Histoire Du Laos


Histoire Du Laos

Histoire du Laos

Le Laos

Cet article présente un résumé de l'histoire du Laos, un pays enclavé d'Asie du Sud-Est, entouré par la Birmanie (ou le Myanmar), la Thaïlande, le Cambodge, le Viêt Nam et la République populaire de Chine.

Sommaire

La préhistoire

Plaines des jarres

Des fouilles dans la région de Luang Prabang effectuées par le géologue Fromaget permirent d'exhumer des restes d'hominiens, analogues au sinanthrope ou "homme de Pékin", attestant que le pays lao fut habité par l'homme depuis les temps les plus reculés. On a retrouvé également des objets de l'époque mésolithique et néolithique.

Il y a lieu de croire que le pays lao fut toujours un lieu où transitèrent de nombreuses populations de diverses origines.

Il y a 5 000 ans (3 000 av. J.-C.), des populations des collines et des piémonts du sud de la Chine entament un mouvement de migration vers le sud. Ces populations sont les ancêtres des peuples de langues austroasiatiques que sont les Môns et leurs cousins les Khmers.

À une époque plus récente, vers 500 av. J.-C., furent édifiés dans la région de Xieng Khuang des mégalithes qui prennent la forme de jarres géantes, de menhirs ou de cromlechs. Les jarres contenaient des ossements incinérés, des objets en bronze et en fer. Plus tard, on appellera cette région la "Plaine des jarres".

Ces diverses populations sont les ancêtres de ceux que l'on appelle maintenant les Lao-Theungs et autrefois, les Kha ("sauvages", "esclaves"). Ils sont établis dans l’est, le sud-est et le sud du pays. Ils y ont été refoulés, au cours des âges, par de nouvelles migrations.

Le pays Lao avant le XIVe siècle

Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le sud du pays est occupé par des Chams ou habitants du Champa, royaume hindouiste du centre du Viêt Nam. Les Chams sont ensuite évincés par les Khmers. Aux alentours de l'an 900, le royaume de Yasovarman n'englobe que le sud du Laos, alors que deux siècles plus tard, le royaume de Jayavarman VII s'étend jusqu'à la région de Vientiane. Tant les Chams que les Khmers sont indianisés, et par conséquent perméable au bouddhisme qui se répand dans la péninsule indochinoise à partir du VIIe siècle.

C'est à partir du XIe siècle que l'on date habituellement l'irruption des populations thaies (ou t'ai) dans le Laos actuel. Organisés en chefferies, combatifs et conquérants, sans doute poussés par l'expansion chinoise, les T'ai s'infiltrent par Diên Biên Phu et les vallées de la Nam Ou et de la Nam Suong. Au contact de la civilisation khmère, ils se convertissent graduellement au bouddhisme et par la suite imposent dans les régions où ils s'établissent leur langue et leur culture. Les Lao représentent un rameau particulier de la branche T'ai. Ce sont eux qui occupent le Laos actuel et le nord de la Thaïlande actuelle. Une inscription siamoise de 1292 atteste l'existence d'un royaume lao autour de Luang Prabang.

Le royaume du Lan Xang (du XIVe au XIXe siècle)

Le premier royaume lao historiquement reconnu date du XIVe siècle. Son roi s'appelle Fa Ngum, il descend d'un ancêtre plus ou moins légendaire, Khoun Bourom. Le royaume, qui s'étend sur un territoire plus grand que le Laos actuel porte le nom de Lan Xang, ce qui veut dire "royaume du million d'éléphants". Dans les siècles qui suivirent les souverains du Lan Xang furent souvent en guerre contre les Birmans et les Vietnamiens dont ils durent parfois accepter la suzeraineté.

Fā Ngum s'efforce de placer tous les laos sous son autorité. Il conquiert la plus grande partie du plateau de Khōrāt ainsi que des territoires qui sont maintenant situés au nord-ouest du Vietnam.

En 1373, Fā Ngum est renversé à la suite d'une intrigue de cour et remplacé par son fils Unheuan connu sous le nom de Sāmsaentai (Chef des 300 000 Thais)

Au début du XVIIIe siècle, le royaume fut morcelé en trois royaumes : Luang Prabang, au Nord, Vientiane, la capitale actuelle et Champassak, au Sud, tout près du Cambodge, autour de ce qui est maintenant la région de Paksé. En 1768, les royaumes de Vientiane et de Champassak tombèrent sous domination siamoise. Dix ans plus tard, les Siamois saccageaient Vientiane et emportaient le Ph'ra Keo, le Bouddha d'Émeraude que l'on peut encore admirer dans le plus célèbre temple de Bangkok.

Morcelé, pillé, le Pays Lao était entré dans une décadence qui se poursuivra tout au long du XIXe siècle. Les premiers récits de voyageurs occidentaux datent du XVIIe siècle. C'était alors l'âge d'or du royaume lao, sous le règne du "roi-soleil" lao Sourignavongsa. Le marchand hollandais Van Wuystoff fut ébloui par la magnificence de Vientiane. Dans son journal, pour souligner l'importance du bouddhisme et en même temps son aspect pacifique, il évoque ces moines "plus nombreux que les soldats de l'empereur d'Allemagne". À cette époque, Vientiane attirait les moines du Cambodge et du Siam qui venaient y faire leurs études.

C'est vraisemblablement cet ancrage affirmé dans l'histoire qui a permis aux Lao de conserver un sentiment d'unité puissant, au travers du morcellement politique du XIXe siècle, de la colonisation et des guerres post-coloniales du XXe siècle. De Luang Prabang à Paksé (la ville principale de l'ancien royaume de Champassak), on parle la même langue, proche du thaï , on utilise la même écriture, d'origine sanskrite, également proche de l'écriture thaï , mais qui s'en distingue.

Au XIXe siècle, c'est à Luang Prabang, mieux protégée par les montagnes, que les descendants de la dynastie des Khoun Bourom continueront à maintenir la monarchie lao. Beaucoup plus faible que ses voisins, les royaume lao dut alors user de toutes les finesses de la diplomatie pour ne pas disparaître purement et simplement. Mais à la fin du XIXe siècle, l'histoire de ce pays cessa de se dérouler dans un contexte purement régional. Les puissances européennes se partageaient le monde, et au Sud-Est asiatique, notamment, les Français et les Britanniques se livraient à une intense compétition. Chassés d'Inde par les Britanniques au XVIIIe siècle, les Français reprirent pied au Viêt Nam en 1858 sous prétexte de protéger les catholiques.

La colonisation française (1893-1954)

L'instauration du protectorat français

Finalement, dans la péninsule indochinoise, seul le royaume du Siam réussit à préserver son indépendance, alors que les Britanniques étendaient leur domination sur la Birmanie et les Français sur le Viêt Nam, le Cambodge et le Laos qui furent regroupés dans "l'Indochine". Il y eut une épreuve de force avec les Siamois qui avaient également des prétentions sur le Laos. Des navires de guerre français bloquèrent Bangkok pour contraindre les Siamois à signer, en 1893, un traité par lequel ils reconnaissaient le protectorat que les Français avaient instauré au Laos.

À la suite des accords de Genève de 1954, les Français rendirent aux Lao la pleine souveraineté de leur pays. Si l'on ajoute aux soixante ans de protectorat les vingt années qui suivirent, et où la présence culturelle de la France demeura très forte, cela fait environ quatre-vingts ans de liens relativement forts entre la France et le Laos.

Une présence française peu contestée

Jusqu'en 1940, l'aristocratie Lao accepta volontiers la présence française qui avait empêché l'absorption du pays par le Siam. Les colonisateurs ne remirent jamais en cause la présence du roi dans son palais de Luang Prabang. Il y eut, par contre, des mouvements de rébellion de la part de certaines minorités montagnardes. Les Français, en effet, qui avaient mis en chantier à partir du début du siècle la construction d'un réseau routier desservant l'ensemble de l'Indochine et entendait mettre à contribution les populations locales. Dans les faits, cette contribution, sous forme de "corvée", reposait souvent sur les Lao-Theungs, déjà en situation de quasi-esclavage vis-à-vis des féodaux Lao auprès de qui ils s'endettaient. La révolte la plus sérieuse eut lieu entre 1900 et 1910, dans le plateau des Bolovens, au sud du pays. La corvée sera abolie par le Front populaire en 1936.

En 1940, le Laos connaît la paix, mais reste très peu développé. 95% de la population y est analphabète. 12 000 enfants fréquentent des écoles primaires où l'enseignement est donné en français. Ce sont les pagodes qui transmettent l'usage de l'écriture lao. Bien que dans le Sud du pays certains colons français obtinrent des concessions agricoles, la présence française fut surtout administrative. La mise en valeur de l'Indochine était concentrée au Viêt Nam. Le Laos étant peu peuplé, les Français encouragèrent les Vietnamiens à s'y installer pour y occuper des emplois de fonctionnaires ou d'ouvriers dans l'exploitation minière. À part Luang Prabang, les villes de quelque importance, comme Vientiane, Paksé, Savannakhet ou Thakkhek, se peuplèrent d'une majorité de Vietnamiens.

Le faible niveau de scolarisation peut expliquer le retard d'un reveil nationaliste lao qui ne s'exprima guère avant 1946 alors que dans le Viêt Nam voisin, dés le début du siècle, des lettrés s'organisaient pour résister à la colonisation, laissant la place dans les années vingt à toute une palette de mouvements nationalistes parmi lesquels le Parti Communiste Indochinois, dirigé par Nguyen Ai Quoc, plus connu sous le nom de Hô-Chi-Minh.

La Seconde Guerre mondiale et l'éveil nationaliste

La Seconde Guerre mondiale ébranla la puissance coloniale : la France fut contrainte de céder à la Thaïlande, alliée du Japon, les provinces situées sur la rive occidentale du Mékong. Une anecdote est révélatrice du développement du nationalisme lao à cette époque : face aux menaces japonaise et thaïlandaises, les autorités coloniales furent conduites à s'appuyer davantage sur les élites lao. Le directeur de l'instruction publique de Vientiane encouragea les jeunes lao cultivés à retrouver les sources de l'identité culturelle lao : littérature, musique, histoire… En 1944, quand le même fonctionnaire français voulut développer l'usage de l'alphabet romain pour écrire le lao, il se heurta à une vigoureuse résistance de la part du prince Pethsarat qui était alors Premier ministre à la cour de Luang Prabang. Le prince estimait que l'écriture était un élément essentiel de la culture lao, au même titre que la langue et le bouddhisme. Par ailleurs, Pethsarat encourageait ses jeunes demi-frères à suivre des études d'ingénieurs en France ; Souvanna Phouma et Souphanouvong, premiers ingénieurs du Laos incarnèrent jusqu'en 1975 les 2 composantes du nationalisme lao, pro-occidental et pro-communiste.

La première et la deuxième guerre d'Indochine

En mars 1945, les Japonais occupèrent militairement toute l'Indochine française. Le roi Sisavang Vong refusa cependant de coopérer avec eux et de décréter comme ils le souhaitaient l'indépendance du pays, se trouvant en conflit avec son premier ministre, le prince Phetsarath Rattanavongsa. Entre leur capitulation, en août 45 et le retour des troupes françaises au printemps 46, le prince Pethsarat forma un gouvernement qui réunissait les nationalistes lao de toutes tendances. En octobre 1945, Phetsarath organisa un coup de force pour détrôner le roi et décréter l'indépendance du pays mais, avec le retour des Français, dut lui abandonner à nouveau le pouvoir en avril 1946.

Entre 1945 et 1980, le Laos connut une période de guerre pratiquement ininterrompue, mais la vallée du Mékong fut plus épargnée par les combats que les zones montagneuses.

La première guerre d'Indochine

La "première guerre d'Indochine", entre 1946 et 1954 fut une guerre de décolonisation menée par les communistes vietnamiens, les Vietminh, contre les Français. Une partie des nationalistes laotiens, connut dans les années 1960 sous le nom de Pathet Lao, alliée du Vietminh, se radicalisa dans la lutte contre les Français et s'intégra durablement dans le mouvement communiste mondial. La victoire du Vietminh à Diên Biên Phu, en 1954, conduisit à une conférence internationale à Genève qui reconnut deux états vietnamiens: le Nord Viêt Nam, communiste, et le Sud Viêt Nam, où l'influence américaine se substitua rapidement à celle des Français. Quant au Laos, la conférence confirmait la monarchie constitutionnelle mise en place par les Français depuis 1947, tout en reconnaissant officiellement le Pathet Lao dont les forces militaires étaient autorisées à se regrouper dans deux provinces du Nord-Est. Sans doute trouvait-on dans les deux camps des patriotes partisans de l'union, pour le plus grand bien du pays, mais le contexte géopolitique régional et mondial va prendre le pas sur les enjeux purement laotiens et donner raison aux plus intransigeants des deux camps. Jamais le Pathet Lao n'accepta le contrôle du gouvernement royal sur ses deux provinces ; jamais les militaires de droite n'ont accepté les victoires électorales du Pathet Lao. Un deuxième gouvernement d'union nationale (la première tentative date de 1946), formé en 1962 eut vite fait de voler en éclats.

La deuxième guerre d'Indochine

La deuxième guerre d'Indochine avait commencé quelques années plus tard, 500 000 soldats américains seront engagés au Sud-Viêt Nam pour tenter de contrer les maquis communistes qui reçoivent du Nord une aide massive. La "Piste Hô Chi Minh", ce réseau de routes et de sentiers que les Nord-Vietnamiens empruntent dans les montagnes de la cordillère annamitique , pour ravitailler leurs alliés Vietcongs du Sud-Viêt Nam, est située en territoire laotien. Pendant des années, les bombardiers américains basés en Thaïlande s'emploieront à bloquer cette artère vitale pour les communistes Vietnamiens. Entre 1964 et 1974, le Laos recevra plus de bombes que l'Europe entière pendant la seconde guerre mondiale. Les Américains aident massivement le gouvernement royal qui autorise en échange la CIA à installer des bases dans les montagnes et à recruter parmi les minorités montagnardes des mercenaires qui mèneront des actions de commandos contre les Nord-Vietnamiens et leurs alliés Pathet Lao. De 1954 à 1974, le Pathet Lao parviendra néanmoins à étendre sa zone d'influence à la majorité des zones montagneuses, aidé en cela par une intervention directe mais camouflée des troupes régulières nord-vietnamiennes.

Dans le Laos entraîné par le destin dans un conflit qui n'est pas vraiment le sien, les minorités ethniques montagnardes sont, d'un côté comme de l'autre, en première ligne. La CIA américaine enrôla massivement les Hmong dans ses forces spéciales, alors que du côté Pathet Lao, on trouvait une majorité de Lao Theung , qui formaient une grande partie de la population du territoire contrôlé par le Pathet Lao. Mais on trouvait également beaucoup de Lao Theung dans les rangs des forces spéciales et dans les rangs des FAR, les Forces armées royales.

Pendant cette période (1954-74), les Français réussissent à maintenir leur influence à travers le rôle considérable qu'ils jouent encore dans l'encadrement de secteurs comme l'éducation, la justice, la santé et même la formation militaire. Le chef de file de la droite neutraliste, le prince Souvanna Phouma, premier ministre presque sans interruption entre 1951 et 1975, francophile par sa formation et son mariage, maintient volontairement l'influence française qui n'est pas balayée par l'engagement massif des Américains dans le domaine militaire et économique. Il arrive ainsi à faire monter les enchères de l'aide étrangère. Le Laos est alors le pays le plus aidé au monde, par habitant ; quelques grandes familles s'enrichissent considérablement, mais l'ensemble de la population en profite également. Ainsi, malgré la guerre, on peut noter au cours de cette période des progrès considérables dans le domaine de l'éducation et de la santé.

La prise du pouvoir par les communistes

La signature des accords de Paris

En février 73, suivant d'un mois la signature des accords de Paris qui prévoyaient un cessez-le-feu précaire au Sud-Viêt Nam, les accords de Vientiane instauraient également au Laos un cessez-le-feu, et à partir de 1974, la formation d'un gouvernement d'union nationale qui fut bien accueilli par la population qui aspirait à une réconciliation nationale.

Cependant, au début de l'année 75, les communistes du Cambodge et du Viêt Nam prirent le pouvoir. À leur suite les communistes laotiens, sous la conduite de Kaysone Phomvihane, dirigeant le Parti depuis les années 50, écartèrent les autres tendances du pouvoir dans le courant de l'année 75.

L'instauration du communisme

Dés la fin de l'année 75, il devint clair que la période de réconciliation nationale était terminée. La monarchie fut abolie. Le roi, la reine et le prince héritier moururent quelques années plus tard dans un camp de rééducation. La répression toucha une partie très importante de l'administration et de l'armée qui avait collaboré avec les Américains, celle-ci perdure de nos jours, notamment avec la persécution des "Hmong" une ethnie minoritaire du Laos, répression se traduisant par une vraie chasse à l'homme (poursuite dans les jungles, meurtres, tortures, viols...). On estime à 30 000 le nombre de ceux qui furent envoyés en samana, ces « séminaires » qui étaient en fait des camps de rééducation. Pour ceux qui eurent la chance d'en revenir les séjours en samana se prolongèrent plusieurs années. Une des conséquences de cette politique sectaire et répressive fut l'exode de près de 10% de la population, débordant ainsi largement la classe aisée et les couches dotées d'une certaine instruction.

Le communisme instauré au Laos, sans atteindre comme au Cambodge les sommets de la barbarie, démoralisa une bonne partie de la population rurale par des méthodes autoritaires complètement inadéquates.

Sous l'ancien régime, le peuple était victime d'abus personnels ou de la concussion des fonctionnaires, et d'une façon plus générale , de la gestion globale de la société par l'aristocratie, qui, pour établir sa domination utilisait des éléments extérieurs tels que la culture française ou le dollar américain. Mais le peuple n'était menacé individuellement que rarement. Par ailleurs, il pouvait trouver un recours dans le jeu d'influence respectif que les grandes familles entretenaient entre elles ou par l'intermédiaire d'une pression morale de la pagode.

L'autonomie villageoise

Chose très remarquable, il existait aussi bien dans l'ancien royaume de Lan Xang que dans le royaume Lao contemporain, une véritable autonomie villageoise dans laquelle l'État s'ingérait peu : un conseil mixte de village, formé par l'ensemble des chefs de famille et les bonzes, détenait l'autorité politique qu'un chef de village, choisi par élection parmi les chefs de famille, exerçait par délégation pour coordonner les activités économiques et socio-culturelles de la communauté villageoise et servir d'intermédiaire auprès de l'État. C'était lui, par exemple, qui percevait les impots et désignait les familles corvéables. Mais l'État qui était représenté localement par un tiao muong (chef de district) ne s'immiscait qu'exceptionnellement dans les affaires du village. Ainsi, presque 90% de la population laotienne pouvait bénéficier de cette cellule politique privilégiée, démocratique et souveraine, qu'était le village traditionnel. La grande nouveauté, sous le nouveau régime, était le fait que l'État avait forcé les portes des villages…"

Le retour à la paix et au capitalisme sous domination communiste

En 1986, le congrès du Parti introduit "le Nouveau Mécanisme Economique", basé sur la décentralisation, l'initiative privée et la vérité des prix. Quelques années plus tard, la chute du communisme en URSS vida de tout son sens l'appartenance au bloc communiste, mais en 2006, le Laos reste un régime à parti unique dont les dirigeants ont vécu ce qu'ils appellent "la guerre de 30 ans, de 1945 à 1975".

En fait, si l'on peut considérer qu'aujourd'hui le Laos vit en paix, de nombreuses provinces connurent pour certaines la guerre, et pour d'autres une forte insécurité, jusqu'au début des années 1990. Jusqu'à la fin des années 70, il y eut de très violents affrontements entre les Hmongs et les forces régulières nord-vietnamiennes et laotiennes. Beaucoup de Hmongs furent tués, d'autres réussirent à gagner la frontière thaïlandaise, d'autres enfin constituèrent des bandes pirates qui sévirent encore au début des années 90.

Beaucoup des émigrés qui avaient traversé le Mékong avaient gagné les pays occidentaux, États-Unis, France, Australie, Canada…, mais certains, restés en Thaïlande essayèrent de mener des actions de guérilla à partir du territoire thaïlandais. La province de Paksane demeura ainsi longtemps dans l'insécurité. Jusqu'au début des années 90, des groupes de résistance animés par d'anciens militaires ont fait de cette région un des hauts lieux de la résistance au nouveau régime.

Les petits groupes de Patikan (partisans), mobiles et connaissant parfaitement le pays, péraient parfois en liaison avec des groupes de Hmongs descendus du nord. Leur principale motivation semble avoir été l'opposition à l'occupation vietnamienne.

Jamais la résistance laotienne partagée en de multiples tendances et groupes ethniques, servant de faire-valoir à quelques anciens dirigeants qui rêvaient de rétablir un régime discrédité aux yeux de la majorité des laotiens n'a pu réaliser une certaine unité.

En 1999, alors que les troupes vietnamiennes ont regagné leur pays (seuls, quelques groupes de « travailleurs » participent aux grands chantiers du Laos), les quelques attentats ou actes de sabotage relèvent plus du banditisme que d'une résistance organisée.

Le pays Lao en 1999

Une relative prosperité

La nouvelle politique économique conduite depuis 1986 et la paix qui s'est étendue progressivement à tout le pays se sont traduites par une relative prospérité. Entre 1986 et 1996, la croissance moyenne du PIB était de 6,4% par an, moyenne qui recouvre bien entendu de grandes disparités.

Les régions montagneuses qui ont connu un certain nombre de fléaux naturels n'ont guère profité de cette embellie. Le Laos a pu bénéficier d'une aide internationale assez diversifiée (Thaïlande, Australie, Chine, Europe, Japon).

En avril 1994, on a inauguré le premier pont sur le Mékong qui symbolise en quelque sorte l'ouverture sur le monde. Plusieurs projets hydroélectriques de grande importance ont été initiés : les possibilités du Laos sont riches en ce domaine, il peut vendre de l'électricité à la Thaïlande. De fait, l'électricité est le premier produit d'exportation devant l'agriculture, le bois, l'étain et les textiles.

Il n'empêche que jusqu'à présent, les exportations sont largement déficitaires par rapport aux importations par suite d'un très faible développement de l'industrie.

Malgré la croissance économique constatée depuis 1986, la situation dans les domaines de l'éducation et de la santé est inférieure à ce qu'elle était au début des années 70. Le départ massif des élites éduquées entre 1976 et 1980 fait encore sentir ses effets.

La crise asiatique

En 1997 et 1998, le Laos a subi de plein fouet ce qu'on a appelé la crise asiatique même si, en dehors de la vallée du Mékong, une économie de subsistance et peu monétarisée a protégé la majorité de la population contre une grave contagion.

On se souvient que la Thaïlande a été la première frappée par la crise. Or la Thaïlande était le premier investisseur au Laos. La globalité des investissements étrangers est passés de 1,2 milliard de dollars en 1995 à 150 millions en 1997. Entre juillet 97 et fin 98, le kip laotien est passé de 900 kips à 4200 kips pour un dollar, il a également perdu la moitié de sa valeur par rapport au baht thaïlandais. Tous les produits importés, ne serait-ce que l'essence, deviennent inabordables pour la population. En 1998, la croissance était tout juste positive.

Les problèmes environnementaux

On ne saurait passer sous silence de nombreux problèmes écologiques qui se posent au Laos de 1999. La déforestation, due aussi bien à l'exploitation forestière qu'à la pratique de la culture sur brûlis (ray) a déjà commencé à provoquer l'érosion et la dégradation des sols tropicaux. Les minorités montagnardes qui pratiquent le ray résistent à la sédentarisation. L'exploitation des minerais provoque une pollution de l'eau des rivières. Les immenses lacs de barrages en engloutissant des milliers d'hectares conduisent à la disparition de certaines espèces animales.

Les dangers

L'ancienne capitale royale, Luang Prabang, a été promue "ville du patrimoine mondial" et bénéficie de ce fait des subsides de l'UNESCO pour sa restauration. Ceci ne doit pas masquer les menaces que font peser sur l'héritage culturel et le mode de vie lao, le développement du tourisme et la proximité de la Thaïlande : l'irruption de la télé thaïe est un fait majeur dans l'évolution actuelle du Laos.

Bibliographie

  • Paul Le Boulanger, Histoire du Laos Français, 3e éd, Plon, 1930
  • G. Coedès, Les peuples de la péninsule indochinoise, Dunod, 1962
  • Hugh Toye, Laos, Buffer state or Battleground, Oxford University press, 1968
  • Paul Lévy, Histoire du Laos, PUF, 1974
  • Amphay Doré, Le Partage du Mélong, encre 1980
  • Martin Stuart-Fox, An History of Laos, Cambridge University press, 1997
  • Savengh Phinith, Phou Ngeun Souk-Aloun, Vannida Tongchanh, Histoire du Pays lao, de la préhistoire à la république, L'Harmattan, 1998

Références


Voir aussi

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