Liberalisme

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Liberalisme

Libéralisme

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Le libĂ©ralisme est un courant de pensĂ©e de philosophie politique, nĂ© d'une opposition Ă  l'absolutisme et au droit divin dans l’Europe des LumiĂšres (XVIIIe siĂšcle), qui affirme la primautĂ© des principes de libertĂ© et de responsabilitĂ© individuelles sur le pouvoir du souverain. Il repose sur l’idĂ©e que chaque ĂȘtre humain possĂšde des droits fondamentaux qu'aucun pouvoir ne peut violer. En consĂ©quence, les libĂ©raux veulent limiter les obligations sociales imposĂ©es par le pouvoir au profit du libre choix de chaque individu.

Le libĂ©ralisme repose sur un prĂ©cepte moral qui s'oppose Ă  l'assujettissement de l'individu, d'oĂč dĂ©coulent une philosophie et une organisation de la vie en sociĂ©tĂ© permettant Ă  chaque individu de jouir d'un maximum de libertĂ©, notamment en matiĂšre Ă©conomique. Pour la plupart des libĂ©raux, la dichotomie entre « libĂ©ralisme Ă©conomique Â» et « libĂ©ralisme politique Â» n'existe donc pas, puisqu'il s'agit de l'application d’une mĂȘme doctrine dans des domaines diffĂ©rents.

Au sens large, le libĂ©ralisme prĂŽne une sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur la libertĂ© d'expression des individus dans le respect du droit du pluralisme et du libre Ă©change des idĂ©es. Elle doit joindre d'une part dans le domaine Ă©conomique, l'initiative privĂ©e, la libre concurrence et son corollaire l'Ă©conomie de marchĂ©, d'autre part, des pouvoirs politique et Ă©conomique bien encadrĂ©s par la loi et les contre-pouvoirs. Elle valorise donc le mĂ©rite comme fondement de la hiĂ©rarchie. Cela suppose idĂ©alement un État centrĂ© sur ses fonctions rĂ©galiennes, Ă©tat de droit Ă©lu et responsable devant les reprĂ©sentants du peuple, transparent et garantissant le respect des minoritĂ©s.

Il existe au sein du courant libĂ©ral des diffĂ©rences d'opinion quant aux justes limites Ă  fixer Ă  l'action de l'État, ainsi qu'aux modalitĂ©s de l'action publique (notamment aux rĂŽles respectifs de l'action administrative et de la loi). La plupart des libĂ©raux considĂšrent que l'action de l'État est nĂ©cessaire Ă  la protection des libertĂ©s individuelles, et nombre d'entre eux (comme Adam Smith, Raymond Aron, Karl Popper ou Benedetto Croce) acceptent voire recommandent certaines interventions de l'État dans l'Ă©conomie, notamment en matiĂšre de contrĂŽle et de rĂ©gulation. À l'opposĂ©, les libertariens (ou anarcho-capitalistes) refusent Ă  l'État toute lĂ©gitimitĂ© dans quelque domaine que ce soit.

Sommaire

Présentation générale

L'individu est au centre du libĂ©ralisme. La plus haute tĂąche de l'État est d'assurer et de dĂ©fendre la libertĂ© individuelle qui est considĂ©rĂ©e comme imprescriptible. La libertĂ© individuelle Ă©tant aux yeux des libĂ©raux la norme fondamentale et le fondement de la sociĂ©tĂ© humaine autour de laquelle l'État, l'ordre politique et Ă©conomique doivent ĂȘtre structurĂ©s.

Mais, alors que pour les libĂ©raux classiques, la primautĂ© de la libertĂ© individuelle est un principe absolu qui s'applique Ă  tous les domaines de la vie en sociĂ©tĂ©, il est devenu courant de subordonner l’application de ce principe aux circonstances, de considĂ©rer que les volets philosophique, politique, social et Ă©conomique du libĂ©ralisme sont indĂ©pendants les uns des autres, voire de rĂ©duire le libĂ©ralisme Ă  ses aspects Ă©conomiques comme le fait l'usage moderne français.

Les différents courants au sein du libéralisme

Il existe plusieurs courants de pensĂ©e libĂ©raux qui se diffĂ©rencient notamment par leurs fondements philosophiques, par les limites et les fonctions qu’ils assignent Ă  l'État, et par le domaine auquel ils appliquent le principe de libertĂ© (Ă©conomie, institutions politiques, domaine social). Il est ainsi courant de distinguer le libĂ©ralisme classique d'un Adam Smith du social-libĂ©ralisme et du libertarianisme (minarchisme, agorisme et anarcho-capitalisme). Du point de vue de la thĂ©orie Ă©conomique on distinguera l'Ă©cole nĂ©oclassique de l'Ă©cole autrichienne.

Doctrines et systÚmes politiques auxquels s'oppose le libéralisme

Doctrine individualiste, le libĂ©ralisme s’oppose aux doctrines holistes telles que le socialisme, l'Ă©tatisme ou le communautarisme qui dĂ©finissent la personne comme faisant partie d’un corps social (groupe social, sociĂ©tĂ©...) porteur d'un intĂ©rĂȘt collectif auquel certain de ses comportements et ses choix sont ou doivent ĂȘtre subordonnĂ©s. Il s'oppose aussi au totalitarisme et Ă  toutes les formes d'abus de pouvoir qui limitent voire dĂ©truisent la libertĂ© des individus ou imposent la collectivisation totale de l'Ă©conomie (comme le communisme).. En prĂŽnant la libertĂ© individuelle, notamment par rapport aux traditions, le libĂ©ralisme peut s'opposer Ă©galement au conservatisme et a Ă©tĂ© condamnĂ© au dix neuviĂšme siĂšcle par les courants moralistes (catholicisme traditionnel.) Certains libĂ©raux s'opposent aux courants prĂŽnant l'interventionnisme Ă©tatique, la rĂ©gulation de l'Ă©conomie par l'État (comme le keynĂ©sianisme).

Le mot « libĂ©ralisme Â» est utilisĂ© dans des sens diffĂ©rents, plus ou moins larges, et quelquefois contradictoires. En partie Ă  la faveur de ce flou sĂ©mantique, le libĂ©ralisme est l’objet de controverses nombreuses et souvent violentes et ce surtout en France, qui rĂ©sultent souvent d’un dĂ©saccord sur le sens mĂȘme du terme. Si la reconnaissance et l'acceptation des aspects du libĂ©ralisme social et politique dĂ©passent le seul courant libĂ©ral, le versant Ă©conomique du libĂ©ralisme, lui, est beaucoup moins acceptĂ© (nombreuses prestations Ă©tatiques obligatoires, tentatives de contrĂŽle de l'Ă©conomie par le collectif). Certains opposants le considĂšrent comme une idĂ©ologie responsable de la plupart des maux du monde actuel, ou comme un courant de pensĂ©e Ă©tant aujourd'hui dĂ©tournĂ© de sa vocation d'origine, considĂ©rant que la libertĂ© Ă©conomique n'est pas automatiquement factrice de libertĂ©s individuelles pour tous les acteurs Ă©conomiques.

Usages du terme

Dans la tradition la plus ancienne, la libertĂ© individuelle est un principe gĂ©nĂ©ral qui s'applique Ă  tous les domaines de la vie en sociĂ©tĂ©. Selon ce point de vue, c'est une erreur de sĂ©parer diffĂ©rentes formes de libĂ©ralisme, car toutes sont des consĂ©quences indissociables d'un seul et mĂȘme principe philosophique de libertĂ©. Ce courant est souvent appelĂ© « libĂ©ralisme classique Â» pour le distinguer des autres usages modernes du mot libĂ©ralisme.

D'autres auteurs ne voient pas le principe de libertĂ© comme absolu et le prĂŽnent selon le domaine. Ils sont rejoints par des spĂ©cialistes qui ne s'intĂ©ressent qu'Ă  un domaine bien prĂ©cis, et qui pour cette raison Ă©vitent de parler du libĂ©ralisme en gĂ©nĂ©ral. On distingue alors trois domaines principaux :

  • le libĂ©ralisme politique au sens Ă©troit (organisation des droits politiques) ou large (coutumes, mƓurs, Ă©ventuellement religion) ;
  • le libĂ©ralisme Ă©conomique ;
  • le libĂ©ralisme en matiĂšre de mƓurs et sur les questions de sociĂ©tĂ©.

Les historiens des idĂ©es politiques, de leur cĂŽtĂ©, s'intĂ©ressent aux courants qui se sont rĂ©clamĂ©s du libĂ©ralisme Ă  diffĂ©rentes Ă©poques et en diffĂ©rents lieux. Ils distinguent ainsi plus finement un grand nombre de variĂ©tĂ©s dans les courants libĂ©raux[1]. C'est pourquoi le terme « libĂ©ralisme Â» recouvre aussi des rĂ©alitĂ©s diverses selon les pays et leur histoire politique.

  • Aux États-Unis, on appelle liberals les sympathisants de gauche. Ce sont des progressistes Ă  peu prĂšs Ă©quivalents aux sociaux-dĂ©mocrates europĂ©ens mais en moins Ă©tatistes, ce qui les place Ă  la gauche, voire Ă  l'extrĂȘme gauche de l'Ă©chiquier politique : l'accent est mis sur la libertĂ© de mƓurs et l'Ă©galitĂ© en droits (notamment concernant les droits civils). Les liberals amĂ©ricains s'opposent Ă©galement Ă  la droite sur les questions de politique Ă©trangĂšre : ils accordent d'avantage d'importance aux organes de sĂ©curitĂ© collective et aux institutions internationales. Il existe aussi les libertarian, qui s'opposent Ă  l'autoritĂ© de l'État fĂ©dĂ©ral et dĂ©fendent un libĂ©ralisme Ă©conomique absolu (dont une des formes les plus radicales est l'anarcho-capitalisme).
  • En France, au contraire, le qualificatif « libĂ©ral Â» sert la plupart du temps Ă  dĂ©signer une personne favorable au libĂ©ralisme Ă©conomique, sans nĂ©cessairement faire rĂ©fĂ©rence Ă  la philosophie libĂ©rale. L'usage est plus nuancĂ© en Europe, les Britanniques dĂ©signant par exemple par classical liberals les libĂ©raux au sens propre et les Allemands par Liberal les mĂȘmes personnes.

Histoire du libéralisme

Bien que le terme « libĂ©ralisme Â» pour dĂ©signer un courant de pensĂ©e ne soit apparu qu’en 1823 dans le Dictionnaire universel de la langue française, les origines de ce mouvement sont lointaines.

Origines

Pour certains historiens des idĂ©es comme Philippe Nemo[2] ou Murray Rothbard, ce que l'on dĂ©finit aujourd'hui gĂ©nĂ©ralement comme la tradition libĂ©rale prolongerait un mouvement d’idĂ©es perceptible depuis la libertĂ© politique qui fut parfois accordĂ©e dans les CitĂ©s grecques, et la mĂ©fiance que l'on pouvait y trouver Ă  l'encontre d'un gouvernement arbitraire. Ainsi la reprĂ©sentation libĂ©rale du monde n'aurait pas surgi ex nihilo aux environs du XVIe siĂšcle mais aurait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© en germe par exemple sur l'agora, oĂč l'exposition et la critique de thĂ©ories furent parfois possibles.

Dans le mĂȘme mouvement, depuis Aristote, ÉpictĂšte et les StoĂŻciens, DiogĂšne et les Cyniques, un courant peut ĂȘtre identifiĂ©, affirmant la primautĂ© de l’individu. Par certains cĂŽtĂ©s, le monothĂ©isme abrahamique (judaĂŻsme, christianisme et islam) affirment la responsabilitĂ© de l'individu. L’humanisme de la Renaissance, modifie profondĂ©ment la dĂ©finition du rapport de l'homme Ă  la crĂ©ation, au pouvoir, Ă  l'Ă©ducation ou au religieux, en particulier par l'affirmation du rĂŽle central du libre arbitre. La fidĂ©litĂ© Ă  l'ordre de la tradition est remise en cause au profit de l'arbitrage de la raison de l'individu Ă©clairĂ©.

DĂšs le XVIe siĂšcle, les philosophes de l'Ă©cole de Salamanque reformulent la notion de droit naturel hĂ©ritĂ©e d’Aristote, des StoĂŻciens, de CicĂ©ron[3] et de Thomas d’Aquin, et en dĂ©duisent les principes de souverainetĂ© du peuple et de sĂ©paration des pouvoirs. Dans le domaine Ă©conomique, ils justifient la propriĂ©tĂ© privĂ©e, la libre circulation des personnes et des biens et dĂ©fendent le libre marchĂ©. Au XVIIe siĂšcle, le mouvement libĂ©ral s’incarne en particulier dans les levellers de la rĂ©volution anglaise de 1642.

Naissance du libéralisme

John Locke

La pensĂ©e libĂ©rale se construit entre le milieu du XVIIe siĂšcle et le milieu du XVIIIe siĂšcle, sous l’impulsion des philosophes des LumiĂšres, en opposition Ă  l’absolutisme politique lĂ©gitimĂ© par des conceptions religieuses.

John Locke pose ce qui deviendra les fondements de la philosophie libĂ©rale moderne, en organisant et en dĂ©veloppant ses thĂšmes principaux : thĂ©orie des droits naturels, limitation et sĂ©paration des pouvoirs, justification de la dĂ©sobĂ©issance civile, affirmation de la libertĂ© de conscience, sĂ©paration de l’Église et de l’État.

Hume, Condillac, Montesquieu dĂ©veloppent les consĂ©quences de leurs positions philosophiques libĂ©rales dans les domaines politique et Ă©conomique. Des penseurs plutĂŽt connus en tant qu'Ă©conomistes, comme Turgot, Adam Smith ou John Stuart Mill, prennent soin de rattacher leurs positions Ă©conomiques aux racines philosophiques du libĂ©ralisme. L’école libĂ©rale dite « classique Â» se constitue alors comme une pensĂ©e cohĂ©rente englobant tous les domaines de l’action humaine Ă©tudiĂ©s Ă  cette Ă©poque.

Influence grandissante en Occident

Montesquieu

Le libéralisme a exercé une profonde influence sur la révolution américaine de 1775. Une partie des élites, notamment bourgeoises, ayant soutenu la Révolution française de 1789 et dirigé le pays aprÚs la chute de la monarchie constitutionnelle, était partisane du libéralisme qui se traduisait en France par une pensée subversive à l'encontre de la monarchie absolue de droit divin. Certains des principes fondateurs du libéralisme sont contenus dans le préambule de la Constitution américaine de 1787, ainsi que dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. La révolution américaine est riche d'auteurs libéraux, de Thomas Jefferson et Benjamin Franklin à Thomas Paine.

Le dĂ©but du XIXe siĂšcle voit l’approfondissement des idĂ©es libĂ©rales, avec, par exemple dans le domaine politique, Benjamin Constant et le cercle de Coppet qui rassemble des opposants libĂ©raux Ă  NapolĂ©on, et Jean-Baptiste Say dans le domaine Ă©conomique. Les libĂ©raux s’efforcent de diffuser largement leurs idĂ©es, qui s’opposent aux idĂ©es Ă©tatistes prĂ©dominantes dans les cercles du pouvoir. Au milieu du siĂšcle sont publiĂ©s les cĂ©lĂšbres pamphlets de FrĂ©dĂ©ric Bastiat.

Les idĂ©es libĂ©rales se diffusent dans la vie politique occidentale, au point de devenir la « basse continue Â» des systĂšmes politiques Ă  partir du XVIIIe siĂšcle selon Pierre Manent[4]. Pour Raymond Aron, parlant de l'exemple britannique dans la premiĂšre partie de L'Opium des intellectuels (1955), les idĂ©es libĂ©rales s'imposent au point d'ĂȘtre prĂ©sentes dans les programmes de tous les partis et de ne plus nĂ©cessiter de parti spĂ©cifique.

De la RĂ©volution industrielle Ă  nos jours

À partir de la fin du XIXe siĂšcle, des divergences apparaissent au sein du courant libĂ©ral qui portent sur le rĂŽle et la nature des interventions de l'État. Un courant progressiste apparait avec L.T.Hobhouse qui tente de prendre davantage en considĂ©ration les conditions sociales qui permettent la libertĂ© de chacun.

Au XXe siĂšcle, les deux guerres mondiales et les grandes crises Ă©conomiques (1929) entraĂźnent une redĂ©finition du rĂŽle et des contours de l'État dans le sens d’une intervention croissante. Les controverses et les dĂ©bats autour du libĂ©ralisme portent surtout sur l’économie considĂ©rĂ©e de façon indĂ©pendante. La philosophie libĂ©rale classique reste nĂ©anmoins vivace bien que trĂšs minoritaire, portĂ©e notamment par des philosophes comme Mario Vargas Llosa ou, en France, par Alain, Bertrand de Jouvenel, Raymond Aron et Jean-François Revel, ainsi que par des auteurs de la tradition dite autrichienne, surtout connus comme Ă©conomistes (Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, Murray Rothbard, Pascal Salin).

Les fondements du libéralisme

Les droits naturels

DĂ©claration des droits de l'homme et du citoyen

Le fondement de la pensĂ©e libĂ©rale est une thĂ©orie du droit selon laquelle chaque ĂȘtre humain est seul maĂźtre de lui-mĂȘme et possĂšde des droits fondamentaux et inaliĂ©nables qui dĂ©coulent de sa simple existence et sont inhĂ©rents Ă  la nature humaine, indĂ©pendamment des structures sociales dans lesquelles il est (ou n'est pas) insĂ©rĂ©. Ces droits sont le droit Ă  la libertĂ© et le droit Ă  la propriĂ©tĂ©.

Du droit Ă  la vie dĂ©coulent le droit de lĂ©gitime dĂ©fense contre toute agression, le droit Ă  la sĂ»retĂ© et le droit de rĂ©sistance Ă  l’oppression.

La dĂ©finition de la libertĂ© individuelle la plus courante est celle de l'article 4 de la DĂ©claration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 :

« La libertĂ© consiste Ă  pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas Ă  autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la sociĂ©tĂ© la jouissance de ces mĂȘmes droits. Â»

Certains philosophes des LumiĂšres lui prĂ©fĂšrent la dĂ©finition suivante :

« La libertĂ© est l'autorisation de n'obĂ©ir Ă  aucune autre loi extĂ©rieure que celles auxquelles j'ai pu donner mon assentiment Â» (Kant, note de la 2e section de Vers la paix perpĂ©tuelle).

La libertĂ© se traduit par le droit pour chacun d'agir comme il le dĂ©cide afin de poursuivre ses objectifs propres par ses moyens propres, d'Ă©changer, de s’associer et de contracter librement, de s'exprimer librement et de choisir librement ses sources d’information.

Le droit de propriĂ©tĂ© est le droit pour chaque individu de disposer Ă  sa guise du fruit de son activitĂ© et des richesses qu'il a crĂ©Ă©es ou acquises de façon lĂ©gitime, ainsi que de s’approprier toute chose (par exemple l’espace qu’il occupe ou l’air qu’il respire) qui n'est pas dĂ©jĂ  la propriĂ©tĂ© d'un autre individu. Ces droits ont un caractĂšre universel. Ils sont applicables Ă  tous les ĂȘtres humains, Ă  tout moment et en tout lieu, ce qui fonde l’égalitĂ© en droit.

Un droit naturel se distingue d'un droit positif en ce que son exercice ne suppose rien quant Ă  l’action d’autres personnes et qu'il ne dĂ©coule pas d'une dĂ©finition lĂ©gislative. « PersonnalitĂ©, LibertĂ©, PropriĂ©tĂ© [...] sont antĂ©rieures et supĂ©rieures Ă  toute lĂ©gislation humaine Â»(Bastiat).

La thÚse des droits naturels est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l'homme qui a fourni historiquement une partie de la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française.

Cependant, la thĂ©orie des droits naturels a Ă©tĂ© vigoureusement contestĂ©e par Jeremy Bentham et John Stuart Mill. Selon ces deux auteurs, dont les idĂ©es sont dĂ©jĂ  prĂ©sentes in nucleo chez David Hume (EnquĂȘte sur les principes de la morale, Section V, Pourquoi plaĂźt l'utilitĂ©, DeuxiĂšme partie), les principes du libĂ©ralisme ne ressortissent pas au respect de droits naturels dont Bentham et Mill nient par ailleurs l'existence, mais Ă  la contribution essentielle de la libertĂ© Ă  notre bonheur. Pour les utilitaristes, une sociĂ©tĂ© heureuse est une sociĂ©tĂ© libre oĂč chacun vit comme il l'entend tant que cela ne nuit pas Ă  autrui. C'est le principe de non-nuisance dĂ©veloppĂ© par J.S. Mill dans son De la libertĂ©. L'utilitarisme pose donc que les sociĂ©tĂ©s libĂ©rales sont celles qui maximisent notre bonheur.

On voit dĂšs lors oĂč se situe la diffĂ©rence entre l'Ă©cole libĂ©rale des droits naturels dont Kant est un des reprĂ©sentants les plus marquants, et le libĂ©ralisme utilitariste. L'utilitarisme admettra par exemple le sacrifice de certains au bonheur du plus grand nombre tandis que le libĂ©ralisme d'obĂ©dience kantienne tiendra la vie humaine pour sacrĂ©e et inaliĂ©nable puisque le respect absolu de la vie d'autrui est imposĂ©e par le droit naturel. Se pose alors la question de savoir si une dĂ©mocratie libĂ©rale a le droit d'enrĂŽler ses citoyens lorsqu'elle est en danger. Faute d'envisager des cas tels que la guerre, la thĂ©orie libĂ©rale des droits naturels s'interdit de penser le rĂŽle de l'État (dont la version extrĂȘme libertarienne conteste du reste la lĂ©gitimitĂ©) dans les relations internationales. Inversement, l'utilitarisme libĂ©ral court le danger grave de justifier les raisonnements du type la fin justifie les moyens. Jusqu'oĂč a-t-on le droit de sacrifier le bonheur de certains au bonheur du plus grand nombre ? Ou bien encore : y a-t-il place pour l'eugĂ©nisme dans une sociĂ©tĂ© libĂ©rale ?

L’éthique

La morale libĂ©rale peut se rĂ©sumer par un seul prĂ©cepte : Tu ne violeras pas les droits naturels d’un autre ĂȘtre humain. Elle laisse chacun libre de choisir ses propres fins, ses propres moyens et sa propre morale, dans la mesure oĂč il n’empĂȘche pas les autres d’en faire autant.

RĂ©ciproquement, ces droits impliquent des obligations qui forment le noyau d'une morale personnelle. Ils impliquent l’interdiction de toute agression contre l’intĂ©gritĂ© de la personne, du meurtre, du vol et de l’esclavage sous toutes leurs formes, et de toute forme de dictature. Ils commandent la tolĂ©rance Ă  l'Ă©gard des idĂ©es, des croyances et des actes d'autrui.

À part cela, le libĂ©ralisme ne prescrit aucun comportement particulier au niveau individuel. Il considĂšre que la morale et les religions sont hors de son domaine et se borne Ă  interdire l’usage de la contrainte en matiĂšre religieuse ou morale, comme dans toutes les autres matiĂšres.

La responsabilitĂ©, insĂ©parable de la libertĂ© et de la propriĂ©tĂ©, dit que chaque individu doit supporter les consĂ©quences de ses actions, bonnes ou mauvaises. C'est une condition de la libertĂ© : si autrui devenait responsable de nos actions, il devrait acquĂ©rir l'autoritĂ© pour nous imposer ses vues et donc restreindre notre libertĂ©. C'est aussi une composante de la sĂ»retĂ© d'autrui.

La notion de libertĂ© est liĂ©e Ă  celle d'Ă©galitĂ© en droit : la libertĂ© des autres implique de leur reconnaĂźtre les mĂȘmes droits que ceux qu'on s'accorde. Pour les libĂ©raux, tous les ĂȘtres humains doivent ĂȘtre traitĂ©s comme des Ă©gaux quelles que soient leurs diffĂ©rences.

Le libĂ©ralisme n'est pas l'anomie comme absence de rĂšgles de droits. Le droit est formĂ© d’une part par le droit naturel, et d’autre part par le droit positif qui est le produit des contrats passĂ©s entre les individus.

Les différents aspects du libéralisme

Aspect social

Le libĂ©ralisme exige de la sociĂ©tĂ© le respect des droits naturels et la limitation des compĂ©tences de l’État comme le dit le philosophe allemand Wilhelm von Humboldt dans son Essai sur les limites de l'action de l'État (1792). Une sociĂ©tĂ© libĂ©rale est le rĂ©sultat des choix et des actions effectuĂ©s librement par l'ensemble de ses membres, ce qui lui permet thĂ©oriquement de prendre des formes trĂšs diverses.

Cependant, la plupart des auteurs libĂ©raux forment un pronostic explicite ou implicite sur la forme que doit prendre une sociĂ©tĂ© libĂ©rale. Ils partent du constat que l’ĂȘtre humain est un animal profondĂ©ment social, qui est attentif aux sentiments et au bien-ĂȘtre de ses semblables et sait que l'association avec eux est le moyen de sa propre survie et de sa propre satisfaction. Tout en reconnaissant l'extrĂȘme diversitĂ© des ĂȘtres humains, les penseurs libĂ©raux ont a priori confiance dans leur action spontanĂ©e, et pensent que les individus sont conduits par leurs instincts et leur raison Ă  coopĂ©rer et Ă  mettre en place des solutions efficaces d'un point de vue individuel et social (principe revendiquĂ© par les libĂ©raux depuis Mandeville dans La Fable des abeilles, Montesquieu ou Adam Smith avec sa « main invisible Â» souvent mal comprise).

Rien dans le libéralisme ne s'oppose aux actions collectives, à condition que les associations qui les entreprennent soient entiÚrement volontaires et n'exercent aucune contrainte ni sur leurs membres, qui doivent pouvoir les quitter librement, ni sur les autres individus.

Selon les projets auxquels il veut participer, chaque ĂȘtre humain peut appartenir Ă  un nombre quelconque de communautĂ©s, chacune ne pouvant lui demander que ce qui est nĂ©cessaire Ă  la rĂ©alisation de son objet particulier. La sociĂ©tĂ© libĂ©rale idĂ©ale n’est ni une juxtaposition d’individus Ă©goĂŻstes Ă©trangers les uns aux autres, ni une juxtaposition de communautĂ©s sĂ©parĂ©es, mais plutĂŽt un enchevĂȘtrement d’associations volontaires de toutes natures Ă  travers lesquelles chacun peut travailler aux fins qu’il se donne, en coopĂ©rant librement avec ceux qui partagent tel ou tel de ses idĂ©aux.

Par l’exemple et l’imitation, les objectifs, les rĂšgles et les mĂ©thodes adoptĂ©s par certains groupes peuvent se diffuser Ă  l’ensemble de la sociĂ©tĂ©, faisant Ă©merger un ordre spontanĂ© que les libĂ©raux considĂšrent comme le seul lĂ©gitime, Ă  condition qu'il ne viole pas les droits naturels des individus.

Aspect politique

Le libĂ©ralisme classique admet que l’institution de l’État est nĂ©cessaire pour faire respecter l’interdiction de la violence. Chacun doit renoncer Ă  utiliser la violence, selon le principe fondamental de responsabilitĂ© individuelle, et en confier Ă  l’État le monopole, au service de la protection de chacun contre tous les autres.

L’État Ă©tant une organisation humaine, les libĂ©raux pensent que le risque que les hommes qui le composent abusent de ce monopole de la violence est permanent. En mĂȘme temps qu’il est le garant des libertĂ©s, l’État est donc perçu comme la plus grave menace pour ces mĂȘmes libertĂ©s. Lui accorder « le monopole de la violence lĂ©gitime Â» (Max Weber) a pour contrepartie nĂ©cessaire de limiter son domaine d’action de façon rigoureuse.

Pour les libĂ©raux classiques, les seules fonctions lĂ©gitimes de l’État sont celles qui assurent la protection du citoyen : police, justice, diplomatie et dĂ©fense nationale. Ces fonctions forment l’État minimal limitĂ© Ă  ses fonctions dites rĂ©galiennes. Dans l’exercice de ces fonctions, l’État doit ĂȘtre soumis aux mĂȘmes lois que les citoyens, et ne pas faire de lois qu’il ne s’appliquerait pas Ă  lui-mĂȘme.

Le libĂ©ralisme classique ne se prononce pas sur la forme institutionnelle de l’État, mais seulement sur l’étendue de ses pouvoirs. Il prĂ©fĂšre nĂ©anmoins les dispositions qui permettent de limiter effectivement ces pouvoirs, comme la dĂ©mocratie et la sĂ©paration des pouvoirs.

Le libĂ©ralisme classique ne reconnaĂźt pas de droits particuliers aux majoritĂ©s, mĂȘme dĂ©mocratiquement Ă©lues. De la mĂȘme façon qu’il interdit Ă  un plus fort d’imposer sa volontĂ© Ă  un plus faible, il interdit Ă  un plus grand nombre d’individus d’imposer leur volontĂ© Ă  un plus petit nombre. Le rĂŽle de l’État libĂ©ral n’est pas de faire rĂ©gner la loi de la majoritĂ©, mais au contraire de protĂ©ger la libertĂ© des individus et des minoritĂ©s contre les plus forts et les plus nombreux. En particulier, le libĂ©ralisme classique refuse qu’une majoritĂ© mĂȘme dĂ©mocratique puisse Ă©tendre le domaine d’action exclusif de l’État au-delĂ  de l’État minimal.

Cette philosophie politique pourrait se rĂ©sumer en trois citations[5] :

Montaigne : « Les princes me donnent prou s’ils ne m’îtent rien, et me font assez de bien quand ils ne me font point de mal ; c’est tout ce que j’en demande Â» (nota : prou = beaucoup) ;
Jean-Baptiste Say : « Ă€ la tĂȘte d’un gouvernement, c’est dĂ©jĂ  faire beaucoup de bien que ne pas faire de mal Â» ;
FrĂ©dĂ©ric Bastiat : « N’attendre de l’État que deux choses : libertĂ©, sĂ©curitĂ©. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisiĂšme Â».

Ces positions ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©es au XXe siĂšcle par l’École des choix publics, qui analyse les actions de l’État comme celles d'une organisation comme les autres (qui dĂ©fend les intĂ©rĂȘts particuliers de ceux qui la composent ou qui la soutiennent) et constate la non-existence de l’« intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral Â» (dans la mesure oĂč il est impossible d'en donner la moindre dĂ©finition ou caractĂ©ristique). Les libĂ©raux les plus radicaux, les libertariens ou anarcho-capitalistes, affirment que la sphĂšre des attributions lĂ©gitimes du pouvoir politique est vide, et que le risque pris en confiant Ă  l’État le monopole de la violence est trop grand pour valoir d’ĂȘtre couru. Ils considĂšrent donc l’État comme un ennemi et prĂŽnent sa disparition totale et la fin du politique. Par opposition, les tenants des positions classiques sur l’État minimal sont souvent appelĂ©s minarchistes.

Les dĂ©mocraties modernes sont qualifiĂ©es de libĂ©rales car y sont instituĂ©s l’État de droit, la sĂ©paration et la limitation des pouvoirs ainsi que la libertĂ© de la presse. Elles prennent soit la forme d’une rĂ©publique (exemple : Allemagne, Inde, France) soit d'une monarchie constitutionnelle (exemple : Espagne, NorvĂšge, Pays-Bas, le Royaume-Uni et son Commonwealth, SuĂšde).

Aspect Ă©conomique

Article dĂ©taillĂ© : LibĂ©ralisme Ă©conomique.

Deux positions coexistent dans la tradition classique. À la suite d’Adam Smith, l’école classique anglaise (Smith, Malthus, Ricardo, Stuart Mill) lĂ©gitime une certaine intervention de l'État dans la sphĂšre Ă©conomique en lui assignant d'abord trois devoirs :

« Le souverain n'a que trois devoirs Ă  remplir [...]. le premier, c'est de dĂ©fendre la sociĂ©tĂ© de tout acte de violence ou d'invasion de la part d'autres sociĂ©tĂ©s indĂ©pendantes [...]. Le deuxiĂšme, c'est de devoir protĂ©ger, autant qu'il est possible chaque membre de la sociĂ©tĂ© contre l'injustice ou l'oppression de tout autre membre, ou bien le devoir d'Ă©tablir une administration exacte de la justice [...]. Et le troisiĂšme, c'est le devoir d'Ă©riger ou d'entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l'intĂ©rĂȘt privĂ© d'un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter Ă  Ă©riger ou Ă  entretenir, parce que jamais le profit n'en rembourserait la dĂ©pense Ă  un particulier ou Ă  quelques particuliers, quoique Ă  l'Ă©gard d'une grande sociĂ©tĂ© ce profit fasse plus que rembourser les dĂ©penses Â»

— Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Livre IV, chap. IX

Au fil de la Richesse des nations, Adam Smith ajoute d'autres prĂ©rogatives Ă  l'État. Il prĂ©vient que la « main invisible Â» n'intervient que dans des situations de concurrence, comme dans le petit artisanat, et avertit que, pour leur part, les industriels conspirent toujours ensemble afin de faire monter les prix. L'État a donc le devoir de sauvegarder les conditions de la concurrence contre les capitalistes. Enfin, certaines activitĂ©s de l'industrie ont des effets non souhaitables (principe des externalitĂ©s) : la division du travail abrutit les hommes ; et il faut souhaiter que l'État prenne en charge ces dĂ©sagrĂ©ments, en assurant l'Ă©ducation de la population par exemple.

Pour les classiques français (Turgot, Condillac, Say), le libĂ©ralisme Ă©conomique est essentiellement l’application de la philosophie libĂ©rale aux actes Ă©conomiques : l'Ă©conomie n'est qu'un des domaines de l'activitĂ© humaine oĂč l'État n'a pas de lĂ©gitimitĂ© Ă  intervenir autrement que comme un acteur Ă©conomique sans privilĂšges particuliers, et dans le plus petit nombre de domaines possible : la protection des citoyens, l'exĂ©cution de la justice et la dĂ©fense contre d'Ă©ventuels agresseurs. Ils jugent inutile et dangereuse toute intervention supplĂ©mentaire, considĂ©rant d'une part que l'initiative privĂ©e, informĂ©e par le marchĂ©, est Ă  mĂȘme de supplĂ©er avantageusement la plupart des fonctions de l'État, et, d'autre part, que l'extension de la sphĂšre d'intervention de l'État conduit Ă  une croissance non maĂźtrisĂ©e de la sphĂšre publique au dĂ©triment de l'initiative privĂ©e, Ă  des inefficacitĂ©s chroniques, et mĂȘme Ă  des dĂ©rives totalitaires.

À cette forme du libĂ©ralisme classique, l’École autrichienne ajoute l'idĂ©e que tout accord librement consenti ou ensemble d'Ă©changes librement consentis augmente la satisfaction des participants telle que perçue par chacun d'entre eux, car s’il en Ă©tait autrement, celui qui se sentirait lĂ©sĂ© refuserait cet accord qui n’aurait donc pas lieu. La libertĂ© d’échanger et d’entreprendre est vue par ces auteurs Ă  la fois comme un cas particulier du principe philosophique de libertĂ©, donc un impĂ©ratif moral qui s’impose indĂ©pendamment de ses consĂ©quences, et comme un moyen qui conduit le plus probablement Ă  la plus grande satisfaction gĂ©nĂ©rale.

La vision consĂ©quentialiste du rĂŽle de l'État est devenue prĂ©dominante de nos jours avec la conception nĂ©oclassique, qui voit dans la libertĂ© des Ă©changes un moyen d’arriver Ă  un optimum Ă©conomique. Pour certains nĂ©oclassiques, l’État doit alors faciliter l'enrichissement des citoyens, jouer un rĂŽle primordial en tant qu'arbitre des Ă©changes Ă©conomiques, assurer le respect de l'exĂ©cution des contrats, encadrer les Ă©changes marchands par une lĂ©gislation adaptĂ©e afin de corriger les dĂ©faillances du marchĂ©, gĂ©rer les biens publics, ouvrir des voies commerciales, etc. D'autres nĂ©oclassiques arrivent Ă  la conclusion d'une nuisance gĂ©nĂ©rale des ingĂ©rences de l'État.

De mĂȘme, le keynĂ©sianisme ou les diverses formes du « libĂ©ralisme de gauche Â»[6], tout en se rĂ©clamant du libĂ©ralisme, recommandent une intervention « raisonnable Â» et limitĂ©e de l’État dans l’économie pour assurer le plein emploi, la stabilitĂ© Ă©conomique et la croissance ; mais aussi pour mettre en place un « plancher Â» sous la sociĂ©tĂ© libĂ©rale afin d'aider les plus dĂ©munis, tout en gardant Ă  l'esprit qu'il importe d'interfĂ©rer le moins possible avec les libertĂ©s Ă©conomiques et politiques fondamentales. Pour Noam Chomsky, au-delĂ  de la vision traditionnelle du libĂ©ralisme comme volontĂ© de limiter les fonctions de l'État, « Ă  un niveau plus profond, la vision libĂ©rale classique est issue d'une conception prĂ©cise de la nature humaine, qui met l'accent sur l'importance de la diversitĂ© et de la libre crĂ©ation. Cette conception s'oppose donc fondamentalement au capitalisme industriel, qui se caractĂ©rise par son esclavage salarial, son travail aliĂ©nant et ses principes hiĂ©rarchiques et autoritaires d'organisation sociale et Ă©conomique Â»[7].

Compte tenu d'un risque naturel de constitution de cartels (ou trusts), toutes les grandes dĂ©mocraties occidentales se sont dotĂ©es de lois antitrusts comme le Sherman Act, qui visent Ă  rĂ©tablir la fluiditĂ© des rapports Ă©conomiques et protĂ©ger voire institutionnaliser la libre concurrence. Cette protection de la libre concurrence est souvent dĂ©noncĂ©e comme une imposture, par exemple par Alan Greenspan[8]. D’autres ajoutent que les lois qui rĂ©gissent le comportement des entreprises doivent ĂȘtre les mĂȘmes pour toutes indĂ©pendamment de leur taille, et que toute discrimination reposant sur la taille des entreprises est illĂ©gitime et contre-productive. Beaucoup considĂšrent Ă  l'inverse que le libĂ©ralisme suppose l'existence de lois antitrust garantissant la pĂ©rennitĂ© de la concurrence sans obstruction des entreprises gĂ©antes, tout en demandant Ă  l'État de garder son rĂŽle d'arbitre, et non de joueur[9]. Faute d'un État fort, il serait par exemple difficile d'interdire les pratiques de vente liĂ©e[10], qui entravent par dĂ©finition la libre concurrence. C'est pour la mĂȘme raison – interdiction d'entente entre des producteurs Ă©conomiques, mais cette fois-ci des ouvriers – que la grĂšve fut quelque temps au XIXe siĂšcle considĂ©rĂ©e comme activitĂ© illĂ©gale.

Aspect environnemental

La naissance du libéralisme correspond à l'avÚnement de la Révolution industrielle, et à l'apparition de modÚles économiques qui ont fortement modelé la structure de l'activité économique, engendrant une hausse significative de la production et une diminution relative de la part de l'agriculture par rapport à celle de l'industrie.

L'Ă©conomie post-industrielle, malgrĂ© le dĂ©veloppement des technologies de l'information et de la communication en apparence peu consommatrices de ressources naturelles (mais il ne s'agit que d'apparences car elles consomment Ă©galement des ressources) continue d'ĂȘtre fortement dĂ©pendante en ressources naturelles (Ă©nergies fossiles, matiĂšres premiĂšres) [11].

DĂšs le dĂ©but du XXe siĂšcle, Arthur Cecil Pigou, dans ses travaux sur l'Ă©conomie du bien-ĂȘtre, va prendre en considĂ©ration les effets non dĂ©sirĂ©s qui peuvent dĂ©couler d'une relation marchande en inventant la notion d'externalitĂ©s. Pigou proposera par la suite la crĂ©ation d'une taxe qui portera son nom pour corriger les externalitĂ©s nĂ©gatives, ce qui donnera plus tard naissance au principe du pollueur-payeur en matiĂšre d'environnement.

Aujourd'hui encore, les modÚles économiques continuent d'évoluer pour tenter de mieux intégrer les effets des croissances démographique et économique sur l'environnement, notamment l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables.

Critiques

Une objection, transversale Ă  plusieurs courants de pensĂ©e, est que le « libĂ©ralisme philosophique Â» fait la promotion d'une libertĂ© irrĂ©elle. Des critiques, de nature marxiste ou psychosociologique[12], opposent libertĂ©s formelles (droit de circuler, par exemple) et libertĂ©s rĂ©elles (capacitĂ© Ă©conomique de rĂ©ellement circuler, par exemple) et reprochent aux libĂ©raux de favoriser les droits de l'individu sans se prĂ©occuper des conditions d'existence de ces mĂȘmes individus au sein de la sociĂ©tĂ©. Le conservateur Michel Villey rejoint sur ce point la pensĂ©e marxiste quand elle soutient que si les droits formels libĂ©raux sont supposĂ©s profiter Ă  tous, ils ne profitent en rĂ©alitĂ© qu'Ă  ceux qui peuvent matĂ©riellement les exercer : les riches, les propriĂ©taires[13].

Des auteurs[rĂ©f. nĂ©cessaire] avancent que les prĂ©supposĂ©s individualistes du libĂ©ralisme ne trouvent pas de traduction concrĂšte : l’unitĂ© sociale est essentiellement le groupe selon leurs observations, et l’individu ne peut ĂȘtre apprĂ©hendĂ© dans sa totalitĂ© sur des bases uniquement et strictement individuelles[14]. Selon le groupe qui est considĂ©rĂ©, on trouve diffĂ©rentes variĂ©tĂ©s d'holisme prenant en compte des rĂ©alitĂ©s collectives telles que l’entreprise, l’association, la famille. Selon ces critiques, l'individu ne peut pas ĂȘtre une force agissante ou se considĂ©rer de prime abord comme libre au sein d'une sociĂ©tĂ© de masse[15].

Ces critiques reposent sur une assimilation du libĂ©ralisme Ă  l'individualisme bien que les doctrines ne se confondent pas et qu'un libĂ©ral comme Tocqueville par exemple dĂ©nonçait expressĂ©ment l'individualisme. Locke niait que l'Ă©tat naturel de l'homme soit l'isolement. Pour lui et la tradition libĂ©rale l'homme est un animal social dont les motivations individuelles incorporent une forte dose d'altruisme et de souci de l'harmonie de la sociĂ©tĂ©. De mĂȘme pour Bastiat, l'idĂ©e que « la sociĂ©tĂ© est un Ă©tat hors de nature, nĂ© d'un contrat Â» est une des « deux idĂ©es [qui] forment le caractĂšre spĂ©cial, le cachet distinctif du socialisme Â»[16]. En 1927 dans LibĂ©ralisme, Ludwig von Mises reprenait cette perspective, Ă©crivant que la sociĂ©tĂ© est essentielle Ă  la vie de l'homme et que ce dernier doit en tenir compte dans ses actions[17].

De maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, des libĂ©raux comme Pascal Salin estiment que les critiques les plus nombreuses ne reposent que sur une divergence d’interprĂ©tation du terme libĂ©ralisme, que ce qui est dĂ©noncĂ© sous le nom de « libĂ©ralisme Â» n’est qu’une construction intellectuelle Ă©loignĂ©e de la position des libĂ©raux eux-mĂȘmes.

Les critiques adressées au libéralisme économique font l'objet d'un article dédié.

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages fondateurs (par ordre chronologique)

Ouvrages d'analyse (par ordre chronologique)

  • Le LibĂ©ralisme, Georges Burdeau, Seuil, 1979, (ISBN 978-2020051486)
  • Histoire intellectuelle du libĂ©ralisme, Pierre Manent, Hachette LittĂ©rature, 1997, (ISBN 978-2012788657)
  • Anthologie du LibĂ©ralisme, Mikael Garandeau, Garnier-Flammarion, 1998, (ISBN 2080730169)
  • LibĂ©ralisme, Pascal Salin, Odile Jacob, 2000, (ISBN 978-2738108098)
  • Les LibĂ©raux, Pierre Manent (anthologie), Gallimard, 2001, (ISBN 978-2070763412)
  • La Philosophie libĂ©rale, Alain Laurent, Les Belles Lettres, 2002, (ISBN 978-2251441993)
  • Histoire du libĂ©ralisme en Europe, sous la direction de Philippe Nemo et Jean Petitot, PUF, 2006, (ISBN 978-2130552994)
  • Le LibĂ©ralisme amĂ©ricain. Histoire d’un dĂ©tournement, Alain Laurent, Belles Lettres, 2006, (ISBN 978-2251443027)
  • L'empire du moindre mal : Essai sur la civilisation libĂ©rale, Jean-Claude Michea, Climats, 2007, (ISBN 978-2081207059)

Autres ouvrages (par ordre chronologique)

  • Droit naturel et histoire, LĂ©o Strauss, Champs Flammarion, 1999, (ISBN 978-2080811585)
  • Le LibĂ©ralisme contre le capitalisme, ValĂ©rie Charolles, Fayard, 2006, (ISBN 978-2213630748)
  • La ThĂ©orie politique de l'individualisme possessif : De Hobbes Ă  Locke, C.B. Macpherson, Gallimard, 2004, (ISBN 978-2070316670)
  • Les Racines de la libertĂ© : Le dĂ©bat français oubliĂ©, 1689-1789, Jacques de Saint-Victor, Perrin, 2007, (ISBN 978-2262023799)

Articles

  • Les LibĂ©raux face aux rĂ©volutions : 1688, 1789, 1917, 1933, Perreau-Saussine, Emile,Commentaire, printemps 2005, p. 181-193. [pdf] [1]

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. ↑ Voir par exemple les travaux du politologue français Jean Touchard
  2. ↑ Cf. Philippe Nemo, « Les sources du libĂ©ralisme dans la pensĂ©e antique et mĂ©diĂ©vale Â» in Ph. Nemo, Jean Petitot (dir.), Histoire du libĂ©ralisme en Europe, Paris, PUF, 2006, pp. 65-111.
  3. ↑ CicĂ©ron : « Il existe une loi vraie, c'est la droite raison, conforme Ă  la nature, rĂ©pandue dans tous les ĂȘtres, toujours d'accord avec elle-mĂȘme, non sujette Ă  pĂ©rir, qui nous rappelle impĂ©rieusement Ă  remplir notre fonction, nous interdit la fraude et nous en dĂ©tourne. [...] A cette loi nul amendement n'est permis, il n'est licite de l'abroger ni en totalitĂ© ni en partie. Ni le SĂ©nat ni le peuple ne peuvent nous dispenser de lui obĂ©ir [...] Â» in De Republica, III, XXII.
  4. ↑ Pierre Manent, Histoire intellectuelle du libĂ©ralisme, Hachette, 1987
  5. ↑ GĂ©rard DrĂ©an, Qu'est ce que le libĂ©ralisme, SociĂ©tal, 1er trimestre 2008, p.23
  6. ↑ Pour une prĂ©sentation succincte du libĂ©ralisme de gauche, voir Raymond Boudon, Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libĂ©ralisme, Odile Jacob, 2004,(ISBN 978-2738113986) ou encore, Thierry Leterre, La gauche et la peur libĂ©rale, Presses de Science-Po, 2000, (ISBN 978-2724608038)
  7. ↑ Noam Chomsky, Quel rĂŽle pour l'État, ÉcosociĂ©tĂ©, 2005, p. 15.
  8. ↑ Antitrust, lien donnĂ© sur l'article "Concurrence" de wikibĂ©ral
  9. ↑ Voir aussi : Antitrust and the Bounds of Power: The Dilemma of Liberal Democracy in the History of the Market. Oxford: Hart.
  10. ↑ http://www.zdnet.fr/actualites/telecoms/0,39040748,39385656,00.htm?xtor=EPR-100
  11. ↑ On se rĂ©fĂ©rera sur ce point aux analyses de Jean-Marc Jancovici
  12. ↑ Voir par exemple le chapitre 2 « Nous sommes loin d'ĂȘtre aussi libres que nous le prĂ©tendons Â» dans Jean-LĂ©on Beauvois, Les illusions libĂ©rales, individualisme et pouvoir social, Presses universitaires de Grenoble, 2005, p. 75-160.
  13. ↑ Michel Villey, le droit et les droits de l’homme, puf, 1983, p140 et suivantes
  14. ↑ Jean-Claude MichĂ©a, L'Empire du moindre mal : essai sur la civilisation libĂ©rale, Climats, 2007, p. 131-160.
  15. ↑ « Lorsqu'on fait de l'individu la valeur principale, on finit par aboutir Ă  une sociĂ©tĂ© dĂ©sintĂ©grĂ©e. [...] Dans la thĂ©orie individualiste, l'individu a une valeur Ă©minente, l'homme est en lui-mĂȘme le maĂźtre de sa vie, alors que dans l'individualisme pratique, on doit admettre que l'individu est soumis Ă  d'innombrables puissances et influences, qu'il n'est en rien maĂźtre de sa vie Â» Ă©crit notamment Jacques Ellul in Propagandes, Albin Michel, 1962, p. 106.
  16. ↑ BaccalaurĂ©at et socialisme, FrĂ©dĂ©ric Bastiat. L'autre idĂ©e Ă  laquelle Bastiat fait rĂ©fĂ©rence est que le lĂ©gislateur devrait façonner la sociĂ©tĂ©.
  17. ↑ « L'homme qui vit en sociĂ©tĂ© doit, quoi qu'il fasse ou se dispense de faire, non seulement prendre en considĂ©ration son avantage immĂ©diat mais encore tenir compte de la sociĂ©tĂ©. Car, la vie en sociĂ©tĂ© n'est possible que par la sociĂ©tĂ©, et tout individu subirait les prĂ©judices les plus graves si l'organisation sociale de la vie et de la production Ă©tait dĂ©truite. Â», Ludwig von Mises, LibĂ©ralisme, 1927, Chap.1, Section 6.
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