Ludwig Wittgenstein

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Ludwig Wittgenstein
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Ludwig Wittgenstein
Philosophe et logicien
√Čpoque contemporaine
Ludwig Wittgenstein en 1920
Ludwig Wittgenstein en 1920

Naissance 26 avril 1889
Vienne
D√©c√®s 29 avril 1951 (√† 62 ans)
Cambridge
Principaux intérêts Logique et philosophie de la logique, philosophie du langage, éthique, esthétique, psychologie
Idées remarquables Sens/Non-sens/Vide de sens, Montrer/Dire, Jeu de langage
Ňíuvres principales Tractatus logico-philosophicus, Investigations philosophiques, De la certitude
Influencé par Schopenhauer, Kierkegaard, Frege, Bertrand Russell, G.E. Moore...
A influencé Friedrich Waismann, Rudolf Carnap, Gilbert Ryle, Elizabeth Anscombe, Peter Geach, Stanley Cavell, Saul Kripke, John Searle, Jacques Bouveresse, Vincent Descombes, James Conant, Moritz Schlick...

Ludwig Josef Johann Wittgenstein (n√© √† Vienne, Autriche-Hongrie, le 26 avril 1889, mort √† Cambridge, Royaume-Uni, le 29 avril 1951) est un philosophe autrichien, puis britannique, qui apporta des contributions d√©cisives en logique, dans la th√©orie des fondements des math√©matiques et en philosophie du langage. Il ne publia de son vivant qu'une Ňďuvre majeure : le Tractatus logico-philosophicus, paru en 1918 √† Vienne. Dans cette Ňďuvre influenc√©e √† la fois par la lecture de Schopenhauer et de Kierkegaard, et par Frege, Moore et Russell, Wittgenstein montrait les limites du langage et de la facult√© de conna√ģtre de l'homme. Il pensa alors avoir apport√© une solution √† tous les probl√®mes philosophiques auxquels il √©tait envisageable de r√©pondre ; il quitta l'Angleterre et se d√©tourna de la philosophie jusqu'en 1929. √Ä cette date, il revint √† Cambridge et critiqua les principes de son premier trait√©. Il d√©veloppa alors une nouvelle m√©thode philosophique et proposa une nouvelle mani√®re d'appr√©hender le langage, d√©velopp√©e dans sa seconde grande Ňďuvre, Investigations philosophiques, publi√©e, comme nombre de ses travaux, √† titre posthume.

Son Ňďuvre a eu, et conserve, une influence majeure sur le courant de la philosophie analytique. Dans un premier temps, le Tractatus a influenc√© son ancien professeur Bertrand Russell, mais surtout les n√©opositivistes du Cercle de Vienne, m√™me si Wittgenstein consid√©rait que ceux-ci commettaient de graves contresens sur la signification de sa pens√©e. Les deux ¬ę √©poques ¬Ľ de sa pens√©e ont profond√©ment marqu√© nombre de ses √©l√®ves et d'autres philosophes. Parmi les ¬ę wittgensteiniens ¬Ľ, on compte Gilbert Ryle, Friedrich Waismann, Norman Malcolm, G.E.M. Anscombe, Rush Rhees, et Peter Geach ; et, plus r√©cemment, son influence est sensible chez Saul Kripke, D.Z. Phillips, Stanley Cavell, James Conant ou Ian Hacking ; ainsi qu'en France chez Gilles-Gaston Granger, Jacques Bouveresse, Vincent Descombes, Christiane Chauvir√©, Sandra Laugier, Jocelyn Benoist ou Bernard Aspe.

Sommaire

Biographie

Karl Wittgenstein, père de Ludwig.

Ludwig Wittgenstein est n√© √† Vienne. Ses grands-parents paternels, d'origine juive et venus de Saxe (Allemagne), s'√©taient install√©s en Autriche-Hongrie, apr√®s s'√™tre convertis au protestantisme. C'est l√† que le p√®re de Ludwig, Karl Wittgenstein, fit fortune dans l'industrie sid√©rurgique. Sa m√®re, Leopoldine Kalmus, √©tait de confession catholique. Ludwig fut baptis√© dans une √©glise catholique et il voulut pour sa mort un enterrement catholique, bien qu'il ne f√Ľt ni croyant ni pratiquant dans sa seconde p√©riode.

Ludwig (en bas √† droite), son fr√®re Paul, et ses sŇďurs. Vers 1890

Ludwig, le plus jeune de huit enfants, grandit dans un milieu d'une haute tenue intellectuelle, cr√©atif et cultiv√©. Son p√®re, comme sa m√®re, √©taient musiciens. Ses trois sŇďurs, Gretl, Hermine, et H√©l√®ne, et ses quatre fr√®res poss√©daient tous des dons artistiques et intellectuels. Le p√®re, protecteur des arts, recevait nombre d'artistes remarquables, en particulier des musiciens, tels Johannes Brahms ou Gustav Mahler. Paul Wittgenstein, l'un des fr√®res de Ludwig, mena une carri√®re de pianiste virtuose, notamment apr√®s la perte de son bras droit pendant la Premi√®re Guerre mondiale. C'est pour Paul Wittgenstein que Ravel composa le Concerto pour la main gauche. Sergue√Į Prokofiev, Paul Hindemith, Benjamin Britten et Richard Strauss compos√®rent √©galement pour lui. Ludwig lui-m√™me, dou√©, mais sans talent exceptionnel d'interpr√®te (il √©tait clarinettiste), avait une m√©moire musicale √©tonnante, et la d√©votion quasi mystique qu'il porta toute sa vie √† la musique, notamment √† celle de Franz Schubert, est l'un des √©l√©ments essentiels qui permettent de mieux saisir sa personnalit√© vibrante et son exigeante pens√©e. Il aimait √† se r√©f√©rer √† des exemples musicaux, tant dans la conversation que dans ses √©crits. Le dessin, la peinture, la sculpture l'int√©ress√®rent. Il n'est pas indiff√©rent de noter que Gustav Klimt fit un portrait de sa sŇďur Gretl. Par ailleurs, la s√©v√©rit√© du regard sur les autres, l'exigence intellectuelle et √©thique constante, dans la famille Wittgenstein, avait pour pendant un regard sans piti√©, ni concession sur soi, une horreur profonde de l'approximation et de la m√©diocrit√©. La d√©pression et le suicide entour√®rent fid√®lement Ludwig ; trois de ses fr√®res se suicid√®rent. Paul, seul, curieusement, a√ģn√© de deux ans de Ludwig, mourut de mort naturelle, en mars 1961, dans le village de Manhasset, pr√®s de New York.

Le Salon rouge du Palais Wittgenstein en 1910, résidence principale de la famille Wittgenstein à Vienne.

Jusqu'en 1903 Ludwig fut scolaris√© √† domicile, puis il √©tudia trois ans √† la Realschule √† Linz, une √©cole orient√©e vers les disciplines techniques. Il y fut scolaris√© en m√™me temps qu'Adolf Hitler et on peut les voir tous les deux sur une photo de classe. Kimberly Cornish, dans son ouvrage Le Juif de Linz tente de d√©montrer que non seulement les jeunes Wittgenstein et Hitler se connaissaient mais qu'ils se d√©testaient √©galement. Il pr√©tend √©galement que Wittgenstein √©tait le Juif auquel Hitler fait r√©f√©rence dans Mein Kampf dans le passage concernant sa scolarit√© √† Linz et que bien des √©l√©ments des √©crits antis√©mites d'Hitler sont des projections du jeune Wittgenstein sur tout le peuple juif. La plupart des biographes de Wittgenstein consid√®rent n√©anmoins que les preuves utilis√©es par Cornish sont particuli√®rement maigres et reposent sur des associations circonstancielles et des sp√©culations. Il est d√©j√† tr√®s difficile d'assurer qu'ils se connaissaient et encore moins se d√©testaient ou que Wittgenstein ait eu le moindre r√īle dans la gen√®se de l'antis√©mitisme de Hitler.

En 1906 Ludwig entama des √©tudes d'ing√©nieur en m√©canique √† Berlin et en 1908 il partit √† l'Universit√© de Manchester pour obtenir son doctorat. C'est dans ce but qu'il s'inscrivit dans un laboratoire d'ing√©nierie o√Ļ il fit des recherches sur le comportement des cerfs-volants en haute atmosph√®re. Il s'int√©ressa ensuite √† la recherche a√©ronautique et notamment √† une h√©lice mue par r√©action au bout des pales qu'il con√ßut et testa.

Wittgenstein étudia les mathématiques pour ses recherches, il s'intéressa notamment aux fondements des mathématiques, particulièrement après avoir lu Les Principes des mathématiques de Bertrand Russell, son ouvrage précédant les Principia Mathematica, écrit en collaboration avec Whitehead.

Il étudia brièvement en Allemagne auprès de Gottlob Frege, que certains considèrent comme le plus grand logicien depuis Aristote et qui avait au cours de la décennie précédente posé les fondations de la logique moderne et des mathématiques logiques. Frege lui conseilla vivement de lire les travaux de Bertrand Russell qui avait découvert quelques incohérences fondamentales dans son travail.

En 1912, Wittgenstein alla √©tudier √† l'universit√© de Cambridge avec Bertrand Russell et appartint comme lui aux Cambridge Apostles. Il lui fit, ainsi qu'√† G. E. Moore, une grande impression. Il commen√ßa √† travailler sur les fondements de la logique et la logique math√©matique. Durant cette p√©riode, il eut trois grands centres d'int√©r√™ts : la philosophie, la musique et les voyages. En 1913, Wittgenstein h√©rite d'une fabuleuse fortune, suite √† la mort de son p√®re. Il fit don d'une partie de celle-ci anonymement, au d√©but pour le moins, √† des artistes et auteurs autrichiens tels que Rainer Maria Rilke et Georg Trakl. En 1914, il manqua de rencontrer Trakl, celui-ci s'√©tant suicid√© quelques jours avant l'arriv√©e de Wittgenstein.

Bien que stimulé par ses études à Cambridge et ses conversations avec Russell, Wittgenstein parvint à la conclusion qu'il ne pourrait pas parvenir à faire le tour des questions fondamentales qui l'intéressaient dans un environnement universitaire. En 1913, il se retira dans une cabane placée dans une montagne reculée de Norvège, à Skjolden, qui n'était accessible qu'à cheval. Cet exil volontaire lui permit de se consacrer entièrement à sa recherche et il dira plus tard de cet épisode qu'il fut l'une des périodes les plus passionnées et productives de son existence. Il rédigea un texte fondateur de la logique intitulé Logik et dont sera tiré le célèbre Tractatus logico-philosophicus.

Première Guerre mondiale

Un carnet de notes de 1914. Exposé au Trinity College de Cambridge.

Vivant en ermite, Wittgenstein fut surpris par l'av√®nement de la Premi√®re Guerre mondiale. Il s'engagea dans l'arm√©e austro-hongroise, esp√©rant que le fait de c√ītoyer la mort lui permettrait de s'am√©liorer. Il servit d'abord sur un navire, puis dans une usine d'artillerie. En 1916, il fut envoy√© sur le front russe dans un r√©giment d'artillerie o√Ļ il gagna plusieurs m√©dailles pour son courage. Les pages de son journal d'alors refl√®tent n√©anmoins son m√©pris pour la m√©diocrit√© de ses camarades soldats.

Tout au long de la guerre, Wittgenstein tint un journal dans lequel il coucha des r√©flexions philosophiques et religieuses avec des remarques personnelles. Au moment de son engagement, Wittgenstein avait d√©vor√© les commentaires des √©vangiles de L√©on Tolsto√Į et devint un chr√©tien convaincu bien que troubl√© et plein de doutes. Son travail sur Logik commen√ßa √† prendre un sens √©thique et religieux. C'est en associant son nouvel int√©r√™t pour l'√©thique avec la logique et les r√©flexions personnelles qu'il d√©veloppa pendant la guerre que son travail effectu√© √† Cambridge et en Norv√®ge prit la forme du Tractatus. Vers la fin de la guerre en 1918, Wittgenstein fut fait prisonnier dans le nord de l'Italie par l'arm√©e italienne. L'arm√©e italienne mit la main, dans les affaires de Wittgenstein, sur un manuscrit r√©dig√© en allemand, nomm√© Logische-Philosophische Abhandlung. Gr√Ęce √† l'intervention de ses amis de Cambridge, Wittgenstein parvint √† avoir acc√®s √† des livres et put pr√©parer son manuscrit du Tractatus. Il l'envoya en Angleterre, √† Russell, qui le consid√©ra comme un travail philosophique d'une grande importance. Apr√®s la lib√©ration de Wittgenstein en 1919, ils travaill√®rent ensemble pour le faire publier.

La traduction anglaise fut assurée dans un premier temps par Frank Ramsey, puis par C. K. Ogden, avec l'aide de Wittgenstein. Après quelques discussions sur la traduction du titre, G. E. Moore suggéra de l'intituler Tractatus logico-philosophicus, une allusion au Tractatus theologico-politicus de Spinoza. Russell rédigea une préface, afin que le livre bénéficie de la réputation de l'un des plus grands philosophes du moment.

Les difficultés perdurèrent néanmoins. Wittgenstein se défiait de Russell, n'appréciant pas sa préface qui, selon lui, évinçait les problématiques fondamentales du Tractatus. Il connut la frustration devant les difficultés pour trouver un éditeur intéressé et plus encore en réalisant que les quelques personnes susceptibles d'éditer son livre étaient plus intéressées par la préface de Russell que par le contenu de l'ouvrage. Ce dernier fut finalement publié par le journal de Wilhelm Ostwald Annalen der Naturphilosophie, qui imprima une version en allemand en 1921, et par Routledge Kegan Paul, qui imprima une version bilingue avec la préface de Russell et la traduction de Ramsey et Ogden en 1922.

Les ¬ę ann√©es perdues ¬Ľ : la vie apr√®s le Tractatus

À la sortie de la guerre, Wittgenstein était un homme profondément changé. Il était devenu un chrétien convaincu et passionné, il avait fait face à une guerre féroce et avait réussi à cristalliser l'ébullition de sa vie intellectuelle et émotionnelle dans la rédaction du Tractatus. Il s'agissait d'un travail qui transfigurait tout ce qu'il avait pu faire auparavant, concernant la logique, dans un cadre radicalement nouveau qui, pensait-il, offrait une solution définitive à tous les problèmes philosophiques.

Ces bouleversements dans la vie de Wittgenstein, √† la fois √† la fin de sa premi√®re p√©riode et au commencement de sa seconde, le men√®rent √† vivre une vie d'asc√®se. Son geste le plus spectaculaire fut de laisser sa part d'h√©ritage √† des artistes d'avant-garde autrichiens et allemands dont Rainer Maria Rilke, ainsi qu'√† ses fr√®res et sŇďurs, en insistant pour qu'ils promettent de ne jamais le lui rendre. Il avait le sentiment que donner de l'argent aux pauvres ne pourrait que les corrompre, alors qu'il ne faisait pas de mal aux riches.

Consid√©rant √† l'√©poque que le Tractatus signait la fin de la philosophie, Wittgenstein retourna en Autriche et devint instituteur. Wittgenstein fut √©duqu√© selon les m√©thodes du mouvement de r√©forme scolaire autrichien qui reposent sur la stimulation de la curiosit√© naturelle des enfants et le d√©veloppement de leur autonomie de jugement plut√īt que de simplement leur faire m√©moriser des faits. Ces principes d'√©ducation l'enthousiasm√®rent, mais il eut √† faire face √† de nombreuses difficult√©s de mise en pratique dans sa classe des villages de Trattenbach, Puchberg am Schneeberg et Otterthal.

Durant ces années d'enseignement, Wittgenstein rédigea un dictionnaire de prononciation et d'orthographe pour faire travailler ses élèves qui sera publié et bien accueilli par la profession. Ce sera le seul livre qu'il publiera en dehors du Tractatus.

Les m√©thodes d'enseignement de Wittgenstein √©taient intenses et rigoureuses, ses √©l√®ves b√©n√©fici√®rent d'une √©ducation d'un niveau peu commun pour le contexte. Wittgenstein avait cependant tr√®s peu de patience avec ses √©l√®ves les plus lents. Sa s√©v√©rit√©, sa discipline de fer comprenaient des ch√Ętiments corporels et la m√©fiance des villageois qui le soup√ßonnaient d'√™tre un fou provoqu√®rent un certain nombre de conflits avec certains parents d'√©l√®ves. Particuli√®rement d√©prim√© tout au long de cette p√©riode, il d√©missionna en avril 1926 et retourna √† Vienne avec un sentiment d'√©chec.

Il travailla ensuite comme assistant jardinier d'un monastère près de Vienne. Il envisageait de se faire moine et alla jusqu'à se renseigner sur la façon de se joindre à l'ordre. Lors d'un entretien, on lui indiqua qu'il ne trouverait pas ce qu'il cherchait dans la vie monastique.

Deux √©v√©nements contribu√®rent √† sortir Wittgenstein de sa d√©pression : le premier fut l'invitation de sa sŇďur Margaret (Gretl) Stoneborough √† travailler avec l'architecte Paul Engelmann (qui √©tait devenu un ami proche de Wittgenstein pendant la guerre) sur la conception et la construction de sa nouvelle maison. Ils construisirent une maison dans un style moderniste, dans le style d'Adolf Loos qu'ils admiraient tous les deux beaucoup. Wittgenstein trouva le travail intellectuellement captivant et ext√©nuant. Il se donna corps et √Ęme dans l'absolue perfection de d√©tails comme les poign√©es de portes et les radiateurs qui devaient √™tre positionn√©s avec une parfaite exactitude pour assurer la sym√©trie des pi√®ces. Cette Ňďuvre de l'architecture moderniste √©voqua quelques commentaires inspir√©s ; G. H. von Wright d√©clara que la maison poss√©dait la m√™me beaut√© statique que le Tractatus. Cette rage froide de Wittgenstein √† atteindre √† nouveau la perfection, non plus en logique, mais en architecture, comme il la cherchait aussi en reproduisant des bustes de la statuaire grecque, lui redonna le go√Ľt de la recherche et de la pens√©e pure.

Le second √©v√©nement survint vers la fin de son travail sur la maison, quand il fut contact√© par Moritz Schlick, l'un des chefs de file du tout nouveau Cercle de Vienne. Le positivisme Viennois √©tait consid√©rablement influenc√© par le Tractatus et bien que Schlick ne parvint pas √† y tra√ģner Wittgenstein, ils eurent un certain nombre de discussions philosophiques avec la participation d'autres membres du cercle, notamment Friedrich Waismann. Wittgenstein se sentait souvent frustr√© par ces rencontres. Il avait le sentiment que Schlick et ses coll√®gues faisaient des contresens fondamentaux √† propos du Tractatus et il finit par refuser toute discussion sur le sujet. La majorit√© des d√©saccords concernaient l'importance de la vie religieuse et mystique, Wittgenstein consid√©rant ces questions comme une sorte de foi inexprimable tandis que les positivistes les trouvaient inutiles. Lors de l'une de leurs rencontres, Wittgenstein refusa de discuter du Tractatus et s'assit en tournant le dos √† ses interlocuteurs, puis d√©clama des po√®mes de Rabindranath Tagore. Quoi qu'il en soit, les contacts avec le Cercle de Newcastle Upon Tyne stimul√®rent l'intellect de Wittgenstein et r√©veill√®rent son int√©r√™t pour la philosophie. Il rencontra √©galement Franck Ramsey, un jeune philosophe des math√©matiques qui vint plusieurs fois de Cambridge pour rencontrer Wittgenstein et le Cercle de Vienne. Au cours de ses discussions avec Ramsey et le Cercle de Vienne, Wittgenstein commen√ßa √† s'interroger sur son travail et envisagea la possibilit√© que le Tractatus comporte une grave erreur, ce qui marqua le d√©but de sa seconde carri√®re de philosophe et l'occupera pour le reste de sa vie.

Retour à Cambridge

En 1929, Wittgenstein décida, sur les conseils de Frank Ramsey et d'autres de ses amis, de retourner à Cambridge. Il fut accueilli à la gare par une foule composée de quelques-uns des plus grands intellectuels d'Angleterre et réalisa avec horreur qu'il était l'un des philosophes les plus célèbres au monde.

Malgr√© sa notori√©t√©, il ne put travailler imm√©diatement √† Cambridge par manque de dipl√īme et s'inscrivit d'abord comme simple √©tudiant. Russell reconnut rapidement son premier s√©jour comme suffisant et le pressa d'utiliser le Tractatus comme th√®se de doctorat, ce qu'il fit dans l'ann√©e. Russell et Moore firent office de jury pour la soutenance ; √† la fin, Wittgenstein leur tapa famili√®rement sur l'√©paule et d√©clara : ¬ę Ne vous inqui√©tez pas, je sais que vous ne le comprendrez jamais. ¬Ľ Moore √©crivit dans son rapport de jury : ¬ę √Ä mon avis, il s'agit du travail d'un g√©nie ; c'est en tout cas suffisant pour satisfaire au standard d'un doctorat de Cambridge. ¬Ľ Wittgenstein fut embauch√© comme assistant et devint membre du Trinity College.

Les sympathies politiques de Wittgenstein √©taient plut√īt √† gauche et lorsqu'on l'interrogeait sur la th√©orie marxiste, il se d√©clarait ¬ę communiste de cŇďur ¬Ľ et id√©alisait la vie des travailleurs.[r√©f. n√©cessaire] Attir√© par la description de la Russie, Short View of Russia de Keynes, il envisage en 1934 d'√©migrer en Union Sovi√©tique avec son meilleur ami (et peut-√™tre amant) Francis Skinner. Ils prirent des le√ßons de russe et en 1935, Wittgenstein partit en voyage √† L√©ningrad et √† Moscou pour voir s'il pouvait y trouver du travail. On lui proposa un poste d'enseignant, mais il pr√©f√©ra un travail manuel et rentra trois semaines plus tard.

De 1936 √† 1937, Wittgenstein v√©cut √† nouveau en Norv√®ge, laissant Skinner derri√®re lui. Il travailla sur les Investigations philosophiques. Au cours de l'hiver 1936-1937, il √©crivit une s√©rie de ¬ę confessions ¬Ľ √† des amis proches, pour la plupart concernant de petites incartades sans gravit√©, afin de nettoyer sa conscience.

En 1939, G. E. Moore démissionna et Wittgenstein, alors considéré comme un génie de la philosophie, obtint la chaire de philosophie de Cambridge et acquit la nationalité britannique dans la foulée.

Pendant qu'il √©tait en Irlande, l'Allemagne annexa l'Autriche dans l'Anschluss ; le citoyen viennois Wittgenstein √©tait alors citoyen allemand et un Juif selon les lois raciales. Son seul espoir √©tait d'√™tre classifi√© comme Mischlinge: un statut b√Ętard d'Aryen/Juif, dont le traitement √©tait moins brutal que ceux r√©serv√©s aux juifs. Cette reclassification de ¬ę Befreiung ¬Ľ a n√©cessit√© l'accord d'Adolf Hitler ; en 1939, il n'y eut que douze reclassifications pour 2 100 candidatures[1].

Apr√®s ses cours ou des p√©riodes d'intenses r√©flexions philosophiques, Wittgenstein aimait aller voir des westerns ou lire des polars. Il les consid√©rait comme des douches de l'esprit. Ce go√Ľt pour les r√©cits populaires contrastait avec ses pr√©f√©rences musicales, domaine pour lequel il consid√©rait toute musique post√©rieure √† Brahms comme un sympt√īme de la d√©cadence de la soci√©t√©.

√Ä ce moment de sa vie, son point de vue sur les fondements des math√©matiques avait consid√©rablement √©volu√©. Plus t√īt, il aurait consid√©r√© que la logique offrait un fondement solide. Il avait m√™me envisag√© de mettre √† jour l'ouvrage de Russell et Whitehead, les Principia Mathematica. Il niait d√©sormais qu'il puisse y avoir un quelconque fait math√©matique √† d√©couvrir ou que les √©nonc√©s math√©matiques soient vrais dans un sens r√©el. Les math√©matiques exprimaient simplement le sens conventionnel de certains symboles. Il niait √©galement que la contradiction puisse √™tre fatale √† un syst√®me math√©matique. Il donna une s√©rie de conf√©rences auxquelles Alan Turing assista et qui furent le th√©√Ętre de d√©bats vigoureux sur le sujet.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il quitta Cambridge et se porta volontaire pour servir dans un h√īpital de Londres, ainsi qu'en tant qu'assistant dans le laboratoire de l'infirmerie Royale Victoria. Il enseigna √† Cambridge jusqu'en 1947, puis il d√©missionna pour se concentrer sur l'√©criture. Il n'aimait pas la vie intellectuelle de Cambridge et il encouragea en fait plusieurs de ses √©tudiants √† poursuivre des carri√®res non acad√©miques. Wittgenstein resta n√©anmoins en contact avec le philosophe finlandais Georg Henrik von Wright qui lui succ√©da au poste de professeur √† l'Universit√© de Cambridge.

Bien que Wittgenstein f√Ľt impliqu√© dans une relation avec Marguerite Respinger, une jeune femme suisse amie de la famille, leurs projets de mariage √©chou√®rent en 1931 et il ne se maria finalement jamais. La plupart de ses histoires sentimentales concernaient de jeunes hommes. Il existe un d√©bat consid√©rable sur l'intensit√© de la vie homosexuelle de Wittgenstein, inspir√© par William Warren Bartley qui affirme avoir trouv√© des preuves de plusieurs liaisons passag√®res quand il habitait Vienne. Quoi qu'il en soit, il reste clair que Wittgenstein eut plusieurs relations homosexuelles durables comprenant une passion intense avec son ami David Pinsent et des relations stables avec Francis Skinner et Ben Richardson.

La tombe de Ludwig Wittgenstein

La majeure partie des travaux tardifs de Wittgenstein ont √©t√© √©crits dans l'isolement de la campagne et notamment sur la c√īte ouest de l'Irlande. Il avait √©crit l'essentiel de ce qui sera publi√© apr√®s sa mort sous le titre Philosophische Untersuchungen, les Recherches philosophiques, quand en 1949 on lui diagnostiqua un cancer de la prostate. Cet ouvrage demeure la part la plus importante de son Ňďuvre. Il passa les deux derni√®res ann√©es de sa vie entre Vienne, Oxford et Cambridge. Le travail de cette √©poque fut inspir√© par les conversations qu'il tint avec son ami et ancien √©tudiant Norman Malcolm pendant de longues vacances pass√©es dans la maison de Malcom aux √Čtats-Unis. Ils parl√®rent du travail de Malcolm qui √©tudiait la r√©ponse de G. E. Moore au scepticisme sur la question des objets de l'exp√©rience sensible (objects of sense-experience). Ce travail fut publi√© apr√®s sa mort dans De la certitude. Wittgenstein mourut √† Cambridge en 1951, quelques jours avant que ses amis ne viennent lui rendre un dernier hommage. Ses derniers mots furent : ¬ę Dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse. ¬Ľ

Philosophie

On distingue souvent le Wittgenstein du Tractatus de celui, postérieur, du retour à la philosophie vers 1929.

Le Tractatus logico-philosophicus

  • Les controverses philosophiques sont dues √† une incompr√©hension de la structure logique du langage. La philosophie est clarification du langage.
  • Les lois logiques sont des tautologies, elles ne disent rien sur le monde (comme la loi A = A).
  • Le langage est isomorphe au monde : la structure d'une proposition vraie est analogue √† celle du fait qu'elle d√©crit.
  • La signification d'un √©nonc√©, c'est son usage syntaxique.

Le retour à la philosophie

  • Les formes de vie d√©signent les types d'activit√©s humaines structur√©es par des r√®gles diff√©rentes (un peu comme des jeux de soci√©t√©).
  • √Ä chaque forme de vie correspond un jeu de langage, c'est-√†-dire une fa√ßon d'utiliser le langage dans une certaine perspective et selon certaines r√®gles qui d√©terminent le sens des mots.
  • Les probl√®mes philosophiques proviennent de confusions et d'interf√©rences entre des jeux de langage diff√©rents.

¬ę Quand [Wittgenstein] oppose bonne et mauvaise philosophies, et qu'il fait de la premi√®re un outil pour d√©masquer le philosophe qui est en chacun de nous, [il] vise le fait que toute philosophie se r√©alise moins comme un syst√®me plus ou moins logique de propositions ‚Äď c'est pr√©cis√©ment l'illusion du Tractatus ‚Äď qu'elle ne s'incarne, en fait, dans un langage qui est d'abord le langage commun[2]. ¬Ľ

Ňíuvres

Le Tractatus

Voir article d√©taill√© : Tractatus logico-philosophicus

Ňíuvres interm√©diaires

Wittgenstein √©crivit beaucoup apr√®s son retour √† Cambridge et ordonna une grande partie de ses √©crits en manuscrits incomplets. √Ä sa mort, il existait environ 30 000 pages manuscrites. Beaucoup furent publi√©es en plusieurs volumes.

Pendant cette période, dans les années 1920 et 1930, ses travaux comprenaient des attaques variées contre la philosophie perfectionniste du Tractatus. Il publia un article sur ce sujet, Remarks on Logical Form.

Recherches philosophiques

Voir article d√©taill√© : Investigations philosophiques

C'est aujourd'hui par cette Ňďuvre publi√©e √† titre posthume en 1953 que Wittgenstein a le plus d'influence. Elle est compos√©e de deux parties : la premi√®re contient 693 paragraphes pr√™ts pour l'impression en 1946, mais leur publication fut annul√©e ; la seconde qui fut ajout√©e par les √©diteurs.

Philosophie politique

La philosophie de Wittgenstein a eu des √©chos en philosophie politique, ind√©pendamment des positionnements politiques de Wittgenstein lui-m√™me. Ainsi Sandra Laugier[3], en prenant notamment appui sur Wittgenstein et la lecture par Stanley Cavell[4] de son traitement de la question du scepticisme, a esquiss√© une pens√©e politique de la d√©mocratie radicale et de l'individualisme communautaire. Par ailleurs, le sociologue Philippe Corcuff prend appui sur des ressources wittgensteiniennes pour critiquer la pens√©e politique dite ¬ę post-moderne ¬Ľ (en particulier chez Jean Baudrillard)[5].

Sciences sociales

La ¬ę seconde philosophie de Wittgenstein ¬Ľ, celle des Investigations philosophiques, a aussi inspir√© des chercheurs en sciences sociales. Mais d√©plac√©es du ¬ę jeu de langage ¬Ľ de la philosophie dans ceux des sciences sociales, les ressources wittgensteiniennes ont √©t√© prises dans d'autres usages et ont donc rev√™tu des significations diverses, parfois contradictoires. La ¬ę seconde philosophie de Wittgenstein ¬Ľ a ainsi aliment√© l'ethnom√©thodologie, courant de la sociologie am√©ricaine incarn√© notamment par Harold Garfinkel et Aaron Cicourel, puis dans son sillage des sociologies de l'action et de la cognition[6]. Sa philosophie des formes de vie et des usages ordinaires a √©galement constitu√© un r√©f√©rent dans la constitution de sa sociologie de la pratique par Pierre Bourdieu[7]. Sa critique du substantialisme dans Le cahier bleu (caract√©ris√© comme la recherche ¬ę d'une substance qui r√©ponde √† un susbtantif ¬Ľ ; pr√©c√®de le cahier brun) a par ailleurs marqu√© la sociologie constructiviste des groupes sociaux, telle qu'elle a notamment √©t√© initi√©e en France par Luc Boltanski[8] et, plus largement, a servi d'instrument de vigilance par rapport aux tentations de susbstantialisation des objets sociaux dans les sciences sociales[9]. Le sociologue des sciences David Bloor s'est r√©f√©r√©, de mani√®re appuy√©e et controvers√©e, sur le commentaire de Wittgenstein sur ce qu'est "suivre une r√®gle" pour l√©gitimer ses positions relativistes[10]. En anthropologie, Clifford Geertz a fait de Wittgenstein l'un des piliers philosophiques de sa r√©flexion qui a conduit au "tournant linquistique" dans la discipline aux Etats-Unis. Jean Bazin, en France, et Rodney Needham, en Grande-Bretagne, ont utilis√© le philosophe pour appuyer leurs critiques du savoir anthropologique[11]. L'anthropologue indienne Veena Das a, pour sa part, tent√© de d√©velopper dans les quinze derni√®res ann√©es une anthropologie d'inspiration wittgensteinienne en s'appuyant sur la lecture, plus existentialiste, qu'en propose Stanley Cavell[12].

Ňíuvres

Article d√©taill√© : Liste des Ňďuvres de Ludwig Wittgenstein.

Les Ňďuvres principales sont publi√©es chez Gallimard :

On trouvera chez Trans Europ Repress un certain nombre de publications précieuses (bilingues) de note et de cours de Wittgenstein [1]

  • Philosophica I (Cours de 1930-1933 rapport√© par George Edward Moore)
  • Philosophica II (Notes sur l'exp√©rience priv√©e et les 'sens data') (1934-1936)
  • Philosophica III (Conf√©rence sur l'√©thique ; Remarques sur le Rameau d'Or de Frazer; La libert√© de volont√©) (1912-1951)
  • Philosophica IV (Quelques remarques sur la forme logique; Cause et effet: saisie intuitive)(1912-1951)
  • Cours de Cambridge 1930-1932
  • Cours de Cambridge 1932-1935
  • Cours de Cambridge sur les fondements des math√©matiques 1937
  • Cours de Cambridge 1946-1947
  • Remarques Phi-Psy I (1947-1948)
  • Remarques Phi-Psy II(1948)
  • Remarques sur les couleurs
  • √Čtudes pr√©paratoires √† la deuxi√®me partie des recherches philosophiques
  • L'int√©rieur et l'ext√©rieur (1949-1951)
  • Correspondance (Cambridge)

Chez divers √©diteur :

  • Remarques m√©l√©es (GF et TER)
  • Carnets secrets 1914-1916 (Farragot)
  • Carnets de Cambridge et de Skjolden (Puf)
  • Le√ßon sur la libert√© de volont√©, suivis de : Essais sur le libre jeu de la pens√©e (Puf, Epim√©th√©e)
  • Lettres, rencontres, souvenirs Ludwig Wittgenstein et Paul Engelmann (√Čditions de l'√©clat) 2010

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Edmonds and Eidinow, p. 98, 105
  2. ‚ÜĎ Sylvain Auroux, Jacques Deschamps, Djamel Kouloughi, La philosophie du langage, PUF, coll. ¬ę Quadrige ¬Ľ, 2004, p. 257-258.
  3. ‚ÜĎ Voir Sandra Laugier, ¬ę Wittgenstein : anthropologie, scepticisme et politique ¬Ľ, Multitudes, n¬į9,mai-juin 2002, et Une autre pens√©e politique am√©ricaine. La d√©mocratie radicale d'Emerson √† Cavell, Paris, Michel Houdiard, 2004.
  4. ‚ÜĎ Voir Stanley Cavell, Les voix de la raison. Wittgenstein, le scepticisme, la moralit√© et la trag√©die (1e √©d. am√©ricaine : 1979), Paris, Seuil, 1996.
  5. ‚ÜĎ Voir Philippe Corcuff, La soci√©t√© de verre. Pour une √©thique de la fragilit√©, Paris, Armand Colin, 2002, pp.135-146 et 166-177.
  6. ‚ÜĎ Pour une vue d'ensemble, voir Albert Ogien, Les formes sociales de la pens√©e. La sociologie apr√®s Wittgenstein, Paris, Armand Colin, 2007 .
  7. ‚ÜĎ Voir notamment Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Paris, Minuit, 1980.
  8. ‚ÜĎ Voir Luc Boltanski, Les cadres. La formation d'un groupe social, Paris, Minuit, 1982.
  9. ‚ÜĎ Pour un panorama, voir Philippe Corcuff, Les nouvelles sociologies, Paris, Nathan, collection ¬ę 128 ¬Ľ, 1995; Paris, Armand Colin, collection ¬ę 128 ¬Ľ, 2007, 2¬į √©dition refond√©e.
  10. ‚ÜĎ David Bloor, Wittgenstein. A Social Theory of Knowledge, London, Macmillian Press, 1983. Pour une critique de sa lecture de Wittgenstein, voir par ex. Pierre Bourdieu, "Wittgenstein, le sociologisme et la science sociale", in Jacques Bouveresse, Sandra Laugier & Jean-Jacques Rosat, eds, Wittgenstein, derni√®res pens√©es, Marseille, Agone, 2002.
  11. ‚ÜĎ Par exemple Rodney Needham Belief, Language, and Experience,Oxford, University of Chicago Press, 1972. Jean Bazin, ¬ę Questions de sens ¬Ľ, Enqu√™te 6 : La description : 13-34, 1998. Bazin s'y oppose √† Geertz, un autre exemple de lectures contradictoires de Wittgenstein.
  12. ‚ÜĎ Voir en particulier Veena Das," Wittgenstein and Anthropology", Annual Review of Anthropology 27 : 171-195.

Voir aussi

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Bibliographie

Filmographie

Articles connexes

Liens externes



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