Romance (littérature romantique)


Romance (littérature romantique)

Une romance est un type de roman d'amour développé dans certains pays anglophones, tels que les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l'Australie. Il s'agit d'un anglicisme inspiré de romance novel.

Considéré en France comme un genre mineur, peu étudié par les universitaires, ce type de roman se confond dans l'esprit du public et des médias francophones avec l'ensemble de la production sentimentale de la littérature populaire, représentée emblématiquement par les collections Harlequin éditées en France depuis 1978. Il jouit cependant dans le monde anglo-saxon d'un statut plus valorisé.

Comme tout roman d'amour populaire universel, les romances se concentrent sur les relations et l'histoire d'amour entre deux personnes, tout en parvenant à émouvoir le lecteur et en optant pour une fin optimiste[1]. Depuis la fin du XXe siècle et le début du XXIe, elles sont commercialisés dans deux catégories principales : le roman sériel ou « format court » (category romance), qui est un petit roman avec une durée de vie d'un mois[N 1] et le format standard ou roman de « littérature générale » (single-title romance), qui est généralement plus long avec une durée de vie plus étendue. Au delà de sa catégorie générale, une romance peut se diviser en une multitude de sous-genres, dont la romance contemporaine, historique, paranormale etc. Les éditeurs estiment qu'un nouveau sous-genre est créé pratiquement chaque année.

The Black Moth, la première romance historique de Georgette Heyer

Un des plus anciens romans d'amour anglo-saxons est le récit populaire de Samuel Richardson publié en 1740, Paméla ou la Vertu récompensée. Il est révolutionnaire sur deux points : il se focalise pratiquement entièrement sur la cour que fait le héros et expose principalement le point de vue de l'héroïne. Au siècle suivant, Jane Austen étend le genre et son Orgueil et préjugés en est souvent considéré comme le summum. Austen inspire Georgette Heyer qui crée la romance historique en 1921. Une dizaine d'années plus tard, la maison d'édition britannique Mills and Boon entame la publication des premiers romans d'amour sériels. Leurs livres sont revendus en Amérique du Nord par les éditions Harlequin, qui mettent en place le marketing direct auprès des lecteurs et donnent la priorité aux magasins de grande distribution.

La romance moderne est née en 1972 avec la parution aux éditions Avon du roman de Kathleen Woodiwiss, Quand l'ouragan s'apaise, le premier roman d'amour « de littérature générale » à être publié directement en livre de poche. Le genre explose dans les années quatre-vingt avec la création de nombreuses collections de romans sériels et un nombre sans cesse grandissant de romans de « littérature générale ». Des auteurs populaires commencent à repousser les limites du genre tandis que les intrigues et les personnages se modernisent. En Amérique du Nord, les romances constituent le genre le plus populaire de la littérature moderne, en représentant 55 % de l'ensemble des livres de poche publiés en 2004. Le genre rencontre la même popularité en Europe et en Australie, les romances sont traduites en 90 langues différentes. Elles sont en majorité écrites par des femmes ou signées sous un pseudonyme féminin. Malgré ce succès, le genre attire la dérision, le scepticisme et les critiques.

Sommaire

Définitions et fonctionnement de la romance

« C'est une histoire d'amour entre un homme et une femme qui se rencontrent… », Bruno Pequignot, La relation amoureuse : analyse sociologique du roman sentimental moderne, page 89

D'après l'association des auteurs de romances Romance Writers of America (9500 membres), le sujet principal d'un roman d'amour doit tourner autour de deux personnes, le développement d'un amour romantique entre eux et la façon dont ils construisent ensemble cette relation. Tant le conflit que le point culminant du roman doivent être directement liés à ce thème central qu'est le développement d'une histoire d'amour, bien que le roman puisse aussi contenir des sous-intrigues qui ne tournent pas obligatoirement autour de la relation entre les personnages principaux. En outre, une romance doit apporter une satisfaction émotionnelle et se terminer de façon optimiste. D'autres, comme par exemple Leslie Gelbman, le président de la maison d'édition américaine Berkley Books, ou le sociologue français Bruno Pequignot, utilisent des définitions plus raccourcies : un roman qui doit faire de la « relation amoureuse entre le héros et l'héroïne… le cœur de l'ouvrage »[N 2],[2] ou « c'est une histoire d'amour entre un homme et une femme qui se rencontrent (…), ces histoires finissent toujours bien »[3]. En général, les romances récompensent les « gentils » et sanctionnent les « méchants ». De même, un couple qui met tout en œuvre pour bâtir une relation et qui croit en elle, sera a priori récompensé par l'amour inconditionnel[1]. L'auteur à succès, Nora Roberts, résume le genre en disant : « Le sujet des livres est la célébration de l'amour, de l'émotion et de l'engagement, et toutes ces choses que nous voulons vraiment. »[N 3],[4]. La littérature féminine (women's fiction) (dont la Chick lit) se distingue du genre. Dans ce type de fiction, les liens que l'héroïne entretient avec sa famille ou ses amis sont aussi importants, voire plus, que sa relation avec le héros[2].

Des auteurs et des lecteurs de romances pensent que le genre comporte des restrictions supplémentaires, cela va du fait que les protagonistes doivent se rencontrer au début de l'histoire aux thèmes à éviter comme l'adultère. D'autres désaccords sont centrés sur l'exigence ferme d'une fin heureuse ou la place des relations entre des personnes de même sexe à l'intérieur du genre. Des lecteurs admettent des histoires sans fin heureuse si le cœur de l'intrigue est l'amour romantique entre les deux personnages principaux (exemple : Roméo et Juliette). D'autres estiment que la définition du genre doit être beaucoup plus stricte et n'inclure seulement que les couples hétérosexuels. Tandis que la majorité des romances se retrouvent dans cette délimitation, il existe beaucoup d'autres livres qui sont largement considérés comme des romances et qui pourtant dévient de ces règles.

Par conséquent, la définition générale, acceptée à la fois par la RWA et les éditeurs, comprend simplement un récit centré sur le développement d'une histoire d'amour, avec une fin heureuse[5],[6]. Aussi longtemps qu'une romance suit ces deux critères, elle peut se dérouler dans n'importe quel lieu et à n'importe quelle période et les restrictions sur le contenu sont limitées[1]. Même des sujets controversés sont abordés, tels que le viol au cours d'une sortie en tête à tête, la violence domestique, la dépendance ou l'invalidité. La combinaison de différentes époques, lieux et types d'intrigues aide cependant un roman à figurer dans l'un des divers sous-genres[1]. Malgré les nombreuses possibilités que ce système permet, beaucoup de journalistes de la presse dominante considèrent que « tous les romans d'amour semblent se lire de la même façon »[N 4],[7]. Les stéréotypes sur les romances abondent. Par exemple, certains croient qu'elles sont toutes similaires aux romans de Danielle Steel, avec des personnages riches et glamours qui voyagent dans des contrées exotiques[8]. De fait, un certain nombre de lecteurs et de spécialistes du genre considèrent que tous les romans de Steel ne peuvent être classés dans le genre mais plutôt dans la fiction mainstream[N 5]. En effet, plusieurs d'entre eux ne concernent pas le récit d'une histoire d'amour tandis que d'autres ne comportent pas de happy-end[9].

Aux États-Unis, les romances sont quelquefois référencées ou désignées par des groupes de pression comme de la pornographie féminine[10]. Tandis que certaines romances contiennent plus que des actes érotiques, dans d'autres par contre, les personnages ne vont pas plus loin que s'embrasser chastement. Le genre jongle entre ces deux extrêmes[11]. Parce que la grande majorité des lecteurs sont des femmes, la plupart des romances sont racontées du point de vue de la femme, à la première ou à la troisième personne[12].

Formats

Les romances se divisent en deux tendances : le roman sériel (category romance ou serie romance) et le roman de « littérature générale » (single-title romance)[13]. La majorité des auteurs écrivent uniquement dans l'un des deux formats, toutefois certains comme Jayne Ann Krentz ou Nora Roberts ont connu le succès dans les deux[14].

Le roman sériel

Meredith Webber, auteur de nombreux romans d'amour sériels dans la collection Blanche des éditions Harlequin.

Il est court, habituellement pas plus de 200 pages ou 55 000 mots[15],[16]. Les livres sont publiés dans des collections clairement définies, avec un certain nombre de livres publiés dans chaque série (line) tous les mois. Dans de nombreux cas, les livres sont numérotés dans l'ordre à l'intérieur de la série[1]. Ces romans ont une large diffusion, mais il n'existe qu'un seul tirage par titre. Ils restent sur les étals des magasins et supermarchés jusqu'à ce qu'ils soient vendus ou jusqu'au mois suivant où d'autres titres prennent alors leur place[14]. Ensuite ils sont détruits, ils sont en effet très rarement réédités. Les livres des auteurs du plus grand éditeur de romans sériels, Harlequin Enterprises Ltd, sont traduits dans 26 langues et vendus dans 109 pays[17]. Le roman sériel est le format le plus vendu et le plus connu par l'opinion publique. En France, l'expression « un roman harlequin » désigne principalement ce type de format. Ainsi, dans l'un de ses sketchs sur la lecture avec Harlequin, l'humoriste français Dany Boon utilise un roman sériel.

Pour écrire un bon roman de cette longueur, l'auteur doit parer l'histoire à l'essentiel. Sous-intrigues et personnages secondaires sont éliminés ou relégués à l'arrière-plan[16]. Néanmoins, les séries des romans sériels ont chacune une identité distincte qui implique cadres similaires, personnages, périodes, niveaux de sensualité ou types de conflit. Les éditeurs de ce type de format remettent généralement à leurs auteurs des guides d'écriture (guidelines) qui précisent le schéma standard de chaque série[18],[19],[20]. Selon le marché actuel et la perception des préférences des lecteurs, les éditeurs renouvellent régulièrement leurs collections. Des séries érotiques et chrétiennes sont mises en place tandis que les traditionnelles séries « Régence »[N 6] sont arrêtées[21].

Le roman de « littérature générale »

Les romances qui ne sont pas publiées dans le cadre d'une série d'un éditeur sont connues en tant que roman de « littérature générale » ou « récit étoffé ». Ces romans sont plus longs et comptent en moyenne entre 350 et 400 pages[15]. Ils constituent « le haut de gamme » de la littérature sentimentale. Les éditeurs peuvent sortir plusieurs romans dans un espace de temps très court pour des raisons de publicité et de vitesse des ventes, mais la plupart des auteurs écrivent en moyenne un roman et demi par an et en font paraître un chaque année[2]. Ces romans restent sur les étals à la discrétion des magasins[22].

Malgré leur nom, les romans ne sont pas toujours des romans uniques, totalement indépendants. Certains auteurs préfèrent écrire des romans interconnectés entre eux, classés sous forme de trilogie ou des sagas plus longues, tant qu'ils peuvent revisiter les personnages ou les univers de fiction. Ils portent souvent des titres similaires et peuvent être numérotés. Pour autant, il ne s'agit pas de romans sériels puisqu'ils n'appartiennent pas à une série ou à une collection particulière[23].

Histoire du genre

Genèse

L'un des premiers romans d'amour est Paméla ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson. Publié en 1740, il raconte une quête amoureuse en exposant le point de vue de l'héroïne. À la différence de beaucoup de romans de la même époque, Paméla se termine bien. Le livre est l'un des premiers best-sellers, avec cinq éditions imprimées dans les onze premiers mois de sa sortie[24]. Toutefois, le genre ne prend réellement forme qu'à partir du XIXe siècle[2].

Jane Austen est largement considérée comme l'un des maîtres du genre avec Orgueil et Préjugés, paru en 1813, désigné comme étant « le meilleur roman d'amour jamais écrit »[N 7],[25]. Cependant, des critiques, essentiellement féministes[N 8], reprochent aux œuvres de Jane Austen de renforcer le stéréotype sexiste que la femme doit se marier[26]. Les sœurs Brontë vont utiliser le travail d'Austen pour rédiger leurs romans. Jane Eyre de Charlotte Brontë, publié en 1847, introduit l'héroïne orpheline. Combinant des éléments de roman gothique et de drame élizabéthain, Jane Eyre « démontre la flexibilité de la forme du roman d'amour »[N 9],[27].

Le genre continue à être très populaire tout au long du XXe siècle. En 1919, le roman de E. M. Hull, Le Cheik, paraît au Royaume-Uni. Il obtient un énorme succès et est adapté en film, ce qui établit l'acteur Rudolph Valentino en véritable star de l'époque. Le héros de ce livre représente l'icône du mâle alpha qui kidnappe l'héroïne et gagne son admiration par ses actions énergiques. Le roman est l'un des premiers à introduire le fantasme du viol. Bien que les femmes aient obtenu plus d'émancipation, les éditeurs pensent que les lectrices n'acceptent des relations sexuelles hors mariage que dans le contexte d'un viol. Dans ce roman et ceux qui suivirent, le viol est dépeint comme un fantasme plutôt qu'un acte ignoble ; l'héroïne sort rarement traumatisée par son expérience ou en éprouvant une véritable terreur[28].

La première romance historique apparaît en 1921 lorsque l'écrivain britannique, Georgette Heyer, entreprend d'écrire des histoires d'amour se déroulant à l'époque de la Régence anglaise (1811-1820). Elle choisit délibérément de les rédiger d'un point de vue contemporain en optant pour des héroïnes aux idées modernes.

Ascension du roman sériel

Dans les années trente, une maison d'édition britannique, Mills and Boon[N 10], inaugure la publication de romances en grand format. Les livres sont vendus chaque semaine pour deux pennys dans des librairies et sont connus sous le nom de « the books in brown » pour leur reliure marron. Dans les années cinquante, la société décide d'utiliser les marchands de journaux pour vendre ses livres à travers le Royaume-Uni[29].

En 1957, une société canadienne, Harlequin Enterprises, Ltd., entame la diffusion en Amérique du Nord des romans sériels publiés par Mills and Boon[30]. Mary Bonneycastle, l'épouse du fondateur d'Harlequin, Richard Bonneycastle, et sa fille, Judy Burgess, exercent un contrôle éditorial sur tous les romans de Mills and Boon qui sont distribués par Harlequin. Elles ont un « code de décence » et rejettent tout ce qu'elles jugent sexuellement explicite. Lorsqu'il réalise que le genre est particulièrement populaire, Richard Bonneycastle décide finalement de lire un roman d'amour. Il en choisit un qui n'a pas été préalablement soumis à d'éventuelles coupes. Enthousiasmé par sa lecture, il donne l'ordre de lancer une étude de marché sur ce roman et découvre qu'il surpasse un roman semblable mais plus insipide[31]. En général, les romans sont courts et stéréotypés, remplis d'héroïnes douces, compatissantes, pures et innocentes. De plus, les quelques héroïnes qui travaillent occupent essentiellement des emplois traditionnellement féminins, tels qu'infirmière, gouvernante et secrétaire. L'intimité dans les romans ne va jamais au-delà d'un chaste baiser[30].

Le 1er octobre 1971, Harlequin rachète Mills and Boon. À cette époque, la romance « est populaire et largement distribuée à un public enthousiaste »[N 11] en Grande-Bretagne. Dans l'optique de reproduire le même succès en Amérique du Nord, Harlequin améliore sa distribution et le système de vente[32]. En choisissant de vendre ses livres « là où se trouvent les femmes », par exemple dans les supermarchés, la société vise le marché grand public. Chaque livre fait exactement 192 pages. De même, elle décide de créer un service de vente par correspondance en proposant à ses lectrices d'acheter chaque mois un certain nombre de livres[33].

Naissance de la romance moderne

La romance moderne serait née en 1972 avec la parution de Quand l'ouragan s'apaise de Kathleen Woodiwiss par les éditions Avon[9],[34]. Cette romance historique s'inspire de Georgette Heyer en optant pour des héros aux idées contemporaines mais va plus loin au niveau de la sensualité des scènes d'amour. En outre, il s'agit du premier roman d'amour de « littérature générale » à être directement publié en livre de poche et non en grand format, couverture dure[35]. Il obtient un grand succès en se vendant à 2,35 millions d'exemplaires[36].

Les séries de romans « format court » réagissent plus lentement aux changements apportés par les nouvelles romances historiques. En dépit du fait que les séries Mills and Boon appartiennent désormais à une société nord-américaine, elles n'ont pas d'écrivain américain jusqu'en 1975, lorsque Harlequin décide de publier un roman de Janet Dailey[37],[38]. Les romans de Dailey apportent au genre le « le premier regard sur des héroïnes, héros et quêtes amoureuses qui se situent aux États-Unis, avec des sensibilités, des perceptions, une histoire et un cadre typiquement américains. »[N 12],[39]. Mais, Harlequin n'est pas certain que le marché soit réceptif à cette nouvelle écriture et refuse de se jeter pleinement dans ce mouvement. À la fin des années soixante-dix, un éditeur Harlequin rejette un manuscrit de Nora Roberts, qui est depuis devenu l'un des auteurs de romances les plus populaires, puisqu'« ils ont déjà leur écrivain américain »[N 13],[40].

En 1980, Simon and Schuster crée Silhouette Books pour profiter du talent inexploité des auteurs américains[41]. Ils publient plusieurs collections de romans sériels et encouragent leurs auteurs à imaginer des héroïnes plus affirmées et des héros moins dominateurs. Ils attendent d'eux qu'ils n'hésitent pas à aborder des questions contemporaines quand ils le jugent nécessaire[42]. La part de marché de Silhouette s'est très vite étendue et en 1984, Harlequin les rachète. Malgré cette absorption, Silhouette conserve un contrôle éditorial et continue à publier des séries sous son propre nom[32].

Harlequin tarde également à répondre à l'attente des lecteurs pour des romans contenant des scènes d'amour explicites et en 1980, plusieurs éditeurs entrent sur le marché du roman sériel pour combler cette lacune. La même année, Dell lance leur série Candlelight Ecstasy avec The Tawny Gold Man[N 14] de Amii Lorin, devenant ainsi la première série à renoncer à la virginité imposée de leurs héroïnes. À la fin de l'année 1983, les ventes de la série avoisinent les 30 millions de dollars de recettes. Silhouette lance des séries similaires, Desire (sexuellement explicite) et Special Edition (sexuellement explicite avec des histoires plus longues, jusqu'à 250 pages), chacune a un taux de réussite des ventes atteignant les 90-100 %[43].

En 1982, une enquête effectuée auprès de lecteurs de romans d'amour confirme que les récentes modifications apportés aux styles d'écriture ont attiré une nouvelle clientèle. 35 % des lecteurs sondés ont commencé à lire des romances après l'année 1977. Tandis que 31 % des personnes interrogées sont devenues des lecteurs depuis 6-10 ans, juste après la sortie en 1972 du roman Quand l'ouragan s'apaise de Woodiwiss. Cela signifie que deux-tiers des sondés ont commencé à lire des livres du genre après qu'il a commencé à changer[44].

Le nombre de séries s'accroit à un rythme très rapide et en 1985, 16 collections distinctes produisent un total d'environ 80 romans par mois[45]. L'augmentation soudaine des séries s'accompagne d'une demande croissante de romans réalisés par des auteurs amateurs du nouveau style d'écriture. Ce marché très étroit entraîne une diminution proportionnelle de la qualité de l'ensemble des romans publiés. En 1984, le marché est saturé par les romans sériels et les lecteurs commencent à se plaindre des intrigues répétitives[46]. L'année suivante, l'« impact négatif du niveau élevé de redondances dans les romans sériels est évident devant la diminution de titres vendus par mois »[N 15],[47]. Le taux de retour d'Harlequin[N 16], qui était inférieur à 25 % en 1978 quand il était le principal fournisseur de romans sériels, passe à 60 %[48].

Un genre en perpétuelle évolution

Tess Gerritsen, auteur de romans d'amour contemporains

Le genre continue de se développer dans la deuxième moitié des années quatre-vingt. Ainsi, les éditeurs réalisent que les auteurs les plus populaires sont souvent ceux qui élargissent les limites du genre. En 1984, un roman de LaVyrle Spencer raconte l'histoire d'un homme d'âge mûr et corpulent qui doit entamer des changements drastiques dans son style de vie pour gagner le cœur de l'héroïne[N 17], tandis que la même année, un roman de Janet Dailey présente un héros vraiment laid et une héroïne qui recherche sa mère naturelle[49],[N 14]. En 1986, le roman de Jayne Ann Krentz, Sweet Starfire[N 14], devient la première romance futuriste en mélangeant des éléments de fiction romantique avec de la science-fiction[50]. Les relations amoureuses se modernisent également : dans les années 1990, il est rare de trouver un livre dans lequel un homme viole sa future femme[51].

Dans la seconde moitié des années 1980, la romance contemporaine entreprend de mettre en scène des femmes dans des secteurs ou métiers réputés masculins, comme sur les plates-formes pétrolières ou dans le programme spatial. Au début des années 1990, la tendance s'inverse au point de mettre en vedette des héroïnes qui occupent des professions libérales ou créatrices de leur propre entreprise. L'âge moyen des héroïnes s'allonge, des romans commencent à mettre en scène des héroïnes âgées de 30 voire 40 ans. De même, les héros évoluent en devenant plus sensibles. Les romances contiennent plus d'humour depuis les années 1990 lorsque Julie Garwood commence à en introduire dans ses romances historiques. « Réparties cocasses, quiproquos, comique de situation, (…) quelquefois accompagnés d'allusions ou d'extraits parodiques » sont désormais monnaie courante[52]. Malgré l'élargissement de certains aspects des intrigues, d'autres tabous résistent et les éditeurs découragent les auteurs d'écrire sur les sports masculins ou des sujets controversés comme le terrorisme et la guerre[53].

La romance évolue sous d'autres formes[54]. En 1989, l'auteur Jude Deveraux devient le premier auteur de romance à sortir du marché grand public des livres de poche en étant publié directement en grand format - couverture dure. Son roman, Vint un chevalier (« A Knight in Shining Armor ») « devient un best-seller ordinaire »[N 18],[2]. Plusieurs auteurs trouvent le succès en écrivant des romans « format standard » contemporains et les maisons d'édition encouragent cette expansion dans ce sous-genre. Ces romans se déroulant à l'heure actuelle, ils peuvent introduire plus de situations que les femmes modernes sont amenées à connaître ou à être confrontées et peu à peu de nouveaux thèmes font leur apparition comme la mono-parentalité, l'adoption et les mauvais traitements[54].

En 2000, les couvertures délaissent l'image d'un couple légèrement vêtu au profit d'un paysage[2]. L'éventail des carrières proposées aux femmes s'étant élargi, il en va de même pour leurs homologues de fiction. Dans les premiers romans Harlequin, les héroïnes étaient en général des infirmières ou des secrétaires. Comme le temps a passé et que les femmes sont entrées en grand nombre sur le marché du travail, les héroïnes occupent désormais des carrières diverses et variées[55]. Les romances modernes proposent des rapports plus équilibrés entre les hommes et les femmes[56]. Cependant, les histoires d'amour adultérines sont encore exceptionnelles. Certaines séries ou sous-genres (la romance spirituelle ou chrétienne notamment) peuvent être recommandés par des associations puritaines américaines, les éditeurs conseillent donc à leurs auteurs ne pas risquer un effet néfaste sur les ventes[57]. Comme le rappelle Bruno Péquignot, la morale n'intervient pas dans les décisions commerciales des éditeurs de romances, leur objectif reste la rentabilité[58]. Si un thème déplaît au public, il est déconseillé dans les guides d'écriture. Ainsi, les différentes tentatives d'Harlequin de proposer des romances avec des héroïnes lesbiennes se soldèrent invariablement par des échecs commerciaux[59].

Sous-genres de la romance

Indépendamment de sa catégorie, une romance ne se limite pas en termes d'intrigues, d'époques ou de lieux et peut se diviser en une multitude de sous-genres. Ceux-ci peuvent se mélanger entre eux et constituer ainsi de nouvelles combinaisons[60]. Les éditeurs estiment qu'un nouveau sous-genre est créé pratiquement chaque année.

Roman d'amour contemporain

Popularité des sous-genres aux États-Unis (2007)[61]
Sous-genre % du marché
Roman d'amour sériel 30,4 %
Romance contemporaine 21,8 %
Romance historique 16 %
Bit lit 11,8 %
Romance policière 7,2 %
Romance spirituelle/chrétienne 7,1 %
Autres (Chick lit
romance érotique
littérature féminine)
2,9 %
Romance pour adolescents 2,8 %

La romance contemporaine (contemporary romance) est le sous-genre le plus connu et le plus publié à travers le monde. Ses intrigues débutent après la Deuxième Guerre mondiale[62] mais se situent en règle générale au moment où les auteurs les ont écrites. Elles reflètent donc les mœurs de leur temps. Beaucoup de romances deviennent progressivement démodées aux yeux des nouveaux lecteurs et cessent d'être publiées[63]. Ainsi, les héroïnes dans les romances contemporaines écrites avant les années 1970 quittaient habituellement leur emploi lorsqu'elles se mariaient ou avaient des enfants ; tandis que dans les romances ultérieures, elles poursuivent leur carrière[64]. Elles sont publiées sous deux formes : le roman sériel (pas plus de 55 000 mots ni 200 pages) et le roman de « littérature générale » (pas de limite établie).

Plus de la moitié des romances publiées aux États-Unis en 2004 (1468 sur un total de 2285 livres) sont des romances contemporaines[65].

Les intrigues principales sont les suivantes :

  • Histoires d'amour internationales
  • Amour au travail[66]
  • Amour en vacances[67]
  • Glamour et Jet Set[68]
  • Enfants : Il inclut grossesses, bébés et enfants. Les intrigues qui reviennent régulièrement sont le désir d'enfant insatisfait, l'aventure d'une nuit qui débouche sur une grossesse inattendue, les orphelins à prendre en charge etc. L'un des obstacles pour imaginer des histoires dans ce sous-genre est de faire face à l'augmentation continue de femmes qui élèvent leurs enfants sans partenaire[69].
  • cow-boys

Univers médical [70]

Il constitue également une sous-catégorie de la fiction médicale. Les histoires se déroulent dans un milieu médical ou hospitalier, le plus souvent en médecine générale, aux Urgences, en gynécologie obstétrique et dans les services de secours médical par hélicoptère[71].

Les personnages masculins principaux (héros) sont pratiquement toujours des médecins, de premier recours ou de première ligne[N 19], urgentistes ou chirurgiens et quelque-fois obstétriciens/néonatalogues ou pédiatres[71]. Les protagonistes féminins (héroïnes) sont le plus souvent médecins mais également infirmières. Elles travaillent en priorité en obstétrique/néonatologie, en formation ou en tant que médecins-résidents[N 20] en chirurgie, anesthésie voire aux urgences[71]. Les médecins sont tous décrits comme ingénieux, les hommes habituellement grands, costauds et bien sculptés, tandis que les infirmières sont solides et attentionnées[71].

Les patients permettent de développer des sous-intrigues. Ils parviennent à guérir la plupart du temps, en dépit de la gravité de leur blessure ou de leur maladie[71]. Toutefois, presqu'aucune histoire n'inclue de relation entre un médecin et une patiente ou une infirmière et un patient. En effet, les auteurs respectent le code existant dans le milieu médical qui déconseille aux professionnels de la santé d'entretenir des relations privées avec des patients[72]. Les romances contiennent fréquemment des histoires de grossesses[69] et d'enfants. Néanmoins, la réalité dans le secteur médical est, en règle générale, loin d'être aussi romantique qu'elle est dépeinte dans ce sous-genre de la fiction[71].

En France, elles sont quasi exclusivement publiées dans la collection Blanche des éditions Harlequin. Les couvertures sont identifiables par leur couleur verte.

Romance policière

La romance policière ou suspense romantique[73] (romantic suspense) est un mélange d'un roman d'amour avec un roman policier. Il implique une intrigue ou un mystère que les protagonistes doivent résoudre[62]. Néanmoins, en général, l'héroïne est victime d'une agression ou d'une tentative de meurtre et collabore avec le héros, qui a tendance à évoluer dans un milieu où il peut servir de protecteur, comme un officier de police, un agent du FBI, un garde du corps ou un marine[74],[75]. A la fin du roman, l'énigme est résolue et l'interaction entre le héros et l'héroïne a évolué en une solide relation[74].

La romance policière doit également placer le développement d'une relation entre les protagonistes au cœur de l'histoire. La relation « doit influencer chaque décision qu'ils prennent et accroître la tension du mystère tandis qu'elle propulse l'histoire. De son côté, les événements du suspense doivent directement affecter la relation et faire avancer l'histoire. »[N 21],[76]. Les romances policières ont tendance à utiliser un style plus « épuré », sans les descriptions « émotionnelles et intimes » utilisées dans la majorité des romances traditionnelles[76]. Comme le mystère représente un aspect crucial de l'histoire, ces romances sont beaucoup plus dirigées par l'intrigue que par les personnages[76].

Ce mélange de romance et de mystère a notamment été réussi par Mary Stewart, qui a écrit dix romans entre 1955 et 1967. Stewart a été l'une des premières à combiner les deux genres, maintenir un suspense tout en concentrant l'histoire sur la quête amoureuse entre deux personnes[77]. Dans ses romans, la méthode de résolution du mystère « aide à éclairer »[N 22] la personnalité du héros, tout en amenant l'héroïne à tomber amoureuse de lui[78]. Certains auteurs comme Amanda Quick ont élargi le genre pour l'inclure dans des romances historiques[79].

L'une des astuces narratives régulièrement utilisées dans les romances policières est l'amnésie[80] (le plus souvent celle de l'héroïne). Cette perte de mémoire peut également concerner celle des relations passées (en particulier celle du héros et de l'héroïne).

Romance historique

Article détaillé : Roman d'amour historique.

Sous-genre du roman historique, la romance histoire ou roman d'amour historique est créée par Georgette Heyer au début du XXe siècle et développée par Kathleen Woodiwiss en 1972. Ses histoires se déroulent avant la Deuxième Guerre mondiale[62] mais incluent des attitudes et même souvent des dialogues contemporains. C'est le deuxième sous-genre le plus populaire, après le contemporain.

Bit lit

Article détaillé : Bit lit.
Gwyn Cready, un auteur américain de romans Bit lit

Romantic fantasy

Article détaillé : Romantic fantasy.

La romantic fantasy (fantasy romance) est un sous-genre de la littérature fantasy. Il décrit une histoire fantasy en utilisant un grand nombre d'éléments et de règles du roman d'amour. La romantic fantasy est publiée conjointement dans des collections fantasy et sentimentales. Certains éditeurs distinguent la fantasy romance, qui est plus proche d'une romance contemporaine avec des éléments fantasy, de la romantic fantasy qui met davantage l'accent sur la fantasy[81].

Romance futuriste

La première romance futuriste (science-fiction romance), lancée par un éditeur de romans d'amour, est Sweet Starfire[N 14] de Jayne Ann Krentz. Elle paraît en 1986 et devient un « classique road trip dans la romance »[N 23] dont l'action se déroule dans une galaxie éloignée[50]. Le véritable engouement pour cette romance futuriste ou de science-fiction date de l'année 2000. Krentz attribue cette popularité au fait que ces livres « sont au fond, des romances historiques classiques qui se déroulent simplement dans d'autres mondes »[N 24],[50].

Comme la romantic fantasy, ce sous-genre est un roman d'amour qui prend place dans une histoire qui pourrait d'un autre côté être classé en tant que récit de science-fiction. Un exemple classique de ce type de romans est la trilogie de Johanna Lindsey, Warrior's Woman[N 14]. Les héros sont souvent des envahisseurs d'autres planètes ou des pilotes de l'espace.

Sous le pseudonyme de J.D. Robb, Nora Roberts a publié une série de romances futuristes combinées au sous-genre romance policière. Ces livres constituent la série Lieutenant Eve Dallas, où l'héroïne, l'officier de police Eve Dallas et son mari Roarke évoluent à New York au milieu du XXIe siècle[82].

Inspirational romance

La inspirational romance (« romance spirituelle ou religieuse ») associe une histoire d'amour avec des valeurs et des croyances chrétiennes[83]. En 2004, 167 romances sont publiées dans ce sous-genre[65]. En règle générale, ces romans ne comprennent pas de violence gratuite ni de jurons et la relation amoureuse des personnages principaux reste chaste. Le sexe, s'il est présent, n'est pas explicitement évoqué. La majorité des romances de ce sous-genre ont pour thème central (autre que l'histoire d'amour) la foi du héros ou de l'héroïne. Il s'agit donc d'« un triangle : l'homme, la femme et leur relation vis-à-vis de Dieu »[N 25],[84]. Les thèmes comme le pardon, l'honnêteté et la fidélité sont les plus communément admis[85].

Thomas Nelson est une maison d'édition chrétienne et américaine qui édite notamment des romans d'amour spirituels

La première série de ce type de romances débute très peu de temps après l'élection présidentielle de Ronald Reagan aux États-Unis en 1980, lorsque Silhouette lance leur série Silhouette Inspirations. Les livres visent les chrétiens born again et sont vendus dans des boutiques religieuses. La série Silhouette Inspirations est arrêtée après l'acquisition de Silhouette par Harlequin en 1984, car elle n'est pas rentable[86]. Néanmoins, des éditeurs chrétiens (protestants et évangéliques) continuent de produire ce type de romances, qu'elles soient historiques ou contemporaines. La tendance générale de ce sous-genre penche vers un certain conservatisme. Hormis quelques exceptions, ces romances expriment un point de vue religieux fondamentaliste plutôt que des opinions progressistes[87]. Il n'existe pas de terme spécifique en français pour les désigner.

Roman d'amour multiculturel

La romance multiculturelle ou ethnique (multicultural romance) comprend un héros et/ou une héroïne qui est afro-américain, bien que certaines séries multiculturelles peuvent également contenir des héros ou héroïnes asiatiques ou hispaniques voire des relations interraciales[88]. La première série de romances multiculturelles, Arabesque, est créée par Kensington Books en 1994. Bet Books rachète la série en 1998 et le nombre de nouveaux auteurs publiés s'accroît chaque année. Bet adapte également des romances Arabesque sous forme de téléfilms pour la télévision[89]. Dans l'ensemble, les romances afro-américaines ne diffèrent pas des autres sous-genres. Les personnages sont bien insérés dans la société, occupent des emplois similaires aux héros et héroïnes standards, « possèdent de bonnes valeurs morales et sont peu susceptibles de présenter un comportement stéréotypé »[N 26],[90]. Néanmoins, ils restent marqués par une tradition différente, héritée de leur histoire aux États-Unis. Cela ressent dans leur langage, ils utilisent fréquemment certains mots ou expressions, tels que « Lord », « C'est pas vrai! »[N 27], « dérangé »[N 28] et « ne te mets pas en colère »[N 29]. Les personnages ont également des gestes et attitudes récurrents, ils « roulent des yeux ou regardent le ciel pour exprimer le l'incrédulité, le dégoût, la désapprobation »[N 30],[90].

Genesis Press est une maison d'édition américaine qui publie de nombreuses collections de romances afro-américaines

La première série de romances multiculturelles « latino » est lancée en 1999 sous le nom Encanto par la maison d'édition Kensington. Elles paraissent sous forme de deux versions : bilingue anglaise/espagnole et espagnole uniquement. Deux romances sont publiées chaque mois jusqu'à l'arrêt de la série en 2001. Plusieurs auteurs d'Encanto, Sylvia Mendoza, Tracy Montoya, Caridad Pineiro, Berta Platas, Lara Rios et Lynda Sandoval continuent d'écrire des romances avec des protagonistes aux noms latinos.

Bien que les romances avec des personnages afro-américains ou hispaniques sont devenus très populaires, les héros asiatiques ou américano-asiatiques restent rares. Pour l'auteur Tess Gerritsen, cela résulte du faible nombre de lectrices américano-asiatiques or « chaque lectrice doit pouvoir s'identifier à l'héroïne »[N 31],[91]. De même, elle tente de retrouver dans le héros « l'incarnation de [ses] propres désirs inconscients »[92].

Romance érotique

La romance érotique (erotic romance) est un mélange de roman d'amour et de roman érotique. Il se caractérise par un contenu sexuellement plus explicite et peut contenir des éléments de n'importe quel sous-genre. En règle générale, il utilise un langage plus cru, délaissant les euphémismes utilisés dans les livres du genre. Les moments passionnés entre les personnages sont beaucoup plus nombreux, il s'agit d'actes sexuels et non d'une scène d'amour traditionnelle de plus. Ils peuvent inclure des positions ou des actes inhabituels dans ce genre littéraire[93]. Malgré cela, la romance érotique ne peut se confondre avec la pornographie ou un roman érotique. En effet, tandis que les romans pornographiques ou érotiques se focaliseront uniquement sur les actes sexuels, la romance érotique n'oublie pas les sentiments des personnages, il reste avant tout un roman d'amour[94]. Les romances érotiques sont publiées aussi bien en tant que roman comme sous forme de nouvelle. Certaines d'entre elles appartiennent à la série Harlequin Blaze, d'autres font partie de recueils. Cependant dans ce sous-genre, même des romans de « littérature générale » peuvent être aussi courts que des nouvelles[93]. Il existe plusieurs éditeurs qui publient régulièrement des romances érotiques : Samhain Publishing, Avon Red, Black Lace, Spicy d'Harlequin et Ellora's Cave.

Une majeure partie de ces éditeurs sont des small presses ou spécialisés dans le livre électronique. Avec ces éditeurs, les écrivains ont généralement plus de latitude pour inclure dans leurs romans les actes érotiques qu'ils souhaitent[93]. Le marché de la romance érotique a rapidement progressé, poussant certains éditeurs à créer de nouvelles séries pour ce type de livres[95]. Ellora's Cave est devenu le premier éditeur électronique dont la légitimité est reconnue par l'association Romance Writers of America[94]. Toutefois, même dans ce sous-genre, certains sujets sont encore considérés comme tabous. Des thèmes comme la pédophilie, l'inceste[N 32] et la bestialité sont découragés par tous les éditeurs[93].

La romance et le monde de l'édition

En Amérique du nord

Virginia Henley, auteur de romances historiques

Le marché de la fiction romantique « est imperméable à l'ensemble de la récession économique, avec des fidèles lecteurs dépensant jusqu'à 40 $ par mois »[N 33] pour des romans d'amour en 1982[96]. Cette année-là, les romances en livre de proche totalisent un chiffre d'affaires de 300 millions de dollars et le nombre total de lecteurs est estimé à 20 millions de personnes. Une étude basée sur 600 lecteurs réguliers effectuée la même année « constate qu'ils sont le reflet de la population générale en âge, éducation, situation matrimoniale et statut socio-économique »[N 34]. Environ la moitié des femmes ont au moins un niveau d'études d'enseignement supérieur court et 40 % sont employées à plein-temps. 60 % des femmes interrogées lisent au moins un roman tous les deux jours. Les femmes considèrent que la lecture de romances représente un antidote au stress ainsi qu'un moyen d'évasion et leur permet de se documenter sur l'Histoire ou sur de nouvelles carrières[97].

Le marché continue de s'étendre et en 1991, ils représentent 46 % de l'ensemble des livres de poche vendus aux États-Unis. Cette expansion est due en partie aux lectrices « boulimiques » ou « voraces »[98], la moitié des clientes d'Harlequin achètent 30 titres par mois. À la même période, la moitié des lectrices occupent un emploi extérieur[99].

Dans les années 2000, la romance devient le genre le plus populaire de la littérature moderne. En 2004, la fiction romantique génère 1,2 milliard de dollars de chiffre d'affaires, avec 2285 romans publiés. Près de 55 % de l'ensemble des livres de poche vendus en 2004 sont des romances et ce genre représente 39 % de l'ensemble des œuvres de fiction vendues cette année-là. Plus de 64 millions de personnes déclarent avoir lu au moins un roman d'amour en 2004, selon une étude de la Romance Writers of America, une augmentation de 26 % par rapport à leur étude de 2001. Vingt-deux pour cent des lecteurs de romances se sont identifiés comme étant de sexe masculin et se répartissent équitablement entre les personnes mariées et les célibataires. Des personnes de tous âges lisent des romances, dont un pour cent sont âgés de moins de 13 ans et quarante-deux pour cent ont au moins un baccalauréat[65]. La crise survenue à la fin de l'année 2008 a un effet très positif sur le marché, les chiffres de vente bondissent (+32 % pour Harlequin au dernier trimestre 2008), le public se réfugiant en masse dans la lecture de romans « où tout se termine bien » pour oublier leurs soucis[98],[100],[101]. De même, tous genres confondus, la romance, et en particulier la romance érotique, arrive en tête des ventes de téléchargements de livres électroniques[102],[103]. Ainsi, ce nouveau support représente désormais 3,4 % du total des ventes d'Harlequin sur l'année 2008[98]. En comparaison, pour les éditeurs de littérature générale, il ne dépasse pas 1 %[104].

En France

En France, la quasi-totalité des romans (sériels ou de « littérature générale ») sont publiés dans des collections particulières, comme par exemple Aventures et Passions pour les romances historiques. Environ 12 millions de romances se vendent chaque année. Le marché est dominé par les éditions Harlequin (10 millions) et les éditions J'ai lu (1,5 million) et représente un chiffre d'affaires d'environ 33 millions d'euros en 2004[57]. Ils sont vendus essentiellement dans le secteur de la grande distribution, Harlequin y fait par exemple 66 % de son chiffre d'affaires[105]. Comme cela se passe en Amérique du Nord, Harlequin vend également ses romans par correspondance, ce qui représente 10 % de son chiffre d'affaires.

Logo de la filiale française des éditions Harlequin

Pour un taux de retour avoisinant 25 %, J'ai lu propose des mises en place de 10 000 à 17 000 exemplaires par mois. Le taux de retour d'Harlequin est plus élevé (65 %) car il propose davantage de titres différents chaque mois (environ 700). Chacun d'entre eux se vend en moyenne à 16 000 exemplaires. En outre, J'ai lu continue d'éditer régulièrement les romans de Barbara Cartland qui constitue une collection particulière[57]. Depuis 2004, les ventes de romans sentimentaux subissent une légère érosion, pour y remédier les éditeurs tentent de diversifier leurs collections et de se positionner sur d'autres marchés, notamment en étant davantage présents dans les librairies traditionnelles ainsi que les grandes enseignes de biens culturels comme la FNAC ou le Virgin. Dans cette optique, Harlequin lance avec succès des nouvelles collections au format plus grand et au logo beaucoup plus discret, comme par exemple Mira (suspense romantique) et Luna (romantic fantasy)[105]. Comme en Espagne, il n'existe pas de liste au prestige similaire aux américains New York Times et Publishers Weekly et qui détermine les auteurs les plus vendeurs du genre. Les « inspirational romance » ne font pas l'objet de traduction française et celle des romances multiculturelles est anecdotique. De plus, les diverses récompenses qu'ont pu recevoir certains titres aux États-Unis ne sont presque pas mises en avant par les éditeurs.

Même si des romances font partie d'une saga ou d'une trilogie, les deux maisons d'éditions ne traduisent pas automatiquement tous les titres. Seul le premier numéro voire le deuxième ou le troisième peut être proposé. L'ordre chronologique n'est pas toujours suivi non plus. De plus, la traduction peut être effectuée de sorte d'éliminer délibérément toute continuité dans une saga, en changeant par exemple les prénoms et les noms de famille. Dans toute romance, des passages descriptifs ou des scènes d'amour peuvent être modifiés ou éliminés lors de la traduction. Les contrats avec les auteurs anglophones prévoient un droit de coupe de 15 % que les éditeurs peuvent disposer comme ils le souhaitent[106].

Marchés internationaux

Harlequin vend plus de quatre livres par seconde[107] dont la moitié hors d'Amérique du Nord. L'auteur américain Heather Graham attribue ce succès au fait que « les émotions se traduisent facilement »[N 35],[108]. Au Royaume-Uni, environ 20 % de l'ensemble des romans vendus chaque année sont des romances[109]. Bien que l'Italie soit le plus gros marché étranger pour la « chick-lit », dont les romans de la collection Harlequin Red dress ink, dans ce pays les lecteurs ne prisent guère les romances sur les cowboys, ce type d'activité n'étant pas très commune dans leur culture. La romance paranormale n'est pas populaire dans des pays comme la Pologne et la Russie, tandis que les romances historiques semblent avoir un grand succès[110]. En règle générale, l'« inspirational romance » ne se vend pas bien en Europe, elle y est d'ailleurs peu publiée. À l'inverse, les histoires avec des bébés sont très populaires[34].

Harmony est un éditeur de romans d'amour en Italie

Certaines maisons d'édition en Allemagne refusent de permettre à leurs auteurs d'utiliser leur propre nom, craignant que le public allemand rejette les romances sans pseudonyme anglo-saxon. Les lecteurs allemands aiment lire des romances érotiques[110], au point que certains traducteurs allemands n'hésitent pas à développer ou insérer des scènes d'amour du fait d'histoires jugées trop timides. Mais l'inverse se produit également, d'autres traducteurs censurent des scènes d'amour[111]. En 2004, les ventes de romances en Australie augmentent de 28 % par rapport à l'année précédente. Entre 1999 et 2004 le nombre de nouveaux titres parus s'accroît de 40-50 %. Chaque année, environ 20 000 manuscrits sont adressés spontanément aux éditions Harlequin[112].

Critiques du genre

La romance n'échappe pas à l'étiquette désobligeante dont est affublée l'ensemble de la littérature sentimentale mondiale. Elle est tournée en dérision et ignorée des critiques et du grand public, contrairement aux autres genres du roman populaire (policier, science-fiction, fantastique) qui bénéficient depuis quelques années d'une image plus respectable. Malgré de récentes tentatives de réhabilitation et les fusions du genre avec d'autres genres, cette opprobre attachée au genre sentimental reste présente. Lors de sondages réalisés par les éditeurs[57] ou d'enquêtes effectuées par des chercheurs universitaires[52], beaucoup de lectrices avouent se sentir gênées au moment de l'achat ou même lors de la lecture des livres dans des lieux publics[4].

Les critiques lui reprochent notamment son manque de suspense, puisqu'il est évident que le héros et l'héroïne finiront par résoudre leurs problèmes, et se demandent s'il est bénéfique « pour les femmes d'être aliénées pendant de nombreuses heures de lecture par des histoires d'amour embellies de façon aussi avantageuse »[N 36],[4]. Selon l'écrivain Melissa Pritchard, la romance « perpétue quelque chose d'un peu dangereux, il n'y a que cette notion, il n'y a que l'amour parfait là-dedans. »[N 37],[113]. Il entraînerait donc irrémédiablement une insatisfaction des lectrices qui ne retrouveraient pas cette image idéalisée du couple dans la « vraie vie ». De même, les féministes estiment que le genre entretient l'idée qu'une femme ne peut réellement avoir une vie épanouie, même si elle occupe une profession intéressante, sans l'amour et surtout le soutien d'un homme. Il n'amènerait pas « ses lectrices à se révolter, ni à sortir du rôle de femme au foyer dans lequel on les a culturellement enfermées »[52]. Enfin, le fait que la romance soit renouvelée sans cesse et proposée en grande quantité aux lectrices, notamment les romans sériels d'Harlequin, pousse les intellectuels à s'interroger sur l'effet addictif de ces romans[52] et les éventuelles hallucinations qu'une trop grande consommation pourrait provoquer chez les lectrices. L'image de Madame Bovary dans le roman éponyme de Gustave Flaubert est encore très présente dans l'esprit des critiques les plus virulents.

Cependant, avec le développement des études sur la culture populaire, l'attention des universitaires se tourne vers le genre ainsi que d'autres formes de divertissement populaire. Bien qu'il ne s'agisse pas pleinement de la réhabilitation de la réputation du genre, des universitaires tels que Janice Radway, Nancy Chodorow et Ann Douglas se sont penchés sur la romance en prenant en compte un contexte social plus large, comme d'autres chercheurs l'ont fait avec les soap-operas, les romans westerns, la science-fiction et d'autres divertissements populaires. Ces études et ces recherches contribuent à la défense du genre, elles ont notamment mis en avant que la stigmatisation de la romance est du en partie au fait qu'il est le seul genre qui soit « écrit presque exclusivement par des femmes pour des femmes »[N 38],[4]. D'autres ont recaractérisé l'histoire fondamentale du roman d'une manière qui cadre positivement le genre. L'auteur américain Jennifer Crusie déclare que dans le roman d'amour moderne « une femme est récompensée par l'amour inconditionnel [seulement] si elle reste fidèle à elle-même »[N 39],[114], tandis que la romancière Susan Elizabeth Phillips pense que les romans d'amour sont populaires parce que les héroïnes gagnent toujours, en surmontant parfois de lourdes épreuves pour qu'elles ne soient plus jamais considérées comme des victimes[22].

Prix et récompenses

Les plus prestigieuses et célèbres récompenses pour les romances sont les Rita awards, qui sont remis chaque année par l'association Romance Writers of America aux meilleurs romans de la fiction romantique[115].

Voir aussi

Notes

  1. Temps de présence dans les magasins
  2. Citation originale : « romantic relationship between the hero and the heroine… the core of the book. »
  3. Citation originale : « The books are about the celebration of falling in love and emotion and commitment, and all of those things we really want. »
  4. Citation originale : « all [romance novels] seem to read alike »
  5. Terme américain qui désigne la littérature standard, dont ne font pas partie les œuvres de genre
  6. Il s'agit de récits se déroulant durant la période de la Régence anglaise (1811-1820).
  7. Citation originale : « the best romance novel ever written »
  8. Par exemple (en) Marilyn Butler, Jane Austen and the war of ideas, 1987 (ISBN 9780198129684) 
  9. Citation originale : « demonstrate[d] the flexibility of the romance novel form. »
  10. Société fondée en 1908 et rachetée par Harlequin en 1971.
  11. Citation originale : « had been popularized and distributed widely to an enthusiastic audience »
  12. Citation originale : « first look at heroines, heroes and courtships that take place in America, with American sensibilities, assumptions, history, and most of all, settings. »
  13. Citation originale : « they already had their American writer. »
  14. a, b, c, d et e Inédit en France
  15. Citation originale : « dampening effect of the high level of redundancy associated with series romances was evident in the decreased number of titles being read per month. »
  16. Le pourcentage de titres invendus que les distributeurs renvoient aux éditeurs.
  17. Cœurs meurtris, publié par Harlequin dans la collection Amours d'aujourd'hui
  18. Citation originale : « became a natural bestseller. »
  19. Le médecin de premier recours ou de première ligne (« Primary care physician ») est le premier médecin à qui un patient va s'adresser dans l'ordre chronologique, sans qu'il y ait nécessairement une notion d'urgence. En France, il s'agit habituellement du médecin traitant.
  20. L'équivalent d'interne en France.
  21. Citation originale : « must impact each decision they make and increase the tension of the suspense as it propel the story. In turn, the events of suspense must also directly affect the relationship and move the story forward. »
  22. Citation originale : « helps to illuminate »
  23. Citation originale : « classic road trip romance »
  24. Citation originale : « are, at heart, classic historical romances that just happen to be set on other worlds. »
  25. Citation originale : « a triangle : the man and the woman and also their relationship with God. »
  26. Citation originale : « possess good moral values and are unlikely to exhibit stereotypical behavior »
  27. Citation originale : « do tell »
  28. Citation originale : « touched in the head »
  29. Citation originale : « don't get your dander up »
  30. Citation originale : « rolling the eyes or looking skyward to show disbelief, disgust, disapproval »
  31. Citation originale : « the reader must identify with the heroine »
  32. Pas en tant que victime
  33. Citation originale : « has been impervious to the overall economic recession, with faithful readers spending up to $40 a month »
  34. Citation originale : « found that they mirror the general population in age, education, and marital and socioeconomic status. »
  35. Citation originale : « emotions translate easily. »
  36. Citation originale : « for women to be whiling away so many hours reading impossibly glamorized love stories »
  37. Citation originale : « perpetuates something slightly dangerous, that there's this notion, that there's this perfect love out there. »
  38. Citation originale : « written almost exclusively by women for women. »
  39. Citation originale : « a woman is rewarded with unconditional love [only] if she remains true to herself »

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Bibliographie

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  • (en) Kristin Ramsdell, Romance fiction : A guide to the genre, Libraries, 1999, 435 pages, ISBN 1-56308-335-3

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