Marc Antoine

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Marc Antoine
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Marc Antoine
Marcus Antonius
Marcus Antonius

Titre Consul
Grade militaire Général
Commandement Armée romaine
Investiture -44
Conflits Guerre des Gaules
Guerre civile de CĂ©sar
Bataille de Pharsale
Bataille de ModĂšne
Guerre civile des Libérateurs
Bataille de Philippes
DerniĂšre Guerre civile de la RĂ©publique romaine
Bataille d'Actium
Autres fonctions MaĂźtre de cavalerie, Questeur, Augure, Tribun de la plĂšbe
Biographie
Naissance -86, -83 ou -81
Ă  Rome
SPQRomani.svg RĂ©publique romaine
DĂ©cĂšs -30
Ă  Alexandrie
Royaume ptolémaïque
PĂšre Marcus Antonius Creticus
Enfants Marcus Antonius Antyllus, Iullus Antonius, Antonia Major, Antonia Minor, Alexandre Hélios, Cléopùtre Séléné, Ptolémée Philadelphe

Marc Antoine (latin : M‱ANTONIVS‱M‱F‱M‱N Marcus Antonius Marci Filius Marci Nepos), nĂ© le 14 janvier -83[1] et mort le 1er aoĂ»t -30, est un homme politique et un gĂ©nĂ©ral romain. Il est le fils de Marcus Antonius Creticus et le petit-fils du consul Marcus Antonius Orator.

Sommaire

Ses débuts

Jeunesse

Il Ă©tudie la philosophie Ă  AthĂšnes oĂč il apprend la rhĂ©torique. Il est appelĂ© par le gouverneur de Syrie Aulus Gabinius pour rĂ©primer la rĂ©volte d'un fils d'Aristobule II contre le souverain hasmonĂ©en Hyrcan II. Il reçoit alors sa premiĂšre distinction militaire. En -55, il participe Ă  la campagne militaire de Gabinius en Égypte pour rĂ©tablir sur le trĂŽne PtolĂ©mĂ©e XII AulĂšte. C'est Ă  cette occasion qu'il rencontre ClĂ©opĂątre VII pour la premiĂšre fois.

Il se lie avec les tribuns Curion et Clodius Pulcher, puis s'attache Ă  Jules CĂ©sar.

Guerre des Gaules

Marc Antoine participe Ă  la Guerre des Gaules et est notamment Ă  AlĂ©sia en -52[2]. L'annĂ©e suivante, en -51, il marche avec CĂ©sar sur la patrie d'Ambiorix pour ravager la rĂ©gion. Puis il reste chez les Bellovaques avec quinze cohortes afin d'empĂȘcher de nouvelles rĂ©voltes chez les Belges. À la fin de l'annĂ©e, il est avec Gaius Trebonius et Publius Vatinius et quatre lĂ©gions en Gaule belgique. Il y combat notamment avec sa cavalerie l'AtrĂ©bate Commios, qui part en exil, promettant de ne jamais se retrouver face Ă  un Romain.

Tribunat de la plĂšbe

CĂ©sar le fait Ă©lire tribun de la plĂšbe pour l'annĂ©e -49 et avec le tribun Caius Cassius Longinus, il met son veto Ă  l’ordonnance du sĂ©nat Ă  CĂ©sar de licencier ses lĂ©gions[3]. CĂ©sar communique avec le SĂ©nat par l’intermĂ©diaire de Curion et Marc Antoine, et tente une ultime proposition : il accepte de ne conserver que deux lĂ©gions et le gouvernement de la Gaule cisalpine et de l’Illyrie, pourvu qu’on accepte sa candidature au consulat. MalgrĂ© la recherche d’un compromis par CicĂ©ron, Caton refuse qu’un simple citoyen impose ses conditions Ă  l’État, le nouveau consul Lentulus s’emporte et fait expulser du SĂ©nat Curion et Marc Antoine. L'historien Velleius Paterculus accusera Curion d'ĂȘtre responsable de cette rupture, tandis que Appien prĂ©sentera Marc Antoine comme l'initiateur de la rupture. Selon Plutarque, « C’était donner Ă  CĂ©sar le plus spĂ©cieux de tous les prĂ©textes Â» : s’en prendre aux tribuns de la plĂšbe, les reprĂ©sentants sacro-saints du peuple ! Le SĂ©nat dĂ©crĂšte que CĂ©sar doit abandonner son poste de gouverneur et revenir Ă  Rome en simple particulier[4]. Marc Antoine, revenu auprĂšs de CĂ©sar, lui donne le conseil de marcher droit sur Rome aprĂšs le passage du Rubicon.

Guerre civile

À cette Ă©poque, Marc Antoine commande l'aile droite de l'armĂ©e Ă  la bataille de Pharsale.

Dictature de CĂ©sar

CĂ©sar, devenu dictateur en -47, le choisit pour maĂźtre de cavalerie, et ils sont tous deux nommĂ©s consuls en -44. Le 15 fĂ©vrier de la fĂȘte des Lupercales, Marc Antoine propose Ă  CĂ©sar le diadĂšme royal, que celui-ci repousse sous les acclamations de la foule. Marc Antoine insiste, et le refus de CĂ©sar est de nouveau applaudi. CĂ©sar fit porter ce diadĂšme au temple de Jupiter Capitolin[5]. Mais cette dĂ©marche imprudente ne fait que hĂąter la mort du dictateur. Les conjurĂ©s ont prĂ©vu leur attentat aux Ides de Mars (15 mars de l’an 44 av. J.-C.), au dĂ©but de la rĂ©union du SĂ©nat dans la Curie de PompĂ©e sur le Champ de Mars. Seul CĂ©sar est visĂ©, Marc Antoine (Ă©pargnĂ©, Ă  la demande de Brutus[6]), qui accompagne CĂ©sar est attirĂ© Ă  l’écart par des faux solliciteurs, tandis que CĂ©sar est entourĂ© par le groupe des conjurĂ©s. MĂ©tellus s’assure que CĂ©sar ne porte aucune protection, et tous l’assaillent : il tombe percĂ© de 23 coups de poignard[7]. Le coup ultime vient de Brutus.

Au lendemain des Ides

Le 20 mars, un bĂ»cher est dressĂ© sur le champ de Mars, prĂšs de la tombe de sa fille Julia, et l’on imagine Ă©videmment l’effet dramatique de cette proximitĂ©. Le corps du CĂ©sar, couchĂ© sur un lit d’ivoire tendu de pourpre et d’or, est d’abord dĂ©posĂ© dans une chapelle dorĂ©e, Ă©difiĂ©e sur le forum, devant la tribune aux harangues. À sa tĂȘte, sa toge ensanglantĂ©e est exposĂ©e sur un trophĂ©e. Comme le corps reposait, face vers le ciel, et ne pouvait ĂȘtre vu, on Ă©lĂšve au-dessus de lui une effigie de cire grandeur nature, afin que la foule puisse contempler les vingt-trois blessures (trente-cinq selon d’autres auteurs) qui lui ont Ă©tĂ© sauvagement infligĂ©es au corps et au visage. Pour souligner l’ignominie de ce crime, Marc Antoine fait lire, en guise d’oraison funĂšbre, la liste des honneurs qui ont Ă©tĂ© dĂ©volus Ă  CĂ©sar, ainsi que le serment qu’ont prĂȘtĂ© les sĂ©nateurs de dĂ©fendre sa vie. On chante des vers parmi lesquels revenaient, pour susciter la compassion, une citation empruntĂ©e au Jugement des Armes de Pacuvius : « Fallait-il les sauver pour qu’ils devinssent mes meurtriers ? Â».

ChavirĂ©e par l’habile et pathĂ©tique mise en scĂšne de Marc Antoine, la foule en colĂšre entasse autour du lit funĂšbre le bois arrachĂ© aux boutiques avoisinantes et tout ce qui lui tombe sous la main pour construire un bĂ»cher d’apothĂ©ose, comme elle l’a fait quelques annĂ©es plus tĂŽt pour les funĂ©railles de Clodius. Les vĂ©tĂ©rans de ses lĂ©gions y jetent leurs armes et certaines femmes les bijoux qu’elles portent. Les Juifs, qui n’oublient pas que CĂ©sar leur a permis de relever les murs de JĂ©rusalem abattus par PompĂ©e, se rĂ©unissent plusieurs nuits de suite autour de son tombeau pour le pleurer. Marc Antoine ameute le peuple contre ses assassins, qui quittent la ville devant l'agitation populaire. Au lendemain des ides de mars, Marc Antoine est le maĂźtre de la situation, le consul jouit d'une trĂšs grande popularitĂ© parmi les troupes. Mais aprĂšs le rappel des « CĂ©saricides Â» par le SĂ©nat, ce qu'Antoine ne peut tolĂ©rer, il va assiĂ©ger sans succĂšs Decimus Brutus dans Mutina (ModĂšne) en -43. Sous l'influence de CicĂ©ron le SĂ©nat le dĂ©clare ennemi de l'État, et les consuls Hirtius et Pansa marchent contre lui et le dĂ©font. Les deux consuls trouvent la mort Ă  cette occasion ; ils sont accompagnĂ©s d'Octave qui bĂ©nĂ©ficie d'un imperium grĂące Ă  CicĂ©ron et dont la responsabilitĂ© dans ces deux dĂ©cĂšs est douteuse.

Rivalité avec Octave

SĂ©paration des pouvoirs, le second triumvirat

AprĂšs cette dĂ©faite, Antoine rĂ©tablit en partie sa situation avec l'apport des renforts conduits par Publius Ventidius Bassus, un ancien lieutenant de CĂ©sar. Ventidius a recrutĂ© trois lĂ©gions dans les colonies militaires cĂ©sariennes et dans sa rĂ©gion d'origine; il a ensuite rejoint Marc Antoine Ă  Vada Sabatia sur la cĂŽte ligure. Le vaincu de ModĂšne dispose alors de troupes supĂ©rieures Ă  DĂ©cimus Brutus qui le poursuit. Marc Antoine peut dĂšs lors rejoindre sans encombre LĂ©pide alors gouverneur de la Narbonnaise. GrĂące Ă  ce dernier, Antoine rencontre le jeune Octave Ă  Bologne. Cette rencontre aboutit Ă  la formation du second triumvirat dont les premiĂšres actions sont les proscriptions de 43 av. J.-C., qui emplissent l'Italie d'exĂ©cutions sanglantes. Antoine exige la mort de CicĂ©ron, qui l'a violemment attaquĂ© dans ses Philippiques. L'annĂ©e suivante, Antoine, suivi d'Octave, dĂ©fait Brutus et Cassius dans la plaine de Philippes (MacĂ©doine), et anĂ©antit ainsi le parti rĂ©publicain. Les triumvirs se partagent ensuite l'empire romain : au cours de ce partage, Antoine obtient la GrĂšce et l'Asie.

Rencontre avec Cléopùtre

Le banquet de Cléopùtre par Tiepolo, 1744

Nous ignorons depuis quand ClĂ©opĂątre, ĂągĂ©e de 29 ans en -41, et le gĂ©nĂ©ral romain, qui a une petite quarantaine d'annĂ©es, se connaissent. Nous savons que Marc Antoine Ă©tait l'un des officiers qui avaient participĂ© au rĂ©tablissement de PtolĂ©mĂ©e XII en -55 mais il est peu probable qu'ils se soient frĂ©quentĂ©s, ClĂ©opĂątre n'ayant Ă  l'Ă©poque qu'une quinzaine d'annĂ©es, mĂȘme si Appien indique qu'Antoine avait remarquĂ© la future reine[8]. Nous ne possĂ©dons aucun tĂ©moignage certain sur cette possible rencontre. Il est plus vraisemblable qu'ils se soient frĂ©quentĂ©s lors du sĂ©jour Ă  Rome de ClĂ©opĂątre entre -46 et -44. Pourtant lors de leur rencontre en -41 ils semblent assez mal se connaĂźtre.

Dans le partage du monde romain intervenu aprĂšs l'Ă©crasement des rĂ©publicains, l'orient est dĂ©volu Ă  Antoine. Il reprend alors le projet de CĂ©sar avant sa mort, c'est-Ă -dire une grande expĂ©dition contre les Parthes. Pour cela il convoque[9] les souverains des royaumes clients Ă  Tarse, en Cilicie, y compris la reine d'Égypte[10]. Celle-ci connaĂźt au moins un des dĂ©fauts de l'officier, sa vanitĂ© et son amour du faste, aussi arrive-t-elle dans un navire Ă  la poupe dorĂ©e et aux voiles pourpres, siĂ©geant sous un dais d'or entourĂ©e d'un Ă©quipage dĂ©guisĂ© en Nymphes, NĂ©rĂ©ides et Amours. Puis elle invite Marc Antoine Ă  son bord pour un somptueux banquet. Commence alors une liaison de dix ans, sans doute l'une des plus cĂ©lĂšbres de l'Histoire mĂȘme s'il est difficile de savoir quelle est la part de calcul dans l'attitude d'Antoine, lequel a besoin de l'Égypte pour ses projets.

Dans un premier temps, Marc Antoine suit ClĂ©opĂątre Ă  Alexandrie, oĂč il passe l'hiver -41/-40, laissant son armĂ©e[11]. C'est Ă  ce moment qu'une vaste offensive des Parthes leur permet de s'emparer de la Syrie, du sud de l'Asie Mineure, et de la Cilicie. Antigone Mattathias, un prince de la famille des HasmonĂ©ens, hostile aux Romains, est installĂ© sur le trĂŽne de JĂ©rusalem. Marc Antoine mĂšne une courte contre-offensive depuis Tyr puis est obligĂ© de rentrer Ă  Rome (Ă©tĂ© -40) oĂč s'affrontent ses partisans et ceux d'Octave[12]. Il conclut avec ce dernier la paix de Brindes en octobre -40 et Ă©pouse sa sƓur, Octavie[13]. Pendant ce temps Ă  Alexandrie ClĂ©opĂątre accouche de jumeaux : un garçon Alexandre HĂ©lios, et une fille ClĂ©opĂątre SĂ©lĂ©nĂ©.

La guerre contre les Parthes

En -37/-36, Marc Antoine entame une campagne contre les Parthes qui tourne au dĂ©sastre, en grande partie causĂ© par un hiver rigoureux dans les montagnes d'ArmĂ©nie et du nord-ouest de l'Iran actuel. Antoine lui-mĂȘme en rĂ©chappe de peu. ClĂ©opĂątre est restĂ©e Ă  Alexandrie pour accoucher d'un troisiĂšme enfant du couple, PtolĂ©mĂ©e Philadelphe[14]. AprĂšs -37, on commence Ă  voir Ă  Rome dans l'alliance entre Antoine et ClĂ©opĂątre une menace contre l'Empire et contre Octave. Celui-ci envoie sa sƓur Octavie, la femme lĂ©gitime d'Antoine et la mĂšre de ses deux filles, Antonia l'AĂźnĂ©e (la future grand-mĂšre de NĂ©ron), et Antonia la Jeune (future mĂšre de Germanicus et de Claude) au dĂ©but du printemps -35 rejoindre son mari. Antoine ordonne Ă  sa femme, lorsque celle-ci parvient Ă  AthĂšnes, de rebrousser chemin. Octavie, sans montrer extĂ©rieurement le moindre signe de contrariĂ©tĂ©, ordonne aux troupes qui l'accompagnent, des renforts de son frĂšre pour son Ă©poux, de poursuivre leur chemin vers Alexandrie.

Antoine projette en effet de faire oublier son Ă©chec militaire de -36 et lance en -35 une seconde expĂ©dition plus chanceuse. L'ArmĂ©nie et la MĂ©die font acte d'allĂ©geance et Antoine cĂ©lĂšbre un triomphe, non Ă  Rome, mais Ă  Alexandrie oĂč ClĂ©opĂątre et ses enfants sont associĂ©s. Un peu plus tard CĂ©sarion est proclamĂ© roi des rois, Alexandre HĂ©lios reçoit en partage l'ArmĂ©nie et les terres au-delĂ  de l'Euphrate, PtolĂ©mĂ©e Philadelphe quant Ă  lui se voit confier, nominativement bien sĂ»r car il a environ deux ans, la Syrie et l'Asie Mineure. Enfin ClĂ©opĂątre SĂ©lĂ©nĂ© se retrouve Ă  la tĂȘte de la CyrĂ©naĂŻque. Il semble que le caractĂšre hasardeux et chimĂ©rique de ces projets grandioses et irrĂ©alistes, une partie non nĂ©gligeable de ces royaumes ne sont pas rĂ©ellement sous le contrĂŽle de Marc Antoine, n'Ă©chappe pas Ă  ClĂ©opĂątre qui se contente plus prosaĂŻquement de rĂ©clamer Ă  son amant, en vain, la JudĂ©e.

Bataille d'Actium

Les relations avec Octave s'enveniment de nouveau en -32 et l'affrontement devient inĂ©vitable. Nul doute qu'Octave craint Marc Antoine et sa popularitĂ©, encore forte au SĂ©nat, mais le triomphe d'Antoine en -35[15] et la dĂ©signation de PtolĂ©mĂ©e XV/CĂ©sarion comme roi des rois lui font envisager un danger plus vaste encore. AprĂšs tout, ce jeune homme est le seul fils de CĂ©sar, et il pourrait un jour lui venir l'idĂ©e, si les circonstances s'y prĂȘtent, de venir rĂ©clamer son hĂ©ritage paternel. Aussi Octave va s'employer Ă  dĂ©nigrer Marc Antoine par tous les moyens et surtout ClĂ©opĂątre, l'Égyptienne, celle qui le tient sous ses charmes et qui l'oblige Ă  des abandons qu'Octave estime dĂ©sastreux pour Rome. La plupart de ces accusations sont de mauvaise foi et de la propagande auprĂšs de l'opinion publique romaine mais sont aussi pour beaucoup Ă  l'origine de la « lĂ©gende noire Â» de ClĂ©opĂątre chez nombre d'auteurs antiques comme SĂ©nĂšque[16] et Pline l'Ancien[17]. ClĂ©opĂątre est rendue responsable de la guerre et la propagande d'Octave n'hĂ©site pas Ă  affirmer qu'elle souhaite rĂ©gner sur Rome[18].

La guerre voit l'Égypte fournir une part importante de l'effort de guerre, plus de 200 triĂšres, ainsi que les royaumes alliĂ©s, Ă  l'exception notable de l'habile HĂ©rode qui visiblement fait le pari d'une victoire d'Octave. Il est vrai que c'est son intĂ©rĂȘt car la reine d'Égypte lorgne sur son royaume depuis fort longtemps. Mais Marc Antoine, alors qu'il dispose des troupes les plus aguerries et de la supĂ©rioritĂ© numĂ©rique[19] mĂšne la guerre en dĂ©pit du bon sens, sans Ă©nergie et alors qu'Octave peine Ă  constituer son armĂ©e il lui laisse le temps de s'organiser. De plus l'implication de ClĂ©opĂątre dans le conflit est mal perçue par les officiers qui entourent Antoine, en particulier les anciens rĂ©publicains, assassins de CĂ©sar, qui se sont ralliĂ©s Ă  lui. Ainsi Domitius Ahenobarbus refuse absolument de saluer ClĂ©opĂątre de son titre de reine et finit par faire dĂ©fection[20]. Cette hostilitĂ© viscĂ©rale de certains Romains Ă  la monarchie, qui Ă©loigne d'Antoine de nombreux hommes de valeur, n'est pas comprise par les historiens de culture grecque des siĂšcles suivants, qui ne font guĂšre la diffĂ©rence entre la dictature de CĂ©sar, le Triumvirat et le principe monarchique des autres peuples[21]. ClĂ©opĂątre connaĂźt d'ailleurs cette hostilitĂ© et ne quitte pas Marc-Antoine de toute la prĂ©paration du conflit. Elle est prĂ©sente Ă  ÉphĂšse, Ă  AthĂšnes puis Ă  Patras. Plus lucide que les officiers d'Antoine, elle comprend fort bien qu'Octave ne la dĂ©nonce que pour mieux miner le prestige d'Antoine encore important au SĂ©nat[22].

Octave n'est pas un grand chef de guerre mais il compte avec Agrippa, un officier compĂ©tent qui lui donne rapidement l'avantage. Lorsqu’éclate la bataille navale d’Actium (septembre -31), ClĂ©opĂątre anticipe rapidement l'issue finale de la guerre et rompt le combat avec sa flotte. Cette fuite, seul moyen de sauver ce qui peut l'ĂȘtre, est Ă©videmment exploitĂ©e par Octave auprĂšs des officiers et des hommes d'Antoine dont beaucoup changent d'allĂ©geance.

La fin

Les derniers mois sont assez mal connus. Antoine retourne en Égypte et ne prend pratiquement aucune mesure pour lutter contre l'avancĂ©e de plus en plus triomphale d'Octave[23]. Il consume ses forces en banquets, beuveries et fĂȘtes somptueuses sans se soucier de la situation. Il semble que ClĂ©opĂątre ait surtout cherchĂ© Ă  mettre CĂ©sarion Ă  l'abri en l'expĂ©diant Ă  MĂ©roĂ©, au Soudan.

Vers aoĂ»t -30 Octave arrive Ă  Alexandrie. À la fausse annonce du suicide de ClĂ©opĂątre, Marc Antoine met fin Ă  ses jours en se jetant sur son Ă©pĂ©e. Mourant, il est transportĂ© par ClĂ©opĂątre dans son propre tombeau. Celle-ci est conduite devant Octave, qui la laisse se retirer avec ses servantes, la reine se suicide ensuite en se faisant mordre par un aspic.

Le Sénat interdit ensuite aux Antonii de porter le prénom Marcus, le nom de Marc Antoine étant voué à la damnatio memoriÊ.

Une ascendance mythique

Marc Antoine prĂ©tendait descendre d'Hercule, comme le rapporte Plutarque, dans la Vie qu'il lui a consacrĂ©e (§ 5) :

« Aussi Ă©tait-ce une chose qui se disait de toute anciennetĂ©, que la famille des Antoniens Ă©tait descendue d’un Anton fils d’Hercule, de qui elle retenait et portait le nom ; laquelle opinion il tĂąchait Ă  confirmer non seulement par la forme et figure naturelle de son corps [...], mais aussi par la façon de s’habiller et se vĂȘtir. Â»

Descendance de Marc Antoine

Marc Antoine et Fulvie ont deux fils : Marcus Antonius Antyllus, nĂ© en -47, et Iullus Antonius, nĂ© en -45

Marc Antoine et Octavie ont deux filles, toutes les deux appelĂ©es « Antonia Â». La plus ĂągĂ©e, Antonia Major, est mariĂ©e Ă  Lucius Domitius Ahenobarbus (barbe rouge en latin), et l'empereur NĂ©ron Ă©tait leur petit-fils . La plus jeune, Antonia Minor, se marie avec Drusus, d'oĂč est issu Germanicus dont son fils Caligula deviendra empereur et sa sƓurAgrippine la jeune sera la mĂšre de NĂ©ron. L'empereur Claude Ă©tait le frĂšre de Germanicus. Par une ironie de l'histoire, deux descendants d'Auguste et de Marc Antoine devinrent empereur, Caligula et NĂ©ron, l'empereur Claude Ă©tait uniquement le petit-fils de Marc Antoine.

Marc Antoine et ClĂ©opĂątre ont trois enfants : les jumeaux Alexandre HĂ©lios et ClĂ©opĂątre SĂ©lĂ©nĂ©, nĂ©s en -40, et PtolĂ©mĂ©e Philadelphe, nĂ© en -36. Leur demi-frĂšre PtolĂ©mĂ©e XV (CĂ©sarion), fils de CĂ©sar, est tuĂ© par Octave (futur empereur Auguste) Ă  la mort de Marc Antoine et ClĂ©opĂątre en -30. Mais les trois autres enfants sont emmenĂ©s Ă  Rome et Ă©levĂ©s par Octavie, l'ex-Ă©pouse de Marc Antoine. ClĂ©opĂątre SĂ©lĂ©nĂ© se marie en -19 avec Juba II de Numidie et devient reine de Numidie et de MaurĂ©tanie. Ses frĂšres demeurent probablement quelque temps avec elle, puis leur trace se perd.

Postérité dans les arts

Sa relation avec ClĂ©opĂątre est devenue lĂ©gendaire et a Ă©tĂ© le sujet de nombreuses Ɠuvres, citons notamment:

Notes et références

  1. ↑ En rĂ©alitĂ©, si le jour semble attestĂ©, l'annĂ©e de sa naissance n'est pas connue avec certitude. Les sources divergent sur le sujet et permettent d'envisager trois dates : -86, -83 ou -81. Cf le livre de François Chamoux, Marc Antoine, Arthaud, 1986, pp.13-14.
  2. ↑ Jules CĂ©sar, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre VII, 81, VIII
  3. ↑ Jules CĂ©sar, Bellum Civile I, 2
  4. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, 49
  5. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, 56 ; SuĂ©tone, CĂ©sar, 79 ; Plutarque, 67
  6. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, 58
  7. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars - CĂ©sar, 82
  8. ↑ Appien, V, I : On dit qu'il avait conçu pour elle, et depuis longtemps, alors qu'elle n'Ă©tait qu'une enfant, une sorte de dĂ©sir au premier coup d'Ɠil, lorsqu'il servait comme chef de la cavalerie sous les ordres de Gabinius Ă  Alexandrie.
  9. ↑ L'officier que Marc-Antoine envoie Ă  Alexandrie pour convoquer ClĂ©opĂątre est Quintus Dellius. Il trahit Antoine Ă  la veille d'Actium et passe chez Octave avec tous les documents d'Ă©tat major de son gĂ©nĂ©ral. Il a laissĂ© un livre, aujourd'hui perdu, mais que Plutarque Ă  largement consultĂ©.
  10. ↑ Appien, V, I ; Dion Cassius, XLVIII, 24.
  11. ↑ Plutarque, Vie d'Antoine, XXVIII
  12. ↑ Plutarque, Vie d'Antoine, XXX affirme que ses troubles sont l'Ɠuvre de Fulvie (1re femme d'Antoine) et du frùre d'Antoine afin d'obliger celui-ci à quitter la reine d'Egypte
  13. ↑ Fulvie sa femme vient de mourir opportunĂ©ment quelque temps plus tĂŽt
  14. ↑ Nous ignorons si c'est en -37, au retour de cette expĂ©dition que ClĂ©opĂątre et Antoine se marient ou en -34 lors du triomphe cĂ©lĂ©brĂ©e Ă  Alexandrie. Eutrope dans son AbrĂ©gĂ© de l'Histoire romaine, livre VII, VI, fixe mĂȘme le mariage avant l'expĂ©dition contre les Parthes. Nous n'en connaissons mĂȘme pas le fondement lĂ©gal mais il est clair que s'il s'agit du droit pharaonique, ce qui semble probable, ce mariage est considĂ©rĂ© comme nul par le droit romain.
  15. ↑ Plutarque, Vie d'Antoine, LIV, indique que cet Ă©vĂšnement est trĂšs mal perçu Ă  Rome.
  16. ↑ SĂ©nĂšque Ă©crit ainsi : Cet Antoine qui Ă©tait un grand homme, une belle intelligence, qui est-ce qui l'a perdu en le faisant passer sous l'empire de mƓurs Ă©trangĂšres, de vices qu'ignorait le romain ? Son ivrognerie et son amour pour ClĂ©opĂątre qui Ă©galait sa passion pour le vin, lettres Ă  Lucillius, 83, 25.
  17. ↑ Ce dernier parle de ClĂ©opĂątre comme d'une putain couronnĂ©e dans son Histoire naturelle.
  18. ↑ Eutrope, AbrĂ©gĂ© d'Histoire romaine, livre VII, VII.
  19. ↑ Plutarque, Vie d'Antoine, LXI.
  20. ↑ Velleius Paterculus, II, 84
  21. ↑ Ainsi Appien Ă©crit :

    « La diffĂ©rence ne se trouve que dans les mots, en pratique le dictateur n'Ă©tait ni plus ni moins qu'un roi.  Â»

    — Appien, II, 111.

  22. ↑ Maurice Sartre, Portrait d'une inconnue L'Histoire, n° 238, dĂ©cembre 1999, pp 32-40
  23. ↑

    « Antoine, recevant tous les jours quelques nouvelles marques d’ingratitude et d’infidĂ©litĂ© de la part de ceux qu’il croyoit lui ĂȘtre attachĂ©s le plus sincĂšrement, quitta la ville, et alla absolument s’enfermer seul dans une petite isle, prĂšs du Pharos, oĂč il avoit fait construire Ă  la hĂąte une sorte de cellule, qu’il nomma Timoneion, du nom de Timon le Misantrope [sic], qu’il disoit vouloir imiter, puisqu’il Ă©toit aussi maltraitĂ© des hommes que ce fameux AthĂ©nien, qui fut la victime de la perfidie de ses amis. Â»

    — Memoires de la cour d’Auguste tirĂ©s de l'anglois du Dr Thoma Blackwell et de M. Jean Mills, La Haye et Paris, 1768, liv. XVIII, [Ă©d. 1823], p. 133

Voir aussi

Bibliographie

Bibliographie ancienne
Bibliographie contemporaine

Liens externes


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  • Marc-Antoine Goulard — Born 2 December 1964(1964 12 02) Neuilly sur Seine, France Nationality French 
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