Trinité franc-maçonne


Trinité franc-maçonne

Liberté, Égalité, Fraternité

La devise de la République sur une école publique

Liberté, Égalité, Fraternité est la devise de la République française. Si elle puise ses origines dans la Révolution française, au cours de laquelle elle est une devise parmi d'autres, elle ne sera adoptée officiellement qu'à la fin du XIXe siècle par la Troisième République.

Sommaire

Histoire

La devise Liberté, Égalité, Fraternité est issue de la Révolution française : elle apparaît dans le débat public avant la proclamation de la Première République, dès 1790.

Genèse

À propos des origines de la devise, l'historienne Mona Ozouf explique que « sans doute a-t-on pu retracer l'histoire pré-révolutionnaire de la formule, et faire remarquer que les trois mots magiques de nos frontons étaient déjà parmi ceux qu'affectionnaient, au XVIIIe siècle, les sociétés de pensée. Mais ils figuraient au milieu de beaucoup d'autres, Amitié, Charité, Sincérité, Union. Les maçons usaient surtout d'Égalité, un peu moins volontiers de Fraternité, montraient plus de tiédeur encore à Liberté, et une franche indifférence à l'arrangement : Liberté-Égalité-Fraternité, alors même que les enchantaient par ailleurs les cadences ternaires (Salut, Force, Union, par exemple). Les longues collectes entreprises dans le lexique des Lumières se sont révélées également décevantes. On voit sans doute souvent briller les trois mots dans le tamis des orpailleurs du lexique, mais ce sont des paillettes isolées, qui ne s'agrègent que fort rarement en triade organisée. (...)[1] »

Considérations historiograhiques

Toujours selon Mona Ozouf, « la naissance de la devise manque d'éclat et de netteté (...). Aulard suggère que la fabrication de la devise s'est échelonnée en trois mouvements, chacun d'eux correspondant à une époque distincte du processus révolutionnaire. Voici d'abord la Liberté, concept le plus populaire des premiers jours de la Révolution. Puis le 10 août ouvre la carrière de l'Égalité. Il faut attendre la fin de la période montagnarde pour voir donner sa chance à la Fraternité. Le rythme ternaire de la devise est donc un rythme de succession temporelle. Mathiez, d'accord en cela avec Aulard, suggérait que la Fraternité avait été un apport plus tardif encore, d'origine maçonnique, qui avait dû, pour s'imposer, attendre 1848. Au moulin de ces hypothèses historiennes, l'organisation calendaire des révolutions vient du reste apporter de l'eau : ils avaient eux-mêmes distingué un an I de la Liberté, inauguré par le 14 juillet 1789, et un an I de l'Égalité, ouvert par le 10 août 1792. »

Premiers usages

Le premier à avoir formulé cette devise fut Maximilien Robespierre dans un Discours sur l'organisation des gardes nationales imprimé mi-décembre 1790 et diffusé largement dans toute la France par les Sociétés populaires. Ce discours ne fut jamais prononcé ni le 5 décembre 1790 ni les 27 et 28 avril 1791, jours où l'Assemblée constituante discuta des gardes nationales. [2]. On la retrouve également dans la bouche de Camille Desmoulins, de l'Anglais lord Stanhope et de Momoro[3]. Ce dernier la reprend au Club des Cordeliers le 29 mai 1791[4]. De même, elle est mise en avant lors la « fête de la liberté » donnée en l'honneur des Suisses de Châteauvieux le 15 avril 1792[5], et Jean-Nicolas Pache (maire de la commune de Paris), fait peindre sur les murs, le 21 juin 1793, la formule : Liberté, Égalité, Fraternité, ou la mort. La devise est progressivement abandonnée avec la fin de la Révolution, le serment de haine aux monarchistes et aux « anarchistes » étant notamment préconisé par le Directoire de l'an V à l'an VII, en lieu et place du serment de fraternité[6].

Postérité

La devise est mise à mal avec les principes mêmes de la République : elle disparait sous l'Empire et la Restauration avant de ressurgir avec la révolution de 1830. Elle est ensuite régulièrement revendiquée par différents révolutionnaires, en particulier le socialiste Pierre Leroux, qui participe largement à sa reconnaissance comme principe de la République, mais aussi Alexandre Ledru-Rollin, Lamennais ou Philippe Buchez ; elle est également agréée par les participants au premier banquet communiste de Belleville, autour de Théodore Dézamy et de Jean-Jacques Pillot, en 1840, à condition que la fraternité contribue à étayer l'instauration de la « communauté »[7]. Avec la révolution de 1848, la IIe République l’adopte comme devise officielle le 27 février 1848, grâce à Louis Blanc.

Associée à la République dite ouvrière, la devise prend alors tout son sens : le suffrage universel masculin adopté, la Liberté ne s'arrête plus aux portes de la Bourgeoisie ; par la promotion des Associations ouvrières (ancêtres des coopératives de production), la création de la Commission du Luxembourg étend l'Égalité aux domaines économiques et sociaux ; et la Fraternité, à travers un État représentant l'Union du peuple souverain, vient pondérer l'engouement de ses sœurs Liberté et Égalité. Alors qu'auparavant les Républicains avaient cette tendance à privilégier ou l'Égalité ou la Liberté, la France trouve à ce moment précis de l'histoire la voie de la démocratie.

[réf. nécessaire]

Mais encore une fois, la République se divise : la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848 et le retour de l'Empire remettent en question la philosophie et la portée de cette triade.

Ce n'est qu'en 1880 qu'elle apparaît sur les frontons de toutes les institutions publiques : sous la IIIe République, la devise est adoptée comme symbole officiel de la République[8].

Le régime de Vichy la remplace par la devise Travail, Famille, Patrie. Au sein de la France libre, la devise est évitée pendant près d'un an comme « politique », pour des motifs d'opportunité[9], avant d'être revendiquée, à partir de l'automne 1941[10].

Au milieu du XXe siècle elle s'inscrit durablement dans l'histoire de la République Française, avec la constitution de 1946.

Signification des éléments de la devise

Tympan d'une église avec une inscription datant de 1905 suite à la loi sur la Séparation des Églises et de l'État en 1905.

Liberté

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 définit ainsi la liberté : « La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui ; elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait ». « Vivre libre ou mourir » fut une grande devise républicaine.

Égalité

Deuxième terme de la devise de la République, le mot « égalité » signifie que la loi est la même pour tous, que les distinctions de naissance ou de condition sont abolies et que chacun est tenu à mesure de ses moyens de contribuer aux dépenses de l'État. La déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793 déclare que : « Tous les hommes sont égaux par nature et devant la loi. » Selon la déclaration des droits de l'homme de 1795 : « L'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. L'égalité n'admet aucune distinction de naissance, aucune hérédité de pouvoirs. » Il y a quand même une dimension sociale dans l'égalité puisqu'elle résulte, selon Robespierre, de l'amour de la Patrie et de la République qui ne tolère pas l'extrême disproportion des richesses. Égalité demande donc, pour le fondateur de la République, que l'héritage soit aboli, que chacun ait un travail et que l'impôt soit progressif. Bref l'égalité des sans-culottes n'est pas celle des brissotins. Rousseau définissait l'égalité, consubstantielle à la liberté, comme le fait que «  nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. »

Fraternité

Troisième élément de la devise de la République, la fraternité est ainsi définie dans la Déclaration des droits et devoirs du citoyen figurant en tête de la Constitution de l'an III (1795) : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît ; faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir ».

Pendant la Révolution française, « la fraternité avait pleine vocation à embrasser tous ceux qui, français ou étrangers, luttaient pour l’avènement ou le maintien de la liberté et de l’égalité »[11].

Selon Paul Thibaud, philosophe et ancien directeur de la revue Esprit[12], « Autant la liberté et l'égalité peuvent être perçues comme des droits, autant la fraternité est une obligation de chacun vis-à-vis d'autrui. C'est donc un mot d'ordre moral. »

Notes et références

  1. Mona Ozouf, Liberté, égalité, fraternité, in Lieux de Mémoire (dir. Pierre Nora), tome III : Les France. De l'archive à l'emblème, éd. Quarto Gallimard, 1997, pp.4353-4389
  2. Michel Borgetto, La Devise : « Liberté, Egalité, Fraternité », PUF, 1997, p. 32. Le texte est disponible en ligne : Discours sur l'organisation des gardes nationales : « XVI. Elles porteront sur leur poitrine ces mots gravés : LE PEUPLE FRANÇAIS, et au-dessous : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Les mêmes mots seront inscrits sur leurs drapeaux, qui porteront les trois couleurs de la nation. »
  3. Marcel David, Le peuple, les droits de l'homme et la république démocratique, p. 235.
  4. Michel Borgetto, id.
  5. La fête de la loi, célébrée le 3 juin 1793, en l'honneur de Simoneau, maire d'Étampes, remplaça la devise Liberté, égalité, fraternité par : Liberté, égalité, propriété. Voir Ernest Hamel, Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits, Paris, Chez l'auteur, 1866, tome II : « les Girondins », p. 278.
  6. Marcel David, Le peuple, les droits de l'homme et la république démocratique, p. 238.
  7. Marcel David, Le peuple, les droits de l'homme et la république démocratique, p. 239-240
  8. Philippe Roger, « La Révolution française et la Justice ou le second exil d’Astrée », in Justice, Liberté, Égalité, Fraternité, Sur quelques valeurs fondamentales de la démocratie européenne (sous la direction d'Olga Inkova), institut européen de l’université de Genève.
  9. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre. De l'appel du 18 Juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, p. 195-197. Le colonel de Larminat obtient son remplacement par « Honneur et patrie » dans l'émission de Maurice Schumann à la BBC en juillet 1940. En revanche, malgré diverses interventions d'officiers, notamment Larminat et Fontaine, le quotidien France et la revue La France Libre conservent leur sous-titre. Dans un télégramme du 8 juillet 1941, le général de Gaulle explique : « Si nous proclamions simplement que nous nous battons pour la démocratie, nous obtiendrions peut-être des éloges du côté américain, mais nous perdrions beaucoup sur le tableau français qui est le principal. La masse française confond pour le moment le mot démocratie avec le régime parlementaire tel qu'il fonctionnait chez nous avant cette guerre. Nos propres partisans, quelle que soit leur origine politique et surtout nos combattants, en sont convaincus dans l'immense majorité. Ce régime est condamné par les faits et dans l'opinion publique. D'autre part, nous sommes les ennemis acharnés du système hitléro-fasciste. La preuve en est que nous le combattons partout et d'abord en France et que pour le briser et le chasser, nous ne reculons même pas devant la guerre civile. »
  10. Charles de Gaulle, Discours et messages, tome I : Pendant la guerre, juin 1940-janvier 1946, Paris, Plon, 1970, p. 137-138 : « Nous disons Liberté-Égalité-Fraternité parce que notre volonté est de demeurer fidèles aux principes démocratiques que nos ancêtres ont tirés du génie de notre race et qui sont l'enjeu de cette guerre pour la vie et la mort. » (Discours du 15 novembre 1941). Voir Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre. De l'appel du 18 Juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, p. 209-210.
  11. Michel Borgetto, La Devise : « Liberté, Egalité, Fraternité », PUF, 1997, p. 34
  12. « Il était le bon côté du christianisme », Libération, 23 janvier 2007

Voir aussi

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Bibliographie

  • Borgetto, Michel. La Devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Paris : PUF, 1997, 128 p. (Que sais-je ; n° 3196). (ISBN 2-13-048355-0)
  • David, Marcel. Le Peuple, les droits de l'homme et la république démocratique. Paris : l'Harmattan, 2002, 275 p. (ISBN 2-74754274-2)

Article connexe

Liens externes

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