Mai-68

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Mai-68

Mai 68

Mai 68 est un terme d√©signant de mani√®re globale l'ensemble des mouvements de r√©volte survenus en France en mai-juin 1968. Ces √©v√©nements constituent une p√©riode et une c√©sure marquantes de l'histoire contemporaine fran√ßaise, caract√©ris√©es par une vaste r√©volte spontan√©e, de nature √† la fois culturelle, sociale et politique, voire philosophique[1], dirig√©e contre la soci√©t√© traditionnelle, le capitalisme, l'imp√©rialisme, et, plus imm√©diatement, contre le pouvoir gaulliste en place. Enclench√©e par une r√©volte de la jeunesse √©tudiante parisienne, puis gagnant le monde ouvrier et pratiquement toutes les cat√©gories de population sur l'ensemble du territoire, elle reste le plus important mouvement social de l'Histoire de France du XXe si√®cle.

Les √©v√©nements superpos√®rent essentiellement un mouvement √©tudiant et un mouvement ouvrier tous deux d'exceptionnelle ampleur. Au-del√† de revendications mat√©rielles ou salariales, et de la remise en cause du r√©gime gaullien install√© depuis 1958, ils virent se d√©ployer une contestation multiforme de tous les types d'autorit√©. Une partie active du mouvement lyc√©en et √©tudiant revendiqua notamment la ¬ę lib√©ralisation des mŇďurs ¬Ľ, et au-del√†, contesta la ¬ę vieille Universit√© ¬Ľ, la soci√©t√© de consommation, le capitalisme et la plupart des institutions et valeurs traditionnelles.

Le ¬ę Mai fran√ßais ¬Ľ s'inscrit par ailleurs dans un ensemble d'√©v√©nements dans les milieux √©tudiants et ouvriers d'un grand nombre de pays. Il ne se comprend pas sans ce contexte d'√©bullition g√©n√©rale de part et d‚Äôautre du Rideau de fer, notamment en Allemagne, en Italie, aux √Čtats-Unis, au Japon, au Mexique et au Br√©sil, sans oublier la Tch√©coslovaquie du printemps de Prague ou la Chine de la R√©volution culturelle.

En France, ces √©v√©nements prennent cependant une coloration particuli√®re car d'importantes manifestations d'√©tudiants sont rejointes √† partir du 13 mai 1968 par la plus importante gr√®ve g√©n√©rale de la Ve R√©publique, d√©passant celle survenue en juin 1936 lors du Front populaire[2]. Elle paralyse compl√®tement le pays pendant plusieurs semaines et s'accompagne d'une recherche effr√©n√©e de prise de parole, d'une fr√©n√©sie de discussions, de d√©bats, d'assembl√©es g√©n√©rales, de r√©unions informelles dans la rue, √† l'int√©rieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lyc√©es et des universit√©s, des th√©√Ętres, des maisons de jeunes ou encore des maisons de la culture.

Explosion souvent confuse et complexe, parfois violente, plus souvent encore ludique et festive, Mai 68 appara√ģt comme un moment d'illusion r√©volutionnaire lyrique, de foi ardente et utopique en la possibilit√© d'une transformation radicale de la vie et du monde. Ce que refl√©ta notamment une prolif√©ration de graffiti et de slogans imaginatifs : ¬ę Sous les pav√©s, la plage ¬Ľ, ¬ę Il est interdit d'interdire ¬Ľ, ¬ę Jouissez sans entraves ¬Ľ, ¬ę Cours camarade, le vieux monde est derri√®re toi ¬Ľ, ¬ę La vie est ailleurs ¬Ľ, ¬ę Marx est mort, Dieu aussi, et moi-m√™me je ne me sens pas tr√®s bien ¬Ľ, etc.

Parfois qualifi√©e de ¬ę r√©volution manqu√©e ¬Ľ, et malgr√© le large recours √† la rh√©torique et aux symboles des r√©volutions fran√ßaises pr√©c√©dentes ‚ÄĒ barricades, drapeaux rouge et noir ‚ÄĒ, Mai 68 ne vit en r√©alit√© aucune volont√© de conqu√™te massive populaire ill√©gale du pouvoir ni de d√©rapage vers la guerre civile, bien que plusieurs organisations et mouvances r√©volutionnaires, communistes et anarchistes, lutt√®rent activement dans le mouvement et particip√®rent √† son organisation.

Sommaire

Les phases

Les historiens divisent classiquement le d√©roulement de Mai 68 en trois phases, une ¬ę p√©riode √©tudiante ¬Ľ (3-13 mai), une ¬ę p√©riode sociale ¬Ľ (13-26 mai) et une ¬ę p√©riode politique ¬Ľ (27-30 mai).

Avant comme apr√®s le rejet par la base, le 27 mai, des accords de Grenelle n√©goci√©s par son Premier ministre Georges Pompidou avec les syndicats, Charles de Gaulle appara√ģt d√©pass√© par les √©v√©nements. Apr√®s sa disparition-surprise de 24 heures le 29 mai, il revient de Baden-Baden et reprend l'initiative en d√©cr√©tant le 30 la dissolution de l'Assembl√©e nationale. La lassitude et le retournement de l'opinion publique, initialement favorable au mouvement, am√®nent un raz-de-mar√©e gaulliste aux √©lections anticip√©es du 30 juin. Les gr√®ves cessent progressivement courant juin, et les hauts-lieux de la contestation, tels que la Sorbonne et l'Od√©on √† Paris, sont √©vacu√©s par la police.

Mai 68 a suscit√© d√®s l'√©poque de nombreuses controverses et interpr√©tations divergentes sur sa nature, sur ses causes comme sur ses h√©ritages. Il s'est prolong√©, en ouvrant la voie aux nouvelles formes de contestations et de mobilisations des ann√©es 1970 (autogestion, √©cologie politique, mouvements f√©ministes, d√©centralisation, ¬ę retour √† la terre ¬Ľ et r√©veil des cultures provinciales, etc.). Sans d√©bouch√© politique, l'√©v√©nement a eu un impact consid√©rable sur le plan social et surtout culturel, en √©tant √† l'origine de nombreux acquis sociaux et de nombreuses r√©formes soci√©tales des ann√©es suivantes.

Origines

Contexte économique

Paradoxalement, la crise de Mai 68 survient au terme d'une d√©cennie de prosp√©rit√© in√©gal√©e. Au plan √©conomique, c'est l'apog√©e des ¬ę Trente Glorieuses ¬Ľ. La soci√©t√© de consommation s'est install√©e dans les mŇďurs, sans que l'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications ni des d√©s√©quilibres mondiaux qui se d√©veloppent.

Cependant, depuis quelques mois, voire une ann√©e, des sympt√īmes importants d'une d√©t√©rioration de la situation √©conomique fran√ßaise ont fait leur apparition. Le nombre de ch√īmeurs s'accro√ģt r√©guli√®rement : d√©but 1968, ils sont d√©j√† pr√®s de 500 000. Les jeunes se trouvaient les premiers touch√©s et en 1967, le gouvernement doit cr√©er l'ANPE. La grande gr√®ve des mineurs de 1963 a signal√© le malaise d'un monde de la mine qui vit ses derni√®res ann√©es avant le d√©but d'une crise fatale. Un nombre important de gr√®ves se tiennent aussi entre 1966 et 1967, en r√©gion parisienne comme en province. Deux millions de travailleurs sont pay√©s au SMIG et se sentent exclus de la prosp√©rit√©, dont beaucoup d'OS des usines, de femmes ou de travailleurs immigr√©s. Les salaires r√©els commencent √† baisser et les travailleurs s'inqui√®tent pour leurs conditions de travail. Les syndicats s'opposent ainsi aux ordonnances de 1967 sur la S√©curit√© sociale. Des bidonvilles existent encore, dont le plus c√©l√®bre est celui de Nanterre, directement sous les yeux des √©tudiants.

M√™me les cat√©gories les plus privil√©gi√©es ne sont pas sans motifs d'inqui√©tude : la massification de l'enseignement sup√©rieur a entra√ģn√© sur les campus d'innombrables probl√®mes de locaux, de manque de mat√©riel, de transports. En 1967-1968, le gouvernement reparle aussi de s√©lection, ce qui inqui√®te les √©tudiants.

Contexte politique

Au plan politique, le mouvement survient en une p√©riode d'usure de la R√©publique gaullienne, en place depuis 1958. En 1965, lors de la premi√®re √©lection pr√©sidentielle au suffrage universel direct tenue depuis 1848, le g√©n√©ral de Gaulle a √©t√© mis en ballottage par Fran√ßois Mitterrand √† la surprise g√©n√©rale. Aux √©lections l√©gislatives de 1967, sa majorit√© √† l'Assembl√©e nationale se r√©duit √† un seul si√®ge. Les centristes tels Val√©ry Giscard d'Estaing assortissent de r√©serves critiques leur soutien au pouvoir (le ¬ę oui, mais ¬Ľ de 1967). Les d√©mocrates-chr√©tiens tels Jean Lecanuet restent hostiles. La droite extr√™me et l'extr√™me droite ne pardonnent pas au g√©n√©ral le proc√®s de Vichy ni l'¬ę abandon ¬Ľ de l'Alg√©rie fran√ßaise. Les gaullistes s'irritent du maintien √† Matignon de Georges Pompidou, jug√© trop conservateur. Quant √† ce dernier, une sourde rivalit√© l'oppose depuis 1965 au g√©n√©ral de Gaulle, dont il lorgne en silence la succession. Le 13 mai 1968, le slogan ¬ę Dix ans, √ßa suffit ! ¬Ľ traduira dans les d√©fil√©s une certaine lassitude de l'opinion.

De Gaulle √©tait arriv√© au pouvoir en mai 1958 en jouant habilement de circonstances exceptionnelles (en apparaissant comme un recours apr√®s l'√©meute du 13 mai et la prise du pouvoir par l'arm√©e √† Alger). De ce fait, aux yeux de ses opposants, la l√©gitimit√© de son r√©gime reste fortement entach√©e par les soup√ßons d'un ¬ę coup d'√Čtat ¬Ľ originel. En d√©pit des succ√®s du pouvoir (fin de la guerre d'Alg√©rie et de la d√©colonisation, r√©sorption de la crise √©conomique, mon√©taire et financi√®re, croissance soutenue) et de l'acclimatation progressive d'une constitution renfor√ßant le pouvoir ex√©cutif (r√©gime semi-pr√©sidentiel, renforc√© par l'√©lection du pr√©sident de la r√©publique au suffrage universel direct et le recours aux r√©f√©rendums), ses pratiques autoritaires suscitent une critique croissante. Ainsi l'ORTF, d√©tentrice du monopole de l'audiovisuel, se fait ouvertement le relais de la propagande officielle. √Ä Paris, le pr√©fet Maurice Papon, responsable des tueries du 17 octobre 1961 et du m√©tro Charonne quelques ann√©es plus t√īt √† peine, n'a √©t√© remplac√© qu'en 1967 par Maurice Grimaud, lettr√© humaniste venu de la gauche mend√©siste. D'autre part, √† 78 ans, la politique ext√©rieure de prestige de Charles de Gaulle et son nationalisme d'une autre √©poque ne r√©pondent pas n√©cessairement aux attentes plus mat√©rielles, culturelles et sociales de la majorit√© des Fran√ßais. En avril 1968, un c√©l√®bre √©ditorial de Pierre Viansson-Pont√© dans Le Monde constate que ¬ę la France s'ennuie ¬Ľ, reprenant le constat proph√©tique de Lamartine sous le gouvernement Guizot quelques ann√©es avant la r√©volution de 1848.

Le Parti communiste fran√ßais, de loin la premi√®re force de gauche, peine √† se d√©staliniser et a de fait cess√© depuis longtemps de poursuivre des objectifs r√©volutionnaires. Les bureaucraties scl√©ros√©es d'URSS et d'Europe de l'Est r√©pugnent les jeunes militants d'extr√™me gauche, dont le mod√®le se situe d√©sormais plut√īt du c√īt√© de Cuba ou de la Chine populaire. Beaucoup critiquent aussi le PCF ‚ÄĒ parfois appel√© P ¬ę C ¬Ľ F ‚ÄĒ pour son peu d'empressement √† critiquer la d√©rive de l'URSS entre les mains des r√©visionistes liquidateurs du socialisme.

Parall√®lement, les gauches non-communistes ne parviennent pas √† sortir de leurs divisions et de leurs discr√©dits. Aussi un espace est-il ouvert pour que des groupes ¬ę gauchistes ¬Ľ se multiplient, en marge des grandes organisations officielles (trotskistes, prochinois, etc.). La politisation et l'agitation sont entretenues dans la jeunesse par exemple par les comit√©s Vi√™tnam, form√©s majoritairement de lyc√©ens et √©tudiants, qui d√©noncent ¬ę l'imp√©rialisme am√©ricain ¬Ľ visible par la guerre du Vi√™t Nam. La guerre froide fait aussi na√ģtre des id√©es antinucl√©aires.

Origines culturelles

Mai 68 ne se comprend que dans un monde en rapide mutation. L'acc√©l√©ration de l'exode rural et de l'urbanisation, l'augmentation consid√©rable du niveau de vie, la massification de l'√©ducation nationale et de l'Universit√©, l'av√®nement de la culture des loisirs, du spectacle et des mass m√©dia, repr√©sentent des changements acc√©l√©r√©s et sans pr√©c√©dents en moins d'une g√©n√©ration. Les ann√©es 1960 sont aussi celles de l'affirmation de la jeunesse en tant que cat√©gorie socio-culturelle et politique √† part enti√®re. En particulier, la jeunesse a maintenant sa propre culture, avec une presse qui lui est destin√©e, des √©missions de radio tr√®s suivies (Salut les copains !) ou ses chanteurs attitr√©s (les Beatles, les Rolling Stones, Johnny Halliday, etc.). Elle a aussi ses propres malaises et ses propres revendications (notamment en mati√®re de libert√© sexuelle) que les pouvoirs publics et le monde adulte tardent √† comprendre.

Au plan religieux, la France, encore très catholique, vient de suivre avec passion le Concile de Vatican II, qui a profondément rénové mais aussi ébranlé le catholicisme traditionnel, et surtout les mouvements d'action catholique. En particulier, les Scouts de France représentant à l'époque une part non négligeable des jeunes chrétiens, ont modifié les rapports hiérarchiques dans leurs structures, remettant en cause à partir de 1964, un modèle de type militaire et introduisant la collégialité des décisions au sein des équipes. La Jeunesse étudiante chrétienne en ébullition doit être reprise en main par la hiérarchie dès 1964. Le mouvement des prêtres-ouvriers, dont la condamnation est levée en 1965, reprend son essor. Beaucoup de chrétiens se préoccupent de rénover les relations des fidèles aux autorités religieuses, de revisiter les pratiques et les dogmes, voire de réconcilier foi et révolution.

Sur le plan sociologique, la dynamique de groupe s'est répandue pendant les années 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au débat.

Mais les clivages sociaux sont encore extr√™mement rigides. 92 % des √©tudiants viennent encore de la bourgeoisie. Le paternalisme autoritaire est omnipr√©sent. On commence √† ouvrir des lyc√©es ¬ę mixtes[3] ¬Ľ, mais beaucoup d'√©tablissements scolaires sont encore r√©serv√©s aux gar√ßons ou aux filles seulement. Les filles ne sont pas autoris√©es √† porter le pantalon. Il est impossible de fumer dans un √©tablissement ou, dans les universit√©s, d'acc√©der pour les hommes aux internats de filles.

La France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive dès 1967, mais elle est encore peu répandue. L'éducation n'a pas encore connu de réformes structurelles et le décalage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dépassés.

Au plan philosophique, plusieurs auteurs ont eu une influence importante au moins sur une partie du mouvement, pendant et apr√®s : le freudo-marxiste Wilhelm Reich, dont le manifeste, La r√©volution sexuelle, est paru en 1936 ; le livre d'Herbert Marcuse L'Homme unidimensionnel, sous-titr√© Essai sur l'id√©ologie de la soci√©t√© industrielle avanc√©e, paru en France en 1964 puis r√©√©dit√© en 1968 ; le Trait√© de savoir vivre √† l'usage des jeunes g√©n√©rations de Raoul Vaneigem, paru en 1967 ; La Soci√©t√© du spectacle de Guy Debord, paru en 1967 ; et, plus tard, L'Anti-Ňídipe de Gilles Deleuze et F√©lix Guattari, publi√© en 1972. D'autres penseurs comme Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron critiquent la ¬ę reproduction sociale ¬Ľ qui permet aux √©lites de conserver leur domination de g√©n√©ration en g√©n√©ration. √Ä l'√Čcole normale sup√©rieure de la rue d'Ulm, le philosophe communiste Louis Althusser a form√© une g√©n√©ration de penseurs marxistes-l√©ninistes fran√ßais, qui forment l'embryon des premi√®res organisations mao√Įstes.

Cependant, peu des penseurs éminents de l'époque prendront part en personne au mouvement, dont l'explosion les surprendra autant que tout le monde. En général, ils seront initialement perplexes, réservés voire hostiles.

Une partie de la jeunesse radicalis√©e regarde avec fascination vers les mouvements r√©volutionnaires du Tiers-Monde : Che Guevara, Fidel Castro, Ho Chi Minh servent de mod√®le, tandis que l'irruption sur la sc√®ne chinoise des jeunes gardes rouges donnent l'illusion que la jeunesse en tant que telle peut avoir un pouvoir politique dans la soci√©t√© et remettre en cause l'autorit√© des adultes et des pouvoirs. On suit aussi attentivement les luttes men√©es aux Etats-Unis par le mouvement d'√©mancipation des Noirs, ou encore par les sit-in et les diverses recherches du mouvement hippie et √©tudiant (Berkeley). En avril 1968, des incidents retentissants opposent √©tudiants du Mouvement des √©tudiants allemands socialistes (Sozialistischer Deutscher Studentenbund) et autorit√©s ouest-allemandes. Le caract√®re international de ces mouvements permet de replacer les √©v√©nements fran√ßais au sein d'une dynamique mondiale.

Origines immédiates

Le mouvement du 22-Mars, prenant le relais de la contestation men√©e par de petits groupes tels les anarchistes et les enrag√©s de Ren√© Riesel, se fait conna√ģtre ce jour-l√† en occupant un √©tage de la tour administrative de la facult√© de Nanterre. Sa principale revendication est la protestation contre des arrestations op√©r√©es quelques jours plus t√īt lors des manifestations contre la guerre du Vi√™t Nam.

Le mouvement est porteur d'un idéal politique très libéral au sens des libertés individuelles et très critique vis à vis de la société de consommation, de l'autoritarisme, de l'impérialisme. Le mouvement joue aussi de thèmes touchant à la vie de tous les jours, comme par exemple le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles.

Il n'y a pas eu √† proprement parler de ¬ę figures de proue ¬Ľ du mouvement qui est demeur√© ¬ę multiforme ¬Ľ et sans organisation centralis√©e. Certains sont cependant devenus, a posteriori, des embl√®mes du mouvement m√™me si leurs discours, singuliers, ne sauraient r√©sumer la diversit√© d'opinions qui existaient au sein des masses et si, pour certains, ce discours post√©rieur a parfois consist√© √† r√©√©crire les √©v√©nements. Parmi eux, Serge July, Daniel Cohn-Bendit. L'√©crivain Robert Merle, prix Goncourt 1949 et professeur d'anglais √† la facult√© de Nanterre, a consacr√© un roman entier √† la journ√©e du 22 mars et celles qui l'ont pr√©c√©d√©e. On y retrouve beaucoup de leaders de l'√©poque, ainsi qu'une bonne analyse des causes et r√™ves du mouvement[4]. Cet ouvrage, sur les √©v√©nements, est bien compl√©t√© par celui de Kristin Ross sur les discours qui ont √©t√© tenus sur Mai 68, de 1968 √† nos jours[5].

Les causes de ce mouvement sont diverses. Les analyses historiques tournent √† la fois autour de l'id√©e qu'une grande rigidit√© cloisonnait les relations humaines et les mŇďurs et de la constatation d'un d√©but de d√©gradation des conditions mat√©rielles apr√®s la p√©riode de reconstruction suivant la Seconde Guerre mondiale. √Ä l'√©poque, de nombreux bidonvilles jouxtent la capitale notamment celui de Nanterre. Les √©tudiants qui se rendaient dans la facult√© fra√ģchement construite d√©couvrirent ce milieu, la pauvret√©, la condition ouvri√®re. Le m√©contentement naissant dans le milieu √©tudiant sera relay√© par celui qui se profilait depuis plusieurs ann√©es dans le secteur ouvrier.

Résumé général des événements

Forces en présence

L'√©clatement spontan√© de la crise prit compl√®tement au d√©pourvu le pouvoir, ainsi que pratiquement toutes les organisations, partis et syndicats organis√©s. Le camp du pouvoir ne fut pas plus uni que celui de la contestation. Le Parti communiste fran√ßais et son relais syndical, la CGT, refus√®rent dans un premier temps de joindre leur cause √† celle des √©tudiants vus comme ¬ę bourgeois ¬Ľ et a fortiori de leurs dirigeants d'inspiration libertaire (tels Daniel Cohn-Bendit) ou issus des divers groupuscules ¬ę gauchistes ¬Ľ. Ceux-ci √©taient souvent eux-m√™mes divis√©s (¬ę marxistes-l√©ninistes ¬Ľ prochinois, trotskistes, etc.) et incertains quant √† l'attitude √† avoir face au mouvement. Au sommet de l'√Čtat, la crise aggrava les divergences entre le g√©n√©ral de Gaulle, peu compr√©hensif envers ce qu'il qualifie le 19 de ¬ę chienlit ¬Ľ, et partisan d'une r√©pression imm√©diate, et son Premier ministre, Georges Pompidou, qui pr√©f√©ra jouer la carte de la mod√©ration et de la compr√©hension pour mieux laisser le mouvement s'essouffler de lui-m√™me. Les forces centristes et les gauches (Pierre Mend√®s France, Fran√ßois Mitterrand) tent√®rent difficilement de canaliser vers la construction d'une alternative politique au r√©gime gaullien, un mouvement largement indiff√©rent √† la question de la prise du pouvoir.

Déroulement d'ensemble

Le vendredi 3 mai, la cour de la Sorbonne est occup√©e par 400 manifestants qui tiennent meeting sans heurt particulier. Devant le risque d'une attaque des √©tudiants d'extr√™me droite (Occident, mouvement violent d'inspiration fasciste, annonce une marche sur l'√©tablissement dans le but avou√© d'une confrontation brutale), elle est √©vacu√©e par une intervention polici√®re muscl√©e : plusieurs centaines d'√©tudiants sont arr√™t√©s, dont Jacques Sauvageot, le dirigeant de l'UNEF, principal syndicat √©tudiant. Cette intervention des forces de l'ordre √† la Sorbonne, √† la demande du recteur Jean Roche, sans pr√©avis ni n√©gociations, est tr√®s mal v√©cue par les √©tudiants, qui se pensaient prot√©g√©s par le statut universitaire. Les √©tudiants r√©agissent aussit√īt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pav√©s, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite √† l'annonce de peines de prison pour les manifestants, pendant lesquelles commencent √† fleurir les slogans libertaires.

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Le pr√©sident du SNE-Sup (syndicat des enseignants du sup√©rieur), Alain Geismar, d√©cide de soutenir les manifestants. Les membres du Parti communiste et de certaines organisations d'extr√™me gauche (mao√Įstes, AJS) sont d'abord pris de court : pour eux, la r√©volution est cens√©e venir des ouvriers, et non des √©tudiants ; de plus, les revendications du mouvement du 22-Mars leur paraissent ¬ę pu√©riles ¬Ľ et ¬ę petit-bourgeoises ¬Ľ et surtout ¬ę gauchistes ¬Ľ. Apr√®s un moment de flottement, ils essayent toutefois de gagner les ouvriers √† cette ¬ę r√©volte ¬Ľ. La CGT, pour sa part, ne les suit pas et son secr√©taire g√©n√©ral de l'√©poque, Georges S√©guy, s'en expliquera plus tard devant les m√©dias : ¬ę Cohn-Bendit qui est-ce ? Sans doute faites-vous allusion √† ce mouvement lanc√© √† grand renfort de publicit√© qui, √† nos yeux, n'a pas d'autre objectif que d'entra√ģner la classe ouvri√®re dans des aventures en s'appuyant sur le mouvement des √©tudiants ¬Ľ. Mais la base de ces organisations traditionnelles de gauche d√©passe leurs responsables.

Dans la nuit du 10 au 11 mai, les étudiants occupant le Quartier latin dressent plusieurs dizaines de barricades qui sont finalement prises d'assaut dans la nuit par les CRS. On relève des centaines de blessés. Face à la répression policière, la population a tendance depuis les premiers jours à prendre majoritairement fait et cause pour les étudiants. A l'aube, syndicats et partis appellent à une démonstration de solidarité pour le surlendemain.

Le lundi 13 mai, une immense manifestation traverse Paris. Le syndicat CFDT parle d'un million de manifestants. La préfecture de police n'en concède même pas deux cent mille.

Le chef de l'√Čtat, le g√©n√©ral de Gaulle, en voyage officiel en Roumanie du 14 au 19 mai, n'accorde initialement pas beaucoup d'attention √† ces manifestations. Il laisse son Premier ministre Georges Pompidou s'en occuper : on dira de lui plus tard que ¬ę rares sont les hommes politiques, tel M. Pompidou, pour encaisser √† ce point pendant les insultes ¬Ľ. Celui-ci a interrompu le 12 un autre voyage officiel en Afghanistan pour faire face √† la situation. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. On croit alors qu'il tergiverse et c√®de mais en r√©alit√© ce mouvement est tactique : il esp√®re que les exc√®s des √©tudiants d√©consid√©reront leur mouvement au regard de l'opinion (lettre cit√©e par Raymond Aron dans ses M√©moires, p. 667). Sceptique face √† cette ligne de mod√©ration tactique, de Gaulle reste pour l'heure √† l'√©cart, en se r√©servant la possibilit√© d'intervenir si besoin.

Sans mot d'ordre aucun, et √† la surprise des responsables de chaque camp, la gr√®ve g√©n√©rale symbolique pr√©vue pour le 13 mai ne s'arr√™te pas √† ce jour-l√†. Le mouvement ne fait au contraire que s'√©tendre rapidement dans le courant du mois : c'est la premi√®re gr√®ve g√©n√©rale sauvage de l'Histoire. C'est aussi la premi√®re fois qu'une gr√®ve g√©n√©rale paralyse un pays parvenu au stade de la soci√©t√© de consommation.

Des grèves et occupations d'usine spontanées se multiplient donc jusqu'à la mi-mai. La première a lieu à l'usine Sud-Aviation Bouguenais (44) le 14 mai avec 2682 salariés. Le 22 mai, 10 millions de salariés ne travaillent pas (en grève ou empêchés de travailler). Les revendications sont à la fois traditionnelles (augmentation des salaires, meilleures conditions de travail) et nouvelles. Il s'agit en effet de revendications qualitatives (pour plus d'autonomie, responsabilité du salarié, forme de cogestion des entreprises, etc.).

Dans tout le pays, les portes s'ouvrent à n'importe quel citoyen, la parole se libère et devient pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe. Des dialogues intenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et à travers les générations.

L'un des symboles de ces lieux de d√©bats est le th√©√Ętre de l'Od√©on √† Paris o√Ļ l'on peut entendre s'affronter, dans des d√©bats pris tr√®s au s√©rieux jour et nuit, quelques syndicalistes d√©l√©gu√©s de chez Renault, des m√©nag√®res du quartier, des √©tudiants, un groupe de jeunes de droite de Neuilly-sur-Seine venus en touristes, un autre groupe de lyc√©ens d'une banlieue ouvri√®re, autres touristes, tel ou tel artiste c√©l√®bre, des professeurs, un conseiller municipal aux abois, un ou deux cadres d'entreprise catastroph√©s, pendant que dans les coulisses du th√©√Ętre, quelques √©chevel√©s de la lib√©ration sexuelle se livrent √† des √©bats spontan√©s et sans intimit√©.

√Ä tout moment dans tel ou tel lieu de France, un militant de telle ou telle organisation, plus ou moins rompu √† la dynamique de groupe en vogue, s'impose pour faire voter une ¬ę motion ¬Ľ en ¬ę assembl√©e g√©n√©rale ¬Ľ qui se perd dans un flot de tracts et ach√®ve parfois sa course dans un article de presse, si un journal peut para√ģtre, suivant le destin d'une bouteille √† la mer lanc√©e √† Maubeuge et ouverte dans l'√éle de la Cit√©. On d√©couvrira des attitudes personnelles surprenantes, comme celle du d√©put√© Val√©ry Giscard d'Estaing allant seul √† l'aube √† la rencontre des ouvriers de Billancourt qui occupent leur usine.

Les accords de Grenelle n√©goci√©s entre Georges Pompidou et les syndicats laissent croire un moment √† une sortie de crise en √©change d'une fourn√©e d'acquis sociaux sans pr√©c√©dent depuis la Lib√©ration voire depuis les accords Matignon du 7 juin 1936 : droit syndical dans l'entreprise, augmentation du SMIG de 35 %, paiement des jours de gr√®ve √† 50 %, etc. Cependant, la base boude les accords et aucune reprise du travail ne se manifeste.

La crise devient politique. Alors que le g√©n√©ral de Gaulle appara√ģt flottant et d√©pass√© (son intervention t√©l√©vis√©e du 24 mai, proposant un r√©f√©rendum, est tomb√©e √† plat de son propre aveu, et n'a suscit√© qu'une nouvelle nuit de barricades parisiennes, plus violente que la pr√©c√©dente), une alternative semble s'esquisser non sans mal √† gauche. Certains comme Fran√ßois Mitterrand parlent d'un gouvernement provisoire qui serait dirig√© par Pierre Mend√®s France. C'est aussi vers ce dernier que se tournent beaucoup de regards, jusque de la part des centristes et de certains hommes de droite, et c'est en lui aussi que mettent leurs espoirs les organisateurs du meeting du stade Charl√©ty (CFDT, UNEF et animateurs de Mai), r√©unis le 27 mai au soir. Quant au PCF, dubitatif mais menac√© d'√™tre d√©bord√©, il fait d√©filer ses troupes en bon ordre le 29 pour exiger un ¬ę gouvernement populaire ¬Ľ aux contours impr√©cis mais dont il serait une partie prenante essentielle.

C'est ce 29 mai qu'au plus fort de la contestation et du d√©sarroi, de Gaulle dispara√ģt pendant plusieurs heures, √† la surprise g√©n√©rale. Cela plonge Pompidou et la majorit√© dans une certaine angoisse. Sans pr√©venir personne, de Gaulle va consulter son ancien compagnon de lutte le g√©n√©ral Massu en Allemagne, au lieu de se rendre comme annonc√© √† sa r√©sidence secondaire de Colombey. Veut-il s'assurer symboliquement du soutien de l'arm√©e, dont nul ne souhaite en r√©alit√© l'intervention ? Veut-il d√©concerter l'adversaire et jouer sur la peur du vide, alors que l'opinion commence √† se retourner devant l'absence de perspective du mouvement ? √Čpuis√© et d√©concert√©, a-t-il eu un authentique moment de passage √† vide[6] voire la tentation de se retirer ? Il semble que toutes ces raisons se soient conjugu√©es.

Revenu √† Paris le lendemain midi 30 mai, de Gaulle accepte la proposition de Georges Pompidou de dissoudre l'Assembl√©e nationale pour organiser de nouvelles √©lections l√©gislatives[7]. Le Premier ministre estime avec justesse que le mouvement √©tudiant, poursuivant la gr√®ve en d√©pit de l'accession √† ses revendications, s'est rendu impopulaire. L'apr√®s-midi, tandis qu'une marche de soutien au gouvernement, men√©e par Andr√© Malraux[8] et Michel Debr√©, r√©unit sur les Champs-√Člys√©es trois cent mille manifestants selon la pr√©fecture de police et un million selon les gaullistes, de Gaulle annonce la dissolution par la radio dans un discours bref qui change brusquement la donne (voir Charles de Gaulle pour quelques extraits).

La situation se renverse peu √† peu. Apr√®s plusieurs √©pisodes violents d√©but juin ‚ÄĒ violents affrontements √† Renault-Flins les 7 et 10 et √† Peugeot-Montb√©liard-Sochaux le 11 ‚ÄĒ, les gr√®ves cessent progressivement. Une troisi√®me ¬ę nuit des barricades ¬Ľ au Quartier latin les 11 et 12 juin n'est plus que le fait d'irr√©ductibles. Le 12 juin, plusieurs organisations ¬ę gauchistes ¬Ľ sont dissoutes. L'Od√©on et la Sorbonne sont √©vacu√©s sans difficult√© par la police quelques jours plus tard. De nombreux journalistes gr√©vistes de l'ORTF sont licenci√©s , tandis que la r√©pression s'abat sur certains leaders du mouvement, tels Daniel Cohn-Bendit, interdit durablement de s√©jour[9]. Les √©lections des 23 et 30 juin s'ach√®vent sur un raz-de-mar√©e √©lectoral pour les gaullistes, dont le groupe emporte la majorit√© absolue √† l'Assembl√©e, situation sans pr√©c√©dent. Mais ces jours ont aussi port√© en germe un net refroidissement des relations entre Georges Pompidou et le g√©n√©ral de Gaulle : aussit√īt les √©lections remport√©es, ce dernier le remplace par Maurice Couve de Murville √† la t√™te du gouvernement.

N√©anmoins, les Fran√ßais ont appris √† appr√©cier en ces jours-l√† le vrai vainqueur de la crise : de Gaulle n'est plus irrempla√ßable et, apr√®s l'√©chec du r√©f√©rendum du 28 avril 1969, suivi de sa d√©mission imm√©diate, c'est sans surprise que Georges Pompidou acc√©dera √† l'√Člys√©e. De Gaulle, pour sa part, votera depuis l'Irlande o√Ļ il prend quelques jours de vacances avec son √©pouse.

L'√©chec politique du mouvement n'emp√™che pas un certain succ√®s social et culturel : jamais ratifi√©s, les accords de Grenelle sont tacitement appliqu√©s, en particulier le passage du salaire minimum √† 600 F par mois (le pouvoir d'achat du franc de l'√©poque est l√©g√®rement sup√©rieur √† celui de l'euro de 2002, voir INSEE). L'Universit√© napol√©onienne est d√©mantel√©e fin 1968 par la loi Faure, la d√©centralisation relanc√©e. Si la tentative du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas (1969-1974) de satisfaire certaines aspirations de Mai 68 se heurte au plus grand conservatisme de Pompidou, d'autres demandes seront satisfaites par le pr√©sident Val√©ry Giscard d'Estaing en 1974 (d√©p√©nalisation de l'IVG, fin de la censure, majorit√© civile √† 18 ans, etc.), puis par la gauche au pouvoir apr√®s 1981 (lib√©ralisation de l'audiovisuel, loi Defferre sur la d√©centralisation, etc.)

Chronologie des événements

Conséquences de Mai 68

Au plan politique

Les accords de Grenelle

Une augmentation de 35 % du SMIG √† 600 F par mois et de 10 % des salaires, la cr√©ation de la section syndicale d‚Äôentreprise, act√©e dans la loi du 27 d√©cembre 1968 et une quatri√®me semaine de cong√©s pay√©s, sont entre autres conclues lors des accords de Grenelle, suite √† des n√©gociations men√©es en particulier par le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au d√©but du mois de juin. La police et la gendarmerie √©vacuent au fur et √† mesure les diff√©rents lieux occup√©s.

Les morts

Bien qu'on cr√©dite souvent le pr√©fet de police de Paris, Maurice Grimaud, d'avoir √©vit√© tout mort √† Paris, les √©v√©nements ont toutefois caus√©, √† l'√©chelle nationale, la mort directe de cinq personnes : le commissaire de police Ren√© Lacroix[10], √©cras√© par un camion √† Lyon; le gr√©viste de 24 ans Pierre Beylot, ouvrier √† l'usine Peugeot de Sochaux-Montb√©liard (Doubs), tu√© de deux balles ; un autre gr√©viste de la m√™me usine, Henri Blanchet, 49 ans, qui est d√©s√©quilibr√© par une grenade offensive, tombe d‚Äôun parapet et meurt le cr√Ęne fractur√© ; ou encore le lyc√©en Gilles Tautin (17 ans), noy√© dans la Seine apr√®s la poursuite par des CRS aux abords de l'usine de Flins (Yvelines) ainsi que Philippe Math√©rion, 26 ans, dont on retrouve le corps au petit matin sur la barricade de la rue des √Čcoles[11]. Enfin, bien que la m√©moire de ces √©v√©nements ait √©t√© recouverte jusqu'√† la gr√®ve g√©n√©rale de 2009, et ceux-ci peu connus en-dehors de l'√ģle au moment des faits, les √©meutes de mai 1967 en Guadeloupe ont fait des dizaines de morts...

Le décret de dissolutions du 12 juin 1968

Le d√©cret pr√©sidentiel du 12 juin 1968 dissout onze mouvements jug√©s extr√©mistes, en application de la loi de janvier 1936 (modifi√©e) ¬ę sur les groupes de combat et milices priv√©es ¬Ľ, dont:

Le d√©cret √©pargne toutefois l'organisation d'extr√™me-droite Occident. Ren√© Capitant, ministre de la Justice, argue : ¬ę Le mouvement Occident a employ√© la violence, parfois, mais il ne s'est pas d√©voil√© comme un mouvement subversif. ¬Ľ

La dissolution de l'Organisation communiste internationale, de la Fédération des étudiants révolutionnaires et du groupe Révoltes sera annulé, suite à trois requêtes (l'une émanant de Pierre Boussel, alias Lambert) pour annulation du décret en raison d'un excès de pouvoir, accepté par le Conseil d'Etat [12].

Dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968

Les √©lections l√©gislatives de juin 1968 voient la tr√®s large victoire des gaullistes, regroup√©s dans le parti renomm√© pour l'occasion Union pour la d√©fense de la R√©publique. On s'est beaucoup interrog√© sur ce retournement de la peur, tant les m√©dias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement √©tudiant. Au fond personne √† gauche n'avait donn√© l'impression de ma√ģtriser ce qui se passait et la solution paraissait √™tre provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilit√© institutionnelle.

R√©f√©rendum sur la r√©gionalisation et le r√īle du S√©nat du 27 avril 1969 et d√©part du g√©n√©ral de Gaulle

Le g√©n√©ral de Gaulle avait souhait√© un r√©f√©rendum en mai 1968. Georges Pompidou avait plaid√© et obtenu la dissolution de l'Assembl√©e nationale. De Gaulle ne renonce pas √† son projet de r√©f√©rendum. Il per√ßoit que mai 1968 a mis en exergue un besoin de d√©mocratie plus direct et plus proche du peuple. Il imagine de d√©centraliser certains lieux de d√©cision et de refonder le S√©nat en changeant profond√©ment ses crit√®res de recrutement. C'est l'objet de ce r√©f√©rendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Fran√ßais r√©pondent ¬ę non ¬Ľ. Le non l'emporte avec 52,41 % (80,13 % de votants, 77,94 % de suffrages exprim√©s). Comme il l'avait indiqu√©, le g√©n√©ral de Gaulle part.

Aux plans culturel, économique et social

D'une mani√®re g√©n√©rale Mai 68 sera la plus grande contestation de l'ordre existant. La singularit√© fran√ßaise sera le lien entre la contestation intellectuelle et le monde ouvrier.[13] Mai 68 est une ouverture brutale de la culture fran√ßaise au dialogue social et m√©diatique, qui s'infiltrera dans tous les rouages de la soci√©t√© et de l'intimit√© familiale, et une √©tape importante de prise de conscience de la mondialisation de la soci√©t√© moderne (apr√®s les guerres ¬ę mondiales ¬Ľ) et de la remise en cause du mod√®le occidental de la ¬ę soci√©t√© de consommation ¬Ľ.

  • L'une des principales influences de la r√©volution de mai 68 se situe au niveau socio-culturel, comme l'a reconnu Fran√ßois Mitterrand lors du 20e anniversaire de mai 68.
On assiste à une désaffection des Français pour la sphère publique et politique et pour le militantisme en général.


Les √©v√©nements de mai 1968 marquent une division politique qui a des r√©percussions dans la soci√©t√© fran√ßaise. Par exemple, le schisme de l'universit√© des sciences humaines de Lyon II. Actuellement, on situe parfois les personnalit√©s politiques selon le ¬ę c√īt√© ¬Ľ des barricades o√Ļ elles se situaient. Le qualificatif p√©joratif de ¬ę gauchiste ¬Ľ, cr√©√© par L√©nine en 1920 (¬ę La maladie infantile du communisme ¬Ľ), entre dans le langage courant.
De nouvelles valeurs apparaissent. Elles sont notamment centr√©es autour de l'autonomie, la primaut√© de la r√©alisation personnelle, la cr√©ativit√©, la pluridisciplinarit√© et la valorisation de l'individu impliquant le refus des r√®gles traditionnelles de la soci√©t√© et la remise en cause de l'autorit√©. La red√©finition de nouvelles r√®gles se construit autour de l'id√©e d'autogestion et du communautarisme. Le concept d'autogestion sera concurrenc√© par celui de cogestion qui sera cher √† Edgar Faure dans sa r√©forme de l'enseignement qui suivra et d'une mani√®re g√©n√©rale tr√®s en vogue dans les organisations politiques inqui√®tes de cette √©volution jug√©e ¬ę anarchique ¬Ľ.
  • On consid√®re souvent la lib√©ration sexuelle comme l'un des grands th√®mes de Mai 68. En r√©alit√© ce n'est que dans les ann√©es suivantes (1970 √† 1975 essentiellement) que les d√©bats sur les moeurs prendront place, corr√©lativement √† l'arriv√©e des contraceptifs modernes. Le f√©minisme aussi se d√©veloppe durant ces ann√©es, avec son mouvement le plus radical, le MLF (premi√®re manifestation publique en 1970), et joue un grand r√īle dans l'implosion du militantisme traditionnel au profit de th√®mes f√©ministes comme l'autorisation de l'avortement (1975), la remise en cause de la r√©partition des t√Ęches dans le couple (¬ę Qu'est-ce qui est plus long : faire cuire le steak d'un r√©volutionnaire ou celui d'un bourgeois ? ¬Ľ), la ¬ę naissance sans violence ¬Ľ.
  • La d√©nonciation des r√©gimes communistes r√©formistes (l'Archipel du Goulag, le Cri des pierres) se confirme. Cette d√©sillusion sur le communisme, juste apr√®s un engagement politique intense, notamment des mao√Įstes et de l'extr√™me gauche qui apparurent un temps parmi les jeunes comme une alternative plus authentique, d√©bouchera sur un pessimisme g√©n√©ralis√© dans les milieux de gauche, un auto-d√©nigrement syst√©matique de tout ce qui a pu exister avant la R√©volution de Mai.
  • L'influence de Mai 68 est manifeste dans la p√©dagogie scolaire en France. De disciple, l'√©l√®ve devient un sujet pouvant intervenir dans la p√©dagogie dont il est l'objet, c'est la co√©ducation. La dimension de la parole libre, du d√©bat, s'accro√ģt. La discipline autoritaire fait place √† la participation aux d√©cisions. Les enseignants ont √©t√© parfois d√©stabilis√©s dans l'id√©e qu'ils se faisaient de leur m√©tier. On critiquera ensuite cette √©volution jug√©e souvent trop permissive. Elle a aussi √©t√© √† l'origine de la participation des √©l√®ves et des parents aux conseils de classe et de la red√©finition des r√®glements scolaires dans les √©tablissements d√®s juin 1968.
  • Dans le domaine √©conomique et social
Le conflit de la soci√©t√© des montres ¬ę Lip ¬Ľ, conduit par Charles Piaget du Syndicat CFDT, √† Besan√ßon en 1973, sera une illustration tr√®s m√©diatis√©e de cette √©volution, avec une exp√©rience de mise en Ňďuvre de l'autogestion de l'entreprise qui fera couler beaucoup d'encre.
Cette influence aura aussi des cons√©quences en 1973 dans des mouvements de remise en cause de l'arm√©e et de la force de frappe nucl√©aire et d'une mani√®re g√©n√©rale dans les mouvements √©cologiques (Brice Lalonde) et anti-militaristes (la lutte contre l'extension du camp militaire des jeunes paysans du Larzac, dont est issu Jos√© Bov√©, le courant de la Non-violence) et les fameuses ONG comme ¬ę M√©decins Sans Fronti√®res ¬Ľ (Bernard Kouchner), directement issues de la prise de conscience plan√©taire des mouvements de Mai 68. C'est aussi la p√©riode de la naissance de l'id√©e de ¬ę Halte √† la croissance ? ¬Ľ (1972) titre d'une publication du Club de Rome fond√© en 1968.
Curieusement, si l'on en croit le magazine L'Expansion, le rythme annuel d'augmentation de la productivit√© ¬ę s'accrut ¬Ľ pendant les trois ann√©es qui suivirent Mai 68. Il est clair qu'avec la victoire des gaullistes le 30 mai 1968 pour r√©primer le mouvement de mai 68 et casser le mouvement, l'objectif politique n'allait pas dans le sens des revendications des manifestants contre qui les gaullistes s'√©taient livr√©s √† un bras de fer.
  • Dans la presse

On peut noter l'enthousiasme de certains journalistes comme Jacques-Arnaud Penent dans le journal Combat.

L'encyclique Humanæ vitæ, publiée en juillet 1968, est surtout connue pour son refus de la contraception.
La communaut√© Ňďcum√©nique des Fr√®res de Taiz√© devient l'un des p√īles structurant de ce bouleversement. Au d√©but des ann√©es 1970, jusqu'√† quarante mille jeunes, venus certes du monde entier, mais beaucoup de France, se rassemblent autour d'eux chaque semaine de P√Ęques dans le petit village bourguignon de Taiz√©, qui compte d'ordinaire cinquante habitants. Chacun est invit√© √† participer au ¬ę Concile des jeunes ¬Ľ. On cr√©e des ¬ę fraternit√©s ¬Ľ dans le monde communiste, comme dans le monde occidental ou en Am√©rique latine, √† l'image des premiers chr√©tiens et aupr√®s des plus pauvres. Ces extraits de textes de Taiz√© expriment le bouleversement chr√©tien en √©cho aux √©v√©nements de mai 68 : ¬ę Le Christ ressuscit√© vient animer une f√™te au plus intime de l'homme ¬Ľ, ¬ę Il va nous donner assez d'imagination et de courage pour devenir signe de contradiction ¬Ľ. Ce ¬ę signe de contradiction ¬Ľ deviendra ult√©rieurement ¬ę signe de r√©conciliation ¬Ľ.
À cette époque s'amplifie également le mouvement des prêtres ouvriers et le mariage des prêtres. Surtout le nombre de pratiquants dans les églises occidentales traditionnelles va suivre une décroissance considérable et traumatisante pour les responsables religieux.
  • La fin des ann√©es 1970 a √©t√© appel√©e par certains (comme Gilles Lipovetsky) ¬ę l'√®re du vide ¬Ľ. L'√©lection de Fran√ßois Mitterrand en 1981, sur le th√®me tr√®s mai 68 ¬ę Changer la vie ¬Ľ, apparut comme une flamb√©e d'espoir ou une crise de panique catastrophique, selon les courants, dans cette √©volution politique en France. Mais cette attitude d√©sillusionn√©e sur la classe politique reprendra le dessus et est encore tr√®s pr√©sente de nos jours avec des prises de position critiques, mais une m√©fiance croissante vis-√†-vis du militantisme politique.

Cause ou cons√©quence ?

Les statistiques mettent en √©vidence 1963 et non 1968 comme date de premier changement des tendances sociologiques en France. De 1946 √† cette date, les Fran√ßais se marient en effet de plus en plus t√īt et affirment dans les enqu√™tes une vision de plus en plus positive de l'avenir. Ces deux indicateurs se renversent pourtant d√®s l'ann√©e 1964. Les facteurs de ce retournement de 1963 sont difficile √† discerner, entre l'effort d'adaptation n√©cessaire √† l'int√©gration d'un million de rapatri√©s, les premiers r√©sultats du concile Vatican II, le traumatisme caus√© par l'assassinat de John Kennedy, etc.

Quelques slogans soixante-huitards, écrits et scandés

  • Il est interdit d'interdire.
  • L'imagination prend le pouvoir !
  • Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
  • L'ennui est contre-r√©volutionnaire.
  • Ceux qui font les r√©volutions √† moiti√© ne font que se creuser un tombeau.
  • Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
  • Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre si√®cle.
  • Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
  • Soyez r√©alistes, demandez l'impossible.
  • On ach√®te ton bonheur. Vole-le.
  • Sous les pav√©s, la plage (au moment de l'√©rection des barricades, on avait retrouv√© sous le macadam l'ancien pavement de Paris, et sous les pav√©s - imm√©diatement utilis√©s de la fa√ßon que l'on devine - le lit de sable sur lequel ils √©taient pos√©s; Cette expression appara√ģt √©galement en mars 1968 lors de la publication et de la repr√©sentation d'une pi√®ce d'Armand Gatti "Les Treize Soleils de la rue Saint-Blaise").
  • La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
  • Imagine
  • Les murs ont la parole.
  • √Člections, pi√®ge √† cons.
  • (sur une bouteille de poison) Presse : ne pas avaler.
  • ORTF : La police vous parle tous les soirs √† 20 heures.
  • Prenez vos d√©sirs pour la r√©alit√©.
  • Nous sommes tous des juifs allemands (√† l'occasion du retour √† la Sorbonne de Daniel Cohn-Bendit)
  • M√™me si Dieu existait, il faudrait le supprimer.
  • Pour vos vacances, n'allez pas en Gr√®ce : vous y √™tes d√©j√†. (allusion √† la dictature des colonels)

En r√©ponse aux propos du G√©n√©ral de Gaulle :

  • La chienlit, c'est lui (avec l'ombre du G√©n√©ral de Gaulle en fond d'affiche)
  • Sois jeune et tais toi (avec l'ombre du G√©n√©ral de Gaulle en fond d'affiche)

En r√©ponse √† la violente r√©pression, des affiches s√©rigraphi√©es disent :

  • Les CRS aussi sont des hommes : la preuve, ils violent les filles dans les commissariats.
  • CRS = SS (slogan invent√© lors des gr√®ves des mineurs du nord en 1947 et repris en 1968)
  • Il n'y a peut-√™tre aucun rapport... Mais peut-√™tre aucun.

Bibliographie

  • 1968-2008,l'h√©ritage amer d'une g√©n√©ration Florence Samson,l'Harmattan 2007, ISBN 978-2-296-03290-3 L‚Äôauteur revient sur les mouvements de l‚Äôann√©e 1968, non seulement en France mais √† travers le monde, plus particuli√®rement dans les pays occidentaux en passant par le Japon. En outre, elle dresse un bilan des soixante-huitards sur le d√©veloppement du monde et ses cons√©quences sur les nouvelles g√©n√©rations et √† venir.
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  • Pour une intervention communiste, ¬ę Actualit√© de Mai 68 ¬Ľ, Jeune Taupe n¬į20 et 21, avril √† juillet 1978.
  • Antoine Artous, Didier Epsztajn, Patrick Silberstein (dir), La France des ann√©es 1968, Paris, Syllepse, 2008.
  • Fran√ßois Audigier (dir.), ¬ę Mai 68 en d√©bats ¬Ľ, Parlement(s), Revue d'histoire politique, n¬į9, 2008
  • Jean-Jacques Brochier et Bernd Oelgart, L‚Äôinternationale √©tudiante, Paris, Julliard, 1968
  • Vincent Cespedes, Mai 68, La philosophie est dans la rue !, Larousse, ¬ę Philosopher ¬Ľ, 2008.
  • Christian Charri√®re, Le Printemps des enrag√©s, Paris, Fayard, 4e trimestre 1968
  • Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, Le gauchisme rem√®de √† la maladie s√©nile du communisme, Paris, Seuil, 1968.
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  • Philippe Alexandre, L'√Člys√©e en p√©ril, Fayard, 978-2213637365
  • Henri-Christian Giraud, L'Accord secret de Baden Baden : comment de Gaulle et les sovi√©tiques ont mis fin √† mai 68, √Čditions du Rocher, 2008.
  • Michel Winock, La Fi√®vre hexagonale. Les grandes crises politiques de 1871 √† 1968, Paris, Seuil, 1995, 471 p.

Films

Chansons

  • Pour en finir avec le travail, album de chansons d√©tourn√©es par les Situationnistes, produit par Jacques Le Glou (1972)
  • La P√®gre, Gr√®ve illimit√©e, Chacun de vous est concern√©, √Ä bas l‚Äô√Čtat policier, de Dominique Grange (mai 1968)
  • La R√©volution, La Faute √† Nanterre par √Čvariste et les chŇďurs du Comit√© R√©volutionnaire d‚ÄôAction Culturelle (CRAC) (mai 1968)
  • Cr√®ve salope, de Renaud (mai 1968, jamais √©dit√©e)
  • Paris mai, de Claude Nougaro (octobre 1968, Philips)
  • Street Fighting Man, des Rolling Stones (album Beggar's banquet, 1968)
  • L'√Čt√© 68, Comme une fille, de L√©o Ferr√© (album L'√Čt√© 68, 1969, Barclay Universal)
  • Paris, je ne t'aime plus, de L√©o Ferr√© (album Amour Anarchie, 1970, Barclay Universal)
  • La violence et l'ennui, de L√©o Ferr√© (chanson chant√©e sur sc√®ne en 1970 et 1971, enregistr√©e dans l'album La violence et l'ennui, 1980, La M√©moire et la Mer)
  • Fais que ton r√™ve soit plus long que la nuit, de Vangelis (album Po√®me symphonique, 1972, Europa Sonor).
  • Sorbonne 68 (1968) paroles Jeanine Prin compos√© et interpr√©t√© Par Ted Scotto
  • Le futur, de Sins√©milia (album Tout c'qu'on a, 2000)
  • En 1978, Didier Marouani compose la musique (sur des textes de Simon Monceau) de la Com√©die musicale "Le R√™ve de Mai". L'album concept porte sur les √©v√©nements de Mai 1968 et il est publi√© √† l'occasion du 10√®me anniversaire des √©v√©nements, en 1978. Ont particip√© √† ce projet notamment Nicole Rieu qui chante Les enfants de Mai et Les gens se sont mis √† parler, puis Jean-Michel Caradec et Nicolas Peyrac.

√Čmission radiophonique

Chronique de Mai - Mai 68, vingt ans apr√®s... de Dominique Chagnaullaud, s√©rie de sept √©missions d'une heure r√©alis√©es par Jean-Jacques Vierne √† l'occasion du 20e anniversaire des √©v√©nements. Premi√®re diffusion sur France Culture entre le 1er et le 9 ao√Ľt 1988. A base d'archives sonores, ces chroniques reprennent les principaux √©v√©nements de Mai 68, de Nanterre √† sa fin :

Notes et références

  1. ‚ÜĎ D'apr√®s le philosophe Vincent Cespedes (in Mai 68, La philosophie est dans la rue !, Larousse, coll. ¬ę Philosopher ¬Ľ, 2008), ¬ę en mai-juin 1968, la philosophie est dans la rue. R√©volution par la philosophie, mais aussi r√©volution de la philosophie. (‚Ķ) Les "fils de bourgeois" n'ont pas "jou√© aux prol√©taires" (vanne bien connue des anti-Mai) : ils ont philosoph√© avec. Des millions de gens ont cess√© d'√™tre obs√©d√©s par l'am√©nagement de leur carri√®re ou de leur vie priv√©e, pour philosopher ensemble. C'est l'√©v√©nement central de Mai, celui qui articule tous les autres et les rend possibles ; sous la disparit√© des luttes sp√©cifiques, leur unit√©. ¬Ľ
  2. ‚ÜĎ Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ult√©rieures, √©d. Le Monde diplomatique / Complexe.
  3. ‚ÜĎ Le premier lyc√©e mixte (√† partir de la classe de seconde) a √©t√© ouvert √† Rambouillet en 1960 sous le nom √©vocateur de ¬ę Lyc√©e mixte d'√Čtat de Rambouillet ¬Ľ (aujourd'hui Lyc√©e Louis-Bascan)
  4. ‚ÜĎ Derri√®re la vitre, Gallimard, 1970, 421 p., (ISBN 2070366413).
  5. ‚ÜĎ Mai 68 et ses vies ult√©rieures, Le Monde diplomatique ‚Äď √©d. Complexe,2005, 222 p., (ISBN 2804800202).
  6. ‚ÜĎ Cette version sera celle affirm√©e par le g√©n√©ral Massu dans ses m√©moires
  7. ‚ÜĎ Pour les d√©bats parlementaires, l'√©chec de le motion de censure et la position des diff√©rentes forces politiques en pr√©sence, voir ¬ę Mai 68 en d√©bats ¬Ľ, Parlement(s), Revue d'histoire politique, n¬į9, 2008 : Discours de Pompidou et Mitterrand prochainement en ligne ici
  8. ‚ÜĎ Malraux qualifiera plus tard ces √©v√©nements de ¬ę crise de civilisation ¬Ľ, indiquant ainsi leur gravit√©
  9. ‚ÜĎ Il reviendra cependant clandestinement donner une conf√©rence de presse unique en France, ayant teint ses cheveux pour √™tre moins identifiable, et propos√© un ¬ę appel du 18 joint ¬Ľ qui restera sans suite
  10. ‚ÜĎ La dix-neuvi√®me promotion de commissaires de police issus de l'√©cole nationale sup√©rieure de la police, entr√©s en fonction en 1968, porte son nom. Voir le rapport Rousso (2004), p.25
  11. ‚ÜĎ http://libestrasbourg.blogs.liberation.fr/actu/2008/05/juin-meurtrier.html
  12. ‚ÜĎ Conseil d'Etat statuant au contentieux, N¬į 76230 76231 76235 , Publi√© au recueil Lebon, M. Henry, rapporteur M. Bertrand, commissaire du gouvernement. Lecture du mardi 21 juillet 1970.
  13. ‚ÜĎ Kristen Ross. ibid

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Voir aussi

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