Marraine-Fée


Marraine-Fée

Fée marraine

« La marraine de Cendrillon creusa la citrouille et, n'ayant laissé que l'écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout doré ». Illustration de Gustave Doré de 1867.

La fée marraine, parfois appelée marraine la fée ou marraine la bonne fée, est un personnage récurrent des contes : il s'agit d'une fée qui met ses pouvoirs surnaturels au profit exclusif de son ou sa filleule, auprès de qui elle joue un rôle de protecteur ou mentor, comme on peut l'attendre d'une marraine dans de nombreuses sociétés. Elle se penche sur le berceau du héros nouveau-né pour lui prodiguer des dons : de l'esprit (Riquet à la houppe), grâce, beauté (La Belle au bois dormant), ou elle l'assiste et le protège à l'adolescence d'un père abusif (Peau d’Âne), d'une marâtre tyrannique et de demi-sœurs cruelles (Cendrillon, Les Fées) ou d'un sort lancé par une méchante fée (la Belle au bois dormant).

Sommaire

Présentation

Des fées donatrices, une piqûre plongeant l’héroïne dans un sommeil léthargique dont elle ne sort que grâce à la venue d’un prince amoureux ou aux enfants qu’elle en a, ces thèmes familiers de la tradition des contes sont popularisés par Charles Perrault mais se trouvent déjà dans des récits antérieurs. Héritières des Parques, divinités de la mort et du destin dans la mythologie gréco-latine (le mot fée vient du latin fata, signifiant « déesse de la destinée », féminin de fatum, « le destin »), les marraines fées font leur apparition dans les romans du Moyen Âge :

  • Ogier le Danois reçoit la nuit de sa naissance les dons de trois fées, tout comme Brun de la Montagne
  • Auberon, dans Huon de Bordeaux, gratifié par deux fées, est condamné par la troisième à rester nain
  • dans le Jeu de la Feuillée, d’Adam de la Halle, la fée Maglore s’irrite de ne pas trouver comme ses consœurs, Morgue et Arsile, un beau couteau auprès de son assiette et se venge sur ceux qui ont mis la table

Si leur apparition demeure relativement rare dans les contes, leur figure s'est toutefois popularisée grâce au succès des récits de Madame d'Aulnoy, d'autres précieuses, mais surtout de Charles Perrault et ses Contes de ma mère l’Oye, où les fées marraines interviennent dans cinq contes sur onze. Dans trois de ces contes, elles possèdent des pouvoirs surnaturels symbolisés par une baguette « magique » qu’elles utilisent au bénéficie exclusif de leur filleule et protégée. La première des fées marraines de Perrault apparaît dans le conte de Peau d’Âne.

Contes de ma mère l’Oye

Ils ne contiennent pas moins de douze fées : les sept marraines de la Belle au bois dormant plus la vieille fée, les marraines de Peau d’Âne, de Cendrillon, de Riquet à la houppe, plus le personnage des Fées, qui n’a cependant pas le statut de marraine.

Elles ont le pouvoir de diriger, infléchir ou redresser la destinée de leurs protégés aux moments importants de leur vie : baptême, rencontre amoureuse. Le reste du temps, elles veillent, retirées dans des endroits inconnus (Royaume de Mataquin), mais ressurgissent toujours en cas de besoin. Elles transforment les objets et commuent la mort en un sommeil de cent ans. Elles ne sont cependant pas toutes puissantes et, bien qu’étendue, leur science a ses limites. Ainsi, la marraine de Peau d’Âne :

« Était bien savante
Et cependant elle ignorait encor
Que l’amour violent pourvu qu’on le contente
Compte pour rien l’argent et l’or ».

La Belle au bois dormant

Dans la version de Perrault elles sont sept et sont conviées à un repas rituel, celui du baptême. Les six premières offrent un don à la princesse, la septième amoindrit la malédiction lancé par la vieille fée, fâchée de n’avoir pas été conviée :

« On donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu'on pût trouver dans le Pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. »
« Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle du monde, celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un Ange, la troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait, la quatrième qu'elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu'elle chanterait comme un Rossignol, et la sixième qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments à la perfection. »

Les frères Grimm, dans leur adaptation du conte, porteront à treize le nombre des fées. Walt Disney, dans son adaptation, ramènera ce chiffre à trois. Dans chacun des cas, les auteurs ont pris soin de choisir un chiffre porteur d’une valeur symbolique forte dans les contes et la superstition populaire.

Cendrillon

Marraine veillant sur Cendrillon (image d'Épinal)

Le baptême et la petite enfance de Cendrillon ne sont pas évoqués dans le conte. La marraine se présente à Cendrillon lorsque celle-ci est en pleurs, faute de ne pouvoir se rendre au bal. Elle va alors, grâce à sa baguette, transformer une citrouille en carrosse, des animaux en serviteurs et les vieux habits de sa filleule en habits de draps d’or et d’argent chamarrés de pierreries ; mais elle lui recommandera néanmoins de quitter le bal avant minuit, faute de quoi tout ce qu'elle lui a donnée redeviendra comme avant.

Peau d’Âne

Là encore, le baptême et la petite enfance ne sont pas évoqués. La marraine assiste Peau d’Âne devant le risque d’inceste que fait peser son père sur elle. Ses premiers conseils restent sans effets : le roi offre à sa fille les trois robes qu’elle lui demande et consent à sacrifier son âne trésorier pour lui en remettre la peau, sous laquelle elle finira par se cacher. Sa marraine lui conseille alors de fuir, tout en continuant de veiller sur elle.

Riquet à la houppe

Une fée donne à Riquet à sa naissance beaucoup d’esprit, contrebalançant son physique ingrat. A cela, elle lui permet de rendre l’être aimé aussi spirituel que lui :

« Il était une fois une Reine qui accoucha d’un fils, si laid et si mal fait, qu’on douta longtemps s’il avait forme humaine. Une Fée qui se trouva à sa naissance assura qu’il ne laisserait pas d’être aimable, parce qu’il aurait beaucoup d’esprit ; elle ajouta même qu’il pourrait, en vertu du don qu’elle venait de lui faire, donner autant d’esprit qu’il en aurait à la personne qu’il aimerait le mieux ».

Rôle

Mentor du héros, le personnage joue le rôle de soutien et a envers l'enfant une responsabilité morale telle qu'on la conçoit d'une marraine, le cas échéant comme substitut d'un parent défaillant. Dans Cendrillon, Perrault conclut par une « autre moralité » qui tend à dire que les mérites personnels seuls ne peuvent suffire à réussir en dehors de relations ou soutien :

« C'est sans doute un grand avantage,
D'avoir de l'esprit, du courage,
De la naissance, du bon sens,
Et d'autres semblables talents
Qu'on reçoit du Ciel en partage ;
Mais vous aurez beau les avoir,
Pour votre avancement ce seront choses vaines
Si vous n'avez, pour les faire valoir,
Ou des parrains, ou des marraines. »

Adaptations

Parodies

  • Dans Shrek 2, Marraine la Bonne Fée est un personnage fort différent en privé de l'image positive des marraines fées. Loin de veiller sur sa filleule Fiona, elle est une femme d’affaires ambitieuse doublée d’une personnalité du show-biz, usant de stratagèmes, chantage et potions magiques pour tenter de marier son fils Charmant à la princesse.
  • Dans Garulfo, un roi s'énerve parce qu'il faut trois marraines fées pour les princes et n'en trouvant que deux, il fait venir une sorcière, parodiant ainsi la Belle au bois dormant.

Bibliographie

  • Charles Perrault, Contes (introduction, notices et notes de Catherine Magnien), Éditions Le Livre de Poche Classique

Voir aussi

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Lien externe

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