Marco Polo

ÔĽŅ
Marco Polo
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Marco Polo (homonymie).
Marco Polo
Portrait imaginatif, estampe (?) d'apr√®s une peinture du XVIe si√®cle (?) provenant de la Galerie de Mgr Badia √† Rome
Portrait imaginatif, estampe (?) d'apr√®s une peinture du XVIe si√®cle (?) provenant de la Galerie de Mgr Badia √† Rome

Naissance 15 septembre 1254
Venise, Italie
D√©c√®s 8 janvier 1324 (√† 69 ans)
Venise, Italie
Nationalité Vénitienne
Profession Explorateur
Autres activités marchand

Marco Polo (15 septembre 1254 √† Venise, Italie - 8 janvier 1324 √† Venise, Italie) √©tait un marchand v√©nitien qui entra au service de l'empereur mongol. Il est parti avec son p√®re et son oncle, patriciens et commer√ßants pass√©s au service du Grand Khan mongol. Il atteignit la Chine en 1275 en parcourant la Route de la soie.

Il y s√©journa pendant 17 ans (1274-1291) et fut employ√© par l'empereur mongol KŇębila√Į qui acheva la conqu√™te de la Chine. Celui-ci prit un titre dynastique √† la mani√®re chinoise (celui des Yuan) en 1271 sans devenir v√©ritablement un empereur chinois[Note 1]. Marco Polo fut charg√© de diverses missions par KŇębila√Į Khan, tant en Chine que dans des pays de l'oc√©an Indien. √Čtrangement aucune trace de Marco Polo ne put √™tre retrouv√©e dans les archives imp√©riales, pourtant tr√®s pr√©cises...

De retour √† Venise en 1295, il combattit √† G√™nes, y fut fait prisonnier et dicta dans sa ge√īle √† Rustichello de Pise une narration de ses voyages dans les √Čtats de KŇębila√Į intitul√©e Le Devisement du monde.

Sommaire

Biographie

La majorit√© des historiens consid√®re que Venise est le lieu de naissance de Marco Polo. Venise est par ailleurs consider√© le lieu de naissance le plus probable pour la majorit√© des grandes encyclop√©dies, tel que l'Encyclop√¶dia Britannica[1]. Il est √† noter que, outre Venise, la ville dalmate de Korńćula revendique d'√™tre le lieu de naissance de Marco Polo (la Dalmatie √©tait alors sous domination v√©nitienne).

N√© (le 15 septembre 1254) en l'absence de son p√®re Niccolo Polo, Marco Polo a 17 ans lorsque son p√®re et son oncle, Matteo Polo (ou bien Maffeo Polo), reviennent d'un long voyage en Asie centrale o√Ļ ils ont rencontr√© l‚Äôempereur mongol Kubila√Į Khan, petit-fils de Gengis Khan. Ils sont porteurs d'un message de sympathie pour le pape. Pendant deux ann√©es, les deux fr√®res, Niccolo et Matteo, vont attendre l'√©lection d'un nouveau souverain pontife.

En 1271, ils repartent de Venise pour retourner en Chine et le jeune Marco les accompagne. Il a vingt ans lorsqu'il est re√ßu avec ses parents √† la tr√®s fastueuse cour mongole. D'abord semble-t-il envoy√© en l√©gation avec son oncle dans la ville fronti√®re de Ganzhou, √† l'extr√©mit√© ouest de la grande muraille, o√Ļ il fait ses classes, il devient ensuite un enqu√™teur-messager du palais imp√©rial suzerain de la Chine, de l'Iran et de la Russie. √Ä ce titre il accomplira diverses missions pour le grand khan, tant en Chine que dans l'Oc√©an Indien (voir fonctions de M. Polo).

Vers la fin du r√®gne de KŇębila√Į Khan, M. Polo et ses parents obtiennent le droit de retourner dans leur pays. En 1291 ils embarquent √† destination de l'Iran, o√Ļ ils accompagnent la princesse Kokejin, promise √† l'ilkhan d'Iran[2]. Puis il se rend √† la cour de l'empereur de Chine Kubilai Khan. Dans son voyage de retour √† Venise en 1292, il fait escale √† Perlak dans le nord de l'√ģle de Sumatra (dans l'actuelle Indon√©sie).

Rentr√© √† Venise en 1295 avec une fortune en pierres pr√©cieuses, M. Polo fait armer une gal√®re pourvue d'une pierri√®re[3], afin de participer au combat que Venise m√®ne alors contre G√™nes. Lors d'une bataille sur mer, il est fait prisonnier (soit en 1296, au large de la Turquie, entre Adana et le golfe d'Alexandrette[4], soit en septembre 1298, au large de Curzola sur la c√īte dalmate. Il dicte son c√©l√®bre livre dans la prison de G√™nes.

Apr√®s sa lib√©ration, il √©pouse Donata Badoer et aura trois filles. Sans doute fut-il, comme patricien, membre du Grand Conseil de Venise, mais on ignore quel r√īle il joua dans la cr√©ation en 1310 du Conseil des Dix (institution secr√®te peu ordinaire qui ressemble au Tcho√Ľ-mi-Yuan, le conseil de s√©curit√© de KŇębila√Į). M. Polo vivait √† Venise dans la Casa Polo, quartier de Cannaregio, maison familiale d√©truite par un incendie en 1598 (le th√©√Ętre Malibran a √©t√© construit en 1677 sur ses fondations).

Il meurt en 1324 √† Venise o√Ļ il est enterr√© en l'√©glise San Lorenzo.

En hommage à leur plus célèbre concitoyen, les Vénitiens ont baptisé de son nom leur aéroport international, et les billets italiens de 1000 lires ont longtemps porté son effigie.

Le Livre de Marco Polo

Article d√©taill√© : Devisement du monde.

Paru en 1298, le livre qui a rendu Marco Polo célèbre est l'un des premiers ouvrages importants en langue vulgaire[5].

Langue

Le livre a √©t√© r√©dig√© sous la dict√©e de M. Polo par Rustichello de Pise, auteur c√©l√©br√© en Angleterre pour ses compilations de romans courtois. Il fut donc le premier √©diteur du livre de Marco Polo. Le comte Baldelli Boni a d√©montr√© en 1827 que ce texte avait √©t√© r√©dig√© en fran√ßais[Note 2], en fait une sorte de sabir, du pisan d√©guis√© en fran√ßais, avec une orthographe √©trange. La mise en fran√ßais correct est faite en 1307 √† Venise par de Cepoy (envoy√© par Charles de Valois, fr√®re de Philippe le Bel). Cette version qui est la plus sobre incorpore de nombreuses corrections de l'auteur.

Entre temps le manuscrit sorti de la prison de G√™nes avait √©t√© transcrit dans tous les dialectes italiens et en latin. Ce fut une sorte d'√©dition sauvage, ¬ę en quelques mois, toute l'Italie en fut pleine ¬Ľ[6]. Chaque copiste le mettait dans son dialecte, en interpolant parfois des additions de source plus ou moins s√Ľre. Plus de 120 copies anciennes ont √©t√© conserv√©es : une dans le sabir de Rustichello, 16 en fran√ßais de Cepoy, 18 en v√©nitien, 17 en toscan, plus de 70 en latin.

L'exemple des poules noires du ch. 154 montre comment le sabir de Rustichello se calque sur l'italien, et ce que fit ensuite Cepoy pour en faire du fran√ßais correct  :

¬ę Gelines qui n'ont nulles plumes mais ont poil et sont toutes noires ¬Ľ (Cepoy, 1307).
¬ę Galine qe ne ont pennes mes ont peaus come gate et sont toute noire ¬Ľ (Rustichello, 1298).
¬ę Galine che non ano pena ma ano pello chome le gate et sono tute negre ¬Ľ (v√©nitien).

Titres de livres

Le livre des merveilles est le titre original de l'Ňďuvre, c'est ainsi que M. Polo la d√©signait. Le Devisement ou Description du Monde, Le Livre des Merveilles, Le Livre du Million de Merveilles du Monde sont des titres dus aux anciens copistes, tout comme les intertitres des chapitres.

Il Milione était le surnom plaisant donné à M. Polo par ses concitoyens, à cause de la fortune qu'il avait rapportée de Chine, et à cause des dimensions extraordinaires de ce qu'il racontait.

Contenu du livre

Le Livre de Marco Polo pourrait s'intituler le Livre de KŇębila√Į KhńĀn car il d√©crit, non seulement l'histoire de Marco, mais l'empire de son patron, le plus puissant empereur de l'Histoire du monde. Quand le livre √©voque la Russie, l'Asie centrale, l'Iran, l'Afghanistan, c'est que KŇębila√Į √©tait le suzerain de ces terres. Quand il parle du Japon (qu'il d√©nomme Cypango), du Vietnam, de la Birmanie, c'est que KŇębila√Į KhńĀn y envoyait des arm√©es. Quand il raconte le Sri Lanka, l'Inde du sud et jusqu'√† Madagascar, c'est que KŇębila√Į KhńĀn y d√©p√™chait des √©missaires pour obtenir leur soumission. Quand il d√©crit les c√ītes de l'Oc√©an Indien, de l'Inde, de l'Arabie et de l'Afrique, c'est que les marchandises de la Chine y parvenaient.

KŇębila√Į KhńĀn est le sujet, le centre et l'unit√© du livre. Tout ce que M. Polo relate n'a de sens que par lui. Son livre est aussi un condens√© des histoires qu'il lui racontait, car il avait su le s√©duire par ses talents d'observateur et de narrateur[Note 3].

Le livre comporte un prologue et quatre parties. Le prologue raconte le premier voyage de Nicolo et Matteo Polo, ses père et oncle (1255-1269), puis le voyage qu'ils accomplirent ensemble (1271-1295).

  • La premi√®re partie d√©crit l'Orient jusqu'√† la Chine : la Turquie, l'Arm√©nie, la G√©orgie (ch. 19-22) ; l'Irak et Iran (ch. 23-42) ; l'Afghanistan, le Cachemire, l'Himalaya et le Turkestan (ch. 43-51) ; l'ouest de la Chine et le d√©sert de Gobi (ch. 52-61) ; la Mongolie et histoire des Mongols (ch. 62-74).
  • La troisi√®me partie d√©crit la mer de Chine[Laquelle ?] et l'Oc√©an Indien : Japon, Sumatra, Indon√©sie (ch. 157-166) ; Ceylan et Inde (ch. 167-182) ; Oc√©an Indien jusqu'√† Madagascar (ch. 183-192).
  • La quatri√®me partie comporte des fragments historiques, qui racontent surtout les guerres fratricides entre Mongols et font comprendre l'origine de leur chute (ch. 193-200).

Chapitres saillants

Le livre se pr√©sente comme un recueil de belles histoires et de ¬ę merveilles ¬Ľ (au sens ancien : √©tonnant, surprenant, voire effrayant). Mais sa trame est une base continue d'informations pr√©cises, beaucoup plus nombreuses, exactes et savantes que la l√©g√®ret√© des r√©cits et sa langue simple ne le laissent supposer :

  • Xiangfan (ch. 145), qui r√©v√®le le r√īle des parents Polo dans l'introduction des pierri√®res qui livr√®rent l'empire Song aux Mongols, et sugg√®re que KŇębila√Į ait pu vouloir faire carri√®re √† leur fils (voir parents Polo).
  • √Čvaluation des recettes fiscales de la province de Hangzhou (ch. 152). Ce chiffre, le plus astronomique du livre (23 tonnes or annuellement pour le seul sel), est exactement v√©rifi√© par les annales et d√©montre que M. Polo n'affabule pas[Note 4].
  • Chapitre posthume[6] racontant l'histoire de l'assassinat du premier ministre en 1282. Il prouve que M. Polo eut connaissance des d√©tails, tenus ultra secrets, d'un des √©v√®nements les plus graves du r√®gne de KŇębila√Į. Les historiens chinois cr√©ditent Po-lo d'avoir su informer KŇębila√Į de fa√ßon √† ce qu'il r√©habilite les assassins chinois d'Achmat (voir fonctions de M. Polo).
  • Chapitres d√©crivant l'√©conomie : intervention sur le march√© des grains (ch. 102) et fonds sociaux (ch. 98 et 103) ; appareil de production proche de l'industrie √† Hangzhou (ch. 151) ; introduction du papier-monnaie, rendu obligatoire sous peine de mort (ch. 95), que Polo consid√®re comme un formidable d√©tournement de l'√©conomie au profit de l'√Čtat[7] ; bateaux et commerce naval (ch. 156, 157, 177).
  • Relais de chevaux, routes et rapidit√© des transports (ch. 97 et 99).
  • Tyrannie : massacre de dizaines de milliers de personnes √† l'enterrement de chaque grand kha√Ęn avant KŇębila√Į KhńĀn (ch. 68, confirm√© par D'Ohsson et P√©tis de la Croix) ; r√©pressions terribles (ch. 133 et 149) ; appareil militaro-policier omnipr√©sent dans les villes et couvre-feu permanent √† P√©kin (ch. 84, 85), soldats sur chacun des 12.000 ponts de Hangzhou (151).
  • Histoire des isma√©liens assassins (ch. 40-42). En Iran aussi, pillages des Karaonas, qui attaquent m√™me les Polo et la princesse mongole (ch. 35 et 18).

Marco Polo : vrai ou faux ?

M. Polo se joue : ¬ę qui ne l'a pas vu ne pourrait le croire ¬Ľ est un leitmotiv de son livre. "Incroyable mais vrai" est sa recette. Cependant il est douteux qu'il ait √©t√© accueilli avec scepticisme √† son retour par les patriciens de Venise : la R√©publique avait les moyens de savoir qu'il n'affabulait pas. De m√™me les G√©nois qui lui firent r√©diger son m√©moire (dont ils avaient besoin pour leurs exp√©ditions), et le fr√®re du roi de France qui d√©p√™cha pour en obtenir copie.

L'histoire racont√©e par Ramusio[6], au lendemain de leur retour √† Venise o√Ļ ils s'√©taient pr√©sent√©s en habits de mendiants, avec doublure pleines de rubis et joyaux qu'ils montr√®rent au cours d'un d√ģner pour se faire reconna√ģtre, est √©videmment un coup m√©diatique, une farce r√©v√©lant aussi la prudence de voyageurs sachant se faire discrets √† proportion de la fortune qu'ils transportent.

M. Polo √©maille son livre de faits divers, de mythes, de l√©gendes, mais ses r√©cits de miracles sont peu nombreux, souvent symboliques, et s√©par√©s des autres narrations. Il d√©mystifie plut√īt les l√©gendes (Arbre sec, Gog et Magog, pr√™tre Jean, salamandre). Les bourdes sont rares : hommes √† queue de Sumatra, jambes de boas dans le Yunnan (mais l'histoire naturelle r√©f√©rence des boas ayant des traces de pattes), enfin la diable obscurit√© en plein jour dont il t√©moigne en Iran[Note 5].

Les premiers mots de la pr√©face de l'√©dition de 1307 sont : ¬ę Pour savoir la pure v√©rit√© ¬Ľ et il insiste : ¬ę Nous donnerons les choses vues pour vues, et les entendues pour entendues, en sorte que notre livre soit droit et v√©ritable, sans nul mensonge. Chacun qui entendra ou lira ce livre devra le croire, car tout y est v√©ritable ¬Ľ. Sur son lit de mort, √† son confesseur, il r√©it√®re : ¬ę Je n'ai pas √©crit la moiti√© de ce que j'ai vu ¬Ľ. Nous savons aujourd'hui que c'est vrai. Il n'avait que trop de mat√©riaux extraordinaires, il n'avait pas besoin d'en rajouter.

Beaucoup d'auteurs (surtout anglais, et P. Pelliot) ont pr√©tendu d√©montrer que M. Polo affabule mais l'analyse de leurs d√©monstrations laisse r√™veur[8]. Baudelaire disait que ¬ę les r√©cits de Marco Polo, dont on s'est √† tort moqu√©, comme de quelques autres voyageurs anciens, ont √©t√© v√©rifi√©s par les savants et m√©ritent notre cr√©ance ¬Ľ. La marque de la v√©rit√© est dans le texte lui-m√™me, dans la coh√©rence de l'encha√ģnement des id√©es, la pr√©cision des d√©tails, la constance du point de vue du conseiller d'√Čtat.

Fonctions de Marco Polo en Chine

Au service de KŇębila√Į, M. Polo d√©pendait non du gouvernement ni de l'administration chinoise, mais du palais de l'empereur, le suzerain mongol, le kha√Ęn. Il n'√©tait pas fonctionnaire mais homme de l'empereur. Voici les fonctions que son livre mentionne :

  • Introduction en Chine de l'huile sainte de J√©rusalem avec ses parents.
  • L√©gation avec son oncle dans la ville fronti√®re de Ganzhou, √† l'extr√©mit√© ouest de la grande muraille (ch. 61).
  • Nomination au titre de Messire (ch. 16).
  • Seigneurie sur Yangzhou, r√©gion alors rattach√©e au pouvoir central (ch. 143).
  • Inspection des finances (ch. 152).
  • ¬ę Envoy√© dans les r√©gions de l'ouest‚Ķ bien quatre mois de route vers l'occident ¬Ľ (ch. 104).
  • Ambassades dans l'oc√©an Indien (ch. 17).
  • Escorte d'une princesse en Iran, et charge de messages aux √Čtats d'Europe (chapitre 18).
  • Conseiller militaire.
  • Enfin, lors d'un coup d'√Čtat √† P√©kin en 1282, le livre dit qu'il se trouvait sur les lieux.

Voici ce que disent les annales officielles de la dynastie Yuan :

  • En 1277, ¬ę Po-lo nomm√© Enqu√™teur-priv√© Envoy√©-adjoint ¬Ľ[9]
  • En 1282, au lendemain de l'assassinat de son premier ministre Achmat, l'empereur ¬ę transport√© de col√®re se rendit le m√™me jour √† Chang-tou (sa capitale de Mongolie) et ordonna √† Po-lo, enqu√™teur priv√© et envoy√© adjoint, √† Horh-khono-sse, surintendant des √©tudes, au conseiller d'administration A-li, et autres, de prendre des chevaux de postes et de se rendre imm√©diatement √† P√©kin pour instruire l'affaire et juger les coupables ¬Ľ.
  • Un mois plus tard, KŇębila√Į KhńĀn √©tant rentr√© √† P√©kin : ¬ę Achmat mort, l'empereur encore totalement ignorant de ses turpitudes, consultant l'enqu√™teur-messager Po-lo, apprit alors toute l'ampleur de ses crimes ¬Ľ ; et r√©habilita ses assassins chinois[10].

Ces inscriptions correspondent exactement au livre :

  • Au chapitre 16, le calcul des dates place sa nomination comme Messire vers 1277, qui est la date de l'inscription chinoise.
  • Son r√©cit de l'assassinat d'Achmat en 1282 est le plus long du livre, le plus pr√©cis et le mieux v√©rifi√©, et prouve qu'il eut connaissance des pi√®ces de la proc√©dure puisque ces d√©tails √©taient secrets[11].
  • Ses r√©cits √©voquent souvent les relais des √©missaires officiels, et toutes ses missions sont celles d'un enqu√™teur-messager (pour KŇębila√Į KhńĀn un ambassadeur n'√©tait rien d'autre et la seigneurie de M. Polo sur Yangzhou implique seulement qu'il y √©tait l'Ňďil de l'empereur).

Fonctions des parents Polo

Partis de Venise avant la naissance de Marco, Nicolo et Matteo Polo ach√®tent vers 1255 des pierres pr√©cieuses √† Constantinople (alors sous administration v√©nitienne) et en Crim√©e (o√Ļ r√©sidait leur fr√®re), puis vont les vendre √† la cour du khan de Russie, sur la Volga, o√Ļ ils restent un an. Ils poussent jusqu'√† Boukhara (alors capitale perse d'Asie centrale) o√Ļ ils restent trois ans. Puis un enqu√™teur-messager de KŇębila√Į ou de l'ilkhan d'Iran les invitent √† se pr√©senter au grand kha√Ęn, en qualit√© d'Europ√©ens.

Ont-ils atteint P√©kin quand ils rencontrent KŇębila√Į en 1265 ou 1266 ? Il n'est pas n√©cessaire de le supposer, les affaires de l'ouest se traitaient souvent √† sa r√©sidence d'√©t√© en Mongolie, Chang-tou. Ils ne restent pas longtemps car ils sont charg√©s de deux missions  :

  • Ambassade de l'empire mongol aupr√®s du pape. Quand ils regagnent la mer M√©diterran√©e, le pape vient de mourir et il leur faut attendre trois ans pour qu'un nouveau pape soit √©lu (le plus long interr√®gne de l'histoire de la papaut√©, entre Cl√©ment IV et Gr√©goire X). Lorsqu'ils repartent vers l'Asie (avec Marco), √† d√©faut des cents savants chr√©tiens que demandait KŇębila√Į, ils emportent de l'huile sainte de J√©rusalem qui tenait lieu de relique du Christ. On peut conjecturer que le jeune Marco portait sur lui cette huile. En tout cas, lorsque KŇębila√Į ¬ę d√©p√™cha des √©missaires √† leur rencontre, √† bien quarante journ√©es ¬Ľ (ch. 13), c'√©tait √©videmment pour honorer le Christ (de nombreux sujets de KŇębila√Į √©taient chr√©tiens syriaques, les femmes des descendants de Gengis kha√Ęn l'√©taient souvent).
  • Transfert de technologie militaire. Cette mission, r√©v√©l√©e par le ch. 145 sur Xiangfan, fit sans doute davantage pour la promotion des Polo dans l'empire Yuan que l'introduction du symbole de la lumi√®re du Christ. En 1266, quand ils arrivent, la Chine ne connaissait pas les pierri√®res[3]. En 1271, deux sp√©cialistes en pierri√®res recrut√©s au Moyen-Orient arrivent √† P√©kin[12]. Mais en 1273, quand Xiangfan tombe aux mains des Mongols apr√®s un si√®ge de cinq ans, c'est gr√Ęce √† des pierri√®res. ¬ę Ensuite les pierri√®res furent utilis√©es dans chaque bataille avec un invariable succ√®s ¬Ľ[13], notamment sur le fleuve Yangtze o√Ļ la flotte Song fut an√©antie ; l'ann√©e suivante l'empire Song se rend enfin aux Mongols. Voici l'implication des parents Polo dans cette affaire : ils ont propos√© les pierri√®res √† KŇębila√Į, fait r√©server des madriers, et ont √©t√© les messagers d√©p√™ch√©s √† l'ilkan Abaqa, lequel fit r√©quisitionner les ing√©nieurs[14].
  • L√©gation de Matteo Polo avec son neveu dans la ville fronti√®re de Ganzhou (ch. 61).
  • Nomination de Matteo Polo √† un emploi officiel un an apr√®s leur retour √† Venise.

Commer√ßant ? Aventurier ? Voyageur ?

Miniature extraite du Livre des merveilles

Voyageur, marchand de Venise, routes de la soie, aventurier : ces poncifs collent au personnage de M. Polo. Mais ce sont des projections de la p√©riode coloniale, du XVIe au XIXe si√®cle. Envoy√© de l'empereur, ses d√©placements √©taient des missions, avec insignes du palais central et souvent escorte militaire. En Asie, il n'est pas marchand professionnel, il est conseiller du prince plut√īt que voyageur. S'il amasse avec ses parents un tr√©sor en pierres pr√©cieuses, il ne dit pas que ce fut par le commerce ; leurs √©moluments et les cadeaux de KŇębila√Į durent suffire √† leur constituer une fortune.

S'ils √©taient souvent "marchands", les patriciens v√©nitiens √©taient toujours aussi officiers d'active, diplomates, conseillers d'√Čtat (Matteo Polo pourrait avoir √©t√© officier du g√©nie expert en pierri√®res).

Quant au ¬ę voyage ¬Ľ, l'itin√©raire du livre est √©videmment reconstruit. La pr√©face le dit : ¬ę il y a des choses qu'il ne vit pas mais qu'il entendit d'hommes s√Ľrs. Les d√©placements effectifs de Marco Polo entre 1271 et 1295 semblent les suivants ¬Ľ :

Notes et références

Notes

  1. ‚ÜĎ Histoire de la Mongolie
  2. ‚ÜĎ Pr√©sence de nombreux gallicismes dans les plus anciens manuscrits italiens et latins. Le fran√ßois ou dialecte d'√éle-de-France est le premier √† remplacer le latin en Europe. Latini, florentin, √©crivait en fran√ßais.
  3. ‚ÜĎ M. Polo ¬ę savait que l'empereur, qui envoyait ses messagers en diff√©rentes parties du monde, voyant qu'au retour ils ne savaient rien lui raconter d'autre que ce pourquoi ils √©taient partis, les tenait tous pour l√©gers et incapables. Il leur disait : "J'aimerais mieux entendre des nouvelles et les coutumes des diverses r√©gions, que l'objet de ta mission". Car il se complaisait beaucoup √† √©couter les choses √©tranges. Aussi, pour cela, √† l'aller comme au retour, Marco Polo mit toute son attention √† apprendre les diverses choses, selon les r√©gions, afin de pouvoir √† son retour les dire au grand kha√Ęn ¬Ľ (ch. 15).
  4. ‚ÜĎ Entre 1281 et 1286 le Yuan sse (94/14) √©value l'imp√īt en sel √† Hangzhou entre 218.000 et 450.000 yin, moyenne 339.521 yin valant 763.922 onces chinoises d'or (1 yin = 2 sacs = 2 x 9 onces d'argent / 8 = 2,25 onces d'or). M. Polo dit 5.600.000 saggio d'or, valant 933.333 onces v√©nitiennes (1 saggio = 1/6 once). En Chine l'once faisait 35 g, √† Venise 25 g (12 dans la livre sottile, pour les pr√©cieux, de 301 g). Ce qui fait c√īt√© chinois une moyenne de 28,3 tonnes or, contre 23,3 tonnes or selon M. Polo. Son chiffre est 17 % inf√©rieur √† la moyenne chinoise. M√™me en faisant varier les param√®tres de conversion, on ne sort pas de la fourchette des annales mongoles.
  5. ‚ÜĎ Mais Chardin : ¬ęOn observe encore deux choses singuli√®res dans ces r√©gions chaudes durant l'√©t√© : l'une c'est que les champs sont br√Ľl√©s, comme si le feu y avait pass√© ; l'autre, c'est qu'il s'y √©l√®ve, surtout le soir et le matin, de certaines vapeurs excit√©es par l'inflammation de la terre, qui en couvre la face de telle sorte qu'on ne d√©couvre pas √† cinquante pas de soi, et qu'on croit voir la mer ou quelque grand √©tang¬Ľ (Journal du voyage du chevalier Chardin, Amsterdam, 1711).

Références

  1. ‚ÜĎ http://www.britannica.com/EBchecked/topic/468139/Marco-Polo
  2. ‚ÜĎ L'ilkhan Arghoun, qui par lettre conserv√©e aux Archives de France avait donn√© rendez-vous au roi Philippe-le-Bel en f√©vrier 1291 devant Damas : ¬ę Si tu tiens ta parole et envoies tes troupes √† l'√©poque fix√©e, et que dieu nous favorise, lorsqu'√† ce peuple nous aurons pris J√©rusalem, nous te la donnerons ¬Ľ (le roi de France n'envoya pas d'arm√©e ; l'ilkhan Argun fut assassin√© en mars 1291)
  3. ‚ÜĎ a et b Sorte de catapulte √† bascule et contrepoids, que Rashid ed-Din appelle des ¬ę armes franques ¬Ľ. Voir la gravure de la gal√®re de M. Polo √©quip√©e d'une pierri√®re dans Yule, The Travels of Marco Polo, Londres, 1870, r√©√©dit√© par Dover, New York, 1983).
  4. ‚ÜĎ Selon fr. Jacopo d'Aqui, Chronica libri imaginis mundi.
  5. ‚ÜĎ Ouvrages importants avant Marco Polo : Villehardouin, La conqu√™te de Constantinople, 1213 ; Latini, Le livre du tr√©sor, 1265. Mais la Vie de saint Louis de Joinville, 1309, est post√©rieure, comme les Chroniques de Froissart, 1380. La Grande Chronique de France tenue √† l'abbaye de Saint-Denis n'est traduite en fran√ßais qu'√† partir de 1274 et restera r√©dig√©e en latin jusqu'en 1340. Quant aux ¬ę romans ¬Ľ courtois, c'√©taient des √©pop√©es en vers et non en prose.
  6. ‚ÜĎ a, b et c Ramusio, Navigazioni e viaggi, 1559, premi√®re √©dition imprim√©e √† Venise, qui rend publique la narration du coup d'√Čtat de Chinois contre les Mongols en 1282.
  7. ‚ÜĎ Gr√Ęce √† ce papier d'√©corce ¬ę qui ne lui co√Ľte rien‚Ķ l'empereur ach√®te tant chaque ann√©e que c'est sans fin son tr√©sor‚Ķ il a de cette fa√ßon tout le tr√©sor de ses terres‚Ķ la mani√®re et la raison pourquoi il doit avoir et a plus de tr√©sor que tous ceux du monde ¬Ľ.
  8. ‚ÜĎ Voir par exemple la critique de Wood, Did Marco Polo Go To China ?, par Rachewiltz, quoique lui-m√™me reste incritique vis-√†-vis de la compilation anglaise de Moule et des d√©dales de Pelliot.
  9. ‚ÜĎ Yuan sse (9/17). Textuellement : ¬ę Ňíil discret bouche adjointe ¬Ľ. Les id√©ogrammes √©voquent un cadre sans uniforme qui, s'il montre sa carte, passe au-dessus de tous. Ce qu'on appelle un Ňíil de l'empereur. √Čventuellement, comme dit Wieger, s.j., mouchard de confiance.
  10. ‚ÜĎ Y√ľan sse (12/7, 205/3 et 78), So√Ľh tho√Ľng kian kang mouh (23/8), Li-ta√Į ki sse (98/6), Kang-kian-i-tchi (90/16), Foung-tcheou-Kang-kian hoe√Į tswan (15/9).
  11. ‚ÜĎ La concordance saisissante entre son texte et les annales sugg√®re que ces derni√®res compilent entre autres des rapports qu'il a dict√©s. Plus fluide, sa narration n'att√©nue ni la gravit√© des faits ni la r√©pression ; elle seule √©tablit la part de responsabilit√© de KŇębila√Į KhńĀn.
  12. ‚ÜĎ Annales Yuan : ¬ę En r√©ponse au kha√Ęn, l'ilkhan Abaqa envoya Alaowating et Isemayin avec leur famille jusqu'√† P√©kin, o√Ļ une premi√®re pierri√®re fut mont√©e devant les Cinq Portes et essay√©e ¬Ľ.
  13. ‚ÜĎ Yuan see (203/4-5, 128/3, 7/8, etc.).
  14. ‚ÜĎ Le texte simplifie, r√©sume en deux phrases, concentre pr√©paratifs et r√©alisation √† la troisi√®me ann√©e du si√®ge (comme le Yuan sse), mais en aucune fa√ßon n'affirme que les Polo se trouvaient en personne √† Xiangfan, seulement qu'ils ont 1)  propos√© et 2) ¬ę fait faire ¬Ľ des pierri√®res, et 3)  que les techniciens √©taient ¬ę de leur suite (mesgnie) ¬Ľ. Les dates concordent exactement, ils sont dans le Moyen-Orient quand l'ilkan re√ßoit la demande d'ing√©nieurs en pierri√®res (ils pourraient m√™me avoir accompagn√© le g√©n√©ral A-Chu qui op√®re autour de Xiangfan d√®s septembre 1267). Quant √† la mention de Marco (impossible, il √©tait √† Venise, avait 12 ans), c'est une erreur de Rusticello qui dispara√ģt dans l'√©dition corrig√©e de 1307.

Voir aussi

Articles connexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Autres Europ√©ens ayant rencontr√© le Khan :

Anecdote :

  • Marco Polo, la revue de voyages de voyage francophone

Bibliographie

Liens externes

√Ä lire en mode image [PDF] sur le site Gallica :


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Marco Polo de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Marco Polo ‚ÄĒ (* ca. 1254[1] vermutlich in Venedig[2]; ‚Ć 8. Januar 1324 ebenda) war ein venezianischer H√§ndler (‚Üí Wirtschaftsgeschichte der Republik Venedig), dessen Familie wohl urspr√ľnglich aus Dalmatien stammte und der durch die Berichte √ľber seine China… ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Marco Polo ‚ÄĒ Retrato de Marco Polo Nacimiento ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol

  • Marco Polo ‚ÄĒ ‚ÄĘ Venetian traveller (1251 1324) Catholic Encyclopedia. Kevin Knight. 2006. Marco Polo ¬†¬†¬†¬†Marco Polo ¬†¬†¬†¬†‚Ć ‚Ķ   Catholic encyclopedia

  • Marco Polo (BD) ‚ÄĒ Marco Polo (revue) Marco Polo est une revue de l √©diteur de Petit format Aventures Voyages qui a eu 213 num√©ros de mars 1960 (sous le nom de Dorian) √† septembre 1986. La revue a commenc√© sous le nom de Dorian. Le titre Marco Polo arrive en petit… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Marco Polo ‚ÄĒ (15 de septiembre de 1254 8 de enero de 1324) fue un mercader y explorador veneciano que, junto con su padre y su t√≠o, estuvo entre los primeros occidentales que viajaron por la ruta de la seda a China (que √©l llamaba Catai). Sus viajes est√°n… ‚Ķ   Enciclopedia Universal

  • Marco Polo ‚ÄĒ (–õ–į –ú–į—Ā—Ā–į–Ĺ–į,–ź–Ĺ–ī–ĺ—Ä—Ä–į) –ö–į—ā–Ķ–≥–ĺ—Ä–ł—Ź –ĺ—ā–Ķ–Ľ—Ź: 3 –∑–≤–Ķ–∑–ī–ĺ—á–Ĺ—č–Ļ –ĺ—ā–Ķ–Ľ—Ć –ź–ī—Ä–Ķ—Ā: Avenida Sant Antoni, 36 ‚Ķ   –ö–į—ā–į–Ľ–ĺ–≥ –ĺ—ā–Ķ–Ľ–Ķ–Ļ

  • Marco Polo ‚ÄĒ (–Ę–į–Ĺ–∂–Ķ—Ä,–ú–į—Ä–ĺ–ļ–ļ–ĺ) –ö–į—ā–Ķ–≥–ĺ—Ä–ł—Ź –ĺ—ā–Ķ–Ľ—Ź: 2 –∑–≤–Ķ–∑–ī–ĺ—á–Ĺ—č–Ļ –ĺ—ā–Ķ–Ľ—Ć –ź–ī—Ä–Ķ—Ā: 2, Rue Antaki, 90000 –Ę–į–Ĺ–∂–Ķ—Ä ‚Ķ   –ö–į—ā–į–Ľ–ĺ–≥ –ĺ—ā–Ķ–Ľ–Ķ–Ļ

  • Marco Polo ‚ÄĒ V. Polo (Marco) ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Marco Polo ‚ÄĒ ‚Üí‚ÜĎPolo, Marco ‚Ķ   Dictionary of contemporary English

  • Marco Polo ‚ÄĒ see POLO Marco ‚Ķ   English World dictionary

  • Marco Polo ‚ÄĒ Marco Polo, s. Polo ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.