Leon Trotsky

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Leon Trotsky

Léon Trotski

Léon Trotski
Bundesarchiv Bild 183-R15068, Leo Dawidowitsch Trotzki.jpg
Naissance 7 novembre 1879
Ianovka
Flag of Russia.svg Empire russe
D√©c√®s 21 ao√Ľt 1940
Mexico
Mexique Mexique
Profession(s) homme politique, communiste révolutionnaire, partisan de la révolution russe de 1917

L√©on Trotski (ou Trotsky, voire Trotzky ou Trotzki ; en russe : –õ–Ķ–≤ –Ę—Ä–ĺ—Ü–ļ–ł–Ļ), de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein (en russe : –õ–Ķ–≤ –Ē–į–≤–ł–ī–ĺ–≤–ł—á –Ď—Ä–ĺ–Ĺ—ą—ā–Ķ–Ļ–Ĺ), n√© le 7 novembre 1879 √† Ianovka (Ukraine actuelle) et mort assassin√© le 21 ao√Ľt 1940 √† Mexico (Mexique), √©tait un r√©volutionnaire et homme politique russo-sovi√©tique.

Militant marxiste, du Parti ouvrier social-démocrate de Russie puis, à partir de l'été 1917, bolchevik, il est plusieurs fois déporté en Sibérie ou exilé de Russie, et est notamment président du soviet de Pétrograd lors de la révolution russe de 1905. Principal artisan avec Lénine de la révolution d'Octobre (1917), il est le fondateur de l'Armée rouge et l'un des vainqueurs essentiels de la guerre civile russe de 1918-1921, ainsi que l'un des plus importants dirigeants du nouveau régime bolchevik.

Au cours de la guerre civile, il commande l'√©crasement militaire de la Makhnovchtchina, qui, en 1921, sonne le glas, en Russie sovi√©tique, de l'anarchisme consid√©r√© comme ¬ę contre-r√©volutionnaire ¬Ľ.

S'étant opposé à la bureaucratisation du régime et à Staline, ce dernier le fait chasser du gouvernement (1924) et du Parti (1927), puis l'exile en Asie centrale avant de le bannir d'URSS (1929) et de le faire traquer et assassiner par le NKVD.

À la fois orateur, théoricien, historien, mémorialiste et homme d'action, il est aussi le fondateur de la IVe Internationale (1938), et l'inspirateur commun dont se réclament toujours un certain nombre de groupes trotskistes à travers le monde.

Sommaire

Biographie

La maison des parents de Trotsky à Kherson.

Trotski na√ģt dans un village du gouvernement de Kherson, en Russie du Sud, au sein d'une famille de fermiers juifs. √Ä neuf ans, il entame des √©tudes √† Odessa, puis les poursuit √† Nikola√Įev √† l'√Ęge de dix-sept ans. Il ne tarde pas √† les abandonner, renon√ßant √† devenir un math√©maticien, sous l'influence d'un groupe populiste[1].

L'engagement politique

Marxisme
Marxisme

Théorie
Marxisme
Communisme
Socialisme
Internationalisme
Collectivisme
Société sans classe
Manifeste du Parti communiste
Le Capital
Théoriciens
Karl Marx
Friedrich Engels
Rosa Luxemburg
Anton Pannekoek
Lénine
Georges Sorel
Léon Trotsky
Articles en rapport
Capitalisme
Classe sociale
Prolétariat
Lutte des classes
Révolution
Conseil ouvrier
Dictature du prolétariat
Révolution permanente
Histoire du capitalisme
Syndicalisme révolutionnaire
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Trotsky en Sibérie, 1900.

Un temps tenté par les idées populistes, qui voient dans la paysannerie russe et ses fréquentes jacqueries le ferment de la révolution future, il adhère aux positions politiques sociales-démocrates (1896). Sous le pseudonyme de Lvov, Trotski participe à la création d'une organisation révolutionnaire, en particulier par la rédaction d'articles reproduits au moyen d'un hectographe et distribués à la sortie des usines.

En 1898, la police proc√®de √† des arrestations de masse durant lesquelles Trotski est arr√™t√©. Il est transf√©r√© de prison en prison, d'abord √† Nikola√Įev puis √† Kherson, et Odessa o√Ļ il commence √† √©tudier, dans les conditions que la prison lui permet. Trotski √©tudie les nombreux textes religieux √† sa disposition √† la biblioth√®que de la prison, dont un certain nombre porte sur la franc-ma√ßonnerie. Il s'initie √©galement √† la th√©orie marxiste √† travers les √©crits d'Antonio Labriola. Le rapprochement de Trotski du marxisme est probablement en partie li√© √† la relation qu'il lie avec la jeune marxiste Alexandra Lvovna[2].

Trotski se marie avec elle en 1900 dans la prison de Moscou, pour √©viter d'en √™tre s√©par√©e, car il devait √™tre envoy√© en d√©portation en Sib√©rie √† Oust-Kout. Ils ont deux filles. Ne supportant plus l'enfermement devant sa t√Ęche √† accomplir, il r√©ussit √† s'√©vader en 1902, en laissant sa femme et ses filles derri√®re lui. Lev Bronstein prend alors le pseudonyme ¬ę Trotski ¬Ľ, d'apr√®s le nom d'un gardien de la prison d'Odessa, qu'il choisit peut-√™tre pour dissimuler ses origines juives[3]. Sous cette fausse identit√©, il √©migre alors vers l'Angleterre.

L'exil

C'est √† Londres qu'il rencontre L√©nine dont il a entendu pour la premi√®re fois parler en 1900 et dont il a commenc√© √† lire le trait√© politique Que faire ? peu avant son √©vasion de Sib√©rie. L√©nine le fait entrer dans le comit√© de r√©daction du journal Iskra (L'√Čtincelle), par cooptation.

√Ä la fin de 1902, au congr√®s de Londres du POSDR qui voit la scission entre bolcheviks et mencheviks, sa position conciliatrice le pousse √† se rallier bri√®vement aux mencheviks. Il rompt d√®s septembre 1904 avec cette minorit√©, qui ne recherche pas la r√©unification, et garde √©galement ses distances vis-√†-vis de L√©nine, lui reprochant ses m√©thodes autoritaires et son attitude, qu'il qualifie de ¬ę jacobine ¬Ľ[4]. Il conserve cette position interm√©diaire mais isol√©e durant treize ann√©es, cherchant √† fusionner les deux courants de la social-d√©mocratie. Ce n'est qu'apr√®s la r√©volution de F√©vrier 1917 qu'il adh√®re au parti bolchevik et affirme que sa position conciliatrice d'alors √©tait erron√©e.

Président du Soviet de Saint-Petersbourg en 1905

En 1905, lors de la premi√®re r√©volution russe, il devient, √† l'√Ęge de 26 ans, vice-pr√©sident puis pr√©sident du soviet de Saint-P√©tersbourg, soviet compos√© en majorit√© de mencheviks. Au cours de la r√©pression de la r√©volution de 1905, environ un an apr√®s celle-ci, il est condamn√© avec quinze autres personnes √† la d√©portation. Cependant, il s'√©vade durant le voyage vers la Sib√©rie et entame alors son second exil.

C'est √† ce moment qu'avec Alexander Helphand (aussi connu sous le pseudonyme de ¬ę Parvus ¬Ľ) il formule la th√©orie de la r√©volution permanente : analysant la situation dans les pays ¬ę arri√©r√©s ¬Ľ comme la Russie, il pronostique l'impossibilit√© d'une r√©volution ¬ę bourgeoise ¬Ľ apportant un r√©gime d√©mocratique et liquidant le f√©odalisme. Pour lui, la faiblesse de la bourgeoisie russe ne lui permettrait pas d'effectuer ces t√Ęches et d'instaurer le capitalisme, et c'est la classe ouvri√®re qui devrait prendre en main la destin√©e du pays pour passer directement du f√©odalisme au socialisme, sans passer par le capitalisme.

Nouvel exil

Fondateur du journal Pravda en 1912 √† Vienne, o√Ļ il fait par ailleurs connaissance avec Adolf Joffe, il se pose en d√©fenseur de l'unit√© de l'ensemble des sociaux-d√©mocrates, toutes tendances confondues, y compris les plus radicales. Cela lui vaut de vives tensions avec L√©nine. Il organise, en ao√Ľt de la m√™me ann√©e, une conf√©rence pour l'unification, en r√©ponse √† la conf√©rence de Prague ; mais les bolcheviks refusent d'y participer. Trotski quitte le ¬ę bloc d'ao√Ľt ¬Ľ peu de temps apr√®s.

La Première Guerre mondiale

Trotski et sa fille Nina, en 1915.

Au d√©but de la Premi√®re Guerre mondiale, alors que l'ensemble des partis sociaux-d√©mocrates de la IIe Internationale succombent au nationalisme et soutiennent leurs gouvernements respectifs dans la guerre (vote des cr√©dits de guerre, participation gouvernementale), Trotski fait partie des rares dirigeants de l'Internationale qui continuent √† d√©noncer le caract√®re imp√©rialiste de la guerre, avec entre autres L√©nine et le parti bolchevik, la tendance de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg dans le SPD en Allemagne, Pierre Monatte et Alfred Rosmer issus de la CGT en France, et le parti socialiste de Serbie. Il travaille un temps pour le quotidien Nache Slovo (¬ę Notre Parole ¬Ľ), dont il est un collaborateur √† Paris, tout en √©tant en relation avec l'organisation interrayons de Saint-P√©tersbourg.


Le 5 septembre 1915, √† l'initiative du socialiste suisse Grimm, se tient √† Zimmerwald une conf√©rence socialiste internationale contre la guerre, √† laquelle participe Trotski et dont il est charg√© de r√©diger le manifeste. Avec celle de Kienthal qui se tient en 1916, Trotski contribue au rassemblement de ceux qu'on appelle alors les internationalistes ou Zimmerwaldiens et qui formeront pour la plupart en 1919 la IIIe Internationale, dite aussi Internationale communiste.

Arr√™t√©, puis expuls√© de France en septembre 1916, il est conduit √† Irun, en Espagne. L√†, il est arr√™t√© par la police espagnole et embarqu√© de force avec sa famille pour les √Čtats-Unis. Install√© √† New York √† partir de janvier 1917, il contribue au journal Novy Mir (¬ę Nouveau Monde ¬Ľ).

Révolution russe de 1917

Léon Trotski arrivant en train à Petrograd en mai 1917.
Trotski avec Lénine et des soldats à Petrograd en 1921.

Apr√®s la r√©volution de F√©vrier 1917, Trotski d√©cide de retourner en Russie en mai 1917. D'apr√®s Jennings C Wise, ce serait √† l'aide du pr√©sident am√©ricain Woodrow Wilson[5], qu'il obtient un passeport am√©ricain[6], qui lui permet d'arriver en Russie. Il est d'accord avec les ¬ę th√®ses d'avril ¬Ľ de L√©nine, qu'il consid√®re comme un signal de ralliement √† ses propres id√©es de ¬ę r√©volution permanente ¬Ľ. Il a alors abandonn√© l'espoir de parvenir √† une union g√©n√©rale de tous les courants, mais continue cependant √† travailler sur la fusion de l'organisation interrayons et des bolcheviks.

Lorsque le congr√®s d'unification a lieu, en ao√Ľt 1917, il est arr√™t√© et emprisonn√© par le gouvernement provisoire. Malgr√© sa d√©tention, il est √©lu au Comit√© central par le congr√®s. Lib√©r√© suite au putsch avort√© du G√©n√©ral Kornilov, il devient pr√©sident du soviet de Petrograd en septembre et du Comit√© militaire r√©volutionnaire en octobre, devenant l'un des principaux dirigeants bolcheviks de la r√©volution d'Octobre. Il r√©organise l'Arm√©e rouge, qu'il a fond√© le 23 f√©vrier 1918, en instaurant la conscription en pleine attaque des pays occidentaux sur le territoire russe.

La nuit du 11 au 12 avril 1918, en p√©riode de Guerre civile russe et d'offensive des arm√©es blanches, une action dirig√©e contre les anarchistes russes (qualifi√©s d'¬ę anarcho-bandits ¬Ľ) par le pouvoir bolch√©vique dont Trotski s'occupe personnellement lui fera dire : ¬ę Enfin, le pouvoir sovi√©tique d√©barrasse, avec un balai de fer, la Russie de l'anarchisme[7] ! ¬Ľ

Il occupe ensuite le poste de commissaire du peuple aux affaires étrangères jusqu'en 1918, duquel il démissionne après avoir signé les accords de Brest-Litovsk.

Il devient ensuite commissaire à la guerre de 1918 à 1925, durant la guerre civile. Il organise les opérations militaires et intervient sur tous les fronts à bord de son train blindé. En parallèle, il fait partie du Bureau politique de 1919 à 1927.

En 1920 (notamment lors du IXe congr√®s du parti), afin de pallier la situation √©conomique catastrophique de l'URSS, Trotski propose la militarisation provisoire du travail : selon lui, cette mesure √©tait rendue n√©cessaire par le contexte de la guerre civile et de la r√©volution mondiale. Il posait d√©j√† cette alternative en 1917 : ¬ę Ou bien la R√©volution russe soul√®vera le tourbillon de la lutte en Occident, ou bien les capitalistes de tous les pays √©toufferont notre r√©volution[8]. ¬Ľ Dans cette vision, toute gr√®ve est consid√©r√©e comme une d√©sertion, et toute revendication est consid√©r√©e comme une insubordination.

En mars 1921, il ordonne l'assaut de la citadelle insurgée de Kronstadt .

En d√©cembre 1922, dans un long discours au IVe congr√®s du Komintern, il d√©nonce l'id√©ologie de la franc-ma√ßonnerie fran√ßaise, coupable de r√©unir les ennemis de classe et de vouloir substituer la tol√©rance √† la lutte arm√©e[9].

Trotsky, personnage central de la propagande des deux camps, durant la guerre civile 
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La lutte contre la bureaucratie

La signature de Trotsky.
Trotsky lors de son assignation à résidence à Alma-Ata, en 1928. Il y chasse.

En 1923, L√©nine et Trotski [r√©f. n√©cessaire], constatant la bureaucratisation du r√©gime issu de la r√©volution, entrent en conflit avec la tro√Įka [r√©f. n√©cessaire] Zinoviev-Kamenev-Staline. Dans son livre Cours nouveau, il analyse l'√©volution du parti bolchevik et propose des mesures pour limiter la tendance √† la bureaucratisation qui se fait jour, en assurant une plus grande d√©mocratie au sein du parti.

La mort de Lénine permet à la bureaucratie de s'imposer malgré la formation de l'opposition de gauche internationale. Il se rapproche tactiquement, à partir de 1926, de Zinoviev et de Kamenev dans l'opposition unifiée et dirige avec eux un courant qui s'oppose à Staline.

Cette opposition lui vaut d'√™tre exclu du parti en 1927, et d'√™tre d√©port√© √† Alma-Ata. Selon Trotski, la bureaucratisation du r√©gime est due √† la situation particuli√®re de la Russie : la r√©volution y a vaincu, mais dans un pays arri√©r√©, isol√© apr√®s l'√©chec des r√©volutions, √©puis√© par la guerre, manquant de tout, une couche bureaucratique s'est constitu√©e sur la base de la ruine du pays. Staline finit par le faire expulser d'URSS en 1929, pendant que la r√©pression s'abat sur ses partisans, qui sont envoy√©s au Goulag. Durant cet exil, il √©crit de nombreux ouvrages et continue √† militer pour le communisme et la r√©volution internationale.

Expulsé d'URSS

En f√©vrier 1929, Trotski est conduit √† Constantinople o√Ļ il remet aux autorit√©s turques une lettre d√©clarant qu'il est venu contre son gr√©, apr√®s quelque temps pass√© dans l'ambassade sovi√©tique il effectue plusieurs d√©m√©nagements et finit par √™tre plac√© en r√©sidence surveill√©e sur l‚Äô√ģle de B√ľy√ľkada de l'archipel des √éles des Princes (Prinkipo) au large de Constantinople. Il publie un bulletin mensuel d'opposition en langue russe d√®s juillet 1929. En avril 1930, il organise une conf√©rence qui d√©boucha sur la mise en place d'un secr√©tariat international provisoire de l'opposition communiste. Apr√®s quatre ann√©es pass√©es en Turquie, il s√©journe en France de juillet 1933 √† juin 1935, puis expuls√© √† nouveau, il trouve refuge en Norv√®ge. Son fils Sergue√Į Sedov, rest√© en URSS, sera tu√© au cours des Grandes Purges staliniennes des ann√©es 1930, de m√™me que son gendre Platon Ivanovich Volkov et sa belle-m√®re Alexandra Sokolovskaya. La fille de Trotski, Zinaida Volkova, sera autoris√©e en 1931 √† le rejoindre, en emmenant son fils, mais en laissant sa fille derri√®re elle en URSS. Le petit-fils de Trotski ne reverra sa sŇďur que plusieurs d√©cennies plus tard, peu de temps avant le d√©c√®s de cette derni√®re[10].

Interm√®de en Corr√®ze ?

Pendant son s√©jour en France, une fausse information, diffus√©e aux derniers jours de 1934, sous la plume de Georges Lecomte, membre de l‚ÄôAcad√©mie fran√ßaise, s‚Äôest peu √† peu transform√©e en rumeur : Trotski aurait alors trouv√© refuge en Corr√®ze (r√©gion qui ¬ę renferme ¬Ľ, selon l‚Äôauteur, ¬ę un mat√©riel destin√© √† armer les r√©fugi√©s espagnols, lesquels entra√ģnent des troupes du Front social au maniement r√©volutionnaire ¬Ľ), et notamment dans la ville de Tulle, dont la manufacture d‚Äôarmes int√©resserait particuli√®rement le r√©volutionnaire en exil. Et Georges Lecomte de r√©v√©ler que cet ¬ę ind√©sirable ¬Ľ ¬ę abandonne deux fois par mois sa retraite pour venir, au vu et au su du gouvernement, converser avec Blum, Bergery, Doriot et les fusilleurs du 6 f√©vrier ¬Ľ. Il tient avec eux des ¬ę r√©unions o√Ļ l‚Äôon √©labore un coup de force contre la Patrie ¬Ľ. On verra d‚Äôailleurs r√©appara√ģtre ce ¬ę ragot ¬Ľ dans divers ouvrages, notamment dans les Secrets de Jeunesse d‚ÄôEdwy Plenel, livre dans lequel le journaliste prend au s√©rieux ce ¬ę s√©jour ¬Ľ imaginaire avec une simple r√©serve distante et s‚Äôinterroge : ¬ę L‚Äôun des myst√®res de ce s√©jour, dont je n‚Äôai pu encore trouver la cl√©, est cette halte incertaine du Vieux en Corr√®ze, fin d√©cembre 1934, d√©but janvier 1935. Vacances, repos, rendez-vous, discussions ? Je ne sais[11]. ¬Ľ.

Le seul √©l√©ment vrai dans ce r√©cit, qui ressuscite le mythe du complot jud√©o-bolcheviquo-ma√ßonnique, est qu‚Äôil y a dans la r√©gion quelques dizaines d‚Äôouvriers anarchistes espagnols rescap√©s de la r√©pression sanglante qui a d√©cim√© la gr√®ve g√©n√©rale des mineurs des Asturies en octobre 1934 et qui ne se livrent √† aucun maniement d‚Äôarmes. Tout le reste est du mauvais roman-feuilleton[12], ce qui agite pourtant les repr√©sentants du pouvoir. Gilbert et Yannick Beaubatie, respectivement historien et philosophe, ont retrac√©, dans un ouvrage intitul√© Trotsky en Corr√®ze[13], la ¬ę g√©n√©alogie ¬Ľ de cette ¬ę rumeur ¬Ľ.

La création de la IVe Internationale

Tableau de Diego Rivera représentant Trotsky tenant le drapeau rouge de la IVe Internationale, 1934.
Trotski en compagnie de camarades américains à Mexico, peu avant son assassinat, 1940.

Toute sa vie, L√©on Trotski continua √† d√©fendre les acquis de la r√©volution russe et l'¬ę √Čtat ouvrier ¬Ľ qui en est issu, tout en d√©non√ßant ce qu'il appelle une monstrueuse d√©g√©n√©rescence bureaucratique. Selon lui, la bureaucratie russe est une couche sociale parasitaire, qui √©touffe le pays en pr√©levant une part des richesses, et dont Staline est le repr√©sentant politique et le d√©fenseur.

Devant la montée du fascisme en Italie, puis du nazisme en Allemagne, il préconise la constitution de fronts uniques de la part de toutes les organisations ouvrières, malgré leurs divergences. Il n'est pas écouté et la politique de Staline aboutit à l'écrasement de la mouvance communiste allemande, la plus puissante et la plus organisée du monde. Après 1934, Staline finira par imposer la création de Fronts populaires.

Avec la r√©volution espagnole, les partisans de l'opposition sont massacr√©s par milliers. Les proc√®s de Moscou se tiennent en ao√Ľt 1936 et aboutissent √† l'ex√©cution des principaux accus√©s : il en fut l'un des rares absents. Accompagn√© par le policier norv√©gien Jonas Lie, il quitte la Norv√®ge en septembre 1936, pour aller s'installer au Mexique gr√Ęce au pr√©sident Lazaro Cardenas, o√Ļ il est accueilli dans la ¬ę Maison bleue ¬Ľ des peintres Diego Rivera et Frida Kahlo. Il a une liaison passionn√©e avec cette derni√®re, qui lui d√©die m√™me un tableau : Autoportrait d√©di√© √† L√©on Trotski.

Les travaux de Trotski quant √† l'organisation de l'opposition de gauche d√©bouchent sur la cr√©ation de la IVe Internationale le 3 septembre 1938 avec 25 d√©l√©gu√©s, repr√©sentant 11 pays. √Ä son activit√© militante peut √™tre associ√©e celle de son fils Lev Sedov.

Assassinat

Stèle funéraire à Mexico.

Trotski est mortellement bless√© le 20 ao√Ľt 1940 √† Mexico, dans le quartier de Coyoac√°n, d'un coup de piolet dans l'arri√®re du cr√Ęne par un agent de Staline (Jacques Mornard ou Franck Jackson, de son vrai nom Ram√≥n Mercader). Son meurtrier est arr√™t√© par Joseph Hansen et Charles Cornell, deux militants am√©ricains qui lui servaient de gardes du corps et de secr√©taires. Ce dernier est pr√©sent au moment du meurtre mais ne r√©ussit pas √† l'emp√™cher. Ram√≥n Mercader sera par la suite remis √† la police mexicaine et condamn√© √† vingt ans de r√©clusion, peine maximale alors en vigueur au Mexique. Il sera d√©cor√© de l'ordre de L√©nine en URSS.

Avant de succomber √† ses blessures, Trotski put encore confier : ¬ę Dites √† nos amis : Je suis s√Ľr de la victoire de la IVe Internationale. ¬Ľ[14].

Postérité

Pas de réhabilitation en URSS

Contrairement √† d'autres victimes de Staline, L√©on Trotski n'a jamais √©t√© officiellement r√©habilit√© par les autorit√©s de l'URSS, bien que son nom ait pu √™tre √† nouveau librement honor√© au moment de la Glasnost, √† la fin des ann√©es 1980[10]. En 1987, Mikha√Įl Gorbatchev continuait d'attaquer le r√īle historique de Trotski[15].

La mouvance trotskiste

Les nombreux mouvements membres de la Quatrième Internationale se réclament toujours de la pensée de Léon Trotski, bien que leurs positions politiques soient loin d'être homogènes, l'héritage de Trotski étant revendiqué de manière contradictoire[16].

La vision critique de Boris Souvarine

Boris Souvarine se montrait tr√®s critique √† l'√©gard de Trotski et consid√©rait que ¬ę Trotski a contribu√© √† forger avec L√©nine le mythe n√©faste de la ¬ę dictature du prol√©tariat ¬Ľ et le dogme funeste de l'infaillibilit√© du Parti, au m√©pris des id√©es r√©elles de Marx invoqu√©es √† tort et √† travers. Tous deux, ivres de leurs certitudes doctrinales, juch√©s au sommet de la pyramide bureaucratico-sovi√©tique, ont m√©connu ce qui s'√©laborait aux niveaux inf√©rieurs, faisant preuve d'une inconscience qui a livr√© √† Staline tous les leviers de commande. ¬Ľ[17]

La biographie monumentale d'Issac Deutscher

Bien qu'ayant rompu avec Trotski en 1938, l'historien Isaac Deutscher entame en 1954, une biographie monumentale de Trotsky en trois volumes (Le proph√®te arm√©, Le proph√®te d√©sarm√©, Le proph√®te hors-la-loi), bas√©e sur les archives personnelles du r√©volutionnaire russe √† l'Universit√© de Harvard ; elle est achev√©e en 1963. √Ä propos de Trotsky, Deutscher reconna√ģt avoir un point de vue m√™l√© de ¬ę sympathie ¬Ľ et de ¬ę compr√©hension ¬Ľ, m√™me s'il le souhaite ¬ę aussi loin de celui du procureur que de celui de l'avocat ¬Ľ[18]. Sa longue biographie de Trotsky prend parfois des accents lyriques : la vie du ¬ę proph√®te ¬Ľ est pr√©sent√©e comme √† la fois h√©ro√Įque et tragique. Deutscher s'est empar√© dans son Ňďuvre de la vision trotskyste d'une ¬ę contre-r√©volution ¬Ľ men√©e par Staline en Union sovi√©tique. Il consid√®re que l'autobiographie de Trotsky intitul√©e Ma vie ¬ę est aussi scrupuleusement v√©ridique que peut l'√™tre un ouvrage de ce genre. ¬Ľ Il nuance cependant : ¬ę elle n'en est pas moins une apologie, r√©dig√©e dans le feu de la bataille perdue que son auteur menait contre Staline. ¬Ľ[19]

Ňíuvres

Photo d'identité judiciaire prise par la police secrète tsariste (circa 1900).

Parmi les nombreux √©crits de L√©on Trotski, on peut retenir entre autres :

  • Bilan et perspectives (1905) - D'apr√®s l'√©dition russe de 1919 : ¬ę Le caract√®re de la r√©volution russe, telle fut la question fondamentale par rapport √† laquelle, selon la r√©ponse qu'elles y apportaient, se regroup√®rent les diverses tendances id√©ologiques et les organisations politiques du mouvement r√©volutionnaire russe. ¬Ľ
  • L'Internationale communiste apr√®s L√©nine (ou le grand organisateur des d√©faites) (1928) - Trotski explique comment et pourquoi le d√©veloppement de la bureaucratie en URSS a provoqu√© l'√©chec du prol√©tariat dans toutes les parties du monde √† partir de 1923, et en m√™me temps pourquoi elle s'est nourrie de ces √©checs.
  • La R√©volution permanente (1928-1931).
  • Histoire de la r√©volution russe (1930) - ¬ę L'histoire de la r√©volution est, avant tout, le r√©cit d'une irruption violente des masses dans le domaine o√Ļ se r√®glent leurs propres destin√©es ¬Ľ.
  • Ma vie (1930) - Autobiographie.
  • L'Internationale Communiste apr√®s L√©nine(1930.
  • La R√©volution permanente (1931).
  • Histoire de la R√©volution Russe (1932-1933).
  • La Jeunesse de L√©nine (1936) - Biographie.
  • La R√©volution trahie (1936) - Critique de la nature du pouvoir en URSS.
  • Le Programme de transition (1938).
  • Leur morale et la n√ītre (1938).
  • Staline (1946).
  • Journal d'Exil (1960).

Notes et références

  1. ‚ÜĎ L√©on Trotski, Ma vie, 1929, chapitre 6
  2. ‚ÜĎ (en) Max Eastman, Leon Trotsky: The Portrait of a Youth, Faber and Gwyer, Londres, 1926, chapitres 3 et 4, disponible en anglais sur marxists.org
  3. ‚ÜĎ Max Eastman, Leon Trotsky: The Portrait of a Youth, chapitre 8
  4. ‚ÜĎ Trotski, Nos t√Ęches politiques, 1904.
  5. ‚ÜĎ (en) ¬ę Woodrow Wilson and a Passport for Trotsky ¬Ľ
  6. ‚ÜĎ Jennings C. Wise, Woodrow Wilson: Disciple of Revolution, Paisley Press, New York, 1938.
  7. ‚ÜĎ Voline, La r√©volution inconnue, livre 2, De l' anarchiste ukrainien.
  8. ‚ÜĎ Cit√© par Boris Souvarine dans L'observateur des deux mondes et autres textes, La Diff√©rence, 1982, p. 154.
  9. ‚ÜĎ Article ¬ę Russie, XIXe si√®cle ¬Ľ in Encyclop√©die de la franc-ma√ßonnerie, Le livre de poche, p. 775.
  10. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) ¬ę Trotsky‚Äôs Grandson in Moscow ‚Äď A Conversation with Esteban Volkov ¬Ľ, sur le site marx.org.
  11. ‚ÜĎ Edwy Plenel, Secrets de Jeunesse, Stock, Paris, 2001, p. 239.
  12. ‚ÜĎ Le quotidien Le Jour envoie un de ses collaborateurs sur les traces de l‚Äôancien chef de l‚ÄôArm√©e rouge. Une information laisse entendre qu‚Äôapr√®s avoir err√© quelque temps entre Brive et Tulle (o√Ļ se trouve, rappelons-le, la manufacture d‚Äôarmes) Trotski aurait trouv√© asile ¬ę dans la commune de Rosiers d‚Äô√Čgletons dans une petite maison bourgeoise isol√©e ¬Ľ que le journaliste finit par d√©nicher et qui se r√©v√®le ¬ę inhabit√©e depuis plusieurs mois ¬Ľ. Un autre journal envoya pourtant un correspondant √† la recherche de la maison d‚Äô√Čgletons o√Ļ ¬ę disait-on, Trotski menait joyeuse vie ¬Ľ, et ne trouve rien ni personne. Le journaliste du Jour conclut sagement : ¬ę Trotski, que l‚Äôon croit voir partout en Corr√®ze, est peut-√™tre √† cent lieues mais les conversations vont leur train ¬Ľ.
  13. ‚ÜĎ Ouvrage publi√© aux √©ditions Le Bord de l'eau en 2007
  14. ‚ÜĎ Michel Lequenne, ¬ę Trotski et trotskisme ¬Ľ, Encyclop√¶dia Universalis.
  15. ‚ÜĎ ¬ę A review of two Trotsky biographies by Geoffrey Swain and Ian Thatcher ¬Ľ - World Socialist Website, 9 mai 2007
  16. ‚ÜĎ Documentaire L'Extr√™me Gauche en France : le poids de l'h√©ritage, France 5, 11 mai 2009
  17. ‚ÜĎ Article ¬ę Staline : pourquoi et comment ? ¬Ľ, revue Est et Ouest, 1er novembre 1977, reproduit dans le recueil Chroniques du mensonge communiste, Commentaire/Plon, 1998, p. 134
  18. ‚ÜĎ Isaac Deutscher, Trotsky I. Le proph√®te arm√©, coll. 10/18, 1962, p. 11.
  19. ‚ÜĎ Ibid., p. 10.

Bibliographie

  • Pierre Brou√©, Trotsky, Fayard, Paris, 1988, 1105 p. (ISBN 2-213-02212-7)
  • Isaac Deutscher, Trotsky t. 1 Le proph√®te arm√©, 1879-1921, √Čd. Omnibus, 1996 (1re √©d. : 1954) (ISBN 200002288X)
  • Isaac Deutscher, Trotsky t. 2 Le proph√®te d√©sarm√©, 1921-1929, √©d. Omnibus, 1996 (1re √©d. : 1959) (ISBN 2000022898)
  • Isaac Deutscher, Trotsky t. 3 Le proph√®te hors-la-loi, 1929-1940, √©d. 10-18, 1998 (1re √©d. : 1963) (ISBN 2264002883)
  • Jean-Jacques Marie, Trotsky : R√©volutionnaire sans fronti√®res, Payot, Paris, 2006, 621 p. (ISBN 2228900389)
  • Victor Serge, Vie et mort de L√©on Trotsky, 1951 (√©crit en collaboration avec Natalia Sedova, la veuve de Trotsky)
  • Jacquy Chemouni, Trotsky et la psychanalyse, In Press, 2004 (ISBN 9782848350417)

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