Leon Daudet

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Leon Daudet

LĂ©on Daudet

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LĂ©on Daudet
Leon Daudet.JPG
Naissance 16 novembre 1867
Paris
DĂ©cĂšs 30 juin 1942
Saint-RĂ©my-de-Provence
Langue d'écriture Français
Genre(s) Romans, Essais, Critiques, Pamphlets, MĂ©moires
ƒuvres principales
  • ''Souvenirs des milieux littĂ©raires, politiques, artistiques et mĂ©dicaux, 1914-1921

LĂ©on Daudet, nĂ© le 16 novembre 1867 Ă  Paris et mort le 30 juin 1942 Ă  Saint-RĂ©my-de-Provence (Bouches-du-RhĂŽne), est un Ă©crivain, un journaliste et un homme politique français.

Sommaire

De la médecine à l'antidreyfusisme

LĂ©on Daudet est le fils aĂźnĂ© d'Alphonse Daudet et le frĂšre de Lucien Daudet. Son pĂšre, Ă©crivain renommĂ© mais aussi homme enjouĂ© et chaleureux, a beaucoup d'amis. Ses rĂ©ceptions du jeudi attirent de nombreuses personnalitĂ©s du monde de la culture. « Fils d'un Ă©crivain cĂ©lĂšbre et qui avait non seulement le goĂ»t, mais la passion des Ă©chantillons humains, depuis le vagabond de la route jusqu'au plus raffinĂ© des artistes, j'ai Ă©tĂ© en relation avec beaucoup de gens...[1] Â». Aussi LĂ©on frĂ©quente-t-il dĂšs son enfance des Ă©crivains et des journalistes, les uns, comme Gustave Flaubert, visiteurs Ă©pisodiques, les autres, comme Edmond de Goncourt, presque membres de la famille. Maurice BarrĂšs, Émile Zola, Edouard Drumont, Guy de Maupassant, Ernest Renan, Arthur Meyer, Gambetta, entre autres, marqueront ses souvenirs d’enfance.

En 1885, il entame des Ă©tudes de mĂ©decine dans l'espoir de soulager son pĂšre malade. Il voit de l’intĂ©rieur le monde mĂ©dical et frĂ©quente des sommitĂ©s comme Charcot jusqu’à son Ă©chec au concours de l'internat, en 1891. Cette expĂ©rience lui permet d'Ă©crire Les morticoles (1894), caricature amĂšre du monde mĂ©dical, qui le fait connaĂźtre.

Son premier roman, L'HĂ©ritier, paraĂźt en 1892, en feuilleton dans La Nouvelle Revue de Juliette Adam. En 1900, il est critique de thĂ©Ăątre au journal Le Soleil, collabore au Gaulois et Ă  La Libre Parole. Il dĂ©bute ainsi une carriĂšre d'Ă©crivain et de journaliste qu'il continuera Ă  un rythme enfiĂ©vrĂ© jusqu’à sa mort : il laissera environ 9 000 articles et 128 livres dont une trentaine de romans, une quinzaine d'essais philosophiques, des ouvrages de critique littĂ©raire, des pamphlets (une dizaine), de l'histoire, et enfin ses Souvenirs, publiĂ©s avec succĂšs de 1914 Ă  1921 qui restent son premier titre de renommĂ©e littĂ©raire.

En 1891, il Ă©pouse civilement Jeanne Hugo, petite-fille du poĂšte, sƓur de son meilleur ami Georges Hugo, Ă  la mairie du XVIe (Victor Hugo avait dĂ©fendu Ă  sa descendance la pratique du mariage religieux). Son beau-pĂšre, Édouard Lockroy, occupe diffĂ©rents postes ministĂ©riels entre 1886 et 1899. Ce mariage lui fait dĂ©couvrir de l'intĂ©rieur le monde qui gravite autour du poĂšte national : sa famille et le parti rĂ©publicain. Il divorcera en 1895, et Jeanne Hugo Ă©pouse en secondes noces Jean-Baptiste Charcot .

La rĂ©vision du procĂšs d'Alfred Dreyfus en 1898 le fait opter, ainsi que sa famille, pour le camp de l'ordre et de l'armĂ©e. ButĂ© autant qu'emportĂ©, il n'admettra jamais l'innocence du capitaine et verse dĂšs lors dans un antisĂ©mitisme qui associe le juif Ă  l’Allemagne, antisĂ©mitisme auquel l'avait sans doute prĂ©parĂ© l'amitiĂ© de son pĂšre avec Édouard Drumont.

Le polémiste de l'Action française

Article dĂ©taillĂ© : L'Action française.

Bien qu'il connût déjà Charles Maurras et Henri Vaugeois, c'est sa rencontre, en 1904, avec le duc d'Orléans qui décide de sa vocation monarchiste, vocation renforcée par son mariage, en 1903, avec sa cousine Marthe Allard, qui partage ses idées et les finance.

L'affaire des fiches (1904), suivie de l'affaire Syveton, dans laquelle il s'obstinera Ă  voir un assassinat, renforcent son engagement dans la politique rĂ©actionnaire et anti-parlementaire. En 1908, il est l'un des fondateurs, avec Charles Maurras, Henri Vaugeois et Maurice Pujo, du quotidien L'Action française, oĂč il exerce la fonction de rĂ©dacteur en chef, puis de co-directeur Ă  partir de 1917, et dont il demeurera l'Ă©ditorialiste jusqu'en 1941.

Il devient dĂšs lors une figure de la vie culturelle et politique : articles polĂ©miques charriant les injures, voire les appels au meurtre, style percutant et comique, mais aussi essais, livres d'histoire et romans se succĂšdent Ă  un rythme soutenu. Le personnage est Ă©norme, au moral comme au physique, mangeant, buvant, Ă©crivant, discourant sans cesse. Celui qu'on surnomme « le gros LĂ©on Â» dĂ©fraye la chronique, autant par ses Ă©crits que par les duels que lui valent ses insultes et les coups qu'il donne ou reçoit au cours de manifestations qui se terminent souvent au poste.

À partir de 1912, il entame une campagne dĂ©nonçant l'infiltration des milieux des affaires et de la politique par des agents Ă  la solde de l'Allemagne, campagne dont il verra l'aboutissement avec l'arrestation de Miguel Almereyda (affaire du Bonnet rouge) lors de la PremiĂšre Guerre mondiale en 1917, suivie de celles de Louis Malvy et de Joseph Caillaux, accusĂ©s de forfaiture et qu'il aurait voulu voir fusillĂ©s en compagnie d’Aristide Briand. Son livre L'Avant-Guerre, sortit le 5 mars 1913 se rĂ©vĂ©lant prophĂ©tique sur certains points, verra ses ventes passer de 12 000 exemplaires Ă  20 000 en dĂ©but du conflit. Entre fin 1914 et dĂ©but 1916, il s'en vendra 50 000 exemplaires de plus. Le ministre de l'intĂ©rieur Louis Malvy fit interdire les confĂ©rences de Daudet oĂč il commentait son livre[2].

Député de Paris, mort de Philippe Daudet et emprisonnement

LĂ©on Daudet
Parlementaire français
Naissance
DĂ©cĂšs
Mandat Député 1919-1924
Début du mandat {{{début du mandat}}}
Fin du mandat {{{fin du mandat}}}
Circonscription Seine
Groupe parlementaire Indépendants
IIIe république

De 1919 Ă  1924, il est dĂ©putĂ© de l'Union nationale Ă  Paris, principal porte-parole des nationalistes et, mĂȘme s'il estimera plus tard avoir perdu lĂ  quatre ans et demi de sa vie, les occasions ne lui manquent pas d'animer les dĂ©bats par ses boutades et ses invectives.

En 1923, son fils Philippe meurt dans des circonstances restĂ©es mystĂ©rieuses. Certes l'adolescent tourmentĂ© et psychiquement fragile (il Ă©tait Ă©pileptique) avait fait plusieurs fugues, certes des tĂ©moignages et une lettre posthume portent Ă  croire Ă  la thĂšse officiellement retenue du suicide, mais des bizarreries dans l'enquĂȘte, des coĂŻncidences et le climat de violence politique de l'Ă©poque (Marius Plateau, un collaborateur de l'Action Française, a Ă©tĂ© assassinĂ© quelques mois plus tĂŽt par une anarchiste) laissent toujours la place au doute. LĂ©on, quant Ă  lui, n'hĂ©site pas Ă  mettre en cause la police politique (qu'il dĂ©noncera d'ailleurs dans un livre[3]) du pouvoir rĂ©publicain, porte plainte contre plusieurs hauts fonctionnaires et, au terme d'une enquĂȘte publiĂ©e jour aprĂšs jour dans l'Action Française, accuse de faux tĂ©moignage un des principaux tĂ©moins, ce qui lui vaut d'ĂȘtre condamnĂ©, en 1925, Ă  cinq mois de prison ferme.

En 1927, ayant Ă©puisĂ© tous les recours et toujours persuadĂ© d'ĂȘtre victime d'une machination policiĂšre, LĂ©on Daudet transforme pendant quelques jours les locaux de l'Action Française en Fort Chabrol avant de se rendre. IncarcĂ©rĂ© Ă  la SantĂ©, il est libĂ©rĂ© deux mois plus tard par les Camelots du Roi, qui sont parvenus, dĂ©tournant les communications tĂ©lĂ©phoniques de la prison et dĂ©ployant des dons d'imitateurs, Ă  faire croire Ă  son directeur que le gouvernement lui ordonnait d'Ă©largir discrĂštement le journaliste monarchiste et, pour faire bonne mesure, le dĂ©putĂ© communiste Pierre SĂ©mard.

Suivent deux ans d'exil à Bruxelles, durant lesquels il continue sa collaboration avec le quotidien monarchiste et la publication effrénée d'essais, de pamphlets, de souvenirs et de romans.

Les années 1930 et Vichy

De retour Ă  Paris aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©tĂ© graciĂ©, il reprend sa place au journal et participe activement Ă  la vie politique : il dĂ©nonce la corruption du rĂ©gime, prĂ©dit la guerre, soutient le fascisme de Mussolini mais redoute le relĂšvement de l’Allemagne, et espĂšre, lors de la manifestation du 6 fĂ©vrier 1934, la chute de la « Gueuse Â», dĂ©nonçant Camille Chautemps (dĂ©missionnaire de la prĂ©sidence du conseil depuis quelques jours en raison de l'affaire Stavisky) comme le « chef d'une bande de voleurs et d'assassins Â»[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Il souhaitait depuis plusieurs annĂ©es l'arrivĂ©e de PĂ©tain au pouvoir lorsque la dĂ©faite amĂšne, pour reprendre l'expression de Charles Maurras, la « divine surprise Â». Mais l'occupation allemande dĂ©sole ce patriote rĂ©solument latin et viscĂ©ralement antigermanique, qui a depuis les annĂ©es 1920 beaucoup tempĂ©rĂ© son antisĂ©mitisme.

Il meurt en 1942 Ă  Saint-RĂ©my-de-Provence, dans le pays des « Lettres de mon moulin Â».

LĂ©on Daudet, Ă©crivain

C’est dans son Ɠuvre de mĂ©morialiste que ses dons d’écrivain paraissent aujourd’hui les plus Ă©clatants.

Il entreprend la rĂ©daction de ses mĂ©moires Ă  47 ans en 1914, voulant offrir Ă  ses lecteurs « un tableau vĂ©ridique sans l’attĂ©nuation qu’apporte aux jugements un Ăąge avancĂ© Â». Il les intitule Souvenirs des milieux littĂ©raires, politiques, artistiques et mĂ©dicaux. Il a, dĂšs son enfance, cĂŽtoyĂ© des Ă©crivains (du salon d’Alphonse Daudet au grenier Goncourt, du salon de Mme de Loynes Ă  la crĂ©ation de l'AcadĂ©mie Goncourt), des scientifiques, des hommes politiques, des journalistes (du Gaulois au Figaro) , des hommes de thĂ©Ăątre, et aura Ă©tĂ© proche de nombre d'entre eux. Son sens de l'observation, son style enlevĂ© et sa fĂ©rocitĂ© lui ont permis de graver Ă  l’eau forte des milliers de pages de portraits et d’anecdotes qu'on dirait saisis sur le vif.

« Nul n’a su comme lui faire le portrait au vitriol de ses contemporains, esquisser une silhouette en quelques traits mordants, dĂ©cerner des surnoms qui collent Ă  la peau, trouver la formule assassine qui Ă©tend raide l’adversaire, dĂ©crire avec une verve prodigieuse les ridicules d’un salon, d’une acadĂ©mie, d’une assemblĂ©e parlementaire, d’un tribunal, Ă©voquer l’ambiance hallucinante des hĂŽpitaux de sa jeunesse. Tout un monde, toute une Ă©poque, ressurgissent sous sa plume, avec les couleurs de la vie mĂȘme. Â», rappelle Bernard Oudin, qui a Ă©tabli les notes de l'Ă©dition de LĂ©on Daudet : souvenirs et polĂ©miques dans la collection Bouquins (1992).

Si ses romans - il poursuivra toute sa vie une carriĂšre de romancier avec un insuccĂšs littĂ©raire Ă  peu prĂšs total - ont beaucoup vieilli, si son Ɠuvre de polĂ©miste ne suscite plus l'intĂ©rĂȘt, ses Souvenirs restent une mine pour tous ceux que la IIIe RĂ©publique intĂ©resse.

Son antisĂ©mitisme nous choque aujourd’hui, mais faut-il rappeler qu’il Ă©tait, au tournant du siĂšcle, rĂ©pandu dans toute la sociĂ©tĂ© française, voire europĂ©enne ? Ses jugements Ă  l'emporte-piĂšce et ses partis pris souvent dictĂ©s par ses haines politiques n'empĂȘchent pas des opinions originales et un anti-conformisme qui l’a parfois fait classer dans les « anarchistes de droite » lui a mĂȘme permis de dĂ©fendre des Ɠuvres ou des auteurs auxquels son entourage traditionaliste Ă©tait hostile. Ainsi a-t-il fait obtenir en 1919 le Prix Goncourt Ă  Marcel Proust (pourtant de mĂšre juive et surtout dreyfusard) qui le lisait et restera son ami (il lui dĂ©die « Le cĂŽtĂ© de Guermantes Â»), tentera-t-il sans succĂšs de le faire attribuer Ă  CĂ©line pour « Voyage au bout de la nuit Â», ouvrage alors honni par les patriotes, ainsi Ă©crira-t-il, au grand dam de son clan, un article Ă©logieux sur AndrĂ© Gide, louera-t-il Picasso et confiera-t-il (le comble pour un antisĂ©mite) « qu'il n'a pas connu d'idĂ©aliste plus complet que Marcel Schwob Â».

Extraits : quelques portraits

  • Marcel Proust au restaurant Weber entre 1900 et 1905 (Salons et Journaux, chap. IX)

« Vers 7 heures et demie arrivait chez Weber un jeune homme pĂąle, aux yeux de biche, suçant ou tripotant une moitiĂ© de sa moustache brune et tombante, entourĂ© de lainages comme un bibelot chinois. Il demandait une grappe de raisin, un verre d’eau et dĂ©clarait qu’il venait de se lever , qu’il avait la grippe, qu’il s’allait recoucher, que le bruit lui faisait mal, jetait autour de lui des regards inquiets, puis moqueurs, en fin de compte Ă©clatait d’un rire enchantĂ© et restait. BientĂŽt sortaient de ses lĂšvres, profĂ©rĂ©es sur un ton hĂ©sitant et hĂątif, des remarques d’une extraordinaire nouveautĂ© et des aperçus d’une finesse diabolique. Ses images imprĂ©vues voletaient Ă  la cime des choses et des gens, ainsi qu’une musique supĂ©rieure, comme on raconte qu’il arrivait Ă  la taverne du Globe, entre les compagnons du divin Shakespeare. Il tenait de Mercutio et de Puck, suivant plusieurs pensĂ©es Ă  la fois, agile Ă  s’excuser d’ĂȘtre aimable, rongĂ© de scrupules ironiques, naturellement complexe, frĂ©missant et soyeux. C’était l’auteur de ce livre original, souvent ahurissant, plein de promesses : Du cĂŽtĂ© de chez Swann, c’était Marcel Proust. Â»

« Robert de Montesquiou, qui s’est depuis terriblement banalisĂ© et galvaudĂ© – consĂ©quence fatale de l’amour de la cĂ©lĂ©britĂ© –, passait pour un ĂȘtre rare, lointain, distant et fermĂ©. (
) L’homme Ă©tait mystĂ©rieux comme l’auteur, long et mince, sans Ăąge, tel que verni pour l’éternitĂ©, les rides du front savamment dĂ©plissĂ©es, habillĂ© avec ce goĂ»t rarissime qui aboutit Ă  un ensemble neutre par l’harmonie, le fondu de dĂ©tails voyants, fleuri quant Ă  la boutonniĂšre, et aussi quant au discours. Il racontait, comme pour des adeptes, de longues et fastidieuses anecdotes consacrĂ©es Ă  des arcanes mondains, mĂ©prisables mais inaccessibles, bafouĂ©s, mais Ă  la façon des idoles ; puis, vers la fin de son monologue, le comte Ă  Ă©couter debout Ă©clatait d’un rire aigu de femme pĂąmĂ©e. AussitĂŽt, comme pris de remords, il mettait sa main devant sa bouche et cambrait le torse en arriĂšre, jusqu’à ce que son incomprĂ©hensible joie fĂ»t Ă©teinte, comme s’il eĂ»t lĂąchĂ© un gaz hilarant. Â»

« J.-K. Huysmans, familier de Goncourt, Ă©tait silencieux et grave comme un oiseau de nuit. Mince et lĂ©gĂšrement voĂ»tĂ©, il avait le nez courbĂ©, les yeux enfoncĂ©s, le cheveu rare, la bouche longue et sinueuse, cachĂ©e sous la moustache floche, la peau grise et des mains fines de bijoutier ciseleur. Sa conversation, ordinairement crĂ©pusculaire, Ă©tait toute en exclamations Ă©cƓurĂ©es, dĂ©goĂ»tĂ©es sur les choses et les gens de son Ă©poque, qu’il exĂ©crait Ă©galement, qu’il maudissait, depuis la dĂ©cadence de la cuisine et l’invention des sauces toutes prĂ©parĂ©es, jusqu’à la forme des chapeaux. A la lettre, il vomissait son siĂšcle et le parcourait frileusement, comme un Ă©corchĂ© vif, souffrant des contacts, des atmosphĂšres, de la sottise ambiante, de la banalitĂ© et de l’originalitĂ© feinte, de l’anticlĂ©ricalisme et du bigotisme, de l’architecture des ingĂ©nieurs et de la sculpture « bien-pensante Â», de la tour Eiffel et de l’imagerie religieuse du quartier Saint-Sulpice. (
) Il fallait voir Huysmans, acculĂ© par un raseur dans un coin du « grenier Â» Goncourt, allumant une cigarette, comme pour chasser un insecte, cherchant Ă  s’évader par petits pas feutrĂ©s, et coulant vers son interlocuteur un regard de martyr qui eĂ»t voulu se faire bourreau. Un jour que j’étais arrivĂ© Ă  le dĂ©gager : « Merci, me dit-il, pour mes rotules ; je pensais ne jamais pouvoir les dĂ©coller de cet ignoble individu. Â» Il ne mĂ©nageait pas les termes, je vous assure, et ses coups de griffe laissaient, en gĂ©nĂ©ral, cinq raies sanglantes sur le museau de son fĂącheux. Â»

« La princesse, Ă  laquelle chacun s’accordait – je ne sais pourquoi – Ă  trouver grand air, Ă©tait une vieille et lourde dame, au visage impĂ©rieux plus qu’impĂ©rial, qui avait le tort de se dĂ©colleter. On citait d’elle des mots d’une brutalitĂ© assez joviale, notamment le cri fameux : « Nous qui avons eu un militaire dans la famille
 Â». En dĂ©pit de Taine, Renan et Sainte-Beuve, elle Ă©tait demeurĂ©e Ă©paisse et sommaire. Je l’ai vue ne parlant plus guĂšre, fixant sur ses invitĂ©s Ă  la ronde des yeux bovins et mĂ©fiants. (
) Edmond de Goncourt, afin de me faire briller, me demanda de conter une farce d’hĂŽpital, que je sabotai et qui n’amusa personne. L’ennui immense pleuvait du plafond sur la table chargĂ©e d’aigles, de verreries et de fleurs, sur les convives, qui peinaient pour animer ce cimetiĂšre d’une sociĂ©tĂ© jadis brillante, sur la maĂźtresse de maison dĂ©jĂ  lointaine, sur les mollets rebondis des larbins. On sortit de la table mortuaire, oĂč la nourriture, je dois l’ajouter, Ă©tait Ă  la fois exĂ©crable et parĂ©e, le poisson, sans goĂ»t ni sauce, prenant la forme d’une cĂŽtelette, et le rĂŽti baignant sur une eau saumĂątre, comme si le bƓuf Ă©tait demeurĂ© toute la nuit assis dans une mare. Â»

  • Portrait du comte Fleury, chargĂ© de l'importante rubrique des "mondanitĂ©s" au journal "bien-pensant" Le Gaulois dont Arthur Meyer est le directeur (FantĂŽmes et Vivants, chap. IV)

« Pendant ma collaboration au Gaulois – dont la comĂ©die perpĂ©tuelle m’enchantait - le « mondanitaire Â» en chef Ă©tait le comte Fleury, fils d’un favori Ă  la cour impĂ©riale, homme long, maigre, amer pareil Ă  un casse-noix Ă©brĂ©chĂ© et privĂ© de tout agrĂ©ment. Il Ă©tait non seulement recommandĂ©, mais ordonnĂ© audit Fleury d’assister Ă  la plupart des cĂ©rĂ©monies qu’il narrait quotidiennement aux lecteurs du Gaulois. On le voyait correct et sinistre, la tĂȘte dressĂ©e, tenant son haut-de-forme au bout de son parapluie, dans tous les cortĂšges nuptiaux ou funĂšbres Ă  la mode. Chaque jour, il saluait deux cents fois et serrait cent cinquante mains. Quelquefois conviĂ© aux dĂźners somptueux – tout au moins sur le papier – dont il cĂ©lĂ©brait la composition et les menus, il devait plus habituellement se contenter de la soirĂ©e, de cette invraisemblable soirĂ©e mondaine stĂ©rĂ©otypĂ©e, oĂč des messieurs chauves jouent au bridge, puis conversent, d’un air malicieux, avec de jeunes personnes Ă  transparence de bougie de luxe, lesquelles font semblant de rire de leurs propos ; oĂč de vieilles dames Ă©croulĂ©es s’entretiennent de la derniĂšre piĂšce issue d’Henri Lavedan et du dernier roman pondu par Marcel PrĂ©vost.

Meyer exigeait de lui, comme de ses prĂ©dĂ©cesseurs, qu’il fĂ»t constamment en habit, Ă  partir de sept heures du soir. Par la porte ouverte de son cabinet, on voyait l’infortunĂ©, courbĂ© en deux, alignant les bronzes et les sautoirs exposĂ©s Ă  la noce de Untel, rappelant les hauts faits des ancĂȘtres du nouveau mariĂ©, de la nouvelle mariĂ©e. (
) Parfois, un des admis aux « mondanitĂ©s Â» apportait lui-mĂȘme sa notice, avec le tableau de ses alliances et la nomenclature des cadeaux. Alors Fleury, tout pĂąle et courbĂ© jusqu’à terre, relisait ces magnificences d’une voix nasillarde, extasiĂ©e, comme si c’était pour lui que s’ouvrait la cataracte d’encriers de vermeil et de sucriers de cristal taillĂ© promis aux tĂȘte-Ă -tĂȘte des conjoints.(
) Un jour, il y eut un affreux scandale. Un typographe facĂ©tieux et spirituel – comme il n’en manque pas chez les Parigots – remplaça ce cadeau, un serpent qui se mord le dos, sujet en bronze et en argent, par cet autre : un sergent qui se mord le dos, sujet en bronze et en argent. Le numĂ©ro du Gaulois fit prime, Ă  cause de cet incomparable coquille. Meyer en demeura sombre pendant tout un jour. Je ne sais s’il diminua Ă  cette occasion les appointements de Fleury. Â»

ƒuvres

  • Le mĂ©morialiste :
    • Souvenirs des milieux littĂ©raires, politiques, artistiques et mĂ©dicaux (six volumes) :
      • FantĂŽmes et Vivants, 1914 (pĂ©riode 1880-1890 : Alphonse Daudet,Zola, Hugo, Goncourt)
      • Devant la douleur, 1915 ( Ă©tudes de mĂ©decine, maladie de son pĂšre)
      • L’Entre-Deux-Guerres, 1915 (pĂ©riode 1890-1904 : "Le Figaro", BarrĂšs,Schwob, Forain et Caran d'Ache)
      • Salons et Journaux, 1917 (le salon de Mme de Loynes, le journal Le Gaulois, le salon de Mme Bulteau, le restaurant Weber)
      • Au temps de Judas, 1920 (l'affaire Dreyfus, la ligue de la Patrie française, l'affaire Syveton)
      • Vers le roi, 1921 (l'Action française, l'AcadĂ©mie Goncourt)
    • DĂ©putĂ© de Paris, 1933, (pĂ©riode 1920- 1924, « Chambre Bleu horizon Â»)
    • Paris vĂ©cu, 1929-1930 (en deux tomes, Rive droite, Rive gauche), Ă©crit en exil Ă  Bruxelles (souvenirs Ă©voquĂ©s, non plus selon un ordre chronologique, mais au fil de promenades)
  • En hommage Ă  la Provence :
    • Notre Provence, (1933), en collaborationt avec Charles Maurras
  • À la mĂ©moire de son pĂšre :
    • Alphonse Daudet, 1898 (Ă©crit Ă  la mort de son pĂšre)
    • Quand vivait mon pĂšre, 1940 (Ă©crit deux ans avant sa propre mort)
  • Le pamphlĂ©taire :
    • Le Nain de Lorraine - Raymond PoincarĂ©, 1930
    • Le Garde des Seaux - Louis Barthou, 1930
    • Le Voyou De Passage - Aristide Briand, 1930
  • Le romancier :
    • Les Morticoles, (1894)
    • Le voyage de Shakespeare, (1896)
    • Suzanne, (1896)
    • Les Deux Ă©treintes, (1901)
    • Le partage de l'enfant (1905)
    • La MĂ©sentente (1911)
    • L’HĂ©rĂ©do, (1916)
    • L'amour est un songe, (1920)
    • L'Entremetteuse, (1922) (paru en octobre, le roman, accusĂ© d’obscĂ©nitĂ©, soulĂšve les protestations de certains milieux catholiques ; LĂ©on Daudet doit annoncer en novembre sa dĂ©cision de le « supprimer de son Ɠuvre Â» )
    • Les Bacchantes, (1931)
  • L'essayiste d'anticipation
    • L'avant-guerre

La bibliographie des Ɠuvres de LĂ©on Daudet est immense : en comptant les diffĂ©rentes Ă©ditions d'un mĂȘme ouvrage, elle comporte plus de 300 notices sur le catalogue de la BNF.

Notes et références

  1. ↑ Fantîmes et Vivants, p.1
  2. ↑ LĂ©on Daudet, Souvenirs politiques, Editions Albatros, 1974, p.79-80-90
  3. ↑ LĂ©on Daudet, La Police politique. Ses moyens et ses crimes, Denoel et Steele, Paris, 1934

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • François Broche, LĂ©on Daudet : le dernier imprĂ©cateur, Robert Laffont, 1992 (ISBN 978-2221072073)
  • Francis Bergeron, LĂ©on Daudet, coll. Qui suis-je ?, Éditions PardĂšs, 2007 (ISBN 978-2867143908)
  • François Maillot, LĂ©on Daudet, dĂ©putĂ© royaliste, Éd. Albatros, 1991 (ISBN 978-2727302896)
  • Éric VatrĂ©, LĂ©on Daudet ou le Libre RĂ©actionnaire, Éd. France-Empire, 1987 (ISBN 978-2704805617)
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  • DAUDET, LÉON° — (1867–1942), French writer and reactionary politician, codirector of L Action Française . He was born in Paris, the eldest son of Alphonse Daudet, and inherited his father s talent as a writer if not his moral sensitivity. A bigoted Catholic and… 
   Encyclopedia of Judaism

  • DAUDET (L.) — DAUDET LÉON (1867 1942) AprĂšs des Ă©tudes de mĂ©decine interrompues, qui lui inspirent Les Morticoles (1894), violente et savoureuse satire des milieux mĂ©dicaux oĂč apparaissent sa verve et sa causticitĂ©, LĂ©on Daudet envisage une carriĂšre littĂ©raire 
   EncyclopĂ©die Universelle

  • Leon Degrelle — LĂ©on Degrelle LĂ©on Degrelle Naissance 15 juin 1906 Bouillon, Belgique DĂ©cĂšs 31 mars 1994 (Ă  87 
   WikipĂ©dia en Français

  • Daudet — may refer to: Alphonse Daudet, a French novelist LĂ©on Daudet, a French journalist, writer, an active OrlĂ©anist, and a member of the AcadĂ©mie Goncourt (a son of the former) Lucien Daudet, another son of Alphonse, novelist, painter, and friend of… 
   Wikipedia


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