Les Vignerons Libres

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Les Vignerons libres

Cave cooperative de Maraussan Les Vignerons Libres

Les Vignerons Libres est la première cave coopérative viticole de France située à Maraussan.

Cette cave est c√©l√®bre gr√Ęce √† la visite de Jean Jaur√®s et elle est inscrite aux monuments historiques.

Sommaire

La Situation économique a la fin du XIXe Siecle

Vers 1800, au lendemain de la r√©volution, les terres de Maraussan, commune de l‚ÄôH√©rault non loin de B√©ziers appartiennent principalement √† quatre familles nobles : le Comte de Perdiguier,de Rouvignac, d'Ulm poss√©dant le t√®nement de la Treille, et le Comte de Nant vraisemblablement propri√©taire du Domaine de L√©zigno. Le c√©page dominant est le muscat. Des gens descendus de la montagne et travaillant au mois, d'o√Ļ le terme de "mesadiers", vivent alors dans les d√©pendances des ch√Ęteaux et effectuent les travaux de la vigne et du domaine. Mais vers 1840-1850, la cr√©ation des compagnies de chemin de fer attire une main d'oeuvre d√©sireuse d'obtenir des salaires plus √©lev√©s. Parall√®lement survient la crise du phyllox√©ra entra√ģnant la disparition des c√©pages nobles et incitant les quatre propri√©taires Maraussanais √† vendre pour investir dans les grandes compagnies ferroviaires. Une nouvelle situation √©conomique et sociale appara√ģt. Les plants am√©ricains sont introduits sur le march√© et les terrains inondables des bords de l'Orb ayant r√©sist√© au phyllox√©ra, fournissent en quantit√© un vin issu du c√©page aramon qui est loin d'√©galer la finesse et le go√Ľt du muscat. Les quatre nobles vendent √† une dizaine de gros propri√©taires venus des villes voisines, mais les ouvriers agricoles des Domaines ach√®tent aussi de petites parcelles qu'ils agrandissent par la suite. Ces derniers s'occupent de leurs terres apr√®s avoir effectu√© leur journ√©e chez le patron et deviennent familiers des techniques de la taille et du greffage afin d'arrondir leur fin de mois. C'est avec l'apparition de ces propri√©taires ouvriers que le projet coop√©ratif allait appara√ģtre au tournant du XIXe si√®cle.

1901 : La premi√®re Coop√©rative Vinicole de vente

D√®s 1901,128 viticulteurs de Maraussan, (qui en compte officiellement 280) se regroupent. Le 23 D√©cembre 1901 se cr√©e ainsi la premi√®re coop√©rative viticole de France avec pour devise la consigne Dumasienne de ralliement, ¬ęTOUS POUR UN, UN POUR TOUS¬Ľ.

Aussit√īt on cherche les moyens n√©cessaires pour constituer un r√©seau de vente ind√©pendant des n√©gociants. Un magasin est lou√© √† un coop√©rateur, cinq foudres et une pompe pr√™t√©s par des administrateurs et, aux premi√®res r√©unions du conseil d'administration, la table est emprunt√©e √† un voisin, chacun amenant sa propre chaise...

Elie CATHALA, militant syndicaliste de B√©ziers, socialiste et r√©publicain devient la cl√© de vo√Ľte du syst√®me en intervenant comme ¬ęagent commercial¬Ľ. R√©mun√©r√© √† la commission, il d√©marche sans cesse et multiplie les contacts. La presse parisienne et r√©gionale int√©resse ses lecteurs √† cette exp√©rience. Parall√®lement, les efforts publicitaires sous forme de prospectus, circulaires, buvards, cartes postales abondamment diffus√©s aident √† sortir la Cave de l'anonymat. Une commission de d√©gustation d√©finit les classes de qualit√©s et fixe le prix de vente pour chacune d'entre elles. Elle classe les √©chantillons propos√©s d'apr√®s un vin ¬ętype¬Ľ, compte tenu des degr√©s, couleur, ¬ębont√©¬Ľ et qualit√© de la vinification.

Les Vignerons Libres de Maraussan trouvent leur premier gros client à Bercy et signent un engagement de représentation et de vente exclusive de ses produits avec un négociant de Bercy, Mr Collet. Ce dernier est très introduit dans les coopératives de consommation parisiennes et parmi celles-ci auprès de LA BELLEVILLOISE. Il propose frauduleusement par la suite d'autres produits vinicoles sous le couvert de ce même contrat.

Confondu par plusieurs membres du conseil de la Cave au cours d'un congr√®s, il verra son contrat r√©sili√©. D√®s lors LA BELLEVILLOISE s'engage √† traiter directement avec la Cave Coop√©rative de Maraussan, et en assure m√™me la promotion aupr√®s de la F√©d√©ration Coop√©rative de Paris qui regroupe 32 soci√©t√©s qui deviendront clientes √† leur tour. Des d√©p√īts sont cr√©√©s √† Charenton, La Rochelle et Toulouse. Ce r√©seau est √©toff√© par des coop√©ratives de consommation en province, auxquelles s'ajoutent des clients particuliers.

Gr√Ęce √† leur volont√© √©mancipatrice, d√®s 1901, les viticulteurs de Maraussan ont compris les le√ßons du marketing moderne. Pour eux il est primordial d'organiser la vente, de conna√ģtre et de s'adapter √† leurs clients, de d√©terminer des crit√®res de qualit√© pour les produits. Ils ont aussi parfaitement compris le contexte dans lequel se d√©veloppe leur projet. Gr√Ęce au chemin de fer qui leur permet d'acc√©der au march√© parisien, il vendent d√®s 1905, huit fois plus √† Paris que dans le reste de la France. Plus tard, ils ach√®tent des wagons-foudre et installent la Cave de vinification pr√®s de la gare de Maraussan, aujourd'hui disparue.

Le mouvement coopératif ouvrier se développe alors en France et les Vignerons Libres s'y inscrivent tout naturellement. Ils privilégient la recherche de leurs clients dans ce milieu. La cave coopérative adhère en 1902 à la Bourse des Coopératives Socialistes qui regroupe déjà les coopératives de consommation et de production de produits autres que le vin (lait, fromage, etc...).


1901-1905 : Premiers r√©sultats encourageants

Les vignes de Maraussan et ses environs ont été dévastées pendant les années 1870 et en particulier en 1877. Depuis, elles ont été replantées avec des cépages très productifs, greffés sur plants américains. On produisait alors un vin issu des cépages Aramon, Carignan, Alicante (Henri Bouche!) pour les vins rouges, et Terre! Bourret pour les vins blancs. A la crise du phylloxéra, dont la conséquence essentielle fut la disparition des vignobles du Nord de la France, succède l'organisation d'une surproduction massive du Sud de la France, afin de répondre à la demande du marché national. Mais cela se fait au détriment des vins de qualité.

Chez LES VIGNERONS LIBRES l'arriv√©e de nouveaux coop√©rateurs chaque ann√©e et la confirmation des d√©bouch√©s √©conomiques, assurent une croissance soutenue. D√®s 1902 le nombre d'adh√©rents passe de 128 √† 187. De 1904 √† 1905 les ventes passent de 2 208 000 litres √† 3 678 000 litres. Les consommateurs-coop√©rateurs ne sont pas oubli√©s : outre le droit de regard qu'ils ont sur la comptabilit√©, ils se voient ristourner 25 % des b√©n√©fices et leurs repr√©sentants sont invit√©s √† une f√™te annuelle organis√©e par la cave coop√©rative. 20 % de ces b√©n√©fices sont r√©serv√©s √† la promotion du mouvement coop√©ratif, comme ce fut le cas pour le d√©marrage de plusieurs coop√©ratives vinicoles de la r√©gion.

1905-1907 : La construction de la cave de vinification

Pour renforcer les principes de base, les coop√©rateurs se donnent les moyens n√©cessaires √† l'expansion de la Cave. Durant l'ann√©e 1905, il aura fallu seulement quatre mois pour construire les b√Ętiments de la cave inaugur√©e le 22 Ao√Ľt en pr√©sence de A. ANSEELE, d√©put√© et dirigeant de la puissante F√©d√©ration des Coop√©ratives de Belgique. Le chantier avait √©t√© marqu√© par la visite de *Jean Jaur√®s en mai de la m√™me ann√©e, qui ne tarissait pas d'√©loges1 pour cet exemple d'action collective. Il ach√®te d'ailleurs une part sociale de la cave.

Au fronton du b√Ętiment qui sera utilis√© pour les vendanges de l'ann√©e m√™me de son inauguration, les coop√©rateurs affichent d√©sormais fi√®rement leur projet √©conomique humaniste. L'ancienne devise historique des mousquetaires est transform√©e pour mieux rendre compte de l'id√©e d'engagement de l'individu dans une entreprise collective : ¬ęTOUS POUR CHACUN,CHACUN POUR TOUS¬Ľ.

La d√©cision de construire la cave coop√©rative repr√©sente bien s√Ľr un engagement √† long terme. (Voir le discours de Jean Jaur√®s √† Maraussan qu‚Äôil publia dans L'Humanit√©)

Le projet est alors compatible avec la conjoncture favorable aux vins de grande consommation du Sud de la France. En outre la cr√©ation de la cave devait permettre une qualit√© suivie d'une r√©colte √† l'autre. En effet la vinification collective de la production de chaque coop√©rateur, permet d'obtenir une production homog√®ne et de qualit√© qui √©chappe aux critiques fr√©quentes √† l'√©poque de sucrage. Garantir la qualit√© exige de vinifier sur place une partie de la production et de poss√©der ses propres moyens de stockage. La Cave poss√®de une capacit√© de stockage de 15.000 hl mais ne permet de vinifier que 5.000 hl par an. A l'√©poque la majorit√© des adh√©rents vinifient leur vin chez eux. La vinification coop√©rative intervient en fait pour r√©guler la qualit√© produite, en aidant les petits propri√©taires. Ceux-ci peuvent alors porter tout ou partie de leurs raisins √† la cave. Ainsi un seuil maximum est fix√© : environ 70 coop√©rateurs peuvent amener 70 hl chacun, soit l'√©quivalent d'un hectare de vigne environ. Le stockage est r√©alis√© gr√Ęce √† 10 000 hl de cuves en b√©ton et 5 000 hl de foudres en bois. Mais plus de 60 % du stockage s'effectue toujours chez le propri√©taire En 1906 la coop√©rative commercialise 49.220 hl, et plus de 50.000 hl les ann√©es suivantes. La volont√© de privil√©gier les modes de commercialisation moderne influence directement le choix du lieu d'implantation de la Cave. Celle-ci a √©t√© construite √† 30 m√®tres de la voie ferr√©e en surplomb de fa√ßon √† pouvoir remplir les wagons par gravitation sans pompage .Toute proche de la gare, une voie ferr√©e sp√©ciale de livraison a √©t√© construite sur 90 m√®tres. D√®s 1906, la Cave ach√®te 5 wagons foudres et commercialise 80 % de son vin en r√©gion parisienne. Progressivement l'exp√©dition en province augmente : d√®s 1908 elle repr√©sente 50 % des ventes. La n√©cessit√© de laisser reposer le vin apr√®s un long transport, oblige la coop√©rative √† s'√©quiper sur le d√©p√īt de Charenton de 10 foudres de 200 hl. C'est de ce point de r√©ception que s'effectue la r√©partition vers les autres points de vente de la r√©gion parisienne. L'ann√©e 1906 verra l'acquisition d'un nouvel entrep√īt situ√© au Mans. La Cave constitue √©galement son stock de futailles compl√©mentaires et sa propre cavalerie compos√©e de chevaux de trait et d'un √Ęne, la traction animale √©tant la seule source d'√©nergie accessible aux petits propri√©taires.


Consolidation du projet coopératif

Les vignerons reçoivent a la cave les délégations des sociétés Coopératives de Consommation.

1907 est l'ann√©e des grandes manifestations viticoles dans la r√©gion en r√©action √† une nouvelle crise de surproduction et √† des chutes de prix importantes. L'autorisation de sucrage donn√©e au vin du Nord est s√©v√®rement condamn√©e par les manifestants du midi. La cave coop√©rative des Vignerons Libres partage ce jugement... La campagne de 1908 enregistre tout de m√™me une augmentation des ventes en volume :1 500 h.l.

Cependant le m√©contentement existait au sein m√™me des coop√©rateurs. Certains contestent le principe fondateur du prix fix√© √† l'ann√©e. Ce m√©canisme avait permis jusqu'√† pr√©sent de sceller la communaut√© d'int√©r√™t des Vignerons Libres. Mais il pr√©sente aussi ses inconv√©nients. Lorsque les cours montent pendant l'ann√©e et deviennent sup√©rieurs au prix fix√©, les vignerons estiment qu'il y a pour eux un manque √† gagner. Ils sont alors tent√©s de vendre directement aux n√©gociants puisqu'ils n'ont pas l'obligation d'apporter la totalit√© de la r√©colte √† la cave. Lorsque les cours baissent influenc√©s par la sur production, la Cave ne peut plus vendre aussi facilement, m√™me √† ses clients les plus fid√®les, qui r√©clament une ristourne et d√©cident parfois de se fournir ailleurs. Ce fut le cas en 1907. La crise interne √† la Coop√©rative √©clate au printemps 1907. Des critiques se manifestent dans ce sens et le Conseil d'Administration est oblig√© de solliciter un vote de confiance qu'il obtient √† l'unanimit√©.Le d√©veloppement de la Cave peut alors continuer. En 1908 est cr√©√© le journal "Le Vigneron Libre' pour promouvoir la structure coop√©rative encore peu r√©pandue √† cette √©poque, en expliquant son fonctionnement et en tenant au courant les lecteurs des √©volutions. De nouveaux d√©p√īts sont encore cr√©√©s √† St Junien (Haute Vienne), Chalus (Puy de.D√īme), Ste Florine et Lagny (Oise).

Maraussan avait une telle notoriété que le Ministère de l'Agriculture demande des graphiques du fonctionnement des différentes coopératives maraussanaises en vue d'une exposition.

Le développement du mouvement coopératif vinicole dans le sillage des Vignerons Libres de Maraussan

Les Vignerons Libres ont cr√©√© la premi√®re coop√©rative vinicole de France. Mais en 1908 ils ne sont plus seuls : le mouvement coop√©ratif s'est d√©velopp√© et structur√©. Dans les quinze ann√©es qui suivent la fondation de la Cave de Maraussan, 79 caves coop√©ratives vinicoles voient le jour, dont 27 en Languedoc-Roussillon. Entre 1920 et 1939, 750 coop√©ratives vinicoles sont cr√©√©es dont 350 en Languedoc-Roussillon. La structuration du mouvement coop√©ratif se poursuit √† l'√©chelle nationale, port√©e par la F√©d√©ration des Caves qui est cr√©√©e en 1905. On privil√©gie le niveau d√©partemental : les d√©partements qui poss√©daient un nombre important de Caves Coop√©ratives s'organisent en F√©d√©ration D√©partementale. En 1932, les F√©d√©rations D√©partementales s'unissent dans la Conf√©d√©ration Nationale des Coop√©ratives Vinicoles de France. L'objectif est de resserrer les liens entre les coop√©ratives tout en d√©fendant leurs int√©r√™ts √©conomiques, sociaux et moraux. Les √©volutions technologiques ont tr√®s souvent √©t√© anticip√©es par les Caves Coop√©ratives dans les villages viticoles. La Conf√©d√©ration Nationale des Caves Coop√©ratives devient l'interlocuteur privil√©gi√© des gouvernements successifs. Elle est √©galement en mesure de fournir les renseignements d'ordre technique et juridique √† ses adh√©rents.

L'organisation des statuts régissant toutes les coopératives ainsi que le règlement intérieur sont là pour éviter toute dérive. La discipline est la base du fonctionnement d'une coopérative, ce que les fondateurs de la Cave des Vignerons Libres de Maraussan avaient intégré dès le début.

1908-1914 Adaptations commerciales et organisatrices

Les Foudres centenaires

Il fallut en priorit√© s'adapter √† l'accentuation de la concurrence : en 1908, huit coop√©ratives m√©ridionales de production √©taient adh√©rentes de la bourse des coop√©ratives. Le magasin de gros parvint √† d√©tacher deux d'entre elles de la f√©d√©ration des soci√©t√©s vinicoles du midi. Il obtint de ces deux derni√®res de meilleurs prix et cr√©a une concurrence et une tension entre les coop√©ratives.Un red√©ploiement commercial s'op√®re alors. Le relais parisien du d√©p√īt de Charenton existe toujours mais d√©sormais un contrat lie la Cave et les ¬ęMagasins de gros¬Ľ qui s'engagent √† √©couler 30.000 hl par an sur Paris et sa r√©gion. La distribution parisienne est en baisse avec 28.393 en 1908 (face √† 36.273 hl en 1907), mais l'expansion de la commercialisation en province permet une croissance continue des ventes. On exporte m√™me vers la Suisse (750 hl). Les Vignerons Libres vendent d√©sormais autant en province qu'√† Paris.

Les modes de distribution se diversifient. L'essentiel reste la vente en vrac mais on s'attache une client√®le bourgeoise en province gr√Ęce √† la ¬ęvente √† la barrique¬Ľ. La vente directe en bouteilles capsul√©es et estampill√©es au nom des Vignerons Libres commence. Enfin, trois nouveaux d√©p√īts sont cr√©√©s : ¬ę/a Prol√©tarienne¬Ľ √† Romans, ¬ęL'Esp√©rance¬Ľ √† Biarritz, ¬ęL'Aurore¬Ľ √† Oyonnax. Ces dispositions permettent le maintien des prix et sont conformes au caract√®re originel de la coop√©rative de vente. Une r√©forme interne vise alors √† privil√©gier l'entr√©e des petits coop√©rateurs dont les vignes produisent moins de 125 hl (soit environ < 2 ha). Cette mesure s'ajoute aux dispositions qui depuis 1905 permettent aux adh√©rents de vinifier √† la cave.

En 1909 alors que la capacit√© de la cuverie ne progresse pas, l'augmentation du nombre d'adh√©rents oblige √† une nouvelle r√©duction de l'apport individuel de vendanges fra√ģches. A la cr√©ation de la coop√©rative cet apport √©tait de 70 hl. Il sera ramen√© √† 60 hl, puis √† 50 hl, pour √™tre fix√© alors √† 40 hl. De plus, les nouveaux adh√©rents ne sont admis que s'ils r√©coltent moins de 125 hl. Cette derni√®re disposition va dans le sens de ce que souhaitent les coop√©ratives de consommation. Ces limitations ont pour effet l'augmentation du nombre de ¬ęcoop√©rateurs partiels¬Ľ.

Cette m√™me ann√©e la hausse des cours ne va pas sans cr√©er de nouveaux probl√®mes. Contre l'accord avec les clients avec qui avait √©t√© d√©termin√© le prix de la campagne et qui refusent toute augmentation, certains adh√©rents passent outre leurs engagements moraux : oubliant les services rendus par la Cave, ils d√©cident de traiter directement avec les n√©gociants. Dans le Midi, la multiplication des caves coop√©ratives se fait souvent sans grande pr√©paration. Mais l'exp√©rience et la qualit√© des produits de la Cave de Maraussan permettent de maintenir les prix √† un niveau sup√©rieur √† celui du commerce en g√©n√©ral. De nouveaux d√©p√īts sont cr√©√©s √† Wignehies (Nord), Guise (fronti√®re belge), Mahon (Ardennes), Marrigouse (Deux S√®vres), St Bert (Puy de D√īme). Les Vignerons Libres poss√®dent alors 32 entrep√īts ou d√©p√īts.

1914-1918 : La trop longue guerre

Jusqu'au début de la Grande Guerre, la Cave des Vignerons Libres de Maraussan a tenu bon. Elle vit un peu sur ses acquis et sur la force de mobilisation de ses adhérents. Cela lui permet de faire face aux aléas des crises externes (surproduction, concurrence déloyale d'autres exploitants) et internes (variation intempestive des cours, non respect des règlements).

Lorsque survient la guerre de 1914-1918 la situation est donc satisfaisante. La r√©colte de 1914 est abondante et les vignerons du Midi font don de plus de 200.000 hectolitres de vin √† l'arm√©e pour ¬ęsoutenir le moral de la troupe¬Ľ. Avec ce don, les vignerons font un ¬ęcoup-marketing¬Ľ avant la lettre, sans doute plus efficace qu'une co√Ľteuse campagne publicitaire. Alexandre Millerand, alors ministre de la Guerre, prend peu apr√®s la d√©cision d'en distribuer r√©guli√®rement aux soldats. Pour de nombreux militaires venus de r√©gions non viticoles, c'est l'apprentissage d'une nouvelle boisson qui va vite remplacer le cidre ou la bi√®re du repas ordinaire. D√®s lors, la consommation de l'arm√©e devient tr√®s importante : plus de 12 millions d'hectolitres. La mobilisation g√©n√©rale cr√©e de nombreux vides dans les foyers de Maraussan et notamment parmi les adh√©rents de la Cave. Au gr√© des √©v√©nements et avec beaucoup de d√©vouement, les membres restants assurent la continuit√© de la production. Les d√©p√īts dans les zones de combat doivent fermer et les wagons-foudre sont r√©quisitionn√©s pour faire face aux besoins de transport civil et militaire.

Apr√®s la Grande Guerre : la normalisation progressive du projet coop√©ratif

Malgr√© les pertes subies dans divers entrep√īts et les conditions de travail toujours plus difficiles, la poign√©e de coop√©rateurs restants √©tait parvenue pendant cette trop longue guerre √† √©quilibrer les comptes. Mais une fois le conflit mondial termin√©, la r√©organisation du fonctionnement de la Cave intervient dans des conditions tr√®s diff√©rentes de celles qui pr√©sident au projet pionnier de 1901. Les Vignerons Libres font d√©sormais partie du mouvement national des Caves Coop√©ratives. La Cave doit s'identifier √† ce mouvement, avec sa particularit√© d'√™tre avant tout une coop√©rative de vente plut√īt qu'une coop√©rative de vinification. De fait sa capacit√© initiale de vinification -5.000 hl/an- est rest√©e inchang√©e. La mise en conformit√© des statuts avec les dispositions de la loi sur les coop√©ratives s'impose. Le Conseil d'Administration, qui √©tait en place depuis la fondation, est renouvel√©. Il comprendra d√©sormais 12 administrateurs au lieu de 9, et 5 membres √† la Commission de contr√īle au lieu de 3. Ces repr√©sentants sont √©lus pour 3 ans et renouvelables par tiers tous les ans, le tiers sortant √©tant r√©√©ligible.

Dans le climat fervent de l'immédiate après-guerre, il est décidé que tout français ou étranger ayant eu un fils combattant, pourra adhérer à la Cave sans tenir compte de critères particuliers ou confessionnels. Le droit d'entrée est fixé à 1 franc l'hectolitre pendant 5 ans, sur la totalité de la récolte pour tous les nouveaux adhérents. Ces droits sont acquis par la coopérative et donc perdus pour les adhérents, et portés sur un compte de réserves. Les aménagements matériels se font par la suite en fonction des évolutions de conjoncture du marché viticole.

En 1920 on installe une distillerie coop√©rative ouverte √† tous, adh√©rents ou non de la cave coop√©rative. Elle s'av√®re non rentable et sera ferm√©e en 1941. En 1937 la ¬ęcavalerie¬Ľ, dont le co√Ľt de revient est trop √©lev√©, est supprim√©e. Les transports de vins sont depuis confi√©s √† un camionneur r√©mun√©r√© au forfait. Les b√Ętiments seront agrandis √† plusieurs reprises : 1951 pour permettre une capacit√© de stockage de 13 000 hl ; en 1959 pour installer une cuverie nouvelle, un √©gouttoir et un pressoir continu.

Avec les années qui passent, le nombre d'adhérents augmente malgré l'évolution en dents de scie du cours du vin. Depuis 1959 la décision est prise de ne plus accepter d"'adhérents partiels" suspects de ne pas apporter à la coopérative la meilleure qualité de leur production. Tous les coopérateurs doivent désormais amener la totalité de leurs vendanges.

Bref, avec l'extension de l'activit√© par le d√©veloppement de la capacit√© de stockage, la Cave devient une coop√©rative moyenne. Cette normalisation progressive fait que l'histoire de la Cave des Vignerons Libres se conjugue d√©sormais avec celle des coop√©ratives languedociennes. Il y aura des moments de doute : l'apparition de surplus li√©s au d√©veloppement du vignoble alg√©rien dans les ann√©es 30 ; la mont√©e en puissance de la production d'autres pays sud europ√©ens √† partir de la fin des ann√©es 60 ; la mise en application des mesures d'arrachage promues dans le cadre de la Politique Agricole Communautaire. Mais aussi des √©pisodes de lutte (1954,1975), et des initiatives de renouveau. Ainsi √† partir de la seconde moiti√© des ann√©es 70, la Cave se lance dans plusieurs op√©rations d'am√©lioration de sa capacit√© de production : r√©novation des quais avec l'installation de syst√®mes √©lectroniques de pesage et de mesure du degr√© des apports ; cr√©ation d'un atelier de vinification des vins rouges avec des cuves auto-vidantes ; encouragement √† la plantation de c√©pages teinturiers (Alicante Henri Bouchet) et am√©liorateurs (Syrah), par l'attribution de primes. Ces initiatives sont le r√©sultat de la cr√©ation en 1973 de l‚Äô Union des Caves Coop√©ratives du Haut Biterrois, CEPRO (Centre d'Expansion et de Promotion des Vins du Haut Biterrois)

1973 : Le CEPRO, 1995 : Les vignerons du Pays d'Enserune

L'Union coop√©rative CEPRO a √©t√© cr√©√©e par les caves coop√©ratives de CAZOULS-LES-BEZIERS et de MAUREILHAN. Celles de CAPESTANG, LESPIGNAN, MARAUSSAN, MONTADY, NISSAN et POILHES rejoignent le groupe fondateur entre 1977 et 1979. La reconnaissance en tant que ¬ęgroupement de producteurs¬Ľ date du 5 Juillet 1976.

Le r√īle premier de l'Union a √©t√© de restructurer le vignoble et de moderniser l'√©quipement des caves coop√©ratives.

Au cours de la campagne 1984-1985, les administrateurs du CEPRO d√©cident de vendre en commun la totalit√© des vins produits par leurs caves. De 1985 √† 1992 la commercialisation permet de consolider le travail entrepris en commun sur tous les secteurs : am√©lioration du vignoble, vinification, proc√©dures administratives et comptables.

C'est donc tout naturellement qu'au cours de l'exercice 1992/1993, le Conseil d'Administration décide de franchir une nouvelle étape visant la fusion de l'ensemble des caves au sein du CEPRO. En 1995, après le premier exercice comptable en mandat de gestion, arrêté en commun, les assemblées générales extraordinaires des caves adhérentes valident le principe de la fusion.

De ce fait elle devient la plus importante cave coop√©rative de France du point de vue du volume produit. La nouvelle structure prend la d√©nomination ¬ę Les Vignerons Du Pays D'Enserune ¬Ľ. Les anciennes caves sont maintenant les sections g√©ographiques de la nouvelle coop√©rative.

2001-2005 : Le Centenaire sonne le glas de la cave

Bien qu‚Äôinaugur√©e en 1905, le centenaire est c√©l√©br√© en en grande pompe en 2001 par les notables locaux pour les 100 ans de la cr√©ation. Deux ans plus tard la vielle cave a cess√© toute production. Le ballet incessant des tracteurs en p√©riode de vendanges est termin√© et les foudres centenaires ass√©ch√©s a tout jamais. Les viticulteurs dont le nombre a chut√© en raison de la crise viticole et des co√Ľts de vinifications prohibitifs qui leurs sont impos√©s par la nouvelle entit√©, doivent d√©sormais porter leur r√©colte a la cave de Cazouls-l√®s-B√©ziers. Plus ma√ģtres de leur destin les viticulteurs Maraussanais n‚Äôauront pu continuer l‚Äôaventure de leurs a√ģn√©s. Le b√Ętiment est d√©sormais inscrit au monuments historiques. Seul demeure √† proximit√© de celui-ci le si√®ge social des Vignerons du pays d‚ÄôEns√©rune

Sources

D’après un document réalisé par une équipe composée d’habitants , d’enseignants et d’un ancien maire de Maraussan, ainsi que d’un viticulteur ex administrateur et du directeur de la cave qui ont eu accès aux archives de la cave et de la présidente de l’association Art, Histoire, Nature et du soutien des Vignerons du pays d’Enserune.

Voir aussi

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