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Histoire des techniques

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L’histoire des techniques est l’étude de toutes les réalisations techniques de l’Homme, de leur contexte d’apparition comme de leur impact sur la société.

C'est un sujet d'étude assez récent, qui s'est principalement développé après la seconde guerre mondiale. En France, les études les plus importantes sont dues à Maurice Daumas et Bertrand Gille qui ont avancé des thèses très différentes sur les progrès des techniques au cours de l'histoire humaine.[1]

La lecture la plus courante de cette histoire est que les progr√®s techniques r√©pondent √† des necessit√©s √©conomiques, militaires ou sociales, et sont personnalis√©s par des intentions et des projets individuels. Leurs histoires au cours des √Ęges sont donc √©troitements li√©es aux √©volutions des diverses civilisations humaines.[1]

Jusqu'au XVIIIe si√®cle, les progr√®s techniques ont pr√©c√©d√© les progr√®s scientifiques, le XIXe si√®cle a √©t√© une p√©riode de grandes innovations accompagnant la r√©volution industrielle, et l'occasion d'un rapprochement entre techniques et sciences, et depuis le milieu du XXe si√®cle progr√®s techniques et scientifiques sont intimement li√©s.[1]

Sommaire

Chronologie

Article d√©taill√© : Histoire des techniques (chronologie).

Il n'est pas possible de dater avec pr√©cision les diff√©rentes inventions et √©volutions techniques : mis √† part le manque de documents ou d'√©l√©ments mat√©riels, tout progr√®s marquant est le r√©sultat de progr√®s techniques consid√©r√©s comme mineurs, souvent avec des p√©riodes de stagnations ou des progr√®s graduels, et des √©tudes d√©taill√©es, au cas par cas, montreraient que ces √©tapes sont indispensables aux r√©alisations majeures.[1]

Certains auteurs d√©fendent les id√©es que l'√©volution des techniques est cumulative et que la vitesse d'√©volution augmente de mani√®re exponentielle au cours de l'histoire (on parle de ¬ę l'acc√©l√©ration du progr√®s scientifique et technique ¬Ľ). Ils s'appuient notamment sur la n√©cessit√© d'utiliser une √©chelle de temps logarithmique pour rendre lisible toute frise ou tableau r√©pertoriant les diff√©rents progr√®s techniques depuis les origines[2].

D'autres auteurs d√©fendent cette id√©e d'acc√©l√©ration en se r√©f√©rant qu'√† quelques ¬ę grandes ¬Ľ innovations techniques et en consid√©rant la moyenne entre ¬ę la constatation des possibilit√©s techniques de la d√©couverte et le d√©but du d√©veloppement commercial du produit qui en a d√©coul√© ¬Ľ dans une p√©riode r√©cente :[3]

Période considérée Délai de réponse à l'innovation
1885-1919 30 ans
1920-1944 16 ans
1945-1964 9 ans

Quelques généralités

L'économie et le militaire comme principaux commanditaires

Karl Marx a √©crit que ¬ę le savoir social est devenu une force de production directe ¬Ľ et que ¬ę le capital ¬Ľ en d√©finit l'usage.[1] Sans prendre comme un dogme cette id√©e, l'histoire des techniques montre que les inventions individuelles sont toujours tributaires du contexte social et √©conomique, et que leur devenir l'est encore plus. De brillantes innovations n'ont pas eu de suite pour cause de d√©sint√©r√™t, d'inutilit√© dans la suite de l'histoire de la soci√©t√© o√Ļ elles sont n√©es.

Exemples 
H√©ron d'Alexandrie, h√©ritier d'une grande tradition de m√©caniciens grecs, a d√©velopp√© des m√©canismes d'automates √† des fins d'amusements publics ou de commandes par des temples religieux voulant faire forte impression sur leur public. Il a r√©alis√© des m√©canismes assimilables √† la machine √† vapeur, des m√©canismes hydrauliques, associ√©s √† de l'autor√©gulation, des engrenages d'une grande sophistication, en utilisant les propri√©t√©s de la compressibilit√© de l'air et de l'incompressibilit√© de l'eau, allant jusqu'√† permettre une programmation des mouvements r√©alis√©s par ses machineries sur la sc√®ne du spectacle. Tout cela ne sera que vaguement gard√© en m√©moire, comme objets de curiosit√©s. En occident, √† partir de la renaissance, et surtout du XVIIIe si√®cle, tout d√©but de l'industrialisation, ses travaux seront utilis√©s ou r√©-invent√©s, et grandement am√©lior√©s. Par contre, les m√©canismes de l'art militaire grec, auxquels H√©ron d'Alexandrie n'apportera aucune innovation r√©alisable, trouveront imm√©diatement d'attentifs continuateurs, √† commencer par la Rome antique.[2]
Le d√©veloppement du moulin, √† eau ou √† vent, ne se comprend qu'avec son importance √©conomique. L'utilisation en a √©t√© longtemps limit√©e au broyage des grains en Occident, alors qu'en Chine il a √©t√© tr√®s t√īt utilis√© comme moyen de transformer l'√©nergie hydraulique en √©nergie m√©canique pour toutes sortes d'usages (notamment pour activer les soufflets des hauts fourneaux) gr√Ęce √† la connaissance du syst√®me bielle-manivelle d√®s le premier si√®cle de notre √®re.[2]
Au Moyen √āge, les universit√©s sont dirig√©es par des ordres religieux, ont un r√īle tr√®s id√©ologique et sont -presque- compl√®tement d√©tach√©es des progr√®s techniques r√©alis√©es hors de leurs murs par la bourgeoisie marchande puis pr√©-industrielle.[1]

L'√Čtat : organisateur et b√©n√©ficiaire

De nombreuses observations de civilisations semblent indiquer que leur √Čtat a jou√© un r√īle moteur dans l'√©panouissement des techniques. En √Čgypte antique, en M√©sopotamie et dans la Rome antique, par exemple, les canaux d'irrigations pour l'agriculture, les aqueducs pour l'approvisionnement des villes, les routes ont √©t√© √©difi√©s par ces √Čtats.[2] De mani√®re plus g√©n√©rale, si toute activit√© technique (et scientifique) d√©rive d'une pratique sociale, les rapports entre les pouvoirs centraux forts et les progr√®s techniques sont complexes et leur analyse est consid√©r√©e comme difficile.[1]

L'Empire romain disposait, par ses conquêtes, d'accès aux meilleures compétences dans un domaine donné (les forgerons celtes, entre autres), d'un grand nombre de gisements de minerais divers, de moyens de combustion, et a édifié de nombreuses voies qui ont facilité les déplacements de matériaux, et l'administration romaine a permis de gérer au mieux ces différents avantages.[2]
De nombreux souverains, des califes aux princes d'Europe ou d'Asie, ont financ√© la construction et la gestion d'observatoires astronomiques, favorisant ainsi certaines orientations dans les pr√©occupations techniques et scientifiques : les vis√©es √©taient en g√©n√©ral religieuses, et agricoles (√©tablissement de calendriers), mais concernaient aussi l'orientation des voyageurs √† partir de l'observation du ciel √©toil√© et donc une meilleure gestion de l'espace g√©ographique.[1]
L'√Čtat fran√ßais a d√©velopp√© les chemins de fer et am√©lior√© la qualit√© des routes, au XIXe si√®cle, ce qui a favoris√© les √©changes extra-r√©gionaux, et l'unification linguistique du pays (toutefois, il semble que l'√©cole r√©publicaine et la d√©mocratisation des institutions, √† la fin du XIXe si√®cle, aient √©t√© au moins aussi d√©terminantes)[4]
Dans l'Europe pr√©-industrielle, l'invention de la propri√©t√© intellectuelle, par le biais du brevet, est une mani√®re de favoriser les progr√®s techniques et leur rentabilit√©.[r√©f. n√©cessaire]

Les objets et techniques évoluent suivant des lignées

Les cr√©ations ex nihilo existent mais sont rarissimes. Un objet, outil ou machine est le fruit d'une maturation plus ou moins lente et de recherches parall√®les sur la base d'une culture existante o√Ļ les innovations sont successives, progressives et cumulatives autour d'objets de m√™me type ayant les m√™mes fonctions et le m√™me type de fonctionnement.[2]

Exemples 
L'√©volution de la taille de la pierre, du galet taill√© il y a deux √† trois millions d'ann√©es jusqu'au complexe levalloisien il y a quarante mille ans, montre une ma√ģtrise lente, par t√Ętonnements, des m√©thodes du d√©bitage qui s'appuie toujours sur les acquis ant√©rieurs.[2]
La m√©tallurgie est n√©e, vers le IVe mill√©naire avant notre √®re, dans des civilisations ayant au pr√©alable d√©velopp√© la poterie, donc ayant d√©j√† une bonne pratique des fours, et les premiers m√©taux ont √©t√© d'abord utilis√©s pour faire des bijoux. L'am√©lioration des fours, la pratique de la fabrication de ces bijoux ont permis de mieux ma√ģtriser ces mat√©riaux et d'envisager leur utilisation √† d'autres fins.[2]
La r√©volution industrielle est le fruit d'une lente √©volution. Elle a commenc√© au XVIIe si√®cle avec la m√©canisation croissante des moulins hydrauliques, l'invention et le perfectionnement des m√©tiers √† tisser et √† filer, au d√©part √† partir des exemples des automates.[2] Parall√®lement, depuis le XVIIe si√®cle, la recherche d'une source importante d'√©nergie pour pouvoir drainer les eaux s'infiltrant dans les mines de charbon a accentu√© l'int√©r√™t pour les premi√®res machines √† vapeur (efficaces √† partir du d√©but du XVIIIe si√®cle) qui permettront, √† la toute fin du XVIIIe si√®cle, d'affranchir les installations m√©canis√©es des contraintes de l'√©nergie hydraulique.[2],[5]
L'ordinateur, dont rien ne nous dit que son √©volution soit finie, a √©merg√© tr√®s lentement, puis √† vitesse croissante, depuis la pascaline jusqu'√† l'utilisation des microprocesseurs, mais toujours par am√©liorations successives en utilisant les progr√®s techniques r√©alis√©s r√©cemment par diff√©rentes industries.[r√©f. n√©cessaire]

Mutations ou r√©volutions ?

Le principal point de divergence entre Maurice Daumas et Bertrand Gille est dans l'analyse des transitions techniques observées dans diverses civilisations.[1]

Maurice Daumas affirma que ¬ę si on consid√®re l'histoire des techniques √† l'√©chelle de l'histoire de l'homme, et pas seulement de certaines civilisations, on ne d√©c√®le jamais une √©volution r√©gressive des techniques ¬Ľ et que ¬ę depuis l'origine de l'humanit√©, le progr√®s des techniques s'est poursuivi de fa√ßon r√©guli√®re, √† peu pr√®s sans faille ¬Ľ, et il voyait les changements importants dans une civilisation comme des ¬ę mutations ¬Ľ.[1]

Bertrand Gille, se focalisant sur les √©tudes des techniques √† une √©poque donn√©e, dans une civilisation donn√©e, y associait un ¬ę syst√®me technique ¬Ľ qui inclut les techniques et leurs liens avec le syst√®me √©conomique et social. Avec cette grille d'analyse, il affirma que l'histoire des techniques est une succession de grands syst√®mes techniques, que certains syst√®mes sont rest√©s ¬ę bloqu√©s ¬Ľ, et que la transition d'un syst√®me √† l'autre est une ¬ę r√©volution technique ¬Ľ. Il semble que cette analyse a actuellement la faveur des sp√©cialistes.[1]

Exemples
En Chine, la m√©tallurgie a √©t√© invent√©e avec pr√®s de quinze si√®cles d'avance sur l'occident : notamment le haut fourneau et une technique de co-fusion du fer et de la fonte pour produire de l'acier (en Chine au VI√® si√®cle, en Occident elle est d√©crite pour la premi√®re fois par R√©aumur en 1722). De m√™me, le premier v√©ritable papier a √©t√© utilis√© en Chine au IIe si√®cle. L'imprimerie a √©t√© √©bauch√©e entre le VIIIe si√®cle et le Xe si√®cle, pour devenir vraiment typographique au milieu du XIe si√®cle. Toutefois, √† partir des XVe et XVIe si√®cles les diff√©rentes techniques chinoises se sont fig√©es dans leur savoir faire ¬ę m√©di√©val ¬Ľ (bien que grandement en avance sur l'Occident), jusqu'√† la r√©volution chinoise du XXe si√®cle, et ceci sans que les causes en soient encore bien comprises.[2]
L'Occident, entre la chute de l'Empire romain et le Xe si√®cle, a v√©cu une p√©riode de stagnation des techniques. Le Moyen √āge a ensuite v√©cu un renouveau possible gr√Ęce √† trois innovations qui ont permis un important d√©veloppement de l'agriculture (et peut-√™tre aussi gr√Ęce √† un adoucissement du climat), amenant une remont√© d√©mographique et la possibilit√© de nourrir des villes se d√©veloppant. Ces trois innovations sont : la charrue qui remplace l'araire, l'utilisation du cheval comme animal de trait, l'assolement triennal. En fait, durant la p√©riode creuse, l'Europe occidentale aurait assimil√© des apports techniques sup√©rieurs √† ceux h√©rit√©s de l'Empire romain : les chevaux plus robustes, la m√©tallurgie novatrice et les habitudes agraires nouvelles des diff√©rents barbares, envahisseurs d'Europe centrale ou Maures. La p√©riode entre le IXe si√®cle et la Renaissance est parfois appel√©e ¬ę la r√©volution technique du Moyen √āge ¬Ľ.[2]

La roue comme première machine

La roue est consid√©r√©e comme la machine initiale pour toute civilisation : techniquement, sans la roue, il n'y a pas de m√©canisme, pas de machine, et historiquement, les civilisations qui n'ont pas utilis√© la roue comme outil n'ont d√©velopp√© aucun m√©canisme. Les exemples les plus proches √©tant les civilisations pr√©colombiennes : la roue y √©tait pr√©sente que dans des jouets, mais non utilis√©e dans un cadre technique, et aucun m√©canisme ne semble avoir √©t√© d√©velopp√© par ces peuples (pas m√™me une forme rudimentaire de la noria pourtant si r√©pandue). Une explication propos√©e pour cette non-utilisation de la roue est n√©e de l'observation que si la roue est une machine, il faut une √©nergie pour la mouvoir et les roues primitives √©tant en bois plein, elles sont lourdes et n√©cessitent un animal de trait pour √™tre utilis√©es : il n'y avait pas d'animal domesticable capable de jouer ce r√īle en Am√©rique pr√©colombienne.[2],[6]

À particularités locales, innovations particulières

Des particularités propres à certaines régions sont parfois proposées pour expliquer des découvertes techniques précoces ou tardives, ou encore très spécifiques.[2]

Exemples
Le fait que le bambou soit une plante sp√©cifique √† l'Asie a √©t√© propos√© pour expliquer la pr√©cocit√© des progr√®s techniques en Chine : la fabrication des moulins √† eau, entre autres, aurait √©t√© facilit√©e par l'usage de ce mat√©riau souple et solide. Une sp√©cificit√© des minerais de fer chinois, leur haute teneur en phosphore permettant d'abaisser la temp√©rature de fusion, aurait √©t√© aussi un facteur facilitant la ma√ģtrise de la m√©talurgie.[2]
En √Čgypte antique a √©t√© d√©couvert que la boue du Nil est tr√®s glissante quand elle est compact√©e et mouill√©e (en termes modernes : son coefficient de frottement est proche de z√©ro et une seule personne peut d√©placer un rocher √† fond plat d'une tonne). Cela a permis le d√©placement de rochers monumentaux et la construction des √©difices que l'on conna√ģt.[2]
En Europe du Nord, les clepsydres (horloges √† eau) √©taient gel√©s en hivers[2], de plus le d√©veloppement du travail salari√© dans les villes aurait accru une demande d'un ¬ę temps mesur√© ¬Ľ, et non plus ¬ę naturel ¬Ľ.[1] Au XIIIe si√®cle, cela aurait favoris√© la recherche d'un autre moyen pour marquer le temps : la gravit√© devint la force motrice d'une horloge m√©canique, d'abord impr√©cise. Ce nouveau m√©canisme aurait √©t√© largement inspir√© de celui des automates. √Ä la fin du XIIIe si√®cle, les premi√®res cath√©drales dot√©es de telles horloges √©taient anglaises, et la mode se r√©pandit √† travers toute l'Europe au XIVe si√®cle.[2]
Alors qu'en Angleterre les ressources en bois et en √©nergie hydraulique ont trouv√© leur limite au cours du XVIIIe si√®cle, poussant √† l'utilisation de la houille et de la machine √† vapeur, en France il y avait peu de houille et l'√©nergie hydraulique n'√©tait pas consid√©r√©e comme suffisamment exploit√©e. Stimul√©es par l'√Čtat, et sur l'exemple de l'analyse faite vers 1 750 par l'ing√©nieur militaire B√©lidor √† propos des moulins √† eau ayant une roue √† axe de rotation vertical (historiquement tr√®s pr√©sents autour de la M√©diterran√©e, et en particulier en pays de langue d'oc[2]), les recherches pour optimiser le rendement des roues √† eau s'intensifi√®rent au d√©but du XIXe si√®cle pour aboutir, en 1 832, √† un rendement de l'ordre de 80 % et √† une d√©nomination nouvelle : turbine hydraulique. Le mod√®le initial a √©t√© grandement am√©lior√© et c'est aujourd'hui la source d'un quart de la production mondiale d'√©lectricit√©.[2],[5]

Techniques et corps de métiers

De nombreuses techniques ont √©t√© accompagn√©es de corps de m√©tiers qui ont jou√© un r√īle de transmission de savoir-faires de g√©n√©ration en g√©n√©ration, accompagn√©s de rites et coutumes, m√™me parfois de divinit√©s ou de saint patron, et ayant √©volu√© de mani√®res diverses aux cours des changements techniques survenus.

Exemples
Le forgeron a eu un statut particulier dans de nombreuses soci√©t√©s : √† l'√©cart dans les villes et villages, son activit√© √©tait souvent charg√©e d'une symbolique de ma√ģtre du feu et de la transformation des √©l√©ments. C'est en forgeant que l'on devient forgeron : ce dicton souligne que cette corporation (comme toutes, avant l'√©poque industrielle) int√©grait de nouveaux membres par de longues ann√©es d'apprentissage. Personnage indispensable √† l'agriculture utilisant des outils en fer, au d√©but de l'√®re industrielle sa corporation subit une concentration sous la forme de ¬ę juxtapositions d'unit√©s de production plus ou moins ind√©pendantes ¬Ľ[7], toujours li√©es au monde agricole, sous la direction de ¬ę ma√ģtres des forges ¬Ľ, puis disparut progressivement avec l'av√®nement de la m√©tallurgie industrielle et de l'agriculture m√©canis√©e.[2]
En Occident, les constructeurs de moulins se sont transmis un savoir-faire toujours plus √©labor√© jusqu'au d√©but de la r√©volution industrielle, dont ils ont √©t√© le gros des troupes des premiers ing√©nieurs : au XVIIIe si√®cle les moulins sont des machineries que l'on peut qualifier de pr√©-industrielles et ont √©t√© des mod√®les pour les premi√®res machineries de l'√®re industrielle.[2]
Les faiseurs de bas, pass√©s du statut d'artisans √† celui d'ouvriers, entre les XVIIe et XVIIIe si√®cles, apporteront leur savoir-faire au sein de la m√©canisation de leur m√©tier : les machines √† bas ne sauront tout faire que tardivement, et un tour de main de connaisseur √©tait n√©cessaire pour compl√©ter le travail des automates, tour de main qui s'est adapt√© aux conditions du m√©tier m√©canis√©. Le m√™me constat peut √™tre fait aujourd'hui avec les m√©canisations de gestes professionnels.[2]
Les poseurs de rivets, appel√©s les riveurs, ont form√© une corporation √† part enti√®re de l'√®re industrielle, survivante √† de multiples tentatives d'automatisations. Au d√©but du XIXe si√®cle, dans la grande industrie, le rivetage est une pratique artisanale, r√©p√©titive, indispensable mais assez lente par rapport aux autres stades de fabrication (qui sont souvent m√©canis√©s) et mobilisant beaucoup de personnels (il ne se fait que par √©quipe d'au moins trois personnes). Les recherches d'une enti√®re m√©canisation de cette t√Ęche, bien qu'insistantes, n'ont permis que de passer de l'utilisation de la masse √† celui d'une riveuse hydraulique portative, pour finalement adopter le marteau pneumatique (import√© des √Čtats-Unis en 1900), ce qui a diminu√© le nombre de personnes employ√©es √† river, en a augment√© la vitesse d'ex√©cution, mais a multipli√© le nombre de surdit√©s professionnelles. Le rivetage par √©quipe a quasiment disparu dans l'entre deux guerres du XXe si√®cle. Des recherches de substitutions au rivetage ont √©t√© l'occasion d'inventer le soudage.[2]

L'√©nergie : ses sources et son transport

La notion d'√©nergie a √©t√© d√©gag√©e au XIXe si√®cle, mais on peut lire l'histoire des techniques depuis les origines √† travers l'histoire de la ma√ģtrise de ses diff√©rentes formes, la d√©couverte de ses diff√©rentes sources et les moyens de la transporter. Toutefois, il faut prendre garde de ne pas s'y limiter car c'est aussi oublier les autres aspects de la technique qui sont, entre autres, la ma√ģtrise des contraintes m√©caniques, de la d√©couverte et la transformation des √©l√©ments, l'exploitation de micro-propri√©t√©s qui am√©liorent une technique existante, les motivations qui ont pouss√© √† r√©soudre tel ou tel probl√®me, etc. L'histoire de la ma√ģtrise de l'√©nergie peut √™tre un fil directeur, mais est simplificatrice et valorise les techniques √† partir du XIXe si√®cle.[1]

Avant la roue, la principale source d'énergie était le muscle humain pour atteindre la source primaire d'énergie qu'est la nourriture. Pour tailler, lancer, couper, etc, seule la force humaine était disponible. L'humain a cherché à améliorer son efficacité, par exemple dans le lancer de javelot en inventant le propulseur, ou le levier, puis la poulie, etc. L'unicité de sa source d'énergie n'a pas empêché l'humain de se servir de son cerveau pour faire des pièges, développer des stratégies, fabriquer des armes de chasse plus efficaces, et améliorer son quotidien.
√Ä travers le feu, l'√©nergie thermique n'a longtemps √©t√© utilis√©e qu'√† transformer des √©l√©ments disponibles : cuire des aliments, la poterie, et plus tard la m√©tallurgie.
Avec la domestication, la force animale est devenue une nouvelle source d'√©nergie disponible, elle a permis une meilleure agriculture et des transports de charges plus importants, mais aussi une plus grande disponibilit√© des aliments carn√©s. La roue est venue apr√®s : elle permet d'utiliser la force animale pour transporter, faire tourner des moulins broyeurs de grains.
L'énergie éolienne a été utilisée pour naviguer, l'optimisation de la taille, de la forme et du matériau des voiles, ainsi que du bateau, est une recherche toujours en progrès.
L'√©nergie potentielle m√©canique a √©t√© exploit√©e d'abord dans les arts militaires par l'utilisation de ressorts principalement en bois (arc, catapulte, etc.), puis, au XVe si√®cle, en horlogerie quand des ressorts m√©talliques ont pu √™tre fabriqu√©s.
L'énergie géothermique est utilisée depuis au moins l'Antiquité pour réchauffer certains batiments.
L'√©nergie hydraulique, ma√ģtris√©e gr√Ęce aux moulins √† eau, a permis d'avoir en permanence √† disposition, et presque sans baisse de r√©gime, une √©nergie pour un temps infini. Toutefois, en occident son utilisation a √©t√© longtemps limit√©e √† meuler des grains, alors qu'en Chine elle a tr√®s t√īt permis d'activer les soufflets d'une m√©tallurgie en plein d√©veloppement. L'√©nergie √©olienne joue un r√īle similaire, mais est souvent moins importante. Une particularit√© chinoise : tr√®s t√īt des cerfs-volants y ont √©t√© utilis√©s comme monte-charges.
L'√©nergie gravitationnelle est utilis√©e tr√®s t√īt par H√©ron d'Alexandrie pour ses automates, elle est utilis√©e, dans la construction, pour actionner des grues √† roue, en particulier au moyen-√Ęge. √Ä partir du XIIe si√®cle elle sera syst√©matiquement utilis√©e pour l'horlogerie.
C'est au XVIIIe si√®cle que commence l'utilisation de la transformation de l'√©nergie thermique en √©nergie m√©canique, par le biais de la machine √† vapeur. La machine √† vapeur permet de s'affranchir des contraintes de l'√©nergie hydraulique, notamment la proximit√© d'un cours d'eau assez fort. Des am√©liorations lui permettent m√™me d'√™tre transport√©e, d'o√Ļ le bateau √† vapeur, la locomotive √† vapeur, puis l'automobile. C'est l'√©poque o√Ļ la recherche des sources d'√©nergie est devenue une pr√©occupation √† part enti√®re : principalement les √©nergies fossiles (le charbon puis le p√©trole).
L'√©lectricit√© est un moyen de transporter l'√©nergie, elle sera utilisable √† l'√©chelle industrielle √† partir de la fin du XIXe si√®cle. Toutefois, elle n'est pas le seul moyen de transport utilis√© : avant elle, l'√©nergie √©tait transport√©e principalement par des transmissions m√©caniques, ce qui limitait la distance de transmission, de plus cela occasionnait d'importantes pertes d'√©nergie jusqu'√† ce que les roulements √† billes et autres huilages des m√©caniques optimisent les frottements. Au sein d'une m√™me usine, pour activer certains outils m√©caniques, le transport de l'√©nergie a √©t√© aussi envisag√© par la pression hydraulique, √† laquelle a √©t√© pr√©f√©r√© l'air comprim√© plus compatible avec les dangers de l'√©lectricit√©.
L'√©nergie atomique n'appara√ģt qu'au milieu du XXe si√®cle.
L'√©nergie solaire n'a commenc√© √† √™tre directement utilis√©e qu'au XXe si√®cle.

Relations entre techniques et sciences

Jusqu'√† la renaissance, et mis √† part quelques situations historiquement isol√©es, les techniques se sont d√©velopp√©es ind√©pendamment des sciences. De plus, les techniques ont g√©n√©ralement pr√©c√©d√© et inspir√© les sciences. Sciences (savoirs th√©oriques) et techniques (savoirs-faire) ont √©t√© d√©velopp√©es par des personnes diff√©rentes, appartenant √† des cat√©gories sociales diff√©rentes, et sont sans rapport direct bien qu'elles interagissent dans les soci√©t√©s o√Ļ elles cohabitent.[1]

Au XVIe si√®cle, en Europe, est d√©j√† amorc√© un rapprochement entre sciences et techniques, comme cela s'est manifest√© chez des ing√©nieurs tels que les embl√©matiques Brunelleschi, L√©onard de Vinci. √Ä partir du XVIIe si√®cle, des ateliers r√©alisent des instruments scientifiques, des scientifiques s'int√©ressent parfois aux probl√®mes techniques (Galileo Galilei, Christiaan Huygens, Blaise Pascal‚Ķ), et les Acad√©mies de Sciences (en Angleterre au XVIIe si√®cle, en France au XVIIIe si√®cle) s'int√©ressent officiellement aux techniques. La bourgeoisie, au pouvoir √©conomique croissant, manifeste son int√©r√™t pour une vision synth√©tique des techniques et des sciences, comme cela peut se voir dans l'Encyclop√©die de Diderot et D'Alembert.[1]

√Ä partir du XIXe si√®cle les liens entre techniques et sciences se densifient : bien que les grands progr√®s techniques soient dus en g√©n√©ral √† des techniciens, voire parfois des bricoleurs, les sciences pr√©c√®dent parfois les techniques et permettent d'en cr√©er de nouvelles (l'√©lectricit√© en est le meilleur exemple), et surtout les sciences s'inspirent ouvertement des progr√®s techniques pour mieux comprendre certains ph√©nom√®nes naturels (la thermodynamique, par exemple).[1]

Au XXe si√®cle, √©merge la technoscience : de nombreuses innovations techniques sont dues √† des progr√®s scientifiques (en physique, en biologie) mais les recherches scientifiques sont aussi tr√®s d√©pendantes d'apports techniques importants (exp√©rimentations, calculs sur ordinateurs). De nombreuses multinationales investissent dans la recherche scientifique de premier plan afin d'assurer leur comp√©titivit√© technique (IBM, Bell Laboratories, industrie pharmaceutique, etc.).[1]

Références

  1. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ, h‚ÄČ, i‚ÄČ, j‚ÄČ, k‚ÄČ, l‚ÄČ, m‚ÄČ, n‚ÄČ, o‚ÄČ, p‚ÄČ et q‚ÄČ Ahmed Djebbar, Gabriel Gohau et Jean Rosmorduc : Pour l'histoire des sciences et des techniques, Hachette et CNDP √©diteurs, 2006, (ISBN 2011708869 et ISBN 2240022159).
  2. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ, h‚ÄČ, i‚ÄČ, j‚ÄČ, k‚ÄČ, l‚ÄČ, m‚ÄČ, n‚ÄČ, o‚ÄČ, p‚ÄČ, q‚ÄČ, r‚ÄČ, s‚ÄČ, t‚ÄČ, u‚ÄČ, v‚ÄČ, w‚ÄČ et x‚ÄČ Bruno Jacomy, Une histoire des techniques, Seuil √©diteur, 1990, (ISBN 202012405X)
  3. ‚ÜĎ Page 78 du livre de Ahmed Djebbar, Gabriel Gohau et Jean Rosmorduc : ¬ę Pour l'histoire des sciences et des techniques ¬Ľ, Hachette et CNDP √©diteurs, 2006, (ISBN 2011708869 et ISBN 2240022159).
  4. ‚ÜĎ G√©rard Noiriel, Population, immigration et identit√© nationale en France : XIXe‚ÄČ‚ÄĎ‚ÄČXXe si√®cle, Hachette, coll. ¬ę Carr√© histoire ¬Ľ, Paris, 1992, 190 p. (ISBN 2-01-016677-9) 
  5. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Histoires de machines, ouvrage collectif, √©ditions Belin, 1980 (premi√®re √©dition : chez Belin en 1978, pour l'√©dition am√©ricaine en 1963). (ISBN 290291816X)
  6. ‚ÜĎ Cette th√©orie de la roue a √©t√© notamment expos√©e par Andr√©-Georges Haudricourt dans L'Origine des techniques, aux √©ditions de la Maison des sciences de l'homme, 1988.
  7. ‚ÜĎ √Čtat, nation et immigration ; G√©rard Noiriel, collection Folio-histoire, Gallimard √©diteur, 2005. Chapitre VI : Du patronage au paternalisme.

Voir aussi

Articles connexes

Portails

  • Portail:Arch√©ologia

Bibliographie

Livres utilisés pour la rédaction de cet article
  • Ahmed Djebbar, Gabriel Gohau et Jean Rosmorduc, Pour l'histoire des sciences et des techniques, par Hachette et CNDP √©diteurs, 2006, 160 pages (ISBN 2011708869 et ISBN 2240022159).
  • Bruno Jacomy, Une histoire des techniques, Seuil √©diteur, 1990, 380 pages environ, (ISBN 202012405X)
Autres textes
  • Jean C. Baudet, De l'outil √† la machine. Histoire des techniques jusqu'en 1800, 2003, Paris, Vuibert.
  • Jean C. Baudet, De la machine au syst√®me. Histoire des techniques depuis 1800, 2004, Paris, Vuibert.
  • Maurice Daumas, Histoire g√©n√©rale des techniques (cinq volumes), Presses universitaires de France, collection ¬ę Quadrige ¬Ľ, octobre 1996 (ISBN 2-13-047860-3) ;
  • √Čmission de la BBC : civilisation.
  • Bertrand Gille :
    • (s. dir.), Histoire des techniques, Gallimard, coll. ¬ę La Pl√©iade ¬Ľ, 1978 ;
    • Les Ing√©nieurs de la Renaissance, th√®se histoire, Paris, 1960 ; Seuil, coll. ¬ę Points Sciences ¬Ľ 1978 (ISBN 2-02-004913-9) ;
    • Les M√©caniciens grecs, Seuil / science ouverte, 1980 (ISBN 2-02-005395-0) ;
  • L'√āge d'or des sciences arabes, Actes Sud / Institut du monde arabe, oct. 2005 (ISBN 2-7427-5672-8) ;
  • La Recherche en histoire des sciences, Le Seuil / La Recherche, 1983 (ISBN 2-02-006595-9).
  • D√©claration de congr√®s US donnant la paternit√© de l'invention du t√©l√©phone √† Antonio Meucci en la retirant √† Bell ici en anglais

Lien(s) externe(s)

  • ATHENA, la liste nationale de diffusion d'information sur l'histoire des techniques

Périodiques

Autres

Ce document provient de ¬ę Histoire des techniques ¬Ľ.

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