Minuscule caroline


Minuscule caroline
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Caroline.
Minuscule Caroline dans un parchemin du Xe siècle

La minuscule caroline est une écriture apparue au VIIIe siècle, vers 780 sous l'impulsion de Charlemagne, dans l'école palatine tenue par Alcuin puis elle se répand depuis Saint Martin de Tours où l'érudit s'est retiré à la fin de sa vie. Elle se diffuse ensuite dans tout l'Empire dans les codex, les capitulaires et divers textes religieux avant d'évoluer vers l'écriture gothique au XIIe siècle. Elle présente des formes rondes et régulières qui la rendent plus facile à lire et à écrire que la minuscule mérovingienne, ce qui assure sa renaissance au XVe siècle, sous la forme de l'écriture humanistique lorsque des humanistes florentins l'ont redécouverte et préférée à l'écriture gothique qu'ils jugeaient artificielle et illisible.

Sommaire

Naissance

Texte d'une page (folio 160v) tirée d'un livre liturgique carolingien (British Library, MS Add. 11848), écrit en minuscule caroline.

Contrairement à la capitale caroline qui descend directement de la capitale romaine, la minuscule caroline s'inspire de l'écriture onciale et demi-onciale tout en intégrant des éléments de l'écriture insulaire utilisée en Grande-Bretagne et en Irlande. Elle fut créée par Alcuin, maître de l'Académie palatine, entre 782 et 796, suite à la volonté de Charlemagne d'uniformiser les écritures régionales et de remplacer l'écriture mérovingienne devenue illisible par une écriture qui serait facile à déchiffrer et à rédiger à travers tout son Empire. Après s'être répandue depuis Aix-la Chapelle, elle rayonne à partir du scriptorium de Saint-Martin de Tours, un des principaux foyers de culture de l'époque, où Alcuin s'est retiré comme abbé. Elle tient son nom de l'empereur Charlemagne (Carolus Magnus en latin).
Le plus ancien des manuscrits connus[1] est l’Évangélaire de Charlemagne ou de Godescalc[2] qui se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France (NAL 1203). Il a été commandé par Charlemagne à un certain Godescalc, « ultimus familus », pour la Capella Palatina en 781 après son retour de Rome où il avait été avec son fils pour le faire baptiser par le pape. Il contient en frontispice une représentation de la Fontaine de Vie qui rappelle ce baptême romain. C'est au cours de ce voyage à Rome que Charlemagne fit la connaissance à Parme d'Alcuin, qui avait dirigé l'école d'York depuis 766. Il lui demanda de prendre la direction du mouvement de réforme dans son royaume. L'Évangélaire de Godescalc en est le premier témoignage. À cette occasion Charlemagne fit aussi la connaissance de Paul Diacre qui va le suivre en France, et apporta avec lui le style italianisant qu'on retrouve dans certaines images.

Caractéristiques

La minuscule caroline est homogène et régulière, avec des formes arrondies claires, mais surtout lisibles. Elle établit des règles d'écriture qui n'étaient pas systématiques auparavant, comme la séparation des mots au moyen d'une espace.

L'écriture carolingienne présentait généralement moins de ligatures que d'autres écritures contemporaines alors que l'esperluette et les ligatures ae, rt, st, et ct sont communes. La lettre « d » apparaît souvent sous une forme onciale, avec une ascendante inclinée vers la gauche, tandis que la lettre « g » est semblable à la graphie moderne plutôt qu'à l'onciale. Les ascendantes tendent à être épaissies à leurs extrémités.

Lors du règne de Charlemagne (fin VIIIe siècle, début IXe), la caroline présentait encore de nombreuses variations régionales dans le tracé des lettres. La forme onciale du « a » était encore largement utilisée à cette période. Le point d'interrogation est utilisé de la même manière que dans l'écriture bénéventine de cette époque. La caroline fleurit au IXe siècle où elle s'uniformise dans les pays qui l'utilisent, avec moins de variations dans le tracé des lettres. La forme moderne du « S » au lieu du S long et celle du « V » qui n'est plus écrit comme la lettre « U » apparaissent, et les ascendantes, après s'être épaissies, commencent à être empatées. Après le IXe siècle, la caroline décline lentement pour prendre des formes de plus en plus gothiques du Xe au XIe siècles : les lettres deviennent plus anguleuses et les ascendantes sont penchées à droite et se terminent par une fourche.

Diffusion

une page du manuscrit de Freising, un des premiers parchemins en langue slave écrit en minuscules carolines

La nouvelle écriture s'imposa principalement dans les zones sous forte influence carolingienne, parfois au-delà comme l'atteste le manuscrit de Freising au Xe siècle qui est le premier texte connu en écriture romaine rédigé en langue slave et contenant le premier texte en Slovène écrit en minuscule caroline.

En France, la caroline est utilisée par les moines des abbayes de Corbie et de Saint-Riquier.

En Suisse, la Caroline est utilisée dans les minuscules Rhaetienne et Alémanique. Les manuscrits écrits en minuscule rhaetienne tendent à mincir leur lettres, à la manière de l'écriture insulaire, avec les lettres « a » et « t », ainsi que les ligatures comme « ri » qui montrent une similitude avec le Wisigothique et le Bénéventien. La minuscule alémanique utilisée brièvement au début du IXe siècle, est plus grande et plus épaisse, très droite comparée à la rhaetienne inclinée.

En Autriche, Salzbourg est le pôle principal de l'écriture caroline, tandis que Fulda, Mayence et Würzburg rayonnent sur la Germanie. La minuscule germanique est ovale et très inclinée vers la droite. Il possède également des caractéristiques onciales, comme l'ascendante de la lettre « d » penchant à gauche, et les traits verticaux initiaux des lettres « m » et « n ».

Dans le nord de l'Italie, l’abbaye de Bobbio utilise la minuscule caroline au début du IXe siècle. L’influence déclinante des successeurs de Charlemagne fait que cette écriture rencontre la résistance de la Curie romaine ; néanmoins le type Romanesca se développe à Rome après le Xe siècle. L’écriture n’a été adoptée en Angleterre et en Irlande qu’à la suite de réformes ecclésiastiques au milieu du Xe siècle. En Espagne, une écriture wisigothique traditionnelle survit ; et dans l’Italie méridionale, une minuscule bénéventine survit dans le duché lombard de Bénévent tout au long du XIIIe siècle, bien que par la suite la Romanesca apparaisse dans le sud de l'Italie.

Rôle dans la transmission culturelle

L'écriture caroline a participé à la conservation et la transmission des œuvres classiques (Ovide, Cicéron, Virgile) au travers de la Renaissance carolingienne[3]. Plusieurs milliers de manuscrits de l'époque carolingienne utilisant cette écriture nous sont parvenus. L'écriture gothique remplace la caroline au cours du Moyen Âge. Elle est de nouveau utilisée par les humanistes de la Renaissance.

Notes et références

  1. Trésors carolingiens : L'art du livre carolingien
  2. Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre - Trésors carolingiens. Livres manuscrits de Charlemagne à Charles le Chauve - Bibliothèque nationale de France - 2007 - ISBN 978-2-7177-2377-9
  3. BnF - Trésors carolingiens : Renaissance carolingienne

Voir aussi

Liens externes


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Minuscule caroline de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Minuscule Caroline — Pour les articles homonymes, voir Caroline. Minuscule Caroline dans un parchemin du …   Wikipédia en Français

  • Minuscule caroline — ● Minuscule caroline lettre minuscule qui apparut sous le règne de Charlemagne …   Encyclopédie Universelle

  • Caroline (écriture) — Minuscule caroline Pour les articles homonymes, voir Caroline. Minuscule Caroline dans un parchemin du …   Wikipédia en Français

  • caroline — ● carolin, caroline adjectif (latin Carolus, Charles) Qui a rapport à Charlemagne ou à Charles Quint. ● carolin, caroline (expressions) adjectif (latin Carolus, Charles) Livres ca …   Encyclopédie Universelle

  • Caroline Williams — Caroline Williams, né en 1957 au Texas, est une actrice américaine. Biographie Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Elle est connue pour son rôle de Stretch dans le film horreur de… …   Wikipédia en Français

  • caroline minuscule — noun Usage: usually capitalized C Etymology: caroline (I) : the Carolingian script * * * Caroline minuscule see under ↑Carolingian • • • Main Entry: ↑Caroline …   Useful english dictionary

  • Caroline — Cette page d’homonymie répertorie les différents sujets et articles partageant un même nom. Sur les autres projets Wikimedia : « Caroline », sur le Wiktionnaire (dictionnaire universel) Caroline est un prénom ou nom commun français …   Wikipédia en Français

  • Minuscule — A cursive script, as opposed to the more formal *uncial. Frankish writers in the 8c and 9c developed a script known today as Carolingian (Caroline) minuscule. It was imported into England in the mid 10c, where it became the norm for Latin texts,… …   Dictionary of Medieval Terms and Phrases

  • Lettre minuscule — Bas de casse Le bas de casse désigne, dans la typographie des écritures bicamérales, l ensemble des caractères dits minuscules (parce qu ils sont rangés en bas de la casse). Par opposition, les lettres de grand format, d un tracé souvent… …   Wikipédia en Français

  • Carolingian minuscule — [ right|frame|Example from 10th century manuscript, Vulgate Luke 1:5 8.] Carolingian or Caroline minuscule is a script developed as a writing standard in Europe so that the Roman alphabet could be easily recognized by the small literate class… …   Wikipedia


Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.