Massacres De Septembre

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Massacres De Septembre

Massacres de septembre

Vision romantique du massacre des Carmes, gravure du XIXe siĂšcle d’Armand Fouquier, Causes cĂ©lĂšbres de tous les peuples, 1862

Les massacres de septembre sont une suite d’exĂ©cutions sommaires qui se sont dĂ©roulĂ©es du 2 au 6 ou au 7 septembre 1792 Ă  Paris[1]. En province, ces massacres ont Ă©galement lieu (comme Ă  OrlĂ©ans, Meaux, Reims, ou Versailles), mais font beaucoup moins de victimes, sur une plus longue durĂ©e, donc avec une bien moins grande intensitĂ©.

Ces exĂ©cutions s'inscrivent dans un contexte de psychose des rĂ©volutionnaires, provoquĂ©e par l’invasion austro-prussienne, puis par des rumeurs d’un complot interne (le complot des prisons) ainsi que de l’éventualitĂ© d’une rĂ©pression et de massacres perpĂ©trĂ©s par des royalistes ou leurs alliĂ©s Ă©ventuels depuis le dĂ©but de l’étĂ© 1792. Les massacreurs (les septembriseurs) vont dans les prisons de Paris et en tuent les occupants. Cette Ă©tape de la RĂ©volution française fait probablement plus de 1 300 morts Ă  Paris et 150 morts en province[2]. Ces massacres sont un des sommets de violence rĂ©volutionnaire ; ils installent un climat oppressant, lequel joue sur les Ă©lections des dĂ©putĂ©s Ă  la Convention qui se dĂ©roulent Ă  la mĂȘme pĂ©riode, avec une participation d'environ 10 % des inscrits; on dĂ©note dans la capitale une forte progression des Montagnards due surtout Ă  la pression qu'exerce la Commune insurrectionnelle sur les candidats qui ne font pas partie de ses fervents partisans.[3]

Sommaire

Sources et historiographie

Dans les semaines qui suivent ces événements, les différentes tendances politiques dominantes à la Convention se rejettent les responsabilités des massacres.

La Gironde, aprĂšs avoir cru Ă  la spontanĂ©itĂ© de nouvelles journĂ©es rĂ©volutionnaires, dĂ©nonce l’Ɠuvre de quelques brigands payĂ©s par la Commune de Paris, le comitĂ© de surveillance et les Montagnards[4], mais ces accusations disparaissent lors du procĂšs du roi, en janvier 1793.

La Montagne souhaite d’abord « tirer un voile religieux sur ces Ă©vĂšnements Â»[5], qu’elle considĂšre comme un prolongement du 10 aoĂ»t, ces deux Ă©pisodes rĂ©volutionnaires constituant un tout qui permet l’avĂšnement de la RĂ©publique[6]. Puis, aprĂšs l’élimination des Girondins lors des journĂ©es d’émeute des 31 mai et 2 juin 1793, elle accuse la Gironde de complicitĂ© par sa passivitĂ© pendant les massacres. Durant le procĂšs des Girondins, en octobre 1793, ceux-ci sont accusĂ©s arbitrairement d’avoir provoquĂ© les massacres.

AprĂšs le 9-Thermidor, les massacres de septembre sont exclus de l’amnistie concernant les violences consĂ©cutives au 20 juin 1792 ; des poursuites sont engagĂ©es, mais les principaux hommes politiques en poste en septembre 1792 sont morts, et seuls quelques exĂ©cutants sont jugĂ©s; trois sont condamnĂ©s Ă  vingt ans de fers, mais la plupart sont acquittĂ©s, le jury dĂ©clarant que les autres « n’étaient pas convaincus de crime. Â» [7].

Par la suite, les diffĂ©rents camps s'opposent sur les raisons de ces massacres. Les dĂ©mocrates nient en gĂ©nĂ©ral la prĂ©mĂ©ditation et l’organisation prĂ©alable des massacres, les imputant Ă  un phĂ©nomĂšne de colĂšre populaire spontanĂ©. Les contre-rĂ©volutionnaires invoquent successivement un chĂątiment divin, venant punir une longue suite d'atteintes Ă  la morale, Ă  la chose publique et Ă  la religion ; ils dĂ©fendent en gĂ©nĂ©ral la thĂšse de la prĂ©mĂ©ditation des massacres[8]. Ils s’appuient sur les trĂšs nombreux mĂ©moires des survivants des massacres (par exemple, les MĂ©moires sur les jours de septembre 1792, par Berville et BarriĂšre).

Au milieu du XIXe siĂšcle, Louis Mortimer-Ternaux et Granier de Cassagnac publient Ă  quelques annĂ©es d’écart des ouvrages consacrĂ©s aux massacres. Ils fournissent les premiers bilans chiffrĂ©s fiables, basĂ©s sur les registres des prisons parisiennes (voir plus bas la partie Bilans), registres qui ont brĂ»lĂ© dans les incendies allumĂ©s par la Commune de Paris en 1871. Par la suite, les historiens basent leurs propres dĂ©comptes sur ces deux ouvrages. Mortimer-Ternaux conclut Ă  un mouvement populaire de masse et spontanĂ©, insiste sur le rĂŽle de Marat, jugĂ© principal responsable, du comitĂ© de surveillance et de la Commune de Paris, Ă  l’origine du dĂ©clenchement des massacres. Il reproche Ă  Danton et Ă  Roland leur inaction[9]. Par la suite, l’absence de responsabilitĂ© majeure de Marat est dĂ©montrĂ©e par Gottschalk (Jean-Paul Marat, l’Ami du peuple, 1929) et Walter (Marat, 1933).

Au XXe siĂšcle, deux monographies sont consacrĂ©es Ă  ces massacres. La premiĂšre, de Pierre Caron, attĂ©nue les responsabilitĂ©s de la Commune et du conseil de surveillance. Il interprĂšte les massacres comme un acte de masse et spontanĂ©, qu’il justifie, le peuple s’étant substituĂ© au souverain et ayant fait usage de son droit de justice retenue[10]. Il prĂ©cise les bilans de Mortimer-Ternaux et de Cassagnac, en les croisant avec d’autres archives[11]. C’est encore l’auteur qui est le plus suivi, Ă  la fois pour ses bilans chiffrĂ©s et son explication des massacres.

D’autres historiens ont refusĂ© la prĂ©paration de ces massacres, et les ont justifiĂ© Ă  divers degrĂ©s :

  • Albert Soboul, qui pense que ce fut une insurrection spontanĂ©e non prĂ©mĂ©ditĂ©e, en partie justifiĂ©e par les Ă©vĂ©nements : « La Commune une fois de plus donnait l’exemple de l’élan patriotique
 La crise rĂ©volutionnaire, en s’approfondissant, avait prĂ©cisĂ© et durci en mĂȘme temps les traits de la nation. Les Massacres de septembre (
) prĂ©sentent un aspect national et un aspect social que l’on ne saurait dissocier (
) cette pĂ©riode (
) fut sans doute celle du plus grand danger de la RĂ©volution (
) celle oĂč la nation ressentit le plus fortement le pĂ©ril extĂ©rieur[12] Â». Pour François Furet et Denis Richet : « Ni la Commune ni le ComitĂ© de surveillance n’ont prĂ©parĂ© les massacres ; ils ont laissĂ© faire en cherchant Ă  en limiter la portĂ©e. Â»[13]. Un « Ancien Â», Louis Blanc, qui — s’il n’excuse pas les massacres — estimait dĂ©jĂ  qu’il ne sont pas prĂ©mĂ©ditĂ©s : « Il est faux que la Commune ait machinĂ© les massacres
[14] Â».

D’autres historiens Ă©voquent la thĂšse de la prĂ©paration de ces massacres et doutent de leur spontanĂ©itĂ©, dont Georges RudĂ© : « Le massacre des prisonniers ne fut nullement un acte spontanĂ© Â», citĂ© par Michel Winock[15]. Bien que de nombreuses recherches aient Ă©tĂ© effectuĂ©es, il n’a jamais Ă©tĂ© dĂ©couvert d’ordre Ă©crit prouvant que ces massacres furent prĂ©alablement organisĂ©s par le gouvernement ou une autre organisation rĂ©volutionnaire[16]. Cet Ă©pisode de la RĂ©volution, entre la chute de la monarchie (10 aoĂ»t), l’entrĂ©e en fonctions de la Convention et Valmy, occupe de toute façon peu de place dans les ouvrages sur la RĂ©volution.

La seconde monographie consacrĂ©e aux massacres de septembre au XXe siĂšcle, celle de FrĂ©dĂ©ric Bluche, parue en 1986, l’insĂšre dans une logique rĂ©volutionnaire. Sans juger qu’ils sont prĂ©parĂ©s, et sans nommer de responsable, son ouvrage Septembre 1792 - Logiques d’un massacre, constate que ces massacres, mĂȘme en ayant horrifiĂ© les responsables politiques, entrent dans une logique rĂ©volutionnaire de surenchĂšre et d’élimination de l’adversaire, et donc ne peuvent pas aller fonciĂšrement contre la volontĂ© des Ă©lus du peuple.

Enfin, une sĂ©rie d’auteurs ont justifiĂ© ces massacres :

  • Jules Michelet : « Par dessus l’ivresse d’eau-de-vie et l’ivresse de mort, une autre agissait encore, l’ivresse de la justice, d’une fausse et barbare justice, qui punissait les simples dĂ©lits par des crimes Â» ;
  • Michel Foucault qualifie les massacres d’ «acte de guerre contre l’ennemi intĂ©rieur, un acte politique contre les manƓuvres des gens au pouvoir et un acte de vengeance contres les classes oppressives. Â» ;
  • Buchez :« Aux journĂ©es de Septembre, on s’attaquait Ă  ceux qui avaient travaillĂ© avec le plus d’ardeur Ă  faire avorter la RĂ©volution, Ă  ceux qui conspiraient avec l’étranger contre l’indĂ©pendance nationale, et enfin Ă  des hommes condamnables ou dĂ©jĂ  condamnĂ©s pour des crimes que l’on punit dans tous les temps et chez tous les peuples. Â»

Contexte

L’invasion Ă©trangĂšre

La France avait dĂ©clarĂ© la guerre Ă  l'Autriche — alliĂ©e Ă  la Prusse par un accord du 7 fĂ©vrier 1792 — le 20 avril 1792. AprĂšs une campagne de printemps calamiteuse pour les armĂ©es françaises, une trĂȘve de trois mois est obtenue le 18 mai[17], mais les opĂ©rations reprennent aprĂšs le 10 aoĂ»t. Le 19, les armĂ©es de Clerfayt (29 000 Autrichiens) et de Brunswick (40 000 Prussiens), suiviees de 5 000 Ă©migrĂ©s, ayant fait leur jonction, pĂ©nĂštrent en France. Les places de la frontiĂšre sont rapidement menacĂ©es par l’avancĂ©e prussienne : Longwy capitule sans rĂ©sister le 23 aoĂ»t et Verdun est assiĂ©gĂ©e, alors que Thionville se trouve encerclĂ©e et bombardĂ©e. Sur le front nord, la situation n’est pas meilleure : Lille est soumise aux intenses bombardements de l’armĂ©e autrichienne[18].

Les nouveaux gĂ©nĂ©raux, Kellermann et Dumouriez sont donc jugĂ©s tout aussi inefficaces que Luckner[19]. Dumouriez, commandant l’armĂ©e du Nord, projetait d'envahir la Belgique, ce qui lui aurait permis de couper la route de Paris au gĂ©nĂ©ralissime des armĂ©es austro-prussiennes ; mais le 29 aoĂ»t, la prise de Verdun — aprĂšs la capitulation de Longwy le 23 aoĂ»t — l’oblige Ă  abandonner ce plan[20].

La Commune insurrectionnelle, qui, aprĂšs le 10 aoĂ»t 1792, reprĂ©sente un pouvoir parallĂšle Ă  l'AssemblĂ©e, dĂ©cide de lever une armĂ©e de 30 000 hommes, en rĂ©gion parisienne et dans les dĂ©partements limitrophes, pour combattre les armĂ©es austro-prussiennes, de les armer de piques et de creuser des retranchements pour dĂ©fendre Paris[21].

Les rumeurs de complot royaliste et les trahisons

Le manifeste de Brunswick, datĂ© du 25 juillet, est publiĂ© Ă  Paris par le Moniteur le 1er aoĂ»t[22]. SignĂ© par le duc de Brunswick, il est rĂ©digĂ© Ă  la demande de Marie-Antoinette, afin d’intimider ses ennemis[23]. ExtrĂȘmement menaçant pour les rĂ©volutionnaires, il portait en substance que, faute d’une reddition et d’un retour Ă  l’ordre royal, les armĂ©es prussiennes livreraient Paris Ă  « une exĂ©cution militaire et une subversion totale Â». Ce manifeste dĂ©clenche un formidable sursaut rĂ©volutionnaire dĂšs sa parution Ă  Paris, qui aboutit Ă  la journĂ©e du 10 aoĂ»t[24].

Les sectionnaires, poussĂ©s par les menaces du manifeste, la menace contre-rĂ©volutionnaires, et considĂ©rant Louis XVI comme un traĂźtre, prennent le palais des Tuileries lors de la journĂ©e du 10 aoĂ»t 1792, suivie de la suspension du roi[25]. Le mouvement d’émigration des royalistes s’accĂ©lĂšre alors, certains rejoignant l’armĂ©e des Ă©migrĂ©s afin de mettre fin Ă  la RĂ©volution les armes Ă  la main. Ils sont rejoints par des constitutionnels comme Talleyrand.

En province, l'agitation contre-révolutionnaire répondit à l'insurrection parisienne. Le 15 août, lors d'un tirage au sort de volontaires prÚs de Laval, des hommes proclamÚrent leur attachement au roi. Jean Cottereau réunit une petite troupe qui attaqua les gendarmes. Le 22 août, des mouvements insurrectionnels éclatÚrent en Vendée, en Bretagne et dans le Dauphiné, parfois poussés par des nobles comme le marquis de La Rouërie[26].

Les patriotes (c’est-Ă -dire les partisans de la RĂ©volution) se prirent Ă©galement Ă  douter de la fidĂ©litĂ© de l’armĂ©e, considĂ©rablement affaiblie par le dĂ©part des officiers nobles partis rejoindre les Ă©migrĂ©s. Ainsi, depuis l’ouverture des hostilitĂ©s contre l’Autriche, l’armĂ©e française n’avait subi que des revers ; lors des affrontements du printemps, elle n’avait pas tenu le choc contre l’ennemi ; les soldats avaient rompu les rangs et, pris de panique, s’étaient dĂ©bandĂ©s, laissant la frontiĂšre ouverte[27],[28]. Le gĂ©nĂ©ral La Fayette, aprĂšs avoir tentĂ© de retourner son armĂ©e contre Paris, dĂ©serte le 19 aoĂ»t et est aussitĂŽt dĂ©crĂ©tĂ© d’accusation[29].

Vide politique

À la suite de la prise des Tuileries, une nouvelle assemblĂ©e est convoquĂ©e, la Convention nationale, Ă©lue au suffrage universel indirect. En attendant, l’AssemblĂ©e lĂ©gislative, en place selon une constitution honnie, assure la gestion des affaires courantes. Il apparaĂźt certain que le nouveau rĂ©gime ne sera pas une monarchie : on se trouve donc dans un moment de vide politique, qui dure quarante-deux jours. Le gouvernement est remplacĂ© par un Conseil exĂ©cutif provisoire Ă©lu par l’AssemblĂ©e lĂ©gislative.

La Commune insurrectionnelle est la grande bĂ©nĂ©ficiaire de la journĂ©e du 10-AoĂ»t : proche des sections de sans-culottes, elle reprĂ©sente une lĂ©galitĂ© nouvelle et dispose d’une grande influence Ă  Paris, et peut faire pression sur l’AssemblĂ©e lĂ©gislative. C’est elle qui lui impose la crĂ©ation le 17 aoĂ»t d’un tribunal criminel, pour juger les royalistes ayant dĂ©fendu le roi lors de la prise des Tuileries[30]. La volontĂ© de vengeance Ă©tait si forte chez les sans-culottes (qui ont eu environ 200 morts lors de cette journĂ©e rĂ©volutionnaire) qu’elle avait pu s’appuyer sur la menace du massacre des royalistes si le tribunal n’était pas crĂ©Ă© rapidement[31]. Danton est nommĂ© ministre de la Justice; pourtant, les rĂ©volutionnaires redoutaient toujours un retournement de situation en faveur des royalistes, pensant que ceux-ci ne les Ă©pargneraient pas. Selon François Furet, c’est davantage la partie populaire des sans-culottes que ceux qui les mĂšnent qui prit peur : peur de la trahison, et peur chez les volontaires qui allaient partir que leurs femmes et leurs enfants subissent des reprĂ©sailles en leur absence[32].

Les patriotes s’exaspĂšrent Ă©galement de la lenteur du tribunal du 17 aoĂ»t, qui, jusqu'au 26 aoĂ»t, ne prononce que trois condamnations Ă  mort[33] et libĂšre certains suspects faute de preuves[34]. La tension monta encore d’un cran le 23 aoĂ»t, lors de l’énorme cĂ©rĂ©monie funĂšbre organisĂ©e aux Tuileries en mĂ©moire des morts du 10-AoĂ»t[35]. C’est alors que les municipalitĂ©s furent autorisĂ©es Ă  effectuer des visites domiciliaires, ce qui conduisit Ă  de nombreuses arrestations de suspects qui remplirent les prisons[36]. À Paris notamment, les portes de la ville furent fermĂ©es le 29 aoĂ»t au soir Ă  22 heures, et les visites se succĂ©dĂšrent jusqu’au soir du 31[37].

Sur la proposition des militaires[33], le ministre de l’IntĂ©rieur Roland, ainsi que quelques Girondins, voulurent dĂ©placer le gouvernement sur les bords de la Loire et Ă©vacuer la capitale, le gouvernement et l’AssemblĂ©e se trouvant Ă  l’abri des Prussiens, mais aussi de la Commune et des clubs[38] ; Danton, ministre de la Justice, s’opposa Ă©nergiquement Ă  cette solution, le 2 septembre, dans un discours cĂ©lĂšbre, oĂč il dit : « Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie Â» et qu’il termine par le cĂ©lĂšbre « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace Â». Le bruit se met Ă  courir que les royalistes arrĂȘtĂ©s le 10 aoĂ»t mĂ©ditent un complot, du fond des prisons oĂč ils sont dĂ©tenus, prĂȘts Ă  s’appuyer sur les prisonniers de droits communs qu’ils cĂŽtoient pour Ă©gorger les patriotes[39]. Ce thĂšme du complot des prisons contribue fortement Ă  l’excitation des esprits et Ă  l’amplification de la peur chez les rĂ©volutionnaires. Dans ce contexte, l’annonce simultanĂ©e du siĂšge de Verdun, de l’acquittement de Montmorin, la publication d’une lettre d’un espion des Ă©migrĂ©s indiquant les activitĂ©s royalistes Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme de Paris poussent les angoisses des sectionnaires Ă  leur paroxysme. La section PoissonniĂšre est la premiĂšre Ă  adopter une motion exigeant le jugement rapide des prisonniers, suivie par quatre autres le mĂȘme jour. D’autres sections s’insurgent contre les atermoiements et les dĂ©ficiences du tribunal du 17 aoĂ»t en demandant une justice plus rapide[40].

C'est dans ce contexte que la Gironde rĂ©clame, le 30 aoĂ»t, la dissolution de la Commune insurrectionnelle, dĂ©cision maladroite de l'avis de Jean-Paul Bertaud, laquelle contribue Ă  renforcer un sentiment d’abandon parmi les sans-culottes qui se sentent ainsi lĂąchĂ©s par une partie importante des hommes dominant l’AssemblĂ©e et participant au gouvernement ; dĂšs lors ils ne voient leur salut qu’entre leurs mains [33].

Outre la peur devant la menace contre-rĂ©volutionnaire intĂ©rieure et extĂ©rieure, les sectionnaires et les fĂ©dĂ©rĂ©s sont animĂ©s, aprĂšs les combats du 10 aoĂ»t, qui ont vu nombre des leurs tomber sous les balles des gardes suisses et des aristocrates, par une volontĂ© de vengeance inassouvie. Cet Ă©tat d'esprit fut avivĂ© par la cĂ©rĂ©monie du 27 aoĂ»t, orchestrĂ©e par Sergent-Marceau, au cours de laquelle on pouvait contempler une grande pyramide de serge noire recouvrant le grand bassin devant les Tuileries sur laquelle Ă©taient inscrits les noms de tous les massacres commis par les aristocrates depuis le dĂ©but de la RĂ©volution, Ă  NĂźmes, Ă  Nancy, au Champ-de-Mars, en Provence ou Ă  Marseille. Une procession fut Ă©galement organisĂ©e : les veuves et les orphelines l'ouvraient, en robe blanche et ceinture noire mĂȘlĂ©e de tricolore, suivies par des sarcophages reprĂ©sentant les victimes du 10 aoĂ»t accompagnĂ©es par des fĂ©dĂ©rĂ©s sabre au poing et des banniĂšres sur lesquelles Ă©taient tracĂ©es des inscriptions vengeresses. Puis venaient les statues de la Loi et de la LibertĂ©, les membres du tribunal criminel du 17 aoĂ»t, les 288 membres de la Commune de Paris, enfin les dĂ©putĂ©s de l'AssemblĂ©e, des couronnes civiques Ă  la main. Une musique de Gossec accompagnait des vers funĂšbres de Marie-Joseph ChĂ©nier, tandis qu'une guillotine avait Ă©tĂ© dressĂ©e en face, sur la place du Carroussel, pour signifier le sort qui attendait ceux qui s'opposaient Ă  la marche de la RĂ©volution[41]

Plus largement, les massacres de septembre s’inscrivent dans un contexte de montĂ©e de la violence meurtriĂšre contre les supposĂ©s ennemis de la Nation. Celle-ci, pendant tout l’étĂ© 1792, connaĂźt trois pics : aprĂšs le 11 juillet avec la dĂ©claration de la Patrie en danger, aprĂšs le 10 aoĂ»t avec la prise des Tuileries et aprĂšs les massacres de septembre. À chaque fois, les auteurs des massacres sont des volontaires, des fĂ©dĂ©rĂ©s, des troupes de gendarmes en dĂ©placement. Les victimes privilĂ©giĂ©es sont, dans l’ordre, des prĂȘtres insermentĂ©s (refusant la constitution civile du clergĂ©), des aristocrates, et parfois des prisonniers de droit commun, suspectĂ©s soit de vouloir affamer le peuple (comme les fabricants de faux assignats), et donc de contre-rĂ©volution, soit de criminels, qui cĂŽtoyant les aristocrates emprisonnĂ©s, pouvaient tomber sous leur influence et devenir leurs complices dans leurs menĂ©es contre-rĂ©volutionnaires. En-dehors des massacres de dĂ©but septembre, on compte de juillet Ă  octobre 1792, prĂšs de cinquante massacres, faisant plus de cent victimes, sur toute la France[42].

La presse et les Ă©crits avant et pendant les massacres

Les historiens actuels ne considĂšrent plus que la presse a jouĂ© un rĂŽle dĂ©clencheur dans les massacres. Elle est jugĂ©e comme secondaire par des historiens comme François Furet et Denis Richet[32]. Au maximum, FrĂ©dĂ©ric Bluche considĂšre son rĂŽle comme non nĂ©gligeable mais guĂšre plus[43]. Journalistes, polĂ©mistes ou pamphlĂ©taires, dans cette pĂ©riode perturbĂ©e, reflĂštent une image fidĂšle de l’opinion patriote de Paris, mais aussi de certaines rĂ©gions de France[44]. De ce fait, la presse ayant prophĂ©tisĂ© les massacres, ne se trouva pas prise au dĂ©pourvu lors de leur exĂ©cution[45], car les journaux, seuls moyens de communication de masse Ă  cette Ă©poque, jouent un rĂŽle essentiel dans la propagation et l’entretien de diverses rumeurs ; contre l’ennemi de l’extĂ©rieur d’abord, qui a franchi la frontiĂšre et est soupçonnĂ© de se livrer aux pires cruautĂ©s, ces horreurs supposĂ©es accentuant les sentiments de peur, de colĂšre, ou de haine[46]. Puis contre l’ennemi de l’intĂ©rieur en contribuant Ă  pousser le peuple, Ă  se faire justice lui-mĂȘme ; cet ennemi de l’intĂ©rieur n’attendant que l’arrivĂ©e des coalisĂ©s pour mettre le pays Ă  feu et Ă  sang[47]. « Vaincre ou pĂ©rir Â» peut sembler devenir pour les Français de 1792 la seule alternative restante, la presse prĂ©conisant le choix de la premiĂšre solution[48].

Parmi les publications contre l’envahisseur, il y a la lettre venue d’Allemagne, le Plan des forces coalisĂ©es contre la France, dont le Moniteur, le journal officiel, qui la publie le 1er septembre, assure qu’il l’avait reçue d’Allemagne et qui est diffusĂ©e les 2 et 3 septembre suivants par les divers journaux parisiens. Cet lettre dĂ©crit les sĂ©vices que ferait subir l’armĂ©e des coalisĂ©s aux patriotes : «... les rĂ©volutionnaires seraient suppliciĂ©s... Â», et qui se terminait par: «...Car des dĂ©serts sont prĂ©fĂ©rables Ă  des peuples de rĂ©voltĂ©s Â»[49]. Les RĂ©volutions de Paris dans leur numĂ©ro des 25 aoĂ»t et 1er septembre dĂ©crit avec complaisance ce qu’aurait Ă©tĂ© la contre-rĂ©volution sans le 10 aoĂ»t ; cette publication est relayĂ©e par le numĂ©ro du 2 septembre du Journal universel[50]. Dans son numĂ©ro suivant, le mĂȘme journal publie un article visiblement destinĂ© Ă  faire peur, dĂ©crivant les horreurs commises sur le territoire occupĂ© par l’envahisseur et appelant Ă  des reprĂ©sailles[51]

D’autres publications incitent directement le peuple Ă  agir par lui-mĂȘme contre l’ennemi de l’intĂ©rieur. Marat a toujours tenu des appels Ă  l’élimination des adversaires de la RĂ©volution dans son journal L’Ami du peuple[52], et continue d’écrire ses formules sanguinaires[53]. Sa feuille est interrompue le 21 aoĂ»t, pour trois semaines, aprĂšs un article publiĂ© le 19 aoĂ»t, dans lequel il appelle comme Ă  son habitude au massacre des ennemis de la RĂ©volution. Mais habituellement, il est seul Ă  tenir ce langage : fin aoĂ»t 1792, ses appels sont repris et amplifiĂ©s par le reste de la presse. Des journalistes et pamphlĂ©taires poussent le peuple Ă  la « purge des prisons Â»[54], comme FrĂ©ron qui, dans une sĂ©rie d’articles dans L'Orateur du peuple, se fait beaucoup plus impitoyable que Marat lui-mĂȘme. En souscrivant aux solutions les plus radicales, ce polĂ©miste encourage incontestablement l’esprit meurtrier chez ses lecteurs[55].

Les feuilles girondines ne sont pas en reste ; quatre sur cinq s’accommodent des massacres, tels Louvet, dans son journal La sentinelle, lequel dĂ©peint «...Les dangers que font courir les aristocrates et les traĂźtres... Â», suivi par son collĂšgue Carra qui, dĂšs le 13 aoĂ»t, dans ses Annales patriotiques et littĂ©raires, se dĂ©chaĂźne «...contre les perfides qui sont au sein de la France...» Mais le journaliste Gorsas, dans son Courrier des 83 dĂ©partements va plus loin en applaudissant aux massacres : «...Tous les scĂ©lĂ©rats ont vĂ©cu, les innocents sont sauvĂ©s Â»[56]. Il persiste dans cette apologie jusqu’au 16 septembre. Vingt journaux abordent ces hĂ©catombes dans la pĂ©riode oĂč elles se dĂ©roulent. Seul Le Patriote français de Brissot s’oppose Ă  la thĂšse du complot puis condamne les massacres[57].

La presse royaliste est muselĂ©e aprĂšs le 10 aoĂ»t : elle ne peut ĂȘtre imprimĂ©e, ses presses ayant Ă©tĂ© confisquĂ©es au profit des patriotes[58].

Les affiches (on disait placards Ă  l’époque) sont nombreuses Ă©galement et diffusent le mĂȘme message[59],[60] ou invitant les patriotes Ă  « purger la nation des conspirateurs avant de courir aux frontiĂšres Â»[61].

Le gouvernement provisoire, ne fit rien pour apaiser la situation et publia aussi des Ă©crits discutables, tel Danton, le ministre de la Justice, qui dans sa proclamation du 25 aoĂ»t, diffusait un texte se terminant par: « ...sans les traĂźtres le combat serait bientĂŽt fini... Â»[62], puis, dĂ©but septembre, fait publier l’affiche Compte rendu du peuple souverain, rĂ©digĂ©e par Fabre d'Églantine, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de Danton, affiche appelant au massacre et dont les numĂ©ros suivants les justifient[63] ou bien Roland, le ministre girondin de l’IntĂ©rieur, qui, dans une circulaire du 27 aoĂ»t, affirme que : « Toute mesure prĂ©servatrice est bonne dans la crise extrĂȘme des dangers Â», et rĂ©itĂšre le 1er septembre suivant avec l’annonce de la publication de documents dĂ©couverts aux Tuileries[64].

DĂ©roulement

2 septembre

Verdun tombe le 2 septembre, mais la nouvelle n’arrive Ă  Paris que bien plus tard. Cependant, dĂšs le 2 septembre, la rumeur se rĂ©pand dans la ville, augmentant la panique.

Les massacres commencent ce jour, deux heures aprùs le discours de Danton appelant à l’audace, et qui permet le maintien du gouvernement à Paris[65].

À 14 heures, un groupe de 24 prĂȘtres rĂ©fractaires est convoyĂ© du dĂ©pĂŽt de l’HĂŽtel de ville Ă  la prison de l'Abbaye, sous l’escorte de gardes nationaux[65],[66]. Le dĂ©clenchement des massacres est dĂ» Ă  cette initiative du comitĂ© de surveillance[67],[68]. L’escorte, formĂ©e d’ardents rĂ©volutionnaires, insulte et rudoie les prĂȘtres tout au long du trajet au point que plusieurs de ces derniers sont blessĂ©s. Le convoi ralentit, freinĂ© par la foule, avant d’arriver Ă  la prison de l’Abbaye. Le moment prĂ©cis de la formation de l’attroupement devant cette prison, avant ou aprĂšs l’arrivĂ©e du convoi, est discutĂ©, et indĂ©terminable selon Bluche[69]. Les prisonniers sont alors la cible de coups et d’insultes venus de la foule. Roger Dupuy signale qu’un prĂȘtre, pour se dĂ©fendre, aurait donnĂ© involontairement un coup de canne Ă  un fĂ©dĂ©rĂ©. ArrivĂ©s Ă  l’Abbaye, des hommes armĂ©s, pour la plupart adjoints de l’escorte, demandent alors Ă  la section des Quatre-Nations de juger les prĂȘtres promptement. BriĂšvement interrogĂ©s, dix neuf prĂȘtres sont immĂ©diatement exĂ©cutĂ©s. Cinq d’entre eux sont Ă©pargnĂ©s[70], dont l’abbĂ© Sicard, reconnu et protĂ©gĂ© par un membre du comitĂ© de la section[71],[72] ; les quatre autres, dans la confusion, ayant Ă©tĂ© assis par ruse parmi les juges eurent la vie sauve. Ces exĂ©cutions, avec les interrogatoires, ne durent au total pas plus de 30 Ă  60 minutes[73].

Stanislas Maillard prĂ©side une « commission populaire Â» qui rend ces jugements. Le choix des coupables s'opĂ©ra Ă  l’aide d’un registre d’écrou informant les juges sur l'internement des suspects[74]. Les vĂ©rifications, comme les interrogatoires, sont sommaires. Quelques rares acquittements ont lieu, lorsque le public murmure contre l’exĂ©cution de certains prisonniers. La plupart des jugements sont cependant accueillis par des vivats. L'expression consacrĂ©e pour la mise Ă  mort est : « Ă  la Force Â», ce qui pouvait laisser supposer un transfert simple Ă  la prison de la Force[75]. Mais dĂšs qu’ils franchissent le seuil de la prison dĂ©bouchant sur la place de l'Abbaye, les prisonniers tombent sous les piques ou les baĂŻonnettes. Le cri : « Vive la nation Â» signifie l’acquittement ; mĂȘme s’ils sont rares, Bluche considĂšre que cette commission Maillard a pu limiter le nombre des exĂ©cutions[76].

Vers 16 heures, un groupe armĂ© se rend Ă  la prison des Carmes oĂč, 150 prĂȘtres insermentĂ©s ont Ă©tĂ© enfermĂ©s aprĂšs le 10 aoĂ»t[77]. Une heure auparavant, Ă©tait passĂ© le juge de paix Joachim Ceyra qui avait procĂ©dĂ© avec cĂ©lĂ©ritĂ© Ă  l’appel des prisonniers, puis s’était tout aussi prestement retirĂ©. Les prĂȘtres sont alors poussĂ©s vers le jardin[78].

AussitĂŽt la tuerie dĂ©bute par une fusillade, puis Ă  coups de piques et de sabres ; certains religieux cherchent refuge Ă  la chapelle, mais sont entraĂźnĂ©s de force et exĂ©cutĂ©s dans le jardin ; certains toutefois rĂ©ussissent Ă  s’échapper[79]. L’arrivĂ©e du Commissaire de la section du Luxembourg Jean-Denis Violette suspend pour un instant les massacres. Celui-ci Ă©tablit une procĂ©dure en faisant office de juge occasionnel et fait comparaĂźtre les prĂȘtres survivants. Les jugements consistent en une rapide vĂ©rification d’identitĂ© et un verdict rapide. Peu avant six heures tout est terminĂ©, aprĂšs 115 exĂ©cutions. Les quelques prĂȘtres rescapĂ©s sont conduits au siĂšge de la section du Luxembourg[80].

La nouvelle des massacres s’étant largement diffusĂ©e, les prisonniers alternaient entre espoir et abattement.

Vers 20 heures, les massacres commencent Ă  la Conciergerie et s’achĂšvent dĂ©finitivement dans la nuit[81]. Pour accĂ©lĂ©rer le rythme des exĂ©cutions, une deuxiĂšme section est ajoutĂ©e au tribunal ; parmi les victimes, le gĂ©nĂ©ral de Beaufort et les juges hostiles au mouvement populaire de la journĂ©e du 20 juin prĂ©cĂ©dent[82]. Ils commencent Ă  23 h au Grand-ChĂątelet, et s’y poursuivent jusqu’à 4 heures du matin[83].

3 septembre

À minuit, dans la nuit du 2 au 3, le massacre s’étend Ă  la Force[84], oĂč, comme pour les prisons de l’Abbaye, des Carmes ou du ChĂątelet, une forme de justice rudimentaire est mise en place[85]. En cette matinĂ©e du 3 septembre, Jacques-RenĂ© HĂ©bert Ă©tait le prĂ©sident de ce tribunal improvisĂ©[86]. AssistĂ© par Monneuse, il fait comparaĂźtre et presque aussitĂŽt exĂ©cuter la princesse de Lamballe, qui est la seule femme supprimĂ©e dans cette prison.

Le matin du 3, Ă  la prison de Saint-Firmin, 75 ou 76 prisonniers (soit 80 % des prisonniers) sont massacrĂ©s[87]. Dans le mĂȘme temps les bagnards du dĂ©pĂŽt de la tour Saint-Bernard sont presque tous exĂ©cutĂ©s[88].

DĂšs la journĂ©e du 2 septembre une rumeur s’était propagĂ©e sur la prison de BicĂȘtre, oĂč se seraient trouvĂ©es des armes en grande quantitĂ©, qu’une conspiration armĂ©e se prĂ©parait en relation avec les autres centrales de Paris, rumeur sans fondement[89]. Sur la foi de cette rumeur, l’aprĂšs-midi du lundi 3 septembre, les massacreurs se portent Ă  cette prison, oĂč ils agissent sous la protection de 1 500 Ă  2 000 sectionnaires Ă©quipĂ©s de canons[90]. Au soir, le « travail Â» Ă©tait inachevĂ©, mais s’arrĂȘta pour la nuit[91].

Au mĂȘme moment, environ 250 hommes armĂ©s pĂ©nĂ©trent dans la SalpĂȘtriĂšre, pendant fĂ©minin de BicĂȘtre, et libĂšrent 186 recluses, dans le but de les soustraire Ă  la loi. Un dĂ©tachement fourni de la garde nationale de la section de Mauconseil, arrivĂ© vers dix-neuf heures, parvient Ă  faire Ă©vacuer l'Ă©tablissement[92],[93].

Dans la matinĂ©e, le massacre s’arrĂȘte dĂ©finitivement Ă  la prison de l'Abbaye[94]. Sur un nombre approchant les 238 internĂ©s, le chiffre des victimes se situe entre 139 et 179[95].

Sous l’inspiration de Marat, qui en Ă©tait un membre, et contresignĂ© par Danton, le ministre de la Justice, le comitĂ© de surveillance appelle, par une circulaire, Ă  la gĂ©nĂ©ralisation des massacres dans toute la France[96].

Du 4 septembre Ă  la fin des massacres Ă  Paris

Le massacre reprend Ă  BicĂȘtre le matin du 4 et s’arrĂȘte manifestement Ă  15 h 00. Sur approximativement 411 dĂ©tenus, le nombre de victimes se situe entre 162 et 172[97].

À l’hospice-prison de la SalpĂ©triĂšre, l'Ă©conome, Dommey, inquiet de ce que des citoyens armĂ©s entrent librement dans les bĂątiments et du bruit qui courait, suivant lequel des hommes et des femmes interviendraient dans la journĂ©e, Ă©crit le matin du 4 septembre Ă  PĂ©tion et Ă  la section du FinistĂšre pour demander de l'aide. PĂ©tion Ă©tait absent, et Santerre ne bouge pas. Quant Ă  la section du FinistĂšre, elle se contente d'envoyer deux commissaires, Mathieu François Brunet et Charles Gombert Bertrand. En fin d'aprĂšs-midi, une bande d'hommes qui avaient participĂ© aux massacres de BicĂȘtre s'attroupe sur le boulevard de l'hĂŽpital et se rend Ă  la SalpĂȘtriĂšre. Deux commissaires municipaux, Simon et Michonis, auraient, selon leur rapport, tentĂ© en vain de les retenir. À l'intĂ©rieur, un tribunal est improvisĂ© et, aprĂšs examen des registres, que l'Ă©conome avait Ă©tĂ© forcĂ© de leur communiquer, ils tuent les 35 qui Ă©taient flĂ©tries, soit 8 % des femmes emprisonnĂ©es[98]. Cinquante-deux femmes sont par contre libĂ©rĂ©es[99]. AprĂšs la fin du massacre, les commissaires de la section, qui avaient assistĂ© impuissants Ă  la tuerie, procĂšdent avec deux « garçons de bureau Â» Ă  l'inventaire des biens contenus dans les vĂȘtements des victimes, soit 830 livres en assignat et en piĂšces, ainsi que quelques bijoux, dĂ©posĂ©s Ă  la section, et font inhumer les cadavres dans le cimetiĂšre de l'hĂŽpital[100]. Les viols des victimes sont envisagĂ©s comme possibles par Bluche[99], certains par Michelet, CarbonniĂšres[101],[102], et Ă©valuĂ©s Ă  une trentaine par J.-C. Martin[98]. Parmi les victimes figurent Marie-Louise Nicolais, veuve de l'empoisonneur Antoine-François Desrues, ĂągĂ©e de 47 ans, « flĂ©trie d'un (V) sur les deux Ă©paules Â» et enfermĂ©e Ă  la SalpĂȘtriĂšre depuis le 13 mars 1779[103]. Parmi les victimes, se trouvent des enfants et des malades mentaux.

Le soir du 4, seul le tribunal de la Force continue Ă  fonctionner, soit jusqu’au soir du 6, peut-ĂȘtre jusqu’au matin du 7[104]. C’est le dernier tribunal improvisĂ© Ă  fonctionner Ă  Paris. Sur un total de 408 prisonniers, 161 Ă  169 y sont exĂ©cutĂ©s, et ceci pour un fonctionnement d’une centaine d’heures[105].

Les massacres en province

La plupart des auteurs Ă©voquent les massacres qui ont Ă©galement lieu en province les jours suivants, dont les plus importants se situent Ă  Meaux, Lyon, Caen, Gisors[36] et Reims. Ils font 14 morts Ă  Meaux, 11 Ă  Lyon, 8 Ă  Reims et sont le fait de volontaires, de gardes nationaux ou de fĂ©dĂ©rĂ©s, le seul massacre d'importance se situant Ă  Versailles le 9 septembre, oĂč, sur une cinquantaine de prisonniers transfĂ©rĂ©s depuis OrlĂ©ans, 42[106] ou 44 sont massacrĂ©s, dont l’ancien ministre Lessart[36] et le comte-Ă©vĂȘque Jean-Arnaud de Castellane. AprĂšs quoi, 23 prisonniers de la ville, essentiellement de droit commun, sont Ă  leur tour massacrĂ©s[106].

Outre les massacres dĂ©jĂ  citĂ©s, on relĂšve des tueries plus ou moins importantes dans l'Orne bien avant Paris, Ă  Sens, Ă  Marseille, Ă  Lyon, Ă  Toulon, Ă  Lorient et sur les bords de la Loire[107],[108], pour un total d’environ trente massacres faisant 150 morts environ[109]. FrĂ©dĂ©ric Bluche replace ces massacres dans une longue suite d’agressions et de meurtres de personnes suspectĂ©es de menĂ©es contre-rĂ©volutionnaires, prĂȘtres rĂ©fractaires, nobles, familles d’émigrĂ©s, trĂšs rarement des prisonniers de droit commun; ces massacres durent tout l’étĂ© avec trois sommets : le 11 juillet et les jours qui suivent (proclamation de la Patrie en danger), le 10 aoĂ»t et les jours qui suivent (prise des Tuileries), et dĂ©but septembre. Le bilan de l’étĂ©, de juillet Ă  fin octobre, est de 72 Ă©pisodes violents pour 244 morts, (sans compter les massacres parisiens)[110],[111], essentiellement dans le nord de la France (proche des zones de combat), dans le bassin parisien, et en Provence et dans la vallĂ©e du RhĂŽne[112]. Le quart des victimes sont des prĂȘtres.

Vols

Le 5 septembre 1792, le Conseil gĂ©nĂ©ral de la Commune prend un double arrĂȘtĂ© Ă  l'encontre de Panis, soupçonnĂ© d'avoir abusĂ© de ses fonctions comme membre du comitĂ© de surveillance. Le 22 septembre, un troisiĂšme arrĂȘtĂ© remplace l'ensemble du comitĂ© de surveillance, quatre nouveaux membres Ă©tant nommĂ©s le lendemain. Puis, le 18 fĂ©vrier 1793, « considĂ©rant les soustractions, dilapidations et malversations que prĂ©sentent les rĂ©sultats des comptes Â», et que la plupart des scellĂ©s apposĂ©s au comitĂ© de surveillance ont Ă©tĂ© brisĂ©s, le Conseil gĂ©nĂ©ral envoie l'ensemble des piĂšces du dossier au conseil exĂ©cutif afin de dĂ©terminer si Sergent et Panis devaient ĂȘtre poursuivis. Le 10 mai suivant, sur le rapport du procureur de la commune, le Conseil gĂ©nĂ©ral le charge de dĂ©noncer les membres du comitĂ© de surveillance —Panis, Sergent, Lenffant, Cally, Duffort et Leclerc — Ă  l'accusateur public afin qu'ils soient poursuivis. La procĂ©dure est interrompue par les journĂ©es du 31 mai et du 2 juin 1793[113].

Dans Les hommes de Proie, le journaliste Roch Marcandier accuse quant Ă  lui les administrateurs du comitĂ© de surveillance d'avoir dĂ©pouillĂ© leurs victimes [114]. La Commune est aussi accusĂ©e d’avoir abusĂ© de sa position dominante pour laisser se perpĂ©trer des actes de pillages contre des hĂŽtels particuliers, montĂ© de vĂ©ritables opĂ©rations justiciĂšres fructueuses autour de Paris et aussi permis des opĂ©rations de pillages dans les rues de la capitale, en prĂ©textant que c’était pour forcer les riches Ă  pourvoir les nouveaux conscrits d’un Ă©quipement[115].

À la prison de l'Abbaye, les septembriseurs, avant de procĂ©der aux tueries commençaient par dĂ©pouiller leurs victimes de leurs portefeuilles, montres, bagues, diamants, assignats et s’appropriaient ces valeurs en les mettant dans leurs poches ainsi que dans des corbeilles et des cartons. À la suite d’une erreur, deux commissaires furent envoyĂ©s par la section des Quatre-Nations rechercher un prisonnier, qu’ils parvinrent Ă  faire Ă©largir, mais ne purent pas obtenir des tueurs de rĂ©cupĂ©rer les diffĂ©rents objets de valeur de celui-ci et, devant le ton qui montait, ne durent leur salut qu’à la fuite. Le comitĂ© civil de la section n’est pas parvenu Ă  se faire donner des comptes, et ne trouva rien, quoique les prisonniers de cette prison soient pour la plupart des gens de qualitĂ© et donc fortunĂ©s[116].

Le Garde-Meuble royal fut Ă©galement pillĂ© en septembre, certains situant le pillage durant les massacres[117], d’autres le plaçant dans la nuit du 16 au 17 septembre[118].

Suites

Danton, ministre de la Justice le 7 septembre 1792.

Les autoritĂ©s (AssemblĂ©e lĂ©gislative, gouvernement, Commune de Paris) ne surent comment rĂ©agir face Ă  ces massacres, ce qui est utilisĂ© gĂ©nĂ©ralement par des critiques de la RĂ©volution comme une preuve de complicitĂ©, et d’organisation. Pour François Furet et Denis Richet, les autoritĂ©s furent surprises et ne surent comment rĂ©agir : elle furent dĂ©bordĂ©es. Ils s’opposent Ă  la vision de massacres organisĂ©s par elles, la Commune et le comitĂ© de surveillance ayant plutĂŽt cherchĂ© Ă  limiter les massacres[32].

Si l'opinion n’approuvait pas les massacres, elle les justifia[32].

TrĂšs rapidement, les Montagnards font une utilisation politique de ces massacres, en tentant d’éliminer les Girondins, et des mandats d’arrestation furent dĂ©livrĂ©s contres leurs chefs : Roland et quelques dĂ©putĂ©s furent arrĂȘtĂ©s, le domicile de Brissot fut perquisitionnĂ©. Mais rapidement, Danton, ministre de la Justice, fit arrĂȘter les poursuites[119].

L’opinion se dĂ©tourne alors des terroristes, et plusieurs sections parisiennes protĂ©gĂšrent les signataires des pĂ©titions anti-civiques, principaux suspects[119]. Cela permet une contre-attaque de la Gironde, qui accuse la Montagne d’avoir organisĂ© les massacres (c’est Ă  ce moment que naquit la thĂšse de massacres organisĂ©s), et la Commune de Paris est cassĂ©e le 19 septembre[119]. À Couches, une instruction est ouverte, pour le meurtre de quatre prĂȘtres, dĂšs le 9 septembre 1792 et aboutit le 17 janvier 1793 Ă  neuf condamnations Ă  mort par contumace. À la mĂȘme Ă©poque, Ă  Meaux, cinq personnes sont dĂ©fĂ©rĂ©es devant le tribunal criminel de Seine-et-Marne. Les Girondins, et notamment Kersaint le 24 septembre 1792, suivi par Vergniaud et beaucoup d'autres, demandent des comptes aux membres de la Commune. La commission mise en place pour juger les membres de la Commune, dont Santerre et Panis, disparaĂźt du jour au lendemain lorsque, au cours des journĂ©es du 31 mai et du 2 juin 1793, une foule de manifestants dirigĂ©e par Hanriot, force, avec ses canons pointĂ©s sur la salle du ManĂšge, la Convention Ă  mettre les Girondins en accusation. Puis un dĂ©cret de la Convention du 16 juin 1793 annule les procĂ©dures instruites Ă  Meaux et Ă  Melun, et les condamnĂ©s de Couches qu'on avait pu arrĂȘter Ă  Paris, oĂč ils s'Ă©taient enfuis, sont libĂ©rĂ©s[120]. Maximilien de Robespierre rĂ©clame, au printemps 1794, l'arrestation de certains responsables, dont Duplain et Santerre, considĂ©rant leurs exagĂ©rations rĂ©volutionnaires comme nuisibles. Mais ils furent protĂ©gĂ©s par le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale et Ă©chappĂšrent au tribunal rĂ©volutionnaire.

Poursuites judiciaires

AprÚs la chute de Robespierre, la Convention entame une politique de limitation et de jugement des excÚs révolutionnaires. Le 17 brumaire an III, violemment attaqué par Tallien alors qu'il défend son action au sein du comité des finances, Cambon le dénonce pour son rÎle durant les massacres. De nouveau mis en cause par les Montagnards pour avoir défendu, dans le débat sur l'abolition de la peine de mort, son maintien contre les grands criminels, le 1erpluviÎse 1795, il retourne contre eux l'accusation, sous l'applaudissement des députés qui désignent du regard Panis et Sergent-Marceau[121].

AprĂšs l'insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795), qui avait vu l'assassinat du dĂ©putĂ© FĂ©raud, les modĂ©rĂ©s des sections parisiennes et les Girondins, rescapĂ©s de la Terreur, assimilent cette journĂ©e avec les massacres de septembre et du 31 mai, et demandent la rĂ©ouverture du dossier des massacres de septembre[122], suivant en cela une pĂ©tition de la section des Invalides prĂ©sentĂ©e le 3 mars. Quatre des neuf condamnĂ©s Ă  mort du massacre de Couches ayant Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, le tribunal de SaĂŽne-et-Loire reprit leur procĂšs qui aboutit, le 6 prairial an III, Ă  la condamnation Ă  mort de deux d'entre eux, les deux autres Ă©tant acquittĂ©s. Dans le mĂȘme temps, le tribunal de la Marne poursuit les auteurs du massacre de Reims. Le 10 germinal (30 mars 1795), celui de Seine-et-Oise poursuivit Fournier l'AmĂ©ricain, Tamisier, ouvrier teinturier, et Bouchot, ouvrier sur les ports, compromis dans le massacre de Versailles. Toutefois, Fournier est libĂ©rĂ© le 7 brumaire an IV (29 octobre 1795), suite Ă  la loi d'amnistie du 4, et les poursuites sont interrompues en dĂ©cembre[123].

Le 4 messidor an III, la Convention dĂ©crĂšte que les tribunaux criminels de dĂ©partement connaĂźtront immĂ©diatement des crimes de meurtres et d'assassinats commis dans l'Ă©tendu de la rĂ©publique depuis le 1er septembre 1792. À Paris, plusieurs sections crĂ©ent des commissions, afin de recevoir des dĂ©positions relatives Ă  la part prises par des habitants aux massacres, et font arrĂȘter de nombreux suspects. Le 26 fructidor, le tribunal criminel de Paris rend un jugement ordonnant le renvoi de l'ensemble de ces dĂ©positions — souvent des commĂ©rages de quartier ou des dĂ©lations animĂ©es par un esprit de vengeance — Ă  son greffe. Le ministre Merlin de Douai exclut, dans une lettre adressĂ©e le 22 brumaire an IV au commissaire du pouvoir exĂ©cutif prĂšs les directeurs du jury, les auteurs des massacres de la loi d'amnistie gĂ©nĂ©rale du 4 brumaire[124]. Puis, le tribunal criminel de la Seine s'Ă©tant prĂ©sentĂ© en corps Ă  la barre du Conseil des Cinq-Cents le 10 mars 1796 pour demander des Ă©claircissements sur les moyens de poursuivre de maniĂšre lĂ©gale les prĂ©venus, une commission est crĂ©Ă©e qui rend le 23 mars un dĂ©cret permettant aux tribunaux de poursuivre les procĂšs. Au terme de l'instruction, neuf prĂ©venus pour le massacre de l'Abbaye, seize dans celui de La Force et quatorze dans ceux de Saint-Firmin, de la SalpĂȘtriĂšre, de BicĂȘtre et des Carmes sont dĂ©fĂ©rĂ©s devant le tribunal, de nombreux autres voyant les poursuites interrompues faute de preuves. Sur ce nombre, seul Pierre-Nicolas RĂ©gnier, dit « le Grand Nicolas Â», est condamnĂ© le 22 florĂ©al an IV (12 mai 1796) dans le premier procĂšs de l'Abbaye, Pierre-François Damiens et Antoine Bourre l'Ă©tant le 23 et le 24 florĂ©al dans le deuxiĂšme, tous Ă  vingt ans de fers. Dans le troisiĂšme procĂšs, tous les prĂ©venus sont acquittĂ©s le 25 florĂ©al[125],[126].

De son cÎté, le tribunal de Seine-et-Marne, chargé de l'instruction des septembriseurs de Meaux, en condamne quatre à mort. Le pourvoi en cassation est rejeté le 3 prairial an IV, et ceux-ci sont exécutés quelques jours plus tard[127].

Santerre, Panis, Sergent-Marceau, Pierre-Jacques Cally, membres du comitĂ© de surveillance[128], Michel Chemin-Deforgues, Ă©galement accusĂ©s d'avoir trempĂ© dans ces massacres, ne furent pas inquiĂ©tĂ©s[non neutre], tout comme l’ensemble de la classe politique.

Les septembriseurs

La Prison de la Force.

Ces massacres, qui ont marquĂ© les esprits, ont donnĂ© lieu Ă  la crĂ©ation de nouveaux mots : les septembriseurs sont les massacreurs de septembre 1792 ; septembriser signifie massacrer ; une septembrisade, un massacre.

Leur nombre est difficile Ă  prĂ©ciser. Si le 2 septembre, au dĂ©but des massacres, on peut estimer que la foule qui se rend aux prisons est relativement plus importante (au maximum 10 000 personnes), que lors d’une journĂ©e rĂ©volutionnaire classique, son nombre ne cesse de diminuer les jours suivants : quelques centaines, voire quelques milliers de personnes au maximum sont prĂ©sentes devant les prisons[129]. Cette foule, qui ne fait qu’assister aux massacres, prise de lassitude, finit mĂȘme par les dĂ©sapprouver (Ă  la Force, elle manifeste son approbation lors des acquittements[130]). Ceux qui exĂ©cutent les prisonniers sont beaucoup moins nombreux, quelques centaines au maximum, travaillant par roulement, ce qui rĂ©duit d’autant leur nombre effectif lors des massacres : cinquante Ă  l’Abbaye, une douzaine Ă  la Force[131].

Les septembriseurs tuent principalement Ă  l'arme blanche (haches, piques, coutelas), mais certains prisonniers sont victimes d’assommades (avec bĂ»ches, massues, outils divers, battes Ă  plĂątre)[132], ce qui fit surnommer les massacreurs « bĂ»cheurs Â».

Les motivations de ces hommes restent toujours difficiles Ă  cerner. D’aprĂšs le procĂšs de 1796, ceux-ci avaient l’impression d’avoir fait Ɠuvre utile pour la patrie, et se jugeaient moins coupables que ceux qui les avaient laissĂ©s faire[133]. Une de leurs motivations est l’hostilitĂ© envers les aristocrates, les fortunĂ©s, les accapareurs qui font renchĂ©rir le pain, haine ancienne et renforcĂ©e par les difficultĂ©s Ă©conomiques[134]. En ce qui concerne les massacres de criminels, on peut aussi Ă©voquer la haine habituelle du petit bourgeois envers les brigands[135].

Les septembriseurs sont identifiĂ©s essentiellement par le procĂšs de florĂ©al an IV, qui concerne 36 prĂ©venus. Parmi eux, on trouve des petits bourgeois, artisans, commerçants, comme lors des journĂ©es du 20 juin et du 10 aoĂ»t 1792. La lie de la capitale, truands et mendiants, est complĂštement absente[32],[136]. La moyenne d’ñge est de 36 ans en septembre 1792. Michel Winock, s’il donne la mĂȘme composition sociale aux groupes de septembriseurs, note qu’on ne connaĂźt pas le nom des acteurs[137] : en fait, sur les quelques centaines de massacreurs, la plupart restent inconnus, et libres. En effet, comme pour les massacres de province, les auteurs sont des fĂ©dĂ©rĂ©s, des volontaires en route vers la zone des combats, des gardes nationaux, des militaires, tous de passage et qui cherchent Ă  faire place nette sur le chemin des combats[138], ce qui explique en partie les massacres. Comme tous les hommes qui vont risquer leur vie, les septembriseurs se donnent tous les droits, il y a toujours des viols et des meurtres dans le sillage de toutes les armĂ©es. La violence permet d’oublier l’angoisse de la mort, et mĂȘme des braves ont pu participer[139]. Parmi les autres motivations avancĂ©es au moment des interrogatoires, on trouve le danger extrĂȘme pesant sur la patrie, le complot des prisons « avĂ©rĂ© Â», la justice lĂ©gale inopĂ©rante ; ils nient avoir Ă©tĂ© guidĂ©s par un chef, considĂ©rant que le peuple, depuis le 10 aoĂ»t, s'Ă©tait emparĂ© de tous les pouvoirs, celui de faire la loi, de juger et d'exĂ©cuter, pour rĂ©tablir un ordre menacĂ©[107].

Les salaires

Pour des questions de salubritĂ© publique, le comitĂ© de surveillance et la municipalitĂ© se trouvent, dĂšs la nuit du 2 au 3 septembre, dans l’obligation d’organiser le transport et l’ensevelissement des corps dans des fosses et avec des couches de chaux. Les vĂȘtements des victimes, une fois lavĂ©s, furent vendus aux enchĂšres, avec les objets ayant pu Ă©chapper aux vols et qui avaient Ă©tĂ© saisis[140]. Une partie des objets possĂ©dĂ©s par les victimes furent volĂ©s, et les effets personnels avaient, thĂ©oriquement, Ă©tĂ© rendus aux familles ; le produit de ces ventes servit Ă  payer les fossoyeurs, les nettoyeurs ainsi que ceux qui ĂŽtĂšrent les corps.

Selon FrĂ©dĂ©ric Bluche, Ă  la suite de la parution de la Feuille de Paris, il n’est pas impossible, que le Conseil gĂ©nĂ©ral de la Commune ait eu Ă  dĂ©battre, dĂšs le 3 septembre, de la question des salaires que certains septembriseurs auraient exigĂ©s[141]. L’adjoint du secrĂ©taire-greffier de la Commune, MĂ©hĂ©e de La Touche donne des prĂ©cisions Ă©tonnantes sur des promesses que Billaud-Varenne, alors officier municipal, aurait faites aux « ouvriers Â» qui opĂ©raient Ă  la prison de l'Abbaye. NĂ©anmoins, les rĂ©vĂ©lations de MĂ©hĂ©e, retardataires et partisanes, ne sont que des « ouĂŻ-dires Â» sujets Ă  caution; [142] toutefois ceux-ci sont corroborĂ©s et prĂ©cisĂ©s par un tĂ©moin direct autrement plus crĂ©dible : Antoine-Gabriel-AimĂ© Jourdan, alors prĂ©sident du comitĂ© civil de la section des Quatre-Nations, qui atteste et certifie que Billaud-Varenne, alors officier municipal, — qui aprĂšs un discours tentant Ă  prouver l’utilitĂ© de ce qui se passait dans les prisons — se serait engagĂ© Ă  donner un louis Ă  chacun des massacreurs qu’il appelait des « ouvriers Â»[143].

Mais FrĂ©dĂ©ric Bluche n’exclut pas que ceux-ci aient pu rĂ©ussir Ă  dĂ©crocher une indemnitĂ© en dĂ©formant l’interprĂ©tation de Billaud, lequel, en parlant des « ouvriers Â», aurait aussi parlĂ© des massacreurs. En consĂ©quence, si certains septembriseurs n’ont pas Ă©tĂ© rĂ©tribuĂ©s en tant qu’exĂ©cuteurs, ils ont pu l’ĂȘtre dans des taches de salubritĂ©s publiques comme nettoyeurs ou fossoyeurs
 ; leurs supĂ©rieurs, sectionnaires, municipaux ou ministĂ©riels n’ont eu qu’à fermer les yeux et Ă  avaliser bon grĂ© mal grĂ© les diffĂ©rentes demandes des meurtriers. Il est tout aussi remarquable, note FrĂ©dĂ©ric Bluche, qu’en ce mois de septembre 1792 personne n’ai protestĂ© malgrĂ© les bruits insistants d’une rĂ©tribution des tueurs, comme de tous les points qui prĂ©cĂšdent
 Et celui-ci de conclure qu’il en rĂ©sulte non plus une simple supposition mais une accumulation de faits troublants [144].

Albert Mathiez note que « La Commission indemnisa les massacreurs de leurs journĂ©es perdues[145] Â»; G. Lenotre et AndrĂ© Castelot rapportent que « des fĂ©dĂ©rĂ©s pauvres (
) vivant depuis un mois Ă  Paris, pour la plupart sans sou ni maille, cherchaient Ă  gagner, (
) l’allocation rĂ©clamĂ©e Ă  la Commune[146] Â»; Bernardine Melchior-Bonnet fait remarquer que « lorsque Fournier l’amĂ©ricain, aprĂšs les tueries de Versailles, prĂ©sente ses dĂ©penses faites pendant "ses expĂ©ditions", il lui est accordĂ© sans discussion la somme de 8 996 livres et 5 sols par la Convention[147] Â»; Jean Tulard, dans la prĂ©face du livre de FrĂ©dĂ©ric Bluche, note : « Les tueurs n’iront-ils pas jusqu’à demander une juste rĂ©tribution pour le service ainsi rendu Ă  la nation ?[148] Â» Tous ces historiens (hormis Albert Mathiez, pour qui il n'y a aucun doute) s’accordent Ă  dire que quelques-uns des septembriseurs auraient pu effectivement percevoir une indemnitĂ©.

Bilans

Nombre total des victimes

TrĂšs rapidement, de nombreux bilans contradictoires se sont succĂ©dĂ©. Le premier bilan est aussi l’un des plus proches des bilans tenus par nos historiens contemporains : celui de la Commune de Paris. Celle-ci avait commandĂ© un rapport sur les massacres : remis le 10 novembre, il estime Ă  1079 le nombre de morts, mais fut tenu secret[149].

Dans son Histoire particuliĂšre des Ă©vĂšnements qui ont eu lieu en France pendant les mois de juin, juillet, aoĂ»t et septembre 1792, publiĂ© en 1806, Mathon de la Varenne estime le nombre de victimes Ă  1089[150]. Prudhomme, suivi de Blanc, Ă  1035 ; Maurice BarthĂ©lemy (suivi de Michelet), compte 966 morts en 1840. Dans les annĂ©es 1860, deux ouvrages utilisant les registres d’écrou des prisons donnent les bases les plus solides de tous les bilans qui ont suivi. Par la suite, les archives de Paris ayant brĂ»lĂ© lors de la Commune de Paris, les nouveaux ouvrages s’appuient tous sur les bilans de Granier de Cassagnac (1458 morts) et de Mortimer-Ternaux (1368[151]), publiĂ©s respectivement en 1860 et 1863[152].

Cependant, ces bilans modĂ©rĂ©s s’affrontent avec ceux publiĂ©s par les royalistes (entre 7 et 10 000 morts dans les annĂ©es 1792-1794), dont l’abbĂ© Barruel qui en 1793 avance le chiffre de 13 000 morts. Ils diffĂ©rent Ă©galement des chiffres publiĂ©s dans la presse Ă©trangĂšre : le London Times du 10 septembre 1792 annonce en majuscules d'imprimerie un bilan de 12 000 victimes « TWELVE THOUSAND PERSONS Â»[153]. Fantin-Desodoards, en 1796, Ă©value leur nombre entre 8 et 10 000. Le bilan le plus lourd est donnĂ© par Crommelin, dans son Histoire secrĂšte de l’espionnage pendant la RĂ©volution française, avec 15 000 morts. Thiers donne entre 6000 et 12 000 morts dans son Histoire de la RĂ©volution parue dans les annĂ©es 1820[154]. Pendant cette pĂ©riode, le bilan sert plus Ă  soutenir une dĂ©monstration hostile Ă  la RĂ©volution, qu’à Ă©tablir la vĂ©ritĂ©. C'est notamment le cas de BarriĂšre et Berville qui parlent de 12 852 morts[155]

Le chiffre des victimes fut d'abord Ă©valuĂ© par l'historiographie lĂ©gitimiste entre 5 000 et 10 000 victimes[156] et par la plupart des auteurs du XIXe siĂšcle entre 3 et 4 000[157]. Parmi les exceptions, il faut compter l’Histoire parlementaire de la RĂ©volution française de Buchez et Roux[158], et Jean-Gabriel Peltier[159] avec 1005 morts.

Pierre Caron, dans son ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur le sujet[160], a repris les chiffres publiĂ©s dans les annĂ©es 1860, et en se servant d’archives ignorĂ©es jusqu’alors, dresse un bilan chiffrĂ© qui est gĂ©nĂ©ralement suivi jusqu’à nos jours. Il estime que le 2 septembre, le nombre de prisonniers incarcĂ©rĂ©s dans les prisons de Paris se situe entre 2522 et 2535 ; que le nombre d’exĂ©cutions est entre 1225 et 1392, ce qui donne un pourcentage de victimes compris entre 48 et 55 % des prisonniers. Pour Marcel Dorigny[157], Roger Dupuy[161] et Jean-ClĂ©ment Martin[162], il y eut entre 1090 et 1395 victimes. Jean-Paul Bertaud indique Ă©galement une fourchette allant de 1 090 Ă  1 395 massacrĂ©s, dont 200 prĂȘtres rĂ©fractaires, et signale qu'au moins 1 333 prisonniers furent Ă©pargnĂ©s[107], tout comme Donald Sutherland[163]. De son cĂŽtĂ©, Bernardine Melchior-Bonnet donne 1 395 morts Ă  Paris[164], tandis que François Furet le situe entre 1 100 et 1 400 victimes, dont la moitiĂ© Ă©taient prisonniers[65].

En 1986, FrĂ©dĂ©ric Bluche corrige lĂ©gĂšrement les chiffres de Caron, en tenant compte des prisonniers transfĂ©rĂ©s le 2 Ă  l’Abbaye, et des 200 Suisses du Palais-Bourbon, ce qui donne entre 2746 et 2759 prisonniers, dont 1244 Ă  1411 sont exĂ©cutĂ©s, soit de 45 Ă  51 % de morts. Il penche vers un total le plus probable tournant autour de 1300 morts, soit un peu moins de la moitiĂ© des prisonniers[165]. Il ajoute, pour la trentaine de massacres provinciaux, 150 morts[166].

Catégories de victimes

Pour Jean-ClĂ©ment Martin, la grande masse sont des hommes, en particulier des prĂȘtres rĂ©fractaires et des prisonniers de droit commun, contre 8 % de femmes (dont une trentaine de viols Ă  la SalpĂȘtriĂšre)[98].

Parmi les prisonniers massacrĂ©s, 75 % Ă©taient des dĂ©tenus de droit commun ou des prostituĂ©s[167],[36]. La principale cible des massacreurs reste cependant les prĂȘtres rĂ©fractaires[32], et les aristocrates[36]. Les religieux sont considĂ©rĂ©s comme martyrs par l'Église catholique. 191 d'entre eux (3 Ă©vĂȘques, 127 prĂȘtres sĂ©culiers, 56 religieux et 5 laĂŻcs)[168], ont Ă©tĂ© bĂ©atifiĂ©s en octobre 1926 par Pie XI. CĂ©lĂ©brĂ©s le 2 septembre dans le calendrier liturgique, cette mention ne figure pas sur les agendas ordinaires.

Parmi les victimes laĂŻques, on trouve des serviteurs des Tuileries, les officiers et sous-officiers des gardes suisses et les gardes du corps qui furent placĂ©s Ă  l'Abbaye et Ă  la Force. La princesse de Lamballe, faiblement politisĂ©e, est la victime emblĂ©matique des massacres de septembre. Elle faisait partie, lors des derniĂšres annĂ©es de la monarchie, de l’entourage de la reine, et Ă©tait donc considĂ©rĂ©e comme faisant partie de la Cour dispendieuse. De plus, de nombreux rĂ©cits des horreurs perpĂ©trĂ©es sur sa dĂ©pouille se sont rĂ©pandus, bien qu’il soit difficile de dĂ©cider de leur vĂ©racitĂ©[98]. Parmi les victimes, il y avait plusieurs tĂ©moins autorisĂ©s : outre la princesse de Lamballe, le comte de Montmorin ou Valdec de Lessart, anciens ministres, Ă©galement le duc de Brissac ou bien encore Thierry de Ville-d'Avray, qui recevait les confidences de Louis XVI.

RĂ©actions

Pendant les massacres

Les autoritĂ©s, gouvernement, AssemblĂ©e, Commune, garde nationale, ne s’opposent pas aux massacres. Les Ă©lus s’informent par l’envoi de dĂ©lĂ©gations, qui n’interviennent pas. Pendant les massacres, l’essentiel de l’activitĂ© de la Commune consiste en la recherche d’armes et en perquisitions pour dĂ©busquer les contre-rĂ©volutionnaires[169].

De mĂȘme, le conseil gĂ©nĂ©ral de la commune de Paris n’est pas inactif, mais il s’occupe Ă  d’autres tĂąches. Le matin du 3, il envoie des dĂ©lĂ©guĂ©s pour protĂ©ger les Suisses enfermĂ©s au Palais-Bourbon (hommes du rang faits prisonniers le 10-AoĂ»t). Ces dĂ©lĂ©guĂ©s obtiennent l’acquittement en bloc des Suisses, qui sont transfĂ©rĂ©s Ă  la prison du Temple[170]. Cependant, son attitude est essentiellement attentiste pendant ces journĂ©es[170].

Les journaux approuvent plus ou moins largement les massacres, pendant qu’ils sont commis, les considĂ©rant comme affreux, mais nĂ©cessaires. Seul Le Patriote français de Brissot ayant quelques rĂ©ticences[171], les journaux royalistes ayant Ă©tĂ© depuis rĂ©duits au silence aprĂšs le 10-AoĂ»t, les modĂ©rĂ©s (comme les Feuillants) Ă©tant inaudibles[172].

AprĂšs les massacres

Au sein des institutions politiques, les discours exaltent les vertus du peuple, et jamais un blĂąme n’est prononcĂ©[173].

Dans les sections, une seule formule des regrets, celle du Temple, le 7 septembre[174].

Dans les jours qui suivirent, Olympe de Gouges, la premiĂšre Ă  s'Ă©mouvoir publiquement de ces horreurs, publie un pamphlet intitulĂ© la FiertĂ© de l'innocence oĂč elle stigmatise les massacres de septembre en ces termes : « Le sang, mĂȘme celui des coupables, versĂ© avec cruautĂ© et profusion, souille Ă©ternellement les rĂ©volutions Â»[175].

C’est encore le journal de Brissot qui est le seul à finalement condamner les massacres[176].

Selon Bluche, il est certain mais difficilement dĂ©montrable qu’en privĂ© la plupart des Parisiens dĂ©sapprouvent ces massacres qui les ont horrifiĂ©s. La province a une rĂ©action beaucoup moins favorable, voire de franche dĂ©sapprobation[177].

En 1794, dans un almanach paru en VendĂ©e, et dans un projet s’opposant au calendrier rĂ©publicain, le 2 septembre est nommĂ© fĂȘte des martyrs de Paris[178].

ResponsabilitĂ©s ?

Explications, interprétations et postérité des massacres

En gĂ©nĂ©ral, les historiens ne s’attardent pas sur ces Ă©vĂ©nements, l’ampleur et l’extension des massacres les rendant difficiles Ă  envisager globalement[179], ce qui rĂ©duit le nombre d’explications avancĂ©es.

Comme pour tout Ă©vĂ©nement historique, notamment les faits violents, l’histoire s’intĂ©resse Ă  deux Ă©lĂ©ments principaux : le dĂ©roulement des Ă©vĂ©nements ; et la façon dont ces Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ© placĂ©s par les contemporains soit du cĂŽtĂ© de ce qui relĂšve des moyens acceptables d’expression ou de lutte politique, soit du cĂŽtĂ© de ce qui n’en relĂšve pas[180]

Michelet explique les massacres par le jeu des circonstances, et voit dans les violences le rĂ©sultat de tendances portĂ©es Ă  leurs extrĂȘmes par les circonstances[181]. Selon Claude Gautier, inspirĂ© de Hume, il n’y a pas de fanatisme ou de fanatiques volontairement fanatiques, mais un processus de fanatisation gĂ©nĂ©ral[182] : dans des circonstances particuliĂšres, une suite d’évĂ©nements crĂ©e un sentiment de menace sur une communautĂ©, qui pour conserver son unitĂ©, qui fait sa force, accepte ensuite toutes les rumeurs de menaces et est prĂȘte Ă  agir violemment en consĂ©quence[183].

AprĂšs quelques semaines, l’explication par l’expression d’une justice populaire domine, et la violence vindicative, ritualisĂ©e, passe au second plan, du moins Ă  gauche de l’échiquier politique[184]. Les massacres confirment Ă©galement le pouvoir des masses populaires, que les classes dirigeantes, rĂ©publicains comme contre-rĂ©volutionnaires font tout pour les dĂ©sarmer ensuite et pour Ă©viter le recours Ă  la violence[185].

VĂ©ronique Nahoum-Grappe fournit une autre piste de rĂ©flexion : les cruautĂ©s volontaires auraient Ă©tĂ© un acte politique visant Ă  dĂ©truire l’identitĂ© de l’adversaire[179].

Sophie Wahnich propose une nouvelle interprĂ©tation des massacres : le peuple aurait exercĂ© lui-mĂȘme sa vengeance, face aux atermoiements de ses classes dirigeantes refusant de juger ceux qui Ă©taient considĂ©rĂ©s comme criminels ou traĂźtres (voir les hĂ©sitations sur la constitution civile du clergĂ©, la destitution du roi, les procĂšs des royalistes aprĂšs le 10 aoĂ»t). Le risque d’un mouvement de violence populaire gĂ©nĂ©ralisĂ©e avait d’ailleurs Ă©tĂ© avancĂ© Ă  la tribune de l’AssemblĂ©e par Santerre, le 20 juin 1792, puis par un reprĂ©sentant de la Commune le 17 aoĂ»t, et toute la presse patriote en parlait au mois d’aoĂ»t. Pour Sophie Wahnich, nulle vacance du pouvoir : l’AssemblĂ©e dĂ©tient encore le pouvoir de faire la loi[186] (d’ailleurs elle crĂ©e un tribunal spĂ©cial le 17 aoĂ»t). La violence de septembre est irrationnelle, non-politique, inutile Ă  la rĂ©volution, mais inĂ©vitable car l’AssemblĂ©e n’a pas su traduire politiquement les demandes du peuple[187]. Elle limite cependant cette interprĂ©tation aux massacres des 2 et 3 septembre[188].

Jean-Louis Peyroux souligne, dans sa critique de l’ouvrage d’Arno Mayer Les Furies, comparant les rĂ©volutions française et russe, que les rĂ©volutionnaires français, dont Marat et Babeuf, « furent dĂ©contenancĂ©s Â» par l’extension de ces massacres[189]. L’oubli, le voile volontairement tendu sur ces massacres, approuvĂ©s par la plupart des Parisiens, peuvent ĂȘtre compris comme une volontĂ© d’achever le cycle infernal de la vengeance et de la recherche des coupables[190].

En Russie, oĂč la « Grande RĂ©volution française Â» fait l’objet d’un culte sans critique tout au long du XIXe siĂšcle, tous les actes de violence de masse, dont les massacres de septembre, sont d’abord oubliĂ©s dans l’admiration sans bornes de la RĂ©volution et de ses principes (aprĂšs la rĂ©volution de DĂ©cembre)[191]. À la fin du XIXe siĂšcle, ces massacres, connus, sont tus volontairement[192]. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, le rĂ©cit des massacres est volontairement dĂ©formĂ© en une vengeance ordonnĂ©e, rĂ©guliĂšre et prĂ©parĂ©e Ă  l’avance, une opĂ©ration de salut public contre des ennemis du bien public[193].

D’aprĂšs MichĂ©a, les massacres de Septembre sont un des Ă©vĂ©nements sur lesquels Constant et Tocqueville ont refondĂ© la pensĂ©e libĂ©rale au dĂ©but du XIXe siĂšcle[194].

À la fin du XIXe siĂšcle, Victor Hugo inclut les massacres de septembre dans une liste de crimes politiques de la RĂ©volution, un de ces crimes qui apportent ensemble un bienfait, dans un plaidoyer pour l’amnistie des Communeux[195].

Voir aussi

Articles connexes

Prisons parisiennes oĂč eurent lieu les massacres[196]

Liens externes

  • les textes originaux de l’époque numĂ©risĂ©s sur le site de la BNF notamment « Grands dĂ©tails sur ce qui s’est passĂ© cette nuit concernant les traĂźtres de la nation Â» et « La juste vengeance du peuple Â».

Articles, livres

  • (fr) Pierre Caron:
    • La PremiĂšre terreur, 1792, Presses universitaires de France, 1950.
    • Les Massacres de Septembre, Paris, La Maison du Livre français, 1935, 559 pages.
  • (fr) Oscar A. Haac, « La hantise du sang : septembre 1792 (livre VII) Â», dans Paul Viallaneix (dir.), Michelet Ă©crit l'Histoire de la RĂ©volution, colloque de VascƓuil (30 juin-1er juillet 1989), Presses universitaires de Franche-ComtĂ©, 1993.
  • (fr) Jacques HĂ©rissay, Les journĂ©es de septembre, 1792, Bonne Presse, 1945, 470 pages.
  • (de) Max Madörin, Die Septembermassaker von 1792 im Urteil der französischen Revolutionshistoriographie 1792-1840, H. Lang, 1976, 148 pages (ISBN 3261016906).
  • Mona Ozouf, « Massacres de septembre : qui est responsable ? Â», dans L'Histoire, no 342, mai 2009, p 52-55
  • Sophie Wahnich, La Longue Patience du peuple. 1792, naissance de la RĂ©publique, Payot, 2008

Sources

Documents et sources primaires publiées

  • Convention nationale Recueil des piĂšces trouvĂ©es aux Tuileries imprimĂ©es d'aprĂšs le dĂ©cret de la Convention nationale du 5 dĂ©cembre 1792, Paris, 1792-1793
  • Philippe-Joseph-Benjamin Buchez et Pierre Celestin Roux, Histoire parlementaire de la RĂ©volution française, Paris, 1834-1839 (en particulier le tome XVII)
  • Archives parlementaires, 1ere sĂ©rie (1787-1799), Recueil complet des dĂ©bats lĂ©gislatifs et politiques des chambres françaises, Paris, 1875-1913
  • Alexandre Tuetey, RĂ©pertoire des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la RĂ©volution, Paris, 1890-1914 (11 volumes, surtout les tomes V (1900) et VII (1905)
  • FrĂ©dĂ©ric Braesch, Les actes de la Commune de Paris, Paris, 1911

Bibliographie

  • (fr) Olivier Blanc, La Corruption sous la Terreur, Paris, 1992, 120-123 (sur les trafics et ventes de passeports et sauf conduits Ă  la veille des massacres).
  • (fr) FrĂ©dĂ©ric Bluche, Septembre 1792. Logiques d'un massacre, Paris, Robert Laffont, 1986 (ISBN 2-221-04523-8).
  • (fr) FrĂ©dĂ©ric Braesch, La commune du dix aoĂ»t 1792: Ă©tude sur l'histoire de Paris du 20 juin au 2 dĂ©cembre 1792, Hachette et cie, 1911, 1236 pages.
  • (fr) HaĂŻm Burstin, Une rĂ©volution Ă  l'Ɠuvre: le faubourg Saint-Marcel (1789-1794), Champ Vallon, 2005, 923 pages (ISBN 2876733706).
  • (en) John K Creighton, Danton: His Role in the Revolution of August 10 and the September Massacres, 1792, UniversitĂ© du Colorado, 1959.
  • (fr) Marcel Dorigny, « Massacres de septembre Â», dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la RĂ©volution française, PUF, 1989 (rĂ©Ă©d. Quadrige, 2005, p. 724-725).
  • (fr) Roger Dupuy, Nouvelle Histoire de la France contemporaine. Tome 2 : La RĂ©publique jacobine, Paris, Seuil, 2005 (ISBN 2020398184).
  • (fr) Paul et Pierrette Girault de Coursac, Septembre 1792 : la mort organisĂ©e, F.-X. de Guibert, 1994.
  • (fr) Jean-ClĂ©ment Martin:
    • Contre-RĂ©volution, RĂ©volution et Nation en France, 1789-1799, Le Seuil, 1998, 367 pages (ISBN 9782020258722).
    • Violence et RĂ©volution : Essai sur la naissance d'un mythe national, Paris, Le Seuil, 2006, 352 pages (ISBN 9782020438421).
  • (fr) GĂ©rard Walter, Les massacres de septembre: Ă©tude critique, Payot, 1932, 174 pages.

Notes

  1. ↑ Roger Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p. 21
  2. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, Septembre 1792. Logiques d’un massacre, Paris, Robert Laffont, 1986, p 100 et 102
  3. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine : Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire, Paris, Le Seuil, 2005, collection Points histoire, p. 137-138.
  4. ↑ F. Bluche, Logiques d’un massacre, p. 201.
  5. ↑ F. Bluche, Logiques d’un massacre, p. 202.
  6. ↑ F. Bluche, Logiques d’un massacre, p. 205-208.
  7. ↑ G. Lenotre, Les Massacres de Septembre, Perrin 1947, p.285.
  8. ↑ F. Bluche, Logiques d’un massacre, p. 212.
  9. ↑ F. Bluche, Logiques d’un massacre, p 214-215
  10. ↑ F. Bluche, Logiques d’un massacre, p. 215 et suivantes.
  11. ↑ F. Bluche, Logiques d’un massacre, p. 98.
  12. ↑ Albert Soboul, Histoire de la RĂ©volution française, volume 1, Collection IdĂ©es Gallimard, 1962, p. 308-309.
  13. ↑ François Furet & Denis Richet, La RĂ©volution française, Fayard 1973 p.173
  14. ↑ Histoire de la RĂ©volution française, chapitre XIV tome II « Souviens-toi de la Saint BarthĂ©lemy Â» p. 14 Imprimerie Lahure Paris 1866.
  15. ↑ Michel Winock, L’échec au roi, 1791-1792, Olivier Orban, 1991 p. 312.
  16. ↑ Les grandes heures de la RĂ©volution de G. Lenotre et AndrĂ© Castelot tome II- chapitre IV – « Les Massacres Â», Perrin, 1962, p.144.
  17. ↑ Bluche, op. cit., p. 26.
  18. ↑ Michel Vovelle, La rĂ©volution française, tome III, Éditions Messidor/Livre Club Diderot, 1986, p. 157.
  19. ↑ Bluche, op. cit., p 26-27
  20. ↑ François Furet et Denis Richet, La RĂ©volution française, Fayard, 1973, p. 174.
  21. ↑ Albert Soboul, La RĂ©volution française, Paris, Gallimard, 1984, nouvelle Ă©dition revue et augmentĂ©e. ISBN 2-07-070106-9, p 255
  22. ↑ Les historiens ne sont pas tous d’accord sur la date de parution du Manifeste Ă  Paris : cela va du 27 juillet au 4 aoĂ»t, mais une majoritĂ© (tels Albert Soboul, FrĂ©dĂ©ric Bluche ou Élisabeth et Robert Badinter, etc.) s’accordent pour donner plus prĂ©cisĂ©ment le 1er aoĂ»t.
  23. ↑ Michel Winock, L’échec au roi, 1791-1792, Paris, Olivier Orban, 1991 (ISBN 2-85565-552-8), p. 262.
  24. ↑ Jean et Nicole Dhombre, Lazare Carnot, Fayard, 1997.
  25. ↑ Sa dĂ©chĂ©ance n’étant prononcĂ©e que lors de la premiĂšre sĂ©ance de la Convention, le 21 septembre 1792, Winock, op. cit., p. 264.
  26. ↑ Jean-Paul Bertaud, La RĂ©volution française, Perrin, 1989 (rĂ©Ă©d. coll. Tempus, 2004, p. 166.
  27. ↑ Jean Delmas (dir.), De 1715 Ă  1870, Presses universitaires de France, Paris, 1992, in AndrĂ© Corvisier (dir.), Histoire militaire de la France (ISBN 2-13-043872-5), p. 263.
  28. ↑ Renaud Faget, « Campagne de 1792 Â», in Jacques Garnier (dir.), Dictionnaire Perrin des guerres et des batailles de l’histoire de France, Paris, Perrin, 2004 (ISBN 2-262-00829-9), p. 173.
  29. ↑ Delmas, op. cit., p. 201.
  30. ↑ Winock, op. cit., p. 287.
  31. ↑ Jacques SolĂ©, RĂ©volution et rĂ©volutionnaires en Europe : 1789-1918, Paris, Gallimard, 2008 (collection Folio histoire, n° 163), p. 530-531.
  32. ↑ a , b , c , d , e  et f  François Furet & Denis Richet, La RĂ©volution française, Paris, Hachette, 2003, collection Pluriel (1re Ă©dition 1963) (ISBN 2-01-278950-1), p. 173.
  33. ↑ a , b  et c  Jean-Paul Bertaud, op. cit., p. 167.
  34. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine : Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire, Paris, Le Seuil, 2005, collection Points histoire (ISBN 2-02-039818-4), p. 19.
  35. ↑ Jacques SolĂ©, op. cit., p 532
  36. ↑ a , b , c , d  et e  Bernardine Melchior-Bonnet, op. cit., p. 57.
  37. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine : Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire, Paris, Le Seuil, 2005, collection Points histoire, (ISBN 2-02-039818-4), p. 19.
  38. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, Danton, p. 193-194.
  39. ↑ Bluche, op. cit., p. 30.
  40. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine : Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire, Paris, Le Seuil, 2005, collection Points histoire, p. 21.
  41. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine, p. 13 et 18-19.
  42. ↑ Bluche, Septembre 1792, p. 117-121.
  43. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., et Bernardine Melchior-Bonnet Tallandier, Les Girondins, 1989.
  44. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 34.
  45. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 73.
  46. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 32.
  47. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 33.
  48. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 32.
  49. ↑ Le texte intĂ©gral est donnĂ© dans l’Histoire de la RĂ©volution française de Louis Blanc, p. 14. FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 32.
  50. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 32.
  51. ↑ G. Lenotre et AndrĂ© Castelot, Les grandes heures de la RĂ©volution, tome II, chapitre IV: « Les Massacres Â», Perrin, 1962, p. 148. Le texte est donnĂ© Ă  cette mĂȘme page.
  52. ↑ GĂ©rard Walter, Marat, Albin Michel, 1960, p. 233, et suivantes.
  53. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet, La RĂ©volution, Larousse, 1988, p. 57.
  54. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 36.
  55. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., 1986, p. 37.
  56. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet Tallandier, Les Girondins, 1989, p. 141.
  57. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 75, et Suzanne d’Huart, Brissot, Robert Laffont, 1986, p. 176.
  58. ↑ Jacques SolĂ©, op. cit., p 531
  59. ↑ Albert Mathiez, La RĂ©volution française, volume 2, DenoĂ«l, 1985, p. 29.
  60. ↑ Albert Mathiez, La RĂ©volution française, volume 2, DenoĂ«l, 1985, p. 34.
  61. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet, Les Girondins, Tallandier,1989, p. 134.
  62. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 33.
  63. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, Danton, p. 205.
  64. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet op. cit., p. 134.
  65. ↑ a , b  et c  François Furet & Denis Richet, op. cit. p 172
  66. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet, op. cit., p. 57.
  67. ↑ Roger Dupuy, op. cit., p. 22-23.
  68. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 47
  69. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 48
  70. ↑ Michel Winock, op. cit., p 308
  71. ↑ Roger Dupuy, op. cit., p 23
  72. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 49
  73. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 49
  74. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 60
  75. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 61
  76. ↑ Bluche, op. cit., p 61
  77. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 49-50
  78. ↑ Voir Les grandes heures de la RĂ©volution de G. Lenotre et AndrĂ© Castelot tome II - chapitre IV – « Les Massacres Â», Perrin 1962. p.165
  79. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 49-50
  80. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 50
  81. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 193
  82. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 65
  83. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 68
  84. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 68.
  85. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 126.
  86. ↑ Les grandes heures de la RĂ©volution de G. Lenotre et AndrĂ© Castelot tome II- chapitre IV – « Les Massacres Â», Perrin, 1962, p. 200.
  87. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 70.
  88. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 70.
  89. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 90.
  90. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 70.
  91. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 71.
  92. ↑ HaĂŻm Burstin, Une rĂ©volution Ă  l'oeuvre: le faubourg Saint-Marcel (1789-1794), Éditions Champ Vallon, 2005, 923 pages, p. 429.
  93. ↑ Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la terreur, 1792-1794, tome III, Michel LĂ©vy frĂšres, 1863, p. 315-317, parle de deux ou trois compagnies.
  94. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 193.
  95. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 99.
  96. ↑ Albert Mathiez, La RĂ©volution française, volume 2, DenoĂ«l, 1985, p. 35, ou FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., 1986, p.171.
  97. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 99.
  98. ↑ a , b , c  et d  Jean-ClĂ©ment Martin, Violence et RĂ©volution..., 2006, p. 141
  99. ↑ a  et b  Bluche, op. cit., p 72
  100. ↑ Haïm Burstin, Op. cit., p. 429-430.
  101. ↑ Philippe de CarbonniĂšres, Lesueur, gouaches rĂ©volutionnaires: collections du MusĂ©e Carnavalet, Paris musĂ©es, 2005, 247 pages (ISBN 2879008581)
  102. ↑ Jules Michelet, Histoire de la RĂ©volution française, Chamerot, 1849, tome IV, p. 193.
  103. ↑ MĂ©moires de la SociĂ©tĂ© de l'Histoire de Paris et de l'Ăźle de France, 1902, t. 29, p. 43.
  104. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 72.
  105. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p. 192.
  106. ↑ a  et b  Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine: Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire, 1792-1794, tome II de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, Le Seuil, coll. Points Histoire, 2005, p. 25.
  107. ↑ a , b  et c  Jean-Paul Bertaud, La RĂ©volution française, Perrin, 1989 (rĂ©Ă©d. coll. Tempus, 2004, p. 169).
  108. ↑ Donald M. G. Sutherland, RĂ©volution et Contre-RĂ©volution en France, 1789-1815, traduit de l’anglais par Paul Chemla, Paris, Seuil, 1991, ISBN 2-02-012579-X, p 175-176
  109. ↑ Bluche, op. cit., p 102
  110. ↑ Bluche, op. cit., p 117
  111. ↑ 65 de juillet Ă  septembre pour Sutherland, op. cit., p. 175
  112. ↑ Bluche, op. cit., p 119
  113. ↑ Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, tome III, p. 509-514.
  114. ↑ Ce texte, publiĂ© en 1793, a Ă©tĂ© rĂ©Ă©ditĂ© entre autres par Buchez et Roux et Louis Mortimer-Ternaux.
  115. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine : Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire, Paris, Le Seuil, 2005, collection Points histoire,p. 25
  116. ↑ G. Lenotre, Les Massacres de Septembre Perrin 1947, p.195
  117. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet, op. cit., p 58
  118. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine, p 25
  119. ↑ a , b  et c  François Furet et Denis Richet, op. cit., p 174
  120. ↑ Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, 1792-1794, tome III, p. 611-619.
  121. ↑ Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, 1792-1794, tome III, p. 620-621.
  122. ↑ HaĂŻm Burstin, Une rĂ©volution Ă  l'Ɠuvre: le faubourg Saint-Marcel, 1789-1794, Champ Vallon, coll. Époques, 2005 p. 886 (ISBN 2876733706).
  123. ↑ Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, 1792-1794, tome III, p. 621-625.
  124. ↑ Alexandre Sorel, Le Couvent des Carmes et le sĂ©minaire de Saint-Sulpice pendant la Terreur, Didier & Cie, 1864, p. 200-202.
  125. ↑ Adolphe Granier de Cassagnac, Histoire des Girondins et des massacres de septembre, Tome II, E. Dentu, 1860, p. 501
  126. ↑ Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, 1792-1794, tome III, p. 626-634.
  127. ↑ Louis Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, 1792-1794, tome III, p. 626.
  128. ↑ Alexandre Tuetey, RĂ©pertoire gĂ©nĂ©ral des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la rĂ©volution française, Imprimerie nouvelle, 1900, tome V, p. VII.
  129. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 223-224
  130. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 192
  131. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 191
  132. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 230
  133. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 189-190
  134. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 234
  135. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 235
  136. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 187-188
  137. ↑ Michel Winock, L’échec au Roi, 1791-1792, Paris, Olivier Orban, 1991, ISBN 2-85565-552-8, p 314
  138. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 210 et 233
  139. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p 233-234
  140. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 72-73.
  141. ↑ Selon l’historien Pierre Caron, une Ă©vidence s’impose : les massacreurs ont exigĂ© une rĂ©munĂ©ration et certains d’entre eux auraient pu ĂȘtre payĂ©s. FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p.86-88
  142. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p.87
  143. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p.89
  144. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p.89
  145. ↑ La RĂ©volution française, DenoĂ«l, 1985, p. 33.
  146. ↑ G. Lenotre, AndrĂ© Castelot, Les grandes heures de la RĂ©volution, tome II, chapitre IV : « Les Massacres Â», Perrin, 1962, p. 159.
  147. ↑ Les Girondins, Bernardine Melchior-Bonnet, Tallandier, 1989, p. 141-142.
  148. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, op. cit., p. 11.
  149. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 97
  150. ↑ Crimes de Marat et autres Ă©gorgeurs, ou ma rĂ©surrection, 1795 (1086 morts, plus trois inconnus, dont 202 ecclĂ©siastiques
  151. ↑ Histoire de la Terreur, 1792-1794, Michel LĂ©vy frĂšres, 1863, tome III, p. 539-547
  152. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 97
  153. ↑ Éditorial, « France Â», dans London Times, 2 Septembre 1792 [texte intĂ©gral] 
  154. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 98
  155. ↑ MĂ©moires sur les journĂ©es de septembre, Paris, 1823 Collection des mĂ©moires relatifs Ă  la rĂ©volution françaises. CitĂ© par l’Histoire parlementaire de la RĂ©volution française de Buchez et Roux, tome 17, 1835, p. 420-421.
  156. ↑ Roger Dupuy, La RĂ©publique jacobine : Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire, 1792-1794, 2005, p. 24.
  157. ↑ a  et b  Marcel Dorigny, « Massacres de septembre Â», dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la RĂ©volution française, Paris, PUF/Quadrige, 2005, p. 724.
  158. ↑ tome 17, 1835, p. 420-422
  159. ↑ Tableau du massacre des ministres catholiques et des martyres de l'honneur exĂ©cutĂ©s dans le couvent des Carmes et Ă  l'abbaye Saint-Germain, etc: les 2, 3, 4 septembre 1792, Ă  Paris, par les infĂąmes suppĂŽts de l'anarchie, 1797, 139 pages
  160. ↑ Pierre Caron, Les Massacres de Septembre, Paris, 1935.
  161. ↑ Roger Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p. 24.
  162. ↑ Jean-ClĂ©ment Martin, Violence et RĂ©volution : Essai sur la naissance d'un mythe national, 2006, p. 141.
  163. ↑ Donald M. G. Sutherland, RĂ©volution et Contre-RĂ©volution, p 176
  164. ↑ Bernardine Melchior-Bonnet, op. cit., p. 57.
  165. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 99-100
  166. ↑ Bluche, Logiques d’un massacre, p 102
  167. ↑ François Furet, Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la RĂ©volution française, Paris, Flammarion, 1988, p 158
  168. ↑ Saints Martyrs de Septembre, Nominis et Bienheureux martyrs de 1792, site comprenant une liste des martyrs.
  169. ↑ Bluche, op. cit., p 66
  170. ↑ a  et b  Bluche, op. cit., p 85
  171. ↑ Bluche, op. cit., p 73-74
  172. ↑ Bluche, op. cit., p 80
  173. ↑ Bluche, op. cit., p 92
  174. ↑ Bluche, op. cit., p 52
  175. ↑ Olympe de Gouges, Écrits politiques, Paris, 1993, tome II.
  176. ↑ Bluche, op. cit., p 73
  177. ↑ Bluche, op. cit., p 83-84
  178. ↑ Bronislaw Baczko, « Le calendrier rĂ©publicain Â», in Pierre Nora (directeur), Les Lieux de MĂ©moire, tome I, La RĂ©publique, Paris, Gallimard, 1984, ISBN 2-07-070192-1, p 58
  179. ↑ a  et b  VĂ©ronique Nahoum-Grappe, « Anthropologie de la violence extrĂȘme : le crime de profanation Â», Revue internationale des sciences sociales, 2002/4, no 174, p. 601-609
  180. ↑ Claude Gautier, « Quelques problĂšmes de dĂ©finition de la violence en politique : l’exemple de la fanatisation Â», Revue internationale des sciences sociales, 2002/4, no 174, p 516
  181. ↑ Claude Gautier, « Quelques problĂšmes... Â», p 518
  182. ↑ Claude Gautier, « Quelques problĂšmes... Â», p 519
  183. ↑ Claude Gautier, « Quelques problĂšmes... Â», p 520-521
  184. ↑ Jean-ClĂ©ment Martin, « La RĂ©volution française : gĂ©nĂ©alogie de l’ennemi Â», Raisons politiques no 5, fĂ©vrier 2002, p 72
  185. ↑ Jean-ClĂ©ment Martin, « GĂ©nĂ©alogie de l’ennemi Â», p 75
  186. ↑ Sophie Wahnich, « De l’économie Ă©motive de la Terreur Â», Annales, Histoire, Sciences sociales, 2002/4, 57e annĂ©e p 899
  187. ↑ Sophie Wahnich, « De l’économie Ă©motive de la Terreur Â», p 906
  188. ↑ Sophie Wahnich, « De l’économie Ă©motive de la Terreur Â», p 903
  189. ↑ Jean-Louis Peyroux, « MĂ©rites et limites d’une Ă©tude comparative Â», Mouvements, no 24, novembre-dĂ©cembre 2002, p 138
  190. ↑ Sophie Wahnich, « Le dĂ©bat sur les extradĂ©s... Â» p 104
  191. ↑ Alexandre V. Tchoudinov (traduit par Julie Ollivier), « Le culte russe de la RĂ©volution française Â», Cahiers du monde russe, 2007 2-3, volume 48 p 487-488
  192. ↑ Alexandre V. Tchoudinov, op. cit., p 490
  193. ↑ Alexandre V. Tchoudinov, op. cit., p 493-494
  194. ↑ Jean-Claude MichĂ©a, « De quoi le libĂ©ralisme est-il le nom ? Â», revue du Mauss 2008/1, no 31 : L’homme est-il un animal sympathique ? p 511
  195. ↑ Sophie Wahnich, « Le dĂ©bat sur les extradĂ©s italiens et le jeu des rĂ©fĂ©rences historiques Â», L’Homme et la sociĂ©tĂ©, 2006/1, no 159, p 100
  196. ↑ Winock, op. cit., p. 310
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