Marius (consul romain)

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Marius (consul romain)

Caius Marius

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Caius Marius
(157 - 86 av. J.-C.)
Marii, gens plébéienne
Pseudo-« Marius Â», copie d'Ă©poque augustĂ©enne, GlyptothĂšque de Munich (Inv. 319)
Magistratures ordinaires
Questeur en Gaule transalpine (121)
Tribun de la plĂšbe (119)
Préteur (115)
Consul (107, 104, 103, 102, 101, 100 & 86)
Charges militaires
Tribun militaire - Guerre de Numance (134)
Propréteur en Lusitanie (114)
LĂ©gat - Guerre de Jugurtha (109 Ă  108)
Commandant - Guerre de Jugurtha (107 Ă  105)
Proconsul en Afrique (106 Ă  105)
Commandant - Guerre des Cimbres (104 Ă  101)
LĂ©gat - Guerre sociale (91 Ă  88)
Commandant - PremiĂšre guerre de Mithridate (88)
Titres et Honneurs
Triomphe (105 & 101)
Famille et descendance
Mariage avec Julia Caesaris (110)
Naissance de Caius Marius « le jeune » (110/108)
SĂ©rie Rome antique

Caius Marius dit le sage, nĂ© en 157 av. J.-C. Ă  Cereatae, prĂšs d’Arpinum et mort Ă  Rome en 86 av. J.-C., Ă©tait un gĂ©nĂ©ral et homme d’État romain, Ă©lu Consul Ă  sept reprises au cours de sa carriĂšre. Il est connu pour avoir drastiquement rĂ©formĂ© l'armĂ©e romaine, en permettant le recrutement de citoyens qui n'Ă©taient pas propriĂ©taires terriens et en restructurant les lĂ©gions en plusieurs cohortes. Il Ă©pousa Julia Caesaris, tante de Jules CĂ©sar.

Sommaire

L'ascension de Marius

Des origines « humbles Â»

Le jeune homme d'Arpinum

On a beaucoup insistĂ© sur les origines plĂ©bĂ©iennes de Marius, « homme inculte Â» (selon CicĂ©ron) que « personne ne connaissait[1] Â». Lui-mĂȘme aimait se vanter d’ĂȘtre nĂ© hors des cercles de l'aristocratie, gangrenĂ©e selon lui par l’arrogance, la corruption et l’hellĂ©nisme, s’inscrivant ainsi dans la tradition inaugurĂ©e par Caton l'Ancien, prĂŽnant un retour Ă  la Rome des origines, jugĂ©es plus « pures Â».

Il Ă©tait en effet nĂ© Ă  Arpinum[1],[2] en 157 av. J.-C., dans le pays Volsque, qui, mĂȘme si elle offrait la citoyennetĂ© romaine complĂšte Ă  ses habitants, restait nĂ©anmoins une petite ville de second rang, bien qu’elle soit Ă©galement la ville natale de CicĂ©ron. Il est le fils de Caius Marius et de Fulcinie, « parents obscurs et pauvres, rĂ©duits Ă  gagner leur vie du travail de leurs mains[3] Â».

La famille de Marius n’avait pas de cognomen[4] (troisiĂšme nom dont bĂ©nĂ©ficient les enfants de l'aristocratie Ă  Rome) et son Ă©ducation fut plus militaire qu'intellectuelle[1],[5]. NĂ©anmoins, c’était une famille de rang Ă©questre, et elle Ă©tait suffisamment importante pour entrer dans la clientĂšle des Caecilii Metelli[6], l'une des plus grandes familles plĂ©bĂ©iennes de Rome.

La guerre de Numance

Il put donc ainsi, Ă  presque vingt-cinq ans, se faire Ă©lire au tribunat militaire[1] et servir sous les ordres de Scipion Émilien au siĂšge de Numance[3], en 134/133 av. J.-C. On raconte que celui-ci, impressionnĂ© par le talent militaire de son jeune lĂ©gat, l'aurait, par bravade, dĂ©signĂ© Ă  l’assemblĂ©e de ses officiers (tous issus de la nobilitas, les familles ayant eu des membres au sĂ©nat) comme Ă©tant le seul digne de lui succĂ©der[3]. Nombre d’auteurs classiques, comme ValĂšre Maxime[7], attribuent Ă  cette anecdote l'origine de l'ambition sans bornes du personnage.

Des débuts difficiles

PremiĂšres magistratures

Fort de son service Ă  Numance et du patronat des Metelli, Marius parvint Ă  se faire Ă©lire questeur en 121 av. J.-C. en Gaule transalpine, au moment du coup d’état sĂ©natorial contre Caius Gracchus.

On peut penser que ces Ă©vĂ©nements inspirĂšrent Marius, qui se fit Ă©lire tribun de la plĂšbe en 119 av. J.-C. grĂące au soutien des Metelli[6] et dĂ©buta son alliance avec les populares affaiblis. Il s'illustra alors en imposant une nouvelle loi sur les procĂ©dures de vote (ou de distribution de blĂ©, selon les sources) contre l’avis du consul Aurelius Cotta, qu'il n’hĂ©sita pas Ă  menacer de prison[6]. Il acquit ainsi une rĂ©putation d'homme politique rĂ©solu et une certaine popularitĂ© auprĂšs des pauvres (qu'il s'agisse de vote ou de blĂ©, la mesure Ă©tait en leur faveur). En revanche, il effraya le SĂ©nat et la nobilitas, rendus frileux par les toutes rĂ©centes affaires gracquiennes (il se serait Ă©galement brouillĂ© avec les Metelli, mais ce fait est contestĂ©), et ils empĂȘchĂšrent son Ă©lection Ă  l'Ă©dilitĂ© l'annĂ©e suivante[8].

Préteur

Sa popularitĂ© et ses appuis dans le mouvement des populares lui permirent tout de mĂȘme d'ĂȘtre Ă©lu de justesse prĂ©teur en 115 av. J.-C., dernier des six magistrats Ă©lus[2],[8], mais il dut alors essuyer un procĂšs des optimates pour corruption Ă©lectorale[2],[8] (qui n'Ă©tait d’ailleurs pas injustifiĂ©, mais aurait pu ĂȘtre intentĂ© Ă  l'ensemble de la classe politique romaine). C'Ă©tait compter sans les rĂ©formes des frĂšres Gracchus (pas encore annulĂ©es), composant les tribunaux de chevaliers (le rang Ă©questre, le rang juste en dessous du sĂ©nat), qui se firent un plaisir d’innocenter Marius[8].

Peu Ă  l’aise au sein des intrigues de Rome, c’est finalement par le champ de bataille que Marius accĂ©da au pouvoir.

La Guerre de Jugurtha

Marius méditant sur les ruines de Carthage, par John Vanderlyn

AprĂšs avoir combattu en Lusitanie comme proprĂ©teur en 114 av. J.-C.[9], Marius parti en Afrique combattre Jugurtha aux cĂŽtĂ©s de son patron Quintus Caecilius Metellus Numidicus, le consul de 109 av. J.-C. (fait qui conteste la thĂšse de la brouille). Outre ses succĂšs militaires Ă  Muthul, Sicca et Zama, Marius s'illustra par son attitude envers ses hommes. SĂ©vĂšre mais juste, n'hĂ©sitant pas Ă  accomplir lui-mĂȘme les corvĂ©es pour donner l'exemple, il dĂ©veloppa des relations privilĂ©giĂ©es avec eux, valorisant rĂ©guliĂšrement ses origines « humbles Â»[10]. Ces soldats Ă©tant les principales sources d'informations Ă  Rome sur le dĂ©roulement de la guerre, il y acquit vite une forte popularitĂ©[10]. Les populares n'hĂ©sitĂšrent pas Ă  exploiter ce succĂšs en l'opposant systĂ©matiquement Ă  Metellus, dont ils noircissaient l'attitude.

Constatant cette popularitĂ©, Marius n'hĂ©sita pas Ă  demander congĂ©[11], d'abord refusĂ©[12], et Ă  briguer un consulat qu'il obtint, en 106 av. J.-C.[13],[14], devenant un des premiers homo novus (non membre de la nobilitas, n'ayant pas d'ancĂȘtres magistrat) de la RĂ©publique Ă©lu Ă  ce poste. S'appuyant sur ses alliĂ©s au tribunat, il se fit attribuer le proconsulat en Afrique et le commandement de la guerre de Jugurtha, en Numidie, au dĂ©triment de Metellus[14],[15],[16],[17]. Celui-ci dĂ» subir l’affront de voir son ancien client s’approprier ses troupes et remporter une guerre qu'il avait dĂ©jĂ  lui-mĂȘme presque gagnĂ©e[15] en repoussant le roi numide aux limites de la MaurĂ©tanie[16],[18] (la Numidie correspondant Ă  l'AlgĂ©rie actuelle et la MaurĂ©tanie au Maroc).

Mais Marius ne put tirer pleine gloire de cette victoire, car c'est son questeur, Lucius Cornelius Sulla, qui, aprĂšs des tractations diplomatiques, captura Jugurtha[15],[18],[19]. De lĂ  naquit une haine inaltĂ©rable entre les deux hommes. L'annĂ©e de la victoire de Marius, 105 av. J.-C., fut aussi celle de sa rĂ©Ă©lection au poste de consul, sans qu’il ait eu besoin, contre toute tradition, de se prĂ©senter Ă  Rome. Sa popularitĂ© est alors Ă  son comble.

La dĂ©faite de Jugurtha fournit deux triomphes : le premier Ă  Metellus, qui reçut le surnom de Numidicus, le second Ă  Marius. Cependant, ce fut devant le char de Marius que marcha Jugurtha chargĂ© de fers, avant d'ĂȘtre Ă©tranglĂ© au Tullianum, sur ordre du consul[15].

L'hégémonie de Marius

Les Cimbres et les Teutons

Carte des migrations et des principales batailles des Cimbres et des Teutons.

Les dĂ©faites rĂ©pĂ©tĂ©es des armĂ©es romaines au nord face aux Cimbres et aux Teutons furent l'occasion pour Marius de renouveler sa gloire et de consolider son pouvoir. Les deux peuples avaient en effet remportĂ©, au nord des PyrĂ©nĂ©es, une sĂ©rie de victoires contre l’armĂ©e romaine, favorisĂ©es par les rivalitĂ©s entre les factions patriciennes, dont la dĂ©faite Ă  la bataille d'Arausio (Orange) en 105 av. J.-C. Ces dĂ©faites avaient affolĂ© la population romaine, en rĂ©veillant le spectre de l’invasion de Rome par les Gaulois au IVe siĂšcle av. J.-C.[20],[21]

C’était l’occasion pour Marius d'affirmer dĂ©finitivement sa supĂ©rioritĂ© sur la nobilitas. Avec l’aide des populares, qui formaient dĂ©sormais Ă  Rome un vĂ©ritable parti « marianiste Â», il obtint le commandement contre les deux peuples[21]. Ses succĂšs durant la guerre des Cimbres et sa popularitĂ© lui permirent de le prolonger en se faisant rĂ©Ă©lire (toujours in absentia) consul en 104, 103, 102 et 101 av. J.-C.[21] (crĂ©ant ainsi un prĂ©cĂ©dent, ce type de rĂ©Ă©lection en chaĂźne violant toutes traditions institutionnelles).

AprĂšs avoir attendu les Cimbres (victoire sur le "gĂ©ant" Theutobocus) et les Teutons dans la rĂ©gion d'Arles oĂč il fit creuser, pour des raisons logistiques, un large fossĂ© appelĂ© Fosses Mariennes Ă  l'embouchure du RhĂŽne, il vainquit d'abord les Teutons aux environs d'Aix Ă  PourriĂšres, en 102 av. J.-C. dans une embuscade sanglante[21],[22], puis Ă©crasa les Cimbres en Gaule cisalpine Ă  la bataille de Vercellae, prĂšs de Verceil en 101 av. J.-C. alors qu'ils tentaient de traverser les Alpes[21],[22].

La défaite des Cimbres - par Alexandre-Gabriel Decamps - Musée du Louvre

Triomphant pour la deuxiĂšme fois[21], il avait atteint un niveau de gloire encore inĂ©galĂ© et Ă©tait perçu comme un nouveau Romulus. Sa domination sur la vie politique romaine Ă©tait devenu incontestable, domination qu’il mettait rĂ©guliĂšrement en scĂšne par diffĂ©rentes manifestations : se rendre au sĂ©nat en costume triomphal ou se faire accompagner d’une prĂȘtresse syrienne symbolisant ses liens privilĂ©giĂ©s avec les Dieux.

La réforme de l'armée

Ces victoires, Marius les doit surtout à la réforme de l'armée qu'il entama pendant l'année 106 av. J.-C. et acheva en 104-103 av. J.-C. avant de partir faire la guerre aux barbares.

L'armement, autrefois, diversifiĂ©, fut uniformisĂ©, et son acquisition fut facilitĂ©e par une hausse de la solde. Il renforça les effectifs, qui, pour chaque lĂ©gion, passĂšrent de 4 000 Ă  6 000 hommes. La formation en manipule est remplacĂ©e par la cohorte. Attentif au fait que les trains des Ă©quipages constituaient une tentation pour l'ennemi, intĂ©ressĂ© Ă  s'en emparer, Marius dĂ©cida de le supprimer, chaque lĂ©gionnaire devant transporter Ă  dos son propre matĂ©riel. Enfin, et surtout, il supprima le rĂŽle du cens dans le recrutement des soldats. Avec la hausse du niveau de vie, le service dans l’armĂ©e, source importante de profit en ces temps de conquĂȘte, Ă©tait devenu quasiment inaccessible pour les classes infĂ©rieures de la sociĂ©tĂ© romaine. Il avait mĂȘme fallu, au cours du siĂšcle, abaisser plusieurs fois le cens. En le supprimant, Marius ouvrit l’armĂ©e Ă  une foule de volontaires, dĂ©sireux d'acquĂ©rir gloire et fortune sur le champ de bataille.

Cette prolĂ©tarisation de l'armĂ©e, mĂȘme si elle ne constituait pas en soi une innovation (la seconde guerre punique avait mĂȘme nĂ©cessitĂ© l’emploi d’esclaves) signifiait, en Ă©tant cette fois systĂ©matisĂ©e sur le long terme, un changement total d'esprit. Comme le montra l'historien Raymond Bloch, d'une armĂ©e de riches, nous passons Ă  une armĂ©e de pauvres, d’un nivellement par le haut Ă  un nivellement par le bas. L'armĂ©e devient une armĂ©e de mĂ©tier, entiĂšrement dĂ©vouĂ©e au chef qui lui apportera la victoire, capable de le suivre jusque dans l’illĂ©galitĂ©. On comprend dĂšs lors mieux pourquoi les auteurs classiques ont autant dĂ©criĂ© les rĂ©formes de Marius, mĂȘme s'il s’agit en fait de la conclusion d’une Ă©volution entamĂ©e prĂšs d’un siĂšcle plus tĂŽt.

Une situation qui dégénÚre

Réélu pour l'année 101 av. J.-C., Marius devient le premier consul à avoir été élu autant de fois de façon consécutive (le seul autre Romain à avoir été six fois consul est Titus Quinctius Capitolinus Barbatus, qui avait vu 32 ans s'écouler entre son premier et son dernier consulat). Il pouvait sans difficulté imposer ses décisions au Sénat et faire voter des lois agraires en faveur de ses vétérans. Les difficultés vinrent en fait de ses alliés, les populares, en particulier le tribun de la plÚbe Lucius Appuleius Saturninus et le magistrat Caius Servilius Glaucia, qui pendant que leur chef combattait au nord, firent régner la terreur à Rome en faisant, notamment, assassiner tous ceux qui tentÚrent de se présenter contre eux au tribunat et au consulat.

Le SĂ©nat excĂ©dĂ©, dĂ©cida, en dernier recours, de faire appel Ă  Marius pour ramener l'ordre, par le biais d’un senatus consulte ultimum qui imposait au consul de rĂ©primer les fauteurs de trouble. Marius, inquiĂ©tĂ© par une situation qui lui Ă©chappait, abandonna ses anciens amis et se rangea du cĂŽtĂ© du SĂ©nat. Saturninus, Glaucia et tous leurs partisans furent exĂ©cutĂ©s. Bien qu'il conservĂąt des partisans, le meurtre de ses propres alliĂ©s laissa Marius trĂšs isolĂ©. AprĂšs ces dĂ©sordres Ă  Rome, le premier rang Ă©choit Ă  un patricien ruinĂ©, Sylla, qui entre bientĂŽt en lutte avec Marius.

Les difficultés de la fin de carriÚre

Guerre sociale et guerre contre Mithridate

AprĂšs s’ĂȘtre fait oubliĂ© par une ambassade en Orient en 98 av. J.-C. et un retrait prolongĂ© dans sa villa de MisĂšne, Marius crut voir dans la guerre sociale (la rĂ©volte des italiens, rĂ©clamant le mĂȘme niveau de citoyennetĂ© que les Romains) un moyen de redorer son image.

Il mobilisa ses clients contre les alliĂ©s et remporta mĂȘme quelques succĂšs contre les Marses. L'ennui Ă©tait que Marius avait construit une part de sa popularitĂ© en soutenant justement la diffusion de la citoyennetĂ© Ă  l’ensemble de l'Italie, et que, bien qu'il fĂ»t originaire d'une ville avec citoyennetĂ©, il n'Ă©tait pas lui-mĂȘme romain. Encore une fois, il occupait une position contradictoire, prouvant son manque d’aisance avec les intrigues politiques.

Il rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  rĂ©activer l'alliance populares, et obtint du tribun de la plĂšbe Sulpicius Rufus, en 88 av. J.-C., le commandement de la guerre contre le roi du Pont (de Sinope Ă  TrĂ©bizonde, cĂŽte nord de la Turquie actuelle) Mithridate VI. Il espĂ©rait ainsi une action d'Ă©clat qui lui aurait permis de reprendre les rĂȘnes du pouvoir. Cependant il lĂ©sait ainsi le consul Lucius Cornelius Sulla, auquel le commandement devait ĂȘtre dĂ©volu.

Sylla contre-attaque

Issu d'une grande famille patricienne dĂ©chue, Sylla espĂ©rait beaucoup de la PremiĂšre guerre contre Mithridate, qui lui aurait permis de revaloriser son nom et de s'installer durablement au pouvoir. Il s'Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ© sous les ordres de Marius en Numidie, mais surtout pendant la guerre sociale, oĂč ses exploits, tant comme chef de guerre que comme nĂ©gociateur, lui permirent d'obtenir le consulat en 88 av. J.-C. NĂ©anmoins, il se heurta, comme nous l’avons vu, aux vellĂ©itĂ©s de Marius, et leurs partisans s'affrontaient violemment dans les rues de Rome. Si le soutien sans faille des Caecilii Metelli (qui n'ont pas pardonnĂ© Ă  Marius sa trahison en Numidie) fit espĂ©rer un instant la victoire Ă  Sylla, qui se vit confier le commandement de la guerre en tant que consul, c’est finalement le vieux Marius, par un plĂ©biscite (trĂšs encadré ) de derniĂšre minute organisĂ© par le tribun Rufus, qui obtint gain de cause.

Sylla, qui avait dĂ©jĂ  recrutĂ© son armĂ©e, fit semblant d’accepter. Mais c'Ă©tait pour mieux rejoindre ses troupes basĂ©es en Campanie, qui attendaient elles aussi beaucoup de la guerre, et marcher avec elles sur Rome. L'acte Ă©tait d’une illĂ©galitĂ© sans prĂ©cĂ©dent (depuis Remus, aucun Romain n’avait osĂ© franchir en armes les limites tracĂ©es par Romulus), bien que l'objectif de Sylla fĂ»t justement de rĂ©tablir la lĂ©galitĂ©. AprĂšs avoir Ă©liminĂ© la majoritĂ© des forces populares, il fit voter (par des sĂ©nateurs terrorisĂ©s) un senatus consulte mettant tous ses adversaires hors-la-loi. Si Rufus fut dĂ©capitĂ©, Marius parvint Ă  fuir avec une poignĂ©e de partisans sur l’üle d'Ischia (dans la mer TyrrhĂ©nienne, au large de l'actuelle Naples), puis en Afrique, au terme de rocambolesques aventures (trĂšs romancĂ©es par Plutarque). Pendant ce temps, Sylla, satisfait, partait avec ses hommes en direction du Pont-Euxin.

Le retour de Marius

Profitant du dĂ©part de Sylla, les populares survivants tentĂšrent de reprendre le pouvoir. Le consul Lucius Cornelius Cinna, pourtant installĂ© par Sylla auquel il jura fidĂ©litĂ© jusqu'Ă  ce qu’il partĂźt, proposa dĂšs 87 av. J.-C. de rappeler Marius. Cependant Gnaeus Octavius, l'autre consul, et le sĂ©nat traumatisĂ©s refusĂšrent net et le destituĂšrent.

Il se rĂ©fugia alors en Campanie oĂč il leva une nouvelle armĂ©e. La population, encore Ă©chaudĂ©e par la guerre sociale, se laissa facilement recruter, et Cinna alla jusqu'Ă  engager des esclaves. Il fut rejoint par Marius, Ă  la tĂȘte d'une cavalerie maure recrutĂ©e en Afrique. Les deux hommes marchĂšrent sur Rome. L'affrontement fut particuliĂšrement sanglant.

Si Sylla s'Ă©tait efforcĂ© de donner un cadre lĂ©gal Ă  sa purge, ce qui limita en partie les morts et les destructions, Marius et Cinna se comportĂšrent intĂ©gralement en envahisseurs Ă©liminant leurs adversaires par de nombreuses proscriptions. La ville fut livrĂ©e aux populations italiennes ivres de revanche qui se chargĂšrent de faire payer aux Romains les vicissitudes de la guerre sociale. On raconte que Marius se fit livrer la tĂȘte d'Octavius et qu'il s’amusa Ă  l'insulter de la façon la plus ignoble possible. La violence fut telle que Marius et Cinna furent forcĂ©s d'engager un commando de Gaulois pour Ă©liminer certaines de leurs troupes devenues trop virulentes. NĂ©anmoins, Marius Ă©tait revenu au pouvoir. Il s'autoproclama consul avec Cinna, en 86 av. J.-C., rĂ©alisant les oracles qui autrefois, en Numidie, lui avaient prĂ©dit sept consulats. Il mourut la mĂȘme annĂ©e le 17 janvier 86 av. J.-C., pour les uns, par suicide, pour d'autres d'un excĂšs de vin. Cinna et ses partisans conservent le pouvoir pendant quatre ans, jusqu'au retour de Sylla.

Marius laisse un fils adoptif Caius Marius « le jeune », qui partage sa fortune, et qui, aprĂšs sa mort, se fait Ă©lire consul en l’an 82 avec Gnaeus Papirius Carbo. Il renouvelle la guerre contre Sylla ; mais ayant Ă©tĂ© battu prĂšs de PrĂ©neste, il se suicide par dĂ©sespoir.

Marius et la crise de la RĂ©publique Romaine

Il est difficile de situer clairement le dĂ©but de la crise qui frappa la RĂ©publique romaine et gĂ©nĂ©ra la majoritĂ© des enjeux qui dĂ©clenchĂšrent son expansion. Certains le situent dĂšs la fin de la seconde Guerre punique, lorsque, pour la premiĂšre fois, un gĂ©nĂ©ral charismatique (Scipion l'Africain) concentra entre ses mains, de façon non institutionnelle, la majoritĂ© des honneurs et des pouvoirs. D'autres la placent au moment des turpitudes gracquiennes, lorsque des hommes politiques ambitieux (les frĂšres Gracques) commencĂšrent Ă  utiliser les classes infĂ©rieures de la population (ou plutĂŽt les moins supĂ©rieures
) pour forcer les cercles trĂšs fermĂ©s du pouvoir. Enfin, on peut Ă©galement placer le dĂ©but de la crise au dĂ©but du Ier siĂšcle av. J.-C., lorsque Marius utilisa le peuple pour concentrer entre ses mains la majoritĂ© des honneurs et des pouvoirs. En Ă©tant le premier Ă  ĂȘtre Ă  la foi un imperator (un grand et puissant gĂ©nĂ©ral) et un populares (un politicien prĂȘt Ă  satisfaire les exigences des moins riches), Marius marque effectivement une nouvelle Ă©tape dans la crise de Rome, en crĂ©ant une figure originale qui sera utilisĂ©e ensuite par des hommes comme PompĂ©e, CĂ©sar et finalement Auguste, qui en fera la base de son principat. On comprend mieux dĂšs lors pourquoi les auteurs classiques comme Plutarque ou Salluste ont autant insistĂ© sur l'aspect rĂ©volutionnaire du personnage, l'accusant d’ĂȘtre Ă  l'origine de la chute de la RĂ©publique. NĂ©anmoins, comme tout grand personnage historique, il est difficile de dire si Marius innove ou s’il se contente de synthĂ©tiser des tendances dĂ©jĂ  existantes.

Marius semble a priori avoir Ă©branlĂ© un certain nombre de cadres dans la vie politique romaine, allant jusqu'Ă  prendre de force la citĂ©. Pourtant, on constate que les initiatives politiques viennent rarement de lui, exceptĂ© peut-ĂȘtre au dĂ©but de sa carriĂšre. Il semble en effet avoir Ă©tĂ© davantage le jouet des ambitions populares, qui utilisĂšrent sa gloire pour servir leur cause. Mais Marius ne semble pas avoir clairement eu d’orientation politique prĂ©cise, comme le montra son attitude en 101 av. J.-C. Il reste avant tout un chef militaire, trĂšs efficace au demeurant, dont les principales Ɠuvres restent la capture de Jugurtha, la rĂ©forme de l'armĂ©e et la victoire contre les Cimbres et les Teutons. Bien qu’il prĂ©side au dĂ©nouement de la majoritĂ© d’entre elles, il ne provoque de lui-mĂȘme aucune guerre. Par ses capacitĂ©s inimitables de guerrier, et son action souvent expĂ©ditive, il rĂ©veille et concentre des dynamiques qu'il est souvent loin de maĂźtriser, et n’en crĂ©e aucune. On peut donc davantage parler d'un dĂ©tonateur que d’un perturbateur. La situation politique dans laquelle il arriva Ă©tait dĂ©jĂ  d’elle-mĂȘme particuliĂšrement viciĂ©e, et c’est son action qui donna lieu Ă  l’éclatement brutal des tensions. Cela peut se rĂ©sumer Ă  la formule de CicĂ©ron « Un homme inculte, mais vraiment un homme ! Â».

Consulats

Sources

Bibliographie

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  • David, Jean-Michel, La RĂ©publique romaine, Coll. Point, Seuil, Paris, 2000
  • Lucien Jerphagnon, Histoire de la Rome Antique, Tallandier, Saint-Amand-Montront, 2002
  • Van Ooteghem J., Caius Marius, impression de l’acadĂ©mie royale de Belgique, Bruxelles, 1963

Notes

Références

  • Portail de la Rome antique Portail de la Rome antique

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