Animaux domestiques

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Animaux domestiques

Domestication

Le mouton, une des premières espèces domestiquées.

La domestication d'une esp√®ce, animale ou v√©g√©tale est l'acquisition, la perte ou le d√©veloppement de caract√®res morphologiques, physiologiques ou comportementaux nouveaux et h√©r√©ditaires, r√©sultant d‚Äôune interaction prolong√©e, d'un contr√īle voire d'une s√©lection d√©lib√©r√©e de la part des communaut√©s humaines.

La domestication d√©signe aussi l'√©tat dans lequel la reproduction, les soins et l'alimentation des animaux, ou le cycle des plantes sont contr√īl√©s plus ou moins √©troitement par l'humain. Dans le langage courant, l'expression ¬ę animal domestique ¬Ľ est souvent employ√©e dans le sens restreint d'animal de compagnie, et le verbe ¬ę domestiquer ¬Ľ comme synonyme d'apprivoiser. Ce dernier terme peut s'appliquer √† un animal isol√© tandis que la domestication concerne une population ou une esp√®ce enti√®re. Une acception √©largie de la domestication tend √† traiter de toutes formes d'interaction r√©guli√®re de l'esp√®ce humaine avec une esp√®ce animale ; de l'√©levage intensif d'une esp√®ce anciennement domestiqu√©e √† la chasse raisonn√©e d'une population animale consid√©r√©e comme une ressource.

La principale utilit√© des plantes et animaux domestiques est la production alimentaire, ainsi que celle d'autres produits utiles comme la laine, le coton, ou la soie ; les motifs de la pratique d'un √©levage ou d'une culture ne sont cependant pas toujours strictement utilitaires et incluent l'agr√©ment, ou bien des pratiques culturelles.

La domestication des plantes et des animaux a accompagné les débuts de l'agriculture et a été un facteur essentiel du développement humain. Si elle a permis la révolution néolithique, c'est aussi un processus qui se prolonge aujourd'hui.

Carpes ko√Į ; vari√©t√© ornementale de la Carpe commune

Sommaire

Le processus de domestication

Dates et lieux de domestication

Se reporter au tableau des dates et foyers par espèce, plus bas.

Les domestications s'√©talent du n√©olithique √† nos jours, √† l'exception de celle du chien, qui a pr√©c√©d√© de plusieurs mill√©naires l'√©levage d'autres esp√®ces et la s√©dentarisation. Notre √©poque, √† partir du XIXe si√®cle, est par contre riche en nouvelles esp√®ces √©lev√©es, et on peut parler pour plusieurs d'entre elles de domestication.

Bouc, figurine en bronze de l'Attique en Gr√®ce, probablement fabriqu√© au Ve si√®cle av. J.-C.

Les dates et foyers des domestications anciennes ont √©t√© estim√©s par des m√©thodes essentiellement arch√©ologiques ; il s'agit plus sp√©cialement d'arch√©ozoologie. Ces m√©thodes consistent √† fouiller ou exploiter les r√©sultats de fouilles de sites d'occupation humaine pr√©historique. Les restes animaux sont dat√©s selon les m√©thodes arch√©ologiques : on d√©termine l'esp√®ce √† laquelle ils appartiennent, on estime √©galement l'√Ęge auquel ils sont morts, voire le type d'animaux (d'une forme √©ventuellement domestique) qu'ils repr√©sentent, et on s'appuie sur d'autres indices comme les traces observables d'abattage ou de d√©coupe. L'enjeu est de d√©terminer si on est en pr√©sence d'animaux sauvages ou d'√©levage, et plus globalement la nature de leurs relations avec les humains. Ainsi le squelette d'un chat retrouv√© aupr√®s d'un tombeau humain indique qu'il s'agissait probablement d'un animal de compagnie[1]. Une certaine homog√©n√©it√© d'√Ęge des animaux dont on retrouve les restes indique qu'il s'agissait d'un √©levage, o√Ļ l'on abattait les animaux √† l'√Ęge optimal.

Les nouvelles techniques et en particulier l'√©tude de l'ADN mitochondrial permettent de r√©estimer les dates de domestication de m√™me que l'arbre g√©n√©alogique des esp√®ces domestiques actuelles ; ces connaissances sont donc toujours en √©volution. La lign√©e du chien en particulier se serait s√©par√©e de celle du loup il y a entre 100 000 et 150 000 ans[2]. Il est possible que l'anc√™tre du chien se soit √† cette √©poque rapproch√© et associ√© aux groupes humains qu'il suivait, pour les restes qu'il pouvait obtenir, en ayant un r√īle d'alerte voire d'auxiliaire de chasse. La date de domestication issue des sources arch√©ologiques correspondrait alors √† une relation devenue plus √©troite et √† un contr√īle plus fort de l'homme[3].

Groupe de bovins, en √Čgypte antique, vers 1400 av. J.-C.

Le processus de domestication et la diffusion des espèces et techniques d'élevage s'étalent sur des périodes longues et loin d'être parfaitement déterminées. On admet pour plusieurs espèces le principe de plusieurs foyers de domestication distincts. Cela n'exclut pas les croisements qui ont suivi et il semble vain de déterminer un ancêtre sauvage pour chaque race d'une espèce domestique.

Après celle du chien, le premier foyer de domestication fut le Moyen-Orient, en particulier sa partie qu'on appelle le Croissant fertile. On remarque ensuite l'Asie de l'Est, le bassin méditerranéen et l'Amérique du Sud. Certaines régions du monde n'ont connu aucune domestication d'espèces locales sinon de très récentes comme l'Australie ou l'Afrique australe.

Le nombre d'esp√®ces domestiques disponibles s'est brusquement accru au XVIe si√®cle de part et d'autre de l'Atlantique, avec ce qu'on nomme l'√©change colombien. Le continent am√©ricain abritait alors cinq esp√®ces animales domestiqu√©es, dont seul le chien √©tait connu dans l'Ancien Monde. Les chevaux et bŇďufs par exemple y sont alors apparus tandis qu'un grand nombre de plantes domestiques am√©ricaines, nouvelles en Europe, en Asie et en Afrique y ont √©t√© adopt√©es.

Scénarios de domestication

Plusieurs sc√©narios ont √©t√© propos√©s comme ayant men√© √† la domestication des esp√®ces animales. La tradition d'adoption de b√©b√©s animaux, voire leur allaitement au sein est souvent donn√©e pour origine de la domestication, √©tant donn√© que par le ph√©nom√®ne d'empreinte, il est facile d'obtenir de cette fa√ßon des animaux familiaris√©s par leur contact pr√©coce avec les humains. Pourtant, le processus de domestication implique l'√©levage de lign√©es d'animaux sur de nombreuses g√©n√©rations, ce qui n'est pas le cas si le recrutement se fait en permanence par pr√©l√®vement d'animaux sauvages. Par ailleurs cette pratique, toujours observ√©e actuellement, est caract√©ristique des peuples de chasseurs-cueilleurs, qui pr√©cis√©ment, n'ont pas d'animaux domestiques. Ces apprivoisements seraient donc int√©gr√©s √† une culture bas√©e sur la chasse et non l'√©levage, et il y aurait une opposition entre soci√©t√©s ¬ę apprivoisatrices ¬Ľ et ¬ę domesticatrices ¬Ľ[4],[5]. Ce sch√©ma ne parait donc pas pouvoir √™tre retenu directement comme moyen de domestication. Pourtant si le facteur culturel est sans doute essentiel pour expliquer la domestication voire la non-domestication d'une esp√®ce, le syst√®me √©conomique et culturel d'une soci√©t√© n'est pas fig√©. La plupart des soci√©t√©s bas√©es sur la chasse √©l√®ve des chiens, pour lequel ce sch√©ma a pu √™tre un √©l√©ment important de la domestication[6].

Il est possible que la domestication soit passée par une phase de mutualisme entre ces animaux et l'homme, c'est-à-dire un rapprochement et une aide dans l'intérêt mutuel. En effet, cette relation s'observe toujours chez le chien paria, et on présume qu'elle a été une étape de la domestication du porc.

Plusieurs esp√®ces √©taient les objets d'une tradition de chasse qui a √©volu√© vers un contr√īle des populations, et une gestion de population sauvage devenue raisonn√©e. Cette chasse a pu devenir s√©lective, visant par exemple les animaux les plus √Ęg√©s et les m√Ęles en surnombre, et conduire √† un mode d'√©levage extensif, puis intensifi√©. Tous ces stades sont actuellement pratiqu√©s dans le cas du renne, dans des r√©gions diff√©rentes. Ce processus semble avoir concern√© plusieurs esp√®ces, dont les ch√®vres et moutons, ainsi que les petits cam√©lid√©s (lamas)[6].

Enfin l'√©levage a pu simplement commencer avec des animaux captur√©s puis √©lev√©s en stricte captivit√©. C'est le cas de la plupart des domestications r√©centes ou contemporaines. C'est dans cette situation que le contr√īle et la s√©lection peuvent √™tre les plus forts, permettant une transformation plus rapide des esp√®ces √©lev√©es.

Le sc√©nario de domestication d'une esp√®ce peut avoir correspondu √† l'un de ces sch√©mas ou en avoir √©t√© une combinaison simultan√©e ou successive. Dans le cas du lapin, les √©tapes de la domestication √† partir de la simple chasse ont √©t√© l'√©tablissement de garennes ferm√©es au Moyen √āge, qui constituaient des sortes de r√©serves de chasse. Dans certaines de ces garennes a √©t√© pratiqu√©e une s√©lection, permise par la capture des animaux vivants gr√Ęce aux furets. Cette s√©lection a abouti √† l'apparition des premi√®res vari√©t√©s de lapin au cours du XVIe si√®cle, qui se distinguaient par leur coloris et leur taille[7]. L'√©levage a ensuite √©t√© intensifi√© et la forte s√©lection a abouti √† une grande variabilit√© des races domestiques. Le comportement du lapin d'√©levage a probablement √©volu√© conjointement, du fait d'une s√©lection d'animaux moins farouches, celle-ci ayant pu √™tre aussi bien intentionnelle qu'indirecte : les animaux plus difficiles √† recapturer ne pouvant pas √™tre donn√©s √† de nouveaux √©leveurs.

Les pratiques d'élevage et de sélection qu'on peut observer sur la période historique peuvent donner une idée de celles qui ont produit la domestication. Celles-là sont très variées, ainsi que les connaissances et représentations qu'ont les éleveurs de l'hérédité et de l'influence qu'ils peuvent avoir sur une population animale. Certains d'entre eux opèrent une sélection méthodique au sein d'un cheptel, d'autres ne conçoivent pas l'influence que peut avoir le choix des reproducteurs sur leurs produits, au sein d'une espèce ou variété. Ces éleveurs peuvent croire pourtant à l'intérêt d'acquérir une nouvelle lignée ou d'opérer des croisements avec des animaux de souches différentes de la leur et participer ainsi à leur diffusion.

La s√©lection exerc√©e par les √©leveurs est d'ailleurs loin d'avoir constamment la m√™me direction, une pratique relev√©e pour plusieurs esp√®ces et √† diff√©rentes √©poques consistant par exemple √† sacrifier les animaux ayant eu la croissance la plus forte ou la plus rapide afin de laisser les autres finir leur croissance. Cette pratique qui a vraisemblablement un effet de contre-s√©lection a d'ailleurs √©t√© d√©nonc√©e comme telle par des observateurs pour les moutons par exemple, ou en pisciculture d'√©tang o√Ļ la pratique du ¬ę fond de p√™che ¬Ľ consiste √† repeupler un √©tang apr√®s sa p√™che par vidange en y rel√Ęchant les poissons les plus petits. Ainsi, quoique la carpe ait eu une longue tradition d'√©levage en France, les performances d'√©levage de ce poisson √©taient m√©diocres. Des lign√©es √† croissance nettement plus rapide y ont √©t√© r√©introduites √† partir d'Europe centrale √† la fin du XIXe si√®cle, o√Ļ un √©levage s√©lectif √©tait pratiqu√©. Parmi la diversit√© des pratiques, on rel√®ve aussi celle consistant √† faire saillir une femelle par des cong√©n√®res sauvages pour les qualit√©s r√©elles ou suppos√©es que cela procure aux produits de tels croisements (chien/loup ; porc/sanglier en Europe). Quoique ceci semble aller √† l'encontre du processus de domestication, ces hybridations ont pu contribuer √† conjuguer les caract√®res domestiques, en particulier comportementaux d'une esp√®ce avec ceux d'une sous-esp√®ce locale sauvage bien adapt√©e √† son milieu. Cela a probablement √©t√© le cas des races de chiens nordiques.

La domestication d'une espèce est le fruit d'une histoire multiple qu'il est difficile de reconstituer. Ses facteurs importants sont les prédispositions de cette espèce, les pratiques des éleveurs ou proto-éleveurs sur de longues périodes qui opèrent une sélection consciente ou non et les échanges d'animaux qui permettent aux lignées les plus domestiquées de se diffuser.

Point de vue biologique

Cheptel d'Hereford, race sélectionnée pour la production de viande.

Le processus de domestication commence lorsqu'un nombre restreint d'animaux est isol√© de l'esp√®ce sauvage. Cette population peut alors conna√ģtre un ph√©nom√®ne de micro√©volution, en s'adaptant aux conditions d'√©levage et du fait de la s√©lection humaine[8]. Cette √©volution est marqu√©e par l'apparition de traits domestiques, c'est-√†-dire des nouveaux caract√®res interpr√©t√©s comme des mutations g√©n√©tiques conserv√©es voire s√©lectionn√©es alors que les all√®les qui les portent seraient rest√©s rares ou auraient √©t√© √©limin√©es par s√©lection naturelle √† l'√©tat sauvage. Ce sont des caract√®res morphologiques comme par exemple la taille plus grande ou plus petite que celle de l'esp√®ce sauvage, des coloris nouveaux, le poil long, fris√© ou encore la queue enroul√©e ; ce sont aussi des caract√®res physiologiques comme l'augmentation de la prolificit√©, et la pr√©cocit√© de la croissance. On note aussi la perte de caract√®res physiques comme les cornes pour une partie des races de mouton ou d'aptitudes comme une diminution de la mobilit√© ; de la vitesse de course ou de l'aptitude au vol, ainsi que la perte d'aptitudes comportementales. Ceci fonde une interpr√©tation de la domestication comme alt√©ration du g√©notype, ce qui est indiscutable dans le cas de l'albinisme. De m√™me et plus t√īt, Buffon a d√©crit la domestication en termes de d√©g√©n√©rescence[9]. La variabilit√© morphologique est importante chez certaines esp√®ces et beaucoup moins chez d'autres comme le chameau de Bactriane. On interpr√®te √©galement les transformations de la domestication avec la notion de n√©ot√©nie, selon laquelle des caract√®res morphologiques comme les oreilles pendantes ou comportementaux comme l'attachement, √† l'origine propres aux stades juv√©niles, se prolongent √† l'√©tat adulte[10].

Si les premi√®res esp√®ces domestiqu√©es sont √©lev√©es depuis quelques mill√©naires, ce temps est-il pour autant indispensable √† cette √©volution ? Des exp√©riences sp√©cifiques[11] ainsi que les domestications contemporaines montrent qu'avec une forte s√©lection, les transformations caract√©ristiques de la domestication peuvent appara√ģtre relativement rapidement, dans l'intervalle d'une dizaine √† quelques dizaines de g√©n√©rations.

Du point de vue √©cologique, certaines esp√®ces sont √©lev√©es √† l'√©tat domestiques dans un milieu identique ou proche de celui de leurs anc√™tres sauvages comme le chameau ou le renne. √Ä l'inverse, on remarque que le nombre relativement faible d'esp√®ces domestiques est compens√© par leur distribution souvent tr√®s large, dans des milieux et sous des climats vari√©s et tr√®s diff√©rents de ceux d'o√Ļ l'esp√®ce est originaire. La poule, originaire de r√©gions tropicales est √©lev√©e jusqu'au cercle polaire arctique, et le porc, originaire de r√©gions temp√©r√©es, est √©lev√© jusqu'en climat √©quatorial plut√īt que d'autres esp√®ces de suid√©s, originaires de ces climats mais non domestiqu√©es. Le r√©gime alimentaire des esp√®ces domestiques peut varier tr√®s fortement du fait de l'acc√®s aux ressources naturelles d'un nouveau milieu, et bien s√Ľr avec l'alimentation artificielle parmi laquelle les c√©r√©ales cultiv√©es sont primordiales, y compris pour le chien. Il est difficile de d√©terminer √† quel point ces changements de climat et de r√©gime alimentaire se sont accompagn√©s d'une adaptation physiologique h√©r√©ditaire vers une √©ventuelle tol√©rance des animaux domestiques √† ces variations. Certains auteurs ont estim√© dans le sens inverse que les esp√®ces domestiques avaient √©t√© choisies parmi celles qui sont les moins sp√©cialis√©es du point de vue alimentaire et √©cologique[12] (esp√®ces dites Eury√®ces). Les d√©placements et introductions par l'√™tre humain d'esp√®ces domestiques dans des espaces o√Ļ elles √©taient absentes a eu des cons√©quences importantes sur les √©quilibres √©cologiques d√®s le n√©olithique[13], puisqu'ils pouvaient constituer des invasion biologique et entra√ģner la disparition d'esp√®ces locales.

Point de vue comportemental

Un chien Fox-terrier et sa ma√ģtresse.

La domestication est non seulement une modification des caractères physiques d'une espèce, mais aussi de son comportement. Cette évolution consiste en premier lieu en un caractère moins farouche, à une tolérance voire une familiarité plus facile à l'égard des humains et à l'atténuation des comportements potentiellement dangereux à leur égard. C'est aussi une adaptation aux conditions d'élevages, donc aux groupes importants et à la promiscuité, qui peuvent être mal tolérés par les congénères sauvages.

L'éthologue Konrad Lorenz a décrit notamment la domestication comme un appauvrissement des comportements sociaux spécialisés, au profit de l'hypertrophie des besoins de base comme la reproduction et l'alimentation[14]. Le comportement social en général parait en effet plus riche chez les animaux sauvages que chez leur congénères de races domestiquées[10].

Dans le cas du chien, l'√©volution comportementale semble beaucoup plus radicale et ne peut en aucun cas √™tre r√©duite √† la perte du caract√®re farouche ou sauvage. La capacit√© des chiots √† interpr√©ter les signes de communication humains parait ainsi sup√©rieure √† celle des loups et des primates[15]. L'attachement qu'un chien porte √† son ma√ģtre et la propension √† lui ob√©ir, bien que pouvant √™tre l'objet d'une √©ducation ou dressage sont des caract√®res inn√©s issus de la domestication.

L'√©thologie est aussi √©voqu√©e concernant la domestication pour discuter des caract√®res comportementaux qui permettent ou ont permis √† une esp√®ce d'√™tre domestiqu√©e. Le principal d'entre eux serait le caract√®re social d'une esp√®ce. Le fait qu'elle vive en groupe hi√©rarchis√© aurait permis √† l'√©leveur d'exercer un contr√īle sur ces animaux en prenant la position de l‚Äô√©l√©ment dominant du groupe.

Point de vue zootechnique

Article d√©taill√© : √Člevage s√©lectif des animaux.

Actuellement, les objectifs intentionnels de la domestication (dans le cas de nouvelles espèces) ou de l'amélioration des races domestiques concernent essentiellement la production (rarement le travail produit par les animaux). Ce sont l'adaptation aux conditions d'élevage, la prolificité, la vitesse de croissance, et souvent la qualité de la chair ou celle d'autres produits comme le lait ou la laine.

Les premiers registres d√©couverts qui √©tablissent des listes de lign√©es, montrant ainsi une formalisation de la s√©lection des animaux datent du XVIe si√®cle av. J.-C. en langue Hittite. La s√©lection moderne des esp√®ces d'√©levage fait appel √† des outils notamment statistiques appliqu√©s aux notions g√©n√©tiques. Elle demande une √©valuation aussi objective que possible des sujets et une organisation rigoureuse des programmes d'√©levages, pour obtenir une am√©lioration des performances des lign√©es en fonction d'objectifs d√©termin√©s. Ces s√©lections sont souvent mises en Ňďuvre par des organismes sp√©cialis√©s.

La sélection sur des critères étroits de performance est critiquée pour les inconvénients qu'elle amène en termes de fragilité des sujets par exemple[16], et pour la menace qu'elle fait subir à la biodiversité des races domestiques, en leur substituant un nombre réduit de lignées. Elle tend en réponse à intégrer des critères plus larges de sélection, comme la facilité de mise-bas en plus de la performance laitière ou de croissance pour les bovins par exemple. Cette sélection peut tenter également de répondre à des besoins très précis, comme dans le cas du porc une réduction des éléments les plus polluants des déjections des animaux, qui posent problème en situation d'élevage intensif[17]. D'autre-part, les variétés peu sélectionnées ou dites rustiques sont reconnues non seulement en tant que ressources génétiques potentielles, mais aussi pour leur adaptation à certains modes ou systèmes d'élevage de type extensif. Le CNRS estimait en 2005 que 50% des races d'oiseaux domestiqués sont en voie de disparition[18]. La sélection des animaux parait donc liée à des objectifs et un type d'élevage précis. En outre, la prise en charge de la sélection par des organismes spécialisés peut réduire l'autonomie des producteurs et les rendre dépendant des orientation de ces organismes, notamment en types de productions.

Malgré ces limites, la sélection contemporaine montre une assez grande efficacité. Le "progrès génétique" obtenu peut être très sensible à l'échelle de quelques années, montrant que la transformation des espèces domestiques est loin d'être arrêtée. Les efforts portent également sur des nouvelles espèces d'élevage, en particulier parmi les poissons.

Point de vue culturel

La domestication est aussi un phénomène culturel en ce qu'elle a impliqué lors des premiers élevages un bouleversement des rapports de l'homme avec la nature et avec les espèces concernées. Les systèmes culturels humains et leur évolution semblent être en premier lieu le facteur qui a déterminé la domestication des espèces - ou leur non domestication.

Variétés animales domestiquées

La liste des espèces domestiques est modulable selon les critères adoptés. On limite en général celle des espèces domestiques les plus répandues et les plus anciennes à une trentaine. Cette liste est complétée par d'autres animaux dont l'élevage est ancien, par les nouvelles espèces domestiques puisque l'ancienneté de l'élevage de plusieurs espèces n'empêche pas que la domestication soit un phénomène contemporain, et par d'autres espèces en fonction de leur lien plus ou moins étroit avec l'homme.

Une partie des esp√®ces dont il existe des vari√©t√©s domestiqu√©s ont vu leur forme sauvage dispara√ģtre √† l'√©poque pr√©historique comme pour le dromadaire ou tardivement pour l'auroch. Il existe pourtant des populations sauvages de ces deux esp√®ces ainsi que du cheval par exemple, mais celles-l√† sont issues exclusivement de marronnage. Le lien de parent√© entre une esp√®ce domestique et l'esp√®ce sauvage dont elle est issue a longtemps ignor√©. Sa d√©couverte, qui allait avec celle de la variabilit√©, au moins morphologique d'une esp√®ce, a contribu√© √† l'√©tablissement des th√©ories de l'√©volution. Pour des esp√®ces comme le cochon d'inde ou le mouton, l'esp√®ce sauvage dont elles sont issues n'est toujours pas connue avec certitude, parmi plusieurs esp√®ces proches.

Liste restreinte

Plusieurs animaux domestiques ont longtemps été considérés et classifiés comme des espèces distinctes de celles dont elles sont issues, lorsque celles-ci existent toujours à l'état sauvage. Actuellement et dans ce cas, la classification d'une variété domestiquée comme une sous-espèce de l'espèce dont elle est issue tend à s'imposer[19]. Ainsi le nom scientifique du porc a été changé de Sus domesticus à Sus scrofa domesticus, ce qui le désigne comme une sous-espèce du sanglier.

Espèce Date Foyer de domestication Races
Chien 15000 av. J.-C.[3] Asie de l'Est - Multiple Liste
Chèvre 8000 av. J.-C.[20] Moyen-Orient Liste
Mouton 8500 à 6500 av. J.-C. [21] Moyen-Orient Liste
BŇďuf et Z√©bu 8000 av. J.-C.[22] Moyen-Orient et Inde Liste
Porc 7000 av. J.-C.[23] Chine, Europe Liste
Chat 7000 av. J.-C.[1] Bassin méditerranéen Liste
Poule (Gallus gallus) 6000 av. J.-C.[24] Asie du Sud-Est Liste
√āne commun 5000 av. J.-C.[25],[26] Afrique du Nord Liste
Cheval 4000 av. J.-C[27] Ukraine Liste
Buffle 4000 av. J.-C. Chine
Lama 3500 av. J.-C. Pérou
Ver à soie 3000 av. J.-C. Chine
Pigeon biset 3000 av. J.-C. √Čgypte, Bassin m√©diterran√©en
Chameau de Bactriane 3000 av. J.-C. Asie centrale
Dromadaire 2500 av. J.-C. Arabie
Gayal NC Asie du Sud-Est
Banteng NC Asie du Sud-Est, √ģle de Java
Yak 2500 av. J.-C. Tibet
Oie cendrée (Anser anser) 1500 av. J.-C. Europe
Oie de Guinée (Anser cygnoides) 1500 av. J.-C. Chine
Alpaga 1500 av. J.-C. Pérou
Canard (Anas platyrhynchos) 1000 av. J.-C. Chine Liste
Canard de Barbarie NC Amérique du Sud
Renne 1000 av. J.-C. Sibérie
Pintade NC Afrique
Carpe commune NC Asie de l'Est
Cobaye 500 av. J.-C.[28] Pérou
Furet 500 av. J.-C. Europe
Dinde 500 av. J.-C. Mexique Liste
Poisson rouge 300 Chine
Lapin 1600[7] Europe Liste


Dans cette liste, les cas du furet et du ver √† soie ne font pas consensus : du point de vue l√©gal pour le furet (class√© dans certains pays dont la Suisse[29] ou la Californie comme animal sauvage) et en tant qu'insecte qui ne serait pas concern√© par la notion d'animal domestique pour le second. Ces deux esp√®ces sont √† d'autres points de vue parmi celles dont la domestication est la plus pouss√©e. La carpe et le poisson rouge ne sont pas non plus toujours cit√©s au sein d'une liste restrictive d'esp√®ces domestiques.

Certaines esp√®ces consid√©r√©es comme distinctes et qui ont √©t√© domestiqu√©es s√©par√©ment sont n√©anmoins interf√©condes. Elles partagent alors le genre. Ce sont par exemple le genre Bos qui r√©unit bŇďuf, z√©bu, yak, gayal et banteng, le genre Camelus : chameau de Bactriane et dromadaire, le genre Lama : lama et alpaga ou le genre Anser (les oies).

Certaines vari√©t√©s domestiques peuvent alors √™tre issues de l'hybridation de plusieurs esp√®ces : le sanglier des C√©l√®bes (Sus celebensis) a √©t√© domestiqu√© s√©par√©ment de l'esp√®ce Sus scrofa et ne subsiste probablement √† l'√©tat domestique qu'au sein de vari√©t√©s issues de l'hybridation de ces deux esp√®ces[30].

Le cheval et l'√Ęne (genre Equus) donnent des hybrides st√©riles : mulet et bardot, ainsi que le canard de Barbarie et les races de canard domestique issues du canard colvert qui produisent le canard mulard.

Deuxième cercle

On peut √©largir la liste avec :

Espèce Date Foyer de domestication
Abeille 4000 av. J.-C. Multiple
√Čl√©phant d'Asie 2000 av. J.-C. Vall√©e de l'Indus
Daim 1000 av. J.-C. Chine
Paon bleu 500 av. J.-C. Inde
Tourterelle domestique 500 av. J.-C. Afrique du Nord
Caille 1100 - 1900 Japon
Serin des Canaries 1600 Îles Canaries, Europe
Canard mandarin NC Chine
Cygne tuberculé 1000 - 1500 Europe

Les deux premi√®res esp√®ces, malgr√© l'anciennet√© de leur √©levage, ne sont en g√©n√©ral pas d√©tach√©es comme populations de celles de leurs cong√©n√®res sauvages, et leur reproduction n'est pas enti√®rement contr√īl√©e. Les suivants sont des animaux d'agr√©ment et de voli√®re, parfois oppos√©s √† ce titre aux animaux domestiques de rente. Le daim est dans ce cas, son √©levage relev√© en √Čgypte antique n'a probablement pas √©t√© continu jusqu‚Äô√† nos jours.

Les critères qui font qu'une population est perçue ou non comme domestique ne correspondent pas toujours exactement à des faits biologiques ou techniques objectifs et la frontière entre animaux domestiques et sauvages est souvent floue[31].

Nouvelles domestications

Une trayeuse de la Ferme d'élan de Kostroma en Russie
Extraction des Ňďufs d'une truite pour reproduction artificielle

Animaux de rente

  • Plusieurs esp√®ces de poissons sont √©lev√©es de fa√ßon intensive depuis quelques d√©cennies voire quelques ann√©es seulement : truite arc-en-ciel, saumon atlantique, bar, daurade royale, turbot, la morue[32], s√©riole, plusieurs esp√®ces de poisson-chat et de tilapia, qui peuvent √™tre consid√©r√©es comme √©tant en cours de domestication, puisque le cycle de l'√©levage est enti√®rement ma√ģtris√©, qu'une s√©lection est appliqu√©e sur ces esp√®ces et qu'elle a d√©j√† permis d'am√©liorer leurs qualit√©s du point de vue de l'√©levage[33].
  • Dans le domaine de l'aquaculture, des esp√®ces de crevettes sont √©galement √©lev√©es √† grande √©chelle, le cycle d'√©levage √©tant compl√®tement ma√ģtris√©. La crevette √† pattes blanches (Penaeus vannamei) et la Crevette g√©ante tigr√©e (Penaeus monodon) repr√©sentent la plus grande part de la production de crevettes d'√©levages[34]. L'√©levage de grenouilles (raniculture) a √©galement √©t√© d√©velopp√© sans arriver pour autant √† des productions importantes[35].
  • Parmi les rongeurs, il y a quelques esp√®ces dont l'√©levage pour la chair s'est √©tabli ces derni√®res d√©cennies, avec une volont√© d√©lib√©r√©e de domestication : l'aulacode[36] et le cric√©tome ou rat de Gambie √©lev√©s en Afrique de l'Ouest sur un mode similaire √† celui du lapin[37], et le capybara (ou cabiai) au Br√©sil √©lev√© sur un mode semi-extensif.
  • Plusieurs grands herbivores sont √©lev√©s avec un projet de domestication justifi√© par le fait qu'√©tant adapt√©s √† leur milieu, ils permettent de mieux l'exploiter que les esp√®ces domestiques classiques : l'√©land de Derby (Taurotragus oryx) en Afrique australe, le bŇďuf musqu√© (Am√©rique et Europe du Nord) et l'√©lan en Europe du Nord ; l'√©levage de cette esp√®ce est relev√© chroniquement : pour le lait vers IIe si√®cle av. J.-C. et au XVIIe si√®cle pour l'attelage[6].
  • L'autruche a √©t√© √©lev√©e √† grande √©chelle pour les plumes d√®s la premi√®re moiti√© du XXe si√®cle. Elle est √©lev√©e de nos jours pour la chair et ses autres produits comme le cuir et les Ňďufs.

Animaux de compagnie et d'ornement

  • Il faut noter, parmi les nouvelles domestications, des animaux de compagnie dont la reproduction est facilement ma√ģtris√©e, en particulier parmi les rongeurs et qui satisfont en g√©n√©ral au crit√®re de familiarit√© avec l'homme : souris (Mus musculus), chinchilla, rat (Rattus norvegicus), hamster dor√©, gerbille de Mongolie et octodon.
  • Les oiseaux de voli√®re et d'agr√©ment donnent lieu au d√©veloppement en √©levage de nombreuses vari√©t√©s. Les services de l'√Čtat fran√ßais en ont √©tabli une liste assez exhaustive parmi environ 70 esp√®ces[38]. Ce sont par exemple plusieurs esp√®ces de perruches parmi lesquelles la perruche ondul√©e ou encore des pass√©riformes comme le diamant mandarin.
  • On peut rapprocher de cette cat√©gorie plusieurs esp√®ces de poissons d'aquariophilie qui font l'objet d'une s√©lection importante ; par exemple le guppy ou le combattant.

Animaux d'étude

Les √©tudes et exp√©rimentations ont utilis√© fr√©quemment des animaux de diff√©rentes esp√®ces domestiques. Certaines de ces esp√®ces comme la souris et le rat semblent avoir √©t√© s√©lectionn√©es conjointement comme animaux de compagnie et de laboratoire. Une esp√®ce au moins a √©t√© domestiqu√©e √† des fins uniquement scientifiques : la drosophile, dont la rapidit√© du cycle d'√©levage, a fait un organisme mod√®le dans la recherche en g√©n√©tique.

Anciennes domestications

Certaines esp√®ces ont √©t√© √©lev√©es voire r√©ellement domestiqu√©es, mais ne le sont plus, ayant totalement disparu ou n'existant plus qu'√† l'√©tat sauvage. Ces cas sont cependant douteux : le degr√© de domestication des animaux peut √™tre difficile √† d√©terminer, ainsi Digard rel√®ve plusieurs esp√®ces dont l'√©levage para√ģt attest√© en √Čgypte antique (des antilopin√©s des genres gazella, oryx, addax, ainsi que l'Ouette d'√Čgypte et la hy√®ne tachet√©e)[6], quoique leur cas pourrait √™tre qualifi√© de d√©tention d'esp√®ces sauvages plut√īt que de domestication. D'apr√®s Buffon, la sarcelle √©tait √©lev√©e pour sa viande par les romains[39], tandis que le colvert n'a √©t√© domestiqu√© qu'au cours du Moyen-√āge.

√Ęnes ou onagres attel√©s, √©tendard d'Ur, XXVIIe si√®cle av. J.-C.

Pour deux autres cas, c'est l'identification de l'esp√®ce qui n'est pas certaine : l'onagre, Equus hemionus aurait √©t√© domestiqu√© et utilis√© notamment attel√© dans la civilisation sum√©rienne (de 5000 √† 2000 ans avant JC.) N√©anmoins sur les repr√©sentations qui paraissent l'attester il pourrait s'agir plut√īt d‚ÄôEquus asinus ; l'√Ęne domestique originaire d'Afrique. En Europe la tourterelle des bois (streptopelia turtur) aurait √©t√© couramment √©lev√©e au Moyen √āge comme animal de compagnie[6]. Dans ce cas √©galement, il reste √† confirmer qu'il s'agissait bien de cette esp√®ce, qui n'existe de nos jours qu'√† l'√©tat sauvage, ou bien de la tourterelle domestique, qui n'est pas originaire d'Europe.

On rel√®ve par ailleurs l'utilisation de l'√©l√©phant d'Afrique du Nord en √Čgypte, et √† Carthage peu avant notre √®re ; les √©l√©phants d'Hannibal (ayant travers√© le sud de la France et les Alpes) √©taient certainement de cette origine (voir article √Čl√©phant de guerre). Ces animaux appartenaient √† une sous-esp√®ce aujourd'hui disparue.

Espèces non domestiquées

Toutes les espèces élevées ou utilisées par l'être humain n'ont pas subi une évolution vers la domestication. Plusieurs d'entre elles font l'objet d'un élevage établi de rente pour la fourrure ou la peau comme les ragondin, rat musqué, Martres, crocodile, ou la chair comme les grenouille, écrevisse, escargot ou cerf élaphe. Ces espèces sont rarement considérées comme domestiquées pour autant.

Pour une part d'entre elles, l'√©levage durant plusieurs d√©cennies a engendr√© des modifications qui peuvent √™tre interpr√©t√©es comme un d√©but de domestication. C'est le cas des renards et les visons √©lev√©s pour leur fourrures, chez qui on a vu de nouveaux coloris appara√ģtre au fil des d√©cennies d'√©levage. Cependant, ces esp√®ces ont √©t√© tr√®s peu s√©lectionn√©es sur des crit√®res d'apprivoisabilit√© et d'adaptation aux conditions d'√©levage, ce qui pose des probl√®mes s√©rieux de stress et comportements pathologiques[40].

En aquaculture, les esp√®ces de poissons peuvent √™tre √©lev√©es sans domestication, soit du fait d'un mode d'√©levage extensif laissant peu de prise au contr√īle de la reproduction et √† la s√©lection, soit par la limitation de l'√©levage au grossissement apr√®s capture des juv√©niles dans le milieu naturel, ce qui est le cas de l'anguille.

Plusieurs esp√®ces de coquillages marins sont l'objet d'un √©levage intensif (voir conchyliculture). C'est le cas en particulier de l'hu√ģtre et de la moule. Il n'y a en g√©n√©ral pas de contr√īle de la reproduction mais captage du naissain sauvage, donc une perm√©abilit√© entre les populations sauvages et de production, ce qui se rapproche du cas des abeilles. La ma√ģtrise de la reproduction et des premiers stades d'√©levage, acquise ces derni√®res ann√©es pour l'hu√ģtre par exemple, est cependant une forme de domestication de ces esp√®ces.

On recense plusieurs esp√®ces pour lesquelles il existe ou il a exist√© une tradition de dressage et d'utilisation, souvent pour la chasse, sans qu'un √©levage durable et une s√©lection aient √©t√© pratiqu√©s. La loutre et le grand cormoran ont √©t√© employ√©s comme auxiliaires de p√™che ; les faucons et de nombreuses esp√®ces de rapaces sont dress√©es √† la chasse, la fauconnerie √©tant une tradition toujours bien vivante. D'autres animaux comme le caracal au Moyen √āge, et le gu√©pard, de 3e mill√©naire av. J.-C. jusqu‚Äô√† nos jours sont employ√©s pour la chasse. Le cas des macaques dress√©s √† la cueillette de noix de coco en Tha√Įlande ne rend pas la liste exhaustive.

D'autres espèces sont élevées pour l'ornement, en particulièrement des oiseaux de volières et des poissons d'aquariophilie et ne sont pas les objets d'une sélection durable. Elles restent, biologiquement, légalement ou dans la perception qu'en ont leurs détenteurs, des espèces sauvages détenues ou élevées en captivité.

Espèces végétales domestiques

Champ et épi de blé.

La domestication des plantes est probablement plus importante encore que celle des animaux pour l'esp√®ce humaine. Les premi√®res plantes ont √©t√© domestiqu√©es autour de 9000 avant JC dans le Croissant fertile au Moyen-Orient. Il s'agissait d'annuelles √† graines ou fruits comme le haricot et bien sur le bl√©. Le Moyen-Orient a particuli√®rement convenu √† ces esp√®ces ; le climat √† √©t√©s secs favorisant le d√©veloppement des plantes √† semer, et la vari√©t√© d'altitudes a permis celui d'une grande vari√©t√© d'esp√®ces. Avec la domestication s'est fait la transition d'une soci√©t√© de chasseur-cueilleurs √† une soci√©t√© agricole et s√©dentaire. Ce changement m√®nerait par la suite, environ 4000 √† 5000 ans plus tard, aux premi√®res villes et √† l'apparition de v√©ritables civilisations.

La domestication des plantes comme celle des animaux est un processus lent et progressif. Apr√®s les plantes annuelles, Des pluriannuelles et des petits arbres ont commenc√© √† √™tre domestiqu√©s parmi lesquels le pommier et l'olivier. Quelques plantes n'ont √©t√© domestiqu√©es que r√©cemment comme le noyer du Queensland et le pacanier (noix de p√©can). Dans diff√©rentes r√©gions du monde, des esp√®ces tr√®s vari√©es ont √©t√© domestiqu√©es. En Am√©rique du Nord, la courge, le ma√Įs, et le haricot ont form√© le cŇďur de l‚Äôalimentation des am√©rindiens. Le riz et le soja √©taient les cultures les plus importantes de l‚ÄôAsie de l'Est.

Le critère initial de sélection de la domestication d’une céréale est de pouvoir être moissonnée sans que le grain ne se détache de l’épi, tout en conservant son pouvoir germinatif pour servir de semence[41]. Ce problème a été résolu progressivement, permettant à la sélection de porter ensuite sur d'autres caractères comme l’adaptation de la plante à son environnement de culture ou sa productivité.

Au cours des mill√©naires beaucoup d‚Äôesp√®ces domestiqu√©es sont devenues tr√®s diff√©rentes de leurs anc√™tres. Les √©pis de ma√Įs font maintenant plusieurs dizaines de fois la taille de ceux de leurs anc√™tres sauvages.

Le nombre d’espèces végétales cultivées est beaucoup plus important que celui des espèces animales élevées, et il est plus difficile encore dans le règne végétal de dresser la liste des espèces domestiquées. On trouve ici un tableau des 30 espèces les plus cultivées dans le monde.

Voir aussi le Portail:Plantes utiles pour accéder à beaucoup d'autres articles concernant ces plantes.

Utilisation des animaux domestiques

La poule domestique a acquis la capacité de pondre sur une période considérablement allongée par rapport à celle de ses ancêtres sauvages.

Les raisons pour lesquelles on a domestiqu√© des esp√®ces et pour lesquelles on les √©l√®ve aujourd‚Äôhui sont tr√®s diverses. Il faut remarquer aussi qu‚Äôelles sont probablement distinctes : les interactions avec une esp√®ce animale qui allaient amener √† sa domestication n‚Äôavaient pas comme but imm√©diat ni comme projet d‚Äôen exploiter certains caract√®res qui le seront plus tard. L‚Äôexemple caract√©ristique en est la laine du mouton qui est un produit de la domestication, la toison de l‚Äôanc√™tre du mouton n‚Äôayant pas ces caract√©ristiques. L‚Äôexploitation de la laine s‚Äôest donc d√©velopp√©e dans un second temps, le mouton ayant √©t√© probablement domestiqu√© pour sa viande.

Produits

Les animaux domestiques sont √©lev√©s pour les produits qu‚Äôils donnent. Ce sont les produits alimentaires : viande, lait, Ňďufs, ou non-alimentaires : laine, fourrure, cuir ainsi que d‚Äôautres produits accessoires comme les excr√©ments pour la fertilisation voire comme combustible. La production alimentaire est √† notre √©poque la principale raison de l‚Äô√©levage.

Travail

Attelage de 20 mules, √† l‚Äôapog√©e de l‚Äôutilisation de l‚Äô√©nergie animale (Californie, fin XIXe si√®cle).

Leur fonction est souvent de fournir un travail ou service. C‚Äôest en particulier le transport avec les chevaux, √Ęnes, bŇďufs, chameaux et m√™me le chien. Les animaux ont longtemps √©t√© la principale √©nergie du travail agricole. L‚Äôutilisation de la force des animaux pour le transport et l‚Äôagriculture s‚Äôest d√©velopp√©e jusqu‚Äôau d√©but du XXe si√®cle avec le transport sur les canaux, tir√© par des chevaux, et les progr√®s du mat√©riel agricole avant la motorisation. Voir article d√©taill√© : Animal de trait.

La fonction d’auxiliaire de chasse a certainement été le premier métier du chien domestique. Celui-ci effectue des travaux très variés, de la garde, protection, la conduite de troupeau jusqu’aux fonctions modernes de chien d’aveugle. Certaines espèces fournissent un travail ou service particulier, de communication pour le pigeon voyageur ou un mode de chasse particulier pour le furet.

Utilisation non utilitaire

La détention et l’élevage d’animaux domestiques sans objectifs strictement utilitaires ne sont pas récents. Les animaux de compagnie sont particulièrement développés de nos jours, ceux d’ornement ont souvent une longue tradition, quoique de nouvelles espèces soient apparues à l’époque moderne, parmi les poissons notamment. Le combat d’animaux est une activité très ancienne et toujours vivace, qui engendre un élevage spécialisé. Les espèces les plus courantes sont les coqs, les chiens, les vaches et taureaux, et même un grillon (acheta domestica) en Chine[6].

Les animaux peuvent être les supports d’une activité sportive, ce qui est le cas des chevaux depuis l’Antiquité (souvent en association avec la chasse). On note encore d’autres destinations des animaux domestiques comme le spectacle.

Impacts des domestications

L'agriculture et l'activité humaine liée aux espèces domestiques ont conduit à des modifications majeures de l'environnement, notamment par le déboisement, la dégradation des terres, et d'autres biais comme l'émission non négligeable de méthane, un gaz à effet de serre du fait de l'élevage abondant de ruminants[42].

L'agriculture et l'élevage ont permis l'accès à des ressources alimentaires beaucoup plus importantes pour un territoire donné, et par conséquent ont contribué au développement des populations humaines. La domestication semble avoir induit chez l'espèce humaine elle-même des adaptations comme la faculté à digérer le lait plus élevée dans les populations d'Europe occidentale et d'Afrique par rapport aux populations asiatiques[43]. La promiscuité avec des espèces animale a également favorisé l'apparition de zoonoses, maladies qui se transmettent de l'animal à l'homme, ainsi que des résistances à ces maladies. C'est également auprès des espèces sauvages que la concentration et les transports d'animaux peuvent devenir un facteur important de transmission voire d'évolution de maladies, alors que ces espèces en étaient à l'abri du fait de barrières naturelles à leur transmission[44].

Les formes de l’état domestique

La domestication en tant que relation, interaction ou contr√īle humain sur une population animale existe sous diff√©rentes formes. Lorsqu‚Äôil ne s‚Äôagit plus de domestication √† proprement parler, on peut employer le terme d‚Äôaction domesticatoire[45]. Si les modes d‚Äô√©levage pour lesquels le contr√īle humain est fort portent souvent sur des esp√®ces anciennement domestiqu√©es, les deux axes que sont le degr√© biologique de domestication et le mode d‚Äô√©levage n‚Äô√©voluent pas conjointement. Ils peuvent √™tre crois√©s et faire appara√ģtre autant de situations diff√©rentes : certains animaux sauvages peuvent √™tre appropri√©s sur un territoire, faire l‚Äôobjet d‚Äôun √©levage, tandis qu‚Äôil existe des animaux domestiques sans propri√©taire (pigeons des villes). D‚Äôautre part, du point de vue culturel, certains types d‚Äôinteraction entre humains et animaux, quoique similaires, sont per√ßus de fa√ßon diff√©rente. Ainsi en France, les esp√®ces √©lev√©es en pisciculture d‚Äô√©tang sont peu transform√©es en dehors de la carpe, et le mode d‚Äô√©levage correspond √† un contr√īle humain tr√®s faible. Les truites issues d‚Äô√©levage rel√Ęch√©es en rivi√®res, quoique biologiquement et techniquement plus domestiques, rel√®vent dans cette situation de la faune sauvage.

L’élevage intensif

La forme la plus pouss√©e de domestication correspond √† l‚Äô√©levage intensif, o√Ļ l‚Äô√©leveur fournit tout ce qui est n√©cessaire au d√©veloppement des animaux, pour maximiser leur production ou permettre leur √©levage sur des surfaces r√©duites. Elle correspond √† un contr√īle maximum sur les animaux. Si l‚Äô√©levage intensif est a priori celui o√Ļ l‚Äô√©leveur a le contact le plus proche avec ses animaux, ce qui est le cas avec l‚Äô√©levage laitier par exemple, l‚Äôintensification qui accompagne la modernisation tend au contraire √† amoindrir l‚Äôinteraction directe entre √©leveur et animal. Ce type d‚Äô√©levage concerne par ailleurs des esp√®ces anciennement domestiqu√©es comme d‚Äôautres qui ne le sont pas ou peu, particuli√®rement en aquaculture.

L’élevage extensif

La pression domesticatoire peut être considérée comme moindre dans le cas d’élevage extensif, c’est-à-dire s’appuyant sur de plus grandes surfaces pour la même production, ce qui correspond en général à une plus grande autonomie des animaux.

Un élevage de type extensif n’exclut pourtant pas un contact très proche de l’éleveur avec les animaux, notamment dans les systèmes d’élevage traditionnels, non plus qu’une sélection réfléchie et stricte. Celle-ci est cependant souvent moins forte voire inexistante et ces systèmes valorisent en premier lieu l’adaptation des animaux à leur milieu d’élevage.

Les animaux de compagnie et de loisir

Le pigeon biset, un animal domestiqué, marron et commensal des humains en ville.
Article d√©taill√© : Animal de compagnie.

L‚Äôinteraction des animaux de compagnie avec leurs ma√ģtres est bien-s√Ľr particuli√®rement importante et ils peuvent √™tre int√©gr√©s √† une cellule familiale, ce qui est habituellement le cas du chien. Ils apportent souvent un soutien affectif, psychologique, voire physique en aidant √† la mobilit√© personnelle et au transport[46].

Les activit√©s pratiqu√©es avec ces animaux rel√®vent souvent du sport ou des loisirs comme l‚Äô√©quitation ou la chasse. Ces activit√©s exigent un apprentissage tant du c√īt√© humain qu‚Äôanimal ainsi qu‚Äôun mode de communication particuli√®re et pouvant √™tre tr√®s √©labor√©.

L’absence de contraintes strictement utilitaires permet l’apparition de variétés et de types d’animaux très variés, chez les animaux d’ornement en particulier.

Commensalisme

Article d√©taill√© : Interaction biologique.

Le commensalisme est une forme d‚Äôinteraction entre deux esp√®ces. Plusieurs esp√®ces animales sont commensales de l‚Äôhomme en ce qu‚Äôelles vivent en fonction de son activit√©, quoique sans √™tre directement contr√īl√©es par lui. L'impact de ces esp√®ces pour les activit√©s humaines va de la nuisance au b√©n√©fice mutuel, en passant par l'absence d'effet sensibles, ce qui correspond au commensalisme au sens strict. Ces relations peuvent √™tre consid√©r√©es comme des cas limites de la domestication[6].

Le qualificatif domestique du nom vernaculaire ou scientifique de plusieurs esp√®ces correspond √† cette acception, ce qui est le cas notamment de la mouche domestique (Musca domestica), des la souris domestique (Mus musculus) ou du moineau domestique (Passer domesticus), dont l'homme ne contr√īle pas les populations, mais qui se sont adapt√©s √† son voisinage. On emploi la notion de synanthropie pour d√©crire l'adaptation qui accompagne cette relation √† l'esp√®ce humaine, lorsqu'elle a les caract√®res d'une v√©ritable micro√©volution.

Le commensalisme concerne également des animaux plus gros, éliminant les déchets voire les charognes jusqu'en ville (vautour fauve, vautour noir en Afrique et en Amérique du Sud, chien paria en Orient[6]) et de nouvelles espèces se sont adaptées aux villes comme la mouette rieuse ou le renard roux, notamment en Angleterre.

Le lien de certaines esp√®ces avec l'√™tre humain peut tendre vers le mutualisme lorsque celles-ci sont non seulement tol√©r√©es mais consid√©r√©es comme utiles en tant que pr√©dateurs d'insectes ou rongeurs nuisibles. Ce sont notamment la cigogne, ou l'hirondelle. Ceux-ci peuvent vivre en v√©ritable association avec un syst√®me agricole dans lequel ils ont un r√īle et une place, et b√©n√©ficier sinon de soin, au moins d'une protection de la part de l'homme[47]. On rel√®ve des cas de v√©ritables collaborations entre hommes et animaux libres comme celle des dauphins qui rabattent des bancs de poissons vers les filets de p√™cheurs c√ītiers en Mauritanie par exemple, les hommes comme les dauphin ayant ainsi de meilleurs chances de capture[48]. Les dingos australiens, quoique beaucoup plus ind√©pendants des hommes que leur cong√©n√®res domestiques, chassaient √©galement en association avec l‚Äôhomme.

Le caractère obligatoire d'une telle relation n'est pas toujours avéré, néanmoins l'extension de l'aire de répartition d'une espèce commensale de l'homme parait le plus souvent conditionnée à cette relation et donc aux activités humaines. Ainsi la souris domestique de Saint Kilda a disparu après l'évacuation des habitants de cet archipel[49].

L’élevage d’animaux sauvages

Celui-ci représente un paradoxe dans la dualité sauvage/domestique. Au-delà de la détention et de l’élevage occasionnel d’animaux sauvages par des parcs zoologiques, des chercheurs ou des particuliers, qui peut concerner la plupart des espèces, il existe sous des formes et avec des objectifs variés. L’élevage d’animaux sauvages induit en fonction de son type et des espèces concernées des questions particulières, notamment juridiques au titre de la protection des espèces ou à propos de la propriété des animaux.

On √©l√®ve des esp√®ces de gibier en conditions artificielles pour produire des animaux sauvages destin√©s au repeuplement, des produits √† chasser directement ou pour la production de viande. Les esp√®ces sont typiquement : le faisan de Colchide ou le sanglier en Europe, et d‚Äôautres esp√®ces suivant les r√©gions du monde. Plusieurs esp√®ces sauvages sans lien avec la chasse font √©galement l‚Äôobjet d‚Äôun √©levage de production.

L’élevage conservatoire porte sur une espèce en général rare ou disparue à l’état sauvage, pour sa sauvegarde et éventuellement sa réintroduction. Dans ce cas, on redoute et on tente d’éviter que cet élevage modifie les caractères originels de l’espèce. La réussite de l’élevage en captivité lui-même et plus encore celle de la réintroduction des animaux dans leur milieu naturel, conditionnent l'atteinte des objectifs de l'élevage conservatoire mais, sous cette réserve, la préservation du patrimoine génétique d'une espèce sauvage est apparue tout à fait possible par un élevage même très artificialisé.

On appelle gestion de faune sauvage ou gestion cyn√©g√©tique l‚Äôaction coordonn√©e, de la part ou pour le compte de chasseurs, sur une partie des esp√®ces sauvages d‚Äôun territoire. Elle comporte par exemple l‚Äôam√©nagement du territoire pour favoriser une esp√®ce, le nourrissage occasionnel, l‚Äôapport de sel, la mise √† disposition de cultures destin√©es au gibier, et surtout le choix r√©fl√©chi des pr√©l√®vements en nombre et en qualit√© (√Ęge et sexe des animaux) ainsi que des introductions √©ventuelles (repeuplement). En tant que telle, on peut la qualifier ¬ę d‚Äôaction domesticatoire ¬Ľ, sans que cela pr√©sume n√©cessairement une √©volution des esp√®ces de gibier qui en sont l‚Äôobjet en esp√®ces domestiques.

Lorsque cette action est orient√©e vers la production, on emploie le terme de game ranching qui peut √™tre traduit comme √©levage extensif, en milieu naturel, d‚Äôesp√®ces sauvages ou de gibier. Cela consiste √† g√©rer des populations, typiquement de grands herbivores comme des antilopes, dans leur milieu naturel et dans une optique de production, ou encore de chasse payante. Cette pratique est connue en Afrique australe, mais existe ou a exist√© sur les autres continents : La vigogne par exemple √©tait et est toujours l‚Äôobjet de captures annuelles, o√Ļ les animaux sont tondus et pour partie abattus. Cette pratique constitue de fait action humaine de s√©lection, m√™me si elle ne se fixe pas d'objectifs, sur les populations qui en sont les objets. En Europe, le li√®vre a fait l'objet d'un √©levage de ce type. Une variante en est le sea ranching ou pacage marin qui consiste √† ne contr√īler qu‚Äôune partie du cycle d‚Äô√©levage : en g√©n√©ral la reproduction ou les premiers stades de d√©veloppement, puis √† rel√Ęcher les animaux pour grossissement en pleine mer en vue de leur recapture. Cette technique est appliqu√©e au saumon, √† la coquille Saint-Jacques[50]. L'exp√©rience a √©galement √©t√© men√©e avec les tortues de mer esp√®ces dont les premiers stades de d√©veloppement sont sujets √† une morte mortalit√© en milieu naturel. Les r√©sultats en sont mitig√©s en raison notamment de probl√®mes comportementaux des sujets rel√Ęch√©s[51].

L'exploitation d'une esp√®ce √† l'√©tat sauvage, comme c'est le cas des cerfs, plut√īt que son √©levage plus √©troitement contr√īl√© parait relever de syst√®mes voire de choix qui comportent des dimensions techniques, biologiques, mais aussi historiques, sociales et culturelles[52].

Le marronnage

Article d√©taill√© : Marronnage (animaux).

On observe pour la plupart des esp√®ces domestiques la possibilit√© de s‚Äôaffranchir de la tutelle de l‚Äôhomme, c‚Äôest-√†-dire de reformer des populations vivant √† l‚Äô√©tat sauvage. Ce ph√©nom√®ne survient en notamment dans des milieux nouveaux pour l'esp√®ce, notamment dans les √ģles, o√Ļ celle-l√† peut se r√©v√©ler invasive, et provoquer des d√©g√Ęts √©cologiques comme la disparition d'esp√®ces locales par pr√©dation ou concurrence. Dans quelques cas, lorsqu'au contraire la forme sauvage de l'esp√®ce est d√©j√† pr√©sente, celle-ci peut subir une ¬ę pollution g√©n√©tique ¬Ľ par croisement de ses repr√©sentants avec des animaux d'origine domestique.

Le marronnage est probablement un √©l√©ment de l‚Äôhistoire de la domestication de plusieurs esp√®ces, celles-ci ayant pu √™tre √©lev√©es, puis s‚Äô√©chapper dans un milieu o√Ļ l‚Äôhomme les aura introduites, avant d‚Äô√™tre √† nouveau domestiqu√©es. Cela s‚Äôest vu dans la p√©riode historique pour les mustangs repris par les Indiens des Plaines.

Le marronnage semble montrer que la domestication d’une espèce n’est pas définitive ni irréversible. Cependant si ces animaux se montrent à nouveau tout à fait adaptés à la vie sauvage, ils gardent en général leurs caractères d’espèces ou de races domestiquées.

Notes

  1. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ J.-D. Vigne, J. Guilaine, K. Debue, L. Haye & P. G√©rard, ¬ę Un chat apprivois√© √† Chypre, plus de 7000 ans avant J.C. ¬Ľ, dans Communiqu√© du CNRS, Avril 2004 [texte int√©gral] 
  2. ‚ÜĎ Vil√†, C. et al. (1997). ¬ę Multiple and ancient origins of the domestic dog ¬Ľ, Science 276:1687‚Äď1689.
  3. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Voir article d√©taill√© Domestication du chien.
  4. ‚ÜĎ J. F. Downs, Domestication : an examination of the Changing Social Relationship Between Man and Animals, 1960, cit√© par Jean-Pierre Digard.
  5. ‚ÜĎ Philippe Descola, Pourquoi les Indiens d'Amazonie n'ont-ils pas domestiqu√© le P√©cari ? in De la pr√©histoire aux missiles balistiques B. Latour & P. Lemonnier (dir), Paris, 1994, La D√©couverte : 329-344
  6. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ et h‚ÄČ Jean-Pierre Digard, L'homme et les animaux domestiques : Anthropologie d'une passion, 1990, voir Bibliographie.
  7. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Dirk VAN DAMME et Anton ERVYNCK, Furets et lapins m√©di√©vaux au ch√Ęteau de Laarne (Flandres orientales, Belgique). Contribution √† l‚Äôhistoire d‚Äôun pr√©dateur et de sa proie, Universit√© de Li√®ge, 1991, (ISSN 077724913) (en). cit√© ici.
  8. ‚ÜĎ Achilles Gautier, Domestication animale et animaux domestiques pr√©tendument oubli√©s, Universit√© de Li√®ge, 1991, (ISSN 077724913). cit√© ici.
  9. ‚ÜĎ Patricia Pellegrini, De l'id√©e de race animale et de son √©volution dans le milieu de l'√©levage, Ruralia, mai 1999 (Lire en ligne).
  10. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) GOLDBERG Jacques, ¬ę Domestication et comportement ¬Ľ, dans Bulletin de la Soci√©t√© zoologique de France, vol. 128, no 4, 2003, p. 89 [r√©sum√©] 
  11. ‚ÜĎ Une exp√©rience men√©e en Russie sur une p√©riode de 50 ans a consist√© √† s√©lectionner des renards sur des crit√®res comportementaux. Elle tend √† montrer la possibilit√© d'une √©volution rapide vers la domestication, ainsi que la liaison entre les caract√®res comportementaux et ph√©notypiques. ¬ę Early canid domestication : the farm fox experiment ¬Ľ, American Scientist, Vol. 87 No. 2 (mars-avril 1999) Article by Lyudmila N. Trut, Ph.D. (Lire en ligne), (en)[pdf].
  12. ‚ÜĎ Jean-S√©bastien Pierre √Čthologie et domestication, 2005, Universit√© de Rennes 1, cours, 34 p, page 20[pdf].
  13. ‚ÜĎ Vigne J.-D., 1994. ¬ę Les transferts anciens de mammif√®res en Europe occidentale : histoires, m√©canismes et implications dans les sciences de l‚Äôhomme et les sciences de la vie ¬Ľ, In : Des animaux introduits par l‚Äôhomme dans la faune de l‚ÄôEurope (L. Bodson, √©diteur). Colloque d‚Äôhistoire des connaissances zoologiques, 5, Universit√© de Li√®ge, B : 15-38.
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  15. ‚ÜĎ Mind of a dog, New Scientist magazine, 26 f√©vrier 2000 (en).
  16. ‚ÜĎ (fr)A. SANCHEZ, M. PLOUZEAU, P. RAULT, M. PICARD, ¬ę Croissance musculaire et fonction cardio-respiratoire chez le poulet de chair ¬Ľ, 2000, INRA
  17. ‚ÜĎ (fr)Compendium des recherches sur l'environnement financ√©es par le MAAO Autres recherches en environnement (EN) sur omafra.gov.on.ca
  18. ‚ÜĎ Une cryobanque pour les oiseaux domestiques, N¬į183 Avril 2005, le journal du CNRS
  19. ‚ÜĎ Instruction CITES pour le service v√©t√©rinaire de fronti√®re (Suisse), CITES, 20 d√©cembre 1991, [1], [pdf]
  20. ‚ÜĎ Melinda A. Zeder, Goat busters track domestication.(physiologic changes and evolution of goats into a domesticated animal), Avril 2000, (en).
  21. ‚ÜĎ Micha√ęl Lallemand, Courte synth√®se sur l'histoire du mouton, de la domestication √† nos jours, 2002. Voir aussi Pre-Historic Zawi Chemi Shanidar, (en).
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  26. ‚ÜĎ Roger Blench, The history and spread of donkeys in Africa' (en)[pdf].
  27. ‚ÜĎ voir Domestication du cheval
  28. ‚ÜĎ Dani√®le Lavall√©e Les premiers agriculteurs en Am√©rique du Sud, conf√©rence du jeudi 6 novembre 2003, minute 36 de la video.
  29. ‚ÜĎ La d√©tention de furet en Suisse est soumise √† autorisation de d√©tention d'animaux sauvages, d√©livr√©e par les offices v√©t√©rinaire de canton. La r√©glementation concernant la d√©tention des animaux sauvages en Suisse[pdf], brochure de l'Office v√©t√©rinaire f√©d√©ral (Suisse), 16 pages, [pdf].
  30. ‚ÜĎ Pigs, Peccaries and Hippos Statut Survey and Action Plan : Chapter 5.7 The Sulawesi Warty Pig (Sus celebensis), 1993, IUCN (Lireg en ligne), (en).
  31. ‚ÜĎ Ceci est bien rendu dans l'album Ast√©rix en Corse : Ob√©lix remarque en arrivant dans le village corse : ¬ę Tiens, des sangliers domestiques ! ¬Ľ Ce √† quoi Ocatarinetabellatchitchix r√©pond : ¬ę Non, ce sont des cochons sauvages ¬Ľ.
  32. ‚ÜĎ Marc SUQUET, Christian FAUVEL, Jean-Louis GAIGNON La domestication des Gadid√©s : le cas de la morue et du lieu jaune, INRA, 2004.
  33. ‚ÜĎ Voir le num√©ro sp√©cial Domestication des poissons, INRA, 2004, cit√© en bibliographie.
  34. ‚ÜĎ Voir l'article wikip√©dia sur la crevetticulture √Člevage de crevettes.
  35. ‚ÜĎ (fr)La raniculture est-elle une alternative √† la r√©colte ? √Čtat actuel en France, INRIA
  36. ‚ÜĎ D. Eddreai, M. Ntsame, P. Houben Gestion de la reproduction en aulacodiculture. Synth√®se des outils et m√©thodes existants 2001, INRA Prod. Anim. V√©t√©rinaires sans fronti√®res.
  37. ‚ÜĎ DABAC (projet de promotion de l'√©levage de gibier en Afrique centrale) r√©f√©rence d'articles et fiche technique sur l'√©levage du cric√©tome.
  38. ‚ÜĎ Liste des animaux domestiques selon la l√©gislation fran√ßaise (Bas√©e sur des circulaires en r√©f√©rence au Code de l'environnement.).
  39. ‚ÜĎ On servoit souvent des sarcelles √† la table des Romains ; elles √©toient assez estim√©es pour qu‚Äôon pr√ģt la peine de les multiplier en les √©levant en domesticit√©, comme les canards ; nous r√©ussirions sans doute √† les √©lever de m√™me ; mais les Anciens donnoient apparemment plus de soins √† leur basse-cour, et en g√©n√©ral beaucoup plus d‚Äôattention que nous √† l‚Äô√©conomie rurale et √† l‚ÄôagricultureLeclerc, Comte de Buffon (1783) HISTOIRE NATURELLE, G√ČN√ČRALE ET PARTICULI√ąRE, AVEC LA DESCRIPTION DU CABINET DU ROI, Tome Vingt-quatri√®me, chapitre Les sarcelles
  40. ‚ÜĎ Comit√© scientifique de sant√© et bien-√™tre animal, The Welfare of Animals Kept for fur production (le bien-√™tre des animaux √©lev√©s pour la fourrure), Commission Europ√©enne, d√©cembre 2001, 211 p, pages 36-46 ; 163-167, (en)[pdf].
  41. ‚ÜĎ Jacques Cauvin Naissance des divinit√©s, naissance de l‚Äôagriculture, p.77 et s.
  42. ‚ÜĎ (fr)Christopher Matthews, ¬ę Livestock a major threat to environment ¬Ľ, FAO
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  44. ‚ÜĎ (fr)√Čvolution des maladies des animaux sauvages, 04-Jan-2000, Organisation Mondiale de la Sant√© Animale
  45. ‚ÜĎ Jean-Pierre Digard, cit√© par Bernard Denis, 2004, voir liens externes.
  46. ‚ÜĎ OMS, Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la sant√©, Gen√®ve 2001, √Čquipe Classification, √Čvaluation, Enqu√™tes et Terminologie, cit√© par http://www.med.univ-rennes1.fr/iidris/cache/fr/4/470 .
  47. ‚ÜĎ L'adaptation des hirondelles de chemin√©e aux fermes d'√©levage a √©t√© bien illustr√© par la revue La Hulotte (n¬į58 √† 70)
  48. ‚ÜĎ Des dauphins et des hommes - Entraide dauphins.ifrance.com.
  49. ‚ÜĎ (en) L'homme et la nature sur Saint Kilda, acc√©d√© le 9 janvier 2009.
  50. ‚ÜĎ Gilles BŇďuf, L‚Äôaquaculture dans le monde - Quel avenir ?, 2001, [pdf].
  51. ‚ÜĎ (fr)Elevage en ranch et reproduction en captivit√©, CITES
  52. ‚ÜĎ Vigne J.-D., 1993. Domestication ou appropriation pour la chasse : histoire d'un choix socioculturel depuis le N√©olithique. L'exemple des cerfs (Cervus). In : Exploitation des animaux sauvages √† travers le temps. XIII√®me Rencontres Internationales d'Arch√©ologie et d'Histoire d'Antibes. IV√®me Colloque international de l'Homme et l'Animal, Soci√©t√© de Recherche Interdisciplinaire, Juan-les-Pins, F, √Čditions APDCA : 201-220.

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Pierre Digard, L‚Äôhomme et les animaux domestiques : Anthropologie d‚Äôune passion, Fayard, coll. ¬ę le temps des sciences ¬Ľ, 1990 (ISBN 2213024669).
  • PRODUCTIONS ANIMALES - Revue √©dit√©e par l‚ÄôINRA Volume 17 - Num√©ro 3 - Juillet 2004 - Num√©ro sp√©cial Domestication des poissons lire en ligne
  • Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon Histoire Naturelle g√©n√©rale et particuli√®re avec la description du cabinet du roi par Mrs. De Buffon et Daubenton, Tome quatri√®me, nouvelle √©dition √† Amsterdam, chez J.H. Schneider M. DCCLXVI. lire en ligne
  • Juliet Clutton-Brock, A Natural History of Domesticated Mammals, Cambridge University Press, seconde √©dition, 1999, (ISBN 0521634954).
  • Philippe Orsini, Les animaux domestiques, Mus√©um d'Histoire naturelle, Toulon, 2001.
  • Francis Petter, Les animaux domestiques et leurs anc√™tres, Bordas, 1973, (ISBN 2-04-007853-3).

Articles connexes

Liens externes

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