Marie Madeleine

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Marie Madeleine

Marie de Magdala

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Marie-Madeleine pénitente par Antonio Canova.

Marie de Magdala (aussi appel√©e Marie la Magdal√©enne, Marie-Madeleine ou Madeleine) est, dans le Nouveau Testament, une disciple de J√©sus de Nazareth. Elle est identifi√©e par l'Eglise catholique romaine √† Marie de B√©thanie, tandis que l'√Čglise orthodoxe et les diverses ramifications du protestantisme les distinguent. Certains courants n√©o-gnostiques contemporains voient en elle l'√©pouse du Christ.

Sommaire

Marie-Madeleine dans la tradition

village de Magdala vers 1900

Selon le Nouveau Testament

Marie-Madeleine serait n√©e en l'an 3 de notre √®re et aurait √©t√© la fille de l'archipr√™tre Syrus le Ya√Įrite, pr√™tre de David. Son p√®re officiait dans la synagogue de Capharna√ľm. Eucharie, sa m√®re, aurait appartenu √† la lign√©e royale d'Isra√ęl mais non davidique.

Originaire de la ville de Magdala (de l'h√©breu migdal, ¬ę tour ¬Ľ) sur la rive occidentale du lac de Tib√©riade, Marie de Magdala √©tait une femme qui, selon le Nouveau Testament a √©t√© d√©livr√©e de sept d√©mons par J√©sus (√Čvangile de Luc, VIII, 2). Elle devint une de ses disciples ‚ÄĒ peut-√™tre la disciple femme la plus importante du Christ ‚ÄĒ et l'a suivi jusqu'√† sa mort (√Čvangile de Marc, XV, 40-41). Elle est √©galement la femme la plus pr√©sente du Nouveau Testament. Elle fut le premier t√©moin de la R√©surrection de J√©sus (√Čvangile de Marc, XVI, 1s ; √Čvangile de Matthieu, XXVIII, 9), mais elle ne le reconna√ģt pas tout de suite et essaie de le toucher, ce qui lui vaudra la phrase Noli me tangere (¬ę Ne me touche pas ¬Ľ).

Fresque repr√©sentant diff√©rentes sc√®nes de la vie de Marie-Madeleine, √† l'√Čglise de la Madeleine de Mont-de-Marsan.

Selon la tradition catholique

La tradition catholique (Gr√©goire le Grand Homiliae in Evangelium 2, 33) l'assimile parfois √† la p√©cheresse cit√©e dans l‚Äô√Čvangile de Luc (VII, 36-50) et l'a int√©gr√©e dans la l√©gende m√©di√©vale des Saintes Maries en l'identifiant √©galement avec Marie de B√©thanie, sŇďur de Lazare et de Marthe. La tradition proven√ßale, qui reprend cette identification, raconte qu'apr√®s avoir accost√© aux Saintes-Maries-de-la-Mer et avoir √©vang√©lis√© la r√©gion, Marie de Magdala aurait v√©cu toute la fin de sa vie en pri√®re dans la grotte aujourd'hui sanctuaire de Sainte-Baume (Massif de la Sainte-Baume). Son tombeau √† Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (France), gard√© par les Dominicains[1], est consid√©r√© comme le 3e tombeau de la chr√©tient√©.

Gr√©goire de Tours, quant √† lui, place en 590 le tombeau de Marie de Magdala √† √Čph√®se, en Asie Mineure : ¬ę Dans cette ville repose Marie-Madeleine, n'ayant au-dessus d'elle aucune toiture ¬Ľ (In Gloria Martyrium, ch. 29, P.L., t. 71, c. 731). La d√©pouille de Marie-Madeleine reposait probablement dans l'atrium pr√©c√©dant un sanctuaire, tradition typiquement √©ph√©sienne.

Consid√©r√©e comme sainte par l'√Čglise catholique, elle est c√©l√©br√©e le 22 juillet.

Selon le gnosticisme

Un texte apocryphe du codex de Berlin, √©crit en copte entre le IIIe si√®cle et le Ve si√®cle, porte son nom : l‚Äô√Čvangile de Marie. Il s'agit d'un texte gnostique comprenant un dialogue entre le Christ et Marie de Magdala, celle-ci le restituant aux ap√ītres, suivi de dialogues entre Marie et eux.

Représentations picturales

Dans l'art sacré, Marie-Madeleine est très souvent représentée dénudée, avec les cheveux longs et dénoués, comme les prostituées de Palestine.

Théories diverses

Marie de Magdala et Jean

Au Moyen √āge, la L√©gende dor√©e de Jacques de Voragine √©voque l'hypoth√®se selon laquelle Marie de Magdala aurait √©t√© l'√©pouse de saint Jean l'√Čvang√©liste[2].

D'aucuns vont plus loin et avancent que Jean et elle auraient constitu√© une seule et m√™me personne : Marie de Magdala serait d√©sign√©e dans les textes sous l'identiti√© de l'¬ę ap√ītre Jean ¬Ľ ‚Äď lequel est souvent vu comme l'ap√ītre pr√©f√©r√© du Christ et d√©sign√© par des expressions telles que ¬ęle disciple que J√©sus aimait¬Ľ.

A ce titre, pour Ramon Jusino, Marie de Magdala est l'auteur de l'√Čvangile selon Jean. Parall√®lement, les ¬ę chercheurs en histoire alternative ¬Ľ Lynn Picknett et Clive Prince voient une figure f√©minine dans l'ap√ītre traditionnellement identifi√© comme √©tant Jean dans La C√®ne de L√©onard de Vinci.

L'épouse du Christ

La figure de Marie de Magdala occupe une place centrale dans les ouvrages f√©ministes n√©o-gnostiques. Leurs auteurs tentent de r√©√©crire l‚Äôhistoire des d√©buts de l‚Äô√Čglise en se fondant sur certains √©crits gnostiques qui datent, au plus t√īt, du IIIe si√®cle de l'√®re chr√©tienne. Un certain nombre de textes apocryphes, notamment l‚Äô√Čvangile de Marie d√©j√† cit√©, ainsi que l'√Čvangile de Thomas et l‚Äô√Čvangile de Philippe, sont utilis√©s pour accr√©diter la th√®se du mariage de Marie de Magdala et de J√©sus de Nazareth, ainsi que l‚Äôimportance primordiale accord√©e aux femmes.

Cette th√©matique a trouv√© une f√©condit√© dans le conspirationnisme contemporain. Marie-Madeleine aurait eu des enfants avec J√©sus, mais l'√Čglise catholique aurait √©touff√© ces faits par la force et la terreur et fait de Marie une prostitu√©e pour condamner le d√©sir charnel. C'est sous cet angle que la vie et le r√īle de Marie de Magdala ont √©t√© r√©cemment exploit√©s dans des livres destin√©s au grand public comme La R√©v√©lation des Templiers de Picknett et Prince, sans valeur scientifique reconnue dans les milieux universitaires.

Toute cette dimension sera reprise par le romancier Dan Brown pour son thriller √©sot√©rique Da Vinci Code[3]. Il y fait de Marie-Madeleine le symbole de la f√©minit√© sacr√©e, en pr√©tendant qu'elle √©tait elle-m√™me le Saint Graal :

¬ę Le Graal est litt√©ralement l‚Äôancien symbole de la f√©minit√© et le Saint Graal repr√©sente le f√©minin sacr√© et la d√©esse, qui bien s√Ľr a disparu de nos jours, car l‚Äô√Čglise l‚Äôa √©limin√©e. Autrefois, le pouvoir des femmes et leur capacit√© √† donner la vie √©tait quelque chose de sacr√©, mais cela constituait une menace pour la mont√©e de l‚Äô√Čglise majoritairement masculine. Par cons√©quent, le f√©minin sacr√© fut diabolis√© et consid√©r√© comme h√©r√©sie. Ce n‚Äôest pas Dieu mais l‚Äôhomme qui cr√©a le concept de ¬ę p√©ch√© originel ¬Ľ, selon lequel √ąve go√Ľta la pomme et fut √† l‚Äôorigine de la chute de la race humaine. La femme qui fut sacr√©e, celle qui donnait la vie, fut transform√©e en ennemi. ¬Ľ[4]

En dehors de la perspective mystique f√©ministe √©voqu√©e ci-dessus, l'id√©e de d√©peindre Marie de Magdala sous les trains d'une √©pouse a √©t√© exploit√©e dans la litt√©rature d√®s le milieu du XXe si√®cle. Dans son roman de 1951 La Derni√®re tentation du Christ[5], qui montre un J√©sus succombant √† la tentation d'une vie simple, l'√©crivain grec N√≠kos Kazantz√°kis fait intervenir le th√®me de l'union amoureuse entre les deux personnages.

Le problème ontologique posé par la question du mariage spirituel de Marie de Magdala et de Jésus

Elisabeth Moltmann soutient dans son ouvrage Dieu homme et femme que Marie de Magdala et J√©sus √©taient √©poux "en esprit". Cette th√©orie est int√©ressante dans le sens o√Ļ elle pose la question d'une √©galit√© fondamentale, c'est-√†-dire ontologique, entre l'homme et la femme que Dieu a cr√©√©s √† son image comme le dit le texte de la Gen√®se. Si une telle th√©orie s'av√©rait comme correspondant √† la r√©alit√© historique et th√©ologique de l' Incarnation du Christ, cela supposerait que Marie de Magdala soit l'√©quivalent f√©minin de l'Incarnation humaine de Dieu dans le monde car pour √™tre l'√©pouse spirituelle du Christ, il faut √™tre de m√™me condition ontologique que celui-ci.

Bibliographie

Histoire et analyses

  • Joseph Escudier, L'√©vang√©lisation primitive de la Provence - St-Lazare, Maximin, Marthe, Marie-Madeleine, les saintes Maries Jacob√© et Salom√© en ce pays, √©d. Maison sainte Jeanne-d'Arc, Toulon, 1929
  • Elisabeth et Jurgen Moltmann, Dieu homme et femme, √©d. Cerf, 1984
  • Jean Pirot, Trois amies de J√©sus de Nazareth, √©d. Cerf, 1986
  • Jean-Yves Leloup, L'√©vangile de Marie: Myriam de Magdala, √©d. Albin Michel, 1997
  • √Člisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la litt√©rature du Moyen √āge, √©d. Beauchesne, 1997
  • Marianne Alphant, Guy Lafon, Daniel Arasse, L'apparition √† Marie-Madeleine, √©d. Descl√©e De Brouwer, 2001
  • R√©gis Burnet, Marie-Madeleine (Ier‚ÄČ‚ÄĎ‚ÄČXXIe si√®cle) : De la p√©cheresse repentie √† l'√©pouse de J√©sus : histoire de la r√©ception d'une figure biblique, √©d. du Cerf, 2004

Littérature

  • Jacqueline Kelen, Un amour infini. Marie-Madeleine prostitu√©e sacr√©e, √©d. Albin Michel, coll. ¬ę Espaces Libres ¬Ľ n¬į 28, 1992
  • Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Marie-Madeleine ou le triomphe de la Gr√Ęce, √©d. J√©rome Millon, coll. ¬ę Atopia ¬Ľ n¬į 27, 2001
  • Jean-Yves Leloup, Tout est pur pour celui qui est pur. J√©sus, Madeleine et l'Incarnation., √©d. Albin Michel, 2005
  • Yves Bridonneau, Le tombeau de Marie-Madeleine √† St-Maximin, √©d. √Čdisud, 2002
  • Margaret Starbird, Marie-Madeleine et le Saint Graal : la controverse qui entoure Marie-Madeleine et sa relation avec J√©sus, √©d. Exclusif, 2006
  • Dan Burstein et Arne J. de Keijzer, Les secrets de Marie-Madeleine : La femme la plus fascinante de l'histoire, √©d. ViaMedias, 2006
  • Christian Doumergue, Le Myst√®re Marie-Madeleine, √©d. Th√©l√®s, 2006
  • Kathleen McGowan, Marie Madeleine, le livre de l'√©lue, √©d. XO, 2007
  • Dan Brown, Da Vinci Code , √©d. Doubleday, 2003

Ouvrages de foi

  • Henri Lacordaire o.p., Sainte Marie-Madeleine, 1860; r√©√©d. pr√©fac√©e par Bernard Montagnes o.p. et postfac√©e par Jean-Pierre Olivier o.p., √©d. Cerf, 2005
  • Mgr Victor Saxer, La ¬ę Vie de Ste Marie-Madeleine ¬Ľ attribu√©e au pseudo-Raban Maur, Ňďuvre claravallienne du XIIe si√®cle, M√©langes St-Bernard, Dijon, 1953
  • Mgr Victor Saxer, Le culte de Marie-Madeleine en Occident, √©d. Cahiers d'arch√©ologie et d'histoire, Auxerre, Paris, 1959
  • Jacqueline Dauxois, Marie-Madeleine, √©d. Pygmalion/G√©rard Watelet, coll. ¬ę Chemins d'Eternit√© ¬Ľ, 1998
  • P√®re Philippe Devoucoux du Buysson, Dialogues avec Marie-Madeleine sur la montagne de la Sainte Baume, √©d. Th√©osis :
    • tome 1 : Ma rencontre avec J√©sus, 2005
    • tome 2 : Marie-Madeleine proph√®te, 2007

Galerie photos

Voir aussi

Articles connexes

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Notes et références

  1. ‚ÜĎ Sainte-Baume, sanctuaire des Dominicains
  2. ‚ÜĎ lire la page 465 de l'√©dition Garnier-Flammarion de cet ouvrage
  3. ‚ÜĎ port√© √† l'√©cran par Ron Howard en 2006.
  4. ‚ÜĎ Dan Brown, Da Vinci Code, p. 238
  5. ‚ÜĎ port√© √† l'√©cran par Martin Scorsese en 1988.
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