Martin Luther

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Martin Luther
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Martin Luther
Martin Luther en 1529 par Lucas Cranach l'Ancien
Martin Luther en 1529 par Lucas Cranach l'Ancien

Activités Moine Théologien Réformateur religieux
Naissance 10 novembre 1483
Eisleben
DĂ©cĂšs 18 fĂ©vrier 1546 (Ă  62 ans)
Eisleben
Langue d'Ă©criture latine et allemande
Mouvement RĂ©forme protestante
Luthéranisme
Genres Essai
Sermon
Pamphlet

Martin Luther, nĂ© le 10 novembre 1483 Ă  Eisleben (Saint-empire romain germanique)[1] et mort le 18 fĂ©vrier 1546 dans la mĂȘme ville, est un moine augustin[2] allemand, thĂ©ologien, professeur d'universitĂ©, pĂšre du protestantisme[3],[4],[5],[6] et rĂ©formateur de l'Église dont les idĂ©es exercĂšrent une grande influence sur la RĂ©forme protestante, qui changea le cours de la civilisation occidentale [7].

Il dĂ©fia l'autoritĂ© papale en tenant la Bible pour seule source lĂ©gitime d'autoritĂ© religieuse[8]. Selon Luther, le salut de l'Ăąme est un libre don de Dieu, reçu par la repentance sincĂšre et la foi authentique en JĂ©sus Christ comme le Messie, sans intercession possible de l'Église.

Le 3 janvier 1521, il reçut la bulle Decet romanum pontificem qui lui signifiait son excommunication. Suite aux nombreux débats théologiques du haut clergé, l'empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d'Espagne, Charles Quint, convoqua Martin Luther en 1521 devant la diÚte de Worms (Rhénanie-Palatinat, Allemagne). Un sauf-conduit lui fut accordé afin qu'il puisse s'y rendre sans risques.

Face Ă  l'empereur, il refusa Ă  nouveau de se plier aux exigences de l'Église, il proclama notamment :

« Votre MajestĂ© sĂ©rĂ©nissime et Vos Seigneuries m'ont demandĂ© une rĂ©ponse simple. La voici sans dĂ©tour et sans artifice. À moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons Ă©videntes - car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est Ă©vident qu'ils se sont souvent trompĂ©s et contredits - je suis liĂ© par les textes de l'Écriture que j'ai citĂ©s, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rĂ©tracter en rien, car il n'est ni sĂ»r, ni honnĂȘte d'agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide. Â»

— Martin Luther [9].

Il fut mis au ban de l'empire mais accueilli au chĂąteau de son ami l'Électeur de Saxe FrĂ©dĂ©ric III le Sage, au ChĂąteau de Wartbourg, prĂšs d'Eisenach, oĂč il composa ses textes les plus connus et les plus diffusĂ©s grĂące, entre autres, Ă  l'imprimerie Ă  caractĂšres mobiles et en alliage de Johannes Gutenberg.

Sa traduction de la Bible en allemand, langue vernaculaire, rapprocha le peuple des Saintes Écritures et eut un impact culturel primordial, en permettant la large diffusion d'un standard de la langue allemande et en donnant des principes gĂ©nĂ©raux sur l'art de la traduction [10]. Elle eut notamment une large influence sur la traduction anglaise connue sous le nom de Bible du roi Jacques [11].

Au dĂ©but, Luther n'avait que peu d'Ă©gard pour les Livres d'Esther, l'ÉpĂźtre aux HĂ©breux, l'ÉpĂźtre de Jacques, l'ÉpĂźtre de Jude, et le Livre de l'Apocalypse. Il appela l'ÉpĂźtre de Jacques « une Ă©pĂźtre de paille Â» ; il trouvait que ces livres pointaient peu au Christ et Ă  Son Ɠuvre salutaire. Il avait Ă©galement des paroles dures Ă  l'Ă©gard du Livre de l'Apocalypse, disant qu'il ne pouvait « en aucune maniĂšre ressentir que le Saint Esprit avait pu produire ce livre Â».

Il mettait en doute l'apostolicitĂ© des Ă©pĂźtres aux HĂ©breux, de Jacques, de Jude, et de l'Apocalypse rappelant que leur canonicitĂ© n'Ă©tait pas universellement acceptĂ©e dans la premiĂšre Église (ce sont les antilegomena). Cependant, Luther ne les retira pas de ses Ă©ditions des Saintes Écritures. Ses points de vues sur certains de ces livres changĂšrent des annĂ©es plus tard.

Luther choisit de placer les Livres apocryphes entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Ces livres qui sont ajoutĂ©s aux livres canoniques se trouvent dans la Septante grecque mais non dans les textes massorĂ©tiques hĂ©breux. Luther laissa largement leur traduction aux soins de Philippe MĂ©lanchthon et Justus Jonas. Ces livres ne figuraient pas dans la table des matiĂšres de son Ă©dition de l'Ancien Testament de 1523, et on leur attribua le titre bien connu de : « Apocryphes Â» Ces Livres sont considĂ©rĂ©s comme Ă©tant infĂ©rieurs aux Saintes Écritures, mais elles sont utiles et bonne Ă  lire dans la version de 1534.

Ses prises de positions radicales sur les Juifs furent utilisées par les nazis [12],[13]. Pour cette raison, et pour les aspects révolutionnaires de sa théologie, son héritage suscita et continue de susciter de multiples controverses [14],[15].

Sommaire

Jeunesse

NĂ© Ă  Eisleben (en Thuringe, aujourd’hui en Saxe-Anhalt) le 10 novembre 1483, fils de Hans Luther et de Marguerite Zidler. Son pĂšre, paysan d’origine, devint mineur dans une mine de cuivre de la rĂ©gion de Mansfeld et reçut le statut de bourgeois puis de magistrat. Luther suivit ses Ă©tudes primaires et secondaires Ă  Mansfeld, Ă  Magdeburg et Ă  Eisenach. En 1501, Ă  l’ñge de dix-sept ans, il entra Ă  l’universitĂ© d’Erfurt, oĂč il obtint un diplĂŽme de bachelier en 1502 et une maĂźtrise en 1505. Il avait alors l’intention d’étudier le droit, comme le souhaitait son pĂšre.

Moine

Selon Martin Luther, il se serait vouĂ© Ă  la vie monastique Ă  Erfurt (dans les duchĂ©s saxons, aujourd’hui en Thuringe) dĂšs les prĂ©mices du mois de juillet 1505. En effet, il explique avoir priĂ© sainte Anne lors d’un violent orage oĂč il craignait pour sa vie : « Sainte Anne, sauve-moi et je me ferai moine ! Â». Son pĂšre tente de s’opposer Ă  cette dĂ©cision car il est hostile au clergĂ© : « Le maĂźtre des Arts va devenir un fainĂ©ant Â» dit-il au sujet de son fils[16].

Il est effectivement admis dĂšs le 17 juillet 1505 au couvent des Augustins d’Erfurt, oĂč il essaie aussitĂŽt de rechercher dans l’ascĂšse : mortifications, jeĂ»nes, veilles, la promesse de son salut tout en restant intimement persuadĂ© qu’il n’y parviendrait jamais. En mĂȘme temps, il continue Ă  Ă©tudier la thĂ©ologie et bientĂŽt commence Ă  l’enseigner : ordonnĂ© prĂȘtre en 1507, il est dĂ©signĂ© pour enseigner la philosophie au couvent d’Erfurt. Docteur en thĂ©ologie en 1512, il occupe par la suite la chaire d’enseignement biblique Ă  Wittenberg, ville oĂč il sera Ă  partir de 1514 Ă©galement prĂ©dicateur de l’Église. Enseignement, prĂ©dication et recherche personnelle sont alors les trois activitĂ©s essentielles de Luther.

Vers la RĂ©forme

Certains font remonter les idĂ©es rĂ©formatrices de Luther Ă  un sĂ©jour qu’il fit Ă  Rome en 1510-1511 pour les affaires de son ordre. Ce n’est apparemment pas le cas, et les abus ecclĂ©siastiques de l’époque ne semblent pas l’avoir Ă©mu outre mesure. Plus importants sont ses travaux sur les Ă©pĂźtres de Paul et son obsession du salut. Luther en arrive Ă  se dire que l’homme doit accepter son Ă©tat de pĂ©cheur et qu’il est forcĂ©ment imparfait devant Dieu, ce qui n’empĂȘche pas la pĂ©nitence. En revanche, vouloir rĂ©soudre le problĂšme du pĂ©chĂ© par des indulgences, le plus souvent versĂ©es en argent, est pour lui une pratique incompatible avec la piĂ©tĂ© et une façon trop facile d’éluder les vrais problĂšmes.

Son conflit avec la papautĂ© Ă©clate en 1517, Ă  propos de l’indulgence dĂ©crĂ©tĂ©e par le pape LĂ©on X pour la construction de la basilique Saint-Pierre, chef-d’Ɠuvre architectural et artistique, indulgence soutenue en Allemagne par l’archevĂȘque Albert de Brandebourg. Le 31 octobre, Luther Ă©crit Ă  l’archevĂȘque pour lui demander de ne pas cautionner cette indulgence et joint Ă  sa lettre les 95 thĂšses destinĂ©es Ă  mettre en cause la doctrine des indulgences. Comme l’affirme son contemporain Philippe Melanchthon, le 31 octobre 1517 il aurait placardĂ© sur les portes de la chapelle du chĂąteau de Wittenberg ses 95 thĂšses condamnant violemment la vente d’indulgences que pratiquait l’Église catholique romaine, et plus durement encore les pratiques du Haut clergĂ© — principalement de la papautĂ©. Ces 95 ThĂšses, Ă©galement appelĂ©es ThĂšses de Wittenberg, sont imprimĂ©es Ă  la fin de l’annĂ©e. Il s’insurge contre l’imposition de dogmes tels que celui du Purgatoire. DĂšs lors, cette controverse entre thĂ©ologiens (donc universitaires) devient une affaire publique et politique. Luther est dĂ©noncĂ© Ă  Rome par l’archevĂȘque Albrecht. Le pape LĂ©on X (de la famille MĂ©dicis) lui ordonne de se rĂ©tracter par la bulle pontificale Exsurge Domine, mais Luther la brĂ»le en public et rompt avec Rome, en 1521. Un an plus tard commence contre lui un long procĂšs qui aboutira Ă  son excommunication.

Mise en Ɠuvre de la RĂ©forme

Face Ă  Martin Luther, Rome a choisi l’affrontement, mĂ©connaissant l’adversaire et sa pugnacitĂ©, et sans doute aussi la situation politique allemande. Le procĂšs menant Ă  son excommunication, loin d’affermir le catholicisme, n’a fait qu’accĂ©lĂ©rer le processus de la RĂ©forme.

L’excommunication

En octobre 1518, Martin Luther est convoquĂ© Ă  Augsbourg, oĂč le cardinal Cajetan, nonce apostolique, est chargĂ© d’obtenir sa rĂ©tractation. Peine perdue. AprĂšs cet Ă©chec, le pape LĂ©on X dĂ©cide d’adopter une attitude plus conciliante : il nomme Karl von Miltitz nonce apostolique et le charge de remettre Ă  FrĂ©dĂ©ric le Sage la Rose d’or qu’il convoitait en vain depuis trois ans, espĂ©rant ainsi le convaincre de faire cesser les attaques de Luther contre la pratique des indulgences. Les 5 et 6 janvier 1519, Miltitz rencontre Luther Ă  Altenburg. Il obtient de sa part l’engagement de ne plus s’exprimer sur la question des indulgences, promettant de son cĂŽtĂ© d’imposer Ă©galement le silence Ă  ses adversaires Johann Tetzel et Albert de Brandebourg. À la suite de cette entrevue, Luther Ă©crit au pape une lettre qu’il remet Ă  Miltitz. De nouvelles rencontres ont lieu entre les deux hommes, le 9 octobre 1519 Ă  Liebenwerda puis en octobre 1520 Ă  Lichtenburg, prĂšs de Wittenberg, mais la rupture avec Rome est dĂ©jĂ  consommĂ©e. C’est qu’entre temps, Luther a aggravĂ© son cas : en juillet 1519 lors de sa controverse avec Johann Eck (Dispute de Leipzig), qui sera l’organisateur de la Contre-RĂ©forme dans l’Empire, il a mis en cause l’infaillibilitĂ© des conciles. En juin 1520, Rome publie la bulle Exsurge Domine le menaçant d’excommunication, tandis que ses livres sont brĂ»lĂ©s. Luther rĂ©agit avec la mĂȘme violence, brĂ»lant le 10 dĂ©cembre Ă  la fois la bulle papale et le droit canonique. L’excommunication, dĂ©sormais inĂ©vitable, est prononcĂ©e le 3 janvier 1521 (bulle Decet Romanum Pontificem). Reste maintenant Ă  mettre Luther au ban du Saint-Empire, ce qui ne peut se faire qu’aprĂšs accord des États de l’Empire. Devant la diĂšte de Worms convoquĂ©e en avril 1521, Luther refuse Ă  nouveau de se rĂ©tracter, rĂ©clamant d’ĂȘtre convaincu par le tĂ©moignage de l’Écriture et s’estimant soumis Ă  l’autoritĂ© de la Bible plutĂŽt qu’à celle de la hiĂ©rarchie ecclĂ©siastique. L’édit de Worms dĂ©cide alors de mettre Martin Luther et ses disciples au ban de l’Empire.

Les appuis politiques

On peut difficilement imaginer un moine mendiant, mĂȘme docteur en thĂ©ologie et soutenu par un nombre important d’humanistes et de pasteurs, luttant seul Ă  la fois contre la toute puissante Église romaine et contre Charles Quint, le plus important souverain d’Europe, et personnellement trĂšs attristĂ© par les dĂ©viations de la RĂ©forme. Certes, Charles Quint a d’autres sujets de prĂ©occupation — il doit lutter contre l’invasion turque d’une bonne partie de ses territoires Ă  l’Est. Luther est mis au ban de l’Empire — ce qui signifie que n’importe qui peut le mettre Ă  mort impunĂ©ment. Mais il dispose cependant, outre un appui populaire assez large, de divers appuis politiques, tels celui du landgrave de Hesse et surtout celui du prince-Ă©lecteur de Saxe FrĂ©dĂ©ric III le Sage (1463–1525).

AussitĂŽt sa condamnation prononcĂ©e, FrĂ©dĂ©ric l’extrait du chĂąteau d’Altenstein, oĂč il Ă©tait chez Burghard II Hund von Wenkheim, et le met Ă  l’abri dans le chĂąteau fort de Wartburg. Il y demeure jusqu’au 6 mars 1522 sous le pseudonyme de chevalier Georges. C’est ici que Luther commence sa traduction de la Bible, d’abord celle du Nouveau Testament. La tradition veut qu’il ait laissĂ© une trace de son passage : un jour que le Diable venait une fois de plus le tourmenter, l’empĂȘchant ainsi de travailler, il lança son encrier contre le DĂ©mon, ce qui occasionna une tache sur le mur
 encore visible aujourd’hui. AprĂšs moins de deux ans de clandestinitĂ©, il revient de son propre chef Ă  Wittenberg, qu’il ne quittera plus guĂšre dĂ©sormais, et oĂč il ne sera plus vraiment inquiĂ©tĂ©.

La RĂ©forme se rĂ©pand dans les principautĂ©s voisines, façonnant une sorte d’unitĂ© allemande que Charles Quint ne peut combattre, empĂȘtrĂ© qu’il est dans ses guerres contre la France.

Lors de la diĂšte de Spire (avril 1529), le souverain tente bien de reprendre les choses en main, mais il se heurte Ă  six princes et quatorze villes qui protestent d’en appeler Ă  un concile si Charles Quint veut revenir Ă  l’édit de Worms. La diĂšte d’Augsbourg de 1530, au cours de laquelle Melanchthon lit la Confession d’Augsbourg, confirme la rĂ©sistance des princes protestants, qui forment la ligue de Smalkade en 1531.

Les dĂ©tracteurs de Martin Luther lui ont souvent fait grief de ce soutien des princes, lui reprochant d’avoir mis en place une religion qui n’est pas vraiment celle du peuple. Ils lui reprochent surtout son comportement pendant la guerre des Paysans (1524–1525), rĂ©volte provoquĂ©e par la misĂšre mais liĂ©e aussi Ă  la question religieuse et Ă  des prĂ©occupations proches des siennes (plusieurs leaders du mouvement Ă©taient anabaptistes). En avril 1525, en des termes trĂšs durs, Luther se prononce pour une rĂ©pression impitoyable de la rĂ©volte — il y aura en tout plus de 100 000 morts. En effet, pour Luther, se rĂ©volter contre son souverain c’est se rĂ©volter contre Dieu lui-mĂȘme : Dieu a donnĂ© Ă  certains le « privilĂšge Â» de gouverner, mĂȘme si ceux-lĂ  se rĂ©vĂšlent injustes ou mauvais, Dieu n’a pas pu se tromper. Il s’agit d’une punition divine que d’avoir placĂ© Ă  la tĂȘte d’un peuple un souverain cruel. Et cette punition est mĂ©ritĂ©e car, encore une fois, Dieu ne peut se tromper.

DĂ©veloppement du protestantisme

Article dĂ©taillĂ© : Protestantisme.

Initiateur d’une quĂȘte thĂ©ologique personnelle, prĂ©fĂ©rant l'augustinisme Ă  la scolastique, axĂ©e sur l'Écriture et la figure majeure du Christ, et mettant l'accent sur le salut par la foi, Martin Luther se retrouve malgrĂ© lui Ă  la tĂȘte d’une nouvelle Église, qu’il lui faut organiser rapidement pour Ă©viter tout dĂ©bordement. En 1522 Ă  Wittenberg, pendant que lui-mĂȘme Ă©tait retenu au chĂąteau de la Wartburg, l'enthousiaste Andreas Bodenstein von Karlstadt avait profondĂ©ment Ă©radiquĂ© de la messe toutes les allusions sacrificielles, pratiquĂ© la communion sous les deux espĂšces et incitĂ© Ă  mĂ©priser les dĂ©votions populaires et les images. Luther n'en demandait pas tant : selon lui, il importait d'Ă©viter de heurter les faibles, seule la parole persuasive Ă©tait de mise.

Bien que spontanĂ©ment conservateur, et ne voulant pas qu'on se rĂ©clame du nom de luthĂ©rien mais de celui de chrĂ©tien, Luther est condamnĂ© Ă  faire Ă©voluer la nouvelle Église, dans un sens qui l’éloignera de plus en plus des traditions romaines. Il faut aussi la doter d’outils pĂ©dagogiques[17], ce qui sera fait en 1529 avec Le Petit CatĂ©chisme, Ă  l’usage du peuple, et le Grand CatĂ©chisme, destinĂ© aux pasteurs. Entre temps, de nombreux changements avaient dĂ©jĂ  eu lieu : suppression de la plupart des sacrements — seuls sont conservĂ©s le baptĂȘme et l’eucharistie â€”, suppression des vƓux monastiques et du cĂ©libat des prĂȘtres, Ă©lection des pasteurs par des communautĂ©s locales, messe en allemand (1526) etc.

Bien que dĂ©sapprouvant les moines qui s'Ă©taient hĂątĂ©s de quitter son propre couvent de Wittenberg, Luther, au terme d'une rĂ©flexion critique sur les vƓux monastiques, se marie lui-mĂȘme en 1525 avec une ancienne religieuse, Catherine de Bora dont il aura six enfants.

Luther et les préjugés de son temps

La chasse aux sorciĂšres et sorciers exista dans les rĂ©gions tant protestantes que catholiques romaines de l’Europe centrale, pendant et aprĂšs la RĂ©forme. Luther, et plus tard Jean Calvin, y apportĂšrent leur soutien. Ils se basaient sur les mots de la Bible (Exode 22:17) «tu n’accepteras pas de laisser vivre une sorciĂšre». Luther alla jusqu’à en parler dans certains de ses sermons (celui du 6 mai 1526 WA 16, 551f., et aussi WA 3, 1179f, WA 29, 520f). Dans celui du 25 aoĂ»t 1538, il dit : «vous ne devez pas avoir de pitiĂ© pour les sorciĂšres, quant Ă  moi je les brĂ»lerais» (WA 22, 782 ff.). Il estimait que la sorcellerie Ă©tait un pĂ©chĂ© allant Ă  l’encontre du deuxiĂšme commandement.

Au cours des Guerres austro-turques (1521–1543), Luther instrumentalisa la menace de l'impĂ©rialisme ottoman pour servir ses visĂ©es politico-religieuses. Il fallait, selon lui, vaincre d'abord les « Turcs de l'intĂ©rieur Â», c'est-Ă -dire les papistes, pour ĂȘtre en mesure de repousser le Grand Turc d’Istamboul, ces deux flĂ©aux n'Ă©tant que deux incarnations diffĂ©rentes de l’AntĂ©christ. Toutefois, avec le SiĂšge de Vienne (1529), le danger commençait Ă  peser sur l’Europe centrale, et son attitude se mit Ă  Ă©voluer. Dans un nouveau pamphlet : Vom Kriege wider die TĂŒrken, il affirme que le pape n'a jusque-lĂ  fait qu'utiliser la menace ottomane comme prĂ©texte pour faire de l'argent et vendre des indulgences. Luther expliquait l'Ă©chec des rĂ©sistances Ă  l'expansion ottomane par la doctrine augustinienne des deux royaumes : il n'appartient pas Ă  l'Église de faire la guerre ou de la diriger : allusion Ă  peine voilĂ©e Ă  l’évĂȘque hongrois PĂĄl Tomori, qui, en tant que gĂ©nĂ©ral, Ă©tait responsable de la dĂ©faite de MohĂ cs ; la rĂ©sistance contre les Turcs est l’affaire des seules autoritĂ©s temporelles, auxquelles chacun doit se soumettre, mais qui n'ont aucune prĂ©rogative en matiĂšre de foi. Cette argumentation anĂ©antissait toute possibilitĂ© d'appeler Ă  une croisade. Luther ne justifiait la guerre contre les Turcs que dans la mesure oĂč il s'agissait d'une guerre dĂ©fensive et appelait Ă  des tractations rĂ©ciproques.

Luther marqua plus nettement cette distinction rigide entre l'ordre spirituel et l'ordre temporel dans son « Appel Ă  la mobilisation contre les Turcs Â» (Heerpredigt wider die TĂŒrken), publiĂ© Ă  l'automne 1529, oĂč il dĂ©nonce les Ennemis du Christ (Feinde Christi), agite les signes eschatologiques du Jugement Dernier et fait un devoir aux ChrĂ©tiens de « frapper sans crainte Â» („getrost dreinzuschlagen“). Par ce ton nouveau, il entendait ĂŽter tout fondement aux reproches qu'on lui avait faits de servir la cause des hĂ©rĂ©tiques en divisant la ChrĂ©tientĂ©[18].

C'est ainsi qu'Ă  l'encontre de son prĂ©cepte : « BrĂ»ler les hĂ©rĂ©tiques est contre la volontĂ© du Saint Esprit Â» (Ketzer verbrennen ist wider den Willen des Heiligen Geistes, 1519), il approuva la rĂ©pression de l’anabaptisme. En 1535, princes catholiques et protestants de RhĂ©nanie se liguaient pour Ă©craser la thĂ©ocratie de MĂŒnster. Luther publiera encore d'autres pamphlets : « Des Juifs et de leurs mensonges Â» (Von den Juden und ihren LĂŒgen, 1543), « Contre la papautĂ© de Rome, inspirĂ©e du Diable Â» (Wider das Papsttum zu Rom, vom Teufel gestiftet, 1545).

C'est ainsi qu’aprĂšs avoir prĂȘchĂ© ouvertement une attitude humaine et tolĂ©rante envers les Juifs, il se laissera aller vers la fin de son existence Ă  des considĂ©rations judĂ©ophobes.

Enfin Martin Luther est conscient de s'ĂȘtre trop volontiers et trop souvent abandonnĂ©, dans ses Ă©crits polĂ©miques, Ă  un talent innĂ© de pamphlĂ©taire dont les insultes, truculentes, n'Ă©taient pas absentes.

Les derniÚres années

Maison de Luther Ă  Wittenberg

Luther a vĂ©cu toutes ses derniĂšres annĂ©es Ă  Wittenberg. Il a Ă©tĂ© affectĂ© par la gravelle, et a connu plusieurs pĂ©riodes de dĂ©pression et d’angoisse (1527, 1528, 1537, 1538), dues au dĂ©cĂšs de sa fille Madeleine ou aux querelles entre protestants. ConsidĂ©rĂ© par certains comme un vieillard acariĂątre, il n’avait rien perdu de sa pugnacitĂ©. Son adversaire principal restait le pape, pour lequel il n’avait pas de termes assez durs. Mais il s’en est Ă©galement pris aux Juifs, coupables apparemment de ne pas s’ĂȘtre convertis Ă  la nouvelle religion, et dont il souhaitait voir les synagogues brĂ»ler, les maisons dĂ©truites et l'argent confisquĂ©. L’antisĂ©mitisme de Luther lui a Ă©tĂ© longtemps reprochĂ©, d’autant que les nazis n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  le revendiquer pour justifier leurs crimes. Martin Luther s'est Ă©teint aprĂšs avoir confirmĂ© sa foi, alors qu’il Ă©tait Ă  Eisleben, sa ville natale, afin de rĂ©gler un diffĂ©rend entre les comtes de Mansfeld.

Sa théologie

La thĂ©ologie de Luther peut s’énoncer en quatre points :

L'homme est perdu dans son péché

(Ro, 3:23 ; car tous ont pĂ©chĂ© et sont privĂ©s de la gloire de Dieu) Ni la chair, ni l’esprit de l’homme ne sont libres de la corruption du pĂ©chĂ© originel. Il est pĂ©cheur et a besoin de la misĂ©ricorde dans sa vie, ainsi que d'une progression qui sera le fruit de sa nouvelle vie. Le pĂ©chĂ© majeur est selon Luther l’égoĂŻsme, qui Ă©loigne de Dieu et des autres. Surtout au dĂ©but de sa vie, Luther pensait que sa gĂ©nĂ©ration Ă©tait mĂ»re pour le Jugement dernier.

Homme de la Renaissance, il condamne la fuite du monde au profit d’une vie terrestre

Il condamne la vie monastique. Avec Dein Ruf ist dein Beruf (ta vocation est ton mĂ©tier) il suggĂšre que la vocation de tout un chacun n’est pas d'y chercher Dieu mais de s’incarner dans le monde. La pratique des rĂšgles de foi dans les conditions les plus diverses.

La traduction de l'exhortation de Martin Luther est dĂ©licate : en allemand, der Ruf signifie « appel Â» (du verbe rufen, appeler) ; Beruf est Ă  la fois « mĂ©tier Â» et « vocation Â». Le jeu de mots signifierait alors « Tu es appelĂ© Ă  vivre une profession Â».

« LibĂšre-moi selon ta justice Â» (Psaume 31)

Dieu accueille l’homme pĂ©cheur qui s’abandonne Ă  lui. Le seul lien possible entre Dieu et les hommes est la Foi. Les actes ne peuvent donc rien Ă  eux seuls : il ne sert Ă  rien d’ĂȘtre charitable, gĂ©nĂ©reux, pieux
 si l’on n’a pas la Foi. Il faut d’abord s’abandonner Ă  Dieu pour ressentir la Foi ; les actes viendront ensuite d’eux-mĂȘmes, ainsi que le Salut. À noter que la thĂ©ologie luthĂ©rienne est trĂšs thĂ©ocentrĂ©e (se concentre sur le PĂšre) alors que le catholicisme de l’époque est principalement dirigĂ© vers le Christ intercesseur. Le Christ est le Sauveur.

L’autoritĂ© de l'Évangile

L’homme n’a qu’un seul guide infaillible pour trouver le bon chemin, c’est la Parole de Dieu, l’Écriture qui le mĂšne au Christ. Dieu, le seul ĂȘtre entiĂšrement libre donne Ă  chaque homme la possibilitĂ© d’accepter ou de refuser la Parole et la Foi. La religion est une affaire personnelle et non dictĂ©e par le pouvoir en place. On a ici une pensĂ©e charniĂšre entre le pessimisme du Moyen Âge et le « libre arbitre-isme Â» des humanistes. Il est rendu capable par la puissance de l’Évangile d’abandonner ses pĂ©chĂ©s pour se trouver en nouveautĂ© de vie, libre en Christ.

Croyances

Sommeil des Ăąmes

Luther traduisit quelques passages de la Bible conformément à son opinion sur le sommeil des ùmes[19].

Luther et la musique

Admirateur de la musique sous toutes les formes et compositeur de chants religieux, il introduit dans l'Église Ă©vangĂ©lique les cantiques Ă  une ou deux voix, en langue vulgaire, chantĂ©s par l'assemblĂ©e des fidĂšles. Sous le nom de chorals, ces cantiques deviennent le centre de la liturgie protestante, et leur influence sur le dĂ©veloppement de la musique allemande se fait sentir durant de longues annĂ©es, si l'on pense Ă  la place essentielle qu'ils occupent dans l'Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien Bach. Le plus connu de ses hymnes, Ein' feste Burg (« C'est un rempart que notre Dieu Â»), reste populaire parmi les luthĂ©riens et d'autres protestants aujourd'hui[20].

Principaux ouvrages

Annexes

Bibliographie

  • Jean Delumeau, Naissance et affirmation de la RĂ©forme, PUF, coll. Â« Nouvelle Clio Â».
  • Lucien Febvre, Martin Luther, un destin, PUF, 2008, coll. Â« Quadrige Â». [1re Ă©dition : 1928].
  • Marc Lienhard, Martin Luther: un temps, une vie, un message, GenĂšve, Labor et Fides (coll. Â« Histoire et sociĂ©tĂ© Â»), 1991.
  • Jean-Marie Mayeur, Charles Pietri, Luce Pietri, AndrĂ© Vauchez, Marc Venard (dir.), Histoire du christianisme, t. 7 : De la rĂ©forme Ă  la RĂ©formation (1450-1530), DesclĂ©e, 1994.
  • AimĂ© Richardt Lutherde Flore & Martin Luther Â», Vol.I de la trilogie Le TroisiĂšme RĂšgne,http://stores.lulu.com/saint_hilaire, Joliette (QuĂ©bec), 2010.
  • Annick SibuĂ©, Luther et la rĂ©forme protestante, Eyrolles, 2011, coll. Â« Eyrolles Pratique Â».
  • Jean-Marie ThiĂ©baud, Blason de Luther, IntermĂ©diaire des chercheurs et curieux, Paris, juillet-aoĂ»t 20120, p. 687.

Notes et références

  1. ↑ J. Delumeau et T. Wanegffelen, Naissance et affirmation de la RĂ©forme, PUF, Nouvelle Clio, 2008 (rĂ©Ă©d.).
  2. ↑ Plass, Ewald M. "Monasticism," in Luther Says: An Anthology. St. Louis: Concordia Publishing House, 1959, 2:964.
  3. ↑ Challenges to Authority: The Renaissance in Europe: A Cultural Enquiry, Volume 3, par Peter Elmer, page 25
  4. ↑ "Martin Luther: Biography." AllSands.com. 26 juillet 2008 http://www.allsands.com/potluck3/martinlutherbi_ugr_gn.htm>.
  5. ↑ "What ELCA Lutherns Believe." Evangelical Lutheran Church in America. 26 Juillet 2008 <http://archive.elca.org/communication/brief.html>.
  6. ↑ "His 'protest for reformation' coined the term Protestant, so he was called the father of Protestantism." (Saraswati, Prakashanand. The True History and the Religion of India : A Concise Encyclopedia of Authentic Hinduism. New York: Motilal Banarsidass (Pvt. Ltd), 2001.)
  7. ↑ Hillerbrand, Hans J. "Martin Luther: Significance," Encyclopaedia Britannica, 2007.
  8. ↑ Ewald M. Plass, What Luther Says, 3 vols., (St. Louis: CPH, 1959), 88, no. 269 ; M. Reu, Luther and the Scriptures, Columbus, Ohio: Wartburg Press, 1944), 23.
  9. ↑ Die Predigtdatenbank
  10. ↑ Luther, Martin. Concerning the Ministry (1523), tr. Conrad Bergendoff, in Bergendoff, Conrad (ed.) Luther's Works. Philadelphia: Fortress Press, 1958, 40:18 ff.
  11. ↑ Tyndale's New Testament, New Haven, CT: Yale University Press, 1989, ix–x.
  12. ↑ Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, chapitre 1 « Les antĂ©cĂ©dents Â», p. 22, Folio Histoire, 1991.
  13. ↑ McKim, Donald K. (ed.) The Cambridge Companion to Martin Luther. New York: Cambridge University Press, 2003, 58; Berenbaum, Michael. "Anti-Semitism," Encyclopaedia Britannica, accessed January 2, 2007./Luther, Martin. On the Jews and Their Lies, tr. Martin H. Bertram, in Sherman, Franklin. (ed.) Luther's Works. Philadelphia: Fortress Press, 1971, 47:268–72.
  14. ↑ Hendrix, Scott H. "The Controversial Luther", Word & World 3/4 (1983), Luther Seminary, St. Paul, MN, p. 393: « And, finally, after the Holocaust and the use of his anti-Jewish statements by National Socialists, Luther's anti-semitic outbursts are now unmentionable, though they were already repulsive in the sixteenth century. As a result, Luther has become as controversial in the twentieth century as he was in the sixteenth Â». Voir aussi Hillerbrand, Hans. "The legacy of Martin Luther", in Hillerbrand, Hans & McKim, Donald K. (eds.) The Cambridge Companion to Luther. Cambridge University Press, 2003.
  15. ↑ Jean-Pierre Sternberger - Colloque "Juifs et protestants en France aujourd'hui", 02/05/2004
  16. ↑ Michel PĂ©ronnet, Le XVe siĂšcle, Hachette U, 1981, p 136
  17. ↑ Annick SibuĂ©, Martin Luther et sa rĂ©forme de l'enseignement, origines et motivations, Edilivre, 2010
  18. ↑ D'aprĂšs Das Kreuz und der Halbmond. Die Geschichte der TĂŒrkenkriege, DĂŒsseldorf et ZĂŒrich, Artemis & Winkler, 2004, p. 249–252 
  19. ↑ Ignaz von Döllinger La RĂ©forme, son dĂ©veloppement intĂ©rieur et les rĂ©sultats qu'elle a produits dans le sein de la sociĂ©tĂ© . 1848 p147 "..Luther conçut la singuliĂšre idĂ©e que les Ăąmes des hommes, aprĂšs leur mort et jusqu'au jour du jugement, demeurent dans un Ă©tat oĂč elles n'ont aucune conscience d'elles-mĂȘmes, et qui serait analogue au sommeil"
  20. ↑ Cf. Hubert Guicharrousse, Les Musiques de Luther, prĂ©face de Marc Lienhard, GenĂšve, Labor et Fides, collection Histoire et SociĂ©tĂ© no 31, 1995, 324 p.

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