles, ceci pour montrer qu’il est incrĂ©Ă© Â».
  108. ↑ Lançon (1997), p. 82.
  109. ↑ a  et b  Jacques-NoĂ«l PĂ©rĂšs dans Historia, disponible sur
  110. ↑ Dictionnaire universel et complet des conciles du chanoine Adolphe-Charles Peltier, publiĂ© dans L’EncyclopĂ©die thĂ©ologique de l’abbĂ© Jacques-Paul Migne (1847), tomes 13 et 14.
  111. ↑ La religion copte dans [8].
  112. ↑ Le Monde de la Bible, entretien avec Anne Boud’hors dans [9].
  113. ↑ a  et b  AndrĂ© Chastagnol, Le Bas-Empire, Armand Colin, 1999.
  114. ↑ Pierre Chuvin, Chronique des derniers païens, Les Belles Lettres, 1994.
  115. ↑ Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siĂšcles, les Belles Lettres.
  116. ↑ a  et b  Henri Lavagne, « La tolĂ©rance de l’Église et de l’État Ă  l’égard des Ɠuvres d’art du paganisme dans l’AntiquitĂ© tardive Â», Études littĂ©raires, 2000.
  117. ↑ Code Justinien 1, 5, 12 : « Il est juste de priver de biens terrestres ceux qui n’adorent pas le vrai Dieu. Â»
  118. ↑ « S’ils dĂ©sobĂ©issent, qu’ils sachent qu’ils seront exclus de l’État et qu’il ne leur sera plus permis de rien possĂ©der, bien meuble ou immeuble ; dĂ©pouillĂ©s de tout, ils seront laissĂ©s dans l’indigence, sans prĂ©judice des chĂątiments appropriĂ©s dont on les frappera. Â» Code Justinien 1, 11, 10.
  119. ↑ Georges Ostrogorsky, ouvrage prĂ©citĂ©, p 167
  120. ↑ a  et b  Lançon (1997), p. 77.
  121. ↑ Lançon (1997), p. 112.
  122. ↑ Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin et Yann Le Bohec, Histoire romaine, Paris, PUF, 1995, p. 505.
  123. ↑ A.H.M. Jones, Le dĂ©clin du monde antique 284-610, Paris, Éditions Sirey, 1970, p. 297.
  124. ↑ Cette moissonneuse est connue par deux bas reliefs à Arlon et Montauban-Buzenol et par la description de Palladius au IVe siùcle, Opus agriculturae, VII
  125. ↑ Ausone cite l’usage du moulin à eau
  126. ↑ Sous Honorius en 422, d’importantes surfaces sont rayĂ©es des registres d’impĂŽt comme improductives en Italie, en ByzacĂšne et en Afrique proconsulaire, tandis qu’on ne constate pas de semblable recul en Orient  ; Roger Remondon, La crise de l’Empire romain, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problĂšmes, Paris, 1964, 2e Ă©dition 1970, pp 300-301
  127. ↑ Dans une intervention prononcĂ©e pendant le colloque international organisĂ© par la Chaire de recherche senior du Canada en interactions sociĂ©tĂ©-environnement naturel dans l’Empire romain dans [10].
  128. ↑ Christol et Nony, p. 219
  129. ↑ Anonyme, De rebus bellicis, 2.
  130. ↑ Lançon (1997), p. 47.
  131. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 29.
  132. ↑ Christol et Nony, p. 221.
  133. ↑ Peter Brown, Pouvoir et persuasion dans l’AntiquitĂ© tardive : vers un Empire chrĂ©tien, Seuil, 1998, p. 37.
  134. ↑ Voir Badel.
  135. ↑ Christol et Nony, p. 234.
  136. ↑ Balard, GenĂȘt et Rouche, p. 28.
  137. ↑ Lançon (1997), p. 105.
  138. ↑ Christol et Nony, p. 223.
  139. ↑ Lançon (1997), p. 106.
  140. ↑ Christol et Nony, p. 224.
  141. ↑ Christol et Nony, p. 225.
  142. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 29.
  143. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 30.
  144. ↑ Lançon (1997), p. 108.
  145. ↑ Christol et Nony, Des Origines de Rome aux invasions barbares, p. 226.
  146. ↑ François DĂ©cret, « L’Afrique chrĂ©tienne, de la « grande persĂ©cution Â» Ă  l’invasion vandale Â», BibliothĂšque en ligne, Clio.fr
  147. ↑ M. O’Flynn, Generalissimos of the Western Roman Empire, The Univ. of Alberta Press, 1983, p 15
  148. ↑ Saint-JĂ©rĂŽme, contemporain de Stilicon et nĂ© Ă  Stridon, Ă  la frontiĂšre entre la Dalmatie et la Pannonie, Ă©crit : «la mĂšre de Stilicon semble ĂȘtre Romaine ».
  149. ↑ Michel Balard, Jean-Philippe GenĂȘt, Michel Rouche, (1973), p 24
  150. ↑ Michel Balard, Jean-Philippe GenĂȘt, Michel Rouche, (1973), p 27
  151. ↑ Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin et Yann Le Bohec, Histoire romaine, Paris, PUF, 1995 (1991), p. 501-502.
  152. ↑ Bertrand Lançon, Rome dans l’AntiquitĂ© tardive, 312-604 aprĂšs J.-C., Paris, Hachette, 1995, p. 15-16, 18, 22, 25 et 36.
  153. ↑ Lançon (1997), p. 98.
  154. ↑ Lançon (1995), p. 43-46.
  155. ↑ Jean Durliat, De la ville antique à la ville byzantine, le problùme des subsistances, Rome, 1990.
  156. ↑ Lançon (1997), p. 49.
  157. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 25.
  158. ↑ Christol et Nony, p. 218.
  159. ↑ Memo, le site de l’histoire, Hachette MultimĂ©dia dans
  160. ↑ Lançon (1997).
  161. ↑ Dans Le Proche-Orient mĂ©diĂ©val publiĂ© en 1978 aux Ă©ditions Hachette U
  162. ↑ Lançon (1997), p. 97.
  163. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 24-25.
  164. ↑ Dictionnaire universel et complet des conciles du chanoine Adolphe-Charles Peltier, publiĂ© dans l'EncyclopĂ©die thĂ©ologique de l’abbĂ© Jacques-Paul Migne (1847), tomes 13 et 14.
  165. ↑ Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou, Histoire de l’éducation dans l’AntiquitĂ©, tome 2, p 134 Ă  136, Le Seuil, 1948
  166. ↑ Robert Turcan, « L. Jerphagnon, Julien dit l’Apostat», Revue de l’histoire des religions (1987) no 3.
  167. ↑ Claude Lepelley, Les citĂ©s de l’Afrique romaine au Bas-Empire, Tome I : La permanence d’une civilisation municipale, Études augustiniennes, 1979, p. 229-230.
  168. ↑ A.H.M. Jones, Le dĂ©clin du monde antique. 284-610, Ă©ditions Sirey, 1970, p. 235.
  169. ↑ Lançon (1997), p. 87.
  170. ↑ Basic theology.com dans
  171. ↑ a  et b  Le Monde de la Bible, entretien avec Anne Boud’hors dans
  172. ↑ Ducellier, Kaplan et Martin, p. 27.
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  175. ↑ EncyclopĂ©die de l’Agora dans [11].
  176. ↑ Pierre Gisel, La ThĂ©ologie face aux sciences religieuses, Labor et Fides, 1999.
  177. ↑ Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou, Histoire de l’éducation dans l’AntiquitĂ©, tome 2, Seuil, 1981.
  178. ↑ Lançon (1997), p. 104.
  179. ↑ Stroumsa, p. 50.
  180. ↑ Stroumsa, p. 64.
  181. ↑ Lançon (1997), p. 88.
  182. ↑ Lançon (1997), p. 89.
  183. ↑ Jean Blain, « Sous la loi de Dieu Â», Lire, novembre 2000.
  184. ↑ Texte publiĂ© sur [12] (site Le monde arabe ayant disparu du web en 2002).
  185. ↑ Lançon (1997), p. 100.
  186. ↑ Lançon (1997), p. 101.
  187. ↑ Lançon (1997), p. 102.
  188. ↑ a , b  et c  NoĂ«l Duval, article « AntiquitĂ© tardive Â», Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007.
  189. ↑ Le couvent blanc.
  190. ↑ «Nam quid divinius isto ut puncto exiguo culpa cadat populi?»
  191. ↑ Lançon (1997), p. 20-21.

Voir aussi

Liens internes

Bibliographie

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  • Christophe Badel, La Noblesse de l’Empire romain. Les masques et la vertu, Champ Vallon, Seyssel, 2005 (ISBN 978-2876734159).
  • Michel Balard, Jean-Philippe GenĂȘt, Michel Rouche, des Barbares Ă  la Renaissance, Hachette, Paris, 1973 (ISBN 2011455405). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Michel Banniard, GenĂšse culturelle de l’Europe, Seuil, Paris, 1989 (ISBN 2-02-010972-7).
  • Peter Brown :
    • (en) The World of Late Antiquity: 150-750 AD, W. W. Norton & Co., New York, 1989 (2e Ă©dition) (ISBN 0-393-95803-5) ;
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  • Jean-Michel CarriĂ© et Aline Rousselle, L’Empire romain en mutation, des SĂ©vĂšres Ă  Constantin, Seuil, Paris, 1999 (ISBN 2020258196)
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  • Émilienne Demougeot, De l’unitĂ© Ă  la division de l’Empire romain 395-410. Essais sur le gouvernement impĂ©rial, Maisonneuve, Paris, 1951 (ISBN 845560).
  • Roland Delmaire, Les Institutions du Bas Empire romain de Constantin Ă  Justinien, Cerf, Paris, 1995 (ISBN 2-204-05052-0).
  • Alain Ducellier, Michel Kaplan, et Bernadette Martin, le Proche-Orient mĂ©diĂ©val, Hachette, collection « U Â», Paris, 1978. Ce livre a Ă©tĂ© renommĂ© Le Moyen Âge en Orient, Byzance et l’Islam : des Barbares aux Ottomans dans sa rĂ©Ă©dition de 1997. (ISBN 2011455391). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Peter Garnsey et Caroline Humfress, L’Évolution du monde de l’AntiquitĂ© tardive, La DĂ©couverte, Paris, 2004 (ISBN 2-913944-68-X).
  • Bertrand Lançon :
    • L’AntiquitĂ© tardive, PUF, coll. « Que sais-je ? Â» (no 1455), Paris, 1997 (ISBN 2130481256) ; Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
    • Le Monde romain tardif, Armand Colin, Paris, 1992 (ISBN 2200352344).
  • (en) Ramsay MacMullen, Christianity and Paganism in the Fourth to Eigth Centuries, Yale University Press, New Haven, 1999 (ISBN 0-300-08077-8).
  • Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou :
    • Histoire de l’éducation dans l’AntiquitĂ©, Seuil, Paris, 1948 (ISBN 2020060159) ; Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
    • DĂ©cadence romaine ou AntiquitĂ© tardive ?, Seuil, Paris, 1977 (ISBN 2020047136) ;
    • L’Église de l’AntiquitĂ© tardive (303-604), Seuil, Paris, 1985 (ISBN 2020087472).
  • Paul Petit, Histoire gĂ©nĂ©rale de l’Empire romain, t. 3, Seuil, Paris, 1974 (ISBN 2020026775). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • (de) AloĂŻs Riegl, SpĂ€trömische Kunstindustrie, Druck und Verlag der österreichischen Staatsdruckerei in Wien, Vienne, 1901.
  • Paul Veyne, Peter Brown, Aline Rousselle, GenĂšse de l’AntiquitĂ© tardive, Gallimard, Paris, 2001 (ISBN 2070700267).
  • Helal Ouriachen, El Housin, 2009, La ciudad bĂ©tica durante la AntigĂŒedad TardĂ­a. Persistencias y mutaciones locales en relaciĂłn con la realidad urbana del MediterrĂĄneo y del AtlĂĄntico, tesis doctoral, Universidad de Granada, Granada.

Sources latines et grecques

Liens externes


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