Duel (combat)


Duel (combat)
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Duel au Bois de Boulogne en 1874.

Le duel est un combat par les armes, soumis à des règles précises, qui oppose deux adversaires, l’un demandant à l’autre réparation d’une offense ou d’un tort. Il est précédé d'un défi, habituellement signifié par un cartel. Le combat se déroule devant des arbitres, appelés aujourd'hui « témoins », qui veillent au respect des règles ainsi que des conventions particulières fixées au préalable. Celles-ci fixent, entre autres choses[nb 1], le nombre de tirs à l'arme blanche ou à feu. Dans un duel de plaisance, c'est-à-dire pour la galerie, elles fixent le nombre de touches. Si elles conviennent d'un combat à mort, on parle de duel à outrance.

La coutume du duel visait à règlementer et limiter la violence suscitée par un conflit entre deux individus. En fixant les termes de la résolution du conflit, il obligeait les parties adverses à convenir par le dialogue de conditions convenues et constituait une sorte de droit pénal contractuel. En imposant les armes de guerre individuelles, c'est-à-dire en interdisant l'emploi des poings par exemple, il s'adressait de fait principalement à la noblesse au point que les gentilshommes ne condescendaient à s'y préter qu'entre eux: « Jeu de mains, jeu de vilains ». L'esprit qui le gouvernait donnait ainsi plus de prix à la dignité qu'à la vie, à la manière qu'à l'intérêt, et revendiquait la primauté de la liberté individuelle de régler ses affaires sur le recours à la justice publique. Défendu autrefois tant par des tenants d'un régime aristocratique que par des républicains, le duel est aujourd'hui proscrit.

Le mot vient du latin duellum, forme ancienne de bellum, guerre, et non de duo, deux.

Sommaire

Le combat singulier dans l'Antiquité

Achille perçant Hector
prototype du combat héroïque dans l'Antiquité
peint par Rubens (1630-1635).

Le but et la signification du duel ont variés dans l’histoire.

La forme la plus ancienne connue du duel semble être le duel judiciaire pratiqué par les anciens Germains, signalé déjà par César. Cette forme a lentement évolué au cours des siècles, pour aboutir au duel d’honneur.

L’Antiquité romaine n’a pas connu le duel, au sens où nous l’entendons aujourd’hui.[réf. nécessaire] À cette époque il s’agissait soit de combats singuliers, épisodes de guerre pour lesquels aucune règle n’était respectée, la victoire par tout moyen seule important, soit de la réprésentation de ces combats par des gladiateurs mais alors selon des règles très codifiées. Le duel n'était donc dans ce cas qu'un spectacle populaire donnés par des experts chèrement entrainés mais sans droits civiques (infamie), pas même celui d'une sépulture religieuse et encore moins celui de défendre leurs droits ou leur honneur.

Duel judiciaire (avant 1547)

Le jugement de Dieu au Haut Moyen Age

Le duel judiciaire est une des trois formes du « Jugement de dieu », procédure qui comprend :

  • le serment purgatoire : L'accusé prend Dieu à témoin de la justesse de ses paroles, il prête alors serment sur des reliques de saints ou sur la Bible en présence de co-jureurs (qui témoignent de sa bonne foi). Jurer devant Dieu permettait de se « purger » de l'accusation. Être parjure était puni de l'amputation de la main droite sous Charlemagne. Ce type de preuve précédait l'ordalie dans la procédure et était souvent suffisant[1].
  • l’ordalie : test de la culpabilité ou de l’innocence d’une seule personne sans combat. Les institutions religieuses s'y opposent car pour elles, on ne doit pas soumettre les hommes au jugement divin. Cependant, ne pouvant les empêcher, elle les tolère jusqu'à leur interdiction par Saint Louis en 1258.
  • le duel judiciaire (type d'ordalie bilatérale). Cette dernière forme était une sorte de procès dans lequel la décision finale était fixée par l’issue du combat entre les deux adversaires. Pour que le résultat fût à chaque fois indiscutable, il fallait qu’il existât des règles préalables, connues et acceptées de tous, et donc une autorité pour les énoncer, les légaliser et les faire appliquer.

Les premiers textes connus réglementant cette pratique datent du début du VIe siècle, époque des grandes invasions : ce sont la loi Gombette (501) et la loi des Francs Ripuaires, toutes deux d’origine germanique. Cette pratique se répandit lors du Haut Moyen Âge. Avant ces codes, seuls les peuples germaniques d'Europe du Nord disposaient de la compensation du Wergild afin d'éviter les tueries.

Les règles formalisant le combat concernent :

  • ses limites, définies à l’intérieur d’un champ clos ;
  • son officialisation, par la désignation comme président d’un personnage important, appelé le maréchal de camp, assisté de juges et de hérauts ;
  • son caractère solennel, par un cérémonial et des pratiques religieuses ;
  • son impartialité, par le contrôle des deux adversaires et la désignation équitable des places de chacun d’eux ;
  • les armes permises selon l’appartenance sociale des combattants ;
  • la désignation d’un combattant substitut dans le cas où une des personnes concernées ne pouvait se battre, (femme, enfant ou ecclésiastique).

Charlemagne reconnut toujours la preuve par combat, mais recommandait à ses lieutenants de faire tous leurs efforts pour résoudre autrement les conflits privés relevant de leur autorité, afin d’enrayer ces effusions de sang, ce qui montre que ce type de combat était alors une procédure trop fréquente.
Le Concile de Valence le condamna en 855, proclamant « le survivant du duel sera considéré comme un meurtrier, le perdant comme un suicidé, et sera donc privé de sépulture ».

L’issue d’un tel combat, autorisé par la loi et consacré par des cérémonies religieuses, était regardée comme un jugement de Dieu. Le vainqueur était reconnu automatiquement innocent, et le vaincu, désigné indubitablement coupable par Dieu lui-même, devait donc subir la peine correspondant au crime commis. Seul le roi avait le droit de grâce.

La réglementation judiciaire du duel au Bas Moyen Age

"Le soleil doit être partagé également entre eux."
Version de Dresde du Miroir des Saxons entre 1295 & 1363.

Ces pratiques suscitaient l'étonnement du monde musulman, habitué à fonder les preuves Page d'aide sur l'homonymie sur les témoignages et les aveux. Ainsi, le prince syrien Ibn Mounqidh s'étonne, au XIIe siècle, de cette coutume jugée barbare, en décrivant le duel entre un forgeron et un vieil homme, censé révéler, selon la coutume chrétienne, la vérité, et déclare : «  Où était la justice dans tout cela ? Où le criminel ? Et où l'innocent ? » [2]. Elles perdurèrent jusqu'au règne de Philippe le Bel, car l'aristocratie y trouvait le moyen de démontrer son habileté aux armes.

Tournoi entre Bretagne et Anjou pour la succession de Bretagne.
Au Moyen Age, le duel dit le droit, y compris entre états.
À partir de la Renaissance, il est dicté par un code d'honneur.

En 1235, le Miroir des Saxons codifie très précisément le duel comme un prolongement de la légitime défense. En 1258, un édit de Saint Louis interdit l'ordalie et ordonne le duel judiciaire, tout en préconisant les preuves écrites et orales, notamment l'enquête de témoins et le serment purgatoire. Louis IX, puis Philippe le Bel fixèrent des limitations visant à réduire l'usage du duel. À partir de cette époque, le duel judiciaire ne fut plus admis lorsque la culpabilité ou l’innocence de l’accusé était manifeste, lorsque les voies ordinaires de la justice permettaient l’établissement de la vérité, ou encore en temps de guerre. Dès lors, il ne fut plus question de jugement de Dieu, mais uniquement de duels judiciaires. A Paris, ceux ci étaient organisés dans l'île Notre Dame[3].

Les règlements de Philippe le Bel de 1306 sur le duel judiciaire déclaraient à l’égard du vaincu :
« Si le vaincu est tué, son corps sera livré au maréchal du camp, jusqu’à ce que le roi ait déclaré s’il veut lui pardonner ou en faire justice, c’est-à-dire le faire attacher au gibet par les pieds.
Si le vaincu est vivant, il sera désarmé et dépouillé de ses vêtements, tout son harnois sera jeté çà et là par le champ, et il restera couché à terre jusqu’à ce que le roi ait pareillement déclaré s’il veut lui pardonner ou qu’il en soit fait justice.
Au surplus tous ses biens seront confisqués au profit du roi, après que le vainqueur aura été préalablement payé de ses frais et dommages. »

Le déclin du duel judiciaire après la Guerre de Cent Ans

Avant la guerre de Cent Ans, les conflits féodaux avaient un caractère tout personnel. Durant celle ci, l'ampleur des armées, le caractère civil d'une guerre qui impliquait la bourgeoisie, son commerce et ses finances, la naissance d'un sentiment national interdirent de réduire le sort des batailles au jeu privé des duels. Ce fut la raison invoquée[4] par Philippe de Valois pour refuser le cartel proposé en août 1340 à Tournai par Edouard d'Angleterre pour trancher leur conflit dynastique. L'habitude était en effet de considérer le champ de bataille comme autant de duels possibles. Ainsi vit on le maréchal de Clermont et Jean Chandos se défier le 18 septembre 1356, veille de la bataille de Poitiers, parce qu'ils portaient chacun dans leurs armes respectives la même Dame d'azur au soleil rayonnant[5]. Le maréchal perdit la vie le lendemain en combat singulier au milieu du massacre. Inversement, le Duc de Bourgogne se vit interdire[6] par le roi de répondre au cartel que lui avait adressé oralement à Troyes en août 1380 le Comte de Buckingham[7]. Cette occasion vit, par exemple, les impératifs logistiques primer sur l'honneur et le défi lancé par l'écuyer Gauvain Micaille, relevé par le maréchal Fitz Water, fut tout simplement reporter sine die par Buckingham qui ne pouvait attendre[8].

L’infaillibilité du jugement de Dieu ne fut entamée que lors de l’affaire opposant Jean de Carrouges et Jacques Legris. La Dame de Carrouges, Marguerite de Thibouville, accusa Jacques Legris, gentilhomme du comte d'Alençon, de s'être introduit, de nuit et masqué, dans son donjon afin d’abuser d’elle alors que son mari guerroyait en Ecosse[9]. Legris protesta de son innocence mais la justice n’ayant aucun moyen de découvrir la vérité, un jugement de Dieu fut ordonné en décembre 1386. Legris fut vaincu et on l’acheva en le pendant au gibet. Quelque temps après un malfaiteur avoua le viol parmi d'autres crimes. Legris mort innocent, Carrouges alla se faire tuer en croisade[9].

Le dernier duel judiciaire autorisé par un roi de France eut lieu le 10 juillet 1547. Connu sous le nom de Coup de Jarnac, il opposa Jarnac et La Châteigneraie. Les duels judiciaires disparurent définitivement sous Louis XIII.

Duel d’honneur (après 1547)

Le duel interdit et toléré sous l'Ancien Régime

Le roi ne donnant plus l’autorisation de se battre, on s’en passa, le duel judiciaire prenant alors une nouvelle forme au XVIe siècle, le duel du point d'honneur. Dans le désir de braver le pouvoir royal grandissant, on se battait pour n’importe quelle raison, et au besoin on inventait un prétexte concernant son honneur (privé ou public) quand l’envie venait de vouloir simplement se mesurer les armes à la main. Le duel devint une mode, et sous l’influence des maîtres italiens, l’épée en devint l’arme quasi-exclusive avec la dague et, parfois, la lance.

Le résultat fut qu’en quelques décennies les gentilshommes tués en duel se comptèrent par milliers. Entre 1588 et 1608, ont été comptabilisés près de dix mille gentilhommes tués pour des questions d'honneur[10], soit une moyenne de cinq cent par an ou deux par jour de semaine. Devant cette hécatombe, les souverains successifs reconnurent la nécessité d’interdire cette pratique. Mais issus eux-mêmes de cette aristocratie batailleuse et sourcilleuse, et bien que défenseurs de la religion interdisant cette pratique, ils montrèrent toujours beaucoup d’indulgence envers les duellistes. Les édits d’interdiction se multiplièrent (en 1599, 1602, 1613, 1617, 1623, etc.), mais pas autant que les lettres de grâce, annulant leurs effets : Henri IV en signa 7 000 en 19 ans.

Puis vint Richelieu. Il fit paraître un nouvel édit le 2 juin 1626, prévoyant la peine de mort pour les contrevenants. Dès 1602 avait été introduite autour d'un Tribunal du point d'honneur une législation qui finit sous Louis XIII par assimiler le duel à un crime de lèse-majesté. Celle ci fut appliquée avec la dernière rigueur. La sanction la plus spectaculaire fut, le 21 juin 1627, la décapitation de François de Montmorency-Bouteville, qui s’était pris la fantaisie de se battre en plein jour, place Royale, avec François d'Harcourt, marquis de Beuvron, lequel s’enfuit en Angleterre. La scandale d'une jeunesse se tuant pour des raisons frivoles fut dénoncé au cœur même de la Cour par Malherbe[11] dont le fils, lui même duelliste qui avait bénéficié d'une grâce, fut assassiné le 13 juillet 1627 pour avoir empêcher un duel.

Le duel devint alors une forme de revendication de l'indépendance de l'aristocratie contre l'absolutisme. Déjà en 1625, deux cents gentilhommes manifestaient contre la condamnation d'un des leurs[12]. En 1679, Louis XIV cru pouvoir déclarer « le duel aboli » mais entre 1685 et 1716, le nombre de morts ne « chuta » qu'à quelques quatre cents, pour dix mille duels comptabilisés au sein de l'armée, sans compter les morts par blessures intervenues hors champ[13].

Si les duels se firent plus discrets, ils se poursuivirent comme une mode, gagnant les ecclésiastiques (le cardinal de Retz en était friand) et comme un fantasme, en étant attribués à des femmes. Fougeroux de Campigneulles relate notamment les duels prêtés à la cantatrice Julie d'Aubigny et le duel au pistolet de 1718 entre la marquise de Nesle et la vicomtesse de Polignac, toutes deux cousines et amantes du maréchal de Richelieu[14]. Il n’était pas rare que les seconds combattissent également entre eux. En 1652, lors du duel des ducs de Nemours et de Beaufort, il y eut dix personnes qui se battirent ensemble dans le marché aux chevaux où eut lieu la rencontre. Il y eut trois morts et plusieurs blessés.

Entre juin 1643 et octobre 1711, Louis XIV promulgua pas moins de onze édits interdisant le duel et renforçant les peines, sans pour autant faire cesser cette pratique. Louis XVI, poursuivant cette politique, prononça quelques exils. La maréchaussée restait souvent impuissante quand les duels étaient organisés dans des lieux offrant une immunité de fait, la cour des miracles ou les lieux privés laissés ouverts au public, tels Le Temple, le Palais-Royal, les ruines du château de Madrid[15].

Démocratisation et codification du duel après la Révolution

Duel au pistolet entre Cazalès et Barnave,
députés du Tiers-Etat et de la Noblesse,
le 11 août1790 au Bois de Boulogne.
« Je serais désolé de vous tuer! »

À la Révolution, l’Assemblée législative rendit un décret d’amnistie générale concernant le duel. Un projet de loi contre le duel n’eut pas de suite. On en revint à un régime de tolérance, avec pour conséquence une démocratisation et une recrudescence des duels d’honneur. A la chute de l'Empire, les « crânes », officiers démobilisés et autres demi-soldes, tel le légendaire[16] Surcouf face à douze prussiens ou quelques russes, n'hésitent pas à provoquer en duel les occupants puis sous la Restauration à régler sur la place publique leurs fréquents différends avec les légitimistes.

Le Code pénal de 1810 n’ayant pas traité explicitement le duel, ce fut la jurisprudence de la Cour de Cassation, établie avec beaucoup d’hésitations (jusqu'à un arrêt de 1837, elle privilégia le code d'honneur au code pénal, considérant qu'il s'agit d'une légitime défense, d'autant plus que la convention qui règle les modalités du combat suppose une entente préalable[17]), qui fut employée ; à savoir, la peine d'assassinat en cas de mort d’homme, de tentative d’assassinat lorsque le duel avait été convenu à mort, et, dans le reste des cas de coups et blessures volontaires. Mais dans la réalité bien peu de duellistes furent poursuivis, et encore moins condamnés, tandis qu’une véritable rage du duel s’emparait du XIXe siècle.

Coffret de pistolets de duel,
attirail précieux du rituel (vers 1830).

Le duel entra dans les mœurs et devint une sorte d’institution propre à la bourgeoisie et à l’aristocratie, bénéficiant de la bienveillance des autorités. Il devient l'apanage des parlementaires et des journalistes, en quête de légitimité. Lors du duel opposant Clemenceau et Déroulède, les gendarmes étaient bien présents, mais non pour arrêter les participants : ils s’employèrent à contenir la foule trop nombreuse des curieux. Une codification de plus en plus stricte s'élabora, comme en témoignent la publication de nombreux manuels de duels (le plus célèbre étant l'Essai sur le Duel du Comte De Chateauvillard en 1836) qui précisent les procédures :

- armes « légales » (épée, pistolet et sabre, surtout utilisé par les militaires)
- choix de l'offensé pour la date, le lieu et les armes du duel,
- nombres de témoins (deux pour le pistolet, quatre pour l'épée ou le sabre),
- types de duels (au premier sang ou à mort, au commandement, au visé, etc.)[18]

La plupart des grands noms de ce siècle (Théophile Gautier ou Alexandre Dumas père qui popularisent le roman de cape et d'épée), des personnes qui montrèrent par ailleurs leur intelligence et leur réflexion (Proudhon, Henri Rochefort, « l'homme aux vingt duels ») se retrouvèrent sur le terrain à risquer leur vie parfois pour des prétextes futiles. L’effet de mode et la pression sociale expliquent ces conduites. Le « monsieur qui ne se bat pas » devenait un poltron infréquentable, et cette peur de l’exclusion de la société, de la ruine d’une réputation, fit, pour une bonne part, accepter un combat où l’on n’était pourtant pas sûr de briller. La phrase de Pierre Nicole dans ses « Essais de morale » restait d’actualité : « Combien de gens s'allaient battre en duel, en déplorant et en condamnant cette misérable coutume et se blâmant eux-mêmes de la suivre ! »

Mensur au sabre entre étudiants allemands en 1900
par Georg Mühlberg.

Victor Hugo, dans une lettre à sa fiancée Adèle Fouché, résume bien le dilemme posé par le duel aux hommes de ce temps : « Quand un homme raisonnable a eu le malheur de se battre en duel, il doit s’en cacher ou s’en accuser comme d’une mauvaise action ou d’une extravagance..... Le duel ne cesse d’être méprisable qu’en devenant odieux. Voilà toute ma pensée. Je dois cependant pour la compléter ajouter qu’il est des cas où le plus honnête homme ne peut se dispenser d’avoir recours à ce sot préjugé. » Il venait lui-même de se battre quelques mois plus tôt.

Entre 1826 et 1834, il y eut en France plus de deux cents morts par duel. De nombreuses personnalités, comme Évariste Galois, Armand Carrel et Alexandre Pouchkine, y laissèrent la vie. Aux Etats Unis, l'interdiction votée par le Congrès en 1839 à l'instar de la Loi Anti-Duel adoptée par la Virginie en 1810, n'eût quasiment aucun effet. Entre 1798 et 1861, la Marine perdit les deux tiers de ses midships dans des duels, malgré, sinon grâce à la rengaine des prêches publiés à foison.

Dans les universités autrichiennes et allemandes, une forme de duel noble au sabre, la Mensur, était pratiquée tout au long du XIXe siècle. Après l'accident mortel d'Adolph Erdmannsdörffer en 1845, cette pratique perdit de sa force, mais pu être observée jusqu'au cours du XXe siècle dans les fraternités d'étudiants.

Le déclin de la coutume du duel

Dès la fin du XIXe siècle, cette mode perdit de sa force : le « duel au premier sang » (majoritairement au pistolet peu précis) devint de plus en plus une mise en scène raillée dans des journaux ou romans. En 1870, l'affaire Victor Noir jette une certaine oppobre sur les adeptes du duel. En Angleterre, Contrairement à ce qui s'est passé en France, le duel, perçu comme la coutume d'une classe aristocratique restée en place, a très tôt fait l'objet d'une réprobation morale, en particulier de sociétés de vertu très actives. Le dernier duel qui s'y solda par un décès fut celui de deux français exilés à Englefield Green en octobre 1852[19], entre le blanquiste Emmanuel Barthélémy et l'organisateur de la résistance au coup d'état du 2 décembre 1851, Constant-Frédéric Cournet[20].

En Italie, la loi du 26 avril 1875 proscrit le duel, qui restera toutefois impuni par le réglement militaire jusqu'à la loi n° 1938 du 19 octobre 1930.

En Bade en 1890, le duel Vering-Salomon, provoqué par une injure antisémite, remet en cause la politique d'assimilation d'une Allemagne à peine unifiée. La complaisance des milieux conservateurs soutenus par l'Empereur, dont des proches adhèrent à des sociétés d'étudiants, est alors pointée du doigt. La crédibilité de la famille impériale est directement mise en question en 1895 quand, pour clore l'affaire Kotze, le Chambellan de l'Empereur provoque en duel deux de ses détracteurs. L'année suivante, la mort du juriste Zenker, tué en duel par un lieutenant de l'équipage personnel de l'Empereur, Ketelhodt, ajoute au scandale malgré le soutien à l'institution du duel qu'exprime à cette occasion le chef du Parti National Libéral, Rudolf von Bennigsen. Il faudra attendre la mort en duel en janvier 1902 du fils de celui ci, le sous-préfet Adolf von Bennigsen, pour que soit créée une Ligue anti duel.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, le duel parsien n'est guère plus qu'un spectacle que se donne à lui même un milieu interlope, tel celui auquel assiste Pierre Lestringuez au Moulin Rouge[21]. Les deux guerres mondiales relèguent l'honneur militaire individuel. Les officiers, pour qui la guerre est une forme de duel, ne peuvent rester debout face au feu des canons ennemis[22]. Le duel tomba complètement en désuétude après la Seconde Guerre mondiale, d'autant plus que la diffamation devînt judiciairement répréhensible. Il n'en restat que le « duel des avocats ».

En 1919, le pacifiste Alain, dénonçant la lâcheté des gouvernements et des états majors ayant conduit à la barbarie de 14-18 et préconisant une éthique du courage en forme de dissuasion face à la mauvaise foi et et l'irresponsabilité individuelle, est un des derniers à défendre l'institution du duel « civilisé » : « que celui qui célèbre la guerre fasse la guerre aussitôt. »[23]

Les derniers duels connus sont ceux de Serge Lifar et du Marquis de Cuevas en 1958, et de Gaston Defferre et René Ribière en 1967 après une altercation entre les deux hommes dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

Le dernier pays à avoir interdit le duel fut l'Uruguay dans es années 80. En 1999, l'Italie a en quelque sorte dépénalisé le duel en ne prevoyant de sanction qu'en cas de lésion.

Quelques duels et duellistes célèbres

Duellistes compulsifs

  • Paul de Cassagnac (vingt deux duels entre 1880 et 1889 sans jamais être blessé)
    • Aurélien Scholl, rédacteur du Nain jaune, grièvement blessé
    • Henri Rochefort (blessé)
    • Henri Lissagaray, son cousin, rédacteur de l'Avenir, au Vésinet en septembre 1868. Au cours de ce combat, Lissagaray reçut plusieurs blessures, dont la dernière en pleine poitrine, qui le mit au lit pour un mois. À peine rétabli, il renvoya ses témoins chez Cassagnac pour reprendre l'affaire. Celui-ci répondit: " Non monsieur ! j'ai pu consentir à être votre adversaire, il me répugne de devenir votre charcutier...". Pour ce duel, Cassagnac fut condamné à six jours de prison et les quatre témoins à cinquante francs d’amende.
    • Gustave Flourens (juillet 1869), épée, blessé au ventre.
  • Henri Rochefort (« l’homme aux vingt duels et trente procès »)
  • Rodolphe Darzens (Moscou, 1865 - Paris, 1938), poète co fondateur du Symbolisme[24] et découvreur de Rimbaud[25] (treize duels entre 1887 et 1893)
    • Jean Moréas le 20 mai 1888[26] à l'épée. La maîtresse de Darzens, Elisabeth Dayre, future Madame Gustave Kahn, surnommée L'Anthologie tant elle était connue dans les cercles littéraires pour être volage, lui avait finalement préféré, en 1887, le poête grec[27], vilipendé par le même Darzens dans sa revue La Pleiade[28]. Darzens avait envoyé plusieurs fois ses témoins et agressé physiquement trois fois son rival quand celui ci finit par consentir au duel. Après avoir touché son adversaire beaucoup plus grand que lui, Moréas se trouva corps à corps avec lui et saisit l'épée de celui ci par un réflexe de sa main gauche. Le duel fut interrompu par les témoins et Moréas, déshonnoré par la presse politique, où l'antisémitisme était habituel, « sous l'accusation de félonie et traîtrise »[29] comme auteur « du coup du juif » [29] si bien qu'il provoqua en duels, sans suite, plusieurs de ses railleurs.
    • Julien Leclercq le 31 décémbre 1890 à l'épée. En demandant la main de la fille de Darzens, Leclercq s'était vu en devoir de produire un certificat médical attestant qu'il n'était pas pédéraste[30] et les deux hommes en étaient venus aux mains[31]. Les témoins de Leclercq étaient Jules Renard et Paul Gauguin[31].

Motifs obscurs

  • Mikhaïl Lermontov et Nicolaï Martynov le 27 juillet 1841 près de la ville d'eau de Piatigorsk alors qu'ils étaient en garnison dans le Caucase. Le duel aurait été mis en scène selon la description faite quelques mois plus tôt par Lermontov dans Un héros de notre temps, au bord d’un précipice, afin que si un quelconque combattant était blessé jusqu’à perdre pied, son destin soit scellé. Ce fut le cas de Lermontov.
  • Jules Vallès, alors pigiste à La Revue des deux Mondes, et son jeune ami de vingt et un ans, Louis Poupart-Davyl, qui sera grièvement blessé au bras gauche, en 1856. Les raisons sont obscures.

Arbitrages d'une bataille

Le duel de Sonnenberg et Sanseverino,
protoype du combat chevaleresque
Chapelle Sainte Catherine à Wolfegg par Spiegler (1735).

Litiges en affaires

Duel judiciaire entre Dornsberg et Haschenacker
L'exploit était vu comme une preuve de la Providence.
Manuscrit vers 1544 - Bibliothèque Nationale de Bavière.

Réparations d'une humiliation

Duel sous parapluie de Sainte-Beuve contre Dubois
le 20 septembre 1830 à Romainville.
« Etre tué mais pas mouillé! »

Défis entre maîtres d'armes

Duel au fleuret à Carlton House le 9 avril 1787
entre le chevalier de Saint George et le chevalier d'Éon.

Duels galants

  • Duel des Mignons le 27 avril 1578 au marché aux chevaux de Paris. Des courtisans se battent pour la faveur d'Henri III avec leurs témoins, trois contre trois. Quatre morts et un blessé.
  • Henri de Sévigné, joli marquis exalté et fâcheux[38] de trente deux ans, et François Amanjeu d'Albret, comte de Miossens[39], le 4 février 1651 à Picpus[40]. Il avait été rapporté à celui ci que le marquis avait déclaré[41] que Charlotte Galland alias Lolo[42] de Gondran[43], née Bigot de la Honville[38], la maîtresse qui avait remplacé Ninon de Lenclos dans le cœur de ce dernier, « ne fait pas grand cas du chevalier d'Albret ». Cette prétendue cousine du chevalier, courtisée par lui[44], belle-fillle d'un avocat de renom, venait en effet de recevoir de Sévigné un bijou de grand prix, cadeau que cinquante mille écus cédés récemment par sa femme promettait de renouveler. Le marquis nia les propos mais ne se justifiait « jamais que l'épée à la main »[41]. Sur le terrain, les deux hommes se réconcilièrent et s'embrassèrent mais l'esprit du temps était de ne pas manquer une occasion de se battre[45]. Après avoir été touché quatre fois dans le vêtement, Albret para avec une lenteur courtoise[46] mais Sévigné, tout à fait fantasque[47], s'embrocha sur le fer ainsi présenté[46], et mourrut de sa blessure le surlendemain, donnant par là toute sa liberté[48] à une grande femme de lettres, la marquise de Sévigné, sa veuve.
  • Charles Amédée de Savoie-Nemours et son beau frère François de Vendôme, cousin germain de Louis XIV, le 30 juillet 1652 à Paris. Ils commandaient tous deux l'armée des Princes durant Fronde. Le duc de Nemours fut tué pour l'amour de Madame veuve de Châtillon.
  • George Villiers, 2e duc de Buckingham et Charles Talbot onzième comte de Shrewsbury le 16 janvier 1688. Buckingham, amoureux de la comtesse de Shrewsbury, tua son mari en duel puis se vanta d'avoir obtenu les faveurs de la comtesse avant même qu'il eût ôté ses vêtements ensanglantés[49].
La mort à 37 ans de Pouchkine, mari jaloux.
Dans son roman, c'est aussi le jaloux qui perdait le duel.

Assassinats politiques déguisés

Rivalités personnelles entre politiciens

Duels de propagande

Duels de presse

  • François-Vincent Raspail et Louis-Augustin-François Cauchois-Lemaire le 30 décembre 1834.
  • Auguste Dupont, journaliste et ex député, tué au pistolet par le député montagnard Jean-Baptiste Chavoix, le 20 août 1850, pour un article de presse.
  • Robert Caze et Paul Bonnetain le 6 avril 1883 à Diegem. Caze est blessé légèrement à la poitrine. Deux ans plus tard, Maurice Barrès évitera de peu un duel avec Caze pour une critique de La semaine d'Ursule parue le 8 août 1885 dans La Vie Moderne[77].
  • Robert Caze et Charles Vignier, qui avait publié, à la suite d'une altercation entre celui là et Félicien Champsaur, que le premier avait été « rossé ». Le 15 février 1886 au Bois de Meudon, Caze se jeta sur l'épée de son adversaire et succomba un mois et demi plus tard.
  • Jules Bois, journaliste spécialisé dans l'occultisme, et Stanislas de Guaita, rosicrucien ami de Barrès[78], le 19 janvier 1893 à la Tour de Villebon[79] dans le Bois de Meudon, au pistolet, sans résultats. Dans une série d'articles du Gil Blas, Bois avait accusé, à la suite de son ami Huysmans, Guaita d'avoir tué par magie[80] l'abbé Boullan. Le duel fut réédité en mai[81] au sabre entre Bois et le témoin de Guaita au premier duel, le mage Papus. L'affaire, dans un contexte de réaction du positivisme représenté par Zola et Jean-Martin Charcot[82] entre autres, faisait grand bruit. Papus et Bois, qui fut légèrement blessé à l'avant bras, finirent par devenir amis[83].
  • Edmond Lepelletier, historien de La Commune, et Jules Guérin, rédacteur en chef du Gil Blas, le 17 avril 1894 après le café, à la Jonchère, à l'ouest de Paris. Dans un article intitulé L'hallali du poète paru dans ce journal[84], Léon Bloy dénonçait le lynchage médiatique de son ami Laurent Tailhade à la suite de l'attentat anarchiste du 4 avril contre celui ci. Lepelletier, qui avait écrit Une bombe intelligente dans L'Echo de Paris[85], prit ce prétexte pour envoyer ses témoins, dont Gaston Leroux[85]. Bloy jugeant, en fidèle catholique[86],[87], le duel « une saleté ridicule inventée par des saltimbanques. Je le remplace volontiers par des coups de pieds au derrière »[84], son directeur, antisémite et anticommunard, releva le défi à l'épée et fut légèrement blessé à la quatrième reprise à la main droite[88], origine de l'offense, en suite de quoi il renvoya son journaliste qui avait par ailleurs l'inconvénient pour son journal de se montrer de plus en plus philosémite et dreyfusard. Le lendemain Lepelletier publiait « Jules Guérin a été blessé par procuration mais Léon Bloy en est mort »[89]. Cette mort sociale recherchée[90] fut effective mais le but initial était la publicité pour Lepelletier lui même[91]. Par un étrange croisement des parcours, Lepelletier, d'organisateur de l'antiboulangisme, devint en 1902 député antidreyfusard sous l'étiquette antisémite.
  • Jules-Hippolyte Percher alias Harry Alis ou Harry Allis, rédacteur du Journal des débats et Alfred Le Châtelier, administrateur de la Société du Congo Français, le 28 février 1895 dans un bal de l'île de la Jatte où les consommateurs venaient voir les duels[92]. Le second contestat les concessions que le premier lui attribuait[93] dans un article où était défendu l'alliance avec les belges au Congo[94]. Un rectificatif fut publié mais le journaliste l'entendit, à la suite d'insinuations venus d'ailleurs[95], comme une façon détournée de dire qu'il avait été corrompu par une société de chemins de fer belge[96]. Alis fut transpercé par l'épée de son adversaire qui s'était fendu après une deuxième riposte[97] et mourrut le lendemain. Le Châtelier, ancien officier qui se défendait contre un fleuretiste entraîné et plus grand[98], fut acquitté par le jury à la demande du ministère public et à la faveur Président[99], le duel n'étant passible de sanctions pénales qu'en cas de mort d'homme, ce qui était le cas, ou de manque de loyauté[100].
  • César Campinchi, avocat et député de Bastia, et Horace de Carbuccia, éditeur de Gringoire et autre député de Bastia, le 6 mars 1935 au vélodrome du Parc des Princes à propos d'un article de presse. Les duellistes attendirent que le stade se remplisse de spectateurs[101]. Quatre balles furent échangées à trente cinq pas. Campinchi fut blessé au bras. Le duel fut réédité à l'épée le 11 octobre à Ajaccio dans la résidence du Docteur Miniconi entre Monsieur Poli, directeur du Journal de la Corse qui soutenait Campinchi, et Monsieur Tanot, rédacteur en chef de La Jeune Corse, financé par Carbuccia[102]. A la troisième reprise, Tanot fut touché à l'avant bras et les adversaires se serrèrent la main.
  • Paul de Cassagnac et Guy de Cassagnac, fils de Paul de Cassagnac et directeurs du journal conservateur L'Autorité, contre Charles Maurras, directeur du journal de la droite activiste L'Action Française, le 26 février 1912 à Neuilly. Celui ci, alias « Criton », avait, dans un vomis d'insultes, accusé les premiers, « dans la voie des compromissions », de donner « raison au juif contre le Français » en défendant Henri Bernstein et en acceptant l'aide financière du « traître juif Arthur Meyer », directeur du journal royaliste Gaulois[103]. Inversement L'Autorité n'avait pas épargné L'Action Française. A travers une querelle éditoriale sur le thème porteur de l'antisémitisme, il s'agissait pour Maurras de discréditer un journal concurrent en difficulté et de capter son lectorat. Maurras, fleuretiste, fut touché à la manchette par l'épée de Paul et abandonna sur un deuxième assaut qui lui aurait été fatal[104]. Il eut un second duel avec Guy[105] pour la forme. La querelle pris un tournant plus virulent en 1921 mais cette fois ci Léon Daudet refusa le duel.

Accusations entre politiciens

  • Georges Clemenceau (douze duels au total[106]) et le député radical démissionnaire Auguste Maurel, le 15 décembre 1888 à Enghien[107]. Ayant siègé plusieurs fois à l'extrème gauche, Maurel avait finalement espéré en démissionnant obtenir du gouvernement opportuniste un poste aux colonies. Ne l'ayant pas obtenu, il accusa Clemenceau, influent collègue dans la circonscription du Var[108], de s'être parjuré en ne soutenant pas son successeur. Il l'accusa[109] d'avoir publié une dépêche post datée affirmant ce soutien, dêpêche que Clemenceau démentit[110], sous entendant par là qu'elle avait été fallacieusement écrite par un Maurel usurpant sa signature. Le contexte était celui de la dénonciation du trafic des investitures. L'arrangement proposé par un jury d'honneur fut refusé par Maurel dont l'épée blessa légèrement l'extérieur de l'épaule droite de son adversaire. Le duel fut aussitôt interrompu par les médecins[111]. Un des témoins de Clemenceau était Victor Schoelcher[107].
Le député boulangiste Déroulède et le député radical Clemenceau. Le duel participe alors de la vie politique.

Querelles autour du racisme

  • Le chevalier de Saint George et Alexandre Picard à Rouen, en 1766. A dix neuf ans, Saint George reçoit de son père l'ordre de punir les insultes contre les nègres du maître d'armes, qu'il ridiculise chez lui.
  • Lamartine et le colonel italien Gabriel Pepe qui le blessa au bras (duel à l’épée dans les jardins de l’ambassade vers 1826). Le colonel avait provoqué Lamartine, parce qu’il avait jugé injurieux à l’égard de l’Italie quelques vers de celui-ci, où il comparait les Italiens à de la poussière humaine :
« Je vais chercher ailleurs (pardonne, ombre romaine!)
Des hommes, et non pas de la poussière humaine.
 »

Duels dans la fiction

Poésie épique

Le duel d'Arjuna et de Karna durant la bataille de Kurukshetra. Chaque seigneur combat dans son char à la tête de son armée et son sort personnel décide de la victoire.
  • Achille <> Hector, durant le siège de Troie conté par Homère dans l'Iliade. Achille venge la mort de Patrocle en tuant Hector. La fureur des héros les entraînent à accomplir par un enchaînement de vengeances un destin fatal dont l'ensemble des mortels, amis, femmes, descendants, est le jouet.
  • Arjuna, le Chevalier d'Argent, et Karna, le Prince Boucle d'Oreille, dans le Mahabharata. La religion commandent aux deux champions d'oublier leur parenté et de se plier à leur destin de s'affronter, tuer et mourir. La victoire d'Arjuna décide de la bataille qui se termine le lendemain, au dix neuvième jour, dans une ruine réciproque et se revèlera une duperie dans un monde d'illusions.
  • Roland et Olivier dans la geste Girard de Vienne. Une vaillance égale rend la victoire impossible et le duel finit en amitié. Le poête figure une vertu chevaleresque aristotélicienne[121] modérant la force, representée par le germain Roland, par la sagesse, représentée par le romain Olivier. La formule « Roland est preux mais Olivier est sage »[122] préfigure un idéal humaniste.
  • Tristan de Loonnois et le Morholt d'Irlande dans le Tristan de Béroul. L'épisode inaugure l'esprit du panache, celui par lequel Tristan renvoie sa nef de l'île Samson où il a rejoint son adversaire, une seule embarcation suffisant pour ramener le vainqueur.
Yvain & Gauvain
L'épisode est une apologie de l'entremise féminine et de la justice royale.

Théâtre

Romans

Le duel d'Eugène Onéguine et Vladimir Lenskyi par Ilya Repine

Cinématographe

  • Les Duellistes de Ridley Scott (1977) d'après la nouvelle Le Duel de Joseph Conrad, parue en 1908.
  • Frédérick Lemaître dans Les Enfants du Paradis, interprété par Pierre Brasseur
  • Duel 1971, un telefilm de Steven Spielberg, d'après une nouvelle de Richard Matheson.
  • Dans le film Le professionnel, Josselin Beaumont, interprété par Jean-Paul Belmondo, défie en duel le redoutable commissaire Rosen, interprété par Robert Hossein. Beaumont tue Rosen.
  • Barry Lyndon, film de Stanley Kubrick (1975), inspiré des Mémoires de Barry Lyndon, le héros connait deux duels significatifs au début et la fin du film, qui marquent respectivement pour le premier le commencement du destin extraordinaire du personnage, et pour le second sa chute.
  • Dans le film Ridicule, le jeune baron Grégoire Ponceludon de Malavoy, personnage principal, affronte et tue en duel le Colonel de Chevernoy, officier du roi.

Bibliographie

  • François Guillet, L’honneur en partage. Le duel et les classes bourgeoises en France au XIXe siècle, Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 34, 2007.
  • Martin Monestier, "Duels : Histoires, techniques et bizarreries du combat singulier des origines à nos jours", Paris, 2005
  • Robert A. Nye, Masculinity and male codes of honor in modern France, Oxford University Press, 1993.
  • Micheline Cuénin, Le duel sous l'Ancien Régime, Presses de la Renaissance, 1982.
  • De Chateauvillard, Essai sur le Duel, Paris, 1836.

Notes

  1. Exemple de protocole établi par les témoins de Charles Maurras et de Paul de Cassagnac:
    « Les quatre témoins se sont réunis aujourd’hui 24 février, et ont jugé la rencontre inévitable. Elle aura lieu après-demain, lundi, 26, dans la matinée. Les conditions seront les suivantes :
    Épée réglementaire de combat.
    Chacun ses armes.
    Chemise molle, gants de ville, chaussures à volonté.
    Reprises de deux minutes.
    Repos égaux.
    Quinze mètres derrière chaque combattant.
    Le terrain gagné restera acquis.
    Les corps-à-corps sont interdits.
    Le combat sera alternativement dirigé par M. de Blest-Gana et par M. Léon de Montesquiou. Le combat cessera quand l’un des deux candidats sera déclaré, par ses témoins, en état d’infériorité manifeste.
    Fait en double, à Paris, le 24 février 1912. » (Source: L’Action française, 27 février 1912.)

Références

Sur les autres projets Wikimedia :

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  103. Ch. Maurras, Les Cassagnac in L'Action française, 23 février 1912.
  104. Duel Maurras, à gauche, et Castagnac, à droite. Le duel contre Guy est interpolé.
  105. Spill real blood in a Paris duel in The New York Times, 27 février 1912.
  106. J.-M. Mayeur & A. Schweitz, Les parlementaires de la Seine sous la Troisième République, vol. 1, p. 150, Publications de la Sorbonne, Paris, 2001.
  107. a et b J.-B. Duroselle, Clemenceau le duelliste in Revue des deux mondes, p. 181, Paris, septembre 1988.
  108. É. Constant, De la Seconde à la Troisième République le parcours d’un Varois : Paul Cotte, rebelle et politique in Provence 1851, une insurrection pour la République, Actes des journées d'étude de 1997 à Château-Arnoux et de 1998 à Toulon, Association pour le 150e anniversaire de la résistance au coup d’État du 2 décembre 1851, Les Mées, 2000 Paul Cotte, rebelle et politique.
  109. Le Peuple, 10 décembre 1888.
  110. A. Hamon & G. Bachot, L'agonie d'une société: histoire d'aujourd'hui (1889), p. 95, Albert Savine, Paris, 1889.
  111. a et b J.-B. Duroselle, Clemenceau le duelliste in Revue des deux mondes, p. 182, Paris, septembre 1988.
  112. J.-B. Duroselle, Clemenceau le duelliste in Revue des deux mondes, p. 183, Paris, septembre 1988.
  113. Journal des Goncourt, mémoires de la vie littéraire III (1885-1888), vol 1, t. VII, Charpentier, Paris, 1894.
  114. N. Benhamou, Derrière les volets clos, la maison Philibert: document humain ou oeuvre littéraire?, in J. Lorrain, La maison Philibert, p. 12, Editions du Boucher, 2007.
  115. J. Lorrain, Monsieur de Phocas, p 13, Edition du Boucher, 1901.
  116. J. Lorrain in Th. Laget, Les plaisirs et les jours: suivi de L'indifférent et autres textes - Marcel Proust, p. 295, Gallimard, Paris, 1993.
  117. Le Journal, 1er juillet 1896.
  118. Le Journal, 3 février 1897.
  119. M. R. Finn, Rachilde - Maurice Barrès (Correspondance inédite 1885-1914), p. 19, Université de Bretagne Occidentale, Brest, 2010.
  120. Le Gaulois, 7 février 1897.
  121. Aristote, Ethique à Nicomaque, II 7-9, III 9-12.
  122. Chanson de Roland, v. 1093.


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