Litterature birmane


Litterature birmane

Littérature birmane

La littérature birmane s'étend du XIIe siècle à nos jours. D'apparition relativement récente, elle s'est nourrie d'apports extérieurs qu'elle a assimilés et fait siens: langues et littératures Pāli, Môn, Thaï pour sa période classique, influences occidentales lors de l'intégration du pays dans l'Empire britannique au XIXe siècle.

D'essence bouddhiste par ses origines, elle restera longtemps une littérature de Cour en constituant ses propres genres littéraires, puisant la plupart de ses sujets dans les Jātaka transmises par les Môn ou les récits légendaires des rois et princes birmans. Une poésie de tendance lyrique, promise à un bel avenir, est apparue aussi dès le XVe siècle; aujourd'hui sous des formes plus diversifiées la poésie demeure bien vivante ainsi que les romans et surtout les nouvelles, souvent brèves, publiées par des magazines, tentant ainsi d'échapper à une censure omniprésente depuis le coup d'État de 1962 qui a contraint bien des journalistes et écrivains à l'exil.

Sommaire

Littérature classique

La littérature classique s'étend de la formation de royaumes de langue et culture birmanes au XIe siècle à leur disparition avec l'invasion de ces territoires à la fin du XVIIIe siècle par les armées britanniques venues du Raj voisin. Durant ces siècles tous les textes sont soit écrits en vers assonancés, souvent de quatre syllabes, forme sans doute très ancienne, soit dans un style mixte qui mêle prose et vers. Même des traités d'astrologie, de droit, de grammaire seront versifiés au XIXe siècle. Le théâtre n'apparaît qu'au XVIIIe siècle, romans et nouvelles plus tard avec la colonisation et au delà.

Période de formation : Bagan (1044-1364)

Les Birmans descendus du Nord à partir du IXe siècle se trouvent confrontés à la civilisation des Môns, établis depuis plusieurs siècles dans le delta de l'Irrawaddy (Ayeyarwaddy, prononcé "éyawadi"[1]) et adeptes du Bouddhisme Theravada. Ils s'inspirent de leur écriture et du Pāli dont elle dérive pour créer leur propre graphie. Le plus ancien document aujourd'hui connu est l'inscription quadrilingue Pâli, Pyu, Môn et Birman sur la stèle de Mya Zedi)[2] à Bagan, qui date du début du XIIe siècle et commémore la fondation d'une pagode par le prince Razakumar (Rajakamura) avec mention du donateur, de ses présents et prière incantatoire. La conversion au bouddhisme du roi Anawrahta dès le XIe siècle favorise la diffusion en Birman du canon Tipitaka dont il acquiert les manuscrits après s'être emparé de Thaton, la capitale des Môn au prix d'un siège de trois mois. Le birman va peu à peu concurrencer le môn, la langue des lettrés et de la haute société.

Représentation d'une scène de Jataka, Salé, Yoak Sone, 1882

Il existe quelques inscriptions épigraphiques plus tardives, dont un texte anonyme daté de 1310 où à la prose se mêlent des traces de vers tétrasyllabiques, annonciatrices de la métrique classique. Bien des textes ont certainement disparu dans ces périodes troublées où, en dehors de la pierre, on écrit avec un stylet sur des feuilles de palmier coryphée[3], matériau qui prédominera jusqu'au XIXe siècle. Les Jātaka sont déjà une source d'inspiration tant savante que populaire et le demeureront dans les siècles à venir.

Nature de la poésie birmane

Métrique et prosodie

La poésie classique birmane utilise des vers courts, dépassant exceptionnellement neuf syllabes avec une prédilection pour les tétrasyllabes.

La prosodie se caractérise, quel que soit le genre ou l'époque, par le retour d'assonances d'un vers à l'autre, c’est-à-dire de la même voyelle, mais aussi du même ton, marqué ici par l'emplacement ou l'absence d'une apostrophe. À la différence du vers occidental, les assonances se font entre deux syllabes qui peuvent être placées ailleurs qu'en fin de vers ; ainsi dans cette transposition phonologique des premiers vers de Sur la Montagne boisée, yadu de la princesse Yazadatu Kalya (XVIe siècle) apparaissent quatre assonances (a, b, c, d), appelées parfois « rimes ascendantes » :

                  /he ma' waN a/ ......... .... (...a )
                  / to θata 'khaN/ ................ ( .a.b )
                   /toN thoN' 'yuaN ai? /.. ... ( ..b. )
                   /θai? 'naN bεi? maN/ ....... ( .b.c )
                   /khu' a θwaN yue /......... ( ..c. )
                   /phoN hwaN θa 'niN/ ....... ( .c.d )
                   /'mwe yue' 'pyiN 'θa/ .........( ..d. )

(Analyse de Khin Mya Chu)[4]

Les genres

Les genres poétiques se définissent davantage par leur forme que par leur thème, les sujets religieux laissant de plus en plus de place à la description de la nature et à la souffrance amoureuse. Le pyô est à l'origine un poème épique dont chaque partie est consacrée à une étape dans l'accomplissement du Bouddha sur la voie de la connaissance et de la libération. Avec le pyô, l’egyin est un des genres les plus anciens, souvent composé à l'occasion de la naissance d'un enfant ; c'est une longue ballade chantée célébrant la généalogie d'un roi ou d'un prince et les splendeurs du royaume, occasion de décrire les beautés de la nature ; il commence et se termine par la voyelle "É" qui viendrait du Pāli où ce mot signifie « seigneur ». Le mawgoun est une autre forme de panégyrique composé de quatre strophes aux vers tétrasyllabiques. Quant au tawla, il prend pour cadre la jungle où divinités et animaux célèbrent le « Parfait ». Ces textes sont d'abord l'œuvre des bonzes qui écrivent dans leurs monastères avant que les souverains, fervents bouddhistes, ne les invitent à leur Cour et que ces genres aient pour auteurs des princes et princesses ; aux textes d'inspiration religieuse va s'ajouter une littérature laudative et sentimentale, les uns comme les autres chantés ou psalmodiés.
Au XVIe siècle apparaît le yadu, poème à forme fixe à « rimes ascendantes » qui obéit à des règles précises : composé de trois strophes plus ou moins longues aux trois premiers vers de quatre syllabes, les autres pouvant en avoir cinq, sept, neuf ou onze ; le troisième vers de chaque strophe revient en refrain ; le premier et dernier vers de chaque strophe sont bâtis sur le même jeu d'assonances ; voici le premier vers de chacune des trois strophes du yadu présenté plus haut :

 1re : /he ma' WaN ma/ (...)
2e : /te za' yaN THa/ (...)

3e : /se Ta' maN θa/ (...)

et le dernier vers de chacune des trois strophes :

1re : / gnoN 'son cε? θə ye Wε θoN / (...)
2e : / yoN 'kon gnε? thə yue wε θoN / (...)

3e : / noN 'non bε? mə yue ε θoN / (...)

( Analyse de Khin Mya Chu[4] )

Teinté de sentiments personnels, évoquant les changements de la nature au cours des saisons, le yadu a été brillamment pratiqué par plusieurs poétesses célèbres tout au long de la période classique.
Sans vouloir être exhaustif, signalons aussi le lesi, poème mélancolique formé de strophes de quatre vers tétrasyllabiques et le tedat, parfois qualifié de « sonnet birman » dont la reine Shin Min écrit les plus célèbres au XVIIIe siècle ; une structure rigoureuse lui confère sa musicalité : deux strophes d'hexasyllabes et une troisième d'heptasyllabes où un jeu complexe d'assonances relie entre elles les trois strophes ainsi que les groupes de quatre et deux vers qui se succèdent dans la strophe.

Les moines poètes : Cours d'Ava et d'Arakan (milieu XVe-milieu XVIe siècle)

C'est l'époque où s'élaborent les premières formes poétiques.

Le plus ancien poème conservé, écrit sur feuille de palme serait un egyin composé en 1455 par Adu Min Nyo en l'honneur d'une princesse d'Arakan.

À la Cour d'Ava, le poète officiel Shing Rahtathara (1458-1530), d'origine Môn, grand théoricien de la versification, est vaincu lors d'un concours de poésie par l'autre grande figure de la littérature de l'époque, le bonze Shing Thilawuntha (1453-1500), chassé

Un moine du XIXe siècle

de son monastère pour avoir écrit des œuvres profanes et accueilli à la Cour. Son œuvre est abondante et diverse : il serait l'auteur du premier pyô, Myittaza, épîtres moralisantes - en récompense desquelles le roi, admiratif de son talent, lui fit construire un temple - et d'une chronique en prose (Yazawin Gyo - 1520) narrant l'histoire des rois de l'Inde, la conquête du Sri Lanka et l'avènement des royaumes birmans. Son poème Plaisirs du Mal fondé sur le précepte bouddhiste du détachement ne s'en ouvre pas moins sur des images du plaisir amoureux :

 
Plaisirs du Mal

« La braise ardente semble le rubis qui embellit l'oreille
Le serpent semble une ceinture de fleurs d'or
Considère les plaisirs sensuels comme des erreurs sans bénéfices
Qui ne provoquent que malaise et dégoût
Et rappellent les niaiseries de l'imbécile
Efforce-toi avec méthode
D'échapper à l'emprise du mal. »

(D'après la traduction anglaise de U Win Pe)[5]


Dans un mawgun de la fin du XVe siècle, Shin Thwe Nyo célèbre le spectacle de la barque royale descendant l'Irawaddy et à la même époque, deux poètesses, Ma Hpyu à la Cour d'Ava et Ma Nyo à la Cour d'Arakan, connaissent le succès grâce à leurs yadu.

Poètes de cour et littérature profane (XVIe siècle - milieu XVIIIe siècle)

Alors que les foyers culturels se diversifient (Ava, Arakan, Bago) et que s'exerce à nouveau l'influence des Môns, mais aussi des Thaïs (prise d'Ayutthaya en 1564), les egyin et surtout les yadu connaissent leur âge d'or, tout en s'orientant vers des thèmes profanes, voire personnels. Ugga Byang, précepteur d'un prince d'Arakan, compose à la fin du XVIIe siècle un yadu dans lequel une femme décrit à son mari absent le spectacle de la ville et de la campagne, mois après mois. Deux écrivains s'illustrent particulièrement : Nawade le Grand compose dans tous les genres ; Naq Shin Naung (1498-1588) relate dans ses yadus ses amours contrariées et ses malheurs d'héritier écarté du trône.

De 1630 à 1730 des ministres composent des chants bucoliques ; ainsi l'un d'entre eux, Padethayaza (1683-1754), décrit avec le réalisme amusé du grand courtisan les travaux et les jours des familles paysannes :

Les Paysans

« Quand tombe la pluie
Mari et femme en haillons
Et turban rouge, rouge
Heureux de se tenir par la main
S'en vont aux champs.

Trempés de pluie
Ils portent leurs enfants nus
Le paysan mord sa pipe
En labourant son lopin
L'eau gargouille dans les trous à crabes.

Grenouilles et escargots, manioc et ipomée
Boutons et feuilles de coccinia
Sont jetés ensemble dans le panier d'osier

Quand ils rentrent au foyer
La racine de turpeth douce et juteuse
Et les légumes des champs sont cuits sans tarder
Le riz étuvé, le curry est bien fort
Et le poivre de Shan piquant à souhait.

Blottis les enfants se penchent et portent à leur bouche

Chaque poignée de nourriture. Quelle petite famille pleine de santé ! »


                               
                       (d'après la traduction anglaise de U Win Pe)[6]

Perpétuation des genres traditionnels et apparition du théâtre

Pendant plus d'un siècle, durant lequel règne la deuxième dynastie Konbaung les genres traditionnels continuent à être abondamment pratiqués. Dans une production de moindre qualité se détachent quelques œuvres d'inspiration personnelle ou à visée nationale.

Vitalité des genres traditionnels

Des poètes de Cour, surtout des femmes, s'inspirent de leurs malheurs personnels pour écrire des œuvres de style élégiaque destinées à être chantées. Le poète U Ponnya (1812-1857) écrit dans Le Chant du Désillusionné : « Même les rois, les puissants monarques menant glorieuse vie dans leur palais somptueux, doivent mourir quand l'heure est venue.» . La reine Shin Min (1738-1780) tire de son expérience d'épouse délaissée le sujet de ses tedat, lesi et yadu :

 " Pendant la mousson, temps de saison, nuages pourpres, bleus
accumulés comme des lianes sur les arbres, nuages extraordinaires ;
quand je vois leur beauté multicolore,
je pense à mon amour, loin de ma vue depuis si longtemps (…)
mon âme est terne et sans force, triste et oppressée ."

(Traduction de Khin Mya Chu)[4]

Me Khwe (1781-1836), fille de ministre, écrit des poèmes célébrant la nature et les fêtes de saisons. Une de ses egyin décrit ainsi les douze mois birmans. La nature inspire aussi le poète U Sa et la poétesse et chanteuse Khin Son (1780-1851), fille d'un ministre du roi Bodawpheya : tous deux composent des Pa Pyô, poèmes chantés accompagnés de plusieurs instruments et des chants siamois, les Yôdeya.

La princesse de Hlain (1833-1875), Hlain Thei Khaung Tin, fille du prince de Shwebo et de la reine et poétesse Ma Mya Kele, prend pour thème ses souffrances de jeune orpheline et surtout d'épouse délaissée:

  
"Un voile de brume, sombre, luit comme l'argent

                  L'obscurité règne comme s'il recouvrait le monde entier
                  Un instant la lune a paru vouloir briller, mais on ne voit plus rien
                  Triste est l'amante qui guette et attend"

Elle a composé des Bawlé (Complaintes) des poèmes assonancés selon la tradition, mais de forme libre et mis en musique, où abondent les images florales :

  
"(…) J'étais jadis comme un brin de jasmin, et je te faisais confiance

                 À présent, je suis une guirlande de jasmin épanouie.
J'aspire à la paix comme les rameaux fleuris cherchent une ombre. (…)
                 Mon amour à moi est enraciné comme une plante
  Tel le jasmin, il s'épanouit éternellement (…).

 Tu es comme un bouton de jasmin tout près de moi mais inaccessible.(…)
Traduction de Khin Mya Chu)[4]


En 1829 paraît, commandé par le roi Bagyi Daw, Hman Nan Yaza Win ou La Chronique du Palais de cristal, compilation et prolongation des Yaza Win précédentes de Thilawintha (XVe siècle) et de Maung Kala (Maha Yaza Win ou Grande Chronique - XVIIIe siècle) : le traité de Yandabo qui entérine l'occupation britannique y est présenté comme un effet de la « piété et du respect pour la vie » du roi Bagyi Daw, signataire du traité.

Découverte et succès du Pya Zat

Scène du Rāmāyana (Wat Phra Kaew, Bangkok)

La conquête d'Ayutthaya par les birmans a fait découvrir la mise en scène du Rāmāyana dans sa version Thaï. Padethayaza compose le premier drame de Cour, Maniket Zatogyi qui relate les aventures féériques d'un cheval ailé : le genre Pya zat (« représenter un jātaka ») est né; il va connaître un grand succès aux XVIIIe et XIXe siècles.

Le porteur d'eau

Aung Pyo, puis U To adaptent le Rāmāyana sous les noms birmans respectifs de Yamathagya et de Yamagayan et pour la première fois, des représentations sont données en dehors de la Cour en de nombreux endroits.

Le premier grand dramaturge qui va exercer une influence décisive sur ses successeurs est U Ponnya (1812-1887) : Auteur de six pièces dont Wizaya où il prend implicitement la défense d'une conjuration où les fils du roi Mingon et lui-même étaient impliqués ainsi que Le Porteur d' Eau qui lui assure la notoriété : l'intrigue rigoureuse de cette pièce qui se déroule en vingt-quatre heures relate l'évolution morale d'un humble garçon qui s'élève à l'héroïsme en renonçant aux tentations du monde ; c'est la première œuvre dont la diffusion bénéficie de l'imprimerie et elle sera étudiée dans les classes. Bien d'autres auteurs popularisent le genre comme U Kyin U et sur la fin du siècle, U Pok Ni avec Konmara et U Ku qui dans Le Frère et la Sœur Orang-Outang s'inspire dans un style réaliste de l'histoire légendaire de la célèbre pagode Shwé Dagon à Yangon (Rangoon).

Littérature contemporaine (XIXe ‑ XXe siècles)

Impression d'un texte en Birman

Avec l'importation tardive mais décisive de l'imprimerie à la fin du XIXe siècle, une succession d'évènements historiques majeurs (disparition des Cours royales, colonisation britannique, occupation japonaise, indépendance, coup d'État anti-démocratique), le développement d'un enseignement moderne et universitaire et enfin l'expansion de l'anglais mettant à la portée des auteurs et de plus en plus de lecteurs la littérature occidentale, la création littéraire connaît en un demi-siècle une transformation et une modernisation radicales.

Renouveau et engagement (époque coloniale : 1885-1948)

L'obligation de connaître l'anglais pour obtenir un poste dans l'Administration ou accéder à l'enseignement secondaire et supérieur (l'alphabétisation et l'éducation primaire ont toujours été assurés par les bonzes) a pour effet positif de faire découvrir des genres, des styles, des thèmes inconnus de la littérature classique qui s'essouffle et ne peut survivre à la disparition des Cours royales. De traducteurs et d'imitateurs qu'ils sont d'abord, les auteurs birmans vont rapidement affirmer leur originalité dans leurs romans ou nouvelles, genres désormais prédominants ici comme ailleurs ; la poésie elle aussi se diversifie en abandonnant les formes traditionnelles.

Apparition et succès du récit en prose (1900-1915)

Un public grandissant découvre avec enthousiasme Robinson Crusoe, mais aussi en traductions anglaises Les Mille et Une Nuits et les œuvres de Molière, La Fontaine ou encore Rabîndranâth Tagore. James Hla Kyaw transpose en Birman les derniers épisodes du Comte de Monte-Cristo sous le titre de Monsieur Lejeune et Madame Lajeune (1904). Des romans de qualité inégale, sentimentaux ou policiers` sont publiés, pour beaucoup dans des revues comme Myanma Alin (Lumière de Birmanie), type de publications bon marché qui touche beaucoup de lecteurs et favorise la nouvelle, genre promis jusqu'aujourd'hui à un bel avenir, même si ces revues éditent aussi des romans-fleuves sous forme de feuilletons. Des romans plus originaux, mais de composition maladroite voient le jour, dont le célèbre Maung Hmaing (Le Marchand d'hisbicus) (1905), roman-fleuve d'U Kyee (1848-1908) dont le héros est un garçon qui s'élève dans la société d'autrefois grâce à ses conquêtes féminines.

Des écrivains combattants et novateurs (1920-1948)

Dans ses romans Zabebin (Le Jasmin - 1913) et Chouepizo (Le Chantre du Royaume - 1915), U La aborde un thème qui va prédominer au delà même de l'indépendance du pays : l'inquiétude devant le rôle grandissant des communautés indienne et chinoise et la critique de la haute société birmane qui s'anglicise et renie son identité. Désormais le heurt entre les deux cultures devient un sujet de prédilection. La fondation de l'Université de Rangoun (en anglais) en 1920 favorise les tendances émancipatrices en formant les futures élites politiques et intellectuelles. Des tika ou pamphlets sont diffusés, comme le Boycott Tika dont l'auteur Thakin Kodau Hmaing (1875-1964) va marquer sa génération et les suivantes par son action politique et par ses écrits ; ce nom de plume (prendre un ou plusieurs pseudonymes est usuel chez les écrivains birmans) est chargé de symboles : Thakin, « Seigneur », est le terme utilisé par les domestiques et subordonnés pour s'adresser à leurs maîtres britanniques ou à leurs supérieurs hiérarchiques ; Kodau est une appellation honorifique réservée aux bonzes ; Hmaing, « Marchand d'hibiscus », honore le premier « grand » roman birman. Son œuvre use de styles tour à tour lyrique, épique, polémique pour glorifier la grandeur birmane, fustiger la mainmise étrangère et revendiquer l'indépendance. Le poète contemporain Tin Moe (voir plus loin) lui a rendu hommage :

 

A Thakin Kodau Hmaing


                    Avec son toupet
                      sur la tête
                      avec sa veste de guingois
                      aux brandebourgs lui barrant la poitrine
                avec son écharpe de coton écru
                avec son longyi bleu indigo
                en torsades, le Pandit
                Hmaing est un homme droit
                plein de sagesse
                avec son esprit
                avec son courage il s'est

                insurgé pour la Révolution.

Kodaw Hmaing devient le chef de file de l'association Do Bama Asiayone (« Nous les Birmans ») fondée par Maung Ba Thaung (traducteur du Médecin malgré lui, des Revenants et d'Un ennemi du Peuple de Henrik Ibsen) où se retrouvent entre autres journalistes, hommes politiques et auteurs, Aung San, futur héros de l'indépendance et père de Aung San Suu Kyi, U Nu, futur premier ministre et Theing Pe Mying (1914-1978), un des écrivains majeurs de l'avant Seconde Guerre mondiale.

Le style littéraire des premières décennies du siècle demeure souvent recherché et inadapté aux nouvelles tendances. C'est l'apport décisif du mouvement Khit San (« À l'épreuve de notre temps »), fondé en 1930 par U Sein, U To Aun, le prosateur Theipan Maung Wa (biographie en anglais) (un de ses récits : Innwa en birman et anglais[7]), des poètes comme U Wun (1909-2004) ou Zawgyi (1907-1990) que de rénover la poésie en se nourrissant des Romantiques anglais et des œuvres de Rabîndranâth Tagore et de s'orienter vers un style plus sobre, une écriture plus simple, une langue plus moderne débarrassée de ses "pālismes". La langue parlée est par ailleurs introduite, rendant plus réalistes et plus vivantes les œuvres romanesques. Certains reprocheront aux Khit San de préférer « l'art pour l'art » au réalisme. En 1937 U Nu, Aung San, U Soe fondent le Naga Ni Club (Club du Dragon Rouge), mouvement marxiste et indépendantiste, qui connaît un grand succès en publiant de nombreuses traductions. Maha Hswé, poète et romancier prolifique, décrit l'asservissement de la Birmanie et les déchirements qui en résultent dans une trilogie, Do Me Me (Notre Mère), The Bon Gyi (Le Rebelle) et The Bon Ein (La Maison des Rebelles - 1937).

La littérature du Myanmar indépendant (1948-2007)

De nombreux intellectuels se sont engagés dans les luttes pour l'indépendance et ont fait leurs les idéologies émancipatrices. Dagon Taya (1919-) est le leader de ces écrivains progressistes qui prônent une littérature « en quête d'un art pour le peuple », admirent leur aîné, Kodaw Hmaing et se veulent les héritiers à la fois du mouvement Khit San et du Naga Ni Club. L'indépendance favorise ces tendances  : le birman redevient la langue nationale, les revues mensuelles se multiplient, popularisant romanciers, nouvellistes et poètes ; le gouvernement dirigé par le Premier ministre U Nu, écrivain et homme de théâtre, encourage l'éducation et les lettres en créant "Le Palais de la Littérature", maison d'édition nationale qui publie des ouvrages pédagogiques et des traductions ainsi qu'un prix annuel de littérature dont le premier lauréat est Min Aung (1916-) pour son roman Mo Auk Mye Pyin (La Terre sous le ciel) (1949), qui dénonce l'exploitation des paysans par les propriétaires usuriers.

À partir du coup d'état du général Ne Win en 1962, toute publication écrite étant soumise à une censure implacable, la littérature indépendante des mots d'ordre gouvernementaux ne peut plus pratiquement être éditée ailleurs que dans les revues sous forme de poèmes ou de courts récits qui recourent volontiers à l'allusion ou à l'allégorie pour témoigner de la société contemporaine. Dagon Taya refuse les honneurs officiels proposés par le nouveau pouvoir et s'exile volontairement loin de la capitale "Je me suis exilé à Mae Za" est un de ses poèmes célèbres. Esprit libre n'ayant jamais adhéré à un parti, mais activiste pacifique, il est emprisonné quatre ans sous l'accusation de communisme. Depuis, il poursuit son œuvre, fidèle à lui-même, écrivant par exemple un poème intitulé Le Dégel après la chute du mur de Berlin.

Cet état de fait qui s'ajoute à la rareté des traductions dans les langues occidentales rend difficile l'accès à la littérature contemporaine du Myanmar et la présentation qui en est faite ici ne peut être que partielle.

Diversification des thèmes et des œuvres (1948-1962)

Le regard porté sur la société contemporaine, qui fait du réalisme social une source d'inspiration prédominante, conduit à travers un souci d'observation précise à une critique de la corruption ou de l'hypocrisie du bouddhisme institutionnel, par exemple dans Un pèlerinage de U Hpo Kya [7], mais aussi à beaucoup de sensibilité, de compassion ou d'humour dans l'évocation de la vie du peuple. D'autres écrivains se sont orientés vers le portrait psychologique ou, imprégnés de leur foi bouddhiste, l'expression d'une empathie pour tout ce qui vit.

La poésie

Deux instigateurs du mouvement Khit San ont joué un rôle déterminant dans l'évolution de la poésie et sont toujours considérés aujourd'hui comme des modèles, « si pure est leur éclatante simplicité » selon Tin Moe : Zawgyi et Min Thu Wun.

  • Zawgyi (article en anglais) (1907-1990), nom de plume de U Thein Han, a mené une brillante carrière dans l'enseignement, écrit de nombreux romans et nouvelles comme Son Épouse, écrit une transposition birmane du Bourgeois gentilhomme) en Maha Hsan-Gyinthu (1934). Mais sa notoriété est due à ses œuvres poétiques depuis "Padauk Pan" ("La Fleur de Padauk"), premier poème de style Khit San qui traite d'un thème traditionnel avec des mots nouveaux (auquel rend hommage un poème du contemporain U Win Pe) jusqu’à "Ancienne Bagan et Autres poèmes". Phan Pan Lye Pe (Le Chemin de Hyacinthe) (1963) retrace les tribulations d'une vie. Lauréat du prix Sapei Beikman 1955 pour Sa Padetha ("Variétés Littéraires"), une statue doit être érigée en 2007 à Phyar Pone pour honorer son centenaire. En épigraphe de Comme un oiseau, Ngwe Tayi a choisi ces vers de Zawgyi :

                               "Je voudrais vivre la vie des autres
                                Mais, dans leur domaine, mon cœur défaille
                                Le sourire me quitte
                                Les forces manquent à ma jeunesse tendre"
                                                    (traduit par D. Bernot)

  • U Wun ou Min Thu Wun (1909-2004). D'origine Môn, il a comme Zawgyi une connaissance profonde de la poésie classique et de la littérature occidentale ; érudit et pédagogue, il a rédigé des dictionnaires pāli- et môn-birman et mis au point une transcription du birman en braille. Dès vingt ans il rédige des poèmes pour enfants toujours connus de beaucoup de ses compatriotes :


                                 Le Chat et la Souris

                          "Le petit chat examine les étoiles
                           Cependant que la petite souris se tapit dans le coin
                           Une à une, ses larmes tombent, flic-flac…
                           Ne pleure pas, ma petite souris,
                           L'astrologue s'est trompé dans ses calculs
                           Et hop! Dans les coins et recoins
                           Du vieil hangar à riz
                           S'en est allée, s'en est allée."
                                                              (D'après la traduction anglaise
                                                                    de Bob Vore [[8]])

                                 U Po Ne (Jour de Jeûne)

                          "Un bol à offrandes laqué rouge
                           En équilibre sur la tête
                           Mère s'en ira au monastère
                           Demain au matin
                           Le petit veut t'accompagner,
                           T'accompagner là-bas, mère
                           Tout seul j'ai le cafard
                           Mais, mon petit, si tu fais le fou
                           Et te montres bruyant au monastère
                           Le Supérieur sera contrarié
                           Et, c'est sûr, on te corrigera
                           C'est promis, mère
                           Je ne m'agiterai ni ne pousserai des cris
                           Mais je serai quelqu'un d'aussi digne et posé
                           Qu'un moine qui récite son chapelet
                           S'il te plaît, laisse moi t'accompagner, laisse-moi t'accompagner."

                                                             (D'après la traduction anglaise
                                                                     de Bob Vore)

U Wun excelle dans l'évocation sans doute un peu idyllique de la vie traditionnelle des campagnes birmanes. Il a mené aussi une carrière politique ; député du NDL, il a dû quitter ce parti en 1998 sous la pression des autorités, la mention même de son nom étant désormais prohibée.

  • Ngwe Tayi (1925-1958). Née dans un milieu aisé et cultivé, atteinte par la maladie, elle est morte jeune en donnant naissance à une petite fille. Elle compose des vers dès douze ans, influencée par Zawgyi et Min Thu Wun et n'a cessé d'en écrire ainsi que des œuvres en prose."Hsu Mewa" ("Comme un Oiseau")[9] (1956) retrace avec délicatesse les relations pleines de tendresse souriante entre un père veuf et sa fille dont il accompagne les aspirations versatiles et enthousiastes. Nourris de sa foi bouddhiste, ses poèmes expriment la mélancolie émanant de l'impermanence du monde, illuminée par l'éclat de La dernière Fleur ou le plaisir de se laisser envahir par Le Chant du Fleuve :

                      "Les vagues vont et viennent sans cesse
                       Leur chant agréable, clair et doux se perd dans le vent léger
                       Je me demande sans cesse
                       D'où viennent ces vers que tu chantes si agréablement. (...)
                          
                       Malgré la misère des pêcheurs et les suicides d'amoureux malheureux,
                       Tes vers sont toujours doux, clairs, agréables à entendre.
                       Ton chant nous donne le courage de vivre en ce monde

(Traduction de Khing Mya Tchou)[4]
Romans et Nouvelles
  • Thein Pe Myint (1914-1978), l'auteur du "Moine à la page", engagé à gauche en politique, joue un rôle important dans la vie littéraire comme président de l'Association des Ecrivains (1956-58), éditeur d'un périodique, dirigeant ou membre de différentes associations culturelles. "Aussi sûr que le soleil se lève à l'Est" est un roman à la fois historique et autobiographique, paru en feuilleton, qui relate la lutte pour l'indépendance et l'occupation japonaise et met en garde contre l'oubli de sa propre culture, facteurs d'incompréhension entre générations. Dans sa nouvelle "La pagaie s'est brisée entre les mains de Nwe Seing" [9] (1955), le narrateur, avocat représentatif d'une bourgeoisie respectueuse des lois et principes, mais ignorante de la réalité sociale, découvre corruptions et systèmes mafieux qui gangrènent la vie des petits commerçants de rues.
  • Te To (1914- ), universitaire, puis traducteur, se fait connaître avec "Ming Hmu Dang" ( "Le Fonctionnaire")(1940) où il s'appuie sur son expérience pour décrire de près l'administration coloniale. Il est l'auteur de poèmes, d'essais et de nouvelles aux tons divers. Dans "A fleur de peau", (1957)[9]assemblant en quelques pages et en l'espace d'une soirée les souvenirs de toute une vie, il trace le portrait d'une directrice de collège sans reproche, mais incapable d'aimer avec authenticité.
  • Khin Myo Chit (1915-1999), journaliste et écrivaine, a publié des nouvelles en birman et en anglais. Elle est surtout connue pour son recueil "Le Diamant de 13 carats et autres récits" traduit en Anglais et qui s'appuie sur l'expérience de l'auteure en Birmanie pendant la guerre.
  • Thadu (1917-1991), de son vrai nom Phe Than, d'origine modeste, pratique très jeune divers métiers dont celui d'imprimeur, puis s'engage dans l'armée de libération de Aung San et se fait connaître par des romans comme "Athe" ("La Vie"), "Ta The Ga Mya Ko Ko" ("Le cher soldat valeureux") où il révèle un regard d'observateur volontiers critique. Les nouvelles que nous lui connaissons puisent leur sujet dans la vie quotidienne : situation cocasse et femme de caractère dans "Le chef est une femme"[7]; personnages attachants et liens d'amitié et d'entraide qui se tissent de façon inattendue entre des gens de classes et d'ethnies différentes dans "Amina" [9](1957).
  • Ma Ma Lay (Biographie en Anglais) (1917-1982), son nom est parfois précédé du pseudonyme "Journal Gyaw", nom du journal fondé par son mari, où elle a écrit ses premières nouvelles. C'est une des grandes figures de la littérature birmane du XXe siècle. Engagée très jeune dans le combat national, journaliste, veuve à trente ans avec trois enfants à charge, elle reprend la direction de la maison d'édition de son mari. Dans son autobiographie "Dix Années" elle relate l'énergie avec laquelle elle a affronté les épreuves, trouvant un réconfort dans les principes du bouddhisme. Après des revers dans le commerce, elle revient à l'édition, est emprisonnée de 1963 à 1967 sous l'accusation de communisme, écrit plus tard un dernier roman "Un Parfum qui monte au cœur". Le pays lui rend hommage par des funérailles nationales.
    Ses nouvelles traduisent ses préoccupations sociales sans jamais tomber dans l'œuvre à thèse grâce à la vie de ses personnages et le souci des détails réalistes qui recréent un milieu : dénonciation de la corruption dans "Les Affaires et les Pots de Vin", indifférence à la misère dans "Le Café" [10], esclavage dont se rend coupable une bourgeoisie anglicisée qui fait d'une petite orpheline achetée pour quelques kyats une servante privée de toute liberté et souffre-douleur de toute la famille. Elle a souvent aussi décrit les femmes birmanes comme de fortes personnalités, ce qu'elle était elle-même d'ailleurs ("Un Caractère", "Sur Terre").
    Ses deux romans les plus célèbres sont ceux qui ont été traduits en anglais et japonais pour "Thwe" ("Le Sang"), en plusieurs langues pour "Mone Yway Mahu" (1955) ("Et non par haine") qui porte en français le titre de "La Mal aimée"[11]. Il a connu un immense succès en Birmanie et a été récompensé par le prix national de littérature. Prenant pour cadre le milieu des négociants en riz anglo-birmans de la région du delta, dans les années cruciales 1939-1948, le roman relate le mariage d'amour qui tourne au drame de l'héroïne avec un Birman singeant jusqu’à la caricature les usages britanniques. Wai Wai ("Fleurs en grappe"), jolie jeune femme, attirée par la modernité occidentale, est dotée d'une personnalité qui ne demanderait qu'à s'épanouir si elle n'était peu à peu dépouillée de son identité culturelle par son mari, Saw Han ("L'élégant, l'orgueilleux, le fier"), qui, de son côté, a tout renié de sa "birmanité" ; malgré ses tentatives pour survivre, privée d'une partie d'elle-même, Wai Wai dépérit irrémédiablement. Ma Ma Lay a rendu sensible un des méfaits du colonialisme : le danger mortel d'une brutale acculturation.
  • Khin Hnin Yu (1925-2003), nom de plume adopté par Ma Khing Su, nièce du futur premier ministre U Nu, quand elle publie son premier roman "Ayaing"("Sauvagerie"). Elevée dans l'amour de la culture et de la littérature birmanes, secrétaire de l'association, "Femmes birmanes" pendant l'occupation japonaise, elle est l'auteur de nombreux romans et nouvelles. Son attachement à tout ce qui vit, nourri de ses convictions bouddhistes, la porte à analyser avec tendresse et humour les sentiments humains, à faire entendre avec sensibilité l'âme de la nature."La Fleur Sauvage", nouvelle tirée de "Reflets dans le Miroir" (1960) développe une intrigue proche de "La Mal Aimée" : L'échec d'un mariage dû à un mari infidèle à sa femme et à sa culture, mais cette identité ne se conçoit pas indépendamment de la terre natale et nourricière. Dans "Le Rire de la Terre"[9] le héros, un kawko ou arbre-noir immense et trapu, vieux sage pénétré du sentiment de l'impermanence de toute chose, observe les vains combats des plantes et des hommes pour s'assurer de dérisoires victoires. Malgré sa longévité il finit par rejoindre la terre qui l'accueille en son sein : « À présent, te voilà abattu, père bois-noir, à présent tu peux te reposer sur moi ». Le Nan du Mercredi [12] ,[13], est un récit comique où l'auteur se moque gentiment de la passion de ses compatriotes pour l'astrologie et la numérologie en prenant pour héroïne un vieille dame à la recherche du moyen de transport qui lui soit le plus favorable.
  • Ludu U Hla (Biographie en Anglais) (1910-1982) a réalisé un remarquable travail d'écrivain et de folkloriste en réunissant entre 1962 et 1977 plus de quinze cents récits oraux, issus en majorité des minorités ethniques. Par ailleurs, emprisonné pour raisons politiques sous U Nu, il a relaté à la première personne la vie de ses codétenus dans un recueil traduit en anglais, "Des hommes en cage".

Des écrivains en lutte contre la censure (1962-2007)

Instauration et pérennisation de la censure

Jusqu'en 1962 le Myanmar connaît une liberté d'expression et de publication presque totale. À la suite du coup d'État de mars 1962, est créé par le BSPP un organisme de censure, le "Press scruting board" (PSB), chargé d'examiner toutes les publications et de prohiber ce qui serait contraire "aux intérêts des travailleurs et du socialisme". Un mémorandum de 1977 à l'adresse des imprimeurs et éditeurs précise en onze points ce qui tombe sous le coup de la censure et donne en fait toute latitude au P.S.B. À partir de 1982 tout écrit doit être soumis à examen avant impression. Le SLORC qui succède au B.S.P.P. après les évènements de 1988 où souffle pendant quelques mois un vent de liberté, pratique la même répression des idées, ne s'en distinguant que par la disparition du mot « socialisme ». Cette situation perdure aujourd'hui : Il existe une liste noire d'écrivains dont le nom même ne doit pas être mentionné ; impossible de publier des écrits abordant la politique, l'économie, les droits de l'homme, certains sujets moraux ou sociétaux comme la prostitution ou le sida, d'évoquer Aung San Suu Kyi.L'arbitraire peut rejoindre l'absurde: le mot "socialisme" est désormais banni, il ne faut pas abuser de la couleur rouge sur les couvertures de livres ou magazines, le nombre 54 est, dit-on, interdit puisque c'est le numéro de la rue où Aung San Suu Kyi est assignée à résidence.

Ses conséquences sur la production littéraire

Cette censure implacable a des conséquences dramatiques sur la littérature contemporaine, favorisant, quand elle n'empêche pas la publication, la médiocrité au détriment de l'originalité, décourageant nombre de créateurs conduits à pratiquer l'autocensure ou à se réfugier dans des travaux de traduction. Seule une minorité déterminée en pratiquant l'allusion, l'allégorie ou le récit à clés s'efforce de tromper les censeurs tout en se faisant entendre d'un lectorat averti devenu expert dans l'art de détecter le sens caché d'un texte apparemment sans rapport avec les préoccupations des Birmans. Ce n'est pas un hasard si Maung Swan Yi, nom de plume de U Win Pe, écrit le poème "Vole, Bonne Grue" (03-08-62) sur la catastrophe de Hiroshima, cinq mois exactement après le coup d'État de 1962. Win Si Thu, nouvelliste apprécié, relate dans Le Trophée[10](1990) l'organisation et le déroulement d'un tournoi de football dont l'organisateur est présenté comme un parvenu qui a acheté l'arbitre ; dans ce récit écrit juste après les élections de Mai 1990, les initiales du nom de ce personnage correspondent au S.L.O.R.C., le nom de l'équipe qui l'emporte malgré la partialité de l'arbitre. est "Myo Teza" (Famille Teza), or le nom de guerre du général Aung San était Bo Teza. Quant au joueur du "Myo Teza" principale victime de l'arbitre, il s'appelle "Chet Su", ce qui n'est pas sans rappeler "Chit Su" (Su bien-aimée), le surnom attribués par ses partisans ou admirateurs à Aung San Suu Kyi. Cette toute-puissance de la censure a par ailleurs amplifié une tendance de la littérature birmane établie depuis le début du XXe siècle : Les genres prédominants, voire exclusifs sont le poème et la nouvelle publiés en magazines avant d'être éventuellement réunis en anthologies. Dans les années 1990 paraît une vingtaine de mensuels de qualité matérielle médiocre qui publient parmi divers articles et illustrations d'actualité, des poèmes et de très nombreuses nouvelles brèves inédites. Ce choix forcé présente néanmoins des avantages pour les auteurs : En cas d'interdiction, c'est l'éditeur qui en supporte d'abord la responsabilité et le manque à gagner ; l'auteur subit de moindres répercussions financières et psychologiques que si le rejet touchait une œuvre de plus d'envergure, roman ou recueil poétique. Quant au public il se détourne de la presse officielle au bénéfice de ces mensuels qui reflètent leurs préoccupations quotidiennes, et qu'il peut emprunter à la journée pour quelques kyats dans des boutiques de quartier qui ont développé ce type de prêts.[14]

Écrivains contemporains

Nés avant la seconde guerre mondiale
  • Mya Than Tint (en anglais) (1929-1998) est le fils d'une famille d'avocats de Myaing en Haute-Birmanie ; lui-même a fait des études de type occidental le menant vers le droit, les complétant pendant la guerre par un séjour dans un monastère où il s'imprègne de la littérature classique birmane. C'est l'époque aussi où il entre en relation avec le mouvement de résistance communiste Naga ni. Devenu rédacteur d'un journal il publie ses premières nouvelles dans Ta Ya, est emprisonné deux fois de 1958 à 1960, puis de 1963 à 1966 ; cette seconde détention où il assiste à l'évasion de trois détenus des îles Coco lui offrent la matière de son premier roman "Dataung go kyaw-ywei, mee pin-leh go hpyat-ywei" ("Par la montagne de sabres, à travers la mer de feu"). L'idée d'écrire "Portraits de gens ordinaires"[15] lui est venue des ouvrages de l'Américain Studs Terkel et de celui de U Hla Des Hommes en Cage . Il parcourt le Myanmar en ethnologue pour y interviewer des gens de tous milieux, transcrit leurs récits de vie, nous informant, en les prenant à la source, sur la vie et les mentalités d'un astrologue, d'un paysan producteur de sucre de palme devenu machiniste dans une troupe de comédiens ambulants, et de bien d'autres.
  • Tin Moe (1933-2007), nom de plume de U Ba Gyan, sans doute le plus célèbre des poètes d'aujourd'hui, a aussi écrit des essais, des nouvelles, des livres pour la jeunesse."Ma respiration, c'est la poésie ; les poèmes sont mon pain ", a-t-il déclaré. Son éducation commence, comme pour bien d'autres, au monastère du village de Haute-Birmanie où il est né, puis à Shweyesaung, monastère célèbre de Mandalay et à l'université de cette ville. Enseignant, il obtient en 1959 un prix de poésie pour son recueil "Phan Mee Ain" (The Lantern). Il s'engage dans le mouvement démocratique de 1988, est emprisonné de la fin 91 à 1995, réussit à quitter le Myanmar, gagne la Belgique, puis les États-Unis où il s'installe à l'âge de 71 ans.


 
"Tourner la page"


                 Au milieu des gratte-ciel qui se cognent aux nuages
                 des klaxons qui cornent "pipi pipie"

                 des trains bondés "ta sisie"
TIN MOE

                 d'un monde toujours de son temps
                 dans sa folle précipitation
                 il me faut trouver un endroit où résider
                 et me sentir en sécurité

                 Me trouver un pot d'eau fraîche
                 celui des villages
                 posé là au bord du chemin pour les arrivants
                 ye kyan sin¹

                 Est-ce maintenant seulement
                 gagné par les infirmités
                 que je dois entreprendre
                 cet interminable trajet (…).

                 A Bagan au milieu des temples
                 en ruines les essieux
                 des chariots à bœufs
                 font entendre leurs grincements

                 Ici les moteurs toussent
                 en démarrant, je suis arrivé par les airs
                 au seuil du continent nord-américain (...)
 
¹- Que l'eau vous lave de vos péchés
                                           (D'après la traduction anglaise du poème "New Pages" du Dr Kyi May [1])

Human Rights Watch" lui a décerné en 2002 le Helman/Hammet Grant pour le courage dont il a fait preuve. Ses œuvres sont interdites de publication au Myanmar et son nom même prohibé (voir en anglais un article sur sa mort : [8] ). Tin Moe a commencé à écrire des poèmes vers quinze-seize ans, admirateur de ses prédécesseurs du mouvement "Khit San", Min Thu Wun, en particulier ; comme lui, il a écrit des poèmes pour enfants dont certains ont été repris dans les manuels scolaires et qui l'ont rendu très populaire ; d'abord inspiré par la nature et les scènes de la vie quotidienne des villages de Haute-Birmanie, il élargit ses thèmes d'inspiration et les événements de 1988 où il ressent l'obligation de s'engager influencent profondément son œuvre. On peut lire traduits en Français "Le Vieil Invité"[10] (1959), "Désert" (1973), un des poèmes préférés de son auteur, images d'un monde atteint de stérilité et de désespérance :

 
"Aujourd'hui, les abeilles

                   ne peuvent faire leur miel, les champignons
                   ne peuvent sortir de terre (...)
                   Quand les sanglots cesseront-ils
                   Et quand les cloches sonneront-elles à nouveau

                   Avec douceur ? " [10]

"L'Histoire vous jugera" (1988), "Ouvrez la porte"[10] (88/89) sont des textes plus directement inspirés des événements politiques de même que "Le Jeune Paon Combattant"[10] (2001) porté par un enthousiasme militant, le paon étant le symbole traditionnel de la Birmanie et désignant, ainsi qualifié, les combattants de l'Indépendance, et désormais les partisans de la démocratie. Aux critiques qui lui ont reproché d'avoir délaissé ses accents paisibles et mélodieux pour adopter le ton âpre du poète combattant, il a répondu que son maître Min Thu Wun avait lui aussi en son temps marié politique et poésie.

  • U Win Pe (1939-), nom de plume de U Zaw Weik, artiste aux talents multiples d'écrivain, de cinéaste, de peintre, de musicien, de caricaturiste, il est à trente et un ans fonctionnaire au Ministère de la Culture. Dès 1958 il écrit des poèmes sous le pseudonyme de Maung Swan Yi : son poème "Vole, Bonne Grue" [10] (1962) est à la fois une évocation des "cendres et ruisseaux de sang" de Hiroshima et une incitation à faire de l'écrivain le porte-parole de ceux que le malheur a rendu muets :
 
" Va dire cette histoire funèbre
              Au monde et pleure "

Il a donné des conférences sur la littérature à travers le pays, écrit à partir des années 1980 de nombreuses histoires courtes aux intrigues tirées de la vie quotidienne : Le pot de fleur tombé d'un camion de passage brusquement convoité par tous les villageois à partir du moment où l'un d'eux se décide à le ramasser sur la chaussée dans "À la mi-Mai"(en anglais[16]) (1988), un service rendu qui tourne au cauchemar dans "Une paire de lunettes" (en Anglais [16]) (1989), un jeune garçon tentant de sauver un oiseau de la forêt des griffes du chat(en Anglais [16]) (1990) ; la banalité des situations initiales se charge progressivement d'une atmosphère dramatique et pesante qui culmine dans un dénouement déroutant. Selon un critique birman, « De ses récits souvent comiques, d'une décevante simplicité émanent de fortes images de l'avidité, de la fureur, de la stupidité de l'homme ». Partageant les idées de la N.D.L., il a quitté le Myanmar fin 2000. Il est un des membres influents de l'équipe birmane de "Radio Free Asia" à Washington ainsi que consultant pour les études birmanes à la "Northen Illinois University" et nous lui devons bien des traductions.

Nés après la Seconde Guerre mondiale

Dans les années 1980 certains écrivains, voulant échapper aux obstacles de la censure ont expérimenté les théories contemporaines de la littérature occidentale (surréalisme, expression du « flux de conscience », « réalisme magique »). Nous ne connaissons actuellement rien de ces œuvres, mais ce qui prédomine aujourd'hui est indéniablement le Réalisme social. Nombreuses sont les femmes à prendre la plume en accord avec la tradition littéraire d'un pays où depuis des siècles elles jouent un rôle social, politique, culturel étendu.

  • Moe moe (Inwa) (1944-1990), morte trop jeune, s'est inspirée de sa vie pour aborder les difficultés que connaissent les femmes dans le monde contemporain, partagées entre leur travail et l'éducation de leurs enfants ou délaissées par des maris émigrés.
  • San San Nweh (1945-), journaliste, romancière, auteur de poèmes et de nouvelles. Son roman le plus célèbre "Prison des Ténèbres" est considéré comme très critique envers la société birmane. En 1988 elle participe aux mouvements démocratiques, publiant deux magazines : Gita padetha et Ein-met-hpu. Emprisonnée de 1994 à 2001, elle a reçu le prix « Reporters sans frontières » et a été libérée grâce à la pression internationale. Elle est toujours interdite de publication et gagne sa vie dans le commerce. Dans sa nouvelle "Les Enfants qui jouent dans la rue sombre"[10] (1989), la narratrice, une mère, inquiète pour la sécurité de ses enfants et de ses camarades, les incite à aller jouer dans le square récemment construit à la place d'un ancien marché populaire.La nouvelle fait sans doute allusion à la mort en 88 d'un étudiant atteint par une balle de l'armée.Tout l'art de l'écrivaine est d'avoir su traduire le climat de peur qui règne dans ce village tout en égratignant au passage les superstitions dont sont victimes les petites gens.Une autre nouvelle courte évoque aussi implicitement la même époque selon les lecteurs birmans (en Anglais : [9] )
  • Ma Sanda (1947-), architecte de profession, romancière et nouvelliste, lauréate d'un prix littéraire en 1991 a commencé sa carrière littéraire en publiant une nouvelle "Mon Professeur" dans un magazine en 1965 et un premier roman en 1972 ; à la différence de son père Man Tin (1915-1997), lui-même écrivain, elle choisit pour cadre de ses récits le monde urbain et décrit avec humour et tendresse les citadins et leurs problèmes liés à la modernisation de la société ; c'est le cas dans Le Mal de la Télé"[7]" où l'achat inespéré d'un téléviseur bouleverse de façon inattendue le quotidien d'une famille de modestes fonctionnaires. Certaines de ses nouvelles ont été traduites en thaï, japonais et anglais.
La Vieillesse (Pagode Shwezigon à Bagan)
  • Ne Win Mynt (1952-), nom de plume de Khin Maung Win. Après avoir été fonctionnaire, c'est maintenant un auteur à plein temps. Publiées dans divers mensuels, ses nombreuses nouvelles ont été réunies en trois volumes. Celles qui ont été traduites en anglais ou français portent un regard amer sur le temps présent : "Ko Ma" [7] qui porte le nom du héros (M. Dur) au surnom tout aussi symbolique de "Ko Thangyawn" (M.Barre de Fer) est une sorte de conte des temps présents où la matière et l'argent ont triomphé des valeurs spirituelles. Tha Du[17] nous reporte explicitement aux temps anciens des "Chefs de Village" où à l'occasion d'une fête religieuse les comédiens du quartier les plus pauvres seraient prêts à représenter les quatre visions de Siddharta qui réclament peu de moyens, mais à condition de ne jouer le rôle ni de l'ermite, ni du malade, ni du vieillard, ni du mort ; seul Siddharta est un rôle enviable. La conclusion est lourde de sous-entendus : "À l'occasion, on raconte toujours aujourd'hui cette histoire". "Le Chariot-réclame" (en anglais : [14])(1990) est un récit plus personnel où le narrateur retourne après bien des années dans son village de Haute-Birmanie où malgré les apparences « rien n'avait changé ». Au bonimenteur dont le succès est monté à la tête s'apprête à succéder son fils dont on devine l'arrivisme. Certains Birmans voient aussi dans ce récit des allusions politiques: le SLORC n'a été qu'une réincarnation du BSPP .-"tel père, tel fils"- et la rénovation de quelques infrastructures ne servent que de cache-misère ; quant au héros, c'est un démagogue dont la nouvelle dévoile la nature. Nostalgie d'une époque plus heureuse, triomphe de l'argent et du cynisme, dérisoires replâtrages, reniement des préceptes du bouddhisme, Ne Win Mynt se montre très critique dans ses récits brillamment construits.
  • Nyi Pu Lay (1952), nom de plume de U Nyein Gyan, est le fils de Ludu Daw Amar et Ludu U Hla (voir plus haut), tous deux auteurs réputés et opposants politiques de Mandalay, à la tête d'une maison d'édition. S'intéressant d'abord davantage au dessin et au sports, sans pour autant abandonner ses activités, il s'est tourné vers l'écriture à la mort de son père en 1985; comme lui, il a été également emprisonné pour "des relations avec des organisations illégales" de 1990 à 1991. C'est un écrivain satirique et réaliste qui décrit avec comique les participants à un mariage populaire dans "The Wedding" ; il dénonce dans Le Python (en anglais : [14]) (1988) les trafics des Chinois à Mandalay : jamais les mots « Chinois » ou « trafiquants » n'apparaissent ; seuls les précisions données sur leur conduite le suggèrent et contribuent à créer une atmosphère lourde de menaces. Ses nouvelles ont été recueilli en trois volumes en 1989, 1990 et 2002, année où il publie son premier roman.
  • Khit Mya Zin (1956), nom de plume de Htay Htay Mynt, s'est fait connaître par sa première nouvelle Ma mère, l'enseignante, traduite en russe et japonais. Depuis elle a publié des poèmes, des nouvelles ainsi que deux romans dont l'un, intitulé La Couleur d'une Fleur met en scène deux femmes artistes amateurs.
  • Nu Nu Yi Inwa (1957). Née à Inwa en Haute-Birmanie, cette écrivaine évoque volontiers la misère des jeunes abandonnés à eux-mêmes dès sa première nouvelle Un petit longyi (1984) comme dans Il n'est pas mon père[10] (1992), récit traduit en français, dans lequel les lecteurs birmans ont repéré des allusions aux enrôlements forcés dans l'armée birmane de Karens, minorité la plus opposée au gouvernement en place. "Smile as they bow" [18] ( "Souris quand ils se prosternent" ) prend pour cadre la fête de Taungbyon près de Mandalay où, pendant une semaine, des foules, dans l'espoir d'en retirer des bienfaits, viennent faire des offrandes aux Nats, divinités populaires, par l'intermédiaire des Natkadaws, mediums habiles à tirer bénéfice de leurs clients. Parmi eux , un homosexuel de soixante ans et son "assistant", un jeune travesti sont, avec une chanteuse des rues dont le second s'éprend, les principaux protagonistes. Dans ce roman aussi, Nu Nu Yi s'est intéressée aux déclassés de la société, à leurs mentalités, à ce qu'elle appelle elle-même " le caractère largement pré-moderne du Myanmar " et à la nécessité vitale pour beaucoup de se raccrocher à un espoir, quelqu'il soit, dans un pays où les conditions de vie ne cessent d'empirer. Lors d'une tournée en compagnie d'autres écrivains lauréats de prix littéraires, elle a précisé l'idée quelle se fait de ces rencontres avec les habitants de son pays : « Au long de ce parcours nous pouvons avoir un contact direct avec ce que les gens ressentent ».
  • Ma Thida (1966) (autres noms : San Chaung, Ataram) partage sa vie entre l'écriture et la chirurgie après des études médicales à Yangon (Rangoon) et Londres. Alors qu'elle est encore étudiante, elle publie ses premières nouvelles, nourries de son expérience dans les hôpitaux, où elle met en scène patients pauvres et étudiants issus des classes dirigeantes comme dans : Hard Labor (en anglais : [14]) (1990), texte censuré pour « avoir déconsidéré les médecins ». Proche de Aung San Suu Khyi elle adhère au NDL en 1988, est arrêtée en 1990, puis à nouveau en 1993, libérée en 1999, mais interdite de publication. Elle continue à écrire des articles et des nouvelles en Birman et en Anglais marquées par la critique sociale et politique.
  • Khet Mar (1969), nom de plume de l'écrivaine Khin Moh Moh, a commencé à écrire vers 20 ans et a publié des poèmes, un roman et des nouvelles dont l'une, traduite en japonais, a été porté à l'écran dans ce pays.

Conclusion provisoire

La connaissance que nous avons de la littérature birmane est très fragmentaire. La rareté des relations des royaumes birmans avec l'Occident, l'absence de liberté d'expression depuis 1962, les difficultés de publication au Myanmar, l'exil de nombreux écrivains en Thaïlande et dans les pays Anglo-saxons constituent de sérieux obstacles à la diffusion de leurs œuvres. À cela s'ajoute pour les lecteurs non birmanophones la rareté des traductions : celles en français sont presque toutes dues aux enseignants et chercheurs de la section birmane de l'Inalco. "La littérature se meurt. Sur place on ne peut plus écrire, la censure s'est installée dans nos cœurs. Ici (en Thaïlande) nous n'avons ni éditeurs ni lecteurs", déclarait en 2006 May Nyan, auteure de dix romans et de nombreuses nouvelles.

Camp de Réfugiés birmans à Mae Sot, Thaïlande

Et pourtant les Birmans manifestent un appétit pour la littérature. C'est elle qui a pris le relais d'une presse officielle aux mains du régime pour évoquer sous forme de fiction et de poèmes les problèmes de la société, et ce n'est sans doute pas un hasard si les femmes, plus durement confrontées aux contradictions du modernisme, occupent une place prédominante dans la création littéraire d'aujourd'hui. Daw Amar est une figure vénérée, Aung San Suu Kyi a écrit des essais[19] inspirés par les enseignements du bouddhisme, du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King.

Plus généralement les écrivains sont tenus en haute estime et considérés comme des sources de savoir et des guides spirituels. Chaque année est célébré au mois de Netdau (prononcé : "ne-do") correspondant à novembre-décembre le Sa-hso-dau-ne (prononcé : sasHôdo né'), la Fête de la Littérature, fondée en 1944 par l'Union des écrivains birmans ; des prix littéraires y sont attribués, à la suite de quoi les lauréats de l'année et des années précédentes organisent des tournées-conférences dans le pays. C'est l'occasion de rencontres entre écrivains et gens de toutes conditions. « À l'extérieur des cérémonies officielles nous avons la possibilité de parler de problèmes sur lesquels nous ne pouvons écrire », remarquait Nu Nu Yi en 2004.

Notes et sources

  1. Pour la prononciation des noms birmans, voir : Birman (langue)#Transcription et prononciation
  2. Voir www.bagan.com [2]
  3. Voir www.seasite.niu.edu
  4. a , b , c , d  et e Voir: Bibliographie:"Les Femmes de Lettres Birmanes"
  5. Voir en birman et anglais [3]
  6. Voir en birman et anglais [4]
  7. a , b , c  et d Voir bibliographie : revue Europe
  8. Let’s Go A-gathering “Thabye”* Plums
  9. a , b , c , d  et e Voir Bibliographie : Le Rire de la Terre
  10. a , b , c , d , e , f , g , h  et i Voir Bibliographie :Revue "Siècle 21"
  11. Voir : Bibliographie : Ma Ma Lay
  12. Voir en birman et anglais[5]
  13. Nan: tout ce qui se nomme avec des mots dont l'initiale est associée à un jour de la semaine dans la croyance populaire ; à chaque jour sont associés un animal, des lettres et un chiffre ; le prénom, en particulier, étant choisi selon le jour de naissance : ainsi un enfant né le mercredi aura un nom commençant par "la'", "wa" ou "ya'" .
  14. a , b , c  et d Voir en Anglais un historique de la censure:[6]
  15. Voir bibliographie :"Sur la route de Mandalay"
  16. a , b  et c Inked Over
  17. Thadun
  18. "Smile as they bow" New-York - Editions Hyperion 2008
  19. Voir : Bibliographie : Se libérer de la peur et La Voix du défi

Bibliographie

  • Aung San Suu Kyi Se libérer de la peur, Paris. Ed.des Femmes 1991.
  • Ma Ma Lai La Mal Aimée, Paris. L'Harmattan 1994
  • Khing Mya Tchou Les Femmes de lettres birmanes, Paris. L'Harmattan 1994.
  • Mya Than Tint Sur la route de Mandalay, Genève. Olizane 1999.
  • Le Rire de la Terre, anthologie de nouvelles birmanes, bilingue, présentées et traduites par Denise Bernot - Bilingues L&M n°8, L'Asiathèque, Paris 2003.
  • Revue Europe n°889 - Mai 2003 - Écrivains de Birmanie et du Cambodge, présentation Denise Bernot.
  • Revue Siécle 21 n°4 - Printemps 2004 - Paris L'Esprit des Péninsules.
  • Aung San Suu Kyi La Voix du Défi, Paris. Ed.Stock 1996
  • Proverbes birmans traduits en Anglais
  • Dans Birmanie contemporaine, Irasec les Indes savantes, sous la direction de G.Defert. Paris 2008, le chapitre La littérature comme reflet de la construction nationale et des évolutions de la société par Khin Lay Mint et Georg Noack.
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