Mafia Italo-Américaine

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Mafia Italo-Américaine

Mafia italo-américaine

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Pour ne pas pointer du doigt une communaut√©, on parle de mafia am√©ricaine, et le terme le plus souvent utilis√© dans les m√©dias est celui de mob (bande). Cependant, les criminologues utilisent fr√©quemment le terme de mafia italo-am√©ricaine pour d√©signer le crime organis√© sur le sol am√©ricain m√™me si les organisations criminelles bas√©es aux √Čtats-Unis ne sont pas seulement compos√©es d'Italiens, mais aussi de Britanniques, d'Irlandais, de juifs d'Europe centrale et orientale, etc. On peut lui pr√©f√©rer le terme de Syndicat du crime ou d'Organisation, mais ces termes sont adaptables √† des situations non-am√©ricaines. Par ailleurs, dans l'histoire de ce pays, les immigr√©s italiens, parmi lesquels se trouvaient des membres de la Mafia sicilienne, ont form√© la majeure partie du socle de ce qu'est aujourd'hui le crime organis√© nord-am√©ricain (les non-Siciliens, ne pouvant en √™tre des ¬ę initi√©s ¬Ľ √† part enti√®re, sont le plus souvent des associ√©s). Parler d'une autre mafia est faux car le terme d√©signe logiquement les Siciliens. √Ä Naples par exemple, il y a la Camorra ; en Calabre, la N'drangheta et non la Mafia. Mafia est en sicilien un synonyme de Cosa Nostra. Il est donc pr√©f√©rable de parler d'organisations de malfaiteurs pour ce qui concerne les triades, les yakuza, les russes, les yardies, les cartels colombiens, etc.)

Sommaire

Origines

L'existence de gangs plus ou moins organis√©s est av√©r√©e aux √Čtats-Unis depuis le d√©but du XIXe si√®cle et leurs liens avec l'immigration sont, comme pour de nombreux √©l√©ments sociaux en ce pays, essentiels. L'identit√© d'un gang est √† la fois territoriale (un quartier) et ethnique. Les immigr√©s r√©cents √©taient √† la fois prot√©g√©s et le plus souvent exploit√©s par des compatriotes install√©s depuis plus longtemps tandis que les Am√©ricains de souche WASP rejetaient ces immigrants pauvres, non-anglophones et aux coutumes consid√©r√©es comme ¬ę barbares ¬Ľ. Regroup√©s dans les quartiers les plus mis√©reux, ils tombaient plus facilement sous la coupe de ces gangs, qui embrigadaient leurs enfants peu d√©sireux de devoir se contenter, comme leurs a√ģn√©s, des emplois les plus ingrats. Ceux-ci apprenaient tr√®s t√īt les le√ßons de la rue ; ils en tir√®rent de la ruse et une grande duret√©. Par ailleurs, l'essor √©conomique et d√©mographique rapide des √Čtats-Unis au cours du XIX √®me offrait de nombreuses occasions de trafic ; et l'√©tendue du territoire et des libert√©s offraient une plus grande marge de manŇďuvre et de meilleures espoirs de gain que le Vieux continent. En ce sens, on peut consid√©rer que l'essor du crime organis√© aux √Čtats-Unis est indissociable de la construction de l'American dream.

Au début du XX ème, les plus importants de ces gangs opéraient dans les grandes villes telles que Chicago, La Nouvelle-Orléans et surtout New York. Ils étaient essentiellement composés d'immigrés ou fils d'immigrés italiens, irlandais ou juifs ashkénazes (d'Europe centrale ou orientale). Cependant, un gang est, selon la classification de la criminologie, une organisation de rang inférieur à celle d'une mafia, avec des activités plus réduites, des liens entre membres moins solides et une pérennité dépendant surtout de la personnalité du meneur.

La Nouvelle-Orléans

Les vagues d'immigrants italiens, succ√©dant √† celles des anglo-√©cossais et contemporaines de celles des allemands, des irlandais et des scandinaves, d√©but√®rent d√®s le milieu du XIXe si√®cle. Les Siciliens furent particuli√®rement nombreux dans l'√Čtat de Louisiane, une r√©gion traditionnellement r√©tive vis-√†-vis des institutions centrales (du fait de la colonisation fran√ßaise au XVIIIe si√®cle), de corruption end√©mique, et parsem√©e de bayous, mar√©cages habit√©s par les Cadiens et riches de nombreuses cachettes.

Parmi ces Siciliens, certains √©taient d√©j√† affili√©s √† la Cosa Nostra et renou√®rent, sur le sol am√©ricain, le m√™me type de liens que ceux pr√©valant en Sicile. D√©daign√©s par les natives franco-anglais bien √©tablis, ils ne tard√®rent en effet pas √† s'organiser en bandes et il est commun√©ment admis, bien que ce soit difficile √† prouver, que ce fut √† La Nouvelle-Orl√©ans que la Mafia sicilienne s'implanta pour la premi√®re fois aux √Čtats-Unis, avant d'essaimer dans les autres grandes villes √† la fin du XIXe si√®cle. La presse locale faisait √©tat, d√®s 1869, de l'agissement de bandits, cambrioleurs ou faux-monnayeurs siciliens. Entre 1870 et 1890, la police de La Nouvelle-Orl√©ans imputa plus d'une centaine de meurtres √† la Mafia sicilienne. √Ä la fin du XIXe si√®cle, celle-ci dominait les activit√©s du port (rackettant les navires en transit) et le commerce des fruits et l√©gumes, sous la f√©rule des fr√®res Matranga.

Les ressentiments x√©nophobes anti-italiens s'aviv√®rent avec le d√©veloppement du crime organis√© sicilien, ce qui aboutit, en 1891, √† l'un des lynchages les plus sanglants de l'histoire des √Čtats-Unis. Onze Italiens furent tu√©s par une foule en col√®re, suite √† l'assassinat non r√©solu du chef de la police, David Hennessey. Toutefois, la communaut√© italienne √©tait la premi√®re victime de la Mafia sicilienne dont certains membres pratiquaient l'extorsion √† l'encontre de leurs compatriotes par des op√©rations connues sous le nom de la Mano Nera, d√©nomination rappelant la main noire dessin√©e sur les lettres de menaces adress√©es aux cibles du racket. Si la somme demand√©e n'√©tait pas laiss√©e sur le pas de la porte de la victime, celle-ci avait de grandes chances d'√™tre assassin√©e.

New York

D√®s les ann√©es 1820, une zone au sud de Manhattan appel√©e Five Points (car cinq rues s'y rejoignaient), devint l'endroit le plus mal fam√© de New York, par sa concentration de repaires de brigands, de coupes-gorges et de maisons de passe. Au cours du XIXe si√®cle, les quartiers environnants √©taient un assemblage de taudis reli√©s par des rues boueuses dans lesquels les enfants d'immigr√©s, au lieu de rester dans des appartements trop exigus, apprenaient la loi de la rue. Cet endroit compose le d√©cor (√† la sauce hollywoodienne) du film de Martin Scorsese, Gangs of New York, qui repr√©sente certains des gangs dominant Manhattan dans les ann√©es 1850 et 1860, tels que les Plug Uglies, les Roach Guards, les Dead Rabbits ou les Whyos, ces deux derniers √©tant majoritairement irlandais.

√Ä partir des ann√©es 1870, les immigrants juifs et italiens arriv√®rent en masse √† New York et s'install√®rent au sud de Manhattan, en particulier √† Mulberry Street, qui devint plus tard le cŇďur du quartier italien appel√© Little Italy, dans le Lower East Side. La physionomie des gangs se modifia en cons√©quence, les immigr√©s formant leurs propres gangs pour r√©sister √† ceux qui tenaient la place. Parall√®lement, la Mafia sicilienne s'installa vers les ann√©es 1890, avec l'arriv√©e du parrain Antonio Morello. Il s'associa avec un Sicilien immigr√© en 1898, Ignazio Saietta, surnomm√© Lupo le Loup pour sa cruaut√© dans la pratique de l'extorsion envers ses concitoyens. On le soup√ßonna d'une soixantaine d'affaires de meurtres commis par la torture (souvent par la br√Ľlure). La famille Morello devint le groupe criminel dominant dans les ann√©es 1910.

Broadway en 1909.

Entre-temps, au tournant du siècle, le gang de Monk Eastman (un juif massif et bardé de cicatrices né Edward Osterman en 1873 à Brooklyn) se disputait le territoire du Lower East Side avec un gang majoritairement composé d'Italiens connu sous le nom de Five Points Gang, création de Paul Kelly (un ancien boxeur très cultivé né Paolo Antonio Vaccarelli en 1875 en Sicile). Chaque gang comptait alors plus d'un millier de gangsters qui tiraient leurs revenus du jeu, de la prostitution, du pick-pocketing, du cambriolage ou de l'assassinat commandité. Ils étaient également en affaire avec les hommes politiques de Tammany Hall, l'organisation du Parti Démocrate à New York (au pouvoir dans la ville depuis les années 1850), pour bourrer les urnes lors des élections ou prêter main forte pour influencer une décision. En contrepartie, les politiciens faisaient jouer leurs relations dans les milieux judiciaires afin de réduire les effets des arrestations. La lutte entre le Monk Eastman's Gang et le Five Points Gang culmina en 1903 avec une véritable bataille rangée en pleine rue, que la police eut le plus grand mal à contenir.

Les r√®gnes de ces gangs d√©clin√®rent au cours des ann√©es 1910, notamment suite √† plusieurs arrestations, en particulier celle de Monk Eastman. Le Five Points Gang a fait la transition entre les gangs du XIXe si√®cle et les organisations criminelles contemporaines n√©es de la Prohibition. De ses rangs furent notamment issus Johnny Torrio, Al Capone et Lucky Luciano. Quant √† Monk Eastman (qui fut abattu en 1920 apr√®s √™tre revenu de la guerre de 14-18), il avait parrain√© la carri√®re d'Arnold Rothstein, grand joueur professionnel, ami des politiciens et financier de la p√®gre.

Un capitaine de police corrompu nommé Charles Becker, essaya, au début des années 1910, de reprendre à son compte les méthodes de la mafia pour régner sur le crime à New York. Le projet progressait bien jusqu'à ce qu'une affaire de meurtre qu'il avait commandité ne mette à jour son système et l'envoie sur la chaise électrique en 1915.

Chicago

Au d√©but du XXe si√®cle, Chicago, la porte du Far West et la ville des abattoirs, √©tait une ville violente. Gangren√©e par la corruption, elle √©tait ¬ę r√©put√©e ¬Ľ pour ses bars et ses maisons closes. Le premier grand organisateur du crime dans la ville de Chicago s'appelait James Colosimo, surnomm√© ¬ę Big Jim ¬Ľ ou ¬ę Diamond Jim ¬Ľ, √† cause de sa manie d'arborer des diamants sur ses doigts et v√™tements. Il fut √©galement le fondateur de l'Outfit de Chicago. N√© en 1877 en Calabre (Italie du Sud), il immigra en 1895 et commen√ßa sa carri√®re en tant qu'homme de main de conseillers municipaux corrompus. Il se maria en 1902 avec Victoria Moresco, une tenanci√®re de maison close, et devint l'un des plus importants prox√©n√®tes du pays. √Ä partir de sa base du Colosimo Cafe, un √©tablissement de luxe, il r√©gnait sur un empire de plus de 200 lupanars.

En 1909, Colosimo fut menac√© par des membres de la Cosa Nostra, au cours d'une op√©ration d'extorsion de la Mano Nera. Il fit appel au neveu de sa femme, Johnny Torrio, qui appartenait alors au milieu new-yorkais. Ce dernier, apr√®s l'avoir aid√© √† se d√©barrasser de la Mano Nera locale, resta √† Chicago, devint son lieutenant, et l'aida √† √©tendre son empire. De l√† naquirent les futures collaborations entre les ¬ę familles ¬Ľ criminelles de New York et Chicago. Mais ¬ę Big Jim ¬Ľ Colosimo, fut assassin√© le 11 mai 1920, par un ca√Įd de la mafia de New York bien connu du nom de Frankie Yale, vraisemblablement √† l'instigation de Torrio parce que ce dernier avait d√©couvert que Colosimo avait import√© du Whisky du Canada sans l'en informer.

Les années de la Prohibition (1920-1933)

Au cours de la p√©riode de la prohibition de l'alcool aux √Čtats-Unis (entre 1920 et 1933), le crime organis√© connut un essor sans pr√©c√©dent. L'augmentation fulgurante de ses revenus, sa structuration quasi-industrielle rendue n√©cessaire par le d√©veloppement des activit√©s ont fa√ßonn√© le visage de la mafia italo-am√©ricaine tel que nous le connaissons aujourd'hui et consid√©rablement accru sa puissance et son influence.

Le Volstead Act et les bootleggers

Destruction de barils d'alcool durant la Prohibition.

Les abus d'alcool posaient de s√©rieux probl√®mes de troubles de l'ordre public aux √Čtats-Unis, comme dans d'autres pays qui ont √©galement adopt√© la Prohibition (en Finlande de 1919 √† 1932, en Norv√®ge de 1916 √† 1927, au Canada de 1900/1919 √† 1920/1948 selon les provinces). Au d√©but du XXe si√®cle, le Temperance movement (mouvement pour la temp√©rance, d'inspiration puritaine) militait aux √Čtats-Unis pour une interdiction totale de l'alcool. En 1916, 26 √Čtats de la F√©d√©ration l'avaient d√©j√† rendue effective. La Prohibition fut √©tablie au niveau f√©d√©ral par le 18e amendement de la Constitution des √Čtats-Unis (en janvier 1919), puis par le d√©cret Volstead (Volstead Act en octobre 1919), et prit effet en janvier 1920. Tous les alcools, de la bi√®re au whisky en passant par le vin, furent bannis des bars et restaurants, et les agents f√©d√©raux (agents du fisc puis du bureau de la Prohibition), sous les flashs des reporters, montaient de spectaculaires op√©rations anti-alcool, √©ventrant les barriques √† la hache et r√©pandant leur contenu dans les caniveaux.

Bon nombre de citoyens ne souhaitaient pas se passer d'alcool (ne serait-ce que pour le vin de messe dans les églises catholiques ou la sanctification du vin dans le rituel juif), si bien que les speakeasies (bars clandestins) proliférèrent rapidement, y compris pour la haute société, une source de trafics et de profits illégaux et gigantesques. Cette situation fut une aubaine pour les gangsters, qui s'organisèrent en groupes de bootleggers (trafiquants d'alcool) pour satisfaire la demande. Leurs activités s'échelonnaient sur plusieurs niveaux:

  • la distribution dans les speakeasies, fr√©quemment tenus par les m√™mes bootleggers.
  • les pots-de-vin distribu√©s aux autorit√©s locales (les maires, les policiers, les agents f√©d√©raux).
  • et, √©ventuellement, l'√©limination des groupes rivaux.

L'impact de la Prohibition sur le crime organis√© a √©t√© fondamentale, car, d'une part, elle impliquait des profits beaucoup plus importants et la cr√©ation de groupes mieux organis√©s, et d'autre part, elle a donn√© naissance √† des carri√®res criminelles aux r√īles pr√©pond√©rants (voir chapitres suivants): Al Capone, Lucky Luciano, Frank Costello, Meyer Lansky, Bugsy Siegel, Dutch Schultz, Waxey Gordon, etc.

La guerre des Castellammarese

La guerre des Castellammarese est le nom donné à la lutte entre deux clans de la Cosa Nostra installée à New York et y dominant le crime, en 1930 et 1931. Il en a résulté une transformation du paysage criminel nord-américain, l'ordre des mafieux siciliens traditionnels étant remplacé par une nouvelle génération qui allait créer le Syndicat du crime.

L'un des deux clans √©tait dirig√© par Salvatore Maranzano, n√© en 1868. Ce Sicilien, fascin√© par Jules C√©sar et aux mŇďurs tr√®s traditionnelles, avait √©t√© envoy√© en Am√©rique en 1918 par le puissant parrain de Castellammare del Golfo (pr√®s de Palerme), don Vito Cascio Ferro, dont le projet √©tait de b√Ętir un empire mafieux transatlantique. Ses projets avaient √©t√© contrari√©s par les poursuites du lieutenant de police Joseph Petrosimo qui le for√ßa √† quitter le territoire am√©ricain (avant d'√™tre assassin√© lors d'une enqu√™te en Sicile en 1909), puis par Mussolini, qui le fit emprisonner en 1929. L'√©quipe de Maranzano comprenait d'autres transfuges siciliens, tels que Joseph Bonanno et Joseph Profaci, futurs parrains de l'une des cinq familles new-yorkaises. Le clan adverse √©tait celui de Joe Masseria dit the Boss, n√© en 1879, immigr√© en 1903 et h√©ritier de la famille Morello en 1920, apr√®s une s√©rie d'assassinats. Ouverte √† des non-siciliens, son √©quipe incluait notamment Al Capone, Lucky Luciano, Albert Anastasia, Vito Genovese, Willie Moretti, Joe Adonis et Frank Costello.

La rivalit√© entre les deux factions √©tait exacerb√©e, √† la fin des ann√©es 1920, par de fr√©quents braquages par l'une, de convois d'alcools destin√©s √† l'autre. La guerre fut d√©clench√©e en f√©vrier 1930, lorsque Joe Masseria fit ex√©cuter Tom Reina, un ca√Įd qui songeait √† faire all√©geance √† Maranzano, afin de s'emparer de son ¬ę entreprise ¬Ľ de racket des livreurs de glace (un commerce important √† une √©poque o√Ļ les r√©frig√©rateurs n'existaient pas). Les hommes de Tom Reina, dont Gaetano Gagliano et Tommy Lucchese (qui devinrent eux aussi chefs d'une famille new-yorkaise), pass√®rent dans le camp de Maranzano, apr√®s avoir abattu le rempla√ßant de Reina plac√© par Masseria, un certain Pinzolo, consid√©r√© par les mafieux comme un ¬ę guignol ¬Ľ. Apr√®s plusieurs dizaines de meurtres de part et d'autre sur tout le territoire am√©ricain, la jeune g√©n√©ration √©tait effray√©e par ce conflit sans issue. Lucky Luciano et Vito Genovese organis√®rent le meurtre de leur propre patron, Joe Masseria, dans le restaurant Scarpato √† Coney Island, en avril 1931. √Ä la fin d'un repas avec Luciano, Masseria fut abattu par Genovese, Bugsy Siegel, Albert Anastasia et Joe Adonis.

Fait unique dans l'histoire du crime organis√©, Salvatore Maranzano devint alors l'unique chef de la Mafia sicilienne ou Cosa Nostra (ce terme, signifiant ¬ę notre chose ¬Ľ serait apparu √† cette √©poque) aux √Čtats-Unis. Il prit le titre de capo di tutti capi (chef de tous les chefs), suivant la hi√©rarchie inspir√©e des l√©gions romaines en vigueur dans la Mafia en Sicile (chef, sous-chef, capo ou capitaine et soldats). Maranzano √©tait ainsi √† la t√™te d'une arm√©e de 600 soldats sur le territoire des √Čtats-Unis. Il nomma les chefs des cinq familles de New York: Lucky Luciano (future famille Genovese), Joe Profaci (future famille Colombo), Gaetano Gagliano (future famille Lucchese), Joseph Bonanno, et Vincent Mangano (future famille Gambino). Cette organisation est toujours en vigueur aujourd'hui.

Le r√®gne de Maranzano fut bref. Son go√Ľt immod√©r√© pour la tradition et son antis√©mitisme d√©plaisaient aux jeunes mafieux ambitieux men√©s par Lucky Luciano, se sentant davantage Am√©ricains que Siciliens et souhaitant travailler avec des comparses juifs tels que Meyer Lansky ou Bugsy Siegel. De plus, Luciano avait eu vent du projet de Maranzano de le faire assassiner, lui, ainsi que Vito Genovese et Al Capone, par le tueur √† gages irlandais, Vincent ¬ę Mad Dog ¬Ľ Coll. En septembre 1931, Lucky Luciano prit donc les devants, avec l'agr√©ment de ses associ√©s, et envoya une √©quipe de gangsters juifs men√©e par Bo Weinberg (lieutenant de Dutch Schultz), d√©guis√©e en agents du fisc, l'√©gorger dans son propre bureau. Entre 40 et 90 de ses hommes furent tu√©s le m√™me jour (selon certains sp√©cialistes, cet √©pisode serait une l√©gende). Cet √©v√©nement a √©t√© surnomm√© ¬ę les V√™pres siciliennes ¬Ľ, en r√©f√©rence au massacre des Angevins en 1282 √† Palerme.

La création de la Commission

Une fois les vieux don (surnomm√©s Mustache Petes) √©limin√©s, Lucky Luciano et son ami et conseiller Meyer Lansky avaient les mains libres pour imposer leur vision (inspir√©e par Arnold Rothstein) : le Syndicat national du crime. La base de cette Organisation avait d√©j√† √©t√© d√©cid√©e en mai 1929, √† Atlantic City (cit√© baln√©aire du New Jersey), lors d'une grande r√©union de gangsters supervis√©e par Lucky Luciano et Johnny Torrio qui dura six jours. Siciliens, Napolitains, juifs, Irlandais ou Anglais, la plupart √©taient bootleggers ou ca√Įds de quartiers de New York ou des principales villes du Nord-Est. √Čtaient ainsi pr√©sents, outre l'organisateur Nucky Johnson, Longie Zwillman (de Long Island), Joe Adonis (Brooklyn), Owney Madden (patron du Cotton Club √† Harlem), Willie Moretti (Newark), Al Capone (Chicago), Waxey Gordon (Philadelphie), Moe Dalitz (Cleveland), ainsi que Meyer Lansky, Frank Costello, Bugsy Siegel et Albert Anastasia. Le but de cette manŇďuvre √©tait le partage des secteurs du crime am√©ricain en dehors de l'ordre des vieux don mafieux. La r√©union servit √©galement √† n√©gocier le partage des territoires et des profits respectifs, une pratique sporadiquement renouvel√©e par la suite, probablement jusqu'√† nos jours.

Une nouvelle r√©union eu lieu √† Chicago, apr√®s la mort de Maranzano. Il fut convenu qu'aucun chef mafieux ne devait dominer l'ensemble du crime organis√©, mais qu'il y aurait une forme de direction collective, tant√īt appel√© Syndicat national du crime ou Commission ou l'Organisation, une mafia moderne ouverte aux non-Siciliens. Les nouvelles r√®gles impliquaient le respect de l'autonomie et du territoire de chaque groupe local ou la recherche de la collaboration plut√īt que de l'affrontement, le r√®glement des litiges importants par le biais des responsables de l'Organisation. Cette organisation devait permettre pour ¬ę r√©guler ¬Ľ coll√©gialement les activit√©s les plus lucratives (jeux, trafics, prostitution, rackets). Par ailleurs, il fut mis en place un syst√®me de fonds communs (n√© de l'association entre Lucky Luciano, Meyer Lansky et Frank Costello) destin√© √† payer des pots-de-vin aux autorit√©s et √† financer les investissements sp√©ciaux.

À la fin de la Prohibition en 1933, la direction de la Commission, sorte de conseil d'administration du crime organisé, comprenait sept membres permanents (les Big Seven):

  • Lucky Luciano, contr√īleur de la prostitution, chef de l'ex-famille de Masseria (future Genovese), ayant confi√© √† Vito Genovese la gestion du trafic de stup√©fiants.
  • Frank Costello, contr√īleur des jeux (machines √† sous, paris), responsable des op√©rations de corruption et des liaisons avec les politiciens.
  • Meyer Lansky, expert financier de l'Organisation, gestionnaire des fonds communs.
  • Bugsy Siegel, surveillant des rackets sur les √©tablissements de nuit et de la distribution de l'alcool.
  • Albert Anastasia, contr√īleur des docks de New York et du syndicat des dockers.
  • Joe Adonis, ca√Įd de Broadway, associ√© d'Anastasia.
  • Louis Lepke Buchalter, racketteur de l'industrie du v√™tement, du syndicat des camionneurs, des boulangeries, des cin√©mas et sp√©cialiste du chantage.

Dans le même temps, la Commission mettait en place une branche chargée de l'exécution, après délibération des chefs mafieux, des membres du crime organisé coupables de manquements ou considérés comme non fiables. Connue sous le nom de Murder Incorporated, cette équipe de tueurs opérationnelle sur tout le territoire américain fut dirigée par Lepke Buchalter, avec l'aide d'Albert Anastasia et Bugsy Siegel. Elle fut démasquée en 1940.

Les familles et les grandes figures du crime organisé

Date de Fondation : 1931

  • Famille de Rochester (New York)

Date de Fondation : 1911

Date de Fondation : 1916

Date de Fondation : 1910

Date de Fondation : 1910

  • Famille de Rockford (Illinois)

Date de Fondation : 1930

  • Famille de Cleveland (Ohio)

Date de Fondation : 1919

  • Famille de Dallas (Texas)

Date de Fondation : 1921

  • Famille de Denver (Colorado)

Date de Fondation : 1902

Date de Fondation : 1908

  • FAmille de Los Angeles (Californie)

Date de Fondation : 1900

  • Famille de San Francisco (Californie)

Date de Fondation : 1927-1989 (√©teinte?)

  • Famille Sciortino (Californie, San Jos√©)

Date de Fondation : 1942

  • Famille de Milwaukee (Wisconsin)

Date de Fondation : 1918

Date de Fondation : 1910

  • Famille de la Nouvelle Orl√©ans ou Famille Marcello

Date de Fondation : 1865

  • Famille Buffalino ou (Nord de la Pennsylvanie)

Date de Fondation : 1905

Date de Fondation : 1911

  • Famille de Pittsburgh (Pennsylvanie)

Date de Fondation : 1910

  • Famille de Saint Louis (Missouri)

Date de Fondation : 1935

  • Famille de Kansas City (Missouri)

Date de Fondation : 1912

Date de Fondation : 1925

Arrangements politico-mafieux

De nombreuses traces existent dans l'histoire d'arrangements entre hommes politiques et mafieux comme, par exemple, l'amiti√© de Joseph Kennedy avec Sam Giancana qui profita √† son fils John Fitzgerald Kennedy qui devint pr√©sident des √Čtats-Unis en 1960 ; Nixon fut lui aussi largement aid√© par Santo Trafficante junior dans son ascension √† la Maison Blanche tout comme Franklin D. Roosevelt par Lucky Luciano.

La négation de la mafia

On a accusé J. Edgar Hoover, le directeur du FBI, de nier l'existence de la mafia afin qu'elle puisse lui servir contre le clan Kennedy ou parce qu'il lui semblait plus judicieux de concentrer tous ses moyens pour la lutte anticommuniste, ou parce que la mafia le faisait chanter.

La conférence d'Appalachin qui se tint en 1957 afin de couronner Vito Genovese capo di tutti capi fut un fiasco qui profita à son rival Carlo Gambino. Elle prouva cependant l'existence de la mafia, jusque-là niée par J.E. Hoover. Il est cependant avéré que le FBI avait ouvert une enquête sur les activités de la mafia au moins dès 1932.

La mafia et la Seconde Guerre mondiale

Le 9 f√©vrier 1942, le paquebot Normandie est incendi√©, probablement √† l'instigation d'hommes de main d'Albert Anastasia, patron du syndicat des dockers. La mafia am√©ricaine, qui contr√īle des docks de New York, d√©montre qu'elle est un acteur incontournable, et incite les autorit√©s am√©ricaines √† traiter avec le parrain Lucky Luciano, emprisonn√© √† la prison de Dannemora. Luciano, en √©change d'une remise de peine, garantit √† l'US Navy la surveillance des docks de New York, par l'entremise d'Anastasia, contre d'√©ventuels saboteurs allemands. Luciano a √©galement aid√© le d√©barquement alli√© en Sicile en facilitant des contacts utiles entre l'arm√©e am√©ricaine et la mafia locale, lors de l'op√©ration Husky en juillet 1943.

Vito Genovese, exilé en Italie en 1937, après s'être rapproché de Mussolini qu'il fournissait en drogue, profita quant à lui de contacts avec certains militaires américains, pour développer son implication dans le marché noir.

La mafia et les syndicats

La mafia a toujours tir√© d'immenses profits et pouvoirs du contr√īle de plusieurs syndicats. Le contr√īle d'un syndicat est g√©n√©ralement obtenu par l'intimidation et la violence. Ils permettent ainsi de contr√īler des pans de l'√©conomie et d'en d√©tourner des b√©n√©fices, de ma√ģtriser dans certains cas la gestion des caisses de retraite, et de poss√©der un moyen de pression par l'organisation ou la r√©pression de gr√®ves.

La figure la plus célèbre de cette collusion fut Jimmy Hoffa. Il présida le syndicat des Teamsters (syndicat des camionneurs) en 1957-1967 et fut l'une des principales cibles de l'Attorney general Robert Kennedy. Il accrut son influence par le racket et le chantage des entreprises, pour le bénéfice exclusif des membres du syndicat. Il permit à ceux-ci de détourner d'importantes sommes de la caisse des retraites des camionneurs. Les circonstances de la disparition en 1975 de Jimmy Hoffa restent inconnues et son corps n'a jamais été retrouvé.

Nous pouvons n√©anmoins nuancer le r√īle n√©gatif de la mafia dans les ann√©es 1930 (sans pour autant cautionner ses agissements) dans la mesure o√Ļ elle a permis le d√©veloppement des syndicats dans les entreprises am√©ricaines. Elle d√©fendait leurs int√©r√™ts contre les milices patronales priv√©es qui intimidaient les employ√©s (allant jusqu'√† la mort) pour enrayer leur d√©veloppement.

La mafia et les élections

La mafia américaine a aidé plusieurs hommes politiques, soit en faisant pression sur une partie de la population (immigrés italiens, syndicalistes) pour l'obliger à voter selon son souhait, soit en octroyant des sommes d'argent élevées pour leurs campagnes.

Don Balsamo fut l'un des premiers à aider un homme politique, Antonio Marinella, qui devint maire de New York en 1905. Plus tard, Luciano aida Roosevelt pour la présidence américaine en 1932 et Giancana, en contact avec Joe Kennedy, aida son fils John pour les primaires démocrates de l'élection présidentielle américaine en 1960.

La mafia et la CIA

Les liens entre la Mafia et la CIA (Central Intelligence Agency) sont anciens. Ils remontent √† Lucky Luciano et √† la Seconde Guerre mondiale. Dans les ann√©es 1950, la CIA a prot√©g√© et blanchi au nom de la lutte anticommuniste d'anciens nazis mais aussi des trafiquants de drogue, en particulier le Fran√ßais d'origine corse √Čtienne Leandri, ancien collaborateur r√©fugi√© en Italie et li√© √† Lucky Luciano. √Čtienne Leandri repr√©senta ce dernier aupr√®s de l'Agence et rencontra plusieurs fois son directeur Allen Dulles, obtenant ainsi l'annulation de la condamnation √† 20 ans de travaux forc√©s qui avait √©t√© prononc√©e contre lui √† la Lib√©ration, ce qui lui permit de revenir en France o√Ļ il devint jusqu'√† sa mort un interm√©diaire incontournable pour les ventes d'armes et les contrats p√©troliers.

Ces liens se sont perp√©tu√©s, entre autres, avec Samuel Mooney ¬ę Momo ¬Ľ Giancana durant la tentative de putsch contre Fidel Castro en 1962 et enfin avec Santo Traficante junior qui participa au d√©mant√®lement de la French Connection.

La lutte anti-mafia

Eliot Ness

Eliot Ness et ses Incorruptibles furent longtemps les ennemis d'Al Capone, ils réussirent à déstabiliser Capone et à le faire chuter pour fraude fiscale en 1931.

Thomas Dewey et Fiorello La Guardia

Gr√Ęce √† leur travail, Al Capone fut emprisonn√© 10 ans, tout comme Lucky Luciano, deux proies de choix, auxquelles nous pouvons ajouter Vito Genovese, exil√© en Italie.

La Commission Kefauver

La Commission sp√©ciale du S√©nat pour l'investigation sur le crime inter√©tatique est mise en place le 28 mai 1950. Elle est pr√©sid√©e par le s√©nateur d√©mocrate du Tennessee Estes Kefauver. Les s√©nateurs entendent de nombreux mafieux de premier rang, dont Willie Moretti, Joe Adonis, Sam Giancana et surtout le ¬ę premier ministre du crime ¬Ľ Frank Costello. Les auditions sont retransmises √† la t√©l√©vision et r√©v√®lent au grand public am√©ricain l'existence d'une mafia puissante et hi√©rarchis√©e. Au total, les auditions sont tenues dans 40 villes et font d√©filer plus de 600 t√©moins. Les chefs mafieux font pr√©valoir le 5e Amendement de la Constitution am√©ricaine, garantissant le droit de ne pas produire de t√©moignage pouvant se retourner contre soi, pour ne pas parler. Le t√©moignage maladroit de Willie Moretti lui vaudra d'√™tre condamn√© √† mort par ses cong√©n√®res. Joe Adonis doit s'exiler en Italie pour √©viter la prison. Le pouvoir de Costello en sort diminu√© au profit de son rival Vito Genovese. Les compromissions de plusieurs politiciens, dont l'ancien maire de New York William O'Dwyer, avec la mafia sont apparues au grand jour. Estes Kefauver tira profit du prestige de son r√īle √† la t√™te de la commission pour briguer la candidature d√©mocrate lors des √©lections pr√©sidentielles de 1952 et 1956.

Le comité McClellan et Bobby Kennedy

La loi RICO

Dans les mois et les années qui suivent, une fantastique opération de répression aboutit à l’arrestation de dizaines de militants, clandestins ou non, dont certains vont être jugés en vertu de la loi RICO (Racketeer Influenced Corrupt Organizations) votée par le Congrès en 1970. La loi RICO avait été élaborée pour lutter contre le crime organisé. Son but était de fournir aux procureurs les moyens de poursuivre en justice les membres de gangs criminels accusés d’avoir participé à deux actes répréhensibles sur une période de temps donné. Et permettant de les condamner automatiquement à vingt ans de prison

Les repentis: Joe Valachi, Tommaso Buscetta, Sammy Gravano

Joe Valachi fut le premier repenti en 1963. C'était un soldat de la famille Genovese qui avait eu peur de la génération montante.

Tommaso don Masino Buscetta est un autre repenti célèbre, boss mafieux sicilien qui, après la défaite des Palermitains dans la guerre de 1981-1982, décida de collaborer avec la justice. Ses chefs Tano Badalamenti et Stefano Bontate étant morts ainsi que ses deux frères, son fils et plusieurs de ses amis.

Sammy The bull Gravano était le consigliere de John Gotti de 1985 à 1990, date à laquelle il balança son boss qui fut condamné pour le meurtre de Paul Pauli Castellano en 1985.

Les activités lucratives de la mafia américaine

Le jeu

Cuba

Gr√Ęce √† Lucky Luciano et √† ses relations avec le pr√©sident Fulgencio Batista, la mafia italo-am√©ricaine put d√©velopper des casinos √† La Havane jusqu'en 1959, date de la prise de pouvoir par Fidel Castro. Ce d√©veloppement se r√©alisa essentiellement √† partir des ann√©es 1930, lorsque la manne du trafic d'alcool se tarit avec la fin de la Prohibition. La ma√ģtre d'Ňďuvre de cette implantation fut Meyer Lansky. Les revenus √©taient g√©n√©r√©s par les touristes am√©ricains qui d√©pensaient leur argent dans les jeux de hasard, des soir√©es arros√©es avec ou sans spectacles, ainsi que dans les nombreux h√ītels de passe √©galement contr√īl√©s en grande partie par la mafia italo-am√©ricaine.

Ces revenus disparurent donc avec l'arrivée au pouvoir des guérilleros de Castro, qui considéraient ces casinos et la prostitution comme les exemple les plus évidents de la corruption de l'impérialisme américain. Ce fut l'origine des collusions entre la mafia et la CIA pour tenter de renverser Fidel Castro, au début des années 1960.

Las Vegas

Gr√Ęce √† l'argent pr√™t√© par ses amis de la Cosa Nostra, Bugsy Siegel a pu cr√©er le premier casino de Las Vegas, la ville du jeu, dans les ann√©es 1940. Situ√© en plein milieu du d√©sert, le site fut choisi en raison de la l√©gislation tr√®s laxiste de l'√Čtat du Nevada concernant le jeu. Son premier casino fut le Flamingo. Le succ√®s tarda √† venir et, incapable de rembourser ses emprunts, Siegel fut assassin√©. Quelques ann√©es plus tard, Las Vegas attira de plus en plus de touristes, gr√Ęce aussi √† ses spectacles, comme ceux de Frank Sinatra, grand ami de Lucky Luciano. La ville √©tait ouverte √† toutes les familles mafieuses, mais certaines, comme celles de Chicago ou Kansas City, y investirent particuli√®rement, en puisant notamment dans les caisses de retraites des Teamsters.

Le racket et le vol

Les syndicats

De nombreux syndicats ont été rackettés par différentes familles mafieuses. Albert Anastasia tenait ainsi le syndicat des dockers, et Lepke Buchalter celui de l'industrie du prêt-à-porter. Le cas le plus célèbre concerne les Teamsters, très vaste syndicat de camionneurs, notamment par l'intermédiaire de son président Jimmy Hoffa. Les caisses de retraites de ce syndicat étaient allègrement détournées et pouvaient servir à divers investissements. Hoffa fut poursuivi avec acharnement par Robert Kennedy avant d'aller en prison.

La mainmise sur des syndicats permettait aussi aux familles mafieuses de faire pression sur les entrepreneurs pour les racketter en mena√ßant de paralyser la production ou les transports, et inversement, briser des gr√®ves par l'emploi de ¬ę gros bras ¬Ľ √©tait un service r√©mun√©r√© fr√©quemment propos√©.

Hollywood

Le contr√īle d'Hollywood fut instaur√© par Benjamin Bugsy Siegel √† partir de la fin des ann√©es 1930. Il fut introduit dans le milieu du cin√©ma par des acteurs dont il devint l'ami, tels que George Raft, Jean Harlow, Clark Gable ou Cary Grant. Siegel mit en place un syst√®me de racket des producteurs, en prenant le contr√īle des syndicats des figurants et des techniciens (d√©corateurs, preneurs de son, monteurs, etc.), qui pouvaient √† tout moment bloquer la production d'un film. Apr√®s son assassinat en 1947, ce fut Mickey Cohen qui lui succ√©da.

La drogue

La Pizza Connection

La Pizza Connection est l'héritière de la French Connection. Ses principaux dirigeants étaient Santo Traficante junior, chef de la famille de Floride, don Gaetano Badalamenti, leader palermitain de Cinisi, les Frères Caruana-Cuntrera, meneurs de Siculiana, don Stefano Bontate, chef palermitain de Santa Maria di Gesu, et enfin don Masino Buscetta, chef des mondes mafieux et politiques. Ce dernier se repentit et dévoila l'exacte organisation de la Cosa Nostra au juge Giovanni Falcone.

La prostitution et le porno

Deux activit√©s au d√©part proscrites aux mafieux en Sicile. Elles se sont largement d√©velopp√©es aux √Čtats-Unis, notamment le porno blue one. Apr√®s la mise sous contr√īle d'Hollywood, la mafia sut que l'industrie du sexe par ses films et ses filles est un business plus que lucratif. La prostitution connut son apog√©e sous Big Jim Colosimo qui avait une centaine de bordels √† Chicago entre 1910 et 1920: r√©sultat, des millions de dollars de b√©n√©fices. Aujourd'hui, certains chefs mafieux dans un souci de discr√©tion dirigent par le biais d'interm√©diaires des agences de prostitution de luxe, o√Ļ coucher avec une fille co√Ľte au minimum 5000 dollars.

La mafia a également investi le marché de la pornographie. L'un des premiers films pornos à grand public, Gorge profonde, fut financé par des membres de la famille Colombo.

Le blanchiment d'argent

Michele Sindona, banquier de la Cosa Nostra et du Vatican, membre de la loge maçonnique dirigée par Lilo Gelli, incarne les rapports troubles entre la mafia et les banques italiennes.

Connexions internationales

Mafia américaine et Cosa Nostra sicilienne

Les liens entre les deux mafias cousines sont tr√®s forts, tout d'abord gr√Ęce aux relations entre les Siciliens et les Siciliens √©migr√©s aux √Čtats-Unis comme les familles Balsamo et Ferro ou Luciano et Vizzini. En 1957, sous la pr√©sidence de Luciano, est organis√©e la conf√©rence √† l'h√ītel des Palmes √† Palerme, o√Ļ se r√©unissent les chefs des deux mafias : Luciano, Costello, Bonnano, Genovese pour les Am√©ricains, Genco Russo, Badalamenti, Greco pour les Siciliens.

Ces liens existent toujours, et, avec le trafic de drogue, ils se sont même renforcés en des associations puissantes comme Gaetano Badalamenti avec Carlo Gambino et Santo Trafficante junior, Stefano Bontate avec Paul Castellano et Anthony tony ducks Corallo ou encore Salvatore Catalano, chef des zips siciliens à New York avec John Gotti et Aniello Dellacroce.

La French Connection

Article d√©taill√© : French Connection.

Autres mafias sur le sol américain

L'Am√©rique du Nord est une terre d'implantation pour plusieurs mafias √©trang√®res telles que la mafia russe, les yakuzas, les triades chinoises, les cartels de la drogue colombiens ou mexicains, les maras d'Am√©rique centrale, les yardies jama√Įcains, la mafia albanaise, etc.

Filmographie et bibliographie

Livres

  • Francis A. J. Ianni, Des affaires de familles. La mafia √† New York. Liens de parent√© et contr√īle social dans le crime organis√©, Plon, 1973 (A Family business. Kinship and social control in organized crime, Russel Sage Fondation Lt., 1972 ; traduit de l'anglais par Georges Magnane)
  • Rich Cohen, Yiddish Connection, New York, 1998.
  • William Reymond, Mafia SA, Paris, 2001.
  • Eric Frattini, Cosa Nostra. Un si√®cle d'histoire, Madrid, 2002.
  • Paul Lunde, Crime organis√©. Un guide complet de l'industrie la plus rentable du monde, Londres, 2004.
  • Mario Puzo, Le Parrain
  • Mario Puzo, Omerta
  • Salvatore Lupo, Histoire de la mafia des origines a nos jours
  • John Dickie, Cosa Nostra, L'histoire de la Mafia Sicilienne de 1860 √† nos jours
  • Lorenzo Carcaterra, "gangster"

Films et séries

Liens externes

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