Martin De Tours

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Martin De Tours

Martin de Tours

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Martin de Tours, aussi nommĂ© Martin le MisĂ©ricordieux (nĂ© Ă  Sabaria (ou Savaria) de Pannonie, aujourd'hui Szombathely dans l’actuelle Hongrie, en 316 ou en 317 † Ă  Candes en 397) est un des principaux saints de la chrĂ©tientĂ©. Saint Martin est le patron de quatre lieux : Tours, Mayence, Utrecht et Lucques. Sa vie nous est essentiellement connue par la Vie de Martin de Sulpice-SĂ©vĂšre.

Saint-Martin est fĂȘtĂ© le 11 novembre (funĂ©railles en 397) et le 4 juillet (consĂ©cration Ă©piscopale en 371), fĂȘte dite saint Martin le bouillant.

Sommaire

Biographie

Jeunesse

Représentation traditionnelle la plus fréquente de saint Martin, coupant son manteau pour le partager avec un pauvre. Détail de la façade du Duomo di san Martino de Lucques, Italie

Martin est nĂ©[1] en l’an 316 dans la province romaine de Pannonie dans la citĂ© de Sabaria[2], l’actuelle ville de Szombathely en Hongrie. C'est l’époque du dĂ©veloppement de la ChrĂ©tientĂ© et l’enfant a Ă©tĂ© vraisemblablement en contact avec des chrĂ©tiens.

Son pĂšre, dont la famille est originaire de Pavie en Italie du nord, Ă©tait tribun militaire de l'Empire romain[3], c'est-Ă -dire un officier supĂ©rieur chargĂ© de l’administration de l’armĂ©e, et ce n’est probablement pas un hasard si le nom de Martin signifie « vouĂ© Ă  Mars Â», Mars Ă©tant le dieu de la guerre Ă  Rome.

Quoi qu’il en soit, vers l’ñge de 10 ans, l’enfant veut se convertir au christianisme et il se sent attirĂ© par le service du Christ[4].

Vie dans l’armĂ©e

En tant que fils de magistrat militaire, Martin suit son pĂšre au grĂ© des affectations de garnison ; il est pour ainsi dire hĂ©rĂ©ditairement liĂ© Ă  la carriĂšre de son pĂšre, vouĂ© au culte de l'empereur considĂ©rĂ© traditionnellement comme un dieu vivant. Ce pĂšre est irritĂ© de voir son fils tournĂ© vers une foi nouvelle : alors que l'Ăąge lĂ©gal de l’enrĂŽlement est de 17 ans, il force son fils de 15 ans Ă  entrer dans l’armĂ©e[5]. Il est probable que Martin ne s’est laissĂ© convaincre que pour ne pas nuire Ă  la position sociale de ses parents tant sa vocation chrĂ©tienne est puissante.

Saint Martin renonce Ă  sa vie militaire et de chevalier, par le peintre italien Simone Martini

Il n’en reste pas moins vrai que ce n’est pas en simple soldat que Martin entre dans l’armĂ©e romaine : en tant que fils de vĂ©tĂ©ran, il a le grade de circitor[rĂ©f. nĂ©cessaire] avec une double solde ; le rĂŽle du circitor est celui de mener la ronde de nuit et d’inspecter les postes de garde et la surveillance de nuit de la garnison. Il possĂšde alors un esclave, mais selon ses hagiographes, il le traite comme son propre frĂšre.

AffectĂ© en Gaule, peut-ĂȘtre pour sa connaissance du gaulois[6], c’est lors d’une de ces rondes de nuit[rĂ©f. nĂ©cessaire] qu’un soir d’hiver 338 Ă  Amiens[7] il partage son manteau avec un dĂ©shĂ©ritĂ© transi de froid car il n’a dĂ©jĂ  plus de solde aprĂšs avoir gĂ©nĂ©reusement distribuĂ© son argent[8]. Il tranche son manteau ou tout du moins la doublure de sa pelisse et la nuit suivante le Christ lui apparaĂźt en songe vĂȘtu de ce mĂȘme pan de manteau[9]. Il a alors 18 ans[10]. Le reste de son manteau, appelĂ© "cape" sera placĂ© plus tard, Ă  la vĂ©nĂ©ration des fidĂšles, dans une piĂšce dont le nom est Ă  l'origine du mot : chapelle[11] (cappella en italien, chapel en anglais, Kapelle en allemand).

C’est aussi le temps oĂč les grandes invasions germaniques se prĂ©parent ; les Barbares sont aux portes de l’empire ; depuis longtemps dĂ©jĂ  les milices auxiliaires des lĂ©gions sont composĂ©es de mercenaires d’origine germanique. En mars 354, Martin participe Ă  la campagne sur le Rhin contre les Alamans (ou allemands) Ă  Civitas Vangionum en RhĂ©nanie[12] ; ses convictions religieuses lui interdisent de verser le sang et il refuse de se battre[13]. Pour prouver qu’il n’est pas un lĂąche et qu’il croit Ă  la providence et Ă  la protection divine, il propose de servir de bouclier humain. Il est enchaĂźnĂ© et exposĂ© Ă  l’ennemi mais, pour une raison inexpliquĂ©e, les Barbares demandent la paix[14].

Selon Sulpice SĂ©vĂšre, Martin sert encore deux annĂ©es dans l'armĂ©e[15] puis il se fait baptiser Ă  PĂąques toujours en garnison Ă  Amiens[rĂ©f. nĂ©cessaire] ; cette Ă©poque est un temps de transition, la fin d’un rĂšgne et le dĂ©but d’un autre rĂšgne oĂč tous, mĂȘme les soldats, sont pĂ©nĂ©trĂ©s par les idĂ©es nouvelles.

Vie érémitique

En 356, ayant pu quitter l’armĂ©e il se rend Ă  Poitiers pour rejoindre Hilaire[16], Ă©vĂȘque de la ville depuis 350. Hilaire a le mĂȘme Ăąge que lui et appartient comme lui Ă  l’aristocratie, mais il a embrassĂ© la foi chrĂ©tienne tardivement, et est moins tournĂ© vers la mortification et plus intellectuel ; l’homme lui a plu cependant et il a donc dĂ©cidĂ© de se joindre Ă  lui.

Son statut d’ancien homme de guerre empĂȘche Martin de devenir prĂȘtre : aussi refuse-t-il la fonction de diacre que lui propose l’évĂȘque. Il devient donc simplement exorciste [17].

La ChrĂ©tientĂ© est alors dĂ©chirĂ©e par des courants de pensĂ©e qui se combattent violemment et physiquement ; les ariens sont les disciples d’un prĂȘtre, Arius qui nie que le Christ soit Dieu fils de Dieu au contraire des trinitaires de l’église officielle ; Ă  cette Ă©poque les ariens sont trĂšs influents auprĂšs d’un pouvoir politique qui se cherche une foi nouvelle dans un empire dĂ©cadent qui sent sa fin proche. Alors que Hilaire, un trinitaire, victime de ses ennemis politiques et religieux tombe en disgrĂące et est exilĂ©, Martin est averti « en songe Â» qu’il doit rejoindre ses parents en Illyrie afin de les convertir[18]. Il rĂ©ussit Ă  convertir sa mĂšre mais son pĂšre reste Ă©tranger Ă  sa foi[19] ; cette position peut du reste n’ĂȘtre que tactique, le pĂšre essayant de dĂ©fendre son statut social privilĂ©giĂ©. En Illyrie c’est la foi arienne qui est la foi dominante et Martin qui est un fervent reprĂ©sentant de la foi trinitaire doit sans doute avoir de violentes disputes avec les ariens car il est publiquement fouettĂ© puis expulsĂ©. Il s’enfuit et se rĂ©fugie Ă  Milan mais lĂ  aussi les ariens dominent et Martin est Ă  nouveau chassĂ©[20]. Il se retire en compagnie d'un prĂȘtre dans l’üle dĂ©serte de Gallinara non loin du port d'Albenga et se nourrit de racines et d’herbes sauvages[21]. Martin s’empoisonne avec de l’hellĂ©bore et il s’en faut de peu qu’il ne meure[22].

En 360, avec les canons du concile de NicĂ©e, les trinitaires regagnent dĂ©finitivement leur influence politique et Hilaire retrouve son Ă©vĂȘchĂ©. Martin en est informĂ© et revient lui-mĂȘme Ă  Poitiers[23].
Alors ĂągĂ© de 44 ans, il s’installe sur un domaine gallo-romain qu'Hilaire lui indique prĂšs de Poitiers. Martin y crĂ©e un petit ermitage[24], que la tradition situe Ă  8 km de la ville : l’abbaye de LigugĂ© oĂč il est rejoint par des disciples. Il crĂ©e ici la premiĂšre communautĂ© de moines sise en Gaule. Ce premier monastĂšre est le lieu de l’activitĂ© d’évangĂ©lisation de saint Martin pendant dix ans. Il accomplit ses premiers miracles et se fait ainsi reconnaĂźtre par le petit peuple comme le saint homme qu’il a toujours dĂ©sirĂ© ĂȘtre.

ÉvĂȘque de Tours

En 370 Ă  Tours, l’évĂȘque Lidoire en place vient de mourir ; les habitants veulent choisir Martin mais celui-ci s’est choisi une autre voie et n’aspire pas Ă  l'Ă©piscopat. Les habitants l’enlĂšvent donc et le proclament Ă©vĂȘque le 4 juillet 371 sans son consentement[25] ; Martin se soumet en pensant qu’il s’agit lĂ  sans aucun doute de la volontĂ© divine[rĂ©f. nĂ©cessaire] (Un cas identique de contrainte face Ă  un non-consentement se reproduira en 435 pour Eucher de Lyon).

Reliquaire de la fin du 14 Ăšme siĂšcle; rĂ©putĂ© abriter la tĂȘte de St Martin, argent et cuivre, originellement exposĂ© dans l'Ă©glise de Soudeilles, aujourd'hui conservĂ© au Louvre

Les autres Ă©vĂȘques ne l’aiment guĂšre car il a un aspect pitoyable dĂ» aux mortifications et aux privations excessives qu’il s’inflige, il porte des vĂȘtements rustiques et grossiers[26].

DĂ©sormais, mĂȘme s'il est Ă©vĂȘque, il ne modifie en rien son train de vie[27]. Il crĂ©e un nouvel ermitage Ă  3 km au nord-est des murs de la ville : c’est l’origine de Marmoutier[28] avec pour rĂšgle la pauvretĂ©, la mortification et la priĂšre. Les moines doivent se vĂȘtir d’étoffes grossiĂšres sur le modĂšle de saint Jean-Baptiste qui Ă©tait habillĂ© de poil de chameau. Ils copient des manuscrits, pĂȘchent dans la Loire ; leur vie est trĂšs proche de ce que l’on peut lire dans les Évangiles sur la vie des premiers apĂŽtres, jusqu’aux grottes qui abritent dans les coteaux de la Loire des habitations troglodytes oĂč s'isolent des moines ermites.

Le monastĂšre est construit en bois ; Martin vit dans une cabane de bois dans laquelle il repousse les « apparitions diaboliques et converse avec les anges et les saints Â» : c’est une vie faite d’un courage viril et militaire que Martin impose Ă  sa communautĂ©.

Tout ce monde voyage Ă  travers les campagnes Ă  pied, Ă  dos d’ñne et par la Loire ; car Martin est toujours escortĂ© de ses moines et disciples, sans doute en grande partie pour des raisons de sĂ©curitĂ© car il ne manque pas de voyager trĂšs loin de Tours. Ailleurs l’autoritĂ© de l’évĂȘque est limitĂ©e Ă  l’enceinte de la citĂ©, avec Martin elle sort des murs et pĂ©nĂštre profondĂ©ment Ă  l’intĂ©rieur des terres. Martin semble avoir largement sillonnĂ© le territoire de la Gaule ; lĂ  oĂč il n’a pas pu aller, il a envoyĂ© ses moines.

À cette Ă©poque les campagnes sont paĂŻennes, il les parcourt donc faisant dĂ©truire temples et idoles. Il fait par exemple abattre un pin sacrĂ©[29].

Il prĂȘche avec efficacitĂ© les paysans, forçant le respect par l’exemple et le refus de la violence. Il prĂȘche par la parole et par sa force, il sait parler aux petits et il utilise Ă  merveille la psychologie par sa connaissance des rĂ©alitĂ©s quotidiennes et l'utilisation de paraboles simples que le petit peuple comprend, tel que le Christ le faisait : ainsi il dit d’une brebis tondue qu’elle accomplit le prĂ©cepte de l’évangile basĂ© sur le partage[rĂ©f. nĂ©cessaire].
Il remplace les sanctuaires paĂŻens par des Ă©glises et des ermitages et comprenant fort bien l’homme de la campagne et ses besoins, il se donne les moyens de le convertir alors que la foi chrĂ©tienne est encore essentiellement urbaine.

Marmoutier sert de centre de formation pour l’évangĂ©lisation et la colonisation spirituelle des campagnes ; c’est pour l’essentiel la premiĂšre base de propagation du christianisme en Gaule.

Martin de Tours est prĂ©sent Ă  TrĂšves lorsque les Ă©vĂȘques d’Espagne Hydace et Ithace demandent Ă  l'empereur Maxime la condamnation de Priscillien. Celui-ci est condamnĂ© (pour motifs civils) au chef de magie. Rejoint par Ambroise de Milan (dĂ©lĂ©guĂ© par le jeune empereur Valentinien II), Martin demande la grĂące pour Priscillien. Bien qu’Ambroise, menacĂ© de mort par l’empereur, ne le soutienne pas, Martin obtient que les disciples de Prisicillien ne soient pas poursuivis. Le pape Sirice s’élevera contre les procĂ©dĂ©s de Maxime[30].

Par la suite, Martin de Tours refusa toujours de participer aux assemblĂ©es Ă©piscopales, ce qui, avec ses efforts pour sauver de la mort Priscillien, le fit suspecter d’hĂ©rĂ©sie. L’empereur ThĂ©odose Ier dĂ©clara nulles les dĂ©cisions de Maxime dans cette affaire ; Ithace sera dĂ©posĂ© quelques annĂ©es plus tard, et Hydace dĂ©missionnera de lui-mĂȘme de sa charge.

Marmoutier comptait 80 frĂšres vivant en communautĂ©, issus pour la plupart de l’aristocratie ce qui permettait Ă  Martin de jouir d’une grande influence et de se faire recevoir par les empereurs eux-mĂȘmes. Il existe dĂ©sormais une complicitĂ© entre les empereurs et les Ă©vĂȘques, entre le pouvoir de la nouvelle foi et le pouvoir politique. Mais cela n'empĂȘche pas Martin, Ă  la table de l'empereur, de servir en premier le prĂȘtre qui l'accompagne et d'expliquer que le sacerdoce est plus Ă©minent que la pourpre impĂ©riale.

Un jour, voyant des oiseaux pĂȘcheurs se disputer des poissons, il explique Ă  ses disciples que les dĂ©mons se disputent de la mĂȘme maniĂšre les Ăąmes des chrĂ©tiens. Et les oiseaux prirent ainsi le nom de l'Ă©vĂȘque ; ce sont les martins-pĂȘcheurs[rĂ©f. nĂ©cessaire].

représentation de la mort du saint, par Simone Martini

Au soir de sa vie, sa prĂ©sence est requise pour rĂ©concilier des clercs Ă  Candes sur Loire, Ă  l'ouest de Tours ; l'urgence de l'unitĂ© de l'Eglise fait que malgrĂ© sa vieillesse, il dĂ©cide de s'y rendre. Son intervention est couronnĂ©e de succĂšs, mais le lendemain, Ă©puisĂ© par cette vie de soldat du Christ, Martin meurt Ă  Candes, Ă  la fin de l’automne, le 8 novembre 397 sur un lit de cendre comme mouraient les saints hommes ; disputĂ© entre Poitevins et Tourangeaux, son corps est subtilisĂ© par ces derniers et rapidement reconduit par le fleuve jusqu'Ă  Tours oĂč il est enterrĂ© le 11 novembre.

Une lĂ©gende veut que les fleurs se soient mises Ă  Ă©clore en plein novembre, au passage de son corps sur la Loire entre Candes et Tours. Ce phĂ©nomĂšne Ă©tonnant donnera naissance Ă  l'expression « Ă©tĂ© de la Saint-Martin[31] Â». Son successeur est Brice, un de ses disciples.

Postérité

Bien que les miracles de Martin de Tours fussent dĂ©jĂ  connus de son vivant par delĂ  les frontiĂšres de son diocĂšse, qu'il ait prĂȘchĂ© l'Ă©vangile dans les campagnes et que Sulpice SĂ©vĂšre en fasse l'Ă©gal des apĂŽtres, il ne semble pas qu'il ait organisĂ© son action.

En Gaule

Représentation d'éléments de la vie du saint

L'importance historique de Martin de Tours tient surtout au fait qu'il a crĂ©Ă© les premiers monastĂšres en Gaule et qu'il a formĂ© des clercs par la voie monastique. D'abord admirĂ© par ses amis qui l'ont pris pour modĂšle (Sulpice-SĂ©vĂšre, Paulin de Nole), son culte a Ă©tĂ© instaurĂ© par ses successeurs au trĂŽne Ă©piscopal de Tours, qui surent faire de leur basilique un sanctuaire. La place prise par le culte de Martin dans la liturgie et la littĂ©rature pieuse est surtout due Ă  l'action de Perpetuus († vers 490), avec un Indiculus des miracles qu'il a fait versifier par Paulin de PĂ©rigueux, et de GrĂ©goire de Tours († 594), qui de mĂȘme dressa une liste des miracles qu'il fit mettre en vers par Venance Fortunat[32]. Ainsi, dĂšs le Ve siĂšcle, Tours Ă©tait le premier lieu de pĂ©lerinage des Gaules ; le choix de Martin de Tours comme seigneur tutĂ©laire des MĂ©rovingiens est fait sous Clovis. Tours reste par la suite un foyer spirituel important. À l'Ă©poque carolingienne, Alcuin, conseiller de Charlemagne, fut nommĂ© abbĂ© de Saint-Martin de Tours et de Cormery. Ces abbayes furent des foyers importants de la renaissance carolingienne aux alentours de l'an 800. La cathĂ©drale de Mayence, au cƓur de la Germanie franque, est Ă©galement dĂ©diĂ©e Ă  saint Martin.

La cape de saint Martin de Tours est aussi Ă  l'origine du mot « Capet Â», nom de la dynastie des Rois de France : Francs CapĂ©tiens[33].

Ainsi, du royaume d'Austrasie jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, saint Martin reste le symbole de l'unité franque (resp. française).

Aujourd’hui plus de 236 communes portent son nom en France et plus de 4 000 Ă©glises sont placĂ©es sous son vocable ; son nom de baptĂȘme est devenu le nom de famille le plus frĂ©quent de France.

Une communautĂ© de prĂȘtres et de diacres sĂ©culiers, la communautĂ© Saint-Martin, fondĂ©e en 1976 et prĂ©sente principalement en France, s'est placĂ©e sous son patronage.

La FĂȘte de la Saint-Martin en Flandre

On fĂȘte sur le territoire de la Flandre historique (principalement dans le Westhoek, la vallĂ©e de la Dendre et Ă  Beveren), la Saint-Martin le soir du 10 novembre (ainsi que le soir du 11 novembre avant la Seconde Guerre mondiale).

Selon la lĂ©gende, en effet, saint Martin portant la bonne parole sur les cĂŽtes flamandes, aurait perdu son Ăąne parti brouter ailleurs, alors qu'il tentait d'Ă©vangĂ©liser les pĂȘcheurs d'un petit village, futur Dunkerque. À la nuit tombĂ©e, les enfants du pays se mettant Ă  sa recherche, avec force lanternes, l'ont retrouvĂ© dans les dunes, en train de manger des chardons et des oyats.

Pour les remercier, saint Martin a transformé toutes les petites crottes de l'ùne en brioches à la forme particuliÚre, que l'on appelle folard (Voolaeren, en flamand occidental), ou craquandoules.

Les enfants chantent en Flandre française, cette chanson, le soir de la Saint-Martin :

« Saint Martin
Boit du vin
Dans la rue des Capucins
Il a bu la goutte
Il a pas payé
On l'a mis Ă  la porte avec un
Coup d'balai Â»

en dĂ©filant dans la rue, avec une lanterne en forme de tĂȘte, creusĂ©e dans une betterave Ă  sucre. AprĂšs le dĂ©filĂ©, on leur donne un folard et une orange, et le concours de la plus belle lanterne est organisĂ©.

Cette façon de fĂȘter la Saint-Martin montre bien qu'on a cherchĂ© Ă  christianiser des usages anciens liĂ©s Ă  la fĂȘte paĂŻenne de Samain qui survit sous le nom d'Halloween aux États-Unis. À la diffĂ©rence d'Halloween qui est une fĂȘte de la nuit et de la mort, la Saint-Martin est la fĂȘte de la vie et de la lumiĂšre. Samhain reprĂ©sente le renouveau et donc les 2 aspects Ă  la fois. De plus,selon le calendrier de Coligny , cette pĂ©riode Ă©tait celle du nouvel an chez les Gaulois.
Une tradition similaire existe aussi en Alsace et en Allemagne dans le Pays de Bade ainsi qu'aux Pays-Bas.
Bien que d'inspiration chrĂ©tienne, la Saint-Martin est en Flandre une fĂȘte profane qui, comme NoĂ«l, est fĂȘtĂ©e dans les Ă©coles laĂŻques.

La FĂȘte de la Saint-Martin en Suisse

La fĂȘte de la Saint-Martin en Suisse est une fĂȘte gastronomique cĂ©lĂ©brĂ©e en Ajoie dans le canton du Jura.

Article dĂ©taillĂ© : Saint-Martin (fĂȘte suisse).


La FĂȘte de la Saint-Martin en Allemagne

Carte postale ancienne représentant une satue de StMartin et une foule portant des lampions
Carte postale de 1913. Meilleurs voeux de la Saint-Martin Ă  Erfurt (Allemagne).

Cette date tombe Ă  la fin des rĂ©coltes et autrefois les gens se rendaient avec de torches sur une place, oĂč ils faisaient un grand festin Ă©clairĂ©s par un grand feu. En Allemagne la Saint-Martin, symbole de partage, est toujours cĂ©lĂ©brĂ©e par des retraites au flambeau dans les rues, les lampions Ă©tant gĂ©nĂ©ralement portĂ©s ou mĂȘme confectionnĂ©s par les enfants. On organise aussi des feux de joie. C'est une fĂȘte de la lumiĂšre. Certains enfants vont de maison en maison demander des bonbons aux voisins dans leur quartier, en Ă©change d'une chanson. Les villes sont parfois dĂ©corĂ©es de lampions le soir et des foires commerciales coĂŻncident avec l'Ă©vĂšnement[34].

Le plat traditionnel est une oie rĂŽtie, volailles qui sont grasses Ă  point dĂ©but novembre et qui rappellent la lĂ©gende selon laquelle elles auraient dĂ©noncĂ© le saint homme qui s'Ă©tait cachĂ© au milieu d'elles, ne voulant pas ĂȘtre fait Ă©vĂšque de Tours. On prĂ©pare aussi certaines sucreries, comme les WeckmĂ€nner, appelĂ©s aussi Stutenkerle, ou les Martinsbrezeln[34].

Voir aussi

Articles connexes

Galerie d'illustrations

Le DĂŽme saint Martin de Lucques

La vie de saint Martin est reprĂ©sentĂ©e par quatre bas-reliefs au-dessus des portes d'entrĂ©e du DĂŽme saint Martin de Lucques ; en lĂ©gende, les inscriptions latines figurant sous chaque bas relief.

Liens internes

Liens externes

Page web sur le site de l'Institut Européen des itinéraires culturels

Site du Centre Culturel Européen Saint-Martin de Tours

Sources

Notes et références

  1. ↑ Les dates de Martin nous sont connues par l’Histoire des Francs de GrĂ©goire de Tours : « Constantin devint le trente-quatriĂšme empereur des Romains et rĂ©gna heureusement pendant trente ans. La onziĂšme annĂ©e de son rĂšgne, ... le bienheureux Ă©vĂȘque saint Martin naquit Ă  Szombatel... Â» (Romanorum tricesimus quartus imperium obtinuit Constantinus, annis triginta regnans feliciter. Huius imperii anno undecimo, ... beatissimus praesul Martinus apud Sabariam Pannoniae civitatem) (livre I, chap. 36) ; « La seconde annĂ©e du rĂšgne d'Arcadius et d’Honorius, saint Martin, Ă©vĂȘque de Tours, rempli de vertus et de saintetĂ©, aprĂšs avoir comblĂ© de bienfaits les infirmes et les pauvres, sortit de ce monde pour aller heureusement vers JĂ©sus-Christ, dans le bourg de Candes de son diocĂšse, dans la quatre-vingt-uniĂšme annĂ©e de son Ăąge, la vingt-sixiĂšme de son Ă©piscopat. Â» (Arcadi vero et Honori secundo imperii anno sanctus Martinus Turonorum episcopus, plenus virtutibus et sanctitate, praebens infirmis multa beneficia, octuaginsimo et primo aetatis suae anno, episcopatum autem vicissimo sexto, apud Condatinsem diocisis suae vicum excedens a saeculo, filiciter migravit ad Christum.) (livre I, chap. 42).
  2. ↑ « Itaque Martinus Sabaria Pannoniarum oppido oriundus fuit... Â» (Sulpice-SĂ©vĂšre, Vita Beati Martini, chap. II, l. 161B)
  3. ↑ « Pater ejus miles primum, post tribunus militum fuit... Â» (ibid.)
  4. ↑ « Nam cum esset annorum decem, invitis parentibus ad ecclesiam confugit, seque catechumenum fieri postulavit... Â» (Vita Beati Martini, chap. II, l. 161C)
  5. ↑ Sulpice-SĂ©vĂšre prĂ©cise que son pĂšre l'a emmenĂ© ligotĂ© : « Prodente patre, ..., cum esset annorum quindecim, captus et catenatus sacramentis militaribus implicatus est. Â» (Sulpice-SĂ©vĂšre, Vita Beati Martini, chap. II, fol. 161C)
  6. ↑ Martin a grandi en Pannonie, province peuplĂ©e non seulement d’Illyriens (qui parlent une langue apparentĂ©e Ă  l'albanais moderne), mais aussi de Celtes tout comme en Italie du nord et en Gaule. Il est donc possible que Martin ait pu parler et comprendre la langue des Celtes et donc celle des Gaulois, ce qui expliquerait pourquoi sa vie fut tout entiĂšre liĂ©e Ă  la Gaule.
  7. ↑ « Quodam itaque tempore... media hieme obvium habet in porta Ambianensium civitatis pauperem nudum... Â» (Vita Beati Martini, chap. III, fol. 162A)
  8. ↑ « Nihil prĂŠter chlamydem, qua indutus erat, habebat : jam enim reliqua in opus simile consumpserat. Â» (ibid.)
  9. ↑ « Nocte igitur insecuta, cum se sopori dedisset, vidit Christum chlamydis suĂŠ, qua pauperem texerat, parte vestitum. Â» (Vita Beati Martini, chap. III, fol. 162B)
  10. ↑ « Quo viso... cum esset annorum duodevigintis... Â» (fol. 162C)
  11. ↑ Cf. Guillaume Durand (Ă©vĂȘque), Le Rational des Divins Offices [« Rationale divinorum officiorum Â»], vol. II, 1459 (rĂ©impr. 1672), « X, §8 Â»  : « Dans plusieurs endroits on appelle les prĂȘtres chapelains (capellani), car de toute antiquitĂ© les rois de France, lorsqu'ils allaient en guerre, portaient avec eux la cape du bienheureux saint Martin, que l'on gardait sous une tente qui, de cette chape, fut appelĂ©e chapelle (a capa capella vocata) Â».
  12. ↑ « Interea irruentibus intra Gallias barbaris, Julianus CĂŠsar, coacto in unum exercitu apud Vangionum civitatem... Â» (Vita Beati Martini, chap. IV, fol. 162D)
  13. ↑ « Christi ego miles sum ; pugnare mihi non licet. Â» (ibid.)
  14. ↑ D'aprùs Vita Beati Martini, chap. IV.
  15. ↑ Selon une autre tradition, il aurait Ă©tĂ© versĂ© dans le corps d’élite des AlĂŠ Scolares, une unitĂ© d’élite de la garde impĂ©riale dont il fut membre pendant 20 annĂ©es[rĂ©f. nĂ©cessaire] ; cela porterait la durĂ©e totale de son service Ă  25 ans, durĂ©e lĂ©gale dans les corps auxiliaires de l’armĂ©e romaine.
  16. ↑ La date est, lĂ  encore, donnĂ©e approximativement par GrĂ©goire de Tours : « Dans la dix-neuviĂšme annĂ©e de Constance le Jeune, saint Hilaire, Ă©vĂȘque de Poitiers, fut envoyĂ© en exil Ă  l’instigation des hĂ©rĂ©tiques (...) À cette Ă©poque, notre lumiĂšre commença Ă  paraĂźtre... c'est-Ă -dire que dans ce temps Martin commença Ă  prĂȘcher dans les Gaules Â» (Histoire des Francs, livre I).
  17. ↑ Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. V.
  18. ↑ « Nec multo post, admonitus persoporem ut patriam parentesque... religiosa sollicitudine visitaret... Â» (Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. V).
  19. ↑ « Itaque... matrem gentilitatis absolvite errore, patre in malis perseverante. Â» (Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. VI, fol. 164A).
  20. ↑ « Mediolani sibi monasterium statuit. Ibi quoque eum Auxentius, auctor et princeps Arianorum... de civitate exturbavit. Â» (Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. VI, fol. 164B).
  21. ↑ « ...ad insulam Gallinariam nomine secessit, comite quodam presbytero. (...) Hic aliquamdiu radicibus vixit herbarum... Â» (Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. VI, fol. 164B).
  22. ↑ « ...quo tempore helleborum, venetatum ut fuerunt, gramen in cibum sumpsit ; sed cum vim veneni in se grassantis vicina jam morte sensisset, imminens periculum oratione repulit, statimque omnis dolor fugatus est. Â» (Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. VI, fol. 164B). L’hellĂ©bore, chez les Anciens, passait pour guĂ©rir de la folie, comme le rappelle l'adage d'Érasme helleborum sumpsit (« il bat la campagne Â»).
  23. ↑ « Nec multo post, cum sancto Hilario comperisset regis pĂŠnitentia potestatem indultam fuisse redeundi, RomĂŠ ei tentavit occurrere, profectus ad urbem est. Â» (Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. VI, fol. 164B-C).
  24. ↑ « Cum jam Hilarius prĂŠterisset (...) cumque ab eo gratissime fuisset susceptus, haud longe sibi ab oppido monasterium collocavit. Â» (Sulpice SĂ©vĂšre, Vita..., cap. VII, fol. 164C).
  25. ↑ « Sub idem fere tempus ad episcopatum TuronicĂŠ EcclesiĂŠ petebatur, sed cum erui a monasterio suo non facile posset, ... sub quadam custodia ad civitatem usque deducitur (...) Una omnium voluntas, eadem vota, eademque sententia, Martinum episcopatum esse dignissimum. Â» (Sulpice-SĂ©vĂšre, Vita..., chap. IX, fol. 165B)
  26. ↑ « ...nonnulli ex episcopis... impie repugnabant, dicentes scilicet : contemptibilem esse personam, indignum esse episcopatu, hominem vultu despicabilem, veste sordidum, crine deformem. Â» (Sulpice-SĂ©vĂšre, Vita..., chap. IX, fol. 165C)
  27. ↑ « Idem enim constantissime perseverabat qui prius fuerat. Â» (Sulpice-SĂ©vĂšre, Vita..., chap. X, fol. 166A)
  28. ↑ Marmoutier signifie « grand monastĂšre Â» (en gaulois « grand Â» se dit « mar Â»)
  29. ↑ Sulpice-SĂ©vĂšre, Vita..., chap. XIII.
  30. ↑ Cet Ă©pisode n’est connu que par les Chroniques de Sulpice-SĂ©vĂšre, livre II, chap. 46-51.
  31. ↑ La premiĂšre mention connue de cette expression se trouve dans une lettre de Mme de SĂ©vignĂ© Ă  sa fille, datĂ©e du 10 novembre 1675 : « Nous avons un petit Ă©tĂ© de Saint-Martin, froid et gaillard, que j'aime mieux que la pluie; je suis toujours dehors faite comme un loup-garou : le dessus de mon humeur dĂ©pend fort du tems ; de sorte que pour savoir comme je suis, vous n'avez qu'Ă  consulter les astres : mais votre Provence vous dira toujours des merveilles ; le beau tems ne vous est de rien ; vous y ĂȘtes trop accoutumĂ©e ; pour nous, nous voyons si peu le soleil, qu'il nous fait une joie particuliĂšre. Â»
  32. ↑ GrĂ©goire de Tours choisit d'ailleurs la mort de Martin comme terme du premier livre de son Histoire des Francs
  33. ↑ Cf. Colette Beaune, Naissance de la nation France, vol. III : Le roi la France et les Français, Gallimard, coll. « Folio histoire Â», « VIII - Les lys de France Â», p. 324 .
  34. ↑ a  et b  La FĂȘte de St. Martin

Sources primaires

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