Maurice Thorez

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Maurice Thorez
Maurice Thorez
Timbre soviétique à l'effigie de Maurice Thorez en 1965

Parlementaire français
Date de naissance 28 avril 1900
Date de d√©c√®s 11 juillet 1964
Mandat Député 1932-1940
puis 1945-1958
puis 1958-1964
Circonscription Seine
Groupe parlementaire PCF
IIIe république-IVe république-Ve république

Maurice Thorez (n√© √† Noyelles-Godault, Pas-de-Calais, le 28 avril 1900 et mort en mer Noire, le 11 juillet 1964) a √©t√© secr√©taire g√©n√©ral du PCF de 1930 √† 1964, ministre de la fonction publique de 1945 √† 1947 et vice-pr√©sident du conseil en 1947.

Sommaire

Biographie

Enfance et jeunesse

Petit-fils de Cl√©ment Baudry, mineur socialiste (guesdiste) de Noyelles-Godault, d√©l√©gu√© ouvrier √† la caisse de secours, qui restera jusqu'√† sa mort, le 31 (?)avril 1931, l'animateur de la section CGT des vieux pensionn√©s de Noyelles-Godault, Maurice ne conna√ģtra jamais son p√®re biologique, le fils de l'√©picier du pays qui se tranchera la gorge en 1914. Reconnu √† deux ans et demi par Louis Thorez, un mineur qui l'√©l√®ve comme son propre fils, il ne conna√ģt que tardivement le secret de sa naissance. Cl√©mence, la fille de Cl√©ment Baudry, et Louis Thorez auront quatre autres enfants, deux fils et deux filles qu'ils √©l√®vent dans une maison du coron appartenant √† la Compagnie des mines de Dourges. Louis Thorez est touch√© par une maladie professionnelle.

Bien que la famille de Maurice ne soit pas pratiquante, Maurice fait sa communion et sert comme enfant de chŇďur. Il est par ailleurs excellent √©l√®ve √† l'√©cole publique et passe son certificat d'√©tudes en 1912. Selon Robrieux, son instituteur serait intervenu aupr√®s de la mine pour que Maurice Thorez soit embauch√© comme aide-commissionnaire, d√©but d'une carri√®re administrative, mais dans sa fiche autobiographique, Maurice Thorez d√©clare : ¬ę Je fus embauch√© comme trieur de pierres √† la fosse n¬į 4 ¬Ľ, affirmation que l'on retrouve dans sa fiche autobiographique communiqu√©e √† la direction de l'Internationale communiste. Selon Claude Pennetier, il ne fait pas de doute qu'en 1919-1921, il travaille pendant 306 jours comme mineur de fond √† la fosse 4.

Le 30 septembre 1914, Maurice doit fuir devant l'avance allemande avec son grand-p√®re. Apr√®s un mois d'errance, ils sont finalement √©vacu√©s vers la Creuse et envoy√©s √† Clugnat. Ils y re√ßurent bon accueil. Maurice peut suivre des cours du soir mais d√©cline la proposition de pr√©parer l'√Čcole normale : Il pr√©f√®re √™tre embauch√© comme valet de ferme chez un cultivateur socialiste, le ¬ę p√®re M√©nager ¬Ľ, mais s'adonne aussi √† la lecture : Victor Hugo, Jules Verne, Eug√®ne Le Roy, Jules Vall√®s et Alexandre Dumas. En mars 1917, Maurice et son grand-p√®re quittent la Creuse pour Amiens. Ils travaillent dans une scierie et deviennent bateliers sur la Somme.

Apr√®s la guerre, Maurice retrouve ses parents et rentre √† Noyelles-Godault o√Ļ il travaille d'abord √† la reconstruction du chemin de fer, puis, 16 avril 1919, comme mineur de fond. Le 15 mars 1920, il commence son service militaire.

Les débuts au parti (1920-1924)

En mars 1919, Maurice Thorez avait adhéré à la CGT et au Parti socialiste. Deux mois plus tard, enthousiasmé par la révolution russe, il rejoint le Comité pour l'adhésion à la IIIe Internationale, s'éloignant ainsi de son grand-père, resté dans le camp de Blum. Il sera au service militaire au 3e régiment du génie[1], à Arras, lorsque la motion dite Cachin-Frossard (qu'ils n'ont en réalité pas rédigée, elle fut écrite principalement par Loriot et Souvarine) triomphera au Congrès de Tours. Les deux tiers du parti socialiste SFIO rejoignent le nouveau parti: la SFIC (section française de l'Internationale communiste) qui deviendra par la suite le PC (Parti Communiste). Ce n'est qu'en 1943 que le nom de PCF (Parti communiste français) sera définitivement adopté.

Comme les ouvriers révolutionnaires de l'époque Maurice Thorez reste simple soldat. Il est d'abord magasinier puis secrétaire du commandant ce qui lui permet de consacrer une partie de son temps à la lecture et aux discussions politiques avec ses camarades. Lors d'une permission, portant la contradiction au député socialiste de la circonscription, il prend conscience de ses talents d'orateur.

√Ä son retour du service, au printemps 1922, la mine refuse de le r√©embaucher. Il exerce alors une s√©rie de petits m√©tiers tout en restant un ardent militant aux Jeunesses communistes et au syndicat unitaire des mineurs. Il se marie avec Aurore MembŇďuf, la ni√®ce du secr√©taire de la f√©d√©ration communiste du Pas-de-Calais.

En octobre 1922, Maurice Thorez assiste au Congr√®s de Paris. Il s'√©tait engag√© auparavant pour la ligne du ¬ę Front unique ¬Ľ, soutenue par l'Internationale communiste (IC) et d√©fendue par Frossard et Souvarine. Au cours de la pr√©paration du Congr√®s, dans une r√©union de tendance, Souvarine avait remarqu√© le jeune militant du Pas-de-Calais, solide, limpide, sachant analyser simplement une situation concr√®te.

L'irrésistible ascension d'un jeune ouvrier communiste (1924-1930)

Maurice Thorez commence alors une ascension spectaculaire au sein du jeune parti communiste: Secr√©taire √† la propagande de son d√©partement en janvier 1923, il devient permanent au printemps de la m√™me ann√©e. Il fait partie de ces jeunes ouvriers que le parti voudrait former et promouvoir √† des postes de responsabilit√©. Ainsi le 30 mai 1923, Souvarine √©crivant de Moscou au Bureau politique qu'il faudrait envoyer une vingtaine d'√©l√®ves en URSS pour suivre des cours de marxisme le prend en exemple : ¬ę √Ä mon avis, l'√©l√®ve type d'une telle √©cole serait par exemple Thorez, du Pas-de-Calais ¬Ľ. Thorez impressionne √©galement les militants du Pas-de-Calais qui le d√©l√®guent au congr√®s national de Lyon, en janvier 1924 o√Ļ il est √©lu suppl√©ant du Comit√© directeur.

Au printemps 1924, au Comit√© directeur, Souvarine √©tait en opposition avec la nouvelle majorit√© emmen√©e par Albert Treint et ardemment soutenue par l'IC domin√©e par Zinoviev. √Ä la conf√©rence des secr√©taires f√©d√©raux, Thorez, toujours li√© √† Souvarine, vote contre les th√®ses de la majorit√©. Il soutient √©galement le projet de Souvarine d'√©diter une traduction de la brochure de Trotski "Cours nouveau" et entra√ģne avec lui la commission ex√©cutive du Pas-de-Calais. Il faut que l'IC envoie Gouralski dans le Pas-de-Calais pour faire obtenir de la commission ex√©cutive un vote favorable aux th√®ses de l'IC. Thorez, isol√©, se r√©fugie dans l'abstention. Dans les mois qui suivent, Souvarine sera exclu et Thorez doit se rallier √† la politique de la Tro√Įka (Zinoviev, Kamenev, Staline) dont les porte-parole en France sont alors Albert Treint et Suzanne Girault. En novembre, Thorez devient secr√©taire adjoint permanent de la r√©gion Nord. D√©l√©gu√© au congr√®s national de Clichy, il y est √©lu membre titulaire du Comit√© central, et le 28 janvier 1925, il entre √† la commission d'organisation.

C'est √† ce titre qu'il participe √† Moscou, en mars 1925 √† la conf√©rence d'organisation de l'IC, cl√ītur√©e par une rencontre collective avec Staline. Le 13 juillet 1925, Suzanne Girault le coopte au Bureau Politique du parti fran√ßais.

Thorez est alors charg√© de l'action contre la guerre du Maroc. Au sein du Bureau Politique, Thorez est amen√© √† s'opposer √† Treint √† qui il reproche son sectarisme. Il reste partisan, avec Pierre Semard, d'une politique de Front Unique. Alors que l'influence de Zinoviev d√©cline, Thorez et S√©mard re√ßoivent le soutien de Manou√Įlski contre Treint, Girault et Doriot qui apparaitra de plus en plus comme le seul rival de Thorez.

En f√©vrier 1926, au 6e pl√©num de l'Internationale, √† Moscou, Thorez se prononce contre la r√©int√©gration de Souvarine. Ce n'est pas encore suffisant pour qu'il ait la pleine confiance de Staline qui prononce la disgr√Ęce de Treint et Girault. Au congr√®s national de Lille, en juin 1926, Thorez est confirm√© au bureau politique, parmi 12 autres membres dont le secr√©taire en titre, Pierre S√©mard. Thorez, qui reste secr√©taire √† l'organisation est naturellement l'un des hommes forts de cette √©quipe.

Le 22 avril 1927, Albert Sarraut ministre de l'Int√©rieur avait annonc√© √† Alger "Le communisme voil√† l'ennemi". Thorez avait d√©j√† √©t√© condamn√© √† des amendes √† cause de son action contre la guerre du Maroc. Le 30 juillet, des inspecteurs de police essaient de l'interpeler devant le si√®ge du PC, rue Lafayette, mais il r√©ussit √† s'enfuir et passe dans la clandestinit√©.

C'est à ce moment que l'Internationale demande aux différents partis nationaux d'opérer un revirement, d'abandonner le "Front unique" pour une nouvelle politique "classe contre classe". Thorez essaye de résister jusqu'en septembre, mais finit par obtempérer, et c'est lui qui devient le champion de cette nouvelle ligne, contre l'avis de Pierre Sémard et d'autres dirigeants alors emprisonnés à la Santé.

En 1928, Maurice Thorez est l'un des principaux dirigeants du Parti communiste, il souhaite s'ancrer dans une circonscription et son choix se porte sur Ivry-sur-Seine, une commune de la banlieue rouge, o√Ļ il se pr√©sente comme d√©put√©, mais sans pouvoir faire campagne, car il est toujours clandestin. Son r√©sultat est honorable, mais il est battu, comme la plupart des candidats communistes qui paient ainsi l'isolement qui r√©sulte de la ligne "classe contre classe". Activement recherch√© par la police, il part √† Bruxelles, puis participe au VIe congr√®s de l'Internationale communiste o√Ļ il continue √† d√©fendre une position "gauchisante". Pierre Semard, le secr√©taire g√©n√©ral en titre est alors tr√®s affaibli par le peu d'enthousiasme dont il fait preuve vis-√†-vis de la ligne officielle. Le poste de secr√©taire g√©n√©ral est supprim√©. Thorez appara√ģt un temps comme le principal dirigeant du parti, mais apr√®s le VIe congr√®s national tenu √† Saint-Denis en mars 1929, le pouvoir passe entre les mains d'une √©quipe ultra-gauchisante compos√©e de 2 dirigeants des J.C. (Jeunesses Communistes), Barb√©, C√©lor et de Gitton (charg√© du contr√īle politique de la CGTU) s'appuyant sur les responsables venant de la J.C.

Les affrontements se multiplièrent avec les dirigeants plus expérimentés comme Vassart ou Ferrat. Le conflit fut arbitré à Moscou en juin 1930. En sortit une nouvelle direction composée de Thorez (secrétaire général bien que ce titre ne fut pas employé publiquement), Barbé et Frachon, avec pour objectif de rectifier les excès sectaires.

C'est à ce moment que Thorez effectue un séjour de onze mois en prison. Il est arrêté le 9 juin 1929. En février 1930, Thorez peut être libéré s'il paie une amende. Ceci est contraire aux règles en usage dans le parti. Il demande une dérogation au bureau politique qui refuse à l'unanimité. Passant outre, Thorez verse l'amende de 500 francs et retrouve la liberté le 23 avril. Cet acte d'indiscipline va se montrer payant, car l'IC prend alors parti contre le BP et Barbé doit faire son autocritique.

L'√©quipe dirigeante se rend alors √† Moscou o√Ļ l'IC qui n'a pas encore renonc√© officiellement √† la tactique "classe contre classe" et √† la d√©nonciation du "social-fascisme" demande alors √† Thorez de pr√©parer un tournant dans l'autre sens. C'est au cours de ce voyage √† Moscou que Thorez rencontre, dans l'h√ītel symbolique du Gotha communiste, le Lux √† Moscou, une jeune ouvri√®re du textile en stage, Jeannette Vermeersch qui deviendra sa compagne, puis sa femme.

L'accès au secrétariat général (1930-1935)

√Ä son retour de Moscou, d√©but juillet, Thorez est plus ou moins le nouveau secr√©taire g√©n√©ral du parti, m√™me si le poste n'a pas encore √©t√© officiellement recr√©√©. Il doit pendant quelques mois continuer de faire √©quipe avec Barb√© jusqu'en avril 1931. Le 8 mai, fort du soutien de l'IC, repr√©sent√©e √† Paris par le Slovaque Eugen Fried, Thorez annonce au bureau politique qu'il prend la fonction de secr√©taire g√©n√©ral, assist√© de Jacques Duclos et Beno√ģt Frachon. En fait, il est loin d'√™tre assur√© du soutien total de l'IC puisqu'en juillet, il envoie une lettre √† l'IC o√Ļ il fait part de son d√©couragement et pr√©sente sa d√©mission.

La r√©ponse vient en ao√Ľt sous la forme de la venue √† Paris de Manou√Įlski, le responsable de l'IC qui suit le parti fran√ßais depuis longtemps. Il d√©signe le groupe des jeunes, Barb√©, Celor et Lozeray comme responsables des mauvais r√©sultats du parti. Avec l'encouragement de Fried, Thorez prend ses distances avec la ligne sectaire √† laquelle il a pourtant pleinement particip√© depuis 1928. Le 13 octobre, il d√©clare √† un meeting √† la salle Bullier :

Maurice Thorez, député de la Seine (1932)

" Nous voulons que chaque membre du Parti puisse librement et sans crainte, exprimer son opinion, critiquer les directions, la discipline nécessaire n'étant que le résultat de la conviction et de la soumission aux décisions régulièrement prises par les organismes qualifiés, après discussion"

La ligne sectaire avait en effet op√©r√© des ravages dans le parti : entre 1927 et 1931, les effectifs avaient chut√© de 55 000 √† 25 000. Aux √©lections l√©gislatives de 1932, le parti communiste tombe √† son plus bas niveau (6.8%). La plupart des dirigeants sont battus. Thorez fait exception, l'emportant de justesse dans la circonscription d'Ivry-sur-Seine. Cette victoire lui donne enfin un fief en milieu ouvrier. Cela lui sera particuli√®rement utile pour triompher de son rival Jacques Doriot, qui n'a pas renonc√© √† lui prendre la premi√®re place dans la rivalit√© et qui est lui aussi √©lu dans un autre bastion ouvrier, Saint-Denis. En septembre 1932, lors du 12e plenum de l'IC, les deux hommes en viennent aux mains dans un square de Moscou.

Le "r√®gne" de Thorez sur le parti va durer plus de trente ans. Son ascension jusqu'√† la plus haute fonction au sein du parti r√©sulte √† la fois de qualit√© personnelles qui s'imposent √† tous et d'une parfaite discipline vis-√†-vis de l'Internationale Communiste dont il a toujours d√©fendu les positions. Son maintien √† la t√™te du parti pendant plusieurs d√©cennies sera aussi celle d'une √©quipe dirigeante au premier rang de laquelle on retrouve toujours Jacques Duclos et Beno√ģt Frachon. Jusqu'√† la Seconde Guerre mondiale, Eugen Fried, qui devient un ami personnel de Thorez est en fait l'√©minence grise et a tout pouvoir sur les dirigeants du Parti fran√ßais. √Ä partir de f√©vrier 34, la vie commune avec Jeannette Vermeersch contribue √† √©quilibrer la vie politique et affective de Maurice Thorez qui arrive par ailleurs √† pr√©server ses matin√©es pour lire, √©tudier et √©crire, souvent dans son bureau de la chambre des d√©put√©s. Il garde toujours une certaine distance avec les autres membres de la direction.

Les ann√©es 1932-1934 sont marqu√©es sur le plan international, par l'arriv√©e au pouvoir d'Hitler, et en France par de timides tentatives de l'√©quipe Thorez de sortir le parti de son isolement. En janvier 1933, Thorez et Doriot rencontrent des membres de la SFIO. L'IC condamne ce rapprochement, mais apr√®s la prise du pouvoir par Hitler, demande √† tous les partis nationaux de renoncer aux attaques contre les organisations socialistes "durant l'action commune contre l'offensive du capital et contre le fascisme". Thorez envoie un t√©l√©gramme √† l'IC pour lui demander de prendre contact avec l'Internationale ouvri√®re socialiste. Le parti fran√ßais est alors violemment d√©savou√© par l'IC. En d√©cembre 1933, Thorez et Frachon se rendent √† Moscou o√Ļ Andr√© Marty, d√©l√©gu√© permanent aupr√®s du Komintern ne cesse de d√©noncer les illusions d√©mocratiques de la direction fran√ßaise. Ils doivent faire leur autocritique et accepter que Marty vienne contr√īler l'Humanit√©.

Lorsque survinrent les √©v√®nements de f√©vrier 1934, Thorez √©tait tr√®s affaibli √† la direction du parti. Doriot se fait le champion d'une politique de "Front unique", Au sein du Bureau politique dont les membres sont de plus en plus r√©ceptifs √† ce discours. Mais Thorez r√©siste. Pour des raisons de s√©curit√©, il va se cacher √† Barbizon et n'appara√ģt pas lors de la manifestation unitaire du 12 f√©vrier. Son nom ne r√©appara√ģt dans l'Humanit√© que le 8 mars. " Le Parti communiste, √©crit-il, ‚Ķ ne tol√©rera jamais une politique d'entente au sommet, une politique de recul et d'abdication devant le social-fascisme."

Lors du comit√© central du 14 mars, Thorez est pris √† partie par Renaud-Jean et Doriot. Ce dernier d√©missionne alors de son mandat de maire de Saint-Denis pour se faire r√©√©lire triomphalement le 6 mai par les trois quarts de ses √©lecteurs. Devant cet acte d'indiscipline manifeste, ni Thorez, ni l'IC ne provoquent la rupture, et Manou√Įlski invite √† Moscou Thorez et Doriot pour que chacun pr√©sente ses positions. Doriot, d√©j√† engag√© sur la voie de la rupture, d√©cline l'invitation, et Thorez part seul le 26 avril. Le 16 mai, √† une r√©union de Pr√©sidium de l'IC, Manou√Įlski fixe pour objectif la reconqu√™te de Saint-Denis et l'isolement de Doriot, mais les moyens qu'il indique pour y parvenir, une politique de Front unique dirig√©e vers les ouvriers socialistes, revient en fait √† pratiquer la politique de Doriot.

Le 11 juin, les socialistes Blum et Zyromski rencontrent les communistes Frachon, Gitton et Thorez lui-même. Lors de la conférence nationale de juin 1934 à Ivry, Thorez propose l'unité d'action et l'unité syndicale à tout prix. Le tournant de l'antifascisme était pris, et la route pour le Front populaire ouverte. Thorez avait freiné ce tournant vers une politique de Front unique, mais à partir de juin 1934, encouragé par Fried, il s'enhardit et devance de plusieurs mois les mots d'ordre du Komintern. Le 9 décembre, il défend sa politique devant le présidium de l'IC par un remarquable plaidoyer qui impressionne Manouilsky et fait oublier sa piteuse prestation du mois de mai.

Le Front populaire et l'avant-guerre (1935-1939)

En France, apr√®s des ann√©es de d√©clin, les organisations communistes recrutent et retrouvent leur dynamisme. Thorez est l'incarnation des nouvelles valeurs du parti : l'antimilitarisme des ann√©es 1920 est oubli√©, et dans une certaine mesure l'anticolonialisme, au profit de valeurs plus traditionnelles et l'adoption de mythes et de symboles nationaux comme le drapeau tricolore ou Jeanne d'Arc. Les camarades du parti sont invit√©s √† cesser d'√™tre des r√©volutionnaires professionnels le dimanche pour s'int√©resser √† leurs compagnes et √† leur famille. Cette politique est sanctionn√©e en avril et mai 1936 par d'excellents r√©sultats √©lectoraux.

Article d√©taill√© : Histoire du Parti communiste fran√ßais.

Le 17 avril 1936, dans une allocution radiodiffus√©e, Thorez tend la main aux catholiques et aux Croix-de-feu. En juin 1936, selon Claude Pennetier, son r√īle fut important dans les gr√®ves de juin 1936 et son intervention le 11 juin, quatre jours apr√®s les Accords de Matignon (¬ę Il faut savoir terminer une gr√®ve d√®s que satisfaction a √©t√© obtenue ¬Ľ), d√©terminante dans leur ach√®vement. Sans participer au gouvernement, il s'entretient avec L√©on Blum chaque semaine. En ao√Ľt 1936, il propose d'√©largir vers la droite le Front populaire en faisant, sur la base de l'antifascisme, un ¬ę Front des Fran√ßais ¬Ľ. Ceci n'emp√™che pas le parti communiste de d√©noncer la non-intervention en Espagne et de s'investir massivement dans le soutien √† l'Espagne r√©publicaine.

C'est √† cette √©poque que Thorez, suivant le mod√®le de Staline en URSS, instaure, au sein du parti, un certain culte vis-√†-vis de sa personne. En effet, Thorez a une grande admiration pour Staline. Pour renforcer son image personnelle, il publie, en 1937, une autobiographie, ¬ę Fils du peuple ¬Ľ, √©crite en fait par Jean Fr√©ville qui sous-traitait lui-m√™me la biographie √† un autre n√®gre et devait, selon la suggestion de Paul Vaillant-Couturier, incarner l'histoire du communisme fran√ßais[2]. Thorez d√©dicace √† Staline un exemplaire publi√© en 1937 aux Editions Sociales Internationales (E.S.I.) :

"Au camarade Staline, le constructeur g√©nial du socialisme, le chef aim√© des travailleurs du monde entier, le guide des peuples, le Ma√ģtre et l'ami, qui me fit, un jour heureux entre tous, le grand honneur de me recevoir, en t√©moignage de ma fid√©lit√© absolue et de mon amour filial[3].

La popularit√© de Thorez atteint alors son plus haut niveau. Le 24 juin 1937, on entendit des manifestants scander, place de la Nation, ¬ę Thorez au pouvoir ¬Ľ.

Apr√®s Munich l'ann√©e 1939 est plac√©e sous le signe de la menace de guerre. En janvier, √† la conf√©rence nationale de Gennevilliers, Thorez consacre une grande partie de son rapport √† la question paysanne. Il participe √©galement √† Ivry √† la c√©l√©bration de la R√©volution fran√ßaise √† l'occasion de son 150e anniversaire. En f√©vrier, lors d'une tourn√©e en Alg√©rie, il √©voque ¬ę le peuple alg√©rien uni autour de la France ¬Ľ en ajoutant ¬ę Il y a une nation alg√©rienne qui se constitue, elle aussi, dans le m√©lange de vingt races ¬Ľ.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1944)

L'annonce du Pacte germano-sovi√©tique, le 23 ao√Ľt 1939, et la d√©claration de guerre, le 3 septembre, vont compl√®tement bouleverser la situation du parti communiste (Voir article d√©taill√© Histoire du Parti communiste fran√ßais). Il semble que Thorez, en vacances dans les Alpes, n'ait pas √©t√© mis au courant de la signature du pacte. Fried lui-m√™me n'apprendra la nouvelle qu'√† Bruxelles, centre de regroupement de l'IC, en cas de crise. √Ä Paris, l‚ÄôHumanit√© est saisie d√®s le 25 ao√Ľt 1939. Le 1er septembre, le groupe parlementaire communiste r√©uni sous la pr√©sidence de Thorez d√©cide de voter les cr√©dits de guerre pour r√©agir √† l'agression allemande contre la Pologne. Le 3 septembre 1939, Thorez r√©pond √† l'ordre de mobilisation et rejoint son r√©giment, le 3e r√©giment du g√©nie[4], √† Arras. Les hommes √©taient en effet mobilisables jusqu'√† quarante ans.

√Ä partir de la mi-septembre, l'IC fait parvenir des consignes demandant clairement de d√©noncer la guerre dont le caract√®re imp√©rialiste √©tait affirm√©. Le parti communiste est interdit le 26 septembre. Le secr√©taire de l'IC, Dimitrov envoie un t√©l√©gramme enjoignant au secr√©taire g√©n√©ral du parti fran√ßais de d√©serter. Mounette Dutilleul, en compagnie de Jeannette Vermeersch, enceinte, va porter le message √† Chauny, o√Ļ Maurice Thorez est en garnison. "Qu'en pensent Beno√ģt et Jacques ?" (Frachon et Duclos) aurait demand√© Thorez qui se soumet √† la d√©cision de l'IC comme il l'a fait tout au long de sa carri√®re. Le couple Thorez-Vermeersch est embarqu√© dans la 11 CV du militant Pelayo, passe en Belgique avant de rejoindre Moscou via Stockholm, quelques semaines plus tard. Thorez est donc consid√©r√© comme d√©serteur[5].

Thorez arrive √† Moscou le 8 novembre 1939. Il s'installe dans une proche banlieue de Moscou, parmi d'autres "clandestins", se laisse pousser la barbe et se fait appeler Ivanov. Officiellement, Thorez est rest√© en France jusqu'en 1943, date √† laquelle il se serait rendu √† Moscou pour la dissolution de l'Internationale. Cette version de l'histoire a √©t√© maintenue par le PCF jusqu'√† la fin des ann√©es 1960. Il retrouve l'autre dirigeant fran√ßais Andr√© Marty, bien en vue aupr√®s des Sovi√©tiques et des responsables du Komintern, toujours pr√™t √† critiquer le parti fran√ßais. Jusqu'en juin 1941, au moins, Thorez, reste en contact avec la direction clandestine du parti rest√©e en France. A-t-il eu un r√īle important dans les diff√©rentes orientations prises par le parti, pourparlers pour la reparution de l‚ÄôHumanit√© en juin-juillet 1940, politique de semi-l√©galisation en ao√Ľt-septembre, politique de Front national au printemps 1941 ? Les archives du Komintern √† Moscou ne sont pas tr√®s claires sur ce point.

En automne 1941, l'offensive allemande provoque l'évacuation des Thorez à Oufa, dans l'Oural. Il n'a pratiquement rien à faire, doit rester clandestin et vit une des périodes les plus sombres de son existence. Il supporte difficilement que De Gaulle autorise Marty à se rendre à Alger pour prendre la tête de la délégation communiste alors que lui, Thorez, reste personna non grata pour cause de désertion.

Le 20 janvier 1944, il est re√ßu par la d√©l√©gation de la France libre √† Moscou. Il raconte qu'il est rest√© ¬ę √† son poste de combat ¬Ľ, en France, jusqu'en mai 1943 et demande √† rejoindre Alger. De Gaulle r√©pond quelques semaines plus tard que la condamnation de Thorez pour d√©sertion garde force de loi.

Apr√®s l'installation √† Paris le 31 ao√Ľt 1944, du gouvernement provisoire de la R√©publique fran√ßaise (GPRF) qui comprend deux ministres communistes, le PCF m√®ne une campagne pour exiger le retour de Maurice Thorez qui envoie lui-m√™me un t√©l√©gramme √† De Gaulle, le 17 octobre. Le 28 octobre, le conseil des ministres donne un avis favorable au retour de Thorez en m√™me temps qu'il donne l'ordre de dissoudre les milices patriotiques. Le 6 novembre, quelques jours avant le voyage de De Gaulle √† Moscou, Thorez b√©n√©ficie d'une gr√Ęce individuelle et rentre en France le 27 novembre.

Le retour en France et les débuts de la guerre froide (1944-1950)

De retour en France, Maurice Thorez retrouve sans probl√®me sa place au premier rang du PCF, qui est, depuis la dissolution de l'IC, le nom officiel de l'ex-Section Fran√ßaise de l'Internationale Communiste. La popularit√© qu'il avait acquise avant-guerre reste intacte. Il b√©n√©ficie √©galement du prestige de R√©sistant, car d'apr√®s la logique de propagande du parti, le secr√©taire g√©n√©ral du "parti des fusill√©s" ne peut qu'avoir √©t√© un r√©sistant. Ainsi, Marcel Prenant, biologiste et authentique membre de la direction des FTPF sous l'occupation, prend-il la parole au congr√®s de Paris, en juin 1945, en ces termes :

"‚ĶSalut √† Maurice Thorez, le premier en date des combattants sans uniforme, contre le fascisme hitl√©rien et les tra√ģtres ! Salut √† Maurice Thorez, le premier des francs-tireurs et des partisans fran√ßais !‚Ķ"

Plus tard, dans l'√©dition de Fils du peuple de 1947, on pourra lire :

"La direction du Parti prit la d√©cision juste de me faire passer √† l'activit√© clandestine‚Ķ Le 4 octobre (1939), je repris ma place √† la t√™te des militants communistes traqu√©s et pers√©cut√©s‚ĶEn 1943, en ma qualit√© de membre du Bureau de l'Internationale, je participais √† Moscou aux d√©lib√©rations d'o√Ļ sortit la dissolution‚Ķ"

Fin 1944, avec le retour de Thorez en France, le PCF tourne le dos aux tentations d'insurrection r√©volutionnaire en acceptant la dissolution des milices patriotiques. En septembre 1944, au nom de la CGT, Beno√ģt Frachon avait lanc√© la "bataille pour la production". Le 21 juillet 1945, Maurice Thorez surench√©rit en d√©clarant √† Waziers, dans le bassin houiller, devant des ouvriers impatients de voir leurs conditions s'am√©liorer :

"Produire, c'est aujourd'hui la forme la plus élevée du devoir de classe, du devoir des Français. Hier, notre arme était le sabotage, l'action armée contre l'ennemi, aujourd'hui, l'arme, c'est la production pour faire échec aux plans de la réaction."

En automne 1944, peu de temps apr√®s le retour de Thorez en France, De Gaulle avait rencontr√© Staline √† Moscou, et ce dernier, avait d√©clar√© √† propos de Thorez : "Ne vous f√Ęchez pas de mon indiscr√©tion‚Ķ je me permets de vous dire que je connais Thorez, et qu'√† mon avis, il est un bon Fran√ßais ; si j'√©tais √† votre place, je ne le mettrais pas en prison‚Ķ du moins pas tout de suite‚Ķ". Charles de Gaulle avait alors r√©pondu: "Le gouvernement fran√ßais traite les Fran√ßais d'apr√®s les services qu'il attend d'eux."

En automne 1945, le temps √©tait donc venu pour Thorez, de prendre des responsabilit√©s dans un gouvernement. Apr√®s les √©lections pour l'assembl√©e constituante d'octobre 1945, qui donnent 26,1% des suffrages aux communistes, c'est comme ministre de la fonction publique, en compagnie de 4 autres ministres communistes qu'il fait son entr√©e au gouvernement de de Gaulle. Il a rang de ministre d'√Čtat. Dans le gouvernement F√©lix Gouin, en janvier 1946, il sera "vice-pr√©sident du conseil". En novembre 1946, apr√®s des r√©sultats √©lectoraux meilleurs qu'ils n'avaient jamais √©t√©, 28,6%, et qui font du PCF "le premier parti de France", Thorez revendique la pr√©sidence du conseil. Il affirme alors, dans une interview pour le Times du 18 novembre qu'il existe pour aller vers le socialisme " d'autres chemins que celui suivi par les communistes russes". Finalement, seulement 261 sur 579 votants se portent sur son nom. Toujours vice-pr√©sident du conseil, Thorez ne quitte le gouvernement Ramadier, qu'en mai 1947, avec les 4 autres ministres communistes.

Pendant son passage au gouvernement, Thorez qui avait toujours su se montrer bon √©l√®ve aux yeux de Manou√Įlski et de Staline, sait √©galement se montrer bon ministre. Ceux qui l'on c√ītoy√©, de Charles de Gaulle √† Jules Moch d√©crivent un ministre efficace, non d√©nu√© du sens de l'√Čtat. Il m√®ne √† bien la r√©forme de la fonction publique et le statut de la fonction publique lui survivra jusqu'au XXIe si√®cle.

Les historiens situeront le d√©but de la guerre froide en 1947. Ce n'√©tait pas si clair que √ßa √† l'√©poque, puisque Thorez place le congr√®s de Strasbourg, en juin 1947 dans la perspective de la reconqu√™te par le PCF de son r√īle de "parti de gouvernement". Les choses ne deviennent claires que le 22 septembre 1947, √† la conf√©rence de Szklarska-Poreba, en Pologne, o√Ļ partis fran√ßais et italien sont mis en accusation devant le Kominform qui remplace plus ou moins le Komintern d√©funt. Avec la guerre froide, Thorez dirige le parti de mani√®re de plus en plus personnelle. Avec Jeannette Vermeersch, il forme un couple de monarques. Le 17 septembre 1947, ils officialisent leur union √† la mairie de Choisy-le-Roi (actuel Val-de-Marne) apr√®s qu'il a divorc√© d'Aurore Memboeuf.
Ses prises de positions patriotiques de la p√©riode 1944-47 font place √† des positions plus conformes √† la nouvelle ligne :

" ‚Ķsi l'arm√©e sovi√©tique d√©fendant la cause des peuples, la cause du socialisme, √©tait amen√©e √† pourchasser les agresseurs jusque sur notre sol, les travailleurs, le peuple de France pourrait-il se comporter envers l'arm√©e sovi√©tique autrement que les travailleurs, que les peuples de Pologne, de Roumanie, de Yougoslavie, etc. ?" (23 f√©vrier 1949)

Lors de l'affaire Lyssenko, il approuve la th√©orie des deux sciences, la bourgeoise et la prol√©tarienne, au grand dam de Marcel Prenant, qui l'avait sacr√© r√©sistant quelques ann√©es plus t√īt.

La maladie (1950-1956)

L'ann√©e 1950 voit culminer le culte de Staline[6] et de Thorez √† l'occasion de leurs 70e et 50e anniversaire. C'est alors qu'√† l'apog√©e de l'autorit√© qu'il exerce sur le PCF, il est victime d'une maladie qui va l'√©carter pendant plusieurs ann√©es de la sc√®ne politique fran√ßaise, en m√™me temps qu'elle va rendre possible des luttes pour le pouvoir au sein du PCF. Victime d'une attaque d'h√©mipl√©gie le 10 octobre 1950, il part dans l'avion personnel d'Andre√Į Vychinski le 12 novembre se faire soigner en URSS, d√©l√©guant √† Jacques Duclos, comme en 1940, la conduite des affaires du PCF. Duclos n'a jamais essay√© de profiter de la situation pour √©vincer son camarade. C'est Duclos qui r√®gle les √©victions de Marty et de Tillon, et Thorez ne rentre en France[7] le 10 avril 1953 qu'apr√®s la mort de Staline, mais il repart bient√īt, laissant √† nouveau Duclos r√©gler l'exclusion d'Auguste LecŇďur, l'√©toile montante du PCF depuis la p√©riode de la R√©sistance. Il est encore difficile de dire si l'affaire LecŇďur est uniquement une affaire interne au PCF, LecŇďur ayant √©t√© trop press√© de remplacer Thorez, o√Ļ si, comme le pense l'historien Marc Lazar, LecŇďur avait √©t√© charg√© par Souslov de transmettre au PCF des critiques contre Staline, et que d√©j√† Thorez, aux c√īt√©s de Molotov, se situe dans une attitude de r√©sistance √† la d√©stalinisation.

La fin du règne Thorez (1956-1964)

En février 1956, Maurice Thorez conduit la délégation française au XXe congrès du PC soviétique. Il est le seul, avec Mao, à citer le nom de Staline dans son discours d'introduction. Dans la nuit du 25 au 26 février, il reçoit une copie en russe d'un rapport secret rédigé par Nikita Khrouchtchev et destiné aux partis frères. Ce rapport est traduit immédiatement par Georges Cogniot en présence de Jacques Duclos et Pierre Doize.

À la fin du mois de mars, Thorez rendra visite à Togliatti, secrétaire du parti italien, pour chercher un appui contre Khrouchtchev, mais, selon l'historien Philippe Robrieux, "Togliatti, tout en déplorant la méthode utilisée par le leader russe, avait clairement manifesté son choix en sens contraire." Ce sera la rupture entre les dirigeants des deux partis les plus puissants d'Europe occidentale.

Le public fran√ßais apprendra l'existence de ce rapport par la presse "bourgeoise". Thorez avait d'abord choisi de dissimuler l'existence de ce rapport. Robrieux a √©crit que cette dissimulation est le fruit d'une discussion au sein du couple Thorez-Vermeersch, qui pensaient que le rapport allait rester enfoui dans les archives du PCUS √† Moscou et qu'il √©tait de nature √† d√©stabiliser les militants fran√ßais. √Ä la table familiale, le jeune Jean Thorez, 20 ans, se serait exclam√©: "Nous sommes tous des assassins !"[8]

Au sein du PCF, des tiraillements se font sentir, de nombreux dirigeants se sentant plus proches de la position de Togliatti que de celle de Thorez. À la fin de 1956, l'affaire hongroise permet à Thorez de reprendre la situation en main: de violentes manifestations anticommunistes qui ont lieu devant les locaux du parti réveillent le "patriotisme de parti": Thorez soutient Khrouchtchev et la répression de l'insurrection hongroise, et au sein du PCF, les rangs se resserrent autour de Thorez qui continue par ailleurs à freiner la déstalinisation au sein du mouvement communiste.

En 1959, Thorez doit faire face aux analyses krouchtchéviennes de Laurent Casanova et Marcel Servin, proches des positions italiennes: ils sont mis sur la touche. Mais à partir de 1961, Thorez appuie Khrouchtchev contre Mao et les albanais.

La tombe de Maurice Thorez au cimetière du Père-Lachaise (division 97)

En mai 1964, affaibli par la maladie, il fait nommer Waldeck Rochet, plut√īt krouchtch√©vien, au secr√©tariat g√©n√©ral du PCF lors du XVIIe congr√®s, alors que lui-m√™me prend le titre de pr√©sident. Autour de 1960 Thorez soutient son √©pouse, Jeannette Vermeersch, lorsqu'elle s'exprime en tant que vice-pr√©sidente de l'Union des femmes fran√ßaises, contre le "contr√īle des naissances": "Le ¬ę Birth control ¬Ľ, la maternit√© volontaire, est un leurre pour les masses populaires, mais c'est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales". Cette position va √† l'encontre de celles de nombreux militants, notamment dans les milieux m√©dicaux. Thorez prend parti pour Jeannette en condamnant les th√®ses n√©o-malthusiennes.

Le 12 juillet 1964, il décède brutalement lors d'une escale à Istanbul en mer Noire, sur un bateau qui l'emmenait passer ses vacances (sa santé lui interdisant l'avion), comme chaque été, en URSS. Le PCF le fait ramener en France à bord d'un Tupolev et lui organise des funérailles grandioses le 16 juillet à Paris.

Synthèse

Comme l'a écrit Claude Pennetier, Maurice Thorez reste avec Palmiro Togliatti une des grandes figures du communisme en Europe occidentale, celle d'un ouvrier devenu dirigeant d'un des plus grands partis de France. L'influence controversée de cet homme sur la vie politique française n'a pas fini d'alimenter la réflexion.

Pour expliquer le destin de Thorez, Claude Pennetier met en avant " D'incontestables qualit√©s de base : clart√© dans l'expression, sens de la synth√®se, comportement populaire (le go√Ľt de la chanson en fin de banquet) mais aussi un art de s'adapter aux diff√©rents milieux qui devait faire l'admiration de la classe politique. Thorez avait surtout une grande intelligence des situations politiques qui lui permettait de tirer le meilleur parti des situations, quitte √† soutenir des positions qu'il avait d'abord combattues."

Jean Bruhat, historien communiste a écrit (le Monde, 13 juillet 1974) que " de toute conversation avec Thorez, un universitaire sortait abasourdi par la richesse de sa culture et sa fringale de connaissance". Philippe Robrieux, biographe de référence de Thorez parle du professeur d'université qu'il aurait pu être et évoque sa passion pour la géologie et le latin. Il insiste aussi sur sa détermination à se laisser une plage de temps pour la lecture et l'étude.

Dans son "message de condol√©ances", De Gaulle lui rend hommage √† sa mani√®re : " √Ä une √©poque d√©cisive pour la France, le Pr√©sident Maurice Thorez a, √† mon appel, et comme membre de mon gouvernement, contribu√© √† maintenir l'unit√© nationale."

Que s'est-il pass√© entre sa volont√© d'√©tudier sans a priori la "question russe" qu'il manifeste dans sa lettre √† Souvarine du 11 avril 1924 et son attitude lorsqu'il refuse d'admettre le contenu du rapport ¬ę secret ¬Ľ de Khrouchtchev lors du Comit√© central du 9 mai 1956 ? Probablement la complaisance dont il a fait preuve vis-√†-vis du culte de la personnalit√© autour de sa personne et sa r√©pugnance vis-√†-vis du travail collectif.

Philippe Robrieux conclut que ce militant sincère, totalement intégré au mouvement communiste international, était devenu après sa maladie, le type le plus achevé du Secrétaire général stalinien, corrompu par l'exercice d'un des pouvoirs les plus absolus de tous les temps.

Le PCF lui doit sans doute ses heures de gloire, mais aussi certainement le retard dans la déstalinisation pris dans les dernières années du règne de Thorez.

Mari√© le 8 septembre 1923 avec Aurore MembŇďuf, s√©par√© en 1930, divorc√© le 29 janvier 1947, remari√© le 17 septembre 1947 avec sa compagne Jeannette Vermeersch. P√®re de quatre enfants : Maurice n√© en 1926 de son premier mariage, puis de son union avec Jeannette Vermeersch, Jean en 1936, Paul en 1940, Pierre en 1946.

Chronologie

  • 1912 Embauch√© aux mines de Dourges
  • 1919 Militant √† la Section fran√ßaise de l'Internationale ouvri√®re (SFIO)
  • 1920 Il se rallie au mouvement communiste lors du congr√®s de Tours et y occupe rapidement des postes importants ; d√©but de son service militaire.
  • 1923 Secr√©taire de la f√©d√©ration communiste du Pas-de-Calais. Mariage avec Aurore Memboeuf
  • 1924 secr√©taire de la r√©gion Nord, permanent du parti communiste, membre suppl√©ant du Comit√© directeur.
  • 1925 membre du bureau politique du PCF, apr√®s un flirt rapide avec l'Opposition de gauche.
  • 1926 responsable √† l'organisation au sein du bureau
  • 1925-1926 Milite activement contre la guerre du Maroc
  • Et√© 1927-juin 1929 principal dirigeant du parti.
  • 1929-1930 Incarc√©r√© pour provocation de militaires √† la d√©sob√©issance
  • Avril 1930- mai 1931 Dirige le parti avec Henri Barb√©.
  • √† partir de mai 1931 Dirigeant principal du parti (mais ne devient secr√©taire g√©n√©ral en titre qu'en janvier 1936.
  • 1932 D√©put√© d'Ivry √† la Chambre des D√©put√©s, d√©l√©gu√© √† l'Assembl√©e consultative provisoire, d√©put√© de la Seine aux deux Assembl√©es nationales constituantes (1945-1946), d√©put√© √† l'Assembl√©e Nationale, du 10 novembre 1946 √† sa mort.
  • 1934 Signe, au nom du PCF un pacte d'union nationale avec la SFIO et les radicaux cr√©ant le Front populaire.
  • 1939 D√©serte (4 octobre) pour rejoindre la Belgique, puis Moscou (8 novembre), sur l'ordre de l'Internationale communiste. Condamn√© pour d√©sertion, graci√© le 6 novembre 1944.
  • 1944 Revient en France (26 novembre) o√Ļ il reprend la direction du PCF
  • du 21 novembre 1945 au 26 janvier 1946 : Ministre d'√Čtat du gouvernement Charles de Gaulle (2)
  • du 26 janvier au 24 juin 1946 : Vice-pr√©sident du Conseil du gouvernement F√©lix Gouin
  • du 24 juin au 16 d√©cembre 1946 : Vice-pr√©sident du Conseil du gouvernement Georges Bidault (1)
  • du 22 janvier au 4 mai 1947 : Ministre d'√Čtat, vice-pr√©sident du Conseil du gouvernement Paul Ramadier (1)
  • 1950 Frapp√© brutalement d'h√©mipl√©gie, il part se faire soigner en URSS.
  • 1953 Retour en France. Il reprend ses fonctions √† la t√™te du PCF et les conservera jusqu'√† sa mort malgr√© ses probl√®mes de sant√©.
  • 1964 D√©c√®s

Hommage de l'URSS

L'Universit√© Linguistique de Moscou a pris le nom de Maurice Thorez de 1964 √† 1990 (¬ę–ú–ĺ—Ā¬≠–ļ–ĺ–≤—Ā–ļ–ł–Ļ –ł–Ĺ—Ź–∑ –ł–ľ–Ķ–Ĺ–ł –ú.–Ę–ĺ—Ä–Ķ–∑–į¬Ľ)

Voir également le timbre-poste placé en tête de l'article.

Une ville aujourd’hui en Ukraine a été nommée, le 16 juillet 1964, Thorez (on écrit aussi Torez en français), pour lui rendre hommage. Cette ville porte toujours ce nom.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Maurice Thorez, Fils du peuple, Editions socailes, 1949 
  2. ‚ÜĎ Ňíuvre remani√©e en 1949, 1954 et 1960 lors de ses diff√©rentes r√©√©ditions
  3. ‚ÜĎ Cit√© dans Philippe Buton, "Le Parti communiste fran√ßais et le stalinisme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale", dans Journal of Modern European History.
  4. ‚ÜĎ Maurice Thorez, Fils du peuple, Editions socailes, 1949 
  5. ‚ÜĎ Francis Cr√©mieux, Jacques Estager, Sur le Parti, 1939-1940, Messidor, 1983, pp.148-153,(ISBN 2201016461)
  6. ‚ÜĎ Culte auquel Thorez participe au premier chef : ¬ę Stalinien : nous redisons bien haut, comme il y a vingt ans d√©j√†, notre fiert√© de ce titre d'honneur et de gloire que nous nous effor√ßons de m√©riter ! Oui de tout notre cŇďur, nous proclamons notre amour ardent pour Staline, et nous l'assurons de notre confiance in√©branlable ! ¬Ľ (d√©claration de 1949, extrait film√© pr√©sent dans Banlieue rouge, Daniel Kupferstein, 2005).
  7. ‚ÜĎ Aragon √©crit √† ce propos son po√®me ¬ę Il revient. ¬Ľ
  8. ‚ÜĎ Philippe Robrieux, Histoire int√©rieure du parti communiste fran√ßais, Tomes II, Fayard, 1981, p.436-437

Sources

  • le r√©cit autobiographique: Fils du peuple 1937-1960 est d'un grand int√©r√™t sur l'enfance, la Premi√®re Guerre mondiale, et l'entr√©e dans la vie militante de Maurice Thorez.

Bibliographie, autre que les sources de l'article

  • Georges Cogniot, Victor Joann√®s, Maurice Thorez, l'homme, le militant, Paris, √Čditions sociales, 1970, 186 p.
  • Annie Kriegel, ¬ę Bureaucratie, culte de la personnalit√© et charisma. Le cas fran√ßais : Maurice Thorez, secr√©taire g√©n√©ral du PCF (1900-1964) ¬Ľ, in Communismes au miroir fran√ßais, Paris, Gallimard, 1974.
  • Jacqueline Mer, Le Parti de Maurice Thorez ou le Bonheur communiste fran√ßais, Paris, Payot, 1977, 237 p.
  • Guillaume Bourgeois, Annie Kriegel, Les communistes fran√ßais 1920-1970, Paris, Seuil, 1985, 400 p.
  • Serge Wolikow, Le Parti communiste fran√ßais et l'Internationale communiste (1925-1933), Th. d'√Čtat, Paris VIII, 1990, 2100 p.
  • St√©phane Sirot, Maurice Thorez, Paris, Presses de Sciences Po, 2000, 302 p.
  • Pierre Durand, Maurice Thorez, le fondateur, Pantin, Le temps des cerises, 2000, 258 p.
  • Damon Mayaffre, Le poids des mots. Le discours de gauche et de droite dans l'entre-deux guerres. Maurice Thorez, L√©on Blum, Pierre-Andr√© Flandin et Andr√© Tardieu (1928-1939), Paris, Honor√© Champion, 2000, pp.166-219 et pp.483-544.
  • Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette. Biographie du couple Thorez , √©d. Fayard, 2010

Voir aussi

Liens internes

Liens externes