Leon Mba

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Leon Mba

LĂ©on Mba

LĂ©on Mba
LĂ©on Mba
Représentation de Léon Mba située sur le carrefour Mba à Port-Gentil
Nationalité Gabonaise
Naissance 9 fĂ©vrier 1902
à Drapeau de la France Libreville (Afrique-Équatoriale française-Gabon)
DĂ©cĂšs 27 novembre 1967
Ă  Paris
Profession Chef de canton, homme politique
CarriĂšre Voir biographie
Parti(s) CMG, BDG
Plus haut poste (Gabon) Président de la République
12 fĂ©vrier 1961 - 27 novembre 1967
Prédécesseur aucun
Successeur Omar Bongo
Second plus haut poste (Gabon) Premier ministre
27 fĂ©vrier 1959 - 21 fĂ©vrier 1961
Prédécesseur aucun
Successeur poste aboli

LĂ©on Mba (9 fĂ©vrier 1902 – 27 novembre 1967) fut le premier prĂ©sident du Gabon de 1961 Ă  1967.

Personnage complexe, LĂ©on Mba est un homme aux multiples facettes. Issu d’une famille relativement privilĂ©giĂ©e, son instruction lui permet de devenir en 1924 chef de canton. Docile avec ses supĂ©rieurs, il se rĂ©vĂšle ĂȘtre avec ses administrĂ©s un chef tyrannique et manipulateur. Ses extorsions et sa sorcellerie, alors mĂȘme qu’il est catholique pratiquant, l’amĂšnent finalement Ă  ĂȘtre condamnĂ© et exilĂ© en 1931 en Oubangui-Chari. De retour au Gabon en 1946, rien ne le prĂ©destine Ă  une ascension politique fulgurante, d’autant que son engagement aux cĂŽtĂ©s des communistes et du RDA de FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny, ne lui vaut guĂšre le soutien de l’administration qui lui prĂ©fĂšre le dĂ©putĂ© et rĂ©sistant Jean-Hilaire Aubame.

La donne change lorsque dans les annĂ©es 1950, le RDA est lavĂ© de tout soupçon doctrinaire. Son opportunisme et son charisme finissent par sĂ©duire les puissants forestiers europĂ©ens, notamment Roland Bru. Fort de ce soutien, LĂ©on Mba est Ă©lu maire de Libreville en 1956, puis parvient Ă  se hisser en 1957 Ă  la tĂȘte du Gabon grĂące au poste de vice-prĂ©sident du Conseil du gouvernement. Son vƓux le plus cher n’est alors pas l’indĂ©pendance mais la dĂ©partementalisation de son pays qu’il se voit refuser par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle. C’est ainsi que contre son grĂ©, il proclame l’indĂ©pendance le 17 aoĂ»t 1960 en tant que Premier ministre.

DĂ©mocrate dans l’ñme, LĂ©on Mba se rĂ©vĂšle dans les faits ĂȘtre un dictateur. Avant mĂȘme l’indĂ©pendance, il opĂšre des arrestations politiques, restreint les libertĂ©s individuelles, arrange les Ă©lections et promeut un culte autour de sa personnalitĂ©. Par ailleurs, un systĂšme de corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e est mis en place par ses amis forestiers. En 1961, alors qu’il est Ă©lu prĂ©sident de la RĂ©publique en candidat unique, une nouvelle constitution lui accorde pratiquement tous les pouvoirs. Son rĂȘve est alors l’instauration du monopartisme. Mais en 1964, Mba est renversĂ© par un coup d'État qui amĂšne au pouvoir son opposant dĂ©mocrate Jean-Hilaire Aubame. La France le ramĂšne militairement au pouvoir et le pays passe alors sous la tutelle directe de Paris. Devenu paranoĂŻaque, sa restauration amĂšne Ă  une radicalisation du rĂ©gime. Gravement malade, il doit laisser dĂšs 1965 l’exercice du pouvoir Ă  Albert-Bernard Bongo. RĂ©Ă©lu prĂ©sident en 1967, il meurt le 27 novembre de la mĂȘme annĂ©e.

Sommaire

Origines et jeunesse

Issu de la tribu EssokĂ© de l’ethnie Fang[1], LĂ©on Mba naĂźt le 9 fĂ©vrier 1902 Ă  Libreville[2]. Son pĂšre, Ysidore Minko-Mi-Edang[3], petit gĂ©rant de commerce[2], aurait Ă©tĂ© un temps le coiffeur de Pierre Savorgnan de Brazza[1]. Sa mĂšre, Louise Bendome, Ă©tait couturiĂšre[1]. Tous deux sont allĂ©s Ă  l’école[4] et furent parmi les premiers « couples Ă©voluĂ©s Â» de Libreville[5]. En 1909, il entre au sĂ©minaire de Libreville pour ses Ă©tudes[1]. Brillant Ă©lĂšve, il y obtient son brevet Ă©lĂ©mentaire[5].

Fangs dans une mission chrĂ©tienne au dĂ©but du XXe siĂšcle.

À partir de 1920, il devient tour Ă  tour employĂ© de magasin, exploitant forestier, commerçant, puis entre dans l’administration coloniale française comme commis des douanes[5]. S’il donne entiĂšre satisfaction Ă  ses supĂ©rieurs, LĂ©on Mba les inquiĂšte cependant par « son militantisme en faveur de l’homme noir Â»[5], plus particuliĂšrement en faveur des Fangs. En septembre 1922, il Ă©crit Ă  Edmond Cadier, lieutenant-gouverneur du Gabon :

« Si d’un cĂŽtĂ© le devoir fondamental d’instruire les Pahouins[6] concorde par su[r]croĂźt avec les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, militaires et mĂȘme politiques les plus Ă©vidents du Gabon, de l’autre cĂŽtĂ© leur accroissement en dignitĂ© humaine et l’augmentation de leur bien-ĂȘtre matĂ©riel, demeurent, Monsieur le Gouverneur, la lĂ©gitimation premiĂšre de l’autoritĂ© française sur eux. Â»[7]

Ses remarques dĂ©rangent, et il en subit les consĂ©quences en dĂ©cembre 1922[7]. Ayant commis un dĂ©lit mineur en fournissant Ă  un collĂšgue des documents falsifiĂ©s, il est puni d'une peine de prison au lieu d’une simple amende[7]. Il lui est Ă©galement reprochĂ© sa polygamie et son manque de comprĂ©hension des mesures d’hygiĂšne[7].

Sous l'administration coloniale

Le chef de canton

Idoles des Pahouins, des Gallois et de Ivéia.

En 1924[4] (ou 1926[8]), LĂ©on Mba est rĂ©habilitĂ© par les autoritĂ©s coloniales qui le dĂ©signent pour remplacer un dĂ©funt chef de canton de Libreville[4]. Se revendiquant comme un meneur des jeunes intellectuels de Libreville, il nĂ©glige les conseils des anciens Fangs et gagne rapidement une rĂ©putation d’homme sĂ©vĂšre[4]. Il Ă©crit d’ailleurs dans une lettre :

« Ayant mission de faire respecter l’ordre public et dĂ©fendre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, je ne souffre pas qu’on transgresse les ordres reçus de l’AutoritĂ© que je reprĂ©sente.[4] Â»

LĂ©on Mba n’a pas une vision idĂ©aliste de son poste ; il le conçoit comme un moyen pour s’enrichir[8]. Ainsi, avec son collĂšgue Ambamany, il utilise le service obligatoire des habitants du canton Ă  des fins personnelles, pour couvrir leurs Ă©normes dĂ©penses[8]. Bien qu’au courant de ces malversations, l’administration coloniale les « ignore Â»[8]. Toutefois, Ă  partir de 1929, il devient suspect auprĂšs de l’administration qui intercepte une de ses correspondances avec KouyatĂ©, le secrĂ©taire de la Ligue des droits de l’Homme, accusĂ©e d’ĂȘtre une alliĂ©e du Kominterm[9]. MalgrĂ© cette rĂ©putation de pro-communiste, les autoritĂ©s françaises ne s'opposent pas Ă  sa dĂ©signation au poste de chef supĂ©rieur de l’Estuaire par ses collĂšgues[9].

Dans ces annĂ©es, selon toute vraisemblance, LĂ©on Mba prend ses distances avec le christianisme, sans rompre totalement avec sa foi, et devient un adepte de la secte Bwiti[5] Ă  laquelle les Fangs sont tout particuliĂšrement rĂ©ceptifs[10]. En 1931, la secte est accusĂ©e du meurtre d’une femme dont les restes sont dĂ©couverts prĂšs du marchĂ© de Libreville[10]. AccusĂ© de complicitĂ©, mĂȘme si sa participation au crime n’est pas prouvĂ©e, LĂ©on Mba est destituĂ©[9] et est condamnĂ© Ă  trois ans de prison et dix ans d’interdiction de sĂ©jour[5], ne serait-ce que pour les dĂ©tournements d’impĂŽts et les abus qu’il a commis dans le traitement de la main-d’Ɠuvre locale[9].

L’exil en Oubangui-Chari

L'Oubangui-Chari.

En dĂ©tention en Oubangui-Chari, tout d’abord Ă  Bambari puis Ă  Bria[11], il continue d’exercer une influence chez les Fangs de sa rĂ©gion d’origine grĂące Ă  une correspondance avec ses compatriotes Ă  Libreville[12]. InquiĂ©tĂ© par cette situation, le gouverneur-gĂ©nĂ©ral Antonetti ordonne en 1934, qu’à la fin de sa peine carcĂ©rale, il soit placĂ© sous surveillance en Oubangui-Chari[12].

De ces annĂ©es d’exil, il profite pour transcrire les usages coutumiers du peuple Fang dans l’« Essai de droit coutumier pahouin Â» qu’il publie en 1938, dans le Bulletin de la sociĂ©tĂ© des recherches congolaises[13]. Cet ouvrage devient rapidement la rĂ©fĂ©rence obligĂ©e des juges coutumiers fangs[14]. En 1939, l’ex-chef indigĂšne est toujours persona non grata au Gabon, comme en tĂ©moigne cette lettre du chef de dĂ©partement de l’Estuaire, Assier de Pompignan :

« C’est que LĂ©on M’Ba n’était pas seulement le chef qui s’était appropriĂ© pour des besoins personnels les deniers de la colonie. Il jouissait aussi aux yeux de ses congĂ©nĂšres d’un prestige considĂ©rable qu’il tirait des pratiques de sorcellerie auxquelles il s’adonnait. Comme il Ă©tait intelligent, il exploitait cette situation pour rançonner les gens qu’il avait charge d’administrer et qui le redoutaient ainsi que la camarilla dont il s’était entourĂ©. Mais il savait, par contre, amadouer les reprĂ©sentants de l’autoritĂ©, endormir leur vigilance et capter leur confiance. C’est ce qui explique qu’il ait, des annĂ©es devant, commis toutes sortes d’exactions sans jamais ĂȘtre autrement inquiĂ©tĂ©[13]. Â»

Bien qu’en exil, LĂ©on Mba est employĂ© par les administrateurs locaux. PlacĂ© dans des fonctions subalternes et n’exerçant aucun pouvoir propre, il est un employĂ© compĂ©tent et prĂ©cieux[15]. GrĂące Ă  des rapports Ă©logieux, il est de nouveau perçu comme un Ă©lĂ©ment indigĂšne fiable sur lequel l’administration coloniale peut compter[15]. En 1942, une rĂ©duction de peine lui est accordĂ©e[11].

L'ascension politique

Une personnalité politique locale

En 1946, il rentre au Gabon oĂč il est triomphalement accueilli par ses amis[11]. S’il ne rĂ©intĂšgre pas ses fonctions de chef de canton, il obtient toutefois un poste important dans la maison de commerce anglaise John Holt[11]. Cette mĂȘme annĂ©e, il fonde le ComitĂ© mixte gabonais (CMG), un parti politique proche du Rassemblement dĂ©mocratique africain (RDA), le parti interafricain de FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny[16]. Jouant sur son passĂ© d’ancien exilĂ©, et grĂące au rĂ©seau du Bwiti, il parvient Ă  rassembler autour de lui les Fangs du sud ainsi que certains MyĂšnĂš[17]. Son but est alors de conquĂ©rir les postes administratifs et judiciaires indigĂšnes[18].

Fort de son succĂšs Ă  Libreville, il aspire, un certain moment, Ă  devenir le chef supĂ©rieur de la rĂ©gion comme l’avait rĂ©clamĂ© la majoritĂ© des notables fangs lors du congrĂšs des chefs de l’ethnie Ă  Mitzic en 1947[19]. Mais il se heurte au refus des autoritĂ©s coloniales[19]. Bien que le CMG ne soit nullement doctrinaire mais juste opportuniste, LĂ©on Mba, Ă  cause de ses relations avec le RDA affiliĂ© au PCF, fait figure de communiste et de propagandiste dans la colonie[20]. Ces soupçons sont confirmĂ©s pour les autoritĂ©s lorsqu’il participe en 1949 au congrĂšs du RDA Ă  Abidjan[20]. Par ailleurs, il est Ă  noter que dĂšs son retour d’exil, il avait participĂ© aux travaux du Groupe d’études communistes de la colonie[21].

En 1951, en mĂȘme temps que le RDA rompt avec les communistes, LĂ©on Mba, tout en gardant chez son Ă©lectorat son image de « rĂ©voltĂ© Â», se rapproche de l’administration française[22]. Mais cette derniĂšre soutient dĂ©jĂ  son principal opposant, le dĂ©putĂ© Jean-Hilaire Aubame qui n’est autre que le fils nourricier de son demi-frĂšre et son ancien protĂ©gĂ©[17]. Aux Ă©lections lĂ©gislatives du 17 juin 1951, il ne recueille que 11% des suffrages exprimĂ©s tandis que Aubame est rĂ©Ă©lu[23]. Aux Ă©lections territoriales de mars 1952, l’Union dĂ©mocratique et sociale gabonaise (UDSG) d’Aubame remporte 14 des 24 siĂšges contre deux pour le CMG qui reçoit cependant 57% des suffrages exprimĂ©s Ă  Libreville[23].

La conquĂȘte du pouvoir et le refus de l'indĂ©pendance

IsolĂ© Ă  l’AssemblĂ©e territoriale, il s’allie avec les colons privĂ©s reprĂ©sentĂ©s Ă  l’AssemblĂ©e[23]. Par ailleurs, en aoĂ»t 1953, le CMG fusionne avec le Parti dĂ©mocratique gabonais (PDG) de Paul Gondjout pour donner naissance au Bloc dĂ©mocratique gabonais (BDG) avec Gondjout comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral et Mba comme adjoint[24]. Aux Ă©lections lĂ©gislatives du 2 janvier 1956, LĂ©on Mba obtient cette fois-ci 36% des suffrages contre 47% pour Aubame[25]. MĂȘme s’il n’est pas Ă©lu, il devient le leader autochtone du territoire, et certaines personnalitĂ©s du UDSG passent de son cĂŽtĂ©[26]. Aux Ă©lections municipales de 1956 oĂč les listes prĂ©sentĂ©es sont au collĂšge unique (Africains et EuropĂ©ens confondus), LĂ©on Mba reçoit le soutien financier des colons, et tout particuliĂšrement celui du forestier Roland Bru[27]. Il remporte la mairie de Libreville avec 65,5% des suffrages, devenant ainsi le 23 novembre, le premier maire de la capitale[28].

Drapeau de la RĂ©publique autonome du Gabon (1959-1960).

Aux Ă©lections territoriales de mars 1957, le BDG arrive une nouvelle fois second, avec 16 siĂšges sur 40 contre 18 pour l’UDSG[29]. Suite Ă  des retournements douteux, le parti de Mba obtient 21 siĂšges contre 19 pour celui d’Aubame[30]. Mais, faute de majoritĂ© absolue, les deux partis sont contraints de prĂ©senter, le 21 mai 1957, une liste commune pour l’élection du gouvernement qui se fait au dĂ©triment d’Aubame[30]. Le mĂȘme jour, LĂ©on Mba est nommĂ© vice-prĂ©sident du Conseil du gouvernement[30]. Rapidement, des dissensions apparaissent au sein du gouvernement qui poussent Aubame Ă  faire dĂ©missionner ses partisans du gouvernement et Ă  dĂ©poser une motion de censure contre le gouvernement[31]. La motion est repoussĂ©e par 21 voix contre 19[31]. Face Ă  cette victoire de Mba, de nombreux Ă©lus UDSG passent dans la majoritĂ© parlementaire, donnant au gouvernement 29 dĂ©putĂ©s sur 40[31]. Bien installĂ© aux affaires, il conforte peu Ă  peu son pouvoir[32].

AprĂšs un « oui Â» massif au rĂ©fĂ©rendum sur la CommunautĂ© franco-africaine du 28 septembre 1958, le Gabon accĂšde Ă  l’autonomie. En dĂ©cembre 1958, l’AssemblĂ©e vote sa transformation en AssemblĂ©e lĂ©gislative, puis promulgue le 19 fĂ©vrier 1959 la constitution de la RĂ©publique du Gabon[33]. Le 27 fĂ©vrier, LĂ©on Mba est nommĂ© Premier ministre[34]. Pourtant en novembre 1959, il se prononce ouvertement pour la dĂ©partementalisation du Gabon[35]. Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique de l’ElysĂ©e Â», lui fait comprendre que cette solution est impensable[36]. Mba campe sur cette position jusqu'en fĂ©vrier 1960[37]. Il dĂ©cide par ailleurs d’adopter le drapeau tricolore qui se serait diffĂ©renciĂ© du drapeau français par l’apposition du dessin de l’arbre national, l’aucoumea[36]. LĂ  encore, Foccart refuse[36].

À la tĂȘte de la RĂ©publique du Gabon

La mise en place du pouvoir personnel (1960-1964)

RĂ©pression, soumission et corruption

DĂšs juillet 1958, une troisiĂšme force politique tente de s’imposer au Gabon : le Parti de l’UnitĂ© nationale gabonaise (PUNGA) menĂ© par RenĂ© Sousatte et Jean-Jacques Boucavel[38]. AprĂšs avoir appelĂ© au « non Â» lors du rĂ©fĂ©rendum de 1958[38], le PUNGA organise plusieurs manifestations, soutenues par l’UDSG, afin d'obtenir l’indĂ©pendance et la tenue de nouvelles Ă©lections lĂ©gislatives[33]. En mars 1960, sachant que l’indĂ©pendance est dĂ©jĂ  donnĂ©e par la France, Mba fait interdire par le Conseil des ministres le PUNGA puisque son objectif avouĂ© est atteint[39]. Puis, il lance un mandat d’arrĂȘt contre RenĂ© Sousatte sous prĂ©texte qu’il comploterait, et des perquisitions ont lieu au domicile de membres de l’UDSG, soupçonnĂ©s de complicitĂ©[39]. IntimidĂ©s, trois dĂ©putĂ©s UDSG rejoignent la majoritĂ© gouvernementale reprĂ©sentant dĂ©sormais 32 dĂ©putĂ©s sur 40[39]. Les 27 et 28 mai, l’AssemblĂ©e adopte une sĂ©rie de lois restreignant les libertĂ©s individuelles ; dĂ©sormais toute rĂ©union publique est sujet Ă  une rĂ©glementation, et tout acte considĂ©rĂ© comme subversif est rĂ©prĂ©hensible[39].

Pourtant, LĂ©on Mba aspire Ă  l’instauration d’un rĂ©gime dĂ©mocratique, condition nĂ©cessaire selon lui au dĂ©veloppement et Ă  l’attrait des investissements au Gabon[40]. Il tente ainsi, selon ses conceptions, de concilier les impĂ©ratifs de la dĂ©mocratie et la nĂ©cessitĂ© d’une activitĂ© gouvernementale ferme et cohĂ©rente[40]. Mais son rĂ©gime est sujet Ă  de nombreuses dĂ©rives. Un culte de la personnalitĂ© se dĂ©veloppe progressivement autour de celui qu’on appelle dĂ©sormais « le vieux Â» ou « le patron Â»[34] ; des disques chantent ses louanges, des timbres et pagnes sont imprimĂ©s Ă  son effigie[34]. Par ailleurs, les scrutins sont organisĂ©es de telle maniĂšre que le BDG l'emporte forcĂ©ment, comme en tĂ©moignent les Ă©lections des « conseils de district Â» du 19 juin 1960[39].

La situation ne s'arrange guĂšre aprĂšs que l’indĂ©pendance ait Ă©tĂ© proclamĂ©e le 17 aoĂ»t. En septembre suivant, alors que le gouvernement prĂ©pare la nouvelle constitution, une opposition opiniĂątre contre Mba se profile Ă  l’AssemblĂ©e nationale et au sein du parti gouvernemental[41]. Une partie des militants menĂ©s par le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale Paul Gondjout, suivis par les dĂ©putĂ©s UDSG, rejettent le projet gouvernemental de constitution prĂ©sidentielle[41]. Finalement, le 4 novembre 1960, une constitution de type parlementaire est adoptĂ©e[42]. Mis en minoritĂ©, le Premier ministre demande l’aide financiĂšre de Paris afin d’acheter pour 13 Ă  15 millions de francs CFA des dĂ©putĂ©s[43].

L’incident clos, LĂ©on Mba dĂ©cide alors de satisfaire l’opinion publique gabonaise, en renvoyant le 10 novembre les membres europĂ©ens du gouvernement[44]. Sont concernĂ©s : le ministre de l’IntĂ©rieur Edouard Duhaut, de la Production forestiĂšre Pierre Mariani ainsi que celui de la SantĂ© Maurice Jourdan[44]. Cette dĂ©cision n’élimine pas pour autant les europĂ©ens du pouvoir qui, grĂące Ă  un systĂšme de corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e instaurĂ© par Roland Bru, gardent leur influence sur les affaires internes du Gabon[43]. En revanche ce remaniement provoque une nouvelle crise au sein de la majoritĂ©. Il s'est fait sans consultation du Parlement, ce qui est une violation de la constitution[45]. Paul Gondjout, pourtant alliĂ© de Mba, dĂ©pose une motion de censure[45]. Gondjout espĂšre sans doute bĂ©nĂ©ficier d’un partage du pouvoir Ă  son avantage, c’est-Ă -dire l’instauration d’un parlement fort et d’un Premier ministre disposant de l’exĂ©cutif[46]. OutrĂ©, Mba rĂ©agit de maniĂšre rĂ©pressive. Le 16 novembre, sous prĂ©texte d’un complot, il dĂ©crĂšte l’état d’urgence, ordonne illĂ©galement l’internement de huit de ses adversaires au sein du BDG (dont Gondjout) et ce malgrĂ© leur immunitĂ© parlementaire[45]. Le lendemain, il dissout l’AssemblĂ©e nationale[45]. Les Ă©lecteurs sont appelĂ©s Ă  voter de nouveau le 12 fĂ©vrier 1961[47].

L’« hyperprĂ©sident Â» du Gabon

Entre-temps, le 4 dĂ©cembre, il est Ă©lu au poste de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du BDG Ă  la place de Gondjout[48]. Il se tourne vers l’opposition pour renforcer sa position[47]. Il forme avec Aubame une liste d’Union nationale, suffisamment Ă©quilibrĂ©e pour plaire aux Ă©lecteurs[49] bienqu'elles se fassent au dĂ©triment du leader de l'opposition[50]. Afin d’optimiser au mieux sa victoire, Mba rend le vote obligatoire tandis que le dĂ©pĂŽt obligatoire pour chaque candidat est portĂ© Ă  100 000 francs, dĂ©courageant ainsi les candidatures hors de la Liste d’Union[51]. Ainsi, le 12 fĂ©vrier, la liste remporte 99,75% des suffrages[49]. Le mĂȘme jour, LĂ©on Mba est Ă©lu en tant que candidat unique Ă  la prĂ©sidence du Gabon[50]. Pour le remercier pour son aide, Aubame est nommĂ© ministre des Affaires Ă©trangĂšres Ă  la place d'AndrĂ© Gustave AnguilĂ©[49].

Le 21 fĂ©vrier 1961, l'adoption d'une nouvelle constitution instaure un rĂ©gime qualifiĂ© d’« hyperprĂ©sidentiel Â»[52]. Le prĂ©sident de la rĂ©publique, chef du gouvernement, nomme les ministres dont il dĂ©termine librement les fonctions et qui ne sont responsables que devant lui seul[53]. Un rapport des services secrets français rĂ©sume la nouvelle situation de la façon suivante :

« Se voulant et se croyant sincĂšrement dĂ©mocrate, au point qu’aucune accusation ne l’irrite davantage que celle d’ĂȘtre un dictateur, il n’en a pas moins eu de cesse qu’il n’ait fait voter une constitution lui accordant pratiquement tous les pouvoirs et rĂ©duisant le parlement au rĂŽle d’un dĂ©cor coĂ»teux que l’on escamote mĂȘme en cas de besoin.[46] Â»

Bien que de 1961 Ă  1963, l’Union nationale permet aux deux rivaux de faire taire leurs querelles[54], un malaise politique naĂźt au sein de la population, d’autant que de nombreux Ă©tudiants sont emprisonnĂ©s lors de manifestations de contestation[55]. En fĂ©vrier 1961, il dĂ©crĂšte de nouveau l’internement d’une vingtaine de personnes[48]. Par ailleurs, le prĂ©sident n’hĂ©site pas Ă  se faire justice lui-mĂȘme[56] ; il frappe, Ă  l’aide d’une chicotte, les citoyens qui lui manquent de respect, notamment les passants qui « oublient Â» de le saluer[56].

Le 9 fĂ©vrier 1963, le prĂ©sident gracie les personnalitĂ©s arrĂȘtĂ©es en novembre 1960[57]. Le 19 du mĂȘme mois, c’est la rupture avec Aubame[58] ; le ministre des Affaires Ă©trangĂšres refuse d’instituer le monopartisme en sabordant son parti[59]. En rĂ©action Ă  cet affront, tous les ministres UDSG sont dĂ©mis, Ă  l’exception de François Meye qui se rallie Ă  Mba[58]. Le prĂ©sident explique alors que :

« L’Union nationale n’a pas Ă  ĂȘtre construite, elle existe en fait.[57] Â»

Souhaitant Ă©loigner de l'arĂšne politique son ancien ministre redevenu son grand rival, il nomme Aubame, le 25 fĂ©vrier, prĂ©sident de la Cour suprĂȘme[57]. Par la suite, sous le prĂ©texte d’une incompatibilitĂ© de fonctions avec celles de parlementaire, Mba rĂ©clame sa dĂ©mission de l’AssemblĂ©e[60]. Aubame rĂ©sout le problĂšme en dĂ©missionnant de son poste de prĂ©sident de la Cour suprĂȘme, contrariant ainsi les plans de Mba[60]. Face Ă  des rapports tendus entre le gouvernement et l’AssemblĂ©e nationale, bien que celle-ci soit acquise Ă  70% par le BDG, le prĂ©sident gabonais la dissout le 21 janvier 1964[61]. L’opposition annonce dĂšs lors son refus de participer au futur scrutin qu’elle ne considĂšre pas comme Ă©quitable[61].

La tentative de coup d’État du 18 fĂ©vrier 1964

Officiers français et gabonais.

Dans la nuit du 17 au 18 fĂ©vrier 1964, aux environs de cinq heures du matin, 150 militaires gabonais dirigĂ©s par les lieutenants Jacques Mombo et ValĂšre Essone, arrĂȘtent le prĂ©sident LĂ©on Mba, le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale Louis Bigman, et plusieurs ministres[62]. Par la radio, les militaires annoncent au peuple gabonais le coup d’État et demandent Ă  l’assistance technique française de ne pas s’immiscer dans l’affaire[62]. LĂ©on Mba est obligĂ© de prononcer une allocution radiodiffusĂ©e oĂč il reconnaĂźt sa dĂ©faite :

« Le jour J est arrivĂ©, les injustices ont dĂ©passĂ© la mesure, ce peuple est patient, mais sa patience a des limites
 il est arrivĂ© Ă  bout.[62] Â»

Durant ces Ă©vĂšnements, aucun coup de feu n’est tirĂ©[63]. Le peuple ne rĂ©agit pas, signe selon les militaires de l’approbation du putsch[63]. Un gouvernement provisoire est constituĂ©, et sa prĂ©sidence est offerte Ă  son grand rival Jean-Hilaire Aubame[64]. Il n’est composĂ© que de personnalitĂ©s politiques civiles, provenant aussi bien de l’UDSG que du BDG comme Paul Gondjout[64]. Quant aux putschistes, ils se contentent d’assurer la sĂ©curitĂ© civile[64]. D’ailleurs, toute la petite armĂ©e gabonaise n’est pas intervenue dans le coup d’État ; encadrĂ©e en majoritĂ© par des officiers français, elle est restĂ©e dans ses casernes[65].

Des instructions sont donnĂ©es pour que LĂ©on Mba soit transfĂ©rĂ© Ă  NjolĂ©, fief Ă©lectoral de Aubame[41]. Mais du fait de violentes pluies, le prĂ©sident dĂ©chu est amenĂ© Ă  LambarĂ©nĂ©[41], Ă  250 kilomĂštres de Libreville. Le nouveau chef du gouvernement, Aubame, prend rapidement contact avec l’ambassadeur français, Paul Cousseran, afin de lui assurer que les biens des ressortissants Ă©trangers seront protĂ©gĂ©s et Ă©viter ainsi toute intervention militaire[66].

Mais Ă  Paris, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle et Jacques Foccart en ont dĂ©cidĂ© autrement[67]. En effet, Mba Ă©tait un des plus fidĂšles alliĂ©s de la France en Afrique ; en visite en France en 1961, il avait affirmĂ© :

« Tout Gabonais a deux patries : la France et le Gabon.[68] Â»

De plus, sous son rĂ©gime, les EuropĂ©ens jouissaient d’un traitement particuliĂšrement amical[69]. Les autoritĂ©s françaises dĂ©cident donc, en conformitĂ© avec des accords franco-gabonais signĂ©s, de rĂ©tablir le gouvernement lĂ©gal[67]. Toutefois, l’intervention ne peut ĂȘtre dĂ©clenchĂ©e sans une requĂȘte officielle du chef d'État gabonais[66]. LĂ©on Mba Ă©tant constitutionnellement « empĂȘchĂ© Â», les Français font appel au vice-prĂ©sident gabonais, Paul Marie Yembit, qui n’avait pas Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©[66]. Mais celui-ci reste introuvable ; il est donc dĂ©cidĂ© de rĂ©diger une lettre anti-datĂ©e que Yembit signerait plus tard[70]. Ainsi, dans la nuit du 18 au 19, les troupes françaises de Dakar et Brazzaville dĂ©barquent Ă  Libreville et rĂ©tablissent Mba au pouvoir[71]. Les combats ont fait un mort du cĂŽtĂ© français, et 15 Ă  25 du cĂŽtĂ© gabonais[71].

Sous la tutelle directe de Paris (1964-1967)

Restauration, radicalisation et paranoĂŻa

RĂ©installĂ© au pouvoir, LĂ©on Mba refuse de considĂ©rer que le coup d’État Ă©tait dirigĂ© contre lui et son rĂ©gime[72]. Pour lui, il s’agissait d’un complot contre l’État[72]. Rapidement pourtant, des manifestions anti-gouvernementales ont lieu avec des slogans comme « LĂ©on Mba, prĂ©sident des Français ! Â» ou rĂ©clamant la fin de la « dictature Â»[73]. Elles se solidarisent avec Aubame lorsque le 23 mars, il est inculpĂ©[72]. Bien que certainement innocent des prĂ©paratifs du coup d’État, ce dernier est condamnĂ© Ă  l’issue d’un procĂšs, Ă  10 ans de travaux forcĂ©s et 10 ans d’interdiction de sĂ©jour[74].

MalgrĂ© ces Ă©vĂšnements, les Ă©lections lĂ©gislatives d’avril 1964, prĂ©vues avant le putsch, sont maintenues. L’opposition se voit privĂ©e de ses grandes figures, empĂȘchĂ©es de participer au scrutin du fait de leur compromission dans le putsch[75]. L’UDSG disparaĂźt de la course Ă©lectorale et l’opposition n’est composĂ©e que de partis sans envergure nationale, dĂ©fendant la dĂ©mocratie ou des intĂ©rĂȘts rĂ©gionaux[76]. Cette derniĂšre remporte toutefois, dans un scrutin de liste majoritaire Ă  un tour, 46% des suffrages et 16 siĂšges sur 47, tandis que le BDG reçoit 54% des suffrages et 31 siĂšges[76]. Mais les signes de fraude sont nombreux et tout laisse Ă  penser que l’opposition aurait dĂ» remporter l’élection[77].

La situation ne s’amĂ©liore pas pour autant[78]. Le 8 octobre 1964, l’ambassade amĂ©ricaine Ă  Libreville rapporte que le « â€˜rĂšgne de terreur’ qui avait dĂ©butĂ© vers le 23 septembre continue sans diminuer. Des signes de troubles sont Ă©vidents et le peuple manifeste son mĂ©contentement devant les mesures rĂ©pressives de Mba. Hier, un groupe de prisonniers politiques a Ă©tĂ© promenĂ© nu Ă  travers la ville et publiquement battu avec des clubs de golf et des crosses de fusils. A la session d’ouverture de l’AssemblĂ©e, deux dĂ©putĂ©s ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et la police en recherche un troisiĂšme Â»[78]. On assiste ainsi Ă  une radicalisation du rĂ©gime, LĂ©on Mba ne s'Ă©tant jamais remis du putsch[79].

Pour le rassurer, une garde prĂ©sidentielle, vĂ©ritable troupe d’élite, est formĂ©e par un ancien barbouze français, Bob Maloubier, et cofinancĂ©e par les groupes pĂ©troliers français[79]. Ces derniers, installĂ©s dans le pays depuis 1957, avaient renforcĂ© leurs intĂ©rĂȘts en 1962 aprĂšs la dĂ©couverte et l'exploitation des premiers gisements off shore[80]. Le Gabon devint une piĂšce majeure dans l'approvisionnement pĂ©trolier de la France[80]. Leur influence est telle que le PDG de l'Union gĂ©nĂ©rale des pĂ©troles (devenu en 1967 ELF Aquitaine), Pierre Guillaumat, prit part Ă  la dĂ©cision de l’intervention militaire[80]. D’ailleurs, le pĂ©trolier gaulliste, Guy PonsaillĂ©, est nommĂ©, par la suite, conseiller politique du prĂ©sident et devient le reprĂ©sentant des entreprises françaises auprĂšs de Mba[79]. Mais le prĂ©sident gabonais a peur ; il reste cloitrĂ© dans son palais prĂ©sidentiel surprotĂ©gĂ©[81]. PonsaillĂ© parvient Ă  le modĂ©rer dans ses dĂ©cisions et le convainc de l’accompagner dans les provinces du pays afin de restaurer son image auprĂšs des Gabonais[79].

Quant aux ambassadeurs français Cousseran et amĂ©ricain Darlington, soupçonnĂ©s de sympathie envers Aubame, ils quittent peu de temps aprĂšs les Ă©vĂšnements le Gabon[82]. Le nouvel ambassadeur français est François Simon de Quirielle, un « diplomate traditionnel Â», bien dĂ©cidĂ© Ă  ne pas interfĂ©rer dans les affaires intĂ©rieures gabonaises[83]. Au bout de quelques mois de malentendus, LĂ©on Mba contacte Foccart pour lui dire qu’il ne supporte plus cet ambassadeur :

« Vous vous rendez compte, explose le prĂ©sident gabonais, je reçois de Quirielle pour faire un tour d’horizon avec lui. Je lui demande ce qu’il pense de tel ministre [gabonais], de telle question qui est Ă  l’ordre du jour [de la politique intĂ©rieure du Gabon]. Devinez ce qu’il me rĂ©plique! Monsieur le prĂ©sident, je suis dĂ©solĂ©, les fonctions que j’occupe m’interdisent d’intervenir comme vous me le demandez dans les affaires de votre pays.[83] Â»

À la suite de cet incident, Foccart fait nommer en mai 1965 Ă  Libreville, « un colonialiste Â», Maurice Delauney, qui s’installe tel un vĂ©ritable haut-commissaire[83]. Tous ces français qui entourent, protĂšgent et conseillent le prĂ©sident, forment ensemble le « clan des Gabonais Â»[84]. Tous en Ă©troites relations avec Foccart, ils assurent que les intĂ©rĂȘts Ă  long terme de la France soient protĂ©gĂ©s[85]. Les anciens amis de LĂ©on Mba, les forestiers, n’auront alors plus jamais l’influence qu’ils ont pu avoir ; Roland Bru est mĂȘme invitĂ© par Paris, Ă  ne plus retourner au Gabon[85].

La succession et la postérité

DĂšs 1965, les Français cherchent un successeur Ă  LĂ©on Mba, vieillissant et malade[86]. Ils le trouvent en la personne de Albert-Bernard Bongo, jeune chef de cabinet du prĂ©sident[81]. Ce dernier est personnellement « testĂ© Â» par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle en 1965, lors d’une visite Ă  l’ÉlysĂ©e[87]. ConfirmĂ© comme successeur, Bongo est nommĂ© le 24 septembre 1965 ministre dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la prĂ©sidence, mais occupe dans les faits les fonctions d’un Premier ministre[81].

En aoĂ»t 1966, Mba est hospitalisĂ© Ă  Paris et ne retourne plus au Gabon[88]. MalgrĂ© son incapacitĂ© Ă  gouverner, le prĂ©sident s’accroche au pouvoir ; ce n’est qu’aprĂšs de longues insistances de Foccart[89], que Mba accepte, le 14 novembre 1966, de nommer Bongo vice-prĂ©sident Ă  la place de Yembit, par un message radiotĂ©lĂ©visĂ©, enregistrĂ© dans sa chambre de l’hĂŽpital Claude-Bernard Ă  Paris[90]. Une rĂ©forme constitutionnelle en fĂ©vrier 1967 lĂ©gitime le dauphin. Les prĂ©paratifs de la succession sont finalisĂ©s par des Ă©lections lĂ©gislatives et prĂ©sidentielles anticipĂ©es, organisĂ©es le 19 mars 1967[91]. Aucun opposant n’ose se prĂ©senter, LĂ©on Mba est rĂ©Ă©lu avec 99,90% des suffrages tandis que le BDG remporte tous les siĂšges de l’AssemblĂ©e[91]. AprĂšs s’ĂȘtre dĂ©placĂ© tant bien que mal Ă  l’ambassade du Gabon afin de jurer sur la constitution, Mba dĂ©cĂšde le 27 novembre 1967 Ă  l’hĂŽpital, des suites de son cancer[89]. Albert-Bernard Bongo lui succĂšde constitutionnellement Ă  la prĂ©sidence.

En reconnaissance des soins qu'il avait reçus, le prĂ©sident LĂ©on Mba avait souhaitĂ© offrir Ă  la France un institut de mĂ©decine et d'Ă©pidĂ©miologie appliquĂ©e[92]. EncastrĂ© dans l’hĂŽpital Claude Bernard Ă  Paris[92], cet institut qui porte le nom de fondation LĂ©on Mba est inaugurĂ©e en novembre 1971 par Albert-Bernard Bongo[93]. Par ailleurs, sans dresser une liste complĂšte des infrastructures lui rendant hommage au Gabon, nous pouvons nĂ©anmoins citer l’aĂ©roport international LĂ©on Mba ou encore le Palais LĂ©on Mba oĂč siĂšgent les dĂ©putĂ©s[94]. Enfin, Ă  l'occasion du 40e anniversaire de la disparition de son prĂ©dĂ©cesseur, le prĂ©sident Omar Bongo Ondimba a inaugurĂ© le 28 novembre 2007 Ă  Libreville le tout nouveau mausolĂ©e dĂ©diĂ© Ă  la mĂ©moire de celui qui fut son parrain politique[3].

Annexes

Bibliographie

  • MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, Echec aux militaires au Gabon en 1964, Editions Chaka, Collection Afrique contemporaine, 1990 (ISBN 2907768069)
  • Florence Bernault, DĂ©mocraties ambiguĂ«s en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon, 1940-1965, Editions Karthala, 1996 (ISBN 2865376362)
  • Alexander Keese, « L’évolution du leader indigĂšne aux yeux des administrateurs français : LĂ©on M’Ba et le changement des modalitĂ©s de participation au pouvoir local au Gabon, 1922-1967 Â» In Afrique & histoire, 2004, n°2 (ISBN 2864323990)
  • Dominique Etoughe, Justice indigĂšne et essor du droit coutumier au Gabon - La contribution de LĂ©on M'ba, 1924-1938, Editions L'Harmattan, 2007 (ISBN 2296044042)
  • Pierre-Michel Durand, L’Afrique et les relations franco-amĂ©ricaines des annĂ©es soixante, Paris, Editions L’Harmattan, 2007 (ISBN 2296046053)
  • Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique, Paris, Nouveau Monde Ă©ditions, 2008 (ISBN 2847363858)

Notes et références

  1. ↑ a , b , c  et d  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe. Echec aux militaires au Gabon en 1964. Afrique contemporaine - 1990. p. 24.
  2. ↑ a  et b  Florence Bernault. DĂ©mocraties ambiguĂ«s en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon, 1940-1965. Editions Karthala – 1996. p. 215.
  3. ↑ a  et b  « Ce qu’il faut retenir du MĂ©morial Â» In Le mĂ©morial prĂ©sident LĂ©on Mba
  4. ↑ a , b , c , d  et e  Florence Bernault, op. cit., p. 216.
  5. ↑ a , b , c , d , e  et f  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 25.
  6. ↑ Dans cette lettre, les Fangs sont nommĂ©s Pahouins.
  7. ↑ a , b , c  et d  Alexander Keese. « L’évolution du leader indigĂšne aux yeux des administrateurs français : LĂ©on M’Ba et le changement des modalitĂ©s de participation au pouvoir local au Gabon, 1922-1967 Â» In Afrique & histoire, 2004, n°2. p. 144.
  8. ↑ a , b , c  et d  Alexander Keese, op. cit., p. 145.
  9. ↑ a , b , c  et d  Alexander Keese, op. cit., p. 146.
  10. ↑ a  et b  Florence Bernault, op. cit., p. 218.
  11. ↑ a , b , c  et d  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 26.
  12. ↑ a  et b  Alexander Keese, op. cit., p. 147.
  13. ↑ a  et b  Alexander Keese, op. cit., p. 148.
  14. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 217.
  15. ↑ a  et b  Alexander Keese, op. cit., p. 149.
  16. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 220.
  17. ↑ a  et b  Florence Bernault, op. cit., p. 222.
  18. ↑ Alexander Keese, op. cit., p. 150.
  19. ↑ a  et b  Alexander Keese, op. cit., p. 151.
  20. ↑ a  et b  Alexander Keese, op. cit., p. 153.
  21. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 27
  22. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 223.
  23. ↑ a , b  et c  Florence Bernault, op. cit., p. 224.
  24. ↑ Clotaire Messi Me Nang, Fabrice N’Foule Mba et LĂ©on-Modeste Nnang Ndong, Le consensus politique au Gabon, de 1960 Ă  nos jours., UniversitĂ© de Paris I (thĂšse de doctorat), p.2
  25. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 227.
  26. ↑ Alexander Keese, op. cit., p. 159.
  27. ↑ Douglas A. Yates, The Rentier State in Africa: Oil Rent Dependency and Neocolonialism in the Republic of Gabon, Trenton, Africa World Press, 1996, p.103
  28. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 228
  29. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 261.
  30. ↑ a , b  et c  Florence Bernault, op. cit., p. 262.
  31. ↑ a , b  et c  Florence Bernault, op. cit., p. 263.
  32. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 293.
  33. ↑ a  et b  Florence Bernault, op. cit., p. 294.
  34. ↑ a , b  et c  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 29.
  35. ↑ Alexander Keese, op. cit., p. 161.
  36. ↑ a , b  et c  Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique, Paris, Nouveau Monde Ă©ditions, 2008, p.76
  37. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 295
  38. ↑ a  et b  Florence Bernault, op. cit., p. 269.
  39. ↑ a , b , c , d  et e  Florence Bernault, op. cit., p. 296.
  40. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 35.
  41. ↑ a , b , c  et d  Florence Bernault, op. cit., p. 21
  42. ↑ Clotaire Messi Me Nang, Fabrice N’Foule Mba et LĂ©on-Modeste Nnang Ndong, op. cit., p.3
  43. ↑ a  et b  Pierre-Michel Durand, L’Afrique et les relations franco-amĂ©ricaines des annĂ©es soixante, Paris, Editions L’Harmattan, 2007, p.233
  44. ↑ a  et b  Florence Bernault, op. cit., p. 298
  45. ↑ a , b , c  et d  Florence Bernault, op. cit., p. 300.
  46. ↑ a  et b  Alexander Keese, op. cit., p. 162.
  47. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 41.
  48. ↑ a  et b  Florence Bernault, op. cit., p. 301.
  49. ↑ a , b  et c  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 42.
  50. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 44.
  51. ↑ Florence Bernault, op. cit., p. 304
  52. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 46.
  53. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 45.
  54. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 52.
  55. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 49.
  56. ↑ a  et b  Patrick Pesnot, op. cit., p.78
  57. ↑ a , b  et c  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 54.
  58. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 53.
  59. ↑ Clotaire Messi Me Nang, Fabrice N’Foule Mba et LĂ©on-Modeste Nnang Ndong, op. cit., p.4
  60. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 55.
  61. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 59.
  62. ↑ a , b  et c  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 62.
  63. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 63.
  64. ↑ a , b  et c  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 64.
  65. ↑ Patrick Pesnot, op. cit., p.79
  66. ↑ a , b  et c  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 19.
  67. ↑ a  et b  Patrick Pesnot, op. cit., p.80
  68. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., pp. 23–24.
  69. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 23.
  70. ↑ Patrick Pesnot, op. cit., p.81
  71. ↑ a  et b  Florence Bernault, op. cit., p. 19.
  72. ↑ a , b  et c  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 100.
  73. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 92.
  74. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 104.
  75. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 94.
  76. ↑ a  et b  MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 96.
  77. ↑ Pierre-Michel Durand, op. cit., p. 244
  78. ↑ a  et b  Pierre-Michel Durand, op. cit., p. 247
  79. ↑ a , b , c  et d  Patrick Pesnot, op. cit., p.84
  80. ↑ a , b  et c  Tristan Gaston-Breton, « Pierre Guillaumat, Elf et la Françafrique Â», Lesechos.fr, 9 aoĂ»t 2006
  81. ↑ a , b  et c  Patrick Pesnot, op. cit., p.85
  82. ↑ MoĂŻse N’SolĂ© Biteghe, op. cit., p. 71.
  83. ↑ a , b  et c  Foccart parle : Entretiens avec Philippe Gaillard, Tome 1, Paris, Fayard-Jeune Afrique, 1995, p. 277.
  84. ↑ Patrick Pesnot, op. cit., p.82
  85. ↑ a  et b  Pierre-Michel Durand, op. cit., p. 245
  86. ↑ Jacques Foccart, Journal de l'ÉlysĂ©e, Tome 1 : Tous les soirs avec de Gaulle (1965-1967), Fayard - Jeune Afrique 1997, p. 58.
  87. ↑ BĂ©chir Ben Yahmed « Bongo par lui-mĂȘme Â», Jeune afrique, 17 juillet 2001.
  88. ↑ « Accession d'Albert-Bernard Bongo Ă  la prĂ©sidence du Gabon Â», World Perspective Monde.
  89. ↑ a  et b  Patrick Pesnot, op. cit., p.86
  90. ↑ Pierre Biarnes, Si tu vois le margouillat : souvenirs d'Afrique, Éditions L’Harmattan, 2007. p. 173.
  91. ↑ a  et b  Pierre Biarnes, op. cit., p. 174.
  92. ↑ a  et b  Le ministĂšre de l'Information, Notes et Ă©tudes documentaires, Paris, La Documentation française, 1970, p.32
  93. ↑ Centre d'Ă©tude d'Afrique noire de Bordeaux, AnnĂ©e africaine 1971, Paris, Éditions A. Pedone, 1972, p.434
  94. ↑ « Mission et vision Â» In Le mĂ©morial prĂ©sident LĂ©on Mba
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