Louis Philippe d'Orleans (1747-1793)

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Louis Philippe d'Orleans (1747-1793)

Louis Philippe d'Orléans (1747-1793)

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Louis Philippe II, duc d’OrlĂ©ans.

Louis Philippe II Joseph d’OrlĂ©ans, duc de Chartres, puis duc d'OrlĂ©ans (1785-1792), ayant changĂ© son nom en Philippe ÉgalitĂ© aprĂšs 1792, est nĂ© au chĂąteau de Saint-Cloud le 13 avril 1747 et mort guillotinĂ© Ă  Paris le 6 novembre 1793.

Fils de Louis Philippe d'OrlĂ©ans (1725-1785), duc d'OrlĂ©ans, dit « le Gros Â», et de Louise Henriette de Bourbon-Conti († 1759), il fut titrĂ© duc de Montpensier Ă  sa naissance (1747-1752), puis porta le titre de duc de Chartres de la mort de son grand-pĂšre Ă  celle de son pĂšre (1752-1785). Il devint alors duc d'OrlĂ©ans et premier prince du sang. Il descendait en ligne masculine du rĂ©gent Philippe d’OrlĂ©ans et du roi Louis XIII.

Sommaire

Mariage et descendance

Le pĂšre de Philippe d’OrlĂ©ans avait d’abord envisagĂ© de le marier Ă  la princesse CunĂ©gonde de Saxe, fille d’Auguste III de Saxe roi de Pologne et sƓur de la Dauphine de France Marie-JosĂšphe. Mais cette derniĂšre insista auprĂšs de Louis XV pour qu’il s’oppose Ă  ce projet, considĂ©rant que Chartres Ă©tait de trop petite naissance pour prĂ©tendre Ă©pouser sa sƓur CunĂ©gonde.

L’abbĂ© de Breteuil, chancelier de la maison d’OrlĂ©ans, fut donc chargĂ© de nĂ©gocier, en substitution, un mariage avec Louise Marie AdĂ©laĂŻde de Bourbon (dite « Mademoiselle de PenthiĂšvre Â»), petite-fille du comte de Toulouse, bĂątard lĂ©gitimĂ© de Louis XIV et de Madame de Montespan, qui amenait dans la maison d’OrlĂ©ans, avec encore un peu plus du sang des bĂątards de Louis XIV, l’hĂ©ritage fabuleux du duc de PenthiĂšvre.

Philippe d’OrlĂ©ans quant Ă  lui descendait, par sa mĂšre, d’une bĂątarde de Louis XIV et de la marquise de Montespan (Mademoiselle de Nantes) et d’autre part une des arriĂšre-grand-mĂšres paternelles de Philippe d’OrlĂ©ans Ă©tait Ă©galement une bĂątarde de Louis XIV et de la marquise de Montespan (la seconde Mademoiselle de Blois).

Le mariage eut lieu Ă  Versailles le 5 avril 1769. La dot, sans doute la plus importante qu’on ait jamais vue, se montait Ă  6 millions de livres, dont 3 865 000 livres Ă©taient remis sur-le-champ, sous forme d’une dotation produisant un revenu annuel de 245 000 livres. Le duc d’OrlĂ©ans s’engageait de son cĂŽtĂ© Ă  loger, meubler, faire servir les Ă©poux et Ă  leur assurer au surplus un revenu de 400 000 livres par an.

Louis Philippe en roi de pique.

Louise Marie AdĂ©laĂŻde de Bourbon lui donna six enfants :

  1. N... d’OrlĂ©ans (mort-nĂ©e le 10 octobre 1771) ;
  2. Louis Philippe d'OrlĂ©ans (1773-1850), titrĂ© duc de Valois puis duc de Chartres, puis duc d'OrlĂ©ans, puis roi des Français ;
  3. Louis Antoine Philippe d'OrlĂ©ans (1775-1807), titrĂ© duc de Montpensier ;
  4. Louise Marie AdĂ©laĂŻde EugĂ©nie d'OrlĂ©ans (1777-1847), titrĂ©e Mademoiselle de Chartres ;
  5. N... d’OrlĂ©ans (nĂ©e le 23 aoĂ»t 1777 - morte en 1782), jumelle de la prĂ©cĂ©dente, titrĂ©e Mademoiselle d’OrlĂ©ans ;
  6. Louis Charles d'Orléans (1779-1808), comte de Beaujolais, qui prit à partir de 1792 les prénoms Alphonse Léodgard.

Le duc d’OrlĂ©ans eut des bĂątards, entre autres avec deux de ses maĂźtresses connues: une fille naturelle - Pamela BrĂ»lart de Sillery (v. 1777-1831) - avec FĂ©licitĂ© de Genlis avec laquelle il avait entamĂ© une liaison Ă  la fin des annĂ©es 1760. Il eut aussi au moins un fils - Victor Leclerc de Buffon (1792-1812), dit Ă©galement le chevalier de Saint-Paul- avec Marguerite Françoise Bouvier de la Mothe de CĂ©poy, comtesse de Buffon, qu'il avait rencontrĂ©e au Palais-Royal au dĂ©but des annĂ©es 1780.

Le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais moururent tous deux, l’un au Royaume-Uni et l’autre Ă  Malte, d’une tuberculose contractĂ©e lors de leur sĂ©jour en prison pendant la RĂ©volution. Leur frĂšre Louis-Philippe y avait Ă©chappĂ© en quittant la France en mĂȘme temps que Dumouriez, provoquant l’arrestation de toute la famille par mesure de reprĂ©sailles.

À force d’intrigues compliquĂ©es, Madame de Genlis parvint Ă  ĂȘtre seule chargĂ©e de l’éducation de ces enfants - elle fut pensionnĂ©e en qualitĂ© de "gouverneur" des enfants d'OrlĂ©ans Ă  la suite du chevalier de Bonnard -, sur lesquels elle expĂ©rimenta ses idĂ©es pĂ©dagogiques "modernes".

Sous l’Ancien RĂ©gime

Un destin militaire contrarié

Chartres avait eu la promesse, au moment de son mariage, que son beau-pĂšre solliciterait pour lui la survivance de sa charge de grand amiral de France. Il s’y prĂ©para en faisant une carriĂšre d’officier de marine. En 1772, il s’embarqua sur le vaisseau l'Alexandre avec le grade de garde-marine (aspirant). AprĂšs deux campagnes en 1775 et 1776, il fut promu lieutenant gĂ©nĂ©ral des armĂ©es navales (contre-amiral). En 1778, lorsque les hostilitĂ©s recommencĂšrent avec la Grande-Bretagne, il se vit confier le commandement de l’arriĂšre dans l’escadre commandĂ©e par le comte d’Orvilliers. Le 27 juillet 1778, au large d’Ouessant, la bataille s’engagea. Une manƓuvre commandĂ©e par d’Orvilliers amena les vaisseaux du duc de Chartres sur l’avant ; le prince n’hĂ©sita pas Ă  foncer sur les vaisseaux britanniques, mais Ă  la suite d’une mauvaise communication avec le vaisseau amiral, une erreur fut commise qui permit aux vaisseaux britanniques de prendre la fuite. La bataille se soldait par un demi-succĂšs.

A Paris, chacun rendit d’abord hommage Ă  la belle conduite du duc de Chartres avant qu’on ne reçût le tĂ©moignage des marins ayant participĂ© Ă  la bataille. Par peur d'exposer la vie du prince de sang royal, le capitaine du navire avait prĂ©tendu ne pas avoir compris l'ordre de manƓuvre de l'amiral : il avait mis en panne sa division et envoyĂ© un canot pour prendre les ordres de vive voix. Le retard ainsi provoquĂ© empĂȘcha le mouvement de la flotte française et permit aux Britanniques de s'Ă©chapper. Les moqueries qui s'ensuivirent dans tout Paris affectĂšrent profondĂ©ment le duc.

L’annĂ©e suivante, il commanda l’escadre d’évolutions qui fit le tour des Ăźles britanniques et revint par les Pays-Bas. À son retour, il trouva son beau-pĂšre inquiet car on l’avait persuadĂ© que Chartres voulait le dĂ©pouiller de sa charge de grand amiral. Le duc de Chartres Ă©crivit Ă  Louis XVI pour le dĂ©tromper et, dans un souci d’apaisement, renonça Ă  la marine en sollicitant le roi de crĂ©er pour lui un emploi de colonel gĂ©nĂ©ral des troupes lĂ©gĂšres, ce Ă  quoi Louis XVI consentit.

Mais en 1780, le roi lui refusa la permission de faire partie du corps expĂ©ditionnaire de Rochambeau qui partait pour l’AmĂ©rique.

Un prince réformateur, opposant de plus en plus déclaré

Philippe d’OrlĂ©ans en grand maĂźtre du Grand Orient de France.

Pair de France, Philippe d’OrlĂ©ans fit de bonne heure preuve d’indĂ©pendance. Comme tous les princes des branches cadettes de la maison de Bourbon, il prit le parti des Parlements en 1771 et refusa de siĂ©ger au « parlement Maupeou Â».

En 1771, il se fit Ă©lire grand maĂźtre du Grand Orient de France, qui venait d’ĂȘtre organisĂ©. Adepte des idĂ©es nouvelles et grand admirateur des institutions britanniques, le duc de Chartres manifesta plus d’une fois avant la RĂ©volution son hostilitĂ© au rĂ©gime et Ă  la Cour, notamment lors de l’assemblĂ©e des notables (1787).

À partir de 1785, devenu duc d’OrlĂ©ans, il offrit au Palais-Royal - "l'anti-Versailles" - un centre et un point de ralliement aux ennemis de la cour. Chef du 3e bureau Ă  l’AssemblĂ©e des notables (1787), il dĂ©clara que les États gĂ©nĂ©raux avaient seuls le droit de voter les impĂŽts, et protesta contre les Ă©dits bursaux : il fut exilĂ©.

Les finances de Philippe d’OrlĂ©ans

DÚs le début des années 1780, le duc de Chartres avait connu des difficultés financiÚres.

Son train de maison, tant en France qu'en Angleterre, Ă©tait extrĂȘmement dispendieux, et absorbait l’essentiel de son revenu. Par l'intermĂ©diaire de Nathaniel Parker-Forth - ministre plĂ©nipotentiaire du roi d'Angleterre auprĂšs de la cour de France et premier agent d'influence du gouvernement britannique et intrigant intĂ©ressĂ© selon le comte de Montesquiou -, qui avait su se rendre indispensable pour lui et Mme de Genlis, Chartres effectuait avec sa suite nombreuse des voyages rĂ©guliers en Angleterre. À Londres, il avait obtenu du roi d'Angleterre l'autorisation exceptionnelle de disposer d'un palais princier Ă  Portland place et une autre maison situĂ©e Chapel Street, n°3 Ă  Park Lane. De 1779 Ă  1789, Parker-Forth le mit peu Ă  peu dans une dĂ©pendance dangereuse: Ă  la fois affective - il supervisa l'adoption prĂ©tendue des filles du duc et de Mme de Genlis - et financiĂšre.

Il rĂ©alisa une spĂ©culation immobiliĂšre restĂ©e cĂ©lĂšbre au Palais-Royal. Depuis son remariage morganatique avec Madame de Montesson, son pĂšre le duc d’OrlĂ©ans avait cessĂ© d’habiter le Palais-Royal. Il en fit concession Ă  son fils en 1776, et le lui abandonna en toute propriĂ©tĂ© en 1780. Peu aprĂšs, en juin 1781, la salle de thĂ©Ăątre dite du Palais-Royal, qui se trouvait du cĂŽtĂ© de l’actuelle rue de Valois, brĂ»la une nouvelle fois. Le duc de Chartres la fit reconstruire de l’autre cĂŽtĂ© par l’architecte Victor Louis (c’est l’actuelle salle de la ComĂ©die-Française) et en profita pour rĂ©aliser une vaste opĂ©ration immobiliĂšre autour des jardins du Palais-Royal : il fit Ă©difier des immeubles uniformes, comportant des galeries marchandes au rez-de-chaussĂ©e surmontĂ©es d’appartements d’habitation. Les rues bordant l’ensemble furent baptisĂ©es des noms des fils du duc : Valois, Montpensier et Beaujolais.

Cette opĂ©ration fut vivement critiquĂ©e. Le public, qui avait toujours Ă©tĂ© admis librement dans les jardins du Palais-Royal, critiqua leur rĂ©trĂ©cissement. On jugea l’architecture mesquine. Louis XVI se serait moquĂ© du duc de Chartres en lui lançant : « Eh, bien, mon cousin ! Il paraĂźt que vous ouvrez boutique ? On ne vous verra plus que le dimanche ? Â». Authentique ou non, le mot courut Paris, avec des dizaines d’épigrammes et de chansons. Mais l’affaire ne fut pas excellente et tarda Ă  s’équilibrer, le duc ayant dĂ» emprunter 4 millions pour financer les constructions, qui s’avĂ©rĂšrent difficiles Ă  vendre et Ă  louer.

La spéculation des arcades du Palais-Royal qui entraina aussi des procÚs nombreux de la part des riches riverains qui se trouvÚrent privés de la vue sur les jardins, ne fut pas aussi rentable qu'il l'escomptait, tandis que le nombre des pensions qu'il accordait à ses protégés ne faisait qu'augmenter avec le temps (une association des créanciers du duc d'Orléans réunissant ces pensionnaires viagers fut d'ailleurs créée en 1792).

Ses dĂ©penses excĂ©daient de beaucoup ses revenus, et l’hĂ©ritage de son pĂšre en 1785, qui Ă©tait grevĂ© de 2 millions de dettes, ne suffit pas Ă  rĂ©tablir sa situation financiĂšre.

A la mort de son pĂšre en 1785 le duc de Chartes devenu duc d’OrlĂ©ans avait pu obtenir du roi l’autorisation d’émettre un emprunt de 6 millions de livres (le prix de 2 vaisseaux de lignes ou de 3 frĂ©gates) portant crĂ©ation de 240 000 livres de rentes viagĂšres tontiniĂšres Ă  4%, dit « tontine d’OrlĂ©ans Â» (27 novembre 1785).

Pressé par ses créanciers, il obtint de la duchesse d'Orléans qu'elle consentßt à engager sa dot, ce qu'elle fit. Puis il commença à aliéner un certain nombre de ses biens mobiliers et immobiliers en France pour les placer avantageusement, croyait-il, à la City. La mesure la plus connue et la plus spectaculaire est la vente à Londres de la magnifique collection de tableaux de maßtre des ducs d'Orléans, constituée par Richelieu puis par le Régent dont se chargÚrent Edouard de Walckiers, Jean-Joseph Laborde de Méréville et John Christie, commissaire priseur à Londres.

Continuant de restructurer et placer ses biens mobiliers, il rĂ©unit un ensemble de bijoux et diamants de la famille d'OrlĂ©ans qu'il fit passer en Angleterre via Saint-Omer en 1790 par l'intermĂ©diaire de Nathaniel Parker-Forth, puis, en 1792, une cassette de diamants[1] qu'il confia Ă  Edouard de Walckiers pour ĂȘtre dĂ©posĂ©e chez Boyd et Benfield, banquiers Dover Street Ă  Londres.

À la fin de 1789, il gagea la crĂ©ance reprĂ©sentĂ©e par le capital de la dot de la reine d’Espagne d’un montant de 4 millions (V. biens de la maison d'OrlĂ©ans).

En 1792 et 1793, il mit en ventes d'immenses terrains dans la rĂ©gion d'Avesnes, puis, Ă  Paris, il vendit plusieurs immeubles dont la Chancellerie d'OrlĂ©ans, rue des Bons-Enfants, les Écuries d'OrlĂ©ans, rue Saint-Thomas du Louvre, et d'autres immeubles dont le fameuse "Civette" dans le quartier du Palais-Royal.

Sous la pression du gouvernement britannique qui, selon le ministre des Affaires Ă©trangĂšre Montmorin et le comte de La Luzerne son ambassadeur Ă  Londres, cherchait Ă  fomenter des troubles en France, il fit procĂ©der Ă  d’importants achats spĂ©culatifs de blĂ©, qui avec la disette de 1789 dĂ©clencha les premiĂšres Ă©meutes et particuliĂšrement l'affaire des 5 et 6 octobre 1789. Dans cette affaire, le gouvernement Pitt joua un rĂŽle essentiel puisque l'on sait aujourd'hui que c'est la banque britannique Turnbull et Forbes qui solda au nom du gouvernement britannique, auprĂšs de la MunicipalitĂ© de Paris, les acquisitions de blĂ© Ă  destination de l'Angleterre.

Pour accroßtre son revenu le duc souscrivit avec le prince de Galles, le duc d'York et le duc de Clarence, les trois fils du roi d'Angleterre trois emprunts obligataires à taux élevés, gagés sur le duché de Cornouailles. Cette longue négociation de deux ans (1789-1790) fut menée par Nathaniel Parker-Forth avec les notaires Rouen et Brichard. Il était entendu que le duc commencerait à percevoir ses dividendes aprÚs la mort du roi d'Angleterre.

La faction d'Orléans

Philippe-Egalité.jpg

Pendant la Révolution, l'expression "faction d'Orléans" revient souvent. Elle désigne généralement les individus politisés qui, entre 1788 et 1792, appartinrent à l'entourage du duc d'Orléans, tant reçus par lui à Monceau ou au Raincy, que par les membres de son entourage immédiat, principalement à Bellechasse chez le marquis et la marquise de Sillery-Genlis. Camille Desmoulins a parfaitement exposé les choses dans le Vieux Cordelier en réponse à une question de Charles Barbaroux sur son éventuelle appartenance à la "faction d'Orléans".

Si, les premiĂšres annĂ©es, le duc d'OrlĂ©ans n'a pas protestĂ© publiquement lorsque le bruit courait qu'il pourrait ĂȘtre dĂ©signĂ© par l'AssemblĂ©e comme Lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume ou "rĂ©gent", il s'en est dĂ©fendu dĂšs son retour d'Angleterre et il l'a publiĂ© et signĂ© dans les journaux en aoĂ»t 1791. À partir de cette date, on peut assurer que l'expression "faction d'OrlĂ©ans" ne le dĂ©signe pas et que l'on entend par lĂ , par commoditĂ© de langage, ceux et celles qui, se rĂ©clamant de lui ou de son fils aĂźnĂ©, ne dĂ©sespĂšrent pas, comme Laclos, Clarke ou Lauzun, de l'Ă©tablissement d'une dynastie orlĂ©aniste.

Le dĂ©putĂ© aux États GĂ©nĂ©raux

DĂ©lĂ©guĂ© aux deux assemblĂ©es des notables, le duc d'OrlĂ©ans avait Ă©tĂ© Ă©lu dĂ©putĂ© de la noblesse aux États gĂ©nĂ©raux de 1789, s'Ă©tait prononcĂ© pour les idĂ©es nouvelles et fut du nombre des nobles qui donnĂšrent l’exemple de se rĂ©unir au tiers Ă©tat.

LiĂ© Ă  HonorĂ© Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, espĂ©rant peut-ĂȘtre un temps le trĂŽne de Louis XVI, il dut s’exiler en Grande-Bretagne aprĂšs les journĂ©es des 5 et 6 octobre 1789, pour Ă©viter d'avoir Ă  s'expliquer dans le cadre de l'instruction menĂ©e au ChĂątelet de Paris pour dĂ©terminer les responsabilitĂ©s de ces journĂ©es rĂ©volutionnaires. C'est Ă  Londres, Ă  cette Ă©poque qu'il put nĂ©gocier ses emprunts avec la couronne britannique.

Revenu en France en 1790, il décida de ne plus s'occuper de politique malgré la pression énorme de son entourage qui envisageait depuis 1789 un changement de dynastie en sa faveur.

Membre du Club des Jacobins depuis sa fondation, il Ă©tait aussi membre fondateur du club de Valois qui s'opposait au club monarchique.

AprĂšs la fuite de Louis XVI Ă  Varennes et la fusillade du Champ-de-Mars, le duc d'OrlĂ©ans dĂ©clara solennellement, par Ă©crit, qu'il renonçait absolument Ă  toute intention de prendre la rĂ©gence en France[rĂ©f. nĂ©cessaire].

En 1792, il se rendit avec ses fils Ă  l’armĂ©e du Nord, mais aprĂšs la dĂ©fection du gĂ©nĂ©ral Dumouriez, il reçut l’ordre de la quitter.

Philippe ÉgalitĂ©, dĂ©putĂ© Ă  la Convention

Candidat Ă  la Convention nationale en 1792 par le dĂ©partement de la Seine, il prit le nom de Philippe ÉgalitĂ© et fut Ă©lu grĂące au soutien de la Commune de Paris[2]. Une lettre Ă©crite en 1793 de prison Ă  son avouĂ© Jean-Baptiste Lemaire, montre qu'il n'a jamais signĂ© autrement: "Pourquoi m'appelez vous "OrlĂ©ans" nom que vous savez que je n'ai pas signĂ© depuis le dĂ©but de l'assemblĂ©e constituante qui dĂ©fendait de porter aucun titre ni nom de terre ? Est-ce qu'il y a un dĂ©cret qui m'ordonne de m'appeler "OrlĂ©ans" ? J'ai dĂ©jĂ  fait cette question aux citoyens GĂ©rard[3] et Voidel, mais je n'y ai reçu aucune rĂ©ponse; peut-ĂȘtre serai-je plus heureux en m'adressant Ă  vous. Je dĂ©sire le savoir car s'il y en a un, il est trop ridicule Ă  moi de continuer Ă  signer "EgalitĂ©". Cependant ce ridicule serait bien involontaire puisque je n'ai aucune connaissance que je doive signer autrement"[4].

Il siégea toujours avec les Cordeliers, au milieu de la Montagne.

Il vota la mort du roi Louis XVI, et sans appel. Le rejet de l'appel au peuple pouvant sauver Louis XVI se joua Ă  trĂšs peu de voix. Cette action dĂ©goĂ»ta jusqu’à Robespierre qui, selon une rumeur, aurait dit de lui : « il Ă©tait le seul membre [de l’AssemblĂ©e] qui pĂ»t se rĂ©cuser. Â»[5]

DĂ©mission du Grand Orient de France

Pour couper court à toutes les spéculations entretenues sur ses intentions, il fit publier cette lettre importante dans le Journal de Paris du 22 février 1793:

"Dans un temps oĂč personne, assurĂ©ment, ne prĂ©voyait notre RĂ©volution, je m'Ă©tais attachĂ© Ă  la franc-maçonnerie qui offrait une image d'Ă©galitĂ©, comme je m'Ă©tais attachĂ© au parlement qui offrait une image de la libertĂ©. J'ai, depuis, quittĂ© ce phantĂŽme pour la rĂ©alitĂ©. Au mois de dĂ©cembre dernier, le secrĂ©taire du Grand Orient s'Ă©tant adressĂ© Ă  la personne qui remplissait auprĂšs de moi les fonctions de secrĂ©taire du Grand MaĂźtre, pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette sociĂ©tĂ©, je rĂ©pondis Ă  celui-ci, sous la date du 5 janvier: "Comme je ne connais pas la maniĂšre dont le Grand Orient est composĂ©, et que, d'ailleurs, je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystĂšre ni aucune assemblĂ©e secrĂšte dans une RĂ©publique, surtout au commencement de son Ă©tablissement, je ne veux me mĂȘler en rien du Grand-Orient ni des assemblĂ©es de franc-maçons"[6]. Un "froid glacial" accueillit cette dĂ©claration puis on procĂ©da Ă  "la dĂ©gradation maçonnique du citoyen EgalitĂ© en le faisant dĂ©missionnaire, et on le dĂ©pouilla de son titre de Grand maĂźtre".

L'arrestation et la condamnation

Quand son fils aßné (le futur Louis-Philippe Ier) suivit le général Charles-François Dumouriez dans son aventure personnelle, il devint suspect aux yeux des Montagnards.

Il fut dĂ©crĂ©tĂ© alors d'accusation, comme "partisan" des Girondins [rĂ©f. nĂ©cessaire] avec lesquels il n'avait pourtant jamais eu de relations. ArrĂȘtĂ© le 6 avril 1793, le ci-devant duc d'OrlĂ©ans, sa sƓur la duchesse de Bourbon, et ses enfants furent dĂ©tenus dans le fort Saint-Jean Ă  Marseille.

L'exécution

Décrété d'accusation, il fut ramené à Paris, envoyé à la Conciergerie et jugé par le Tribunal révolutionnaire puis guillotiné le 6 novembre 1793.

La fortune des ducs d'Orléans

Dans la requĂȘte prĂ©sentĂ©e au tribunal de Paris par la duchesse d'OrlĂ©ans pour obtenir sa sĂ©paration de biens (1792), elle dĂ©clarait qu'aprĂšs avoir reçu en dot 6 100 000 livres et une rente perpĂ©tuelle de 50 000 livres, elle s'Ă©tait vue contrainte d'engager toute sa fortune pour cautionner son mari qui ne lui allouait pour toute pension que 1 000 livres par mois. Cette requĂȘte rĂ©vĂ©lait en outre que l'actif de Philippe, Ă©valuĂ© 66 698 000 livres Ă©tait absorbĂ© par un passif de 75 234 648 livres, rĂ©parti entre trois mille crĂ©anciers. Le jugement dĂ©finitif de sĂ©paration ne fut rendu que le 8 octobre 1793, peu de jours avant la mort d'ÉgalitĂ© dont la ruine Ă©tait attribuĂ©e Ă  ce que lui avait coĂ»tĂ© la RĂ©volution, mais en rĂ©alitĂ©, une grosse partie de sa fortune Ă©tait en Angleterre.

Ses biens considĂ©rables furent en partie spoliĂ©s, et son fils Louis-Philippe 1er n'en recouvra qu'une partie. Une lettre du comte de Montesquiou qui s'est chargĂ© des intĂ©rĂȘts du fils aĂźnĂ© du duc, futur roi des Français, Ă©crivait Ă  ce sujet, pour ce qui concerne la partie placĂ©e en Angleterre: "Au moyen des indications que je peux vous donner, je crois qu'il ne vous sera pas difficile de remonter Ă  la source des diffĂ©rents dĂ©pĂŽts que feu M. le duc d'OrlĂ©ans a faits en Angleterre, d'en constater les valeurs et d'en prĂ©venir l'abus que les dĂ©positaires pourraient ĂȘtre tentĂ©s d'en faire. J'aperçois un danger auquel il est important de parer. Les papiers de M. le duc d'OrlĂ©ans, saisis Ă  Paris, ont fort bien pu mettre, entre les mains de quelques membres des comitĂ©s de la Convention nationale, les titres de ses propriĂ©tĂ©s anglaises; ceux-ci peuvent avoir Ă©tĂ© trafiquĂ©s, et peut-ĂȘtre mĂȘme quelques dĂ©positaire infidĂšle aurait pu nĂ©gocier la remise de ces piĂšces.. VoilĂ  ce qui rend important d'accĂ©lĂ©rer les informations afin de pouvoir mettre obstacle Ă  ce brigandage"[7]. Deux noms ont Ă©tĂ© avancĂ©s, Bertrand BarĂšre de Vieuzac, rapporteur et membre Ă©minent du ComitĂ© de salut public, l'organisateur de la Terreur, et le conventionnel Merlin de Douai, rĂ©dacteur de la loi des suspects, tous deux pensionnĂ©s par le duc d'OrlĂ©ans et donc intĂ©ressĂ©s au contrĂŽle de sa succession.

Bibliographie

Voir aussi

Liens internes

Filmographie

Notes

  1. ↑ Contenant au moins un Saint-Esprit, une Ă©paulette superbe de colonel, une autre sans frange, une ganse et un bouton de chapeau, un bouton de col de diamant jaune, des bucles de souliers et de jarretiĂšres, etc.
  2. ↑ Louis Blanc
  3. ↑ GĂ©rard de Rayneval
  4. ↑ Correspondance du duc d'OrlĂ©ans Ă  Jean-Baptiste Le Maire, lettre datĂ©e le Fort Saint-Jean Ă  Marseille, le 5 aoĂ»t 1793, AN, F/7/4774/15
  5. ↑ http://www.lodace.net/ca1jour/nov/06111793b.htm
  6. ↑ Journal de Paris, le 22 fĂ©vrier 1793
  7. ↑ "A la recherche de la fortune du duc d'OrlĂ©ans", Revue historique de la RĂ©volution française, 1912, p.539-540
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