Menelik II

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Menelik II

MĂ©nĂ©lik II d'Éthiopie

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ዳግማዊ ምኒልክ
Ménélik II
Negusse Negest d'Abyssinie
Menelik II.jpg

RĂšgne
3 novembre 1889 - 12 décembre 1913
Sacre 3 novembre 1889
(Entoto Mariam)
Dynastie Dynastie Salomonide
Titre complet Roi des Rois d'Éthiopie, Lion conquĂ©rant de la Tribu de Judah, Ă©lu de Dieu
Prédécesseur YohannÚs IV
Successeur Iyasou V

Autres fonctions
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Biographie
Nom de naissance Sahle Maryam
Naissance 19 août 1844
Ankober, Abyssinie
DécÚs 12 décembre 1913
Addis Abeba,
Abyssinie
PĂšre Negus Haile Malakot
MĂšre Woizero Atitegeb Wondbewossen
Consort(s) Taytu Betul
Descendance Zaoditou I
Shoaregga
Wossen Seged

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Empereur d'Éthiopie

MĂ©nĂ©lik II d'Éthiopie (Ge'ez: ዳግማዊ ምኒልክ, dĂ€gmawi Menilek en amharique, Prononciation du titre dans sa version originale) (19 aoĂ»t 1844 - 12 dĂ©cembre 1913), nĂ© sous le nom de Sahle Maryam, est un Prince, Negus du Choa de 1866 au 3 novembre 1889 puis Negusse Negest d'Abyssinie du 3 novembre 1889 au 12 dĂ©cembre 1913. Son rĂšgne est marquĂ© par des politiques de modernisation et des campagnes d'expansion territoriale modifiant considĂ©rablement la superficie de l'Empire et donnant au pays sa forme actuelle. Menelik II reste cĂ©lĂšbre, au-delĂ  des frontiĂšres Ă©thiopiennes, pour avoir remportĂ© la bataille d'Adoua en 1896 face aux Italiens. Cette victoire est relatĂ©e dans la presse internationale consacrant la stature internationale du Roi des Rois et faisant de son Empire le symbole du maintien d'une indĂ©pendance africaine face au colonialisme europĂ©en.

Sommaire

Jeunesse de Menelik

Naissance de Menelik et départ vers Magdala

Negus Sahle Selassie, grand-pĂšre de Menelik

Le prince Sahle Maryam est nĂ© le 19 aoĂ»t 1844[1] Ă  Ankober, dans le Choa, et fut dĂ©signĂ© comme hĂ©ritier de la branche choanne de la dynastie salomonide, descendant directement du Roi Salomon et de la Reine de Saba. Il est le fils de Haile Melekot, Negus du Choa, et de Ijigayehu, qui aurait Ă©tĂ© une jeune femme travaillant pour Bezabesh, mĂšre de Negus Haile Malakot. Lorsque celle-ci se rendit compte que cette employĂ©e du palais Ă©tait enceinte, Haile Melekot nia d’abord pour ensuite reconnaĂźtre la relation, faisant espĂ©rer Ă  Bezabesh la possibilitĂ© pour son fils de donner naissance Ă  un hĂ©ritier. Lorsque Sahle Maryam naquit, un mariage fut cĂ©lĂ©brĂ© lors d’une cĂ©rĂ©monie civile et Sahle Selassie, heureux d’apprendre cette nouvelle, dĂ©cida de donner Ă  son petit-fils le nom de Menelik, prophĂ©tisant un rĂšgne glorieux pendant lequel l’Empire Ă©thiopien sera reconstituĂ© se basant sur l’histoire de Menelik I[2]. Initialement, Negus Haile Malakot avait refusĂ© de reconnaĂźtre Sahle Maryam, mais Bezabesh interviendra en le faisant lĂ©gitimer par un conseil de parents qui avait conclu que la ressemblance entre le fils et le pĂšre Ă©tait Ă©vidente. Une autre version indique que lors de la naissance de Sahle Maryam, Negus Haile Malakot s'Ă©tait mariĂ© temporairement avec la jeune femme afin de lĂ©gitimer la naissance[3]. Il reçut le mĂȘme genre d'Ă©ducation que son pĂšre. Son tuteur Ă©tait Ato Nadew, trĂšs proche de Sahle[2]. En octobre 1855, alors que des combats opposaient les forces de Tewodros II Ă  celle de Haile Malakot, ce dernier se trouvait Ă  Debre Berhan. Lorsqu’il apprit que les soldats du Negusse Negest Ă©taient proches de la ville, il la fit Ă©vacuer et brĂ»ler, il ordonna Ă  un groupe de chefs loyaux Choans, parmi lesquels Darge Sahle Selassie, de fuir avec Sahle Maryam et de le protĂ©ger. Ils partirent vers le plateau de Minjar, situĂ© entre les riviĂšres Awash et Kasam. Les troupes de Tewodros II dĂ©cidĂšrent alors de faire pression sur la position occupĂ©e par les Choans jusqu’à ce que Darge accepte d’abdiquer. En fĂ©vrier 1856, le Choa perdit sa souverainetĂ© et le Negusse Negest retourna Ă  son palais accompagnĂ© de Sahle Maryam, Nadaw, Darge et d’autres chefs[4].

Vie Ă  la forteresse de Magdala

Forteresse de Magdala oĂč Sahle Ă©tait retenu captif

Reçu avec tous les honneurs en raison de son rang de prince, Sahle Maryam arriva Ă  la cour oĂč Tewodros II le traitera «comme un fils Â»[5]. Le Negusse Negest ne fut pas le seul Ă  se montrer courtois, les officiers se montraient Ă©galement respectueux et affichaient une certaine admiration[5]. Lorsqu'un jour il Ă©voqua cette captivitĂ©, il dĂ©clara : « bien qu’il ait tuĂ© mon pĂšre et qu’il m’ait emmenĂ© Ă  sa cour, il m’a toujours aimĂ© comme un fils ; il m’éduquait avec la plus grande attention, et me montrait presque plus d’affection qu’envers son propre fils Â». Toujours selon Sahle, Tewodros II lui aurait dit « plus qu’une fois... que je rĂšgnerais aprĂšs lui Â»[6]. A la cour, Sahle avait rencontrĂ© des personnes avec lesquelles il allait entretenir une longue amitiĂ©, en particulier avec Lij Wale, membre de la famille Yejju et frĂšre de Taytu Betul.

Sahle recevait la mĂȘme Ă©ducation que Mengesha Yohannes, fils du Negusse Negest : une Ă©ducation de l'Église Ă©thiopienne orthodoxe mais Ă©galement des cours de stratĂ©gie militaire et d’équitation. Il acquĂ©rait son expĂ©rience politique Ă  travers sa proximitĂ© avec les hautes sphĂšres de l’administration et du pouvoir. Il avait d’ailleurs probablement remarquĂ© certaines erreurs de Tewodros II, notamment son intolĂ©rance envers les musulmans qui avait provoquĂ© une instabilitĂ© dans le Wollo, rĂ©gion devenue ingouvernable. Toutefois, Sahle se montrait serviable envers le Negusse Negest, en Ă©change il reçut le titre de Dejazmatch[7] ainsi que la main de la princesse Alitash[8].

Fuite de Magdala et retour dans le Choa

NĂ©anmoins, Sahle gardait en tĂȘte son retour dans le Choa. Tant que Tewodros II contrĂŽlait la totalitĂ© de l'Empire, aucune action ne fut envisagĂ©e. En 1864, l’influence du Negusse Negest commence Ă  s’affaiblir : Ato Bezabeh s’était proclamĂ© dirigeant indĂ©pendant du Choa et l’expĂ©dition punitive envoyĂ©e Ă©choua[9]. Sahle s’inquiĂ©tait de ce changement malgrĂ© une dĂ©claration passĂ©e de Bezabeh : « si le fils de [mon ancien] maĂźtre retourne, je devrai lui remettre les rĂȘnes du pouvoir, mais si quelqu’un d’autre revendiquerait le poste, je ne l’abandonnerai pas Â»[10]. Sahle craignait que Bezzabeh consolide son pouvoir et empĂȘche un retour dans son royaume, par ailleurs les partisans de son pĂšre l’appelaient Ă  retourner le plus rapidement possible[11]. Une unique solution apparaissait : la fuite de la forteresse de Magdala; or certains membres de la cour le pressentaient et informĂšrent Tewodros II, celui-ci ne prit aucune dĂ©cision en raison de sa confiance envers Sahle[12].

Le 1er juillet 1865, au milieu de la nuit, Sahle et quelques partisans s’échappĂšrent de la forteresse. Ils passĂšrent par le large gouffre entre l’Amba Magdala et le Wollo. Au moment du dĂ©part, Sahle avait chargĂ© une personne de transmettre le message suivant Ă  la Reine Worqitu du Wollo, une ennemie de Tewodros II : « Je suis arrivĂ©. Envoyez-moi des hommes afin de me recevoir»[13]. À l’aube, Sahle arriva dans le Wollo oĂč Worqitu avait probablement prĂ©vu de le capturer afin de l’échanger contre son fils, un imam, emprisonnĂ© Ă  Magdala. La Reine du Wollo envoya un messager Ă  Tewodros II afin de lui prĂ©senter la proposition mais le Negusse Negest avait dĂ©jĂ  pris connaissance de la fuite qui signifiait la perte d’un royaume, il dĂ©clara que la Reine « a trouvĂ© un fils libre ; elle peut se passer de celui qui est enchaĂźnĂ© Â»[14] et ordonna l'exĂ©cution de son fils. À partir de 1865[15], une sĂ©rie d’évĂšnements allaient provoquer une dĂ©stabilisation de l’autoritĂ© de Tewodros II dont le comportement sera en bonne partie responsable[15]. Une famine frappa tout d’abord les rĂ©gions du TigrĂ© et du BĂ©gemder[15]. Au dĂ©but de l'annĂ©e 1866, il lança une expĂ©dition punitive dont les victimes furent les civils et non les rebelles[15]. Vers la mi-novembre 1866[15], il ordonna le pillage de Gonder en rĂ©ponse Ă  la rĂ©bellion de Tiso Gobaze[15]. Vers la mi-1867[15], craignant sans aucune preuve la dĂ©sertion de ses troupes, il ordonna le massacre de 800[15] soldats. Ces actions avaient amenĂ© de nombreuses troupes Ă  rejoindre l'armĂ©e de Sahle Maryam. À la suite de l’exĂ©cution du fils de Worqitu du Wollo, celle-ci comprit que la prĂ©sence de Sahle Ă©tait inutile dans sa province mais que toutefois s’il montait sur le trĂŽne du Choa, il pourrait ĂȘtre un alliĂ© important. Elle ordonna donc Ă  ses soldats de l'escorter afin qu’il puisse retourner dans son royaume natal[15].

Sahle Maryam, Negus du Choa

DĂ©but de rĂšgne

Lutte contre Bezabeh

En aoĂ»t 1866, Sahle arriva dans l'est du Choa avec le noyau de sa nouvelle armĂ©e et se proclama Negus[15]. Ato Bezabeh, alors souverain au moment de son arrivĂ©e, tenta de faire croire Ă  Worqitu qu'une fois au pouvoir, ils seraient tous deux capturĂ©s par Sahle et remis Ă  Tewodros II[15]. Une confrontation eut lieu entre Sahle Maryam et Bezabeh, la plupart des soldats dĂ©cidĂšrent de se joindre au camp du premier[16] et le second fuya alors vers Amba Afqara [17]. Cette victoire rapporte Ă  Sahle 1000 mousquets[16] auxquels s’ajoutĂšrent 1000 armes Ă  feu et 3 canons trouvĂ©s Ă  Kebrat Amba[16]. Lorsqu'il arriva Ă  Ankober, il fut accueilli par une population en liesse et un clergĂ© heureux de sa venue[18]. Bezabeh dĂ©cida alors de demander pardon, cette requĂȘte fut soutenue par des prĂȘtres et d’importants hommes politiques[16], elle fut finalement acceptĂ©e par Sahle qui offrit le fief d’Abba Motti en Ă©change de cette soumission[19].

DĂšs le dĂ©but de son rĂšgne, la politique de Sahle Maryam fut marquĂ©e par le volontĂ© de conciliation et la magnanimitĂ© envers ses ennemis[16]. Il dĂ©cida de travailler en paix avec l'administration choanne dĂ©jĂ  en fonction. Par la suite, mĂȘme lorsqu'il accĂ©da au trĂŽne impĂ©rial, il privilĂ©giait toujours la rĂ©conciliation afin d’éviter la guerre et les effusions de sang[16]. Il Ă©tait important pour l'instant qu’il consolide son autoritĂ© en raison des menaces externes notamment celle des Oromos dont les offensives Ă©taient de plus en plus nombreuses[20]. Au pouvoir, il dĂ©cida Ă©galement d'abolir diverses rĂ©formes de Tewodros II[20]. Son attitude conciliatrice se retrouva dans sa tolĂ©rance religieuse envers les musulmans et les oromos paĂŻens[21] et le second fuya alors vers Amba Afqara [22]. Afin d'assurer ce respect, l'Ă©dit suivant fut promulguĂ© : « Tout dĂ©bat religieux est interdit dans le Choa oĂč tous les cultes sont libres ; tout prĂȘtre Ă©thiopien reconnu coupable d'avoir provoquĂ© une controverse religieuse sera puni de mort. Â»[23]. Ce texte visait Ă©galement Ă  mettre fin au dĂ©bat entre les religieux favorables Ă  la thĂ©orie de la double naissance du Christ et ceux favorables Ă  la thĂ©orie de la triple naissance[21].
Une fois son autoritĂ© bien Ă©tablie, Sahle dĂ©cida qu’il fallait en finir avec Bezabeh qui continuait Ă  troubler le royaume dont il se prĂ©tendait toujours Negus, par ailleurs, on apprit qu’il conspirait avec les Oromos[21]. Sahle Maryam porta l'affaire devant un tribunal estimant que les preuves de traĂźtrise Ă©taient suffisantes[21]. MalgrĂ© son refus d'Ă©vacuer son armĂ©e d'Amba Afqara, Bezabeh se prĂ©senta devant la justice. Devant le conseil convoquĂ© pour l’occasion, Sahle dĂ©buta la sĂ©ance avec la dĂ©claration suivante :

« Je dĂ©pose trois plaintes contre Bezabeh : 1, il m’a attaquĂ© lorsqu’à mon retour d’exil, il refusa de me remettre l'alga [trĂŽne] de mon pĂšre; 2, aprĂšs l'avoir pardonnĂ© pour l'amour de Dieu, on a dĂ©couvert qu'il complotait contre mon alga, dans ma ville oĂč il est restĂ© ; 3, en accord avec son peuple, il refuse maintenant d’abandonner mon amba [mont] et il a tuĂ© mes soldats. Et maintenant, sages et chefs, examinez son cas et jugez entre lui et moi. Â»[24].

Par la suite, Bezabeh fut condamnĂ© Ă  mort et abattu. Ses soldats rejoignirent alors l'armĂ©e de Sahle Maryam[21]. En 1866, il contrĂŽlait la totalitĂ© du Choa au moment mĂȘme oĂč Tewodros II pillait Gonder et voyait la fin de son rĂšgne approcher.

Sahle Maryam et la fin de Tewodros II

Sahle affirma clairement ses ambitions impĂ©riales dĂšs son arrivĂ©e sur le trĂŽne du Choa. Vers septembre/octobre 1867[25], lorsqu'il Ă©crivit une lettre au PĂšre (futur Cardinal) Guglielmo Massaja, un missionaire italien catholique Ă  Aden, Sahle se prĂ©senta comme le « Roi des Rois Â»[26]. Dans deux autres lettres prĂ©cĂ©demment envoyĂ©es Ă  la Reine Victoria[27], Sahle s'Ă©tait prĂ©sentĂ©, selon les Britanniques, sous le titre de « Sultan Negus Â»[25], une interprĂ©tation incorrecte du titre « Roi des Rois Â». Dans les deux lettres il annonça sa succession au trĂŽne de son pĂšre; dans celle adressĂ©e Ă  Victoria, il demanda la rĂ©ouverture des relations entre la Grande-Bretagne et le Choa[25], souhaitant par cette manƓuvre ĂȘtre reconnu par les Britanniques avant d'entreprendre toute action Ă  l'encontre de Tewodros II[25] qui, en 1867[25], lança une expĂ©dition afin de pacifier le BĂ©gemder, seule province encore sous son contrĂŽle[25]. Sahle Maryam comptait libĂ©rer les europĂ©ens emprisonnĂ©s Ă  Magdala afin d'obtenir un soutien matĂ©riel (notamment des armes modernes) de la France et de l'Angleterre[25]. En coopĂ©ration avec la reine Worqitu qui cherchait Ă  contrĂŽler le Wollo, Sahle lança une expĂ©dition qui arriva prĂšs de Magdala le 30 novembre 1867[25]. Toutefois, bien qu'Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e de 30 000[25] hommes il se retira le 2 dĂ©cembre[25] sans livrer aucune bataille sous prĂ©texte de l'Ă©puisement des troupes[25]. En rĂ©alitĂ©, il avait entendu que Tewodros II approchait[28] et qu'au mĂȘme moment, un autre prĂ©tendant au trĂŽne avait eu la mĂȘme idĂ©e: Wagshum Gobaze[28] qui se trouvait Ă  environ 50 km[28] de Magdala au moment oĂč Sahle quittait la rĂ©gion; Gobaze va finalement se retirer Ă  son tour. Ils craignaient tous deux l'armĂ©e de Tewodros II bien que celle-ci avait Ă©tĂ© affaiblie[29]. Lors de l'expĂ©dition de Napier, celui-ci envoya une lettre Ă  Sahle clarifiant le but des Britanniques lors de cette opĂ©ration : « Nous ne venons pas pour la [Éthiopie] conquĂ©rir, ni pour la soumettre Ă  notre gouvernement, mais uniquement pour libĂ©rer nos frĂšres injustement dĂ©tenus par Theodore. Â»[30]. Napier avertit le Negus du Choa que si Tewodros II venait Ă  se rĂ©fugier dans son royaume ou s'il recevait une quelconque aide de sa part, les troupes britanniques pĂ©nĂštreraient dans son territoire[31]. Sahle dĂ©cida de recevoir Massaja afin d'Ă©couter ses conseils. Celui-ci affirma que les Britanniques s'en sortiraient vainqueurs mĂȘme si l'ensemble de l'Abyssinie s'unissait et se tenait prĂȘte Ă  dĂ©fendre Tewodros II[32]. Sahle rĂ©pondit que la majoritĂ© des Abyssins ne soutenaient plus le Negusse Negest bien qu'une intervention britannique puisse rallier bon nombre de seigneurs locaux Ă  la cause de Tewodros II[31]; par ailleurs, en temps que Prince Ă©thiopien, il Ă©tait personnellement obligĂ© de dĂ©fendre toute violation des frontiĂšres de l'Empire. La semaine suivante, Sahle et ses troupes quittĂšrent Warra Hailu pour le Wollo afin de rejoindre l'armĂ©e de Worqitu[31] pour se diriger vers Magdala. Alors qu'il avait assurĂ© aux Britanniques l'aide du Choa, Sahle dĂ©cida finalement de retourner dans le Wollo, apparemment pour fĂȘter PĂąques[31], sans qu’il n'ait fourni aucun soutien Ă  la Grande-Bretagne[33]. Outre la volontĂ© de ne pas prendre un trop grand risque en s'alliant avec les Britanniques[34], Sahle se sentait incapable d'anĂ©antir l'homme qui l'avait traitĂ© comme un fils[34]. L'expĂ©dition de Napier fut lancĂ©e et au cours de celle-ci Tewodros II se donna la mort. Sahle avouera Ă  Massaja qu'il Ă©tait attristĂ© par ce dĂ©cĂšs, le missionnaire Ă©tait Ă©tonnĂ© et lui demanda pour quelle raison il avait organisĂ© un jour de cĂ©lĂ©bration Ă  la suite de la mort de Tewodros II. Sahle rĂ©pondit qu'il souhaitait « satisfaire les passions du peuple Â»[34] et il dĂ©clara Ă©galement qu'il n'avait pas participĂ© aux festivitĂ©s mais qu'il s'Ă©tait rendu dans une forĂȘt pour y pleurer la mort prĂ©maturĂ©e de l'homme qui l'avait Ă©duquĂ© et envers qui il Ă©prouvait toujours un sentiment d’affection filiale[35]; l'idĂ©e trahir Tewodros II l'avait vĂ©ritablement rĂ©pugnĂ©[34]. Son volontĂ© Ă©tait seulement de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts du Choa[34]. Toutefois, lorsqu'il apprit que Dejazmach Kassa, plus tard Yohannes IV, avait apportĂ© une aide essentielle aux Britanniques, Sahle se mit en colĂšre en s'apperçevant que le trĂŽne impĂ©rial s’éloignait[34]. La mort du Negusse Negest marqua le dĂ©but d'une phase de confrontation entre Wagshum Gobaze, Dejazmach Kassa et Negus Sahle Maryam.

Confrontation avec Yohannes IV

La lutte indirecte (1868-1877)

Yohannes IV (Ă  gauche)

La confrontation avec Kassa Mercha (plus tard Yohannes IV) fut une consĂ©quence des ambitions impĂ©riales de Menelik. L'expĂ©dition de Napier ne lui avait rien apportĂ© mise Ă  part la libĂ©ration de certains choans dont Darge Sahle Selassie. Quant Ă  son rival, Kassa, il disposait d'un avantage militaire considĂ©rable grĂące aux armes offertes par les Britanniques en Ă©change de l'aide qu'il leur avait apportĂ©e. AprĂšs que Wagshum Gobaze se soit illĂ©galement[36] fait couronner Negusse Negest Ă  la mi-aoĂ»t 1868[36] sous le nom de Tekle Giyorgis II, Menelik dĂ©cida Ă  son tour de revendiquer le titre impĂ©rial[37], bien que son contrĂŽle se limitait Ă  son royaume. Ce titre, dĂ©pourvu de valeur, fut un moyen d’exprimer des aspirations plutĂŽt que d'affirmer une situation rĂ©elle[38]. La vĂ©ritable lutte se jouait pour l'instant entre Kassa et Tekle Giyorgis II, or ce dernier recherchait l'appui du Negus du Choa[39] et de son importante armĂ©e bien Ă©quipĂ©e[40]. Menelik comprit qu'un conflit entre les deux principaux prĂ©tendants pourrait les affaiblir voir amener Ă  leur anĂ©antissement et dĂ©cida donc de n'apporter aucun soutien au Negusse Negest[39]. Celui-ci marcha avec ses troupes vers le Choa, tout en sachant qu'il n'Ă©tait pas question d'affronter Menelik. Il stationna dans le Wollo et reçut des lettres et prĂ©sents[39] de la part du Negus du Choa. Bien que non satisfait de ces gestes, Tekle Giyorgis II quitta la province aprĂšs avoir apprit que Kassa marchait vers le nord[39]. Il comptait donc affronter la menace que ce dernier reprĂ©sentait. AprĂšs deux batailles, le 21 juin 1871[39] et le 11 juillet 1871[41], Tekle Giyorgis fut capturĂ© et emprisonnĂ©. Yohannes IV sortit grandement renforcĂ© en hommes et en armes, en plus de celles reçues des Britanniques. Le 21 janier 1872[41], il fut couronnĂ© Negusse Negest Ă  Axoum[41]. Pendant que les deux prĂ©tendants s'affrontaient, Menelik n'Ă©tait pas restĂ© inactif. A la fin de l'annĂ©e 1868[41], aprĂšs la mort de Worqitu, il dĂ©buta la pacification du Wollo, la province tampon entre le Choa et le TigrĂ©. Il fonda les ketemas (villes de garnison) stratĂ©giques de Warra Hailu et Enawari[41] qui servaient de bases Ă  des offensives dans les zones toujours sous contrĂŽle de la nouvelle Reine Mestewat, jugĂ©e non fiable[41], et son fils Abba Wato. Menelik dĂ©cida de soutenir Mahammad Ali[41], plus tard Ras Mikael, en tant que gouverneur du Wollo, cet homme Ă©tait parent de Mestewat et Worqitu[41]. Le Negus du Choa obtint par ailleurs le soutien du Dejazmatch Wale qu'il nomma gouverneur du Yejju[41]. L'inluence politique de Menelik se rapprochait donc du TigrĂ©[42]. A la mi-novembre 1871, alors que Kassa et Tekle Giyorgis combattaient, Menelik se trouvait Ă  la frontiĂšre du BĂ©gemder Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e constituĂ©e de soldats choans et du Wollo[43]; il s'Ă©tait dĂ©placĂ© afin de « profiter de toute Ă©ventualitĂ© Â»[44]. NĂ©anmoins, ses plans Ă©chouĂšrent en raison d'une rĂ©bellion de la Reine Mestewat[43]; son fils, commandant dans l'armĂ©e de Menelik, quitta les rangs avec ses hommes et se dirigea vers Magdala[43]. Affaibli par ce retrait, Menelik retourna dans le Choa, dĂ©vasta par la suite le Wollo[43] mais ne parvint pas Ă  dĂ©loger Abba Wato de Magdala[45]. A la suite de ces interventions, Menelik ne pouvait se permettre d'affronter Yohannes IV. Ce dernier avait grandement bĂ©nĂ©ficiĂ© de sa victoire contre Tekle Giyorgis: il avait Ă  sa disposition de nouvelles armes et les soldats capturĂ©s furent intĂ©grĂ©s Ă  son armĂ©e[43]. Les prioritĂ©s pour le nouveau Negusse Negest furent la stabilisation du BĂ©gemder et du Godjam, en effet, le Choa ne constituait pas, pour l'instant, un Ă©lĂ©ment essentiel pour Yohannes IV[43]. Par ailleurs, Menelik disposait tout de mĂȘme d'une bonne armĂ©e[43], en particulier la cavalerie; le Choa put ainsi garder son indĂ©pendance. NĂ©anmoins, le couronnement de Yohannes IV Ă©tait une vĂ©ritable preuve de l'Ă©chec des politiques et de la diplomatie de Menelik. Il ne reçut pas de soutien matĂ©riel des Britanniques car il ne leur avait apportĂ© aucune aide lors de l'expĂ©dition de Napier, l'affrontement entre Yohannes IV et Tekle Giyorgis ne lui bĂ©nĂ©ficia pas et enfin, il se trouva incapable d'empĂȘcher l'arrivĂ©e sur le trĂŽne du nouveau Negusse Negest. Bien que se trouvant obliger de lutter contre un souverain lĂ©gitime, les ambitions impĂ©riales de Menelik n'en furent diminuĂ©es[43]. Il reçut tout d’abord Ras Wolde Maryam[43], auparavant partisan[43] de Yohannes IV et l'envoya dans le BĂ©gemder oĂč il devait lever une armĂ©e et organiser une rĂ©bellion[43]. Il se mit Ă©galement Ă  participer Ă  des festins qu'il prĂ©parait et oĂč des nobles de la ville de Liche, des militaires et des membres du clergĂ© Ă©taient invitĂ©s[46]. Des chefs venaient mĂȘme du Godjam[46], de Gonder[46] ou du TigrĂ©[46]. Un vaste festin aurait coĂ»tĂ©, selon un officiel, plus de 15 000 thalers[46], une somme considĂ©rable pour l'Ă©poque. Menelik confiera: « Kassa
 a battu Tekle Giyorgis avec des canons; je l'ai combattu avec des thalers, du « tej Â» et du « brindo Â» [viande crue], et je suis certain de le vaincre Â»[47]. Cependant, il savait que dĂźners et rĂ©ceptions ne pourraient suffire et il souhaitait acquĂ©rir des armes au moins aussi performantes que celles de Yohannes IV, pour cela il devait accroĂźtre ses ressources financiĂšres. Le Negus du Choa Ă©tait riche en cheptel et terres[46], mais annuellement, le million de thalers disponible[46] Ă©tait utilisĂ© pour le fonctionnement de l'administration et l'armĂ©e[48]. Le difficile accĂšs Ă  la mer lui empĂȘchait de vendre les richesses du sud-ouest (dont le musc et l'ivoire)[49]. Le dĂ©veloppement du commerce Ă©tait largement freinĂ© par les lois et coutumes archaĂŻques[46] du royaume, il Ă©tait difficile pour les marchands europĂ©ens de faire des affaires face Ă  une population et un clergĂ© aussi conservateurs[50]. Dans ces conditions, une hausse du commerce n'Ă©tait pas envisagĂ©e comme une ressource suffisante afin de moderniser son armĂ©e[46].

La guerre avec l'Égypte, l'occasion manquĂ©e de renverser Yohannes IV

Une opportunitĂ© de se dĂ©barasser de Yohannes IV se prĂ©sente avec l'arrivĂ©e de l'Égypte dans la Corne de l'Afrique. Les premiers contacts sont Ă©tablis par Alaqa Birru, un dissident qui avait fui les provinces contrĂŽlĂ©es par Yohannes IV[51]. Il suggĂ©ra Ă  Menelik de coopĂ©rer avec les Égyptiens alors installĂ©s sur le bord de la mer Rouge[52]. Menelik s'adresse aux fils d'Abu Parka Pasha[51] qu'il envoye au Caire pour y nĂ©gocier une alliance avec le khĂ©dive Ismail Pacha[51]. Rien dans les archives Ă©gyptiennes ne rapportent des discussions quant Ă  cet Ă©ventuel accord[51]. Certaines sources affirment que Alaqa Birru avait servi d'intermĂ©diaire entre Menelik et Munzinger[51] et plus tard le khĂ©dive[53]. Le plan suivant aurait Ă©tĂ© Ă©laborĂ©: il s’agissait d'encercler militairement Yohannes IV qui, forcĂ© de se rendre, aurait laissĂ© le trĂŽne impĂ©rial Ă  Menelik. Les Égyptiens auraient quant Ă  eux pris possession d'une partie du TigrĂ©[54]. Cet accord est prĂ©sent dans diverses sources Ă©crites amhariques et ge'ez mais se retrouve Ă©galement par des sources orales dont un ancien proche de Menelik[55] . Dans les faits, l'attitude de Menelik semble confirmer ces accords puisqu'au dĂ©but des annĂ©es 1870[56], il n'avait toujours pas reconnu Yohannes IV comme Negusse Negest[56]. Une dĂ©faite de celui-ci face aux Égyptiens constituait une occasion unique pour le Negus du Choa. En 1873[56], il lĂšve une importante armĂ©e pour en finir avec les rĂ©voltes d'Abba Wato qui demanda le soutien de Yohannes IV[56]. En 1874-1875[56], celui-ci avait Ă©tabli son autoritĂ© sur tout le nord[56] et Ă©tait mĂȘme parvenu Ă  obtenir le soutien de Dejazmatch Adal[56] du Godjam. Yohannes IV profita de l'appel d'Abba Wato pour tenter de forcer Menelik Ă  le reconnaĂźtre Negusse Negest[57]. NĂ©anmoins, il apprend que les Égyptiens avancent de Mitsiwa[57] vers l'intĂ©rieur des terres et laissa Abba Wato seul[57]. Ce dernier est alors emprisonnĂ©[57] par Menelik qui prit la forteresse de Magdala[57]. Il nomme Mahammad Ali, gouverneur du Wollo[57] Ă  qui les chefs locaux feront allĂ©geance[57] ainsi qu'au Negus du Choa en septembre 1876[57], lors de la fĂȘte de Meskel[58]. Pendant la cĂ©rĂ©monie, Menelik appelle Ă  la tolĂ©rance religieuse: « Les populations du Wollo, bien qu'elles soient aujourd'hui musulmanes, deviendront dans deux ou trois ans nos frĂšres par le baptĂȘme ou la communion.. Ne les haĂŻssez pas... ne soyez pas irritĂ©s si des musulmans viennent Ă  vos domiciles Â» [59]. Par ailleurs, le nouveau gouverneur du Wollo et le Negus du Choa partagent leur repas, rompant ainsi les traditions religieuses[57] (les chrĂ©tiens et les musulmans ne partagent pas la nourriture d'un mĂȘme repas). Cette tolĂ©rance religieuse va permettre Ă  Menelik d'unifier beaucoup avec plus de facilitĂ© l'Empire sur lequel il rĂšgnera[57]. NĂ©anmoins, ces « beaux plans et fervents espoirs Â» d'ĂȘtre Negusse Negest « partent en fumĂ©e Â»[60] suite aux victoires de Yohannes IV lors des batailles de Gundet et de Gura. La dĂ©faite Ă©gyptienne convainc la majoritĂ© des Éthiopiens[61], notamment des Choans[61], de la suprĂ©matie militaire du Negusse Negest qui profite des victoires pour accroĂźtre son arsenal. Menelik prĂ©pare une marche vers le nord mais les populations ne le soutenant pas[61], il retourna dans son royaume. Cet Ă©chec Ă©tait partiellement du Ă  son incapacitĂ© Ă  se procurer des armes et munitions malgrĂ© plusieurs tentatives[61]. Ce fut l’occasion de crĂ©er des premiers contacts avec d'autres pays europĂ©ens[61] (Voir Premiers contacts avec l'Europe).

La défaite de Menelik (1877-1878)

Outre la supĂ©rioritĂ© en armes de son rival, l'Ă©chec de Menelik Ă©tait la consĂ©quence des troubles internes au Choa[62]. En effet, en 1877[62], une rĂ©bellion dĂ©bute dans le royaume, provoquĂ©e par Baffana, Ă©pouse de Menelik. Elle souhaite voir un de ses fils succĂ©der Ă  son pĂšre sur le trĂŽne du Choa mais Menelik avait plutĂŽt pensĂ© Ă  Mesheshe Seyfu[62], son premier cousin[62]. AprĂšs avoir briĂšvement quittĂ© le royaume, ce dernier revint et se rĂ©concilie avec Baffana Ă  qui il doit cĂ©der ses terres[63]. AprĂšs l'intervention d'un conseil[63], les terres sont Ă  nouveau remises Ă  Meshesha[63]. Baffana commence alors Ă  faire croire Ă  son Ă©poux que son premier cousin pourrait ĂȘtre un traĂźtre[63] ce qui entraĂźne une dĂ©cision qui retire beaucoup de soutiens Ă  Menelik, il dĂ©cide d'emprisonner Meshesha le 14 dĂ©cembre 1876[63] Ă  Gontcho dans l'Argobba[63]. A cette question de succession, s'ajoute une polĂ©mique religieuse. Baffana, tout comme Yohannes IV, est partisane de la doctrine de la double naissance du Christ, appelĂ©e «Qarra Haymanot»[63], selon laquelle, il ne faut pas diviser la nature humaine et la nature divine du Christ[63] (une nature du PĂšre et une de la Sainte Vierge). La doctrine de la triple naissance, nommĂ© «Sost Lidat»[63], de Debre Lebanos[64] soutient que le Christ Ă©tait nĂ© du PĂšre, de l'opĂ©ration du Saint-Esprit et aprĂšs neuf mois de la Vierge Marie[64]. En quĂȘte d'unitĂ© nationale, Yohannes IV doit nĂ©cessairement unifier religieusement le pays. Baffana propose au Negusse Negest de renverser Menelik[64]. Son plan est de profiter du dĂ©part de son Ă©poux vers le nord, dĂ©part auquel elle l'aurait poussĂ©[64], pour placer Meridazmatch Haile[64] sur le trĂŽne pendant la saison des pluies afin que Menelik ne puisse retourner dans le Choa[64]. Celui-ci aurait Ă©tĂ© battu par Yohannes IV qui aurait renversĂ© Haile pour le remplacer par un des fils de Baffana[64] qui aurait Ă©tĂ© rĂ©gente jusqu'Ă  la majoritĂ© d'un des hĂ©ritiers[64]. Elle dĂ©cide donc de pousser Menelik Ă  lancer une campagne vers le nord contre Yohannes IV, or cette expĂ©dition est mal vĂ©cue[64] par des troupes choannes fatiguĂ©es des conquĂȘtes et peu enthousiastes Ă  l'idĂ©e de traverser des territoires ennemis pour ensuite dĂ©fier des forces mieux Ă©quipĂ©es[64]. La campagne est tout de mĂȘme lancĂ©e et Menelik quitte le Choa. Au mĂȘme moment, Haile entra Ă  Ankober[65] oĂč il se fait proclamer Negus du Choa[65]. Un affrontement s'en suit entre les troupes d'Azzaj Wolde Tsadeq[65] et Dejazmatch Germame[65], les officiels Ă  qui Menelik avaient dĂ©lĂ©guĂ© provisoirement le pouvoir[65] et les forces du roi nouvellement proclamĂ©. AprĂšs deux confrontations, Haile est capturĂ© aprĂšs la bataille du 4 mai 1877[65] et emprisonnĂ©[65] Ă  Ankober[65]. Menelik ne suspecte aucune complicitĂ©[65] de Baffana dans cette tentative et la nomme rĂ©gente par un Ă©dit jusqu'Ă  son retour[65], il lui remit le pouvoir afin de rĂ©tablir l'ordre[66] dans son royaume. Sa tentative Ă©choue[66] et aprĂšs avoir libĂ©rer Meshesha[66] celui-ci prend l'avantage sur elle en s'emparant du mont Tamo[66]. Le retour dans le Choa de Menelik, le 25 mai 1877[66] n'Ă©tait pas la consĂ©quence des activitĂ©s de son Ă©pouse, il avait quittĂ© le Godjam car il avait appris que Yohannes IV s'y avançait pour soutenir le Ras Adal Tessema[66]. MĂȘme une fois dan le Choa, Menelik croit toujours en son Ă©pouse[66] et aprĂšs un bref siĂšge sur Tamo, il demande Ă  Massaja[66] de conduire une mĂ©diation avec Meshesha[66]. Un conseil exige entre autres l'exil[67] de Baffana, ce que Menelik refuse alors qu'il part en campagne contre Mahammad Ali qui s'Ă©tait alliĂ© avec Yohannes IV[67]. AprĂšs une victoire de Menelik sur les troupes du gouverneur du Wollo, une cĂ©rĂ©monie de rĂ©conciliation fut organisĂ©e le 20 dĂ©cembre 1877 Ă  Liche[67] pendant laquelle Meshesha sera pardonnĂ©[67]. Par ailleurs, il autorise l'exil de Baffana[67] dans un village lointain bien qu'il ne croit toujours pas qu'elle l'avait trahi et qu'elle s'Ă©tait rebellĂ©e. Au dĂ©but de l'annĂ©e 1878[67], Yohannes IV marche vers le Choa. En janvier[67], Menelik tente d'obtenir la paix mais les conditions posĂ©es par le Negusse Negest sont trop nombreuses: la dĂ©portation de Massaja[67], l'obligation de ravitailler l'armĂ©e impĂ©riale lors de l'occupation du Choa[67], un tribut annuel de 500 esclaves[67], 50 000 thalers[67], 500 mulets[67], 1 000 chevaux[67], 50 000 tĂȘtes de bĂ©tail[67] ainsi que d'importantes quantitĂ©s de grains, de viande et de beurre[67]. Par ailleurs, Menelik devait accorder Ă  Yohannes IV et son armĂ©e, le libre passage sur son territoire vers Debre Lebanos[67]. Enfin, il devait se prĂ©senter, dĂ©vĂȘtu jusqu'Ă  la taille avec une pierre Ă  son cou devant le Negusse Negest afin d'implorer son pardon et prĂȘter serment de fidĂ©litĂ©[67]. Dans ces conditions, une confrontation armĂ©e semble ĂȘtre la seule issue. A la fin du mois de janvier 1878[67], Yohannes IV entre dans le Menz[67] et Menelik publie un dĂ©cret de mobilisation: les soldats doivent se trouver sur le champ de bataille avant le 2 fĂ©vrier[67]. Les enfants et personnes ĂągĂ©es sont Ă©vacuĂ©s[68] de l'Ă©ventuelle zone de guerre et la totalitĂ© du trĂ©sor du Choa fut envoyĂ© Ă  Feqra Gemb[68]. Le 3 fĂ©vrier 1878[68], Menelik et son armĂ©e quittent Liche[68] pour se rendre dans la rĂ©gion entre les riviĂšres Engolla[68] et Facho[68]. Entre le 6 et le 10 fĂ©vrier, les troupes s'affrontent sporadiquement puis Menelik se retire vers Liche oĂč un conseil est tenu le 12 fĂ©vrier[68] et trois jours plus tard, le 15[68], les reprĂ©sentants des deux parties dĂ©butent les nĂ©gociations. Une sĂ©rie de geste rĂ©conciliateurs des deux camps s'en suivent et plus tard, un traitĂ© est prĂ©parĂ© et signĂ© le 20 mars 1878[68]: le traitĂ© de Wadara[69]. Parmi les principales confitions pour la paix, Menelik se vit obliger de se soumettre formellement, une pierre autour du cou comme le voulait la tradition[69], devant le Negusse Negest, renonçant ainsi Ă  ses ambitions impĂ©riales. En Ă©change, le Negus du Choa obtint une bonne partie du Wollo[68]. AprĂšs avoir fait acte de soumisison, Menelik discuta seul avec Yohannes IV et sera couronnĂ© quelques jours plus tard Negus du Choa[69]. Yohannes IV traite Menelik avec beaucoup de respect[69], probablement afin de ne pas blesser sa dignitĂ©[69]. Le lendemain[69], ils passent en revue l'armĂ©e impĂ©riale ainsi que les troupes du Ras Adal et de Mahammad Ali[69]. Les jours suivants, des prĂ©sents sont Ă©changĂ©s et les discussions se poursuivent[70]. Le 26 mars 1878[70], Yohannes IV annonce officiellement la cĂ©lĂ©bration du couronnement de Menelik en tant que Negus du Choa[70] devenant ainsi le premier de sa dynastie Ă  recevoir le consentement officiel du Negusse Negest pour porter le titre de Negus[70]. La cĂ©rĂ©monie se dĂ©roule dans une large tente oĂč de nombreux officiels Ă©taient prĂ©sents[70]. Le Negusse Negest reconnaĂźt, selon ses propres paroles, Menelik comme « roi et maĂźtre d'une terre conquise et possĂ©dĂ©e par vos ancĂȘtres Â». Il dĂ©clare Ă©galement que quiconque « s'attaque Ă  votre royaume s'attaque Ă  moi, quiconque vous fait la guerre la fait Ă  moi. Vous ĂȘtes par consĂ©quent mon fils aĂźnĂ© Â»[71]. Quelques mois plus tard[70], Menelik rend une magnifique hommage[70] Ă  Yohannes IV qui aurait pleurĂ©[70] et dĂ©clarĂ©: « C'est seulement aujourd'hui que je suis Empereur Â»[72]. MalgrĂ© cette soumission et le tribut Ă  payer, le Negus du Choa et son royaume n'avaient subi aucun dommage important[70], l'armĂ©e Ă©tait restĂ©e intacte[70], tout comme sa volontĂ© de devenir le prochain Negusse Negest.

En 1883, Sahle Maryam épousa Taytu Betul, de noble lignée et descendante des familles régnantes du Semien, du Godjam et du Bégemder. Son oncle, le Dejazmatch Wube Hayle Maryam avait été le souverain du Tigray et de la majeure partie du nord de l'Abyssinie. Mariée pour la quatriÚme fois, elle savait user de son influence auprÚs de son époux, mais ne donna point descendance à Sahle Maryam. Cependant, ce dernier avait eu deux filles de mariages précédents: Zaoditou I (Negiste Negest de 1917 à 1930) et Shoaregga, qui épousa le Ras Mikaél du Wollo, union dont devait naßtre le Lij Iyasu. Un fils, le prince Wossen Seged décéda durant l'enfance. En 1886, Sahle Maryam maria sa fille Zaoditou I au fils du Negusse Negest, le Ras Araya Sellassie mais il décÚdera, en mai 1888, sans qu'il ait donné d'enfant.

DĂ©but d’extension territoriale

Trois objectifs occupent la pensĂ©e de MĂ©nĂ©lik, tous trois liĂ©s entre eux. Il s'agissait d’étendre le domaine de la couronne, de dĂ©fendre ce nouveau domaine face au colonialisme et d’amĂ©liorer les structures de l'Empire en le menant vers la modernisation. Le premier objectif Ă©tait l'extension du domaine de la couronne (et plus tard de son Empire), plusieurs rĂ©gions vont alors ĂȘtre intĂ©grĂ©es. Les campagnes concernent principalement le sud, le sud-ouest et le sud-est. Cette volontĂ© d'expansion peut s’expliquer par divers facteurs. Tout d'abord, la conquĂȘte de nouveaux territoires Ă©tait synonyme de nouveaux prĂ©lĂšvements fiscaux et nouvelles opportunitĂ©s commerciales. Le Choa voulait contrĂŽler le sud, riche en ressources naturelles, ainsi que les routes menant vers les marchĂ©s portuaires de Zeilah, Obock et Tadjourah[73]. Un autre facteur essentiel fut la montĂ©e de la menace coloniale europĂ©enne. MĂ©nĂ©lik II se lance Ă  la conquĂȘte de territoires visĂ©s par les puissances Ă©trangĂšres permettant ainsi de constituer un glacis de protection tout autour du haut plateau. MĂ©nĂ©lik sera accusĂ© par ses dĂ©tracteurs de colonialisme Ă  rebours[73].

Ainsi commença une premiĂšre pĂ©riode d'expansion en 1879 qui prendra fin en 1884. Les conquĂȘtes vers les territoires oromos Ă  l’ouest s’effectuent sous le commandement du Ras Gobena Dachi. Les frontiĂšres sont repoussĂ©es Ă  l’ouest jusqu’à la riviĂšre Gibe. Les conquĂȘtes vers le sud se dĂ©roulĂšrent sur deux axes :
- le premier, le long de la vallĂ©e du Rift : le royaume Hadiya, les territoires habitĂ©s par les Kambata et les SiltĂ©, l’armĂ©e ira plus loin dans le sud chez les Welaytas ;
- le second axe: en direction de l’Arsi et du plateau du BalĂ©: la conquĂȘte commencera vers 1882 et ne s’achĂšvera que vers 1890. Les troupes devront faire face Ă  la rĂ©sistance des Arsis, l'obstacle fur surmontĂ© en 1883 et la conquĂȘte sera achevĂ©e en 1886 par le Ras Darge Sahle SelassiĂ©. Enfin, les derniers territoires conquis seront le plateau de Harar, occupĂ© Ă  partir de 1887. En mĂȘme temps, l’administration impĂ©riale s’installe progressivement dans les terres somalis. En 1881, le Ras Gobena Dachi force le Kaffa Ă  payer un tribut; Jimma, Limmu, Gera et Guma devinrent des États tributaires.

Afin d'importer des armes, MĂ©nĂ©lik souhaitait contrĂŽler un accĂšs Ă  la mer par Zeilah. AprĂšs la bataille d’Embabo le 6[74] - 7 juin [75] juin 1882 qui a vu la dĂ©faite et le renvoi des terres oromos du Negus Tekle Haimanot du Gojam, la domination de Sahle Maryam sur le sud-ouest oĂč passaient les marchands Ă©trangers (principalement français) fut totale. Ces marchands traversaient le territoire afar et ouvrirent une nouvelle route caravaniĂšre utilisĂ©e pour importer des armes par Obock et Tadjourah[74]. En 1886, MĂ©nĂ©lik dĂ©plaça sa capitale vers Addis Abeba nouvellement fondĂ©e alors que les conquĂȘtes se poursuivaient : le Ras Gobena Dachi occupe le Wollega. La mĂȘme annĂ©e, les Britanniques pressent les Français de limiter les licences de transport d’armes. Le 6 janvier 1887, suite Ă  la bataille de Cheleqo, l'Ă©mir Abd Allah II ibn Ali Abd ash-Shakur est battu par les troupes de MĂ©nĂ©lik II, Harar est annexĂ©e Ă  l'Empire, l'Illubabor est Ă©galement rattachĂ© en 1887. Loin d’ĂȘtre achevĂ©e, l’extension territoriale se poursuivra aprĂšs le couronnement de MĂ©nĂ©lik II.

Le 10 mars 1889, le Negusse Negest Yohannes IV est tuĂ© suite Ă  la bataille de Metemma contre les mahdistes. La voie Ă  la succession s’ouvrit: Ras Mengesha Yohannes et Sahle Maryam Ă©taient les deux prĂ©tendants au trĂŽne impĂ©rial.

Ménélik II, Negusse Negest d'Abyssinie

Sceau de Ménélik II

Le 3 novembre 1889, la grande majoritĂ© de la noblesse Ă©thiopienne soutenant Sahle Maryam, il est couronnĂ© Negusse Negest d'Abyssinie sous le nom de MĂ©nĂ©lik II avec les titres de Roi des Rois d'Éthiopie, Lion ConquĂ©rant de la Tribu de Juda, Élu de Dieu. Il dut faire face Ă  une querelle ancienne, mettant aux prises les branches du Choa et de Gondar quant Ă  la lĂ©gitimitĂ© du pouvoir. MĂ©nĂ©lik s'appuya sur le fait que sa propre branche descendait de Salomon par la lignĂ©e masculine, alors que la branche de Gondar, celle de Yohannes IV, en descendait par la lignĂ©e fĂ©minine. Les deux branches avaient ainsi autant de droits Ă  rĂ©gner l'une que l'autre, bien que la lignĂ©e gondarienne eut Ă©tĂ© plus ancienne.

Poursuite de l’extension territoriale

Le rĂšgne de MĂ©nĂ©lik marque le dĂ©but d'une deuxiĂšme pĂ©riode de conquĂȘtes territoriales qui va de 1889 Ă  1896. Deux Ă©lĂ©ments vont influencer cette phase: la grande famine, que l'on appellera Kifou Qen ("Ă©poque terrible")[76] et le problĂšme des prĂȘts.
Le dĂ©but de l’annĂ©e 1887 est marquĂ© par un Ă©vĂšnement majeur: une famine, causĂ©e par l'Ă©pidĂ©mie de peste bovine de 1885, ravage le nord du pays jusqu’en 1892, alors qu’en 1889, l’annexion du pays GouraguĂ© est achevĂ©e; le Konta et le Kulo sont conquis par le Ras Wolde Giyorgis Abboye. ChassĂ©s par la famine, les survivants vont alors Ă©migrer vers le sud dans les territoires rĂ©cemment intĂ©grĂ©s au Choa. Parmi les Ă©migrants, de nombreux soldats tigrĂ©ens et gondariens, ceux-ci rejoindront l'armĂ©e de MĂ©nĂ©lik. En mĂȘme temps, l’Italie demande la paiement d’une dette de 4 millions de lires contractĂ©e en 1890[77]. Pour rĂ©soudre la crise, MĂ©nĂ©lik dĂ©cide de repousser les limites du sud: le BalĂ©, le Sidamo (sans le Borana), l'Ogaden seront occupĂ©s Ă  partir de 1891 puis intĂ©grĂ©s Ă  l'Empire, tout comme le Welayta. En 1893, l'intĂ©gration du Kambata, occupĂ© depuis 1890, est achevĂ©e. Le Negusse Negest participera personnellement aux campagnes en 1894, alors que certains Ras vont achever l’intĂ©gration des nouveaux territoires : le Ras Gobena Dachi dans le sud-ouest, le Ras Mekonnen Wolde Mikael au Harar et dans l'Ogaden, le Ras Wolde Giyorgis Abboye au Kaffa, ce dernier ayant Ă©galement conquis le Gofa. La mĂȘme annĂ©e, le Wollamo est Ă©galement conquis.

La guerre contre l'Italie

Article dĂ©taillĂ© : PremiĂšre guerre italo-Ă©thiopienne.

En 1893, lorsque les conquĂȘtes territoriales avaient dĂ©jĂ  largement Ă©largi l'Empire, Sahle Maryam dĂ©cida de mettre fin au traitĂ© de Wuchale ratifiĂ© en 1889 avec l'Italie. La guerre va alors Ă©clater en 1895 avec la bataille d'Amba Alagi. Plusieurs autres affrontements vont s'en suivre jusqu'Ă  la bataille d'Adoua, le 1 oĂč les troupes Ă©thiopiennes vont infliger une dĂ©faite historique aux Italiens relatĂ©e dans la presse internationale permettant Ă  Sahle Maryam de consacrer sa stature internationale. En octobre 1896, le traitĂ© d'Addis Abeba fut signĂ©, marquant la reconnaissance officielle par l'Italie de l'indĂ©pendance de l'Abyssinie.

Derniùre phase d’extension

Cet article fait partie de la série:
Histoire de l’Éthiopie

Histoire ancienne
Pays de Pount (-3000 / -1000)
D'mt (-800 / -700)
Aksoum (-100 / Xe siĂšcle)
Liste des rois de D'mt
Liste des rois d’Axoum
Royaume d’Éthiopie
Liste des rois d'Éthiopie
Dynasties :
Dynastie Zagwe
Dynastie salomonide
Histoire médiévale
PĂ©riode gondarienne
Période des Masùfént
Interaction avec les puissances coloniales
Théodoros II (1855 / 1868)
YohannĂšs IV (1872 / 1889)
Ménélik II (1889 / 1913)
Bataille d’Adoua (1896)
XXe siĂšcle
Hailé Sélassié (1930 / 1974)
Campagne d’Abyssinie (1935 / 1941)
RĂ©sistance Ă©thiopienne
Campagne d’Afrique de l’Est (1941)
RĂ©volution Ă©thiopienne (1974)
Derg (1974 / 1991)
Autres
Liste des dirigeants d'Éthiopie
Chronologie de l'Éthiopie

Suite Ă  la victoire d'Adoua, MĂ©nĂ©lik concrĂ©tisera ses objectifs qui apparaissent plus essentiels, poursuivre l'extension territoriale, c'est le commencement d'une troisiĂšme et derniĂšre pĂ©riode de 1896 Ă  1900. Le Negusse Negest MĂ©nĂ©lik II souhaitant crĂ©er un glacis de protection face au colonialisme, il poursuit la conquĂȘte de nouveaux territoires. En 1896 - 1897, des expĂ©ditions sont lancĂ©es dans le Borana (Ă  cĂŽtĂ© du Sidamo), alors que le Fitawrari Habte Giyorgis aprĂšs avoir fait construire un fort Ă  Mega contrĂŽle le pays Konso. Le Kaffa refusait de payer le tribut et sera entiĂšrement conquis. En 1898, le Beni Shangul et la frontiĂšre avec le Soudan sont contrĂŽlĂ©s, le Ras Wolde Giyorgis Abboye soumet le Goldea et le Maji, il atteint le Lac Rudolf (aujourd’hui Lac Turkana). Enfin, toujours la mĂȘme annĂ©e, le Ras Tassama intĂ©grera le Massonge et le Gimirra. Plus tard, en 1899, des expĂ©ditions sont lancĂ©es par le Dejazmach Leontieff, un russe, le long de la frontiĂšre sud du lac Rudolf. Les conquĂȘtes militaires qui auront durĂ© environ vingt ans s'achĂšvent enfin.

Une intégration difficile mais couronnée de succÚs

Globalement, l'intĂ©gration des nouveaux territoires fut rĂ©ussie, sauf pour les gabar , c'est-Ă -dire les paysans, Ă©crasĂ©s par les impĂŽts qui couvraient les dĂ©penses de la cour impĂ©riale, du clergĂ©, de l'armĂ©e et des propriĂ©taires terriens[78]. Les conquĂȘtes n’excluaient pas les soumissions volontaires, en contrepartie les clans dominants locaux gardaient un certain pouvoir. Lorsqu’un territoire Ă©tait occupĂ©, des naftagna, c’est-Ă -dire des fusiliers assurant la dĂ©fense de la zone occupĂ©e, s’y installaient. Parmi les territoires ayant Ă©tĂ© intĂ©grĂ© volontairement, on peut citer le royaume de Djimma ainsi que certains zones du Wellega. Les naftagna se mĂȘlaient de la gestion du pays et les chefs traditionnels voyaient leur influence diminuer, la population devant allĂ©geance au deux. Toutefois, cela permettait une stabilitĂ©, les impĂŽts seront uniformisĂ©s et la justice deviendra plus formelle : on appellera cela la pax aethiopica[79].

NĂ©anmoins, certains territoires n’ont pas acceptĂ© la soumission volontaire, parmi eux: le Welayta, le Kaffa et le Guimira. Dans ce cas, les chefs traditionnels perdaient tout privilĂšge, leurs terres et parfois leur libertĂ©. Mais l'idĂ©al unitaire Ă©tait l’objectif, ces territoires seront donc intĂ©grĂ©s avec une violence militaire plus importante entraĂźnant de nombreux morts et la destruction de certaines cultures. En outre, il y avait dans la conquĂȘte et la soumission des autres peuples, un aspect ethnique car les conquĂ©rants Ă©taient en majoritĂ© Amharas; bien qu’il y avait Ă©galement des Oromos et des GouraguĂ©s, tous parlaient l’amharique et Ă©taient des chrĂ©tiens orthodoxes. Les populations conquises Ă©taient donc assimilĂ©es Ă  des Amharas. Les conquĂȘtes ont marquĂ© les mĂ©moires des peuples conquis, 90% de la population oromo fut amenĂ©e sous administration impĂ©riale (les 10% restant se trouvant dans l’actuel Kenya)[38] faisant des Oromos le peuple le plus important, dĂ©mographiquement parlant, de l'Empire. L’élite oromo ne comprenait pas sous quels prĂ©textes elle devait se plier Ă  l’administration d’autres peuples, tout comme les Somalis qui avaient du mal Ă  s’identifier Ă  la nouvelle administration. Par ailleurs, le XXe siĂšcle connaissait la diffusion de concepts occidentaux dont l’égalitĂ© des peuples ce qui compliquait les conquĂȘtes et l'intĂ©gration.

Suite Ă  toutes ces conquĂȘtes, MĂ©nĂ©lik II avait changĂ© en profondeur la structure politico-sociale d’un Empire sur lequel il rĂ©gnait, Empire trois fois plus vaste que le domaine de la couronne du Choa vers 1880 soit un million de kilomĂštres carrĂ©s, des hauts plateaux jusqu’aux basses terres les plus chaudes. L’administration, essentiellement militaire, de l'Empire Ă©tait fondĂ©e en grande partie sur les ketemas, des villes garnisons qui donneront naissance Ă  des futures villes d'importance rĂ©gionale telles que Yirgalem dans le Sidamo ou Goba dans le BalĂ©. Elles sont toutes situĂ©es Ă  plus de 1 000 m d'altitude, les naftagna provenant des hauts plateaux, ils redoutaient les pestilences (surtout la malaria) et le climat des basses terres.

L'Abyssinie avait rĂ©ussi l’exploit de crĂ©er un vaste Empire Ă©thiopien au moment prĂ©cis oĂč les puissances europĂ©ennes se partageaient la Corne de l'Afrique.
Le succĂšs de MĂ©nĂ©lik II peut s’expliquer par divers facteurs. Il avait intĂ©grĂ© dĂšs le dĂ©but, des Oromos du Choa et des GouraguĂ©s dans son administration et dans les hauts postes de l’armĂ©e, ainsi, il recrutera une armĂ©e beaucoup plus importante que s’il s’était limitĂ© Ă  recruter des Amharas. Par ailleurs, suite aux dĂ©cĂšs de Tewodros II et de Tekle Giyorgis II, de nombreux soldats Ă©taient dĂ©sƓuvrĂ©s. Ils rejoindront avec d’anciens mercenaires, les troupes de MĂ©nĂ©lik II qui devinrent ainsi supĂ©rieures en nombre aux troupes ennemies. Alors que Yohannes IV Ă©tait encore Negusse Negest, la cour du Choa devenait un centre d’influence majeur Ă©thiopien, aussi bien au niveau national qu'international. Des diplomates, des marchands, des aventuriers, beaucoup d’étrangers se rendaient Ă  la cour d’Entoto. Parmi ces Ă©trangers, des marchands qui Ă©changeaient leurs armes contre des produits naturels. La France et l’Italie, entre autres, feront ainsi entrer de nombreuses armes modernes dans le royaume du Choa, permettant aux troupes de MĂ©nĂ©lik de disposer d'une supĂ©rioritĂ© technique. Il faut Ă©galement mentionner la personnalitĂ© de MĂ©nĂ©lik, homme charismatique, dotĂ© d’un gĂ©nie diplomatique et d’un excellent sens de l'organisation militaire. Il participera et se rendra lui-mĂȘme sur les champs de batailles, tout en confiant Ă  des hommes talentueux des postes importants.

Modernisation de l'Empire et mort du Negusse Negest

Le mausolĂ©e oĂč reposent Menelik II, sa femme et sa fille

MĂ©nĂ©lik II Ă©tait conscient de l’importance de la victoire d'Adoua et des conquĂȘtes territoriales. Cependant, il savait Ă©galement que la puissance militaire seule ne pourrait dĂ©fendre son Empire. Sans vĂ©ritable plan global Ă©tabli par le Negusse Negest, l'Abyssinie connaĂźt alors une phase de modernisation dans diffĂ©rents domaines. Le Negusse Negest Ă©tait trĂšs ouvert aux nouvelles techniques et s'entourait de conseillers europĂ©ens sans pour autant remettre en cause les traditions Ă©thiopiennes. La modernisation ne fut pas accueillie positivement par tous, certains Ă©taient assez rĂ©servĂ©s voir rĂ©ticents, parmi eux, l'ImpĂ©ratrice Taytu Betul et d’autres membres de l’aristocratie. Le Ras Mekonnen Wolde Mikael qui s’était rendu en Europe en 1896 et en 1902 Ă©tait plus ouvert Ă  cette modernisation.

Au niveau des transports et des communications, des routes: d'Addis Abeba Ă  Addis Alem, construite en 1902 ainsi qu’une route de Dire Dawa Ă  Harar; des ponts sont construits. Les vĂ©los font leur apparition et les automobiles sont introduites Ă  Addis Abeba: en dĂ©cembre 1907 par Bentley et C. Halle, en janvier 1908 par A. Holtz[80] bien que le symbole reste le chemin de fer franco-Ă©thiopien (aujourd’hui djibouto-Ă©thiopien) dont la construction commence en 1897 et se termine en 1917, reliant Djibouti Ă  Addis Abeba. Un systĂšme postal est crĂ©Ă© en 1893[81] et des bureaux de postes sont ouverts l'annĂ©e suivante. Le bureau central tenu par des agents français, arrivĂ©s en 1906, dĂ©veloppera le service urbain. Deux ans plus tard, l'Abyssinie va adhĂ©rer Ă  l'Union Postale Universelle[82].
Dans le domaine de la santĂ© et de l’éducation, les premiĂšres Ă©coles publiques sont crĂ©Ă©es: la premiĂšre ouvrira ses portes en 1906[83], l'Ă©cole MĂ©nĂ©lik II Ă  Addis Abeba en 1908 puis une autre Ă  Harar. Les premiers Ă©tudiants sont envoyĂ©s Ă  l'Ă©tranger en 1894, certains iront en Russie. Une campagne de vaccination contre la variole est lancĂ©e en 1898. Divers hĂŽpitaux ouvrent leurs portes: un hĂŽpital de la Croix-Rouge Russe (1897, cessera de fonctionner en 1907), l’hĂŽpital Ras Mekonnen Wolde Mikael Ă  Harar (1902) et l'HĂŽpital MĂ©nĂ©lik II (1910).
Le secteur Ă©conomique est Ă©galement modernisĂ©. En 1892, le systĂšme d'imposition est rĂ©organisĂ©[84]. Le systĂšme monĂ©taire est rĂ©formĂ©. L'ancien Ă©tant basĂ© sur le thaler Marie-ThĂ©rĂšse d’Autriche, le nouveau est basĂ© sur le thaler de MĂ©nĂ©lik, frappĂ© Ă  Paris, apparaĂźt en 1894, puis Ă  partir de 1897, il est frappĂ© Ă  Addis Abeba, l'ingĂ©nieur autrichien Willy Henze y avait installĂ© une fabrique en 1896. Le premier systĂšme continuera d’exister puisqu’il Ă©tait utilisĂ© dans les colonies voisines. Toutefois, les monnaies divisionnaires de MĂ©nĂ©lik circulent en Abyssinie. En 1903, un institut d'Ă©mission produisant la monnaie est crĂ©Ă©. En mars 1905, la Bank of Abyssinia est crĂ©Ă©e, elle Ă©tait appelĂ©e « yĂ© ingliz bank Â»[85] (Banque anglaise) car les capitaux anglais y opĂ©raient par l'entremise de l'Égypte. La banque contrĂŽlait le systĂšme financier de l'Abyssinie. À partir de 1914 - 1915, les premiers billets de banques sont imprimĂ©s.
La justice est restructurĂ©e, suite Ă  une rĂ©forme de 1908, le pays est divisĂ© en six districts qui gardaient tous un contact avec le Choa, chacun des districts comprenant deux wambar (juges) nommĂ©s par le Negusse Negest[86]. Si les deux juges ne pouvaient trouver un accord, l'affaire Ă©tait portĂ©e devant l'Afe negus, un juge suprĂȘme. Enfin, la rĂ©forme prĂ©voyait la nomination de deux fonctionnaire par tribunal, ils devaient Ă©crire et garder les minutes des actes de procĂ©dure: le greffe fut introduit.

Enfin, au niveau politique, un Cabinet des Ministres est créé en 1907, dont le premier président fut Fitawrari Habte Giyorgis. Initialement symbolique, l'institution est confrontée à un certain enracinement régional de la royauté, on considérait la cour d'Addis Abeba comme la cour du Choa[87]. Progressivement, le Cabinet acquerra une vie propre.
Plus gĂ©nĂ©ralement, d'autres Ă©lĂ©ments participent Ă  cette pĂ©riode de modernisation. Une presse Ă©crite est fondĂ©e en 1911[84]; des hĂŽtels et des restaurants apparaissent dans la capitale. La modernisation impactera particuliĂšrement Addis Abeba, qui devient une ville cosmopolite: des commerçants, des marchands, des manufacturiers et des aventuriers viennent de toute part : ArmĂ©niens, YĂ©mĂ©nites, Grecs, Indiens, Français, etc. Cette immigration influencera la langue et des nĂ©ologismes apparaissent: "biro" et "choufĂšre" proviennent des mots français "bureaux" et "chauffeur"; "kot" vient de l'anglais: "coat" (veste).

Malade dĂšs 1909, il ne put correctement organiser sa succession qui tourna, aprĂšs 1913, Ă  l'affrontement entre factions politiques puis entre deux jeunes nobles tous deux de sang royal : Lij Yassou, son petit-fils, et Dejazmach Tafari Makonnen, un petit-neveu, fils du Ras Mekonnen Wolde Mikael. Ainsi, son dĂ©cĂšs ne fut annoncĂ© que plusieurs semaines aprĂšs sa mort, en dĂ©cembre 1913.

Il repose dans un mausolée à Addis Abeba.

Références

  1. ↑ The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 7. C’est, du moins, la date Ă  laquelle Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© son anniversaire. Harold Marcus cite d’autres sources qui nous donnent des dates diffĂ©rentes : le 17 aoĂ»t 1844, selon la Chronique du RĂšgne de MĂ©nĂ©lik II, Roi des Rois d’Éthiopie (Paris, 1930) ; le 11 aoĂ»t 1836, selon Ya-galla Tarik d’Atme ; le 13 aoĂ»t 1843, dans la GĂ©nĂ©alogie de la dynastie salomonienne du Choa , Le semeur d’Éthiopie (Juin 1907).
  2. ↑ a  et b  The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 16
  3. ↑ Harold G. Marcus, op. cit., p. 17
  4. ↑ Harold G. Marcus, op. cit., p. 19
  5. ↑ a  et b  Propos de l'Alaqa Walda Maryam repris dans : The History of King Theodors, Journal of the Royal African society, 6 (1906-7), 15 ; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 23
  6. ↑ I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, Guglielmo Massaja, Tivoli, 1928, IX, 28, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 23
  7. ↑ The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 23
  8. ↑ Henry A. Stern, The Captive Missionary, London, n.d, 219, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 23
  9. ↑ Harold G. Marcus, op. cit., p. 23
  10. ↑ Chronique du rĂšgne de MĂ©nĂ©lik II : roi des rois d'Éthiopie, Gebre Selassie, i. 97, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 24
  11. ↑ The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 24
  12. ↑ I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, Guglielmo Massaja, Tivoli, 1928, IX, 28, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 24
  13. ↑ Chronique du rĂšgne de MĂ©nĂ©lik II : roi des rois d'Éthiopie, Gebre Selassie, i. 102, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 24
  14. ↑ Henry A. Stern, The Captive Missionary, London, n.d, 220-221, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 24
  15. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j  et k  Harold G. Marcus, op. cit., p. 25
  16. ↑ a , b , c , d , e  et f  Harold G. Marcus, op. cit., p. 26
  17. ↑ Dabtara Assaggakhan, letter, 14 Jan. 1866, in Fusella, Lettere, i. 82 ; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 26
  18. ↑ Antoni Cecchi, Da Zeila alle frontiere del Caffa (Rome, 1886), i. 263; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 26
  19. ↑ Chronique du rĂšgne de MĂ©nĂ©lik II : roi des rois d'Éthiopie, Gebre Selassie, i. 104, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 26
  20. ↑ a  et b  I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, Guglielmo Massaja, Tivoli, 1928, IX, 74; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 27
  21. ↑ a , b , c , d  et e  Harold G. Marcus, op. cit., p. 27
  22. ↑ Dabtara Assaggakhan, letter, 14 Jan. 1866, in Fusella, Lettere, i. 82 ; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 27
  23. ↑ M. L. Louis-Lande, Un Voyageur français dans l'Éthiopie mĂ©ridionale, Revue des Deux Mondes, 30 (1878), 886; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 27
  24. ↑ Chronique du rĂšgne de MĂ©nĂ©lik II : roi des rois d'Éthiopie, Gebre Selassie, i. 106; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 27
  25. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j  et k  Harold G. Marcus, op. cit., p. 28
  26. ↑ Menelik to Massaja, Sept. ou Oct. 1867, Annales franciscaines; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 28
  27. ↑ Menelik to Queen Victoria, and Menelik to the ruler of Aden, Blue Books, Correspondence Respecting Abyssinia (1846-1868), LXXII, Doc. 792, enclosures 1 and 2; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 28
  28. ↑ a , b  et c  Hormuzd Rassam, Narrative of the British Mission to Theodore, King of Abyssinia, (London, 1869), ii, 251, citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 29
  29. ↑ Ya-galla Tarik, Atme, (unpubli. MS), ii. 82; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 29
  30. ↑ Massaja, Trentacinque anni, viii, 172; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 29
  31. ↑ a , b , c  et d  Harold G. Marcus, op. cit., p. 29
  32. ↑ Massaja, Trentacinque anni, viii, 173; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 29
  33. ↑ Massaja, Trentacinque anni, viii, 174; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 29
  34. ↑ a , b , c , d , e  et f  Harold G. Marcus, op. cit., p. 30
  35. ↑ Massaja, Trentacinque anni, ix, 28; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 30
  36. ↑ a  et b  Harold G. Marcus, op. cit., p. 33
  37. ↑ Massaja, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, ix 34; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 33
  38. ↑ a  et b  L'Éthiopie contemporaine, sous la direction de GĂ©rard Prunier, Ă©dition Karthala, 2007, page 96
  39. ↑ a , b , c , d  et e  Harold G. Marcus, op. cit., p. 34
  40. ↑ Dejatch Kassa Ă  Napoleon III, Addi Makwanti, 10 mars 1870, Archives françaises, MĂ©moires, 62, 3; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 34
  41. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  Harold G. Marcus, op. cit., p. 35
  42. ↑ Chronique du rĂšgne de MĂ©nĂ©lik II : roi des rois d'Éthiopie, Gebre Selassie, i. 121; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 35
  43. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j  et k  Harold G. Marcus, op. cit., p. 36
  44. ↑ Lettre de Mgr. Taurin au R.P. LĂ©on des Avanchers [31 dĂ©cembre 1871], Le Semeur d'Éthiopie, 5 (1909), 619; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 36
  45. ↑ Antoni Cecchi, Da Zeila alle frontiere del Caffa (Rome, 1886), i. 268-9; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 36
  46. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  Harold G. Marcus, op. cit., p. 37
  47. ↑ Massaja, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, ix. 106; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 37
  48. ↑ Massaja, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, ix. 135; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 37
  49. ↑ Massaja,Corrispondenza da Scioha, BGSI, 10 (1873), 33; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 37
  50. ↑ Eine deutsch-abessinische Compagnie, Das Ausland, 48 (1875), 684; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 37
  51. ↑ a , b , c , d  et e  Harold G. Marcus, op. cit., p. 38
  52. ↑ Pellegrino Matteucci, In Abissinia, viaggio di Pellegrino Matteucci (Milan, 1880), p. 185; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 38
  53. ↑ PĂšre Trouvier au Cardinal Franchi de Propaganda fide, Keren, 6 juin 1876, Archives Apostoliques, Asmara, 3/1; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 38
  54. ↑ Massaja, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, ix. 169-70; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 38
  55. ↑ Ya-galla Tarik, Atme, ii. 91; "parmi les sources orales, un homme ayant travaillĂ© comme serviteur dans la cour de Menelik dix ans aprĂšs les nĂ©gociations et qui entendit plusieurs membres de la cour parler du complot ayant Ă©chouĂ©": citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 38
  56. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  Harold G. Marcus, op. cit., p. 39
  57. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j  Harold G. Marcus, op. cit., p. 40
  58. ↑ Antoni Cecchi, Da Zeila alle frontiere del Caffa (Rome, 1886), i. 269; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 40
  59. ↑ Chronique du rĂšgne de MĂ©nĂ©lik II : roi des rois d'Éthiopie, Gebre Selassie, i. 123; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 40
  60. ↑ Massaja, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, ix. 174; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 40
  61. ↑ a , b , c , d  et e  Harold G. Marcus, op. cit., p. 42
  62. ↑ a , b , c  et d  Harold G. Marcus, op. cit., p. 48
  63. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  Harold G. Marcus, op. cit., p. 49
  64. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j  Harold G. Marcus, op. cit., p. 50
  65. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j  Harold G. Marcus, op. cit., p. 51
  66. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  Harold G. Marcus, op. cit., p. 52
  67. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o , p , q , r , s  et t  Harold G. Marcus, op. cit., p. 53
  68. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j  Harold G. Marcus, op. cit., p. 54
  69. ↑ a , b , c , d , e , f  et g  Harold G. Marcus, op. cit., p. 55
  70. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j  Harold G. Marcus, op. cit., p. 56
  71. ↑ Massaja, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, ix 10; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 56
  72. ↑ Massaja, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, ix 46; citĂ© dans The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Harold G. Marcus, Lawrenceville: Red Sea Press, 1995, page 56
  73. ↑ a  et b  Histoire de l'Éthiopie d’Axoum Ă  la rĂ©volution, Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 124
  74. ↑ a  et b  Berhanou Abebe, op. cit., p. 125
  75. ↑ Ethiopia, A short illustrated history, Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, page 131
  76. ↑ GĂ©rard Prunier, op. cit., p. 103
  77. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 126
  78. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 128
  79. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 127
  80. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 139
  81. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 138
  82. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 139
  83. ↑ GĂ©rard Prunier, op. cit., p. 106
  84. ↑ a  et b  Ethiopia, A short illustrated history, Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, page 128
  85. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 138
  86. ↑ Berhanou Abebe, op. cit., p. 136
  87. ↑ GĂ©rard Prunier, op. cit., p. 107

Bibliographie

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  • GuebrĂš-HeywĂšt Baykedagne, L'empereur MĂ©nĂ©lik et l'Éthiopie (trad. Beletou Kebede et Jacques Bureau), Maison des Ă©tudes Ă©thiopiennes, Addis Abeba ; Institut national des langues et civilisations orientales, Paris, 1993, 55 p. (reproduction de l'Ă©dition amharique de 1912, suivie de la traduction française)
  • Étienne MĂ©rab, Impressions d'Éthiopie : l'Abyssinie sous MĂ©nĂ©lik II, H. Libert, 1929
  • Henry de Monfreid, MĂ©nĂ©lik tel qu'il fut, B. Grasset, Paris, 1954, 255 p.
  • GuĂšbrĂš SellassiĂ©, TĂšsfa SellassiĂ© et Maurice de Coppet, Chronique du rĂšgne de MĂ©nĂ©lik II : roi des rois d'Éthiopie, Maisonneuve frĂšres, 1930, 796 p.
PrĂ©cĂ©dĂ© par MĂ©nĂ©lik II d'Éthiopie Suivi par
YohannĂšs IV
(1871-1889)
Negusse Negest d'Abyssinie
Ménélik II
(1889-1913)
Iyasou V
(1913-1916)
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