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Fascisme

Cet article fait partie
de la série sur le fascisme.
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sous-série sur la politique

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Sujets connexes
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National-anarchisme
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Le fascisme (en italien fascismo) est un mouvement politique d'origine italienne apparu en 1919. Ce terme, très utilisé, a par la suite pris un sens beaucoup plus large. Il est donc nécessaire de cerner ses différents niveaux d'acception.

Au sens strict, le terme désigne le mouvement politique fondé par Benito Mussolini, ainsi que le régime qui était en vigueur sous la monarchie italienne quand Mussolini était au pouvoir, de 1922 à 1945. Adversaire de la démocratie, du parlementarisme, du socialisme[1] et du marxisme, le fascisme mussolinien est autoritaire et nationaliste, et recourt à la violence. Ce sens strict est notamment utilisé par les historiens de l'Italie.

Au sens large, le terme fascisme a pris un sens générique. Il s'est étendu à tout mouvement politique s'appuyant sur un pouvoir fort, les métiers organisés en corporations, l'exaltation du sentiment nationaliste, le rejet des institutions démocratiques et libérales, la répression de l'opposition et un contrôle politique extensif de la société civile. Le nazisme s'est en partie inspiré du fascisme.

Dans son acception la plus large, le terme est employé pour disqualifier l'ennemi politique. Cette acception a été employée par les Soviétiques durant la guerre froide, dans le cadre de la « tactique du salami »[2]. Dans la discussion politique contemporaine, le terme fasciste continue d'être employé comme une injure. Cependant, le fascisme est encore revendiqué par certaines mouvances d'extrême droite (les néofascistes).

Sommaire

Idéologie

Le mot vient de l'italien « fascio » (« faisceau »), (emblème de l'autorité romaine) repris vers 1919 par les milices squadristes de Mussolini, qui avaient initialement groupé des anciens combattants déçus et épris d'ordre.

Il se définit lui-même comme « totalitaire », et peut se résumer par une formule de Mussolini : « Tout par l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État! ».

Au sens le plus strict, il désigne donc le régime de Benito Mussolini. Si historiquement, le nazisme apparaît proche du fascisme, bien d'autres régimes politiques ont été qualifiés, à tort, de fascistes par leurs opposants, comme l'Égypte nassérienne, le régime des Talibans, le stalinisme, le péronisme, etc. Dans le débat politique contemporain, les adhérents à certaines idéologies politiques tendent à associer le fascisme avec leurs ennemis, ou le définissent comme étant l'opposé de leurs propres visions politiques.

En son sens large, le fascisme se définit comme une réaction aux valeurs de l'humanisme démocratique du Siècle des Lumières. Issu des frustrations engendrées par ce nouveau modèle de société, le fascisme rejette les droits de l'homme, le communisme, l'anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme. Mussolini, dans La Doctrine politique et sociale du fascisme, en 1933, affirme : « Le fait est que le XIXe siècle était le siècle du socialisme, du libéralisme, de la démocratie, ceci ne signifie pas que le XXe siècle doit aussi être le siècle du socialisme, du libéralisme, de la démocratie. Les doctrines politiques passent ; les nations restent. Nous sommes libres de croire que ceci est le siècle de l'autorité, un siècle tendant vers la “droite”, un siècle fasciste. Si le XIXe siècle était le siècle de l'individualisme (le libéralisme implique l'individualisme) nous sommes libres de croire que ceci est le siècle “collectif”, et ainsi le siècle de l'État[réf. souhaitée]. »

Les origines du fascisme font l'objet d'un débat parfois âpre parmi les historiens. Pour Zeev Sternhell et ses partisans, l'idéologie fasciste a principalement été forgée en France, entre les années 1880 et 1914, par conjonction entre une radicalisation antidémocratique de certains mouvements d'extrême gauche (notamment le syndicalisme révolutionnaire) avec une nouvelle droite nationaliste, formant la « droite révolutionnaire », dont est issue le fascisme[3]. Pour des auteurs comme Pierre Milza, la Première Guerre mondiale est tout à fait essentielle dans la formation de l'idéologie fasciste, encore qu'il ait nuancé son point de vue en reconnaissant que Sternhell avait partiellement raison en soulignant la parenté entre certains idéologues français d'avant 1914 et les théoriciens du fascisme. Pour Robert O. Paxton, le Ku Klux Klan (KKK) constitue la première forme de mouvement fasciste, ou protofasciste[4], et il rejoint en partie Sternhell sur les origines françaises de l'idéologie.

Pour l'historien américain, le fascisme se développe selon cinq phases. Premièrement, des publicistes dissidents, extrémistes de droite méprisant la modération des conservateurs, et anciens extrémistes de gauche reniant la démocratie, forment une critique commune du libéralisme politique, au nom d'une synthèse nationale et sociale. L'idéologie se forme ainsi dans des pays de vieille tradition démocratique, comme la France, et, paradoxalement, un pays où naît l'idéologie fasciste a peu de chance de voir arriver rapidement un parti fasciste au pouvoir. Deuxièmement, ces mouvements, jusque-là marginaux, prennent de l'importance, car ils apparaissent, aux yeux des grands industriels et des grands propriétaires terriens, comme le seul moyen de rétablir l'ordre, notamment contre l'agitation communiste. À ce moment, le fascisme abandonne ses revendications sociales avancées pour un libéralisme économique strict. Troisièmement, le parti fasciste accède au pouvoir. Quatrièmement, le pouvoir fasciste se consolide. La cinquième et dernière phase, de radicalisation, n'a été pleinement accomplie que par le nazisme, avec la Shoah et la création d'espaces où l'État protecteur disparaît absolument : les camps de concentration, et plus encore les camps d'extermination[4]. De nombreux spécialistes[réf. nécessaire] affirment que le nazisme est à l'opposé du fascisme, le fascisme ayant pour objectif de créer un État fort, alors que le nazisme a pour but de détruire l'État (justice, armée, police, etc.) et faire détenir les domaines régaliens par le parti et ses dirigeants. Le Ku Klux Klan serait encore une forme différente.

Son modèle social est davantage centré sur la nation que sur les individus qui la composent. Il cherche à créer un groupe uni et solidaire, qui ait une identité forte. Pour cela, il faut que cette collectivité partage une histoire et un destin communs et qu'elle se construise sur la volonté de perpétuer son ciment culturel. Il est donc primordial pour les fascistes de préserver l'homogénéité (ethnique, religieuse ou de classe) de cette collectivité nationale.

Un autre point caractéristique du fascisme est la prégnance de la hiérarchie sociale : le groupe doit être mené par un chef, surnommé en Italie le Duce (« le Guide »), dont l'autorité ne saurait être remise en question. Excluant tout contre-pouvoir, le fascisme est un système qui se veut totalitaire. Il s'est appuyé sur des groupes de choc, les Chemises noires, qui ont été complètement militarisées après la prise du pouvoir. À la différence d'autres totalitarismes, le fascisme a cherché cependant à obtenir l'adhésion populaire plutôt que de recourir à des méthodes coercitives. Utilisant des techniques comme la démagogie et le populisme, il lui est arrivé d'obtenir un fort soutien populaire et même de maintenir certaines formes démocratiques, comme le suffrage universel (pendant deux années). Tout comme le Führer, Mussolini a été « invité » au pouvoir par l'assentiment des autorités de l'époque avec la célèbre Marche sur Rome.

Il s'agit pour cela de mobiliser des valeurs comme le patriotisme, les idéaux de « rénovation » nationale et de pureté. Croire, obéir, combattre deviennent des valeurs, analyser et critiquer de l'insubordination. Il est donc nécessaire de faire naître un sentiment d'urgence, de désigner un ennemi commun cherchant à détruire le collectif et contre lequel le groupe tout entier doit se mobiliser.

Cette mobilisation permet de réprimer sévèrement toute contestation sans perdre la caution populaire. Il suffit de désigner l'homme à abattre comme « ennemi », « traître », « sous-homme ». Mais le fascisme italien n'a pas pratiqué les massacres de masse de type hitlérien.

Le fascisme, à la différence du nazisme, n'était pas raciste à l'origine. Il a adopté une législation raciste à partir de 1935 (interdiction des mariages entre colons et Africaines) et antisémite à partir de 1938, dans un contexte d'alliance avec l'Allemagne d'Hitler. Encore ces lois d'exclusion étaient-elles moins dures et comportaient-elles beaucoup plus de dérogations que les lois antisémites d'Hitler et de Pétain.

Origines du fascisme italien

Article détaillé : Histoire de l'Italie fasciste.

Le fascisme est d'abord le nom que le mouvement et le régime de Mussolini se sont donnés. Le terme provient de la fondation après la Première Guerre mondiale, par Mussolini, d'un mouvement appelé Fasci italiani di combattimento (« faisceaux italiens de combat »), ce qui donnera les expressions « fasciste » et « fascisme ». Le mot fasci lui-même est une référence à la Rome antique (les magistrats romains étaient précédés d'un certain nombre de gardes, les licteurs, chargés de ces faisceaux, symboles d'autorité, de violence de la loi[5].) et aux fascio, mouvements et sociétés secrètes des années 1890, composés de paysans révolutionnaires italiens[6].

Il naît en tant que mouvement décentralisé en mars 1919, sur les frustrations d'une « victoire mutilée », thème agité par les nationalistes en raison de la tournure des négociations lors du Congrès de Versailles, concernant le sort des terres irrédentes de Dalmatie, d'Istrie, de Fiume/Rijeka, mais aussi en réaction au communisme en pleine expansion. Le fascisme est alors le mouvement exalté, le mouvement d'un pays qui tente de retrouver une puissance perdue, un empire perdu, un honneur perdu. Le nationalisme, soutenu par la plupart des artistes de l'époque (Gabriele D'Annunzio, les futuristes italiens, tels Marinetti...) va être le fer de lance du fascisme. Le populisme de Benito Mussolini et la passivité (due à la pacification des milices des fascios, soutenues par les classes dirigeantes et Bonomi, le ministre de la Guerre de Giolitti de 1920 à 1921 [7]), vont permettre à la dictature de s'installer doucement, de la Marche sur Rome du 22 octobre 1922 à l'assassinat de Giacomo Matteotti le 10 juin 1924 qui va déboucher sur la déclaration de la dictature et la promulgation des lois fascistissimes en 1926.

À l'origine, sans réelle idéologie, le facisme est influencé par les lectures de Mussolini et des opinions politique de son père[8]. Ainsi intègre-t-il une version remaniée de concepts tels que l'obéissance entière à l'État d'Hegel, le darwinisme social de Joseph Arthur de Gobineau, la vénération du héros de Friedrich Nietzsche et la violence de Georges Sorel[8].

Frustrations de la guerre

En 1914, le royaume d'Italie, membre de la Triple-Alliance aux côtés des empires allemand et autrichien, reste d'abord hors de la guerre. Le peuple italien, qui vient de vivre de dures luttes sociales, est pacifiste dans son immense majorité. Benito Mussolini, réputé très radical, est le rédacteur en chef d’Avanti!, le quotidien du Parti socialiste italien.

Lorsque la guerre s'étend à l'Europe, il engage soudain son journal pour l'entrée en guerre aux côtés de la France. Exclu du parti socialiste, entraînant une partie de la fraction anarcho-syndicaliste qui voit dans le conflit le point de départ d'une révolution mondiale[9], il fonde le Popolo d'Italia, avec des subsides des services secrets français et du patronat italien. Le Popolo d'Italia milite pour une guerre rédemptrice qui doit régénérer l'Italie. En 1915, après avoir signé le Pacte de Londres avec la France et le Royaume-Uni, l'Italie déclare la guerre à l'Autriche. Mais le front des Alpes est difficilement tenable, et Venise est menacée (défaite de Caporetto, 1917). Cependant, au prix de souffrances inouïes, l'armée italienne remporte la victoire de Vittorio Veneto, qui précipite la défaite et l'éclatement de l'Autriche-Hongrie en octobre 1918.

Aux traités de 1919-1920, l'Italie repousse sa frontière jusqu'aux Alpes du Tyrol, mais la côte dalmate, qu'elle considère comme italienne, est donnée à la Serbie pour former un nouvel État, la Yougoslavie. L'opinion italienne est déçue : « tous ces sacrifices pour rien » ; c'est la thématique de la « victoire mutilée ». À la tête de volontaires armés de toutes tendances politiques, le poète Gabriele D'Annunzio occupe Fiume (Rijeka) et y règne plus d'un an. Il y invente un folklore que les fascistes copieront (par exemple le cri de ralliement Eia, Eia Alala !) en même temps qu'un certain romantisme utilisé par le futur régime. Dans ce sens, d'Annunzio est un précurseur du fascisme.

Conflits sociaux d'après-guerre

En 1920, l'agitation sociale monte d'un cran : les ouvriers occupent les usines et forment des conseils ouvriers afin de gérer par eux-mêmes les usines et la distribution. Le 21 janvier 1921, le Parti communiste d'Italie est fondé. Mais les organisations ouvrières et les syndicats sont attaqués par des « cogneurs » payés par certains patrons, et le pouvoir en place reste complaisant face à cette milice qui combat des "organisations subversives". Les fascistes (squadristes), après s'être ligués sous la direction de Mussolini forment eux aussi un parti, le Parti national fasciste, en novembre 1921. Le mouvement ouvrier italien sera décapité en 1922 malgré la résistance du mouvement des Arditi del Popolo telle qu'à Parme, les partis socialiste et communiste n'ayant pas pris la direction des mouvements insurrectionnels.

L'équipement fasciste comporte une chemise noire (issue de la tenue des troupes de choc de l'armée italienne créées en 1917 : les Arditi), divers types de matraques, dont un gourdin appelé manganello, et un purgatif puissant, l'huile de ricin, qu'ils font avaler de force à certains de leurs adversaires. Bientôt, les fascistes tiennent le haut du pavé et Mussolini les groupe en un parti, avec une idéologie musclée, qui profite de l'échec de la gauche et de la peur de la droite.

Le régime fasciste italien : politique et société

En 1922, le parti national fasciste a 35 députés au Parlement, et plus de 700 000 membres.

Après avoir chassé les organisations de gauche des villes du nord de la péninsule, les milices fascistes menacent de lancer une marche sur Rome. À peine celle-ci débute-t-elle que le roi Victor-Emmanuel III nomme Mussolini président du conseil. Mussolini respecte d'abord le jeu démocratique, en étant à la tête d'une large coalition allant jusqu'au centre droit. Mais en mai 1924, le chef de file du parti socialiste italien Giacomo Matteotti, par ailleurs député, dénonce les élections législatives, remportées avec succès par le parti fasciste en partie à la suite d'une modification des modalités de scrutin, et réclame leur annulation : il est assassiné le 10 juin, assassinat qui sera revendiqué par Mussolini dans un discours devant le Parlement le 3 janvier 1925. Pour couper court à toute agitation, Mussolini instaure un régime d'exception : les lois fascistissimes (1926) ; les autres partis politiques sont interdits, leurs députés sont déchus, la presse est censurée, une police secrète, l'OVRA (organisation de vigilance et répression de l'antifascisme), est instaurée ainsi qu'un fichier de suspects politiques et un « Tribunal spécial ».

Vers 1929, la dictature du parti fasciste imbibe toute la société (seule la vie culturelle reste relativement libre, à condition de ne pas critiquer le régime). Des milliers de démocrates s'exilent pour échapper à la prison ou à la déportation sur des îles. Le pape Pie XI signe les accords du Latran avec l'État fasciste italien qui lui concèdera l'existence de l'État du Vatican.

Mussolini résume le fascisme en décembre 1925 par la formule : « Tout dans l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État ».

L'idéologie fasciste est fondée sur :

  • Le nationalisme (restaurer l'Empire romain) : le régime construit des stades avec portiques, des statues colossales, avec des faisceaux partout. L'Italie, outre sa colonie (la Libye), doit contrôler la Méditerranée : elle revendique la Corse, l'Albanie, la Dalmatie, la Savoie, Nice, fait la guerre en Espagne, en Grèce, en Égypte
  • Le culte du chef : Mussolini est Duce (« guide »). Son image monopolise l'attention des Italiens, dans des postures qui le montrent soit soucieux du peuple, soit très courageux : en train de moissonner, de parader, de rejoindre des lions en cage, etc. Quelques slogans : Credere, obbedire, combattere (« Croire, obéir, combattre »  ; pour les fascistes, l'homme ne doit pas trop réfléchir, il ne se réalise que par la guerre), Il Duce ha sempre ragione (« Le Duce a toujours raison »).
  • L'encadrement de la population.
  • Le haut centralisme de l'État : le parlement n'a qu'un rôle mineur après 1928, puisque choisi par le Grand Conseil du fascisme, véritable pouvoir.
  • L'embrigadement des masses : dès la maternelle, les Balilla (ou Fils de la louve) défilent en uniforme noir, saluent à la romaine, assistent aux manifestations du régime, s'entraînent avec des fusils de bois. La force, la violence sont exaltées. Les syndicats sont remplacés par des corporations contrôlées par l'état et le patronat. Le droit de grève est aboli.
  • La propagande : les emblèmes et slogans fascistes, les chansons de marche, les monuments en béton néo-romains fleurissent partout. Le régime fasciste exalte ses grands travaux : le drainage des marais pontins, les premières autoroutes. On instaure même une ère fasciste (l'An I = 1922).

Le régime fasciste italien : économie

Les fascistes définissent leur conception économique comme une « troisième voie » entre capitalisme et marxisme. Leur politique se traduit par une extension considérable du contrôle gouvernemental de l'économie sans toutefois d'expropriation massive de la propriété des moyens de production. Le gouvernement nationalise les industries clés, contrôle les changes et fait investir massivement l'État. Ils essaient entre autres de créer des corporations puissantes qui regroupent plusieurs entreprises d'un même secteur , le tout supervisé par l'état. Les fascistes instituent le contrôle des prix, le contrôle des salaires et autres mesures de planisme économique, ils instituent une affectation des ressources dominée par la régulation étatique, spécialement dans les secteurs financiers et des matières premières. L'économie est mise au service de l'État[10].

Le refus du capitalisme et du marxisme se traduit par une politique économique d'abord fluctuante.

Le programme fasciste révolutionnaire de 1919

Article détaillé : Faisceaux italiens de combat.

Les faisceaux de combat apparaissent en réaction aux troubles sociaux, notamment ceux de Milan. Le programme révolutionnaire du mouvement en 1919 est d'inspiration nationaliste et socialiste dans un mélange particulièrement progressiste et confus.

La défaite aux élections de 1919 amène les groupements les plus à gauche à se retirer des fascios. Avec l'évolution du mouvement, nombre des idées du programme seront rejetées.

Dans un climat social difficile (grèves et agitations) qui fait craindre à la démocratie libérale un soulèvement social révolutionnaire comme en Russie (Révolution d'Octobre), en Allemagne (Révolution allemande), et d'autres pays dans lequel des troubles révolutionnaires existent, Mussolini annonce en 1921, avant son accession au pouvoir, son soutien au libéralisme et au capitalisme :

« Je suis un libéral. La nouvelle réalité de demain, répétons-le, sera capitaliste. La vraie histoire du capitalisme ne commence que maintenant. Le socialisme n'a plus une chance de s'imposer. [...] Il faut abolir l'État collectiviste, tel que la guerre nous l'a transmis, par la nécessité des choses, et revenir à l'État manchestérien » (Mussolini au Parlement le 21 juin 1921)

Rocca et Corsini établiront, par la suite, un programme pour le PNF favorable au libéralisme économique « manchestérien ».

La phase libérale de la politique de Mussolini (1921-1925)

Arrivé au pouvoir, allié à une vaste coalition, le gouvernement de Mussolini, sous l'impulsion du libéral Alberto De Stefani, qui succède aux libéraux, poursuit la politique économique libérale du précédent gouvernement :

« Nous voulons dépouiller l'État de tous ses attributs économiques : assez de l'État cheminot, de l'État postier, de l'État assureur » (Benito Mussolini, 1922[11]).

Le tournant s'opère dans la deuxième moitié des années 1920 : Alberto De Stefani démissionne en 1925[12], promulgation des lois fascistissimes en 1926, vote des lois sur le corporatisme en 1927, et en 1929 crise économique mondiale[11].

Le corporatisme fasciste, mis en place à partir de 1925

Les fascistes monopolisent petit à petit le pouvoir. Après l'assassinat de Giacomo Matteotti le 10 juin 1924, ils établissent une dictature, les lois fascistissimes sont promulguées en 1926 et Mussolini donne au fascisme la célèbre formule : « Tout dans l'État, rien hors de l'État et rien contre l'État » ; il désavoue et attaque (dans le sillage de la confidustria[réf. nécessaire]), suite à une crise économique, le libéralisme économique. Il exprimera l'idée qu'il en a dans La Doctrine du fascisme en 1935 :

« Le fascisme est absolument opposé aux doctrines du libéralisme, à la fois dans la sphère politique et dans la sphère économique.… L'État fasciste veut gouverner dans le domaine économique pas moins que dans les autres; cela fait que son action, ressentie à travers le pays de long en large par le moyen de ses institutions corporatives, sociales et éducatives, et de toutes les forces de la nation, politiques, économiques et spirituelles, organisées dans leurs associations respectives, circule au sein de l'État »

Mussolini mène alors une politique dirigiste : grands travaux, protectionnisme, stimulation de la consommation, constitution de monopoles, encadrement et restriction des droits des ouvriers, bataille du blé.

Le corporatisme est institué : un système de guildes qui encadre les relations patrons/ouvriers et salariés afin qu'ils planifient l'économie dans l'intérêt général. Le 2 octobre 1925, il Pacte (du palais) Vidoni, signé entre la Confindustria et les représentants du régime fasciste abolit les unions catholiques, socialistes dont la CGIL ou indépendants les remplaçant par ceux contrôlés par le fascisme [13]. La Confindustria et la Confédération des Corporations fascistes se proclament représentants exclusifs des industriels et le monopole syndical fasciste est approuvé, un tel pacte comprend deux autres demandes, le règlementation du droit de grève qui sera supprimé le 3 avril 1926 et l'auto-fascisation de la Confindustria[14].

Le régime reçoit son appui des grands industriels, des petits capitalistes, des classes moyennes, des petits fonctionnaires, mais aussi des paysans et des ouvriers les plus pauvres (lumpenprolétariat dans la théorie marxiste).

Dans les années 1930, l'Italie récupère de la Grande Dépression et connaît une croissance économique. Mais elle est contrariée par les sanctions internationales suivant l'invasion de l'Éthiopie en octobre 1935, par le support militaire coûteux aux nationalistes espagnols et in fine par l'échec de la politique d'autarcie.

La république de Salò (1943-1945)

À côté d'une politique totalitaire sanglante et antisémite sous la direction allemande, la République sociale italienne (RSI), ou « République de Salò », tente de mettre en œuvre une politique de nationalisation. Choix d'autant plus aisé que les élites économiques et culturelles, par conviction ou par opportunisme, prennent de plus en plus leurs distances avec le fascisme.

Expansion pendant l'entre-deux-guerres

Le fascisme italien va susciter des imitateurs dans plusieurs pays à travers le monde des années 1930 et 1940. Plusieurs d'entre eux vont demeurer des mouvements minoritaires, tandis que d'autres, au pouvoir, sont en général considéré par les historiens davantage comme autoritaires que comme véritablement fascistes, bien qu'ils puissent avoir des inclinations fascistes. Parmi ceux-ci, on peut citer:

Le néo-fascisme après 1945

Article détaillé : Néo-fascisme.

Après la défaite, une partie des anciens fascistes se sont organisés en opposition légale dans le Mouvement social italien, qui se référait explicitement à la mémoire de Mussolini. Ce parti a obtenu des scores électoraux appréciables (sans atteindre la majorité), surtout dans les régions pauvres du Sud[15]. Toléré par les gouvernements démocrates-chrétiens, qui y voyaient un dérivatif au communisme, il a cependant toujours été exclu des combinaisons gouvernementales.

Dans sa nouvelle formule, l'Alliance nationale de Gianfranco Fini, le parti a abjuré ses anciens principes totalitaires[16] , et a pu participer aux gouvernements de Silvio Berlusconi. Un certain nombre des nostalgiques du Duce ont quitté le parti pour fonder le Mouvement social - Flamme tricolore. D'autres, comme Alessandra Mussolini, sont initialement restés au sein d'AN mais l'ont progressivement quitté. Alliance nationale qui a fini par abandonner toutes ses références au fascisme et s'est fondu en 2009 dans le Peuple de la liberté.

Interprétations

Voir l'article détaillé Théories du fascisme

Plusieurs explication divergentes ou opposées ont été données du phénomène fasciste, depuis sa création.

Interprétation marxiste

Pour les marxistes, le fascisme n'est qu'une forme d'expression du régime capitaliste, au même titre que la démocratie libérale bourgeoise. Dans cette perspective, le fascisme est l'expression ouverte de la violence du régime capitaliste, qui est masquée par les libertés formelles dans sa forme de démocratie libérale.

L'historien Emilio Gentile

Emilio Gentile, professeur à Rome, estime que la question du fascisme italien a été "sous-exposée" après 1945 afin de reconstruire l'Italie sur le mythe d'une Italie résistante. Il a ensuite été étudié comme la "voie italienne vers le totalitarisme." Mais, dans tous les cas, la question des racines italiennes aurait été occultées, empêchant la construction d'une Italie réconciliée avec son identité nationale[17].

L'historien Ernesto Galli Della Loggia

Emilio Galli Della Loggia, professeur d'Histoire à l'université de Milan spécialiste notamment de l'antifascisme, estime, contrairement à Ernesto Gentile, que l'Histoire du fascisme a été "sur-exposée" car instrumentalisé par certains partis issus de la Résistance italienne au fascisme, notamment par le Parti communiste italien, ce qui aurait conduit selon lui à une certaines banalisation du fascisme dans la vie politique italienne[17].

Notes et références

  1. Pierre Milza et Serge Berstein, Le Fascisme italien. 1919-1945, éd. du Seuil, « Points »-histoire, p. 155 qui mentionne « Pourtant, diminué par ses scissions successives, mis au ban de la nation par un gouvernement qui place sa destruction au premier rang de ses objectifs, le parti socialiste… »
  2. Par exemple Mátyás Rákosi en Hongrie dans les années 1940/1950. Cette tactique consiste à diviser les partis politiques adverses en les accusant de fascisme, pour les éliminer un à un, ou à faire fusionner plusieurs partis, jusqu’à ce qu'il ne reste qu'un seul parti. Les staliniens ont été jusqu'à traiter des dirigeants sociaux-démocrates de « social-fascistes ».
  3. Zeev Sternhell, La Droite révolutionnaire. Les origines françaises du fascisme, 1885-1914, troisième édition, Fayard, 2000
  4. a  et b Robert O. Paxton, « Les cinq phases du fascisme », dans Michel Dobry (dir.), Le Mythe de l'allergie française au fascisme, éd. Albin Michel, 2003.
  5. Aujourd'hui encore, on retrouve le fascio, la hache entourée de faisceaux de bouleau, sur le passeport et le signe héraldique de l'État français.
  6. L'historien Robert Paxton rappelle ainsi, dans son introduction à son ouvrage, Le Fascisme en action (Éditions du Seuil, 2004), que les paysans siciliens qui s'étaient soulevés contre leurs seigneurs en 1893 - 1894 s'appelaient eux-mêmes les fasci siciliani.
  7. Pierre Milza et Serge Berstein, Le fascisme italien, 1919-1945, Le Seuil, 1980, p.98-103
  8. a  et b Sophie Chautard, Les dictateurs du XXe siècle, Studyrama, 2006, 223 p. (ISBN 2844727859), p. 40 
  9. Pierre Milza et Serge Berstein, Le Fascisme italien. 1919-1945, éd. du Seuil, « Points »-histoire, p. 33
  10. Mussolini et Giovanni Gentile, La Doctrine du fascisme
  11. a  et b Pierre Milza et Serge Berstein, Le Fascisme italien. 1919-1945, éd. du Seuil, « Points »-histoire, p. 222
  12. Article de Sheldon Richman
  13. traduit de Confindustria
  14. Il Patto di palazzo Vidoni - Cronologia - Eventi storici e tesi di laurea
  15. http://www.pbmstoria.it/dizionari/storia_mod/m/m232.htm
  16. Fini: " La nostra svolta non e' finta " Corriere della sera, 26 janvier 1995
  17. a  et b Revue XXe siècle n°100, décembre 2008, cité dansRegards croisés sur l'Italie, in Le Monde, 13 décembre 2008, page 16.

Voir aussi

Bibliographie

Italie

  • Renzo De Felice, Brève Histoire du fascisme
  • Renzo De Felice, Les Interprétations du fascisme
  • Serge Berstein et Pierre Milza, Le Fascisme italien, Seuil, Points Histoire, octobre 1998. ISBN 2020055139
  • Salvatore Lupo, Le Fascisme italien, Flammarion, mars 2003. ISBN 2082100499
  • Serge Berstein & Pierre Milza, L'Italie contempraine du Risorgimento à la chute du fascisme, Armand Colin, coll. U Histoire, octobre 1995. ISBN 2200216904

France

  • Henri Michel, Les Fascismes,1977.
  • Pierre Milza, Fascisme français, passé et présent, Champs Flammarion, janvier 1991. ISBN 208081236X
  • Yves Guchet, Georges Valois - L'Action Française, le faisceau, la République syndicale, L'Harmattan, octobre 2001. ISBN 2747512142
  • Michel Winock, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Seuil, Points Histoire, avril 2004. ISBN 2020655209
  • Michel Winock (dir.), Histoire de l'extrême-droite en France, Seuil, Points Histoire, novembre 1994. ISBN 2020232006
  • Michel Winock, La Fièvre hexagonale, Seuil, novembre 1987. ISBN 2020285169
  • Philippe Burrin, La Dérive fasciste, Seuil, Point Histoire, mars 2003. ISBN 2020589230
  • Philippe Burrin, Fascisme, nazisme, autoritarisme, Seuil, Point Histoire, octobre 2000. ISBN 2020414821
  • Laurent Joly, Xavier Vallat 1891-1972, Du nationalisme chrétien à l'antisémitisme d'État, Grasset, mars 2001, préface de Philippe Burrin. ISBN 2246608317
  • Pascal Ory, Du fascisme, Perrin, janvier 2003. ISBN 2262019800
  • Pascal Ory, Les Collaborateurs, 1940-1945, Seuil, Point Histoire. ISBN 2020054272
  • Robert Paxton, La France de Vichy, Seuil, Point Histoire, janvier 1999. ISBN 2020392100
  • Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, Complexe Eds, Historiques, septembre 2000. ISBN 2870277881
  • Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, La France, entre nationalisme et fascisme, Presses De Sciences Po, septembre 2000. ISBN 2724602269
  • Jean-Pierre Rissoan, Traditionalisme et révolution : les poussées d'extrémisme des origines à nos jours. Second volume Du fascisme au 21 avril 2002, 2007, 416 pages, ISBN 978-1-4092-7757-6.

Grèce

  • Dimitris Michalopoulos, « La guerra oscura: origine e fine della campagna bellica della Grecia », Parnassos, vol. 49, pp. 267-274.

Généralités

  • Pierre Milza, Les Fascismes, Seuil, Points Histoire, janvier 1991. ISBN 2020128632
  • Pierre Milza, L'Europe en chemise noire, Champs Flammarion, septembre 2004. ISBN 2080800833
  • Christop Spher, Die Aliens sind unter uns! ("Les Envahisseurs sont entre nos rangs") ISBN 3442755484

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